2. Post extremis

Certain se plaise à utiliser l'expression « Jamais deux sans trois ». Cela signifie simplement que, lorsque quelque chose arrive deux fois d'affilés, une troisième se prépare. D'ordinaire, Pepper ne le croyait pas. Sauf en ce dix janvier.

Assise à son bureau, épluchant une tonne de rapport en tout genre concernant essentiellement Stark Industrie. Levant un instant les yeux, de son ordinateur, elle détailla le bureau immaculé qui l'entourait. Les murs, blanc comme la neige qui devait tomber sur New York, étaient orné de quelques cadres représentant des constellations et des fleurs, ce qui créait une ambiance à la fois douce et studieuse.

Remerciant intérieurement Natasha qui l'avait aidé à choisir la décoration, presque un an auparavant, elle ne put s'empêcher de songer que, pendant toute leur collaboration, elle ne s'était pas doutée une seule seconde qu'elle puisse être agent du SHIELD. Comme quoi, la vie réservait bien des surprises.

Cette pensée la ramena immédiatement aux quelques semaines qui venaient de s'écouler. Aussitôt, un étrange malaise la prit, comme à chaque fois qu'elle tentait de replonger dans ses souvenirs. Reculant sa chaise de son bureau, elle se leva, et fit quelque pas pour chasser les images qui lui revenaient. La maison en ruine. Les journaux annonçant la mort de Tony. Le masque encore allumé. Puis le virus. Killian. AIM. Et enfin son corps brulant, palpitant tel de la braise.

Non, songea elle, décidément, elle n'était pas prête à retomber là bas. Dans ce chaos malsain et noir, où elle frissonnait à chaque seconde, craignant de mourir ou qu'un autre meurt pour elle. Saisissant la bouteille d'Ice-Tea au thé vert qu'elle gardait toujours sur son bureau –elle n'avait plus envie que de cela depuis un moment-, elle retira le bouchon et but une longue goulée. La boisson sucrée coula dans sa gorge avec douceur, avant qu'elle ne referme la bouteille, et ne la repose sur le bureau.

Vérifiant le niveau du liquide d'un coup d'œil, elle réalisa qu'il faudrait qu'elle aille en chercher une autre avant le déjeuner. Elle ne se voyait plus vivre sans Ice-Tea au thé vert. Elle en venait même à se demander comment elle avait put vivre jusqu'ici, sans cette boisson.

Elle se rassit, et allait se repencher dans ses dossiers, lorsque son portable vibra. Jetant un coup d'œil à son BlackBerry, elle vit s'afficher un message de Natasha, justement, se composant de mots très bref, comme à son habitude. Bien que la jeune femme soit une agent secrète, Pepper n'était pas peu fière qu'elles aient gardé de bons contacts, aussi se voyaient elles aussi souvent que les missions le permettaient.

Le message disait seulement « Arrive dans dix minutes. Café ? Veux voir comment tu vas. Tony a l'air exténué. Café. ». La rousse eut un sourire. De ce message si peu expressif, il fallait traduire « J'arrive dans une dizaine de minutes. Est-ce que tu as du café ? J'ai certainement un peu abusé hier soir avec Clint, je dois avoir la gueule de bois. J'ai entendu tout ce qui s'est dit et lus tout ce qui a été écris à propos de l'affaire AIM, de Killian Aldritch et du virus Extrémis. Je sais aussi que tu as été malade, mais que tu es guéri. Je viens voir comment tu t'es remise, et espère te remonter un peu le moral. Je sais que c'est dur de se remettre d'aventures pareilles. Je suis passé chez toi voir si tu n'y étais pas, mais je n'ai trouvé que Stark, qui a vraiment une sale tête. J'espère qu'il a fait du bon boulot sur toi, au moins. Je t'embrasse, mais je t'en prie, n'oublie pas le café. ».

Se levant à nouveau, la jeune femme eu un sourire. Bien que tout les opposait, il était troublant de voir l'étrange duo qu'elles formaient se promener dans les rues, un sourire aux lèvres. L'une pulpeuse, moulée dans des robes et des ensembles qui allongeaient sa silhouette, et l'autre maigre, portant des blaser parfois trop large pour elle.

Cette idée l'amusa, et elle reprit une gorgée d'Ice-Tea avant qu'une pensée abominable ne revienne en sa mémoire, comme surgie d'un trou noir et profond où elle l'aurait jeté. Tony. Noël. Oh non. Après leur fête du vingt-cinq décembre ayant tourné au carnage, ils n'avaient eu aucun moment de répit. Entre les analyses, les médicaments expérimentales et la fatigue, aucun n'avaient pense que fêter à nouveau Noël soit une bonne idée. Jusqu'à la semaine dernière, où Tony lui avait brusquement avouer qu'il désirait lui offrir son cadeau. Elle avait déclarer vouloir un peu de temps pour lui en acheter un, et ils avaient convenu de faire cette fête le vingt janvier. A un mois de Noël, ou presque.

Seulement, elle n'avait pas songer une seule seconde au cadeau de son amoureux. Qu'allait elle bien pouvoir lui offrir ? Une montre ? Une chemise ? Un livre peut être ? Prenant une longue goulée d'Ice-Tea, elle se laissa à nouveau tomber sur son siège, et enfouit sa tête dans ses mains. Dans le premier cas, elle savait qu'il avait déjà plein de montre, qu'il haïssait autant s'habiller que s'ennuyer, et qu'il ne lisait pas grand-chose, sinon des BD et des articles médicaux. Son raisonnement ne l'aidait pas.

Elle termina sa bouteille d'Ice-Tea, avant de jurer, et de se lever. Saisissant son porte monnaie, elle ferma le dernier blouson de son tailleur noir, et s'en fut dans le couloir, abandonnant son bureau. Elle sortait rarement, pour arpenter les lugubres couloirs de l'entreprise. Elle le faisait uniquement lorsqu'elle avait besoin d'un document, ou qu'une réunion se préparait. Mais à présent qu'elle était revenu au travail, l'Ice-Tea était une raison. Et elle s'en réjouissait, d'un sens. Ainsi, elle pouvait plus facilement rencontrer Happy.

Arrivant devant le distributeur automatique, elle inséra sa monnaie et composa le numéro de la boisson, avant d'attendre quelques minutes. Une fois que l'objet eut dégringoler dans la partie inférieur, elle le saisit, et s'en retourna vers son bureau qui n'était plus tout à fait vide.

En effet, assise sur un fauteuil gris, portant une magnifique robe en soie pourpre, une jeune femme aux longs cheveux roux bouclaient jusqu'à ses côtes. Un sourire éclaira les lèvres de la jeune femme, lorsqu'elle vit ses talons rouges sang qui devaient surement rappeler son rouge à lèvre.

-Bonjour Natasha, fit elle.

-Tiens…

Se retournant avec une volupté enviable aux danseuses du ventre, l'intruse posa sur elle un regard vert où luisait un éclat terne. Ses lèvres avaient la même teinte que ses chaussures. Bingo, songea Pepper.

-… Pepper.

-Je suis contente de te voir, avoua elle.

-Et moi donc !

Se levant, la rousse se jeta au cou de son amie, et l'étreignit avec force. Pepper manqua de lâcher sa bouteille d'Ice-Tea, mais elle ne put résister à l'envie de la serre, elle aussi. Elles avaient beau ne pas faire partie du même monde, ne pas faire partie des mêmes cercles d'amis, et être différentes, il leur était inconcevable à leurs yeux de ne plus se voir.

-Tu m'as manqué, fit Pepper.

-Moi aussi. Mais je t'en prie, je t'en supplie, donne moi du café !

-Ah ah. Tu as encore abusé hier soir, non ?

-Hum… Peut être bien.

-Clint était de la partie ?

-Tu as un détecteur de pensée, hein ?

Pepper eut un petit rire, avant de lâcher la jeune femme qui retourna s'asseoir. Son teint était marbré, et étrangement, cela ne la surprit pas. Demandant à un stagiaire qui passait par là d'apporter un grand bol de café noir –avec deux sucres, ajouta Natasha-, elle revint s'asseoir à son bureau, et ouvrit sa bouteille d'Ice-Tea. Un sourire éclairait ses lèvres.

-Alors, fit la russe se laissant aller dans le dossier de son siège. Comment tu vas ?

-Je vais bien.

-Je veux tout savoir ! Est-ce qu'il est aussi brillant qu'il le prêtent ?

-Qui ça ? Tony ?

Levant les yeux au ciel en un mouvement qui se voulait ironique, un sourire étira ses lèvres maquillées. Reposant ses yeux sur Pepper, elle s'exclama :

-A ton avis ! Le père Noël bien sure !

-Et bien justement, je suis très mal à ce niveau là. Ce soir, nous sommes sensé fêter Noël, mais je n'ai rien à lui offrir…

-Aïe. Et le connaissant, il va avoir sortit le grand jeu.

-Comme tu dis.

Elle avala une gorgé d'Ice-Tea, avant de poser la bouteille sur le bureau, et d'écarter les quelques dossiers qui lui faisaient face. Natasha, croisant ses bras sur son décolleté moulée par la soie, resta silencieuse un instant. Elle finit par avoue :

-Il a vraiment une sale tête.

-Je sais. Il a beau dire que ça va, depuis qu'il a retiré le réacteur, je vois bien qu'il a changé. Je ne sais pas exactement ce qui lui arrive, mais il me paraît… déprimé.

-Stress post-traumatique ?

-Il est tout juste sorti de celui que l'épisode « New York » lui avait laissé, et je ne crois pas que ce soit cela. Non, c'est différent.

-Tu sais, il a dut beaucoup travailler. Entre les armures, la maison, et toi, plus son cœur, ce serait presque normal qu'il soit mort de fatigue.

-Je sais, mais je pense qu'il y a autre chose.

-Quoi ?

Saisissant son téléphone, la rousse y pianota quelques secondes, avant de s'immobiliser. Tournant l'écran vers son amie, elle la regarda se pencher en avant, et tordre son visage en une moue comique. Elle demanda :

-Ce ne serait pas… ?

-Si, Rhodey et sa copine, Ashley. Enfin sa femme, depuis quelques semaines maintenant.

-Et ce bébé… C'est le leur ?

-Kyle Rhodes. Né le dix janvier, pesant quatre kilos sept. Cinquante centimètre.

-Je ne vois pas où est le problème, avoua Natasha.

-Moi non plus, mais je crois que cela a un rapport. Tony a toujours tout fait avant James : il a eu sa première petite amie le premier, son appartement le premier, son diplôme le premier, et a même été blessé le premier… Alors que James le dépasse… Je ne sais pas, ça doit être cela.

-Attend, tu veux dire que vous en êtes à vous raconter ce genre de truc ? Ironisa la russe.

-Ne te fiche pas de moi, s'il te plait !

-J'ai rien dis ! Bon, en même temps, il fallait s'y attendre. Depuis combien de temps Rhodey et Ashley sont ensemble ?

-Bientôt sept ans, avoua la rousse verrouillant son téléphone.

-C'est normal qu'ils aient un bébé. Si vous étiez sortit ensemble avant, peut être que vous en auriez un aussi !

-Ne me parle pas de ça, supplia Pepper avec un sourire.

Elle venait de se remémorer le soir où elle était descendue arracher le génie à ses inventions. Natasha se laissa aller dans le dossier de son siège, un demi sourire aux lèvres. Elle ne put ignorer le rouge qui était monté aux joues de son amie :

-Oh… Toi tu as été très vilaine !

-Mais non.

-Menteuse.

-Puis-ce que je te dis que non.

-Tu es aussi crédible que Clint quand il dit que Fury est son idole.

Pepper éclata de rire, alors que le stagiaire revenait, portant une énorme tasse de café à la main. Natasha la lui arracha, et y plongea ses lèvres, sans se demander si le breuvage était chaud ou non. Pepper eu un sourire :

-Merci beaucoup.

-De rien mademoiselle Potts. Je suis le stagiaire du service bactériologique. Henri Modoc.

-Oh, murmura elle, enchanté.

Elle prit le temps de détailler un peu plus cet homme, qu'elle n'avait jamais vu auparavant. C'était un de ces hommes entre deux âges, les trais tout juste assez marqués pour lui donner quarante ans, mais à la peau trop fine pour en avoir trente cinq. De petits yeux verts luisaient amicalement derrière ses lunettes à monture argenté, et son costume bleu nuit était d'un certain goût. Cet homme, songea elle, irait loin.

-J'ai été très heureuse de vous rencontrer, Henri.

-Pourriez vous venir ce soir, au service ? J'aimerai vous poser quelques questions à propos du virus…

-Oh, je doute que ce soit une bonne idée Henri.

-… seulement deux ou trois choses.

-C'est vraiment dommage, mais…

-Elle n'a aucune envie de parler de ça, la coupa Natasha. Alors vous allez être gentil et retourner dans votre service, nous étions en pleine discussion.

-Juste une chose : est-ce que c'est vrai que vous êtes la dernière personne au monde à avoir ce virus ?

-Henri… Commença Pepper.

-Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous représentez, pour la médecine ! Vous êtes la dernière à détenir un pouvoir semblable ! Vous pourriez sauver des milliers de vies !

-Ça suffi, le coupa la jeune femme se levant. Henri, je vous trouve extrêmement impertinent.

-Et je vous trouve horriblement égoïste.

-Hors de ma vue ! Sortez de ce bureau !

Poussant un soupir, le visage de l'homme changea. Soudain, il ressembla à ces fauves qui, une fois en colère, sont capable de tout pour arriver à égorger leur proie. Pour tenir entre leurs puissantes mâchoires les restes fumant de leurs organes sanguinolents. Se retournant, il s'exclama :

-Retenez mon nom, mademoiselle Potts. Vous entendrez parler d'Henri Modoc !

-Mais oui, bien sure. Allez, murmura Natasha fermant la porte, à plus tard !

Lorsque le battant eut claqué, Pepper poussa un long soupir. Elle savait qu'elle n'avait pas à avoir peur. Qu'elle pouvait compter sur Happy, sur Tony, et sur tout ceux qui se trouvait autour d'elle. Mais, l'espace d'un instant, elle aurait juré voir la même lueur que celle qui luisait dans les yeux de Killian lorsqu'il lui avait injecté le virus. La russe, posant sur son amie un regard compatissant, la regarda vider la moitié de sa bouteille d'Ice-Tea au thé vert. Revenant prendre son siège, elle demanda :

-Il y a beaucoup d'illuminés dans son genre ?

-Plus qu'il n'en faut. Bon, où en étions nous quand il est arrivé ?

-Pff… Soupira l'agent portant la tasse à ses lèvres… j'ai oublié.

-Dans ce cas, à moi de te poser une question, fit Pepper venant prendre place près d'elle. Qu'est ce que tu as fait hier soir ?

-Moi ? S'enquit elle. Rien du tout.

-Menteuse, va. Allez, raconte, je veux tout savoir !

-Bon, d'accord, je te raconte.

La rousse eu un sourire. Bien qu'elle soit agent secrète, Natasha était tout bonnement incapable de garder secrète les petites soirées qui se déroulaient au SHIELD, et Pepper prenait toujours un malin plaisir à l'écouter raconter.

Toute fois, la russe ne semblait pas aussi incline à parler que d'habitude :

-Mais avant, je veux savoir quelque chose.

-Quoi ?

-Tu as deux bouteilles d'Ice-Tea thé vert ans ta poubelle, plus deux sur ton bureau. Une vide et une pleine. Qu'est ce qui t'arrive ? Tu t'es mise à un nouveau régime ou quoi ?

-Ça ? S'enquit la jeune femme désignant sa bouteille. Non, pas du tout. J'adore ça depuis un moment, je crois qu'il ne faut pas chercher plus loin. Et puis ça me donne un coup de fouet entre le réveille et le déjeuner.

-Pourquoi ? Tu es malade ?

-Je dois surement couver quelque chose. Je n'arrive plus à avaler quoi que ce soit le matin. Après, c'est peut être un effet secondaire d'un médicament, qui sait ?

-En effet, qui sait ? Dis moi… Tu n'as pas la tête qui tourne ? La nausée ?

-Eh, c'est moi qui pose les questions ici ! Reprit Pepper. Alors, raconte moi ta petite soirée.

Natasha haussa les épaules, signe qu'elle n'avait rien à dire. Ce qui était complétement faux. Elles restèrent silencieuse un moment, avant que la russe ne pousse un soupir. Un sourire illumina ses lèvres :

-Tu me connais trop bien !

-Allez, j'écoute.

-Rien d'exceptionnel. Vodka, garçons, fête de fin de mission… Ah si ! J'ai vu Clint chanter « J'ai encore rêvé d'elle », c'était assez comique.

-J'aurai bien aimer voir cela, avoua la jeune femme.

-Crois moi, ce n'est pas un cadeau. Il peut faire gentil et attentionné, comme ça, mais à côté il est incapable d'être sérieux cinq minutes. Je sais, on ne croirait pas quand on le voit.

-Et la mission, j'imagine que tu ne peux rien me dire.

-En effet, confirma Natasha, Motus et bouche cousue.

-Hum… Dommage. Tu as dormi un peu, au moins ?

La jeune femme se lova dans le cousin gris, en portant le café à ses lèvres. Pepper avala une nouvelle gorgée d'Ice-Tea, avant de l'écouter reprendre :

-Oh oui. Une bonne demi-heure.

-Il faut que j'applaudisse ?

-Tu pourrais. Bon, à moi de poser les questions ! Comment tu vas ?

-Super, je te l'ai déjà dis, murmura la rousse.

-Pas trop secouée ?

-Non, ça va. Je ne te cache pas que j'ai eu quelque frayeur, mais à présent, tout va pour le mieux.

Un sourire orna les lèvres maquillées de Natasha. Se redressant, elle se pencha en avant, et demanda, posa sur son amie un regard où se croisait amusement et une certaine curiosité :

-C'est quoi cette histoire de petit déjeuner ?

-Je te dis que je dois couver quelque chose.

-Après la dose de médicament en tout genre que tu as avalé ? Impossible. Trouve autre chose.

-J'ai peut être été empoisonné.

-Par ton Ice-Tea, tu veux dire ?

-Je doute qu'il y soit pour quoi que ce soit, avoua elle avec un sourire.

-Tu n'aurais pas envie de fraise de temps en temps, à tout hasard ?

Pepper poussa un soupir, dépitée. Natasha savait parfaitement qu'elle était allergique aux fraises, ce qui voulait dire que son résonnement devait mener quelque part. L'ennui était qu'elle ne voyait pas où. La russe reprit :

-Tu n'es pas plus tendu que d'habitude ? Tu n'as pas… hum, comment dire… de saut d'humeur ?

-Non, Natasha, soupira la rousse. Je n'ai pas envie de fraise, je ne suis pas sur les nerfs, et je n'ai pas la nausée comme certaine. En un mot : non, je n'ai pas mes règles !

-Ah, ça tombe bien, c'est là que je voulais en venir !

La jeune femme, abasourdie, fixa sur son amie un regard à la fois inexpressif et interrogateur. Avait elle totalement perdu la tête ? Etait-ce les restes d'alcool de la veille ? Ou bien est ce qu'elle avait –elle aussi-, attrapé un virus mortel ? Poussant un soupir, elle n'eut pas besoin de parler pour que la russe la comprenne.

Elle reprit :

-Quoi ? C'est pas si insensé que ça.

-Si.

-Mais non ! Tu ne manges plus le matin, tu es sur le point de pleurer quand quelqu'un te parle un peu violement, et tu bois cette saleté ! Excuse moi, mais si j'étais toi, je préférerai m'empoisonner aux fraises.

-Je n'allais pas pleurer, se défendit elle.

-Peut être pas, mais on voyait que tu étais affecté !

-Natasha, arrêtes avec ce délire tout de suite.

-Mais ce n'est pas un délire. Même moi je m'en serais rendu compte !

-Ecoute, comme tu me l'as rappelé : j'ai avalé tellement de médicament que c'est complétement impossible.

-Que tu sois malade, oui. Pas enceinte.

-Dis moi que c'est la Vodka.

-Euh… C'est fort probable, mais je trouve que pour une fille qui a la gueule de bois, mon raisonnement tient la route, non ?

La rousse se contenta de pousser un soupir, et de reprendre une gorgé d'Ice-Tea. Si Natasha avait certainement tord sur la plus grande partie de sa théorie, elle avait raison sur un point : boire ainsi de l'Ice-Tea à outrance n'était pas très sain. Elle se promit que cette bouteille serait la dernière.

Elle poussa un nouveau soupir :

-Peut être, mais cela reste le raisonnement d'une fille qui a la gueule de bois.

-Tu pourrais vérifier, au moins !

-Mais pourquoi faire ? J'ai passé mon temps à faire des analyses de sang, alors si jamais il y avait quoi que ce soit, il l'aurait vu !

-Qui ça ? Tony ? Excuse moi, mais je crois que non. Et pour plusieurs raison. La première est que quand on essaye de neutraliser un virus mortel, on ne s'occupe pas vraiment du reste. Et la seconde est que je m'étonne qu'il tienne encore debout. Il a put le voir sans réaliser. Tu sais, les hommes…

-Natasha, je te dis que c'est impossible.

-Pour les ingénieurs d'aujourd'hui, construire l'armure est impossible. Je crois bien qu'on connaît quelqu'un qui en a fait quarante deux…

Exaspéré, Pepper se raidit sur son siège. Elle avait horreur que son amie la prenne à témoin dans une affaire semblable. Quoi que, d'ordinaire, il n'était jamais question de cela dans leurs discutions.

-Donc, reprit l'agent, je te propose quelque chose. On sort déjeuner, on s'arrête dans une pharmacie et…

-Non.

-Mais ! Je veux savoir si je vais être tata !

-Natasha, je te dis que c'est impossible.

-Et moi je te dis que ça l'est. Allez, qu'est ce que tu as à perdre ?

-Mon temps !

-Ton temps, ton temps… Tu viens de survivre à une virus qui faisait que tu te consumais : tu t'en fiches du temps. Allez, dis oui !

La jeune femme ne répondit rien, vaincue. Lorsque son aie avait quelque chose en tête, il était tout bonnement impossible de le lui enlever. Et cette histoire sans queue ni tête en faisait partie. Elle se jura que c'était la dernière fois que Natasha l'embarquait dans ses histories tordues, avant de pousser un soupir.

La russe, prenant sans doute ce silence pour un « oui », termina sa tasse, et se leva d'un bond :

-Génial ! Allez, on y va ! Tu sais si il y a un bon resto, pas loin ?

Lorsque Pepper revint à Stark Industrie, en fin d'après midi, elle n'était pas au meilleur de sa forme. Ses pieds lui faisaient mal à force d'avoir marché dans ses talons, ses vêtements avaient été froissés par la foule, et son déjeuner lui revenait. Pourtant, elle n'avait rien mangé de trop lourd.

Se laissant tomber sur sa chaise de bureau elle poussa un long soupir, exténuée. Il faudrait qu'elle songe à ne pas mettre de talon, la prochaine fois que Natasha l'emmènerait courir les rues. Elle se laissa aller, saisit sa bouteille d'Ice-Tea, et en avala une gorgée. Tout de même, songea elle, si Natasha avait certainement tord à propos du bébé, il était certain que quelque chose clochait chez elle. En commençant par cette sale habitude de boire de L'Ice-Tea à toute heure du jour.

Que pouvait elle bien avoir ? Déprime ? Effet secondaire d'un médicament ? Ou bien est-ce que le virus qui refaisait surface ? Cette idée l'affola. Elle ne voulait plus être malade. Elle aurait cent fois préféré être enceinte. Cette idée la décida.

Ouvrant son sac, elle en sortit la boite en carton que Natasha l'avait forcé à acheter. Les teintes bleues de celle-ci avaient quelque chose de rassurant, lui faisant presque oublier ce à quoi ce qu'elle contenait servait. Ouvrant la boite, elle resta un instant dubitative devant l'espèce de thermomètre en plastique qui lui faisait face.

Se levant, elle poussa un soupir, et s'en fut vers les toilettes de l'étage, où elle s'enferma à double tour. Elle revint dans son bureau deux minutes plus tard, et posa l'engin en plastique entre deux piles de dossier. Elle allait se laisser tomber sur son siège, lorsque la porte fut ouverte en coup de vent.

Levant les yeux, elle trouva Happy qui ne semblait pas ravie. Son visage était pâle, et son costume noir avait quelque chose de triste.

-Que se passe-t-il ? Demanda elle.

-Mademoiselle, il y a un problème.

-Où ça ? Qu'est il arrivé ?

-Au service bactériologie. Un accident chimique… C'est grave mademoiselle.

-J'y vais immédiatement !

Suivant Happy, ils se précipitèrent en dehors du bureau, et empruntèrent les escaliers. Pepper avait prit garde à ce que les ascenseurs soient condamnés à la moindre alarme. Dévalant les paliers, ils furent rapidement arrivés à l'étage réservé aux bactéries. Passant une carte dans un boitier qui, accroché au mur, ressemblait à une boite au lettre, Pepper pénétra dans un lieu confiné, coupé du monde, où extrêmement peu de personne avait accès.

Elle traversa le laboratoire éclatant, ne prêtant aucune attention au carrelage d'un blanc immaculé, ni aux murs sans tâches. Perchés sur les bureaux en porcelaines, des fioles en tout genre se tenaient, contenant toutes sortes de couleurs liquides. Un odeur de désinfectant et de chaire brulée stagnait dans l'air. Dévalant un petit escalier, la rousse poussa une porte de verre, et pénétra dans un laboratoire auxiliaire plus petit que le précédant. Là, allongé parmi les fioles brisées, trempant la faïence de son sang écarlate, elle reconnu ses lunettes rectangulaires.

C'était impossible. Elle fit un pas en arrière, et regarda un chercheur se jeter sur l'homme, pour tenter d'arrêter l'hémorragie de son bras. Des blouses et des tissus en tout genre gisaient déjà sur le sol, maculés des éclats vermeils de la douleur. S'approchant à nouveau, la jeune femme put jeter un regard à Henri Modoc qui, le visage pâle, gémissait à en faire trembler les murs. Son bras droit, à partir du coude, avait été entièrement rongé par de l'acide, qui commençait à remonter le long de son épaule.

A travers ses petites lunettes, ses yeux verts luisaient. Aussitôt, la rousse revit le regard de Killian, et elle sentit quelque chose se serrer dans son ventre. Se tournant vers Happy, elle demanda :

-Quelqu'un à appeler les secours ?

-Un médecin, avoua il. Ils arriveront dans trois minutes.

-Il n'a pas trois minutes. Allez me chercher une trousse de premier soin.

-Vous savez faire un garreau ? S'étonna Happy.

-J'ai changé un réacteur cardiaque. Moralité : ça ne doit pas être plus compliqué.

Happy fit « oui » de la tête, et s'en fut vers l'étage supérieur. Pepper, se penchant avec les chimistes, ordonna à l'un d'eux de faire un nœud plus serré à la blouse qui recouvrait son moignon. Se tournant vers un autre qui s'afférait à ramasser des débris de téflon, elle demanda :

-Qu'est il arrivé ?

-Il travaillait sur un nouveau carburant, lorsque la viole d'acide fluoroantimonique lui a échappé. C'est l'acide le plus puissant au monde, il peut presque tout dissoudre. C'est pour cela qu'il était enfermé dans du téflon.

-Henri, appela elle. Henri, est-ce que vous m'entendez ?

Elle le vit tourner la tête vers elle. Ses cheveux noirs tombaient dans ses yeux avec une certaine grâce, et elle trouva puérile de remarquer cela dans un moment pareil. Posant une main sur son épaule, elle regarda son front couvert d'une sueur opaque qu'elle savait dut à la souffrance. Il cracha un peu de sang provenant d'une plaie à la lèvre qu'il avait dut se faire en tombant, avant de murmurer quelque chose d'incompréhensible.

Son ton se fit le plus autoritaire possible :

-Henri, gardez vos forces. Nous avons appelé les secours, ils seront là dans quelques minutes. Tenez bon.

-Do… donnez le moi…

La rousse fronça les sourcils. Mais de quoi parlait il ? Se penchant un peu plus vers son visage, elle le vit bouger son bras valide pour effleurer sa joue. Il y laissa une trace sanglante à laquelle elle ne prit pas attention, trop concentré sur les murmures qu'il proférait.

-V… vous pouvez me… sauver…

-Je vous ai dis que nous avions appelé une ambulance.

-N… non… Haleta il… vous pouvez me rendre ma vie… mon bras…

-Henri, calmez vous.

-Donnez le moi.

-Mais de quoi…
-Donnez le moi !

-Henri, tais toi, lui ordonna un chimiste appuyant sur sa plaie.

-Henri, je veux bien tout vous donner, avoua elle. Mais je ne comprends pas ce que vous voulez.

-Donnez moi… extremis.

A ces mots, la rousse frissonna. Ce mot avait le seul pouvoir de la terrifier. Reculant de quelques mètres, elle vit une lueur naitre dans le regard émeraude de Modoc. Elle la reconnu comme être du désespoir. Un désespoir pure, brut, métallique, qui n'admettait aucune contestation.

Elle aurait put rester longtemps à le fixer, si une seconde lueur ne s'était pas installée dans son regard. Celle ci était aussi amère que l'acide qui rongeait son bras. Elle aurait aimé dire, ou faire quelque chose. N'importe quoi, que ce soit un signe, un son, qui aurait fait comprendre à cet homme qu'elle ne pouvait rien pour lui.

Il murmura :

-Alors… vous êtes vraiment comme je le pensais… mademoiselle Potts.

Des sons se firent entendre dans leurs dos. Sans se retourner, elle sut que c'était les secours. Des bras puissants la saisir, et elle fut remise debout avec force et douceur. Elle n'eut même pas à demander de qui il s'agissait :

-Merci Happy.
-De rien. Vous ne devriez pas rester ici.

-Tu as raison. Je… retourne dans mon bureau. Reste jusqu'à ce que les secours soient partis.

-Mademoiselle, vous êtes sure que tout va bien ?

Elle ne répondit rien. Se retournant, elle monta les marches avec une fierté enviable aux reines, avant de s'engouffrer dans le premier labo qu'elle traversa en quelques pas. L'alarme ayant été ôté à l'arriver des pompiers, elle put prendre un ascenseur qui la mena jusqu'à son bureau. Le trajet lui parut incroyablement long.

Dans son esprit dansaient des images en toute genre, humectés de sang, de braises et d'huile de moteur. Des images quelle aurait préféré oublier à jamais mais qui, comme de vieux fantômes, revenaient la hanter. Lorsque la cabine s'immobilisa, elle en descendit et s'en fut vers son bureau. Une fois la porte fermée, elle sentit une peur écrasante déferlée de tout son poids sur ses frêles épaules. Alors, il n'y eu lus ni étiquette, ni « madame » pour le protéger de ses souvenirs, et ils déferlèrent dans son esprit comme une cavalerie enragée, promenant son fléau meurtrier partout où elle passait.

Elle était sur le point de fondre en larme, lorsqu'elle se laissa tomber dans son fauteuil. Ses yeux la brulaient, sa gorge était aussi serrée que si quelqu'un avait cherché à l'étrangler, et elle sentait le sol se mettre à tanguer sous ses pieds. Elle espéra secrètement faire une crise d'angoisse, pour ne plus avoir à se demander ce qui lui arrivait.

Elle allait laisser libre court à ses sanglots, ce qu'elle n'avait encore jamais fais, et maudire « extremis », lorsque son regard rencontra un objet. Chassant les larmes de ses yeux bleus, rendant ainsi sa vision plus nette, elle se reprit : ce n'était pas une couleur, mais un signe. Un signe noir, qui se détachait parfaitement sur le plastique blanc et bleu d'un test de grossesse. C'était…