Les notes "(1)" sont à la fin du chapitre. Et il est plutôt long. Dsl. ^^

La fiction commence par les souvenirs du personnage que j'ai inventé, pas par la fin du braquage comme dans le film. Bonne lecture !


« Salut, M'man ! Je suis rentré ! » lançais-je mollement.

En équilibre précaire contre la porte d'entrée, j'enlève une à une mes baskets blanches rayées de bleu, laissant mon sac en bandoulière blanc glisser au sol. Sans me presser, j'arrête mon baladeur et retire mon casque de mes oreilles d'un geste rapide et machinal, coupant net ce cher Bryan Adams en plein " Look into my hea...". Je lève les yeux sur le miroir fixé au mur et dévisage mon reflet, remettant en place derrière mon oreille l'insolente mèche ébène échappée de mon catogan serré, et qui me tombait effrontément sur le front, troublant l'ordre parfait de ma tenue de collégien.

La veste bleue foncé est tachée de poussière sur l'épaule gauche, que j'époussette d'urgence jusqu'à être satisfait. Si Maman le remarque, je peux dire adieu à la sortie de ce soir ! Ma chemise est maintenant impeccablement blanche, sans même une tâche de sauce, légèrement ouverte sur mon cou, ma cravate est un peu relâchée, le pantalon tombe exactement comme il faut. Tout est en place. Yann Johnson reste fidèle à lui-même, même à son retour d'école. En fait, il ne manque que ma mèche, mais je n'ai pas intérêt à ce qu'elle dépasse quand j'arrive. Ma mère pense que ça fait voyou...

Un dernier coup d'œil dans la glace, défiant mes propres yeux noirs avec arrogance, je roule des épaules pour les faire craquer, et me décide enfin à crier un autre "Maman !" pour qu'elle vienne m'autoriser (ou non) à rentrer plus loin dans la maison. Et également, à glisser mes pieds dans mes moelleux petits chaussons nounours, que j'ai déposé dans l'entrée ce matin en partant et que je dévore maintenant des yeux avec envie. (1) Cela fait, remarquant que personne ne m'a répondu, je m'immobilise, et tends l'oreille. Rien. Silence total. A cette heure-là pourtant, Maman devrait préparer le repas. D'ailleurs, une drôle d'odeur flotte dans l'air. Une odeur de...

« Fuck ! »

Je traverse le couloir à toute vitesse. Balançant mon sac à l'aveuglette sur un des fauteuils du salon en passant devant, je me précipite dans la cuisine, directement sur la poêle dont s'échappe un nuage noirâtre plus que suspect. Avisant les morceaux carbonisés dedans, j'en déduis qu'il s'agit de pommes de terre qui se voulaient, à la base, être des pommes sautées. Avec des haricots verts. Berk ! Pourquoi des haricots verts ? Je déteste ça ! En fait, je déteste tout ce qui est vert. Ça peut pas être comestibles, des trucs pareils, une telle couleur ça veut forcément dire : DANGER ! Soupirant, je jette les morceaux de charbons à la poubelle, grognant au gaspillage, puis laisse la poêle refroidir sur le bord de la fenêtre, que j'ouvre en grand avant de mourir intoxiqué. Mes cheveux et ma chemise vont empester la fumée. Je vois d'avance la mine dégoûtée de Tom et Rayan quand j'arriverais ce soir. Peut-être qu'on ne me laissera pas entrer parce que je ferais fuir toutes les filles rien qu'à l'odeur de brûlé.

« M'man ! Où t'es passée ? J'ai qu'une heure pour manger, tu sais ! Alex m'a invité à dormir chez lui, tu te souviens ? Les pommes de terre ont cramé, y'aurait pu avoir un incendie ! Je t'avais dit de seulement sortir les ingrédients, j'aurais pu me faire un truc rapide... M'man ? M'man ! »

Bon. Je vais pas passer ma journée dans la cuisine. Plus vite j'aurais retrouvé Maman, et plus vite j'irais chez Alex. Quant au repas, tant pis, ça sera pas la première fois que j'en saute un, et je pourrais me rattraper à la fête ! Tout-à-coup, un bruit suspect me fait me baisser et j'envoie un bon coup de pied dans le ventre de l'homme qui a tenté de me ceinturer par-derrière. Un coup du tranchant de la main au niveau de la gorge, et il tombe dans les pommes. Aussitôt, je me mets dos au plan de travail, ne tenant pas à revivre une autre attaque surprise.

Prudent, je saisis à tâtons un aliment sur le plan de travail. Un oignon. Jetant un coup d'œil dans sa direction, j'en vois une dizaine, alignés proprement les un à la suite des autres. C'est beaucoup trop pour deux personnes... Quand est-ce que Maman apprendra à acheter seulement le juste nécessaire ? Dégoûté, je laisse l'aliment inutile rouler sur le meuble. Je vais devoir trouver un autre plan que bombarder mes assaillants avec n'importe quoi pour les faire sortir de leur cachette. Car il y en a sûrement d'autres, ce gars ne se promènerait pas tout seul dans ma maison, les mains dans les poches, en mode touriste qui s'est trompé d'endroit à visiter. Zut !

Lentement, faisant le moins de bruit possible, je me glisse derrière la porte de la salle et tends les bras vers la table à manger. Bandant mes muscles, je l'attire contre moi. Puis brusquement, pour ne pas laisser aux hommes planqués dans le couloir le temps de réagir, je ferme la porte d'un coup d'épaule et place d'une main le dossier d'une chaise contre la clenche pour la bloquer. Ensuite, je pousse la table contre la chaise, et après réflexion, rajoute un meuble de rangement derrière, juste pour être sûr. Satisfait, je vois la porte trembler sous les coups d'épaules des intrus, visiblement énervés de s'être fait rouler par un collégien. Je décide malgré tout de bouger de la pièce, ne tenant pas à voir combien de temps mes barricades tiendront le coup, d'autant plus que le meuble menace de me tomber dessus à tout moment.

Une fois que j'ai souplement enjambé le rebord de la fenêtre, je m'étends de toute ma taille et saisit le rebord du toit, avant de m'y hisser à bout de bras, priant pour que la vielle gouttière ne décide pas de lâcher aujourd'hui et remerciant avec effusion mon oncle pour m'avoir inscrit à l'escalade, il y a longtemps. Je me stabilise et tente un pied mal assuré sur les tuiles granuleuses. Prudent, je me dirige vers la fenêtre normalement ouverte de ma chambre, stoppant tout mouvement à chaque bruit suspect venant d'en bas. Une petite frayeur et de bonnes sueurs froide plus tard, j'ai atteint la fenêtre, et les jurons criés par les hommes en noirs m'informent qu'ils n'ont pas encore défoncé la porte de la cuisine. Mais ça ne devrait plus tarder. Ou alors, un gars intelligent se dira que faire le tour et me chopper par la fenêtre sera plus efficace.

Je suis surpris qu'ils n'y aient toujours pas pensé, d'ailleurs. Peut-être croient-ils que la force vient à bout de tout ? Sinon, ils sont tout simplement bêtes comme leurs pieds, et ça me ferait mal de me faire attraper par des abrutis pareils. Je reste accroupi sous la fenêtre, tendant l'oreille pour tenter de percevoir les bruits venant de ma chambre. Rien. Bon. Avec un peu de chance, il n'y aura personne et je pourrais rejoindre le salon sans me faire prendre...

Un rapide coup d'œil dans la pièce détruit sur-le-champ cette hypothèse. Il y a un gars, gonflé comme une barrique mais l'air drôlement fort, qui barre carrément l'accès à l'escalier de toute sa masse graisseuse. Et mince (pour ne pas dire autre chose) ! jurai-je mentalement. Y'a plus qu'à passer au plan B. Couché sur le dos, m'en rappant une bonne partie à cause des frottements contre les tuiles, je dégringole le toit, m'arrêtant violemment contre la gouttière, qui miaule dans un crissement de fin du monde. Sûr que je dois être repéré, maintenant.

« Hé ! Le petit est sur le toit ! »

Et voilà, qu'est-ce que je disais ? Alors que je saute à terre et me prépare à faire un sprint digne de mon club d'athlétisme, un cri aigu me stoppe en position de départ. Un cri que je connais bien.

« Yann ! Va-t'en mon chéri ! Vite, mon bébé !

- Ferme-la, imbécile ! » la reprend une voix grave et dure.

Maman !Elle doit pleurer, il y a des sanglots dans sa voix... Si c'était pas le cas, je lui en voudrais à mort pour le "mon bébé". J'entends un bruit sourd, un cri étouffé, puis une course. Encore quelques hurlements et je comprends que les hommes la retiennent contre son gré, certainement dans le salon. Mon cœur se serre et je longe la maison. Arrivé à la porte-fenêtre menant à la pièce principale, je m'interromps, refusant de l'ouvrir pour je ne sais quelle raison.

Puis ça me revient. Cette situation est trop bizarre. Les hommes en noirs devraient m'être tombé dessus depuis dix bonnes minutes, mais rien. Merde ! Je vais finir par bannir ce foutu mots de mon dictionnaire ! Et puis, je me fais sûrement du souci pour pas grand-chose ! C'est pas le moment de traînasser, Maman a besoin de moi. Fort de cette détermination, je pousse la porte... et me retrouve aussitôt immobilisé face contre terre par deux gorilles mal léchés qui m'écrasent bien de toute leur poigne.

« Et merde ! » jurai-je encore, à voix haute cette fois-ci.

Ils sont pas si bêtes, finalement. Je me suis bien fais avoir. Lorsqu'on daigne enfin me lever la tête du tapis noir respirant la poussière et la cendre de cigarette, je vois ma mère, échevelée, ses yeux bleu grands écarquillés, à genoux quelques mètres devant moi. A côté d'elle, confortablement assis dans le meilleur fauteuil de la maison, un homme grand et très maigre, ce qui lui reste de cheveux plaqués en arrière, fouille sans gêne dans mon sac de cours. Quand il plante ses yeux aciers dans les miens, je sens la peur me tordre le ventre. Sa voix, grésillant comme une vieille radio, me soulève le cœur tant elle transpire le miel et l'hypocrisie à l'état pur :

« Eh bien, quel garçon énergique ! C'est exactement ce qu'il nous manque, chez nous : ils sont tous mous et abrutis devant la télé, ou enfermés à double tour dans leur chambre pour jouer aux jeux vidéo. Quel dommage, vraiment ! Qu'en dis-tu, Hailey, très chère ?

- Je... mon fils n'est pas comme les autres, c'est tout. Il n'y a rien à dire.

- Bien sûr qu'il n'est pas comme les autres ! fait semblant de s'énerver l'homme, bien que l'ombre d'un sourire flotte sur ses lèvres. C'est le fils de Ryo le Diable Noir, il peut pas être n'importe qui ! Et toi, petit, qu'en penses-tu ?

- ... Bouge tes fesses de là.

- Que... ?

- Je t'ais dis de bouger, putain ! C'est le fauteuil de mon père ! » hurlai-je, hors de moi.

Un grand silence suis mes paroles. Moi, je tremble de rage et dois faire d'énormes efforts pour ne pas laisser la colère m'emporter plus qu'elle ne l'a déjà fait, tordant mon visage d'un rictus animal qui semble fasciner le vieux bonhomme.

« Eh bien, eh bien. Voilà qui est intéressant. Ce gamin ressemble comme deux gouttes d'eau à son père, pas vrai Hailey ? (il tourne ses yeux de serpent vers ma mère muette) Dur à vivre, hein ?

- Arrête ça, Andrew. J'ai rempli ma part du marché, alors dis-moi où est Ryo ! murmure-t-elle, les larmes coulant silencieusement sur ses joues.

- Ah oui, c'est vrai. Notre marché. Vois-tu, je suis pas vraiment sûr qu'une information cruciale comme celle-là puisse être transmise à une mère aussi indigne que toi. Après tout, vendre son enfant aux probables kidnappeurs de son mari n'est pas très prudent, Hailey. »

Mon cœur rate un battement, et toute férocité disparaît de mon visage. J'ai bien entendu ? Non, Maman n'aurait jamais fait ça. Je la fais peut-être tourner en bourrique trop souvent, mais comme n'importe quel enfant. Pas suffisamment pour qu'on m'abandonne. Sentant mon estomac se tordre, je lève des yeux perdus sur ma mère immobile, si proche :

« Maman... Dis-moi que c'est pas vrai... Que tu n'as pas cédé à ce chantage... Maman... suppliai-je.

- Bien sûr que si, elle l'a fait, gamin ! Tous les moyens sont bons pour se retrouver de nouveau dans les bras de son Ryo chéri. Tu peux rien contre ça.

- Maman... Dis quelque chose ! Défends-toi !

- Imbécile ! Tu crois vraiment qu'elle t'aurait dit de t'enfuir, tout en sachant que tu ferais exactement le contraire, si ce n'était pas pour te précipiter entre nos griffes ?

- La ferme ! Je t'ai pas causé, le vieux ! Maman, dis-moi n'importe quoi s'il-te-plaît, mais ne me laisse pas croire que... Il ne peut pas dire la vérité, hein ? Maman !

- ... Je suis désolée, Yann. »

Ses yeux qui se détournent des miens me convainquent une bonne fois pour tout que oui, elle m'a bien vendu à ces hommes. Pour retrouver Papa. Alors, je compte moins pour elle que lui, qui est parti il y a plus d'un an et demi ? réalisai-je tristement. Trop abasourdi pour réagir, je ne fais tout d'abord rien quand les hommes en noirs me relèvent et commencent à me traîner (me porter, en fait) en direction de la sortie, les yeux fixes et les muscles complètement tétanisés. Tout-à-coup, comprenant qu'une fois parti, je reverrais plus jamais ma mère, ma maison et mes amis, je me débats et cri :

« Attendez ! Moi aussi je veux savoir où est mon père ! »

C'est moche de mentir. J'en ai rien à faire en réalité. Il peut bien être dans un vieux hangar du Missouri ou un bar d'hôtesses à New York, ça me fait ni chaud ni froid. Tu n'es pas honnête avec toi-même, Yann ! me susurre à l'oreille la voix de Katty, ma copine. Ex-copine. Qui a rompu avec moi exactement à cause de ce manque d'honnêteté. Enfin, en apparence. Pourquoi ce souvenir me revient maintenant ? Moi, je veux juste rester avec Maman. Elle a besoin de moi. Si Papa ne peux pas revenir tout-de-suite après mon départ, elle qui ne sait rien faire de ses dix doigts (autre que conduire une voiture et tirer au pistolet) va s'intoxiquer dès son premier repas. Ou se couper profondément en préparant des légumes. Peut-être même s'ouvrir une veine en faisant tomber un couteau. Elle pourrait aussi déclencher un incendie ou une inondation en réglant mal la machine à laver ou le four. Bref, que des catastrophes en perspective. Comment a-t-elle fait pour survivre avant de rencontrer Papa ? C'est une question que je me suis souvent posée, étant donné qu'elle n'a plus aucune famille.

Tout le monde me regarde avec des yeux ronds, surpris que je ne supplie pas de rester avec ma mère, mais juste d'obtenir des informations sur mon père. Un sourire malin fleurit sur les lèvres du vieil homme. D'un geste élégant, il tire son chapeau sur son front et grince :

« Pourquoi pas ? Tu aurais bien fini par nous le demander pendant qu'on t'emmenait, de toute façon. (il s'enfonce encore plus dans le fauteuil, se délectant de mon regard assassin) Bien. Je vais donc vous dire où est Ryo.

- Merci ! s'exclame Maman, sans sembler regretter une seconde de m'avoir marchandé pour le fantôme d'un déserteur. Merci ! Merci ! Merci ! Mer...

- Silence, femme ! Ce n'est pas à toi que je parle, et c'est certainement pas pour toi que je vais divulguer cette info. Juste pour ton fils. Si je pouvais te bâillonner et te balancer quelque part pour que tu n'entendes rien, je le ferais. »

Il plante son regard métallique dans le mien :

« Mais j'ai comme l'impression que ce gamin se mettrait vraiment en colère. Tu es sûre de vouloir nous l'échanger contre Ryo ? Il plus jeune et dévoué que ce bandit irresponsable et incapable de rester plus de trois jours au même endroit sans s'ennuyer ferme le quatrième. Et c'est pareil pour les femmes, tu le sais, pas vrai ? Qu'il avait d'autres compagnes ? On l'a d'ailleurs coincé comme ça, en envoyant une fille à nous lui faire les yeux doux pour le distraire.

- Ça suffit ! Je le sais, je sais tout ça, alors dis-moi où il est ! » réplique Maman, comme si elle n'avait rien entendu.

Pourtant, ses mains tremblent. Elle était pas au courant. Ou elle ne voulait pas y croire. Moi, si. J'ai vu plein de fois Papa à des rendez-vous derrière le dos de Maman. Elle devait penser que les liens du mariage la protégeraient de ça. Et elle se trompait lourdement.

Quand Papa passait me chercher à l'école primaire, il se sentait toujours obligé de discuter pendant des heuresavec la maîtresse d'école dans la salle de classe, alors que je devais rester dans la cours de récréation. Jusqu'au jour où j'ai décidé de partir sans lui. Il ne s'est même pas inquiété, et a simplement rit, ajoutant que j'étais apparemment assez grand pour rentrer tout seul. Je n'ai plus compté sur lui après.

Et je sais que Katty m'a largué pour sortir avec lui. Il n'a même pas eut la décence de ne pas sauter sur la première petite copine de son fils : ce type est un pervers que je suis loin de regretter. Alors pourquoi...

« Non... c'est impossible... Tu mens, le vieux ! hurlais-je en tentant d'échapper à la poigne de mes kidnappeurs. Mon père ne peut pas être... Il est invincible, et c'est pas des mauviettes comme vous qui ont pu lui faire la peau ! Dis-moi où il est !

- Ryo... non... Pas lui... sanglote Maman, en état de choc.

- Très bien, alors je vais répéter : Ryo-est-mort. Enterré six pieds sous terre. Point. Et maintenant, tu viens avec nous, gamin.

- Allez vous faire voir ! Je quitte pas ma mère ! Elle sait pas s'occuper d'elle, j'peux pas la laisser ! Si vous m'emmenez, elle vient aussi !

- Sale morveux, tu crois qu'on va se plier au moindre de tes ordres ? Attend un peu voir d'être devant notre boss et...

- Et rien du tout, Andrew. Tu ne toucheras plus à un cheveu de mon fils. » l'interrompt Maman.

La détonation résonne à travers mon cœur, et encore et encore, son écho s'éternise dans mes oreilles. Le temps que je papillonne des yeux, Maman a bousculé les gorilles qui me retenaient et m'a poussé derrière elle, m'envoyant valser contre un mur.

« Sors d'ici, Yann ! Je suis sérieuse, cette fois-ci ! Dépêche-toi !

- Maman ? Et toi ?

- Ne t'en fais pas pour moi ! Sors de la maison ! Va te réfugier chez un ami, n'importe où ! Fuis, tant qu'il est encore temps !

- Mais...

- C'est un ordre !

- Hailey, salope ! Tu vas y passer, crois-moi ! articule le vieux, une balle dans l'épaule. Les gars, emparez-vous du gamin. Je m'occupe de la mère...

- Va-t'en, mon chéri ! Va-t'en vite ! Tu es tout ce qu'il me reste... »

Maman pleure, les mains serrées sur son pistolet. Les larmes coulent lentement, le long de ses joues, puis de sa mâchoire, dans le cou, et disparaissent dans son décolleté plongeant. C'est bizarre. Elle déteste mettre des décolletés. Elle dit toujours qu'elle n'aime pas le regard des hommes quand elle en porte, que ça attire trop l'attention. Alors pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi pile à ce moment-là ? Mes jambes ne bougent pas. Je n'ouvre même pas la bouche pour crier quand le coup de pied d'un des hommes en noir me plie en deux, m'envoyant frapper violemment de la tête le mur.

« Yann ! se retourne Maman dans une envolée de cheveux blond lumineux, cessant de pointer son arme sur le vieux.

- Tu aurais mieux fait de ne pas te préoccuper de lui, Hailey.

- Maman ! Baisse-toi ! » l'avertissais-je.

Le coup de feu part et passe juste au-dessus de la tête de Maman, qui roule sur le sol et tire deux fois sur l'homme en train de me maîtriser, sans calculer plus que ça le vieux. Froidement. Le bonhomme s'effondre et je dois pousser de toute mes forces pour me dégager. C'est fou comme il empeste l'eau de Cologne ! Ça devrait être interdit, un parfum aussi étouffant !

Un cri me fait tourner la tête vers Maman. Un gorille l'a attrapée et arraché son pistolet des mains. Et le vieux a le sien dans les mains, braqué sur la tempe de Maman. Elle ne me quitte pas du regard. Elle sait ce qui va se passer pourtant. Je ne pourrais jamais atteindre le vieux à temps pour l'empêcher de tirer... Une larme solitaire roule le long de son visage, déridé par un sourire serein qu'elle avait perdu depuis le départ de Papa.

« Va t'en , Yann... J'aurais voulu te voir grandir encore. Je pensais qu'il serait plus facile à Ryo de te récupérer que toi pour lui. Pardonne-moi, mon chéri. Vis pour nous deux, ton père et moi, mon pe...

- Non, Maman ! »

Le coup de feu part et elle s'effondre. Le sang gicle en de minuscules gouttelettes sur les hommes, un filet rouge vif traçant une larme mortelle de l'impact sur son front au tapis de sol. Seuls des yeux fixes me regardent encore, aucune lumière de vie ne les éclairant. Je ne peux détacher mon regard de la forme sans vie si proche et loin de moi. Je n'entends rien, je ne vois rien. Rien d'autre que le cadavre devant moi. Elle est partie ? Vraiment partie ? Et Papa ? Il ne reviendra pas, lui non plus ?

Je me laisse tomber à genoux, les yeux dans le vide. C'est un cauchemar. Ça peut pas être autre chose. Je vais me réveiller et Maman sera là, me racontant quelle excuse a inventée Papa pour revenir. Comme d'habitude. Je sens une main ferme saisir brutalement mon bras et cela suffit pour me réveiller. Et particulièrement en rogne.

Mon poing s'écrase dans la face de l'homme qui m'entraîne, le faisant aussitôt lâcher prise. Dans un même mouvement, je donne un violent coup de talon vertical dans sa nuque, la brisant avec un craquement sinistre. Le gorille s'effondre, sans vie.

Me sentant léger comme une plume, remplit à bloc d'une adrénaline bienvenue, je saute sur un autre adversaire, défonçant son nez du genou. Un demi-tour accroupit pour éviter son coup de poing, et je riposte avec une balayette. Après un autre craquement, suivi d'un hurlement à glacer le sang, il s'évanouit, et il ne reste plus que cinq hommes sur les huit de départ. Enfin, plutôt quatre, le vieux étant toujours blessé.

Ils me regardent avec méfiance, comme on regarde un animal à travers les barreaux de sa cage. Genre : on est en sécurité, mais prudence. Ils s'imaginent sûrement que me maîtriser ne sera pas trop compliqué. C'est ça, dans vos rêves, les papys ! souriais-je.

Deux gars me chargent en hurlant, tandis qu'un autre décharge son pistolet sur mon côté, pour m'empêcher de fuir. OK. S'ils le prennent comme ça, moi aussi je vais jouer ! Je les laisse se jeter sur moi puis roule entre leurs jambes à la dernière minute, pour donner une puissante ruade en arrière, les envoyant face contre terre. Mon élan me permet une roulade avant qui m'amène face au gorille au pistolet, que je désarme et neutralise d'un coup bien placé entre les deux jambes. Après ça, s'il arrive à se relever, je lui tire mon chapeau.

Le dernier homme en noir, pile entre moi et le vieux, me fonce dessus comme un taureau devant lequel on agite un foulard rouge. Par réflexe, je me mets en position de défense, comme on me l'a appris au club d'aïkido, prêt à le recevoir et le mettre à terre...

Sauf qu'au dernier moment, mon attaquant s'écarte et une main surgie de nulle part me presse un bout de tissus sur le nez. Merde ! Ils veulent me droguer ! Me débattre ne change rien, l'homme est bien plus fort que moi, et mes forces s'en vont lentement. Dans un éclair de génie, je décide de faire le mort, me laissant glisser contre l'homme en faignant l'évanouissement. Et ces crétins tombent dans le panneau.

Le mouchoir quitte mon visage et je peux de nouveau respirer normalement. Juste le temps de dissiper un peu mon étourdissement, et j'ouvre les yeux. Mon coude surprend mon drogueur, mais mes forces ne me sont pas totalement revenues et je vacille tandis que le gorille tombe à terre. Il faut que je me rende à l'évidence : je fais pas le poids contre des adultes, bandits qui plus est. Je dois m'enfuir.

Évidemment, les hommes en noirs ne sont pas d'accord avec moi, et la drogue m'a fait perdre toute vitesse. L'inévitable arrive : je n'ai pas fait un pas en direction de la porte-fenêtre qu'un vigoureux coup de poing me cueille au menton, envoyant ma tête heurter brutalement le parquet. Alors là, bravo Yann ! Tu peux largement prétendre au titre de champion des évasions ratées !m'engueule la voix de mes amis dans mon esprit embrumé. Mais j'ai trop mal à la tête. Je vais dormir un peu...


Et voilà ! Vous avez aimé ? Laissez-moi des coms même si c'est pour grimacer de mes nombreuses fautes d'orthographe ! (j'en ai sûrement laissées)

(1) Qui a pensé très fort que mon personnage est un gamin ?