Chapitre 2
PAPARAZZI
(Traduction de la chanson en bas de page)
Une perruque, un faux bouc, pas de maquillage, des vêtements simples et des plus communs, et des lunettes de soleil. C'était le meilleur moyen qu'il avait trouvé pour pouvoir sortir. Il avait tout de même la boule au ventre. Et si quelqu'un le reconnaissait tout de même ? Si un seul se mettait à crier son surnom, ou simplement venir lui demander un autographe… Ce serait un effet boule de neige. Dans un autre pays, cela ne lui aurait posé aucun problème. Après tout, il avait toujours son garde du corps non loin, ou une voiture qui pouvait venir en quelque seconde au besoin. Il n'avait jamais eu recours à l'un ou l'autre, il ne voulait pas décevoir ses fans. Quoi de plus vexant qu'une idole qui fuit son public ? C'était grâce à lui qu'il était parvenu à ce stade, qu'il faisait des millions d'entrées à guichet fermé à peine un ou deux jours après la mise en vente des billets de ses concerts. C'était également ses fans qui lui procuraient autant d'adrénaline, de passion, d'envie, d'inspiration…
Mais ici, à Londres, c'était une toute autre histoire… Si quelqu'un venait à le reconnaître, il attirerait l'attention. Alors d'autres viendraient, et d'autres encore le remarqueraient. Et un sorcier finirait forcément par se trouver dans le lot. Sorcier qui irait raconter à ses amis qu'il avait vu une star moldue. Et ils iraient chercher de qui il s'agissait… Et ils découvriraient le pot-aux-roses… Bien sûr, il n'était pas naïf, il savait parfaitement que le gouvernement sorcier était au courant de sa nouvelle profession. Après tout, il ne passait pas inaperçu, pas besoin de chercher pour savoir. Mais il avait toujours été hors d'atteinte, dans d'autres pays… Même les autres gouvernements sorciers ne pouvaient rien y faire, tant qu'il n'avait pas été publiquement reconnu comme accusé de crime contre l'humanité. Sans cela, il n'y avait rien à faire. Et il ne pouvait pas être incriminé de la sorte sans un procès en bonne et due forme. Procès qui ne pouvait pas avoir lieu sans sa présence. Et pas de repatriation envisageable sans preuve d'un potentiel danger. Draco était parvenu à se faufiler entre les maillons de la chaîne qu'était le droit sorcier international. Mais voilà… Si les sorciers savaient qu'il était de retour en Angleterre, c'en serait fini de lui… Et il n'avait pas encore accompli ce qu'il désirait le plus au monde…
Alors Draco avançait dans les rues londoniennes, la peur au ventre.
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Il lui rappelait… Oui… Il lui ressemblait tant… Mais c'était impossible, jamais il ne remettrait les pieds dans ce pays !... Pourtant… Cette démarche… Il l'aurait reconnu entre mille… Ce port altier qui contrastait visiblement avec ses vêtements décontractés, prouvant qu'il n'avait pas l'habitude de porter de tels habits… Cette peau neigeuse… Et… Oui ! Ce grain de beauté, juste en bas à gauche de la nuque… Pourtant, ce n'était pas ses longs cheveux d'or blanc. Et il n'avait pas de bouc… Il l'aurait su, puisqu'il paraissait sur tous les tabloïds moldus du monde.
Et Merlin savait qu'il suivait sa carrière méticuleusement, presqu'avec acharnement. C'était une obsession… Mais également de la fascination. Comment ce petit merdeux haineux envers les « Sangs-de-Bourbe » avait-il pu construire sa vie dans un monde sans magie ? Et être devenu une superstar ! Il fallait dire qu'il chantait bien, qu'il dansait bien, qu'il avait de bonnes idées, le sens du spectacle, un contact avec ses fans qui donne l'impression qu'il est accessible… Et les paroles de ses chansons étaient franches et directes, tellement parlantes, touchant l'intimité de chacun… Des costumes sublimes et tellement originaux, un style vestimentaire qui lui est propre… Un corps de rêve… Il avait de l'énergie, de l'ambition, de la passion, du culot, du talent. Et il cultivait tout cela à merveille. Ce type était un génie, cela en devenait horripilant quand on savait qui il était, et ce qu'il avait fait. Mais il ne pouvait s'empêcher de l'admirer… Sans s'en rendre vraiment compte, de la haine était venue la curiosité, puis la fascination… Et quand il se mit à chantonner l'une de ses chansons dans la rue, il avait compris qu'il était devenu un fan. Il l'avait connu, et ne pouvait s'empêcher de se sentir privilégier par rapport aux autres. Il avait lui aussi l'impression de pouvoir le toucher, de pouvoir aller vers lui pour dire « Salut, comment ça va ? La pêche pour ce soir ? Tu vas cartonner ! On se boit une bière après ? »… Il avait rêvé de lui plus d'une fois, et il s'imaginait sur scène, à ses côtés, à jouer de la guitare pour sa voix, à se dandiner près de lui… avant de se réveiller. Quand « Paparazzi » était sorti, il avait eu des sueurs froides. Il s'était rendu compte que cette chanson parlait de lui. Que lui aussi pourrait être capable de le suivre, et de ne plus s'arrêter jusqu'à ce qu'il soit sien.
Heureusement, ce n'était que du fictif, du pur fantasme. Il aimait sa femme et chérissait son enfant. Il travaillait sérieusement, autant sur le terrain que dans le bureau des Aurors. Draco avait disparu, et Lord Gaga était inaccessible. Il se contentait de rêver de lui, de l'écouter chanter, de le regarder danser. Sa petite famille aussi était devenue fan. De même, elle avait eu du mal à cautionner le succès d'un criminel. Cependant, tout comme lui, elle ne put que reconnaître son talent et son mérite. Une seule fois, ils s'étaient tous permis d'aller voir un de ses concerts à Paris. Et cela fût un électrochoc pour lui. Tellement beau. Tellement gracieux. Fascinant. Hypnotisant. Et ce contact avec le public ! Il lui parlait, il le faisait bouger, crier, il lui racontait sa vie, comme quoi il avait ramé pour en arriver là où il était. Il lui déclarait son amour, le chouchoutait, lui souriait, lui donnait l'impression d'être des privilégiés, des intimes dans sa vie personnelle. Il avait espéré être choisi pour le rencontrer en coulisse… Avant de se rendre compte que cela aurait été une très mauvaise idée. De toute façon, même s'il avait vu son visage dans la foule, jamais il ne l'aurait désigné, bien au contraire. Trop de passif entre eux. Trop de sang, trop de larmes, trop de malheur… Il n'aurait même pas compris ce qu'il faisait là. Peut-être aurait-il même perdu le fil de la chanson ? Peut-être aurait-il quitté la scène ?... Non, trop professionnel pour cela. De retour à l'hôtel, il avait fait l'amour à sa femme. Il avait pensé à lui pendant l'acte, il le confessait. Mais ce fût la seule et unique fois. Passé l'adrénaline, il avait eu honte. Et il refusait de devenir l'un de ces cinglés. Il en avait parlé à son meilleur ami, et celui-ci l'avait rassuré. Son meilleur ami avait beaucoup gagné en maturité en grandissant, c'était impressionnant… Il avait maintenant une confiance aveugle en son jugement. C'était une phase, lui avait-il dit en souriant. Cela arrivait à tout le monde, cela ne voulait pas dire pour autant qu'il était tombé amoureux, ou qu'il trompait sa femme. Tant qu'il gardait les pieds sur terre, qu'il continuait sa vie, il n'y avait vraiment pas de quoi s'inquiéter. Et c'était ce qu'il faisait.
Mais il était là, devant lui. Il en aurait mis sa baguette au feu. C'était lui, il en était certain. Et quoi de plus naturel pour une star que de se déguiser pour passer incognito, d'où la perruque, le bouc, et les vêtements ! Le cœur battant la chamade, il voulut se précipiter vers lui pour… il ne savait pas trop… Juste pour le regarder droit dans les yeux… Malgré les lunettes de soleil… Juste pour être regardé… Rien qu'une fois, une seule fois…
Cependant, il avait disparu.
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Il en avait encore des vertiges. Il avait senti son regard insistant, sans trop savoir comment puisqu'il n'avait pas vu de qui il s'agissait, ayant trop peur de se retourner. Draco n'avait jamais eu ce sixième sens qu'ont certains, celui de « percevoir » une sensation, et de « savoir » qu'on le regardait. Il était tellement habitué à être vu… Peut-être était-ce justement ça ? Tous les yeux se tournaient vers lui depuis presque huit ans. Et là, déguisé, personne ne le voyait. Alors un coup d'œil vers lui réveillait ses instincts de star. Il le sentait. Et celui-ci, il l'avait très bien senti !
Il avait tourné à l'angle d'une rue, l'air le plus naturel possible, et s'était mis à courir comme un forcené. Pendant plusieurs minutes, il courait, courait, courait… Il voulait mettre le plus de distance entre lui et cette personne. Pas maintenant. Pas encore ! Finalement, à bout de souffle, il s'arrêta. Draco s'accouda à la barrière d'un parc. Il ne savait même plus où il était… Lui qui devait se rendre chez Millicent avant d'aller voir son couturier préféré pour le manteau de Pansy… Celle-ci était au restaurant, et Blaise avait reçu un appel d'une femme en manque… Inutile de les déranger, même s'il paniquait encore…
Il devait se calmer…
Il regarda autour de lui. A droite, à gauche… pas de regard. Il l'avait semé.
Draco soupira de soulagement… Il s'écroula à même le sol, puis s'alluma une cigarette pour calmer ses nerfs. Il était assez sportif, il pouvait danser et chanter pendant un peu plus de deux heures sans s'arrêter, tout en allant changer de vêtements régulièrement en coulisse. Tout était chronométré à la seconde près. Aucun faux pas n'était toléré. Cependant, il avait donné tout ce qu'il avait. Il avait eu l'impression de voler tant il était allé vite. Et il aurait tout donné pour avoir sa fameuse voiture de sécurité non loin… C'était toujours au moment où il en avait vraiment besoin qu'il n'y avait rien. Comme la fois où un fan était monté sur scène… Les vigiles n'avaient pas été au bon poste… C'est un de ses danseurs qui s'était chargé de descendre la jeune femme en transe. Il avait été hors de lui… Mais là… Là… Il était épuisé. En quelques minutes, il s'était totalement vidé. Il soupçonnait aussi ses nerfs d'avoir eu la vie dure. Il se demandait s'il aurait pu courir plus longtemps si cela avait été nécessaire. Quitte à vomir son cœur, au bord des lèvres. Il l'avait presque senti remonter dans sa gorge. Un peu plus, et il se serait mis à rendre son repas… Il n'envisageait pas d'arrêter de fumer… Peut-être devait-il faire plus de sport ? Pourtant, il ne voyait pas comment il aurait pu en faire plus dans son emploi du temps très chargé… Mais cela, c'était avant.
Son téléphone sonna. Encore son manager. Depuis la veille au soir, ce devait être au moins le centième appel. Ils devaient tous paniquer, à Paris. Il n'avait prévenu personne. Pour eux, il pouvait être n'importe où, il pouvait lui être arrivé n'importe quoi… Il se sentait honteux de les laisser ainsi. Après tout, ils s'étaient côtoyés pendant huit années, certains plus. Mais il ne pouvait pas laisser tomber. Pas maintenant qu'il était ici, et qu'il avait échappé au pire. Il ne pouvait plus reculer, ce qui était fait, était fait.
Il était nostalgique de sa vie de star. En moins d'une journée, il arrivait à regretter… Surtout pour ses amis du show-business. Il les avait déçus… Trois mois auparavant, Pansy lui avait envoyé une carte. Il s'agissait d'une invitation pour la réunion des anciens combattants, à Poudlard. Elle avait joint un mot comme quoi ce n'était pas une invitation pour Draco Malfoy, mais pour le compagnon de Pansy Parkinson… Et qu'elle voulait y aller avec lui. D'abord surpris, il l'avait appelé sur le ton de la rigolade. Comment pouvait-il y aller ? Avait-elle perdu l'esprit ? Pansy n'avait rien répondu. Mais elle désapprouvait, cela se sentait dans son silence. Draco y pensa régulièrement. Et quelques jours plus tard, il rappela son amie pour accepter l'invitation. Elle était aux anges. Et il lui expliqua.
Le passé revenait à la surface. Il était constamment déchiré entre la Guerre, pourtant belle et bien finie, et sa nouvelle vie sous les projecteurs. Et la jeune femme avait réveillé tout cela. Il ne pouvait plus continuer ainsi. Il devait y mettre fin. Draco précisa qu'il pouvait se retrouver à Azkaban dès qu'il se ferait repérer, mais Pansy n'y croyait pas. Il y avait prescription, depuis tout ce temps. Même Millicent, professionnelle en droit moldu de leur groupe, mais également bien renseignée sur le droit sorcier, n'arrivait pas à convaincre Pansy du danger que le retour de l'héritier Malfoy pouvait provoquer pour la star internationale. C'est elle qui lui dit qu'il risquait même une condamnation à mort. Après tout, en s'enfuyant, il avait provoqué la justice. C'était un outrage à la cour très grave à son niveau. Mais Draco était déterminé. Il ne pouvait plus. Lui qui avait toujours des tas d'idées en tête, n'arrivait plus à élaborer des projets de spectacles. Il devait tuer cette ombre du passé une bonne fois pour toute, ou il ne pourrait plus continuer sa carrière. Il était plus que temps. Et qu'elle occasion rêvée que la décennie de la Guerre ? Pour cette occasion, il avait pensé à tout dans les moindres détails. Peut-être le dernier show de sa carrière… et de sa vie. Il était prêt. Seulement quelques dernières touches à peaufiner… Pansy, quant à elle, restait dans l'illusion qu'il ne ferait que conquérir un nouveau public : celui du monde sorcier.
Le téléphone cessa de sonner.
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Il devait le retrouver. Il ne pouvait pas rester ainsi ! Il l'avait eu, sous les yeux ! Cela ne pouvait pas se terminer ainsi ? Son rêve, à portée de main !... Non, c'était trop cruel ! Il courut dans toutes les directions, à la recherche de ce beau brun au petit bouc et au grain de beauté sensuel… Et il le retrouva. Assis à même le sol, visiblement plongé dans ses pensées. Il fixait un petit appareil, un portable moldu. Il aurait donné cher pour avoir son numéro. Alors qu'il allait s'approcher, il se statufia. La star qu'il était sûr d'être enlevait ses lunettes… Oui, c'était lui, c'était Lord Gaga, aucun doute. Ses yeux n'avaient pas changé depuis le collège. Ce même gris transperçant, clair et paralysant. Il en eut le souffle coupé et ne put plus faire un pas.
Si beau… Même sans maquillage il restait entouré de cette aura surnaturelle. Peut-être était-ce uniquement parce qu'il savait qui il était ? Discrètement, il prit son propre portable, offert par sa chère femme, et actionna l'application appareil photo. Il captura l'image de ce jeune homme brun, les yeux gris perdu dans le vague. Personne ne le croirait s'il racontait l'avoir vu dans la rue.
Il se figea. Cette photo était effectivement une preuve, particulièrement avec ce panneau « Elers Road » juste au-dessus de sa tête. Il avait la preuve que Draco Malfoy était à Londres. En ce moment même. Et, travaillant au ministère, il savait que cette information pouvait générer un coup d'éclat, une explosion de haines et de colères, suivie d'une traque acharnée, une véritable chasse à la sorcière. Beaucoup trop de sorciers n'appréciaient pas la réussite de l'ancien Mangemort, et donneraient cher pour le savoir mort. Voulait-il donc vraiment qu'on sache qu'il avait vu Lord Gaga ? Sa fascination pour le chanteur était-elle plus grande que sa haine envers le criminel ?... Il était partagé, ne savait plus quoi faire…
Plongé dans son questionnement intérieur, il ne vit pas la star se lever et partir.
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Il avait finalement retrouvé son chemin. Il était parti dans le sens opposé à sa destination lorsqu'il s'était mis à courir, et il avait du rebrousser chemin malgré sa peur. Avec plus de peur que de mal, il était arrivé devant l'immeuble miteux de Millicent, en plein quartier « Seven Sisters », plutôt malfamé… Heureusement, Millicent lui ouvrit rapidement la porte, et il grimpa les quatre étages, toujours sans ascenseur. Contrairement à son autre amie, la jeune femme n'avait pas beaucoup changée. Toujours en surpoids, toujours aussi peu soignée, toujours aussi grande, toujours habillée à la va-vite avec des vêtements pas adapté à ses formes, toujours blonde et pas coiffée, toujours l'air aussi maussade. Elle lui accorda cependant l'un de ses rares sourires et le prit dans ses bras, la larme à l'œil. Evénement fort surprenant et mémorable quand on sait qu'elle ne supportait pas toutes formes d'effusions sentimentales, sans compter qu'elle n'aimait pas être touchée. Draco profita de cet écart, témoignage d'une longue et profonde amitié entre eux.
- « Tu n'aurais jamais du venir. »
Ce fût ses premiers mots, quelques secondes après leur embrassade. Draco lui répondit d'un sourire indulgent. Il savait très bien ce qu'elle pensait de tout cela. Elle rentra après lui avoir lancé un regard réprobateur, mais laissa la porte ouverte comme invitation à la suivre. L'appartement n'était pas rangé, meublé du strict nécessaire. A savoir un matelas au sol, une minuscule penderie de camping en tissu, et une petite table pliante pour une personne, peut-être deux… une seule chaise cependant. Draco s'assit sur celle-ci pendant que Millicent mettait de l'eau à bouillir dans une casserole cabossée. Il jeta un rapide coup d'œil alentour… L'appartement se résumait à une simple pièce carrée de quinze mètres carré, avec coin cuisine rudimentaire. Une porte ouverte lui dévoila une salle d'eau ne pouvant contenir qu'une personne à la fois, les toilettes juste sous le pommeau de douche. Le sol était en plastique bleu, une évacuation des eaux usées en plein milieu. La petite pièce entière était la douche. Aucun lavabo, juste un miroir ébréché accroché il ne savait comment sur le mur. Pansy n'avait pas menti, son appartement était un palace comparé à celui de leurs autres amis. Il n'avait pas vraiment envie de voir où vivaient Théodore et Grégory.
- « Je n'ai pas de tasse, juste un verre, lui dit-elle en sortant un sachet de thé d'un paquet industriel et bon marché. Cela ne te dérange pas de boire dedans, la diva ?
- Non, non, sourit-il. Aucun problème. Tu aurais du me demander d'acheter des tasses, au moins je ne serais pas venu les mains vides en plus de t'apporter un cadeau utile.
- Garde ton fric, répondit-elle sans animosité. Je ne m'appelle pas Blaise, moi. Je tiens à me débrouiller par mes propres moyens. »
Draco bouda… Il n'était pas du tout d'accord avec son affirmation. D'abord parce que s'il voulait leur offrir des présents, ce n'était pas pour eux mais pour son plaisir personnel. Que son argent serve au moins à quelque chose ! Il aidait des malades, des orphelins avec des dons, et laisserait ses amis dans leur misère sans lever le petit doigt ? Il ne pourrait pas le supporter. Qu'elle le veuille ou non, elle allait l'avoir son cadeau ! Ensuite, elle disait pouvoir s'occuper d'elle toute seule ? Il la connaissait, elle était intelligente, talentueuse dans son domaine, une acharnée du travail… Et en la voyant, il comprenait tout de suite qu'elle se battait avec des courants d'air. Quelle perte de temps et d'énergie ! Elle pouvait se donner les moyens de réussir, mais ne le faisait pas. Cela avait de quoi le mettre en rage.
Millicent avait toujours été attachée à Londres. Elle y avait vécu beaucoup de sentiments forts. Et que des négatifs. Elle se laissait morfondre, elle se laissait aller. Tout le monde pouvait lui marcher sur les pieds sans qu'elle ne proteste. Pourtant, elle avait un fort caractère, mais elle le bridait. Elle s'enfermait toute seule dans sa vie minable, s'enchaînant de plus en plus, s'enfonçant dans la boue marécageuse de l'Angleterre et du passé. Elle voulait montrer à tout le monde qu'elle se battait, elle était même allée jusqu'à briser sa baguette pour quitter définitivement le monde magique. La jeune femme avait réussi à entrer dans une faculté moldue de droit, à toucher des bourses étudiantes, à trouver un logement, à vivre par ses propres moyens… Mais elle ne faisait rien de plus. Elle étudiait sans relâche, mais fuyait tous les examens. Pansy avait raconté à Draco comment elle n'avait pas pu se rendre à son partiel pour maladie. Et la nouvelle rousse la croyait, la plaignant. Draco, lui, n'était pas dupe. Millicent avait toujours une raison pour ne pas avancer. Comment pouvait-elle redoubler deux fois, finir par avoir de justesse ses examens, ne pas trouver de stages, ou encore retourner une classe en dessous bien qu'elle ait eu son diplôme précédent, alors qu'elle ne manquait aucun cours et passait son temps à travailler ? Cela tenait du prodige ! Pourtant, la blonde était loin d'être bête, bien au contraire. De tout leur groupe de six amis, elle était sans conteste la plus intelligente d'entre eux. Draco aurait parié cher au collège que ce serait elle qui réussirait le mieux d'entre eux. Mais cela ne se passa pas ainsi…
Devant son verre de thé, Draco était pensif. Il ne savait plus quoi faire pour bouger Millicent. Il fallait qu'elle quitte l'Angleterre, qu'elle reparte à zéro. Il lui avait proposé plus d'une fois de venir vivre à Paris, qu'il l'aiderait. Mais rien n'y faisait. Blaise, lui, en aurait été ravi. Cependant, Draco ne voulait pas de lui, il était un paresseux qui se serait laissé entretenir par lui, et le chanteur lui avait bien fait comprendre. S'il voulait réussir, il n'avait qu'à le faire tout seul, il en avait les moyens. A lui aussi, il avait passé plus d'un savon. Et à chaque fois, c'était comme parler à un sourd…
- « Qu'est-ce que tu vas faire ? lui demanda Millicent depuis le matelas, daignant lever le nez de ses feuilles de cours.
- Te laisser travailler et faire les boutiques après avoir un peu discuter… Enfin, si tu veux bien…
- Tu sais très bien ce que je veux dire, s'énerva-t-elle en fermant violemment son livre. Tu risques ta vie en revenant ici, je te l'ai dit je ne sais combien de fois ! Mais rien à faire, tu fais ta tête de mule ! Le succès t'ait monté à la tête, espèce de diva ! Tu n'écoutes plus personne et doit satisfaire tous tes petits caprices ! Non mais qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête ? Qu'est-ce qui est tellement nécessaire à faire durant la décennie ? Te trémousser et chanter devant tout le monde pour montrer que tu as réussi à être une star ? Cela ne t'apportera rien ! Et tu le sais !
- Détrompe-toi, répondit calmement Draco en souriant. C'est plus que nécessaire.
- Alors explique-moi ! Parce que, franchement, ça me dépasse. »
Draco finit sa tasse et vint près d'elle. Il s'affala sur le matelas en soupirant. Il fixa quelques instants le plafond, réfléchissant à comment il pouvait lui expliquer cela… C'était tellement compliqué et personnel. C'était une sensation, un besoin trop abstrait pour cette fille terre-à-terre. Comment lui faire comprendre ?...
- « Je ne peux plus, finit-il par dire. Je ne peux plus rien faire, Milli.
- Comment ça ? Tu ne peux plus faire quoi ? Chanter ? Danser ? Tu n'as pas eu d'accident que je sache, tu as toujours ta voix et ton corps, alors quoi ?
- Je n'ai plus d'idées. Je n'ai plus d'envie ou de passion… Quelque chose s'est brisé en moi… Et… Je n'arrive plus à continuer depuis que j'ai réalisé une chose.
- Et qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle, suspicieuse.
- Cela, je ne te le dirais pas, répondit-il dans un sourire.
- Mais bien sûr, s'énerva-t-elle. A mon avis, tu fuis simplement par caprice. Tu fais ta diva ! La passion ou l'envie, ce n'est qu'accessoire quand on a ton talent ! Tu possèdes les capacités, alors je ne vois pas pourquoi tu n'y arriverais plus.
- Seuls d'autres artistes peuvent comprendre.
- Tu vois ? Tu continues à faire ta diva prétentieuse. Tu m'énerves.
- Je vais t'expliquer les choses d'une autre façon, Milli… reprit posément Draco, toujours très calme et souriant. Dans tous les cas, je suis mort. »
Un silence flotta quelques temps. Draco voulait qu'elle enregistre cette information avant de poursuivre. Elle devait comprendre avant que de démarrer son plan. Il vit son visage se figer d'horreur avant de prendre un air perplexe, et surtout très sceptique. Il rit intérieurement, ne laissant échapper qu'un sourire paisible.
- « Admettons que je sois resté à Paris, ou ailleurs dans le monde, comme il était prévu que je le sois normalement. Mes interprétations de mes propres textes, mes propres chansons, n'auraient pas eu ce plus qui leur ont donné ce succès. Mes nouvelles créations auraient manqué d'âme, auraient été fades et sans vie. Je ne serais plus arrivé à écrire le moindre texte. Et ne dis rien, j'ai essayé plusieurs fois avant de réaliser tout cela… Pourtant, il me suffisait de m'asseoir quelque part, ou de ne rien faire pour que les idées fusent. Là, plus rien. Il n'y aurait plus eu aucune nouveauté, mes fans m'auraient délaissés les uns après les autres, je me serais laissé mangé par d'autres nouvelles stars…
- Ce n'est qu'un passage à vide, ça arrive à tout le monde ! s'insurgea Millicent.
- J'ai déjà eu ce genre de « syndrome de la page blanche ». Là, je peux te jurer que cela n'a rien à voir. Parce que j'ai eu une idée fixe, j'ai compris quelque chose, et je ne pourrais plus continuer sans accomplir ce que je dois. En bref, en continuant mon bonhomme de chemin dans les strass et les paillettes, Lord Gaga serait mort. Hors, qui suis-je exactement ? Dès que j'ai quitté l'Angleterre il y a dix ans, j'ai tué de mes propres mains « Draco Malfoy ». En posant un pied en France, je suis devenu Lord Gaga. Depuis tout petit, je voulais être chanteur, et dans l'avion, j'ai trouvé ce surnom. Comme il me fallait bien une identité de base, j'ai fabriqué « Stéphane Kayne ». Mais il n'est qu'une chimère, il n'est pas moi. Alors si Lord Gaga meurt, qui serais-je ? Un simple corps sans vie… Et il est hors de question que je le devienne. »
Millicent ne dit rien. Elle n'arrivait pas à trouver d'argument contre ce raisonnement. Elle comprenait le A + B = C. Il suffisait donc de démontrer qui il était. En l'occurrence, auparavant, il était Draco Malfoy + un début de Lord Gaga caché au fond de lui. Draco étant mort, il n'était plus que l'artiste. Et aucune autre personnalité ne demeurait en lui. Il avait fait sortir ce qu'il était vraiment, le fond de son âme : Lord Gaga. Mais si celui-ci venait à disparaître, cela revenait à un sort pire que la mort pour lui. Il ne serait plus rien, n'aurait plus de raison d'exister. Et cela, elle semblait en partie pouvoir le comprendre…
- « Ma seule solution pour continuer à vivre ma vie était d'accomplir… accomplir ce que j'ai compris.
- Mais qu'est-ce que tu as compris ?
- Simplement la raison pour laquelle je chante et danse.
- Qui est ?
- Me faire entendre, » continua-t-il en souriant.
Millicent se tapait la tête contre les murs. Pourtant, il ne lui mentait pas. C'était réellement cela. Mais il faisait exprès de rester évasif. Ce n'était pas encore le moment.
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Il buvait sa bière, l'esprit occupait par des millions de questions. Il devait mettre les choses au clair une bonne fois pour toute. A qui était-il le plus fidèle ? Son travail ou sa fascination ? Qu'était-il prêt à sacrifier ? A qui pouvait-il parler ? Comment l'expliquer ?... Il regardait la photographie de mauvaise qualité sur son appareil… Il était si beau… Comment pouvait-il se résoudre à détruire une telle créature ? Comment continuer à vivre en sachant avoir été l'instrument de la mort d'un rêve. Rêve que partageait plusieurs millions de personnes… Et quand il s'imaginait, seul chez lui… Il se sentait incapable de ne pas écouter les albums de Lord Gaga. Et pourtant, s'il montrait cette photographie au ministère, il ne serait plus digne d'en écouter un seul. Il ne serait plus digne d'être un fan. Il était tombé amoureux, d'une certaine façon… Il haïssait Draco Malfoy du plus profond de son être, mais vénérait Lord Gaga avec passion. Et il devait choisir entre l'un, ou l'autre…
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NOTES :
J'ai posté ce chapitre rapidement, car il annonce mieux un début d'intrigue. Un peu plus de mouvements que dans le premier chapitre qui ressemble plutôt à une introduction. Cependant, les autres chapitres apparaîtront de façon plus espacées (genre un chapitre toutes les semaines). Ce ne sera pas des chapitres trop longs non plus…
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(Traduction légèrement romancée, et parfois pas tout à fait exacte… J'ai cherché à retranscrire l'idée de chaque mot, mais pas une traduction littérale qui, en français, ne veut rien dire. Alors pardonnez-moi les inexactitudes. Et si vous n'êtes pas d'accord, faites-vous votre propre traduction.)
Paparazzi
We are the crowd, we're c-comin' out
Got my flash on, it's true
Need that picture of you
It so magical, we'd be so fantastical
Leather and jeans, garage glamorous
Not sure what it means
But this photo of us it don't have a price
Ready for those flashing light
'Cause you know that baby, I
I'm your biggest fan, I'll follow you until you love me
Papa, paparazzi
Baby, there's no other superstar, you know that I'll be
Your papa, paparazzi
Promise I'll be kind
But I won't stop until that boy is mine
Baby, you'll be famous, chase you down until you love me
Papa, paparazzi
I'll be your girl backstage at your show
Velvet ropes and guitars
Yeah, cause you're my rock star in between the sets
Eyeliner and cigarettes
Shadow is burnt, yellow dance and we turn
My lashes are dry, purple teardrops I cry
It don't have a price, loving you is cherry pie
Cause you know that baby, I
I'm your biggest fan, I'll follow you until you love me
Papa, paparazzi
Baby, there's no other superstar, you know that I'll be
Your papa, paparazzi
Promise I'll be kind
But I won't stop until that boy is mine
Baby, you'll be famous, chase you down until you love me
Papa, paparazzi
Real good, we dance in the studio
Snap, snap to that shit on the radio
Don't stop for anyone
We're plastic but we still have fun
I'm your biggest fan, I'll follow you until you love me
Papa, paparazzi
Baby, there's no other superstar, you know that I'll be
Your papa, paparazzi
Promise I'll be kind
But I won't stop until that boy is mine
Baby, you'll be famous, chase you down until you love me
Papa, paparazzi
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Nous sommes la foule. Nous arrivons. Mon flash allumé, c'est vrai. J'ai besoin de cette photo de toi. C'est tellement magique, nous serons fantastiques.
Cuir et jeans, un garage glamour. Je ne sais pas ce que cela va donner, mais cette photo de nous n'a pas de prix. Prêt pour le flash aveuglant, parce que tu connais ça, chéri.
Je suis ton plus grand fan, et je te poursuivrais jusqu'à ce que tu m'aimes. Un paparazzi. Chéri, il n'y a pas d'autres stars, et tu sais que je resterais ton paparazzi.
Promis, je serais gentil. Mais je ne m'arrêterais pas jusqu'à ce que ce garçon soit mien.
Chéri, tu seras célèbre, je te poursuivrais jusqu'à ce que tu m'aimes.
Je serais ta groupie dans les coulisses de tes concerts. Parmi les cordes de velours et guitares. Puisque tu es ma rock star entre toutes. Avec ton eyeliner et tes cigarettes.
Les ombres brûlent, une dance de lumière et nous tournons. Mes yeux sont secs, pourtant je pleure des larmes pourpres.
Tout ça n'a pas de prix. T'aimer est si doux. Parce que tu le sais.
Je suis ton plus grand fan, et je te poursuivrais jusqu'à ce que tu m'aimes. Un paparazzi. Chéri, il n'y a pas d'autres stars, et tu sais que je resterais ton paparazzi.
Promis, je serais gentil. Mais je ne m'arrêterais pas jusqu'à ce que ce garçon soit mien.
Chéri, tu seras célèbre, je te poursuivrais jusqu'à ce que tu m'aimes.
Un bonheur réel, nous dansons dans le studio. Claquant des doigts sur cette merde à la radio. Ne t'arrête pour personne. Nous sommes en plastique mais nous nous amusons tant.
Je suis ton plus grand fan, et je te poursuivrais jusqu'à ce que tu m'aimes. Un paparazzi. Chéri, il n'y a pas d'autres stars, et tu sais que je resterais ton paparazzi.
Promis, je serais gentil. Mais je ne m'arrêterais pas jusqu'à ce que ce garçon soit mien.
Chéri, tu seras célèbre, je te poursuivrais jusqu'à ce que tu m'aimes.
La raison pour laquelle j'ai choisi ce titre est plus qu'évidente. Il s'agit… haha, mystère ! En tout cas, ce garçon, ayant connu Draco entant qu'ennemi, est devenu un fanatique obsessionnel de Lord Gaga, pouvant facilement basculer vers le dangereux… J'ai cherché à nuancer ce danger potentiel qu'il pourrait représenter. Mais un rien pourrait le rendre violent. « Paparazzi » lui allait comme un gant !
Que va choisir ce garçon mystérieux ?... Deviendra-t-il Judas ?
Et qui est-il ? Harry ? Ron ? Dean ? Neville ? Seamus ? etc. ?
