Chapitre 2 : Un charmant vieil homme.

J'avais pour habitude de me réveiller tôt. Pour m'occuper de ramasser les rares choux que les Aspicot n'avaient pas dévoré. Je me réveillai donc avant le réveil que m'avait offert ma petite-fille, il y avait maintenant un an. Je me retrouvais donc à attendre qu'il sonne afin de pouvoir l'arrêter puisque je ne lui avais toujours pas demandé comment on le désactivait. J'imaginais qu'elle passerait ce matin également. Elle avait pris cette habitude de venir m'aider tous les matins, je ne savais pas pourquoi. Je n'étais pas plus aimable avec elle qu'avec les gens qui me surnommait 'le vieux bourbe' mais elle semblait très attachée à moi. Ce n'était pas ses parents qui l'avaient poussé dans ce sens, non. Mon imbécile de fils s'était trouvé une pimbêche de Safrania qui méprisait nos cultures, le faisant renier toutes nos cultures familiales pour se trouver 'un boulot rentable' qu'il disait. La petite, elle, n'avait pas hérité de ses traits et, fort heureusement pour elle. Elle venait très souvent, en cachette de ses parents, je supposais, me prêter main-forte et, avec tous les employés qui m'avaient lâchés parce que je ne pouvais pas les payer assez, son aide n'était pas de refus.

Trois coups rapides résonnèrent contre le portail de l'étable. La porte s'ouvrit immédiatement après. C'était sa manière habituelle, je m'y étais fait également. L'engueuler n'avait aucun effet. Encore de la faute de la mauvaise influence de sa mère. Je la regardai et souris malgré moi. Comme à son habitude, elle ressemblait à n'importe quelle petite bourge de Safrania mais elle laissait ses habits de travail à l'étable pour pouvoir se changer sur place. Je savais qu'elle attacherait ses longs cheveux bruns bouclés en deux couettes sur les côtés pour être plus à l'aise et que cette atroce haut à la couleur trop vive et cette jupette rosâtre allaient se changer en véritable habits de ferme. Son visage commençait à devenir celui d'une vraie femme et malgré ses rondeurs, je savais que tous les garçons d'Argenta la désirait. Lisa était la seule personne de ce monde qui ne me donnait pas envie de vomir. Elle disait que c'était parce que je ne faisais pas assez d'effort avec les gens mais ils ne méritaient pas tant d'attention. Les seuls rapports que je devais avoir avec l'extérieur, outre les passages au magasin, étaient au marché, lorsque je vendais mais rares choux encore en état.

Elle était entré avec un sourire qu'elle perdit très rapidement. Je soupirai à l'idée qu'elle s'inquiète encore pour moi. Elle me voyait tous les matins dans cet état mais à chaque fois, elle avait une réaction exagérée.

– Mais Papy ! Tu as encore recommencé ?

Elle avait couru vers moi et touché mes plus récentes brûlures au cou de sa main droite. Cela me faisait mal, mais je me contentai de la repousser doucement en grognant. Pas question qu'un fermier de ma famille montre un signe de faiblesse à sa descendance. Il en avait toujours été ainsi. Croyant sans doute que mon geste était du à mon habituelle mauvaise humeur, elle s'excusa avant de se rappeler que je n'aimais pas les excuses.

– Enfin, il faut vraiment que tu arrêtes ça ! Enfin...

Elle se tut et sourit avant d'enchaîner :

– On te changera pas, hein ? Tu devrais aller prendre un bain pour l'instant, j'aurais une surprise pour toi tout à l'heure.

Sans vraiment répondre, je me dirigeai vers la sortie. Elle ne m'avait pas donné un ordre, elle savait que j'allais prendre mon bain après le réveil... Mais elle avait parlé d'une surprise. Encore une babiole pour mon anniversaire j'imaginai. Quelque chose d'aussi inutile que son réveil. Je continuai à avancer en râlant tout en rentrant dans ma maison.

J'arrivai rapidement à la salle de bain et commençai à ouvrir l'eau froide sans m'en rendre compte. Un geste qui était devenu une habitude depuis ma tactique de l'homme-feu. Je restai longtemps dans l'eau. J'appréciai énormément la friction entre l'eau glacée et les brûlures bien que ça piquait un peu. Mais je sortis tout de même plus tôt que d'habitude, intrigué malgré moi par la surprise que me préparait ma petite-fille. Je retournai vite à la grange après avoir mis l'une de mes tenues de travail habituelles. Comme à son habitude, elle avait profité de mon bain pour se changer également. Elle ressemblait à une vraie petite fermière maintenant. Elle me fit un sourire radieux auquel je ne répondis pas. Malgré mon intérêt pour sa surprise, je me contentai de lui dire :

– Bon, on a du travail.

– Oui, répondit-elle, toute gaie.

Elle était toujours enthousiaste pour m'aider à la récolte mais cette fois, elle semblait encore plus contente que les autres jours. Elle avait déjà pris nos deux grands paniers en osier pour la récolte. Avec un terrain pareil, c'était bien insuffisant, mais à cause des Aspicot, je pensais qu'il y en avait déjà un de trop. Trouver un chou mangeable, c'était facile. La bave d'Aspicot n'était pas toxique et elle n'avait aucun goût après la cuisson. Mais mon but était de les vendre, et pour cela, il fallait qu'ils soient en parfait état. Et vous croyiez que ces cons de Pokémon allaient continuer leur repas de la veille ? Mais non, ils entamaient à chaque fois les choux bons à la vente ! À croire qu'ils le faisaient exprès. La récolte touchait à sa fin. Lisa avait trouvé quatre choux en bon état et moi uniquement deux. Elle avait l'œil cette petite. Si ses parents étaient différents... À chaque fin de récolte, elle devait repartir à Argenta pour le reste de la journée. Le matin était le seul moment où je pouvais voir ma petite-fille. Elle partit devant pour se changer dans l'étable pendant que j'amenais les choux chez moi. Six, c'était la meilleure récolte de la semaine.

Cette fois, elle m'avait demandé de l'attendre dans mon salon. J'étais donc assis sur le sofa, l'un des seuls objets du salon que je n'avais pas déplacé dans l'étable. Lorsqu'elle passa enfin la porte d'entrée, elle se tourna vers moi et me sourit encore. Elle avait mis ses mains dans son dos de la même manière que l'an dernier, lorsqu'elle m'avait offert mon réveil grossièrement enveloppé. J'avais supposé que ses parents devaient aussi lui interdire de me faire des cadeaux et qu'elle avait dû se débrouiller par elle-même. Le paquet qu'elle me tendait à présent était, au contraire, parfaitement bien emballé, de force rectangulaire. Il était vert avec un ruban bleu-vert pour le mettre en valeur.

– Alors ? Je me suis amélioré, non ? me dit-elle, apparemment fière.

– On ne vante jamais ses propres mérites, me contentai-je de répondre en prenant le paquet.

Elle sourit comme si je l'avais félicitée et attendit que j'ouvre mon présent. En effet, le cadeau était bien emballé et le déchirer m'énervait un peu quand je pensais aux efforts qu'elle avait dû faire pour arriver à ce résultat par elle-même. Je mis à nouveau mes sentiments de côtés et déchirai le papier rapidement pour découvrir une boîte à chaussures. Je regardai Lisa et son regard m'ordonnait clairement d'ouvrir rapidement cette boîte. Je m'exécutai et la paire à l'intérieur n'était pas ce à quoi je m'attendais. À la place de bottes ou autres, il y avait simplement deux balles de couleur rouge et blanche. Je savais ce que c'était. Le Conseil des 4 nous en avait longtemps vanté les mérites quelques temps après la Grande Guerre. Des Pokéballs. Ces objets étaient sensés pouvoir nous aider à attraper des Pokémon. L'élevage ne m'intéressait pas, je ne comprenais pas l'utilité de cette nouvelle technologie pour moi. Lisa me fixait, guettant la moindre réaction.

– Qu'est ce que c'est ?

– Ben, des Pokéballs... Tu m'avais raconté que tu avais du mal contre les Aspicot récemment. Je me suis dit que ça te serait utile.

– Utile en quoi ? m'emportai-je. Tu vas me dire que ces Aspicot sont juste mal compris et qu'on peut devenir amis comme l'autre con de je sais plus quelle association ?

Comme souvent lorsque je lui criai dessus, elle se mit à rire. Je n'aimais pas ça car j'avais l'impression qu'elle se moquait de moi mais quelque part, son rire m'apaisait.

– Non, tu as mal compris, dit-elle enfin. Regarde mieux les Pokéballs.

Je le fis sans comprendre et sans défroncer mes sourcils. Je ne voyais pas ce qu'elle avait de spécial, jusqu'à ce qu'il y ait un mouvement dans le côté rouge. J'eus un petit sursaut en le voyant et regardai à nouveau Lisa qui hocha la tête avant de dire.

– Qu'est-ce que tu attends ? Sors-les. La patience est l'arme des faibles pour repousser l'inévitable, non ?

Ça, c'était le pire. Lorsqu'elle utilisait mes propres phrases contre moi, je n'avais pas d'autre choix que d'obéir. Hors de question de revenir sur les citations de la famille. J'attrapai les deux balles et appuyai sur la seule chose qui ressemblait à un bouton dessus. Elles s'ouvrirent rapidement et tombèrent de mes mains pour aller heurter le sol. En sortirent deux animaux aux pelages rouges. Mais rien de comparable à part cela. Ma petite-fille fit alors les présentations :

– Lui, c'est Gublik. C'est un Caninos. Et elle, c'est Erif, c'est une Goupix.

Le dénommé Gublik aboya fortement en ma direction, la Goupix resta simplement assise et me regarda en penchant sa tête sur le côté.

– Et qu'est-ce que tu veux que j'en fasse ? Que je les envoie se faire tuer à ma place ?

– C'est l'idée. À la différence qu'ils arriveront à chasser tous les insectes. Tu pourras à nouveau cultiver des choux sans interruption.

Comme je fronçais les sourcils sans rien dire, elle continua ses explications :

– Les Pokémon ont plusieurs types et certains sont plus faibles face à d'autres. Ces deux-là peuvent cracher du feu.

– Cracher du feu ? m'étonnai-je.

Là, ça devenait intéressant. Mais ça ne me plaisait pas de compter sur des animaux incontrôlables. Pourquoi obéiraient-ils à mes ordres alors qu'ils venaient juste de me rencontrer ? Les Pokémon de la guerre n'était pas soumis à ce point, je n'avais aucune raison de penser que ces deux-là le seraient.

– Oui, réfléchis-y. Enfin, ils sont à toi maintenant. Traite-les bien, ils sont arrivés d'Azuria il y a trois jours et je n'ai pas beaucoup pu les faire sortir à cause de Papa et Maman. Et... Arrête de faire cette tête quand je dis Maman !

C'était instinctif. Je n'aimais pas cette garce. Mais Lisa ne semblait pas vouloir l'accepter

– Enfin, je dois rentrer maintenant. Ils vont s'inquiéter...

Elle prit alors la porte sans attendre de réponse de ma part. Je n'allais pas lui en donner de toute manière et elle le savait. Je jetai un œil à mes deux Pokémon, qui me rendirent mon regard, et soupirai. Qu'allai-je bien pouvoir faire d'eux ? Le Caninos s'avança alors et me lécha la main. Je lui frottai la tête instinctivement. Que sa fourrure était chaude, pas étonnant qu'il puisse cracher du feu. Erif, apparemment jalouse, vint immédiatement chercher mon autre main et je remarquai que, même si ses poils étaient plus courts de ceux de Gublik, elle dégageait une chaleur similaire. J'aimais le feu, il avait été ma seule protection depuis quelques temps et sans lui, je ne serais plus là. Peut-être allai-je vraiment apprécier d'avoir ces bestioles sous mon toit...

Je me levai d'un coup et ramassai leurs Pokéballs. Je leur demandai alors de me suivre à l'extérieur. Le champ s'étendait devant nous, aussi chaotiques que d'habitude.

– Ceci est notre propriété. C'est notre devoir de la défendre.

– Caninos !

– Pix !

Ils avaient l'air motivés pour je ne savais quelle raison. Pour me faire plaisir ? Non, sûrement pas, il devait y avoir quelque chose derrière ça. Je tendis les Pokéballs vers eux.

– Pour l'instant, rentrez là-dedans. Je vais aller vous acheter à manger.

Enchantés par cette nouvelle, ils s'exécutèrent sans que je n'ai besoin d'appuyer sur aucun bouton. Je me dirigeai alors vers Argenta. Quels qu'ils soient, tous les gens qui croisèrent ma route me connaissaient et avaient l'air de me haïr ou de me craindre. J'ignorai ces regards et continuai mon avancée jusqu'au magasin. En sortaient justement mon crétin de fils et sa pimbêche de femme. Il m'accueillit avec un faux sourire mais la mère de Lisa ne fit absolument aucun effort. Pour ce que j'en avais à faire. Il parla le premier :

– Salut Papa. Tu viens faire tes courses ?

Faux sujet tellement évident que je compris directement ce qu'il avait en tête.

– Pour quelle autre raison un vieil homme comme moi sera devant un magasin ? Réfléchis un peu, n'adopte pas le QI de ta femme ! répondis-je en ignorant totalement l'intéressée.

– Ne sois pas comme ça. Je prenais juste des nouvelles. Et, en parlant de nouvelles, tu sais...

– Va te faire foutre, Nicholas ! hurlai-je connaissant très bien la suite de sa phrase. Je ne vendrais pas cette ferme.

– Elle ne te rapporte presque plus rien maintenant. Tu (t') épuises pour rien ! fit-il semblant de s'inquiéter.

Nous avions déjà abordé ce sujet plus tôt et la simple idée qu'il ne voulait plus être mêlé à la culture des choux me révoltait. Il devait avoir un intérêt quelconque pour lui, vu sa rapace de femme, la vente de cette ferme pouvait peut-être lui rapporter de l'argent. Mais il n'y avait aucun rapport entre ma ferme et son travail. Je me contentai de rentrer dans le magasin sans lui répondre, non sans bousculer la garce de première. Il se mit tout de suite à ses petits soins, lui demandant si ça allait comme si elle était en porcelaine. Ce comportement me dégoûtait profondément.

Le gérant me reconnu du premier coup d'œil et dit :

– Tiens ? Vieux bourbe, c'est pas encore ton jour de la semaine pourtant ?

Il était plutôt franc avec moi. C'était une qualité que j'appréciais.

– Ça bouffe quoi un Pokémon ? répondis-je simplement.

– Bah, un peu de tout. Mais en quoi ça t'intéresse, hein ? On s'est mis au Pokénapping ?

– Mêle-toi de ton cul et vends-moi des trucs. C'est ton boulot.

– Si ça te fait partir plus vite.

Il attrapa un sac dans lequel il mit plein de boîtes avec une Pokéball dessus. Des invendus apparemment.

– Allez, va-t-en. Tu fais fuir la clientèle.

– Vérifie que ce n'est pas ton haleine avant d'accuser les honnêtes gens, répliquai-je avant de quitter le magasin.

C'était l'une des plus aimables conversations que j'avais pu faire avec lui. Il devait être de bonne humeur. Maintenant, je pouvais retourner à la ferme. Il fallait que je me prépare à repousser les insectes et sauver mes choux.


Un héros des plus aimables, je sais. Mais va-il s'améliorer au contact de ces braves bêtes ? Les Pokémon Feu arriveront-ils à rallumer la flamme de générosité et de sympathie de ce vieil homme ?