Je suis embarrassée. Mon bêta a le chapitre 2 depuis que j'ai publié le 1, mais c'est un bêta qui a la Flemme. Du coup j'avais 10 chapitres d'avance. J'ai finalement décidé, durant cette période, que l'intrigue des vingt premiers chapitres était cool mais pas assez, donc j'ai supprimé quasi la moitié de l'intrigue (compensée par flashbacks et divers ajustements) et je me passe de bêta pour le moment. Et on arrive directement à…
Chapitre 2
— Comment t'appelles-tu ?
— Hermione.
— Hermione comment ?
— Granger.
Un coup de fouet. Invisible. Comme un rasoir qui, d'un trait, laissait la peau sanglante.
Un sort de découpe.
— Tu sais bien que je ne fais pas ça par plaisir.
— Non, professeur. Je sais que vous faites ça parce que vous y avez intérêt. Et moi aussi.
— Recommence. Comment t'appelles-tu ?
— Hermione Mocenigo.
— Parfait. Et moi, qui suis-je ?
— Vous êtes ma mère. Aurora Sinistra. Vous m'avez adoptée parce que vous ne parveniez pas à avoir d'enfants et que je ressemblais à votre défunte sœur. Pouvez-vous relâcher le sort maintenant, s'il vous plait ?
Un soupir. Le soulagement.
— Merci.
— Je ne pourrai pas faire aussi bien sous veritaserum.
— Il ne te sera jamais demandé autant.
Silence.
— Mais si cela devait advenir, sois sûre je n'hésiterai pas à t'effacer la mémoire de ma propre baguette. Après quoi je te renverrai combattre, comme tu l'as tant réclamé.
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Hermione contemplait avec émerveillement la silhouette qui se découpait devant un ciel crépusculaire. Avec ses tourelles effilées, ses remparts crénelés et les murs criblés de meurtrières qu'on devinait dans le clair-obscur, le château de Poudlard semblait tout droit sorti d'un conte de fées. Dressé sur sa colline, il semblait flotter au-dessus du monde des mortels. Des étoiles filantes parcouraient son horizon rose et bleu nuit. En-dessous, on devinait un univers dangereux, empli de monstres tapis dans les ténèbres, que seul le souvenir du valeureux Godric Gryffondor permettait de tenir à distance…
…à commencer par le calamar géant qu'on disait tapis sous le lac.
— Tu pourrais arrêter de faire tanguer la barque, s'il te plait ? dit un garçonnet de onze ans.
— Si tu tombes, le calamar te repêchera.
Le garçon ne parut pas convaincu. Hermione lui sourit avec bonté et s'assit. Tout le monde ne pouvait pas avoir dix-sept ans, la dureté d'un orphelin de guerre et l'aisance d'un vénitien sur les traghetto. Elle leva les yeux vers le ciel, où les nuages – des cirrus – s'écartaient dans un bain de mauves pour laisser apercevoir les premières étoiles. Poudlard. Verrait-elle un si beau ciel chaque soir ?
Ils accostèrent au ponton. Le garçonnet monta prudemment sur la structure de bois, encore effrayé, mais Hermione s'y attarda. Elle savait qu'elle reviendrait souvent là. L'eau lui manquerait. Le vert de la pelouse impeccable qu'elle devinait lui donnait le tournis. A Venise, il n'y avait pas de parc monumental. En dehors de Torcello, le plus grand jardin de la ville n'excédait pas les cent mètres de long.
— Eh bien, la macaroni ? demanda la grossière montagne de muscles qui leur servait d'accompagnateur. Qu'est-ce que tu attends ?
Hermione inspira longuement. Elle sauta sur le ponton.
Mr Muscle les mena jusqu'à une immense porte de bois, à laquelle il toqua. La surface se déroba dans un grincement sourd et les arrivants se retrouvèrent dans l'antichambre d'un gigantesque hall, qu'on devinait par le capharnaüm qui perçait à travers les murs. Puis, après avoir réclamé le silence, la montagne les céda à un personnage long et cireux dont les cheveux noirs ne semblaient pas avoir été lavés depuis longtemps.
— Bonjour. Je suis le professeur Rogue, le sous-directeur de l'école de sorcellerie Poudlard. Je vous souhaite la bienvenue dans notre noble établissement ! Vous allez maintenant être répartis dans la Maison qui sera vôtre pour le restant de votre scolarité.
Un puissant murmure s'éleva des rangs.
— Mais tout d'abord – silence, véracrasses ! – nous allons procéder à la cérémonie d'allégeance. Vous allez prêter serment devant le Graal miraculeux, la coupe que vos lèvres impures auront l'immérité privilège de pouvoir baiser si vous faites l'effort d'obtenir votre diplôme de fin d'études. Répétez après moi : « Je jure devant la Magie d'apprendre tout ce que l'Empire m'insufflera, et de le chérir et le servir en retour ».
— « Je jure devant la magie d'apprendre tout ce que l'Empire m'insufflera, et de le chérir et le servir en retour » prononcèrent au maximum une trentaine de voix.
— Ça veut dire quoi, insuffler ? murmura une fille.
— Silence ! Les portes vont s'ouvrir. Vous vous positionnerez en rang. Lorsque votre nom sera appelé, vous répéterez votre engagement devant notre honoré Délégué-Ministre de Grande-Bretagne, puis vous irez vous asseoir sur le tabouret prévu à cet effet. Le Choixpeau décidera alors de votre Maison. J'attends bien sûr de vous une conduite exemplaire… à moins que vous ne désiriez visiter les cachots dès le premier jour.
Ricanement.
— A votre place, je me remémorerais le serment dès à présent.
Et les portes s'ouvrirent.
Hermione en eut le souffle coupé. Tout ce qu'elle avait pu lire ne la préparait pas à un spectacle si grandiose. Une salle grande comme un terrain de Quidditch, emplie d'une foule de plusieurs centaines de personnes attablées à un buffet géant. Des bougies flottaient dans les airs, traçant des messages mystiques dans le trajet de leur fumée, sans jamais heurter les chaînes de chandeliers incandescents. Il n'y avait pas de plafond. Le ciel, où désormais ne subsistait plus une trace de rose, s'illuminait du milliard d'étoiles de la Voie Lactée. La rumeur y montait et courait sur des murs ornés de quatre gigantesques tapisseries, verte, rouge, bleue et jaune, aux couleurs des quatre tables. Une plus petite table, au centre, et une grande, située en hauteur, complétaient le tableau.
Les élèves furent appelés les uns après les autres, dans l'ordre alphabétique. Chaque fois, ils rejoignaient leur table sous un tonnerre d'applaudissement, les oreilles sonnantes de ce tapage. Puis le sous-directeur se racla la gorge. Le silence fut instantané.
— Nous allons maintenant accueillir une élève qui nous vient droit des îles barbares de Vénétie et qui aura la chance d'intégrer notre cursus d'ASPIC. J'espère que vous saurez vous montrer patients avec elle, et corriger ses croyances impures. Je vous demande d'assister à la répartition d'Hermione Mocenigo !
Hermione s'avança sur l'estrade. Tournant le dos à la foule, elle ploya respectueusement l'échine face à l'homme qui secondait la présidence de la cérémonie. Puis elle leva les yeux.
Le regard ténébreux du Ministre lui vrilla l'âme. Elle eut la sensation que son crâne était raclé par un tournevis géant. Puis sa beauté lui coupa le souffle. Si un dieu avait pu prendre forme humaine, elle savait où il se trouvait.
L'homme lui offrit un sourire rassurant, l'enjoignant à parler. Hermione contempla béatement son visage d'albâtre et sa chevelure de jais.
— Je… jure devant la Magie… d'apprendre tout ce que l'Empire m'insufflera, et de le chérir… et le servir en retour.
— Même s'il s'oppose à votre patrie d'origine ?
Le cœur d'Hermione eut un sursaut furibond.
— Je suis peut-être une citoyenne de Vénétie, mais je fais vœu que mon diplôme m'octroie le privilège de dévouer mon âme comme mon corps à l'Empire.
Le Ministre sembla satisfait. Hermione se souvint enfin comment respirer.
La pression relâchée fut telle qu'elle manqua de tomber à genoux. Les joues rougies, elle s'avança faiblement jusqu'au tabouret de la Répartition. Elle avait le tournis. Elle n'était clairement pas prête à vivre un duel mental avec un artefact magique d'origine inconnue.
Pourtant, le Choixpeau effleurait à peine sa tête qu'il hurla :
« GRYFFONDOR ! »
Hermione n'entendit pas le triomphe qu'on lui fit. Les jambes flageolantes, elle s'installa à côté d'une adolescente blonde de son âge, qui lui dégageait une place.
— Salut Hermione, je m'appelle Lavande ! Je suis super contente que tu nous aies rejoints !
— Salut, bredouilla la sorcière dans un état second.
Elle chercha du regard le Délégué-Ministre. Celui-ci s'était levé et serrait la main du directeur Yaxley. Resplendissant dans son costume parfaitement taillé, il éclipsait toutes les personnes qui l'entouraient.
Ainsi donc, voici qui était Tom Gaunt, son ennemi à abattre.
— Tu n'as jamais vu Mr Gaunt dans le journal ? s'étonna Lavande.
— Les photos ne le rendent pas à sa juste valeur.
— Je suis d'accord avec toi. Il est plutôt fascinant, rit la jolie blondinette. Et très à mon goût. Mais dis-moi, ça te fait quoi d'arriver à Poudlard ?
Hermione l'observa avec surprise. Lavande lui rappelait Graziella, une vénitienne qui avait été ce qui s'approchait le plus de la meilleure amie. En plus minaudante, mais Lavande avait le même regard franc et aventurier que son italienne.
— Bizarre. C'est… magique. Dans mon école en Vénétie, Buijelo, on n'était qu'une cinquantaine d'élèves. Et les locaux n'étaient pas si… whaou. J'en ai toujours rêvé, avoua-t-elle.
— Comment tu fais pour parler aussi bien l'anglais ? demanda un garçon en face d'elle, lui aussi blond, qui, apprendrait-elle, s'appelait Seamus.
— Ma mère a grandi en Angleterre.
— Tu peux nous dire des trucs en italien ?
— C'est vrai qu'en Vénétie vous apprivoisez vos Sangs-De-Bourbe ?
— Est-ce que les sorciers sont mignons là-bas ?
Hermione fit de son mieux pour répondre aux questions des Gryffondors qui l'entouraient. Elle craqua lorsque le fumet de la dinde rôtie devant elle finit par éclipser ses pensées les plus cohérentes.
— Whaou, t'as faim, commenta Lavande. Il ne doit pas y avoir beaucoup à manger dans ton Tiers-Monde.
Hermione la dévisagea avec perplexité avant de mordre dans sa cuisse. Aurora l'avait prévenue, mais elle ne put réprimer un sourire. Les petits britanniques étaient très ignorants de ce qui n'était pas contenu dans l'Empire. Elle hésita à lui apprendre qu'ils se nourrissaient davantage de poissons. La dinde lui rappelait des saveurs de son enfance, celle d'avant le monde des sorciers, quand Evannah Granger n'était pas encore oubliée dans une fosse commune, faute de proches pour payer ses funérailles.
— J'adore ça, lâcha-t-elle entre deux bouchées.
— Les races inférieures font du bon travail, n'est-ce pas ? Au fait, tu prépares quels ASPICs ?
— Ceux pour lesquels j'avais le niveau. Potions, sortilèges, duel, arithmancie, astronomie et métamorphose.
— Six sur les douze BUSEs ? Pas mal.
La sorcière haussa les épaules. Les matières. Un truc d'adolescente normale. Elle aurait adoré en suivre douze, mais elle n'avait pas eu le choix. Son niveau était déjà presque trop médiocre en métamorphose, elle avait manqué de peu d'en être dispensée. Pour se consoler, elle se répétait que ce manque de travail lui laisserait plus de temps pour « le reste ».
Elle laissa voguer son regard sur les tablées, et s'arrêta sur celle, petite, du milieu. Le centre de table, violet et blanc, était orné de l'œil de Grindelwald : triangle, cercle et barre. Sa camarade suivit son regard.
— Ne me dis pas que tu rêves d'intégrer l'Elite, s'effara Lavande.
— Et pourquoi pas, dit distraitement Hermione.
— Ce sont les meilleurs, des futurs fonctionnaires d'Etat au service de Grindelwald, et tu n'es même pas citoyenne de l'Empire !
— Ce n'est pas un problème : je le deviendrai à la fin de l'année. Je plaisante, ajouta-t-elle en voyant l'air abasourdi de la Gryffondor. Je regardais le garçon aux yeux verts.
Lavande leva les yeux au ciel avec un soupir théâtral.
— Tu as l'œil. C'est Harry Gaunt, le fils adoptif du Délégué-Ministre, expliqua-t-elle alors qu'Hermione exprimait sa curiosité. Très joli garçon. C'est sûrement le meilleur joueur de Quidditch de l'école, et quels biceps !
— On n'avait pas d'équipe de Quidditch à Buijelo, commenta la vénitienne d'une voix distraite.
— QUOI ?!
— On n'était pas assez nombreux. Dans ma classe, il y avait quoi, huit personnes ?
— C'était vraiment une école ? s'étonna Lavande.
— Mmh. C'est pas la taille qui compte.
Sa voisine gloussa.
— Tu me plais.
— Moi, c'est Harry Gaunt qui me plait, la relança Hermione. Tu es à l'école avec lui depuis le début, tu dois savoir des tas de trucs croustillants sur lui, non ?
Lavande prit des airs de conspiratrices.
— Harry a été adopté par Mr Gaunt. C'est un orphelin. Il a décidé d'en faire son héritier, et personnellement, je pense qu'il a parié sur le bon sorcier ! Harry est très chanceux, tu sais. Son père a caché une Sang-De-Bourbe qu'il a engrossée. Il n'aurait jamais dû pouvoir être lavé ainsi du crime de ses ancêtres, mais Gaunt a nettoyé l'Empire de leur existence et a sauvé Harry de ses origines honteuses. Le Ministre n'est pas seulement l'un des hommes les plus sexy de l'Empire, c'est peut-être aussi le plus magnanime !
Lavande émit un soupir énamouré.
— T'as raison, approuva Hermione.
Il était surprenamment facile de faire semblant d'adhérer à l'idéologie de l'Empire. Et puis, Hermione ne mentait pas. Il y avait bien une chose qu'elle comprenait : la manière de se pâmer qu'avait Lavande devant le Ministre. Tom Gaunt avait l'air d'avoir trente ans, et probablement les plus belles années de son physique avantageux. Il n'aurait pas été étonnant qu'il ait une cour d'admiratrices. Et Lavande était une adolescente, même une jeune adulte dans le monde sorcier. Elle avait l'âge d'apprécier les belles choses, et ne s'en privait pas. Hermione devinait que Lavande avait également un goût prononcé pour le fils du Ministre.
Elle examina d'un œil critique la tablée des Elites. Le garçon blond au menton pointu et à l'air méprisant était au moins aussi séduisant que Harry Gaunt. Le châtain bouclé n'était aussi pas mal dans son genre. La jeune sorcière commençait à se demander si elle n'était pas victime d'une ébullition d'hormones, à cause du trop-plein de charmants personnages, lorsque son regard se posa sur un grand échalas malingre, au front couvert de boutons.
— Les autres Elites de notre année sont Drago Malfoy, Zacharias Smith, Théodore Nott et… il y a aussi Megan Jones, la seule fille, et Ronald Weasley… mais on ne sait pas trop comment il est arrivé là avec ses notes toutes pourries. Il y a beaucoup de membres de l'Elite dans notre année. Sûrement à cause d'Harry, son père a dû vouloir qu'il soit bien entouré.
— Sûrement, dit Hermione.
L'air arrogant de Drago Malfoy lui rappelait un autre garçon de son école. Chez ce garçon, ç'avait été une façade. Même si la ressemblance s'arrêtait là – Drago était aussi pâle que son vénitien était noir -, Hermione se sentit une nouvelle fois troublée.
— Alors ? Tu choisis le blond finalement ?
Hermione allait répondre lorsqu'un détail attira son attention. Une très grosse chevalière, noire, portée en baise-main sur son annulaire gauche par Harry Gaunt.
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Ronald Weasley n'avait pas de grandes occasions de bavasser. Déjà parce qu'ils n'étaient pas très nombreux. Ensuite, parce que personne ne l'aimait beaucoup à la table des Elites. Les amateurs des enfants de traitres étaient rares. Il n'y avait guère que Jimmy Peakes pour lui parler, probablement parce qu'ils provenaient tous deux de Gryffondor et que le quatrième année aimait autant que lui le Quidditch.
Pour autant, Ronald ne s'ennuyait pas. Il observait. Tout, et tout le temps. La solitude lui avait forgé un hobby qui était devenu une sorte de sixième sens magique : il remarquait tout. Il voyait la satisfaction des première année envoyés à Serpentard, il lisait l'ennui sur le visage de Tom Gaunt, il ressentait la crainte du directeur Yaxley qui l'empêchait de se porter à sa décontraction habituelle, il captait le mélange confus d'émotions explosives d'Hermione Mocenigo. La crainte, la fierté, l'horreur, le désir, l'hésitation, l'intérêt, la surprise.
Ronald en savait déjà beaucoup sur la nouvelle. C'était la fille d'une expatriée et d'un ambassadeur des îles barbares méditerranéennes. Elle avait grandi à Venise, au milieu des vieilles familles sorcières, et eu ses classes à l'école Buijelo. On la disait talentueuse, un peu hargneuse, et dotée d'une grande ambition : une carriériste. En la regardant cependant, Ronald voyait surtout une « fille de » tirée à quatre épingles, certes plutôt mignonne, et flamboyante à en juger par sa réponse au Ministre, mais aussi peu fantaisiste que l'amie qu'elle venait de se trouver. Et aussi superficielle. Elle ne cessait de jeter des coups d'œil à la table des Elite.
Il l'observa pendant une vingtaine de minutes. Hermione n'avait d'yeux que pour Harry Gaunt, et pour sa chevalière, dont le port en baise-main indiquait à coup sûr qu'il était célibataire. Elle gloussait un peu avec Lavande, avant de dévorer de nouveau Harry du regard. Il était évident qu'elle était sous le charme. L'adolescent venait de gagner une nouvelle prétendante.
Toutes les mêmes, conclut-il avec mépris, avant de se choisir une nouvelle cible d'observation digne d'intérêt.
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La salle commune des Gryffondor était un espace absolument royal. Des poufs plus confortables les uns que les autres, un feu de cheminée crépitant, des vitraux bariolés aux fenêtres : il ne manquait que de la bonne humeur pour en faire un coin de paradis. Et cela tombait bien : la bonne humeur, les Gryffondor en avaient à revendre. Il n'y avait bien qu'un seul d'entre eux qui entrait en disharmonie, l'Elite Ronald Weasley, qui devait apparemment passer par son ancienne Maison pour rejoindre la salle commune des Pupilles de l'Empire. Hermione l'avait regardé passer avec surprise avant de se laisser porter par la joie ambiante.
On lui avait posé un bon milliard de questions, auxquelles elle s'était mise à coeur de répondre avec le plus possible d'exactitude et d'adaptation à l'idéologie locale. Au bout d'un moment, lasse, elle avait prétexté la fatigue pour se rendre dans le dortoir. Un lieu à peu près aussi somptueux que le reste du château. Il n'y avait qu'à voir dans quoi ils dormaient ! L'avantage, c'est qu'ainsi, ils disposaient d'une grande intimité.
Hermione ferma les rideaux de son lit à baldaquin en remerciant sa chance.
— Lumos, murmura-t-elle.
C'était plus qu'elle n'avait espéré. Elle disposerait d'un lieu secret, un refuge certes pas inviolable mais où, a priori, personne ne viendrait la surprendre en pleine action coupable.
Le palais qu'était Poudlard la surprenait au-delà de ses espérances. Certes, elle ne venait pas ici en sinécure, mais elle profitait d'un luxe plus grand que tout ce dont elle avait disposé dans sa vie. De plus, si elle savait que se cacher derrière ses rideaux en prétendant être fatiguée ne serait pas une solution viable sur le long terme, elle était à peu près certaine de trouver des pièces secrètes à tous les recoins de couloirs.
— Assurdiato. Accio sac.
Hermione étala le contenu de la sacoche sur son lit. Une poignée de livres et de manuels, du parchemin, une plume à encre intégrée, un carnet vierge, un petit miroir rectangulaire, une trousse de maquillage. Les recommandations d'Aurora lui revenaient en mémoire. « Ne te fais pas trop remarquer. Sois sage, tiens-toi droite : les femmes de l'Empire sont belles quand elles sont soumises, alors fais honneur à ton rang. Mais sois la meilleure, pour moi. Et rapproche-toi de ceux qui comptent. »
Hermione prit le miroir, et actionna le mécanisme dans la poignée. Aussitôt, le tain s'illumina. La figure d'un garçon noir aux traits aristocratiques apparut dans le cadre d'acajou. Un visage hautain, une torsion de lèvres qu'aucun aurait pris pour du mépris, mais qu'Hermione savait être un fou rire réprimé.
— Hermione, dit le beau reflet.
— Blaise. J'ai trouvé celui qui compte…
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— Comment rentre-t-on dans l'Elite ?
— Merlin, mais tu es une vraie Serpentard ! s'étonna Lavande. Je me demande pourquoi le Choixpeau a pu penser que tu aurais ta place parmi les Lions !
— Pourquoi ?
— Serpentard est la maison des ambitieux. De toute façon, tu ne peux pas choisir d'intégrer l'Elite. C'est l'Elite qui choisit de t'intégrer.
— Donc il faut que je leur prouve que je suis la meilleure ?
— C'est à peu près ça.
Hermione posa son sac sur la table de cours. Elle sourit, déterminée. Ça, elle pouvait faire. Aurora avait eu tort : il fallait qu'on la remarque, et ça tombait bien, elle était très douée au jeu du plus grand Je-Sais-Tout. Il suffisait qu'elle démontre qu'elle était indispensable… et que lui laisser une chance de repartir à l'étranger était une très grave erreur politique.
Elle se donnait trois mois pour réussir.
— Par quoi on commence ?
— Duel.
Hermione grimaça.
— Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Lavande.
— Rien. Je me disais juste que c'était embarrassant. Nous n'avons pas de grands duellistes à Venise, nous sommes un peuple de marchands. Alors qu'ici, l'Empire… Vous êtes les experts… J'ai peur de paraître ridicule.
Lavande émit un rire amusé.
— Tu veux vraiment être la meilleure, hein ?
Hermione se remémora ses duels avec Graziella, Blaise, Ernesto et les autres. Blaise conjurait toujours des serpents. Graziella, cette petite maligne, s'infligeait toujours des sorts de découpe pour déconcentrer Ernesto depuis sa transformation en vampire. Il y avait aussi Nicolas et ses fumées à travers desquelles lui seul voyait.
Graziella était la meilleure. Pas Hermione. Cela s'était ressenti, lorsque le directeur Yaxley l'avait testée pour savoir si elle pouvait ou non intégrer ou non le cursus d'ASPIC en Duel. Hermione, pour se faire bien voir, se mit cependant au premier rang. Lavande essaya de la pousser vers l'arrière de la classe et Hermione dut lui mentir sur une surprise qu'elle lui réservait pour que celle-ci reste avec elle. Dans le vacarme, les chaises furent bientôt toutes occupées, ce qui ne laissa guère le choix à la blonde.
— Bien ! s'exclama le professeur Selwyn lorsqu'ils furent tous installés. J'espère que ces vacances ne vous ont pas trop rouillés, parce que les choses n'ont jamais été aussi sérieuses que cette année ! Cette année, vos échecs risquent de vous coûter quelques balades à l'infirmerie. Vous êtes motivés ?
— Oui ! cria la classe d'une seule voix.
Cela faisait un peu Jeunesses Hitlériennes, s'ennuya Hermione qui avait appris le parallèle entre la Seconde Guerre Mondiale, gagnée par l'Allemagne, et la Grande Guerre Sorcière où Grindelwald l'avait emporté.
Hitler était décédé en 1960, ce qui avait entraîné l'effondrement de son Empire et mené au pouvoir les politiciens pro-américains, mais il n'en avait pas été de même chez les sorciers qui disposaient d'une longévité exceptionnelle. Grindelwald était, malheureusement, toujours de ce monde. Après le décès d'Hitler, lui qui avait toujours cru en l'esclavage des nés-moldus était devenu plus extrémiste. Sic, le meurtre de sa mère.
Plus amusant, et proche d'une certaine manière de sa réflexion première, Hermione s'aperçut que l'immense majorité des élèves qui avaient choisi ce cours pour les ASPICs portaient une insigne rouge.
— Il n'y a que des Griffondors ! s'étonna-t-elle à l'adresse de Lavande.
— Qu'est-ce que tu veux. On est la Maison du courage. C'est tellement excitant de mener un duel, j'en ai des frissons rien que d'y penser !
— Vous êtes les petits soldats de l'Empire, en fait.
— Un peu. Et les Serdaigle sont les têtes pensantes, les Serpentard les grands entrepreneurs et les Pouffsouffle les fonctionnaires et les travailleurs. Même si à la fin de notre cursus, ça finit en général très différemment, c'est ce qu'on nous répète. Si je veux réussir, je dois entrer dans les forces de l'ordre.
— Ou te marier.
— Ouais, gloussa Lavande.
Il n'y avait pas exactement que des Gryffondor pour suivre ce cours, cependant. Du coin de l'œil, Hermione repéra à sa gauche Harry Gaunt, entouré de Drago, Zacharias, Ronald et Megan. De toute la clique des Elites, seul Théodore Nott était absent.
Ils écoutaient le professeur Selwyn avec une attention qui tenait presque de l'adoration. Ils devaient beaucoup aimer cette matière.
— Cette année, nous allons aborder les parties les plus intéressantes et les plus techniques des Duels. L'anticipation… et l'association. Comment, à partir du terrain et des éléments de l'affrontement, changer l'adversité en argument de victoire. J'aimerais tout d'abord que deux élèves s'affrontent. Les autres prendront des notes sur ce qu'auraient pu faire les adversaires pour faire tourner le duel en leur faveur.
Le professeur Selwyn agita sa baguette, et le mur du tableau disparut. Derrière apparut un terrain de duel, avec ses reliefs et ses obstacles.
— Des candidats ? demanda-t-il.
Harry se leva.
— Moi.
— Oh, Gaunt. Et pour l'affronter… attendez, dit le professeur en laissant planer son regard sur la classe. Nous avons une nouvelle parmi nous ! Mlle Mocenigo, je suis absolument ravie de constater que vous vous êtes inscrite à mon cour. Pourrais-je vous demander une petite démonstration ?
Hermione blêmit. Cela ressemblait fort à une demande d'humiliation. Le professeur voulait-il, comme elle le craignait, voir le représentant de l'Empire prouver leur supériorité en écrasant la représentante des îles libres ? Cela voulait dire qu'il ne l'aiderait pas si elle se trouvait en danger !
— Avec plaisir, articula-t-elle néanmoins en faisant racler sa chaise sur le sol.
Le courage était définitivement l'un de ses plus grands défauts.
Elle rejoignit Harry sur la piste de duel et se plaça face à lui. L'adolescent sourit avec gentillesse, mais cela ne retirait rien à sa maîtrise certaine de la Magie Noire. En duel, cela l'aurait étonnée qu'il se retienne de lui jeter quelques sorts de ce cru.
Malgré son inquiétude, Hermione lui sourit en retour.
— Ne me ménage pas parce que tu ne me connais pas, prévint-elle à regrets.
Harry rit, l'air gêné. Hermione comprit qu'elle avait vu juste. Le garçon n'avait pas les mêmes intentions que son professeur.
— Il faut quand même que le duel dure assez longtemps pour que les autres puissent prendre des notes, se justifia-t-il non sans arrogance.
Hermione jeta un coup d'œil à Lavande, dont l'attitude semblait confirmer ses dires. Mécontente d'être aussi sous-estimée, elle se promit de lui donner une bonne leçon – peu lui importait que ses chances de vaincre un fils de Ministre soient infimes –.
Elle détailla le terrain. Une terre glaise, humide et glissante sur une portion du terrain, sableuse et volatile à son extrémité droite. Une mare boueuse. Un arbre. Des gravats, des racines saillantes pour les faire trébucher. Des pans de mur branlants. Des gros cubes rocheux qui montaient à hauteur de hanches. Les intentions du professeur étaient évidentes.
Le terrain était la réponse.
— Prêts ? Saluez !
Hermione attaqua immédiatement avec un sort de stupéfixion. Harry esquiva, répliqua avec un Impedimenta qu'Hermione bloqua d'un bouclier, qui permit au garçon de prendre la main, attaquant avec une multitude de sorts en rafale. Hermione, vite débordée, dut se cacher derrière l'un des cubes de roche. Un sort fusa à sa gauche.
La jeune sorcière entendit les pas de son adversaire se rapprocher. Elle réfléchit à toute vitesse. Pour le bien de ses ambitions, il était inconcevable qu'elle échoue dans les trois premières minutes. Pourtant, il était évident qu'Harry était meilleur. Plus rapide. Et s'il n'était pas déjà sur elle, c'était bien qu'il la ménageait. Elle n'avait pas le choix : il fallait qu'elle ruse. Hermione leva sa baguette. Elle eut la sensation qu'on lui avait écrasé un œuf sur le crâne.
Quand elle regarda sa main, elle vit distinctement le caillou qui se trouvait derrière. Sa Désillusion était parfaite. Comme les pas se rapprochaient davantage, elle s'empressa de s'éloigner.
Il lui suffit de trois pas pour s'apercevoir de la boue qui collait à son déguisement. Elle monta sur une pierre et formula un sort de nettoyage. Puis elle bondit sur un cube plus éloigné, et chercha Harry du regard.
Mais Harry avait disparu. Hermione tendit l'oreille : pas un son. Elle se jeta un sort pour atténuer le bruit de ses pas, puis bondit de cube en cube, à la recherche du garçon. Il n'était nulle part.
Ils avaient eu la même idée, conclut-elle avec désarroi
Hermione réfléchit à toute allure. Il fallait qu'elle le trouve avant qu'il ne le trouve, et surtout, par un moyen qui ne mettrait pas en danger son propre déguisement. Un sort de révélation humaine serait inutile, puisqu'ils étaient trop nombreux dans la salle. En revanche...
Ses pas. Il fallait qu'elle suive ses pas dans la boue.
La sorcière bondit de cube en cube, et se hissa sur le muret le plus haut de la salle. Son bras rencontra un objet invisible.
Harry.
Elle faillit tomber de surprise.
— STUPEFIX ! hurla-t-elle une fois le choc passé, en esquivant l'éclair qu'il lui destinait. Finite ! FINITE !
Un rayon violet fusa vers elle, lui indiquant qu'elle avait manqué sa cible. Hermione n'hésita pas : elle hurla un « REPULSO » qui projeta une masse invisible dans l'étang, et sauta d'un cube à l'autre alors que la silhouette se redressait, avant de prononcer tout bas :
— Ventus.
Le garçon n'entendit pas. Il sortait de l'étang, toujours invisible, lorsque le nuage de poussière se souleva autour de lui. Soudainement, la silhouette terreuse d'un garçon se dressait au milieu de nulle part. Avant qu'il n'ait eu le réflexe de se jeter dans l'eau, Hermione changea l'eau de l'étang en lave. Elle courut vers lui à toute vitesse, baguette en avant, jetant des sorts. Harry jeta un « Augmento » trop près devant elle. Hermione se prit la racine avant d'avoir compris ce qu'il lui arrivait, et roula dans la boue. Lorsqu'elle se redressa, elle était aussi visible que lui.
Pourtant, le sort suivant passa très haut au-dessus de sa tête.
Le mur s'effondra sur elle. Hermione bondit de côté pour recevoir un sort de découpe dans le bras. Elle manqua de faire tomber sa baguette. Heureusement, protégée par un cube, elle eut le temps de murmurer un sort qui força Harry à se cacher derrière l'unique arbre. Elle sourit.
— Incendio, murmura-t-elle.
Harry lâcha sa baguette, brûlé.
Pourtant, il la rattrapa à temps. Et jeta un sort qu'Hermione ne connaissait pas, un sort jaune, que la jeune fille identifia trop tard comme de la magie noire. Ses yeux la brûlèrent si fort qu'elle tomba à genoux, hurlant de douleur.
— Expelliarmus, triompha Harry.
La baguette d'Hermione lui tomba dans la main.
C'est seulement à cet instant qu'elle réalisa la lourdeur du silence de la salle. Un torrent de murmures excités emplit la salle. Harry prononça un « Finite » sur elle et lui, révélant sa robe abîmée, et même déchirée, si bien qu'on pouvait voir que Lavande ne mentait pas sur la musculature de l'adolescent. Il s'avança vers elle. Elle n'avait plus mal. Il avait levé le maléfice.
Il lui tendit la main. Hermione essaya de ne pas se focaliser sur la bague. Elle accepta la poigne et il la releva galamment.
— Très beau duel, sourit-il en épongeant son front rendu brillant par la sueur.
— Merci. Tu as mérité de gagner, admit Hermione avec regrets.
Le garçon repoussa une mèche trempée, l'air embarrassé.
— Je ne sais pas. Tu as fait de très belles choses, opposa-t-il avec modestie. Qu'est-ce que c'était, cette magie pour changer l'eau en lave ?
— De l'alchimie, sourit franchement Hermione. A Buijelo, nous n'avions pas de cours de magie noire, mais nous étudiions les arts anciens, et c'était ma partie préférée.
— Ah oui, lâcha-t-il, gêné. Désolé pour le dernier sort.
— J'aurais fait pareil.
C'était la stricte vérité. Elle lui aurait même arraché ses yeux et son précieux bijou pour défendre Venise. Pourtant, il sembla croire qu'elle disait cela par courtoisie. Il lui tendit une main, qu'elle serra, les yeux pétillants. Elle suspectait qu'il serait plus facile de se rapprocher de lui que prévu. Si la bague du garçon était froide comme la glace, sa paume était chaude.
— Très belle démonstration ! tonna le professeur Selwyn alors qu'ils retournaient à leurs places. Mademoiselle, vous m'avez admirablement surpris. En revanche, votre position de combat est déplorable. J'aurais cru voir un quatrième année. BIEN ! Qui peut me lister la manière dont Mlle Mocenigo et Mr Gaunt ont utilisé leur environnement ?
Le cours s'acheva de manière beaucoup plus calme. Le professeur avait masqué la salle de duel, remplacée par le tableau noir, et ils firent de la théorie pendant toute l'heure suivante. Hermione nota en maugréant ses erreurs de positionnement. Elle participa beaucoup, prenant à cœur de répondre juste au maximum de questions.
— Quelle menteuse, maugréa Lavande à la fin du cours. Tu es super forte en duel.
— Quoi ?
— En vrai, je suis admirative. On dirait que tu sais tout. Tu aurais dû être à Serdaigle. Je trouve ça super gratifiant que tu acceptes d'être mon amie.
Hermione haussa les épaules.
— Les Serdaigle ont aussi besoin de parler adrénaline et garçons, non ?
— Ouais, rigola Lavande. D'ailleurs, bien joué avec Harry. J'ai l'impression que tu lui as tapé dans l'œil. J'espère que tu me feras partager lorsque tu auras réussi à conquérir tous les mâles de l'Elite. Je prendrais bien un petit bout de Drago Malfoy, il est à croquer.
Hermione jeta son sac sur son épaule.
— Tu exagères. Shhh. Chez moi, on dit qu'il ne faut pas vendre la queue de la Sirène avant de l'avoir pêchée.
— Hé, Hermione !
La jeune sorcière fit volte-face. Harry la rattrapait au pas de course. Lavande lui fit un discret clin d'œil et s'éloigna. Hermione vira au rouge pivoine, qu'elle essaya d'atténuer en respirant un grand coup.
— Tu peux me parler un peu de ton ancienne école ? demanda Harry, les yeux brillants. Les matières, tout ça ?
Le regard d'Hermione se posa un bref instant sur la chevalière. Elle sourit, radieuse.
— Eh bien, commença-t-elle, nous n'avons pas de magie noire et nous pratiquons des matières différentes. Il y a le Maniement de Baguette, qui regroupe par exemple le Duel, les Sortilèges et la Métamorphose. Il y a les Arts Anciens avec l'Alchimie, l'Arithmancie, les Runes, la Divination et des tas de choses que vous n'avez pas comme les Rituels ou les Invocations. Il y a la Culture Magique, je crois que vous n'avez pas d'équivalent non plus, et… nous n'avons pas de Quidditch.
— Vous n'avez pas de Quidditch ?!
Harry ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes. Elle avait touché juste. La conversation pouvait commencer.
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Quoi que vous puissiez croire sur le couple principal de cette histoire,
sachez que vous avez tort. Kiss !
