Titre : Heartbreaker
Auteur : Lilou Black
Genre : Romance, humour, post GravEx
Fandom : Gravitation
Pairings et personnages : divers
Rating : T
Disclaimer : Propriété de Maki Murakami
Note : Merci à Kiranagio et à Chawia pour leurs reviews. Ça m'a fait très plaisir.
Bonne lecture à tout le monde.
Tatsuha était aux confins du désespoir. Il avait maintes fois répété à Ryuichi que non, il n'épouserait pas Ayaka, mais son idole et néanmoins nouvel amant ne semblait pas avoir confiance en lui. Il faisait preuve d'incessants et inquiétants changements d'humeur, passant de la colère aux larmes. Le jeune moine, qui avait déjà ses propres problèmes à gérer, ne savait que faire pour le rassurer.
Le coup de téléphone de son père, qui avait exigé qu'il rentre séance tenante à Kyoto pour que les fiançailles soient organisées, lui avait fait l'effet d'un coup de massue. Il avait plaint Ayaka tout le temps où elle avait été fiancée à Eiri. Il n'avait rien de particulier contre elle. C'était une pauvre fille qui s'était attachée sur commande à un homme qui n'avait jamais voulu d'elle, mais il était hors de question qu'il l'épouse. Ce mariage serait un vrai désastre car ils ne s'aimaient ni l'un ni l'autre (le fait que Tatsuha ne croie que moyennement aux mariages d'amour ne changeait rien à l'affaire) et maintenant, il avait Ryuichi ! L'homme qui avait été le centre de gravité de son existence pendant si longtemps était enfin à lui et il était impensable qu'il le laisse tomber pour jouer les remplaçants de son frère et épouser cette miss Prêchi-prêcha toute coincée !
Lorsque Tatsuha avait expliqué la situation à son amant, celui-ci s'était levé en silence, avait ramassé ses vêtements et s'était rhabillé à toute vitesse avant de partir, toujours sans proférer un mot. Le jeune moine avait eu très peur. Et si Ryuichi l'avait laissé tomber définitivement ? Il s'était assis sur le lit et avait attendu, le regard fixé sur l'horloge murale, que quelque chose se produise, n'importe quoi. Que Ryuichi revienne ou que son père le rappelle en rigolant pour lui dire que tout cela n'était qu'une vaste plaisanterie et qu'Ayaka allait épouser un autre fils de moine. Seulement, il ne fallait pas trop rêver. Quand il s'agissait d'affaires de familles, le vieux Uesugi ne rigolait que tous les 31 février. Et encore.
Au bout de deux heures, cependant, Ryuichi était revenu. Il avait changé de vêtements et tenait son lapin rose par une oreille.
« Tu n'épouseras pas cette fille, Tat-chan, avait-il dit. Je ne te laisserai pas partir, quitte à t'attacher au lit sous la garde de Kumagorô. »
Sans lui laisser le temps de répondre, le chanteur s'était jeté séance tenante sur Tatsuha pour lui faire subir les derniers outrages.
La séance de gymnastique horizontale terminée, Ryuichi avait eu son premier changement d'humeur et s'était mis à pleurer en disant qu'il ne faisait pas le poids à côté d'un mariage arrangé et qu'il allait encore se retrouver tout seul alors qu'il pensait juste avoir fini par trouver le bonheur. Tatsuha l'avait consolé comme il avait pu et Ryuichi avait fini par se détourner de lui et par s'endormir, les yeux gonflés, en serrant Kumagorô contre lui.
Cette journée, dont il avait tant attendu, avait été un enfer pour le pauvre Tatsuha.
Le soir venu, il commanda à manger au traiteur du coin en choisissant ce qui, selon la presse people, faisait partie des plats préférés de Ryuichi. Puis il profita que son amant était allé prendre une douche pour téléphoner à son père. La conversation fut houleuse et l'adolescent décréta qu'il ne se laisserait pas marcher sur les pieds aussi facilement. Le vieux moine répliqua que le mariage avec Ayaka aurait lieu, que cela plaise ou non à Tatsuha, ce qui s'était passé avec Eiri ayant déjà été suffisamment déshonorant comme cela. Le jeune brun mit fin à la conversation en disant qu'il rentrerait à Kyoto le lendemain matin pour mettre la situation à plat mais que son père pourrait oublier tout de suite ses idées d'épousailles en grandes pompes. Il appela ensuite Ayaka. La jeune fille joua les princesses résignées et vertueuses qui faisaient vœu d'obéissance à la famille, même s'il fallait pour ça se trancher la gorge. Une fois encore, Tatsuha se mit en colère :
« Dis donc, je croyais que tu sortais avec Hiro, le pote de Shûichi. Tu as pensé un peu à ce qu'il pouvait ressentir avant de le laisser tomber pour accepter de te marier avec un type choisi par papa-maman ?
— Bien sûr que j'y ai pensé, répliqua Ayaka d'un ton pincé. Rompre avec lui m'a fait beaucoup de peine mais de toute façon, notre relation était vouée à l'échec. Je n'aurais jamais pu épouser Nakano. Cela n'aurait pas été convenable.
— Toi et tes convenances, râla Tatsuha. De toute façon, tu as rompu avec lui pour rien, parce qu'il est hors de question que je t'épouse. Je n'ai rien contre toi, mais il faut faire annuler ce mariage.
— Mais nos parents…
— Qu'ils aillent tous se faire voir, ce mariage n'aura pas lieu, point final. »
Tatsuha était si agacé qu'il eut très envie de balancer son téléphone par la fenêtre. Il renonça à cette idée en voyant Ryuichi quitter la salle de bains simplement vêtu d'une serviette nouée autour des reins. L'adolescent dut attraper en catastrophe une dizaine de mouchoirs en papier pour éviter que ses saignements de nez intempestifs ne tachent ses vêtements.
« Tat-chan ? Avec qui tu parlais ?
— Avec ma future-ex-future fiancée, répondit Tatsuha en faisant disparaître sa poignée de Kleenex douteux. »
Au mot « fiancée », Ryuichi se referma comme une huître. Il alla s'asseoir sur le lit, ramassa son lapin rose tombé sur la moquette et le serra contre lui en se balançant d'avant en arrière. Tatsuha alla le prendre par l'épaule :
« Ryu-chan, tu t'inquiètes pour rien, dit-il. Ce mariage ne se fera pas. Je ne t'abandonnerai jamais et je ne te laisserai pas partir. Je retourne à Kyoto demain régler cette affaire et quand je reviendrai, je serai ton esclave dévoué autant que tu voudras.
— C'est vrai ?
— Je te le promets.
— C'est vraiment vrai ?
— Vraiment vrai.
— Vraiment, vraiment, vraiment vrai ? »
Qu'il est mignon, pensa Tatsuha. Il n'y avait pas à dire, à côté de Ryuichi, Ayaka ne faisait absolument pas le poids. Il se pencha sur son amant et l'embrassa en en exprimant sans les dire tous les serments possibles et imaginables.
oOØOo
Si la jeune employée de la gare de Tokyo avait reconnu le jeune homme coiffé d'une casquette et au regard caché derrière des lunettes de soleil, elle aurait probablement fait une attaque. Du moins, l'adolescent se plaisait à le penser. Malgré la gravité de la situation, il était fier de se montrer en public en compagnie de Ryuichi même s'il était le seul à le savoir. Il s'efforçait de ne pas penser à ce qui l'attendait quand il regagnerait la maison paternelle et profitait des derniers instants passés avec son amant.
C'est avec amertume qu'il fit l'acquisition d'un aller simple pour Kyoto. Il ignorait combien de temps il y resterait et se fit la promesse de consacrer ses dernières prières de moine à des retrouvailles les plus rapides possibles avec le chanteur de son cœur. Il ne pouvait se résoudre à laisser traîner les choses. Plus vite ces stupides fiançailles seraient annulées, plus vite il rentrerait à Tokyo et adieu la vie ennuyeuse de moine dans une province rétrograde et bonjour la belle vie avec Ryuichi.
Sur le quai de la gare, il regarda d'un air morne le train qui devait le ramener chez lui. La présence de badauds, de touristes et autres employés de bureau qui partaient travailler l'empêchait de prendre son homme dans ses bras et de le bécoter jusqu'à l'étouffement. C'était frustrant.
Il fut un peu surpris quand Ryuichi lui colla un paquet dans les mains :
« Tat-chan, lui dit-il d'un ton très sérieux, je te confie ce que j'ai de plus précieux, comme ça tu seras obligé de revenir pour me le rendre. Ne l'ouvre pas dans le train, ça risquerait d'attirer les soupçons. Et ne jette pas le paquet, aussi. J'ai noté mon deuxième numéro de portable dessus… celui qui est super-hyper-ultra secret, et que même Tôma et Rage n'ont pas.
— Ryu-chan…
— Appelle-moi. Tous les jours, jusqu'à ce que tu reviennes. Je ne te laisserai pas partir, ne l'oublie pas. »
Tatsuha eut le cœur serré. C'était la première fois qu'il éprouvait ce genre d'émotion. À croire que son obsession de fan s'était à titre définitif transformée en amour. Comme dans les romans cucul la praline qu'écrivait son grand frère. Sauf que si lesdits romans étaient connus pour des fins tragiques, l'histoire de Tatsuha et de Ryuichi aurait une issue heureuse, forcément.
Quelques minutes plus tard, le jeune moine était installé dans le train et regardait le quai défiler devant ses yeux. Ryuichi s'était éclipsé discrètement. Ce personnage si mignon et si adorable savait, parfois, se conduire comme l'adulte de trente ans qu'il était.
Tatsuha reporta ses regards sur le paquet qu'il avait toujours sur les genoux. Il savait ce qu'il y avait dedans. Ce à quoi son amant tenait le plus, c'était Kumagorô. La taille du paquet correspondant à celle de la peluche et sa consistance molle confirmaient ses doutes.
Dès qu'il aurait réglé cette histoire, il rendrait le lapin rose à son propriétaire légitime. En attendant, il comptait profiter du trajet pour passer un coup de téléphone, histoire d'engueuler une certaine personne qu'il considérait comme en partie responsable de ses malheurs. Pas complètement certes, mais avoir quelqu'un sur qui passer ses nerfs était ce dont il avait besoin à ce moment-là.
Le mal de tête qui faisait souffrir Hiroshi depuis sa rupture avec Ayaka ne s'était pas calmé. Lui qui avait évolué tant bien que mal parmi une bande de dingues se voyait lui-même guetté par la folie. Il avait l'impression que son existence lui échappait des mains.
La veille, il avait invité son frère aîné Yohji chez lui pour lui raconter ses malheurs. Ce dernier lui avait flanqué une grande tape dans le dos en disant que c'était aussi bien comme ça, que les filles étaient toutes des cruches ou des viragos en puissance et qu'il n'y avait rien de mieux que le célibat. Hiroshi avait eu de la peine à en convenir, une certaine créature aux cheveux noirs et au caractère de cochon refusant de quitter son esprit. Après quoi lui et son frère avaient éclusé une bonne douzaine de bières avant de se battre comme des chiffonniers par jeux vidéos interposés jusque tard dans la nuit.
Ce qui faisait qu'en plus de la migraine qui ne le quittait pas depuis qu'Ayaka l'avait laissé tomber, le malheureux guitariste avait la gueule de bois et avait l'impression que les cris vindicatifs d'une bande de ninjas en folie lui vrillaient encore les tympans.
Au moment où il allait avaler sa deuxième tasse de café qui, il l'espérait, allait lui remettre un tant soit peu les idées en place, son téléphone sonna dans sa poche. Il crut d'abord que son ex allait recommencer à le harceler avec ses excuses larmoyantes mais il ne reconnut pas le numéro de l'appelant. Il décrocha :
« Allô ?
— Nakano ? Tatsuha Uesugi à l'appareil. »
Joie, pensa le musicien. Qu'est-ce que cet énergumène pouvait bien vouloir ?
« T'es vraiment un minable, déclara l'énergumène sus cité. T'es sorti avec Ayaka et tu n'as même pas été foutu de la brancher suffisamment pour qu'elle refuse de céder aux exigences de ses parents.
— T'es chiant, répliqua Hiroshi. Et ce que tu fais est parfaitement ridicule. Tu te retrouves fiancé avec une fille dont tu ne veux pas, tu cherches un responsable à tous tes malheurs et le seul truc qui te vienne à l'esprit est de me faire porter le chapeau.
— Oui, mais…
— Si tu ne veux pas épouser Ayaka, débrouille-toi. Je ne veux plus en entendre parler. En passant, c'est elle qui m'a largué, je n'ai pas eu grand-chose à dire. Il y a en plus de fortes chances pour qu'elle n'ait jamais rien éprouvé pour moi et qu'elle ne soit sortie avec moi que pour oublier ton caractériel de frangin.
— Eiri n'a rien à voir avec tout ça. Avec ta belle gueule, tu peux brancher toutes les nanas que tu veux. Pourquoi ça n'aurait pas marché avec Ayaka ?
— Tu me gonfles. »
Il raccrocha sans attendre de réponse et éteignit son téléphone. Il ignorait comment Tatsuha avait obtenu son numéro, il allait probablement pourrir sa boîte vocale avec des messages débiles, mais tant pis. Il finirait bien par se calmer.
Hiroshi alluma une cigarette en manqua de s'étouffer avec la fumée en entendant une voix derrière lui :
« Bonjour Nakano-san. »
C'était Azumi, la parolière au format de crevette et au caractère de cochon. Elle se tenait face à lui, la sacoche contenant son ordinateur portable à l'épaule, une tasse de thé fumant à la main et une de ses longues et fines cigarettes américaines au coin du bec. Machinalement, le musicien se gratta l'arrière de la tête.
« Bonjour Azumi, dit-il.
— Je ne sais pas avec qui vous parliez au téléphone mais ça avait l'air sanglant.
— C'est pas poli d'écouter les conversations des gens, rétorqua Hiroshi, vaguement vexé. »
La parolière eut un petit rire.
« Qui est Ayaka ? »
La gêne prit le pas sur la vexation dans l'esprit du guitariste. Cette fille savait y faire pour enfoncer le clou. Il savait qu'il aurait dû se draper dans sa dignité et s'en aller sans répondre mais Azumi avait ce petit quelque chose indéfinissable qui l'en empêcha.
« C'est mon ancienne copine, répondit-il.
— Ah… Vous savez, Nakano-san, l'amour, c'est très bien dans les chansons et éventuellement dans les romans, mais dans la vraie vie, c'est une prise de tête et une perte de temps. »
Sur ces mots péremptoires, elle le planta là, emportant son ordinateur et sa tasse de thé. Hiroshi se gratta l'oreille avec son petit doigt. Depuis la veille où il avait discuté avec elle en la raccompagnant à la station de métro, il s'était aperçu que son apparence anonyme et gentillette était une façade. Cette donzelle était une peste. Elle ne se laissait pas facilement approcher. Elle avait un caractère épouvantable. Elle se montrait volontiers blessante. Alors pourquoi éprouvait-il se besoin irrépressible d'être avec elle et pourquoi la trouvait-il si mignonne ?
oOØOo
La matinée fut consacrée à une nouvelle réunion à propos du prochain album de Bad Luck. Ce fut comme d'habitude un beau capharnaüm. Azumi et Shûichi se disputèrent violemment sur les thèmes des chansons. Sakano fit trois tentatives de suicide : deux défenestrations et un nouvel avalage de gobelet de café en plastique. K fit tomber une belle quantité de plâtre du plafond en tirant dedans avec son flingue, pensant apparemment que ça calmerait les esprits surchauffés. Fujisaki exprima son mépris vis-à-vis de Shûichi en prenant systématiquement parti pour Azumi.
Hiroshi avait mal au crâne et regardait la parolière piquer des colères et menacer d'assommer quiconque s'opposerait à ses idées. D'ailleurs, elle colla une belle droite à Shûichi pour l'avoir traitée de « petite horreur caractérielle à l'esprit étroit ». Tandis que le chanteur saignait du nez, la jeune femme, dont la fumée sortait des oreilles, hurla : « Personne n'a le droit de dire que je suis petite, vermisseau consternant ! » Bien malgré, lui, Hiroshi pensa à un héros de manga qui lui aussi piquait des colères noires dès qu'on lui disait qu'il était petit (1).
« Hiro, t'es pas sympa, pleurnicha Shûichi pendant la pause déjeuner. Tu aurais pu me défendre contre cette tarée psychopathe ! Pourquoi t'as rien fait ? »
Le guitariste ne sut quoi répondre. Il était un peu perdu. Lui qui aimait les gens calmes, voilà qu'il réalisait qu'Azumi était mignonne même quand elle était en colère. Il eut un petit sourire désabusé. Décidément, il était bien parti pour tomber amoureux de cette virago rikiki et sa vie sentimentale allait de Charybde en Scylla. Shûichi sembla lire dans ses pensées :
« À t'y voir, on dirait que cette sale peste te plait. C'est pas parce qu'Ayaka t'a laissé tomber que tu dois te jeter sans réfléchir sur cette folle furieuse miniaturisée. Ça craint ! »
Je suis bien d'accord avec toi, pensa Hiroshi. Ça craignait. Grave.
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Les esprits s'étaient visiblement calmés pendant la pause déjeuner car l'après-midi se passa dans une tranquillité relative. Les trois membres de Bad Luck se lancèrent dans la composition des morceaux de l'album à venir tandis qu'Azumi, son ordinateur portable allumé, s'occupait des paroles. Après ses nombreuses colères de la matinée, elle semblait si calme qu'on aurait dit une autre personne. Les sourcils froncés, ses doigts minuscules et maigrichons martelaient le clavier de son Mac et elle semblait enfermée dans une bulle.
Hiroshi tournait de temps en temps la tête vers elle pour la regarder et à chaque fois, cela déclanchait d'étranges chatouillis dans son plexus solaire. L'idée de l'inviter à prendre un verre à la fin de la journée s'imposait de plus en plus dans sa tête. Cela ne marcherait sans doute pas, il s'en prendrait probablement plein la figure, mais il en avait envie. Il n'avait jamais pris beaucoup de risques dans sa vie (à part se lancer dans la musique au lieu de faire les études de médecine qui auraient tant plu à sa maman), et il était temps que ça change… ou pas.
Il prit sa décision juste avant l'heure de rentrer. Azumi fit lire à la cantonade le premier texte qu'elle avait composé. Tout le monde le trouva très bon, même Shûichi à qui il fallut faire une traduction en japonais et, sous les compliments, la parolière rougit et eut un grand sourire heureux. Hiroshi craqua littéralement et décréta mentalement que son nouveau défi personnel serait de la faire sourire ainsi… tout le temps.
Fujisaki partit le premier, prétextant une affaire « entre cousins » à régler avec le directeur. Shûichi fila retrouver son Yuki. Quant au guitariste, il se planta près de la parolière qui débranchait son ordinateur.
« Vous voulez quelque chose, Nakano-san ?
— Vouvouléprendrunveravecmwa ?
— Pardon ? »
Bon sang qu'il se sentait stupide… Il avait beau avoir une belle gueule, il était capable de se conduire comme un collégien quand il y avait une fille en jeu. Respirant un grand coup, il répéta en détachant les mots :
« Vous voulez prendre un verre avec moi ? »
Azumi prit son temps pour répondre. Elle rangea les câbles de son ordinateur dans son sac à main et referma soigneusement la sacoche contenant son outil de travail :
« Vous savez, Nakano-san, je n'ai pas envie de jouer les roues de secours. Ecouter un mec raconter ses peines de cœur et jouer les gentilles filles consolatrices n'est ni mon boulot ni mon tempérament. Si c'est ce que vous cherchez chez moi, vous pouvez vous asseoir dessus. Par contre, si vous voulez parler travail et papoter un peu de la pluie et du beau temps, j'accepte volontiers. J'ai un peu de temps avant mes cours du soir à l'université. »
Hiroshi n'aurait su dire s'il était vexé ou soulagé. Certes, elle acceptait, mais elle avait une étrange vision de lui, celle d'un type qui cherche à se consoler auprès d'une autre. Ce n'était pas le cas. Ayaka faisait partie du paysage, à présent. Il répondit à Azumi qu'il était un grand garçon et qu'il était parfaitement capable de gérer ses chagrins d'amour tout seul. Elle sourit, ramassa ses affaires et l'accompagna dehors.
Tôma Seguchi et Suguru Fujisaki avaient beau être cousins et travailler dans la même entreprise, ils ne se voyaient pour ainsi dire jamais. Ils travaillaient tous deux énormément et le directeur de N-G avait tendance à penser que son jeune parent souhaitait passer sous silence leur lien familial pour se débrouiller et se faire connaître par ses propres moyens. De ce fait, il avait été un peu surpris quand Suguru l'avait appelé la veille au soir pour lui demander son aide pour ce qu'il avait appelé « une affaire urgente et personnelle ». Tôma lui avait donné rendez-vous le lendemain dans son bureau car il avait souhaité passer la soirée avec sa femme qui venait de passer sa seconde échographie. La grossesse se déroulait tout à fait normalement et l'enfant à naître était une petite fille. L'ancien pianiste se sentait tout ému rien qu'en y pensant. La perspective de devenir père de famille lui plaisait beaucoup.
En attendant, il se préparait à recevoir son cousin qui devait arriver dans l'instant. Il se demandait ce qui pouvait bien lui arriver et réalisa qu'il le connaissait finalement assez peu. Leurs seize ans de différence d'âge faisaient qu'ils n'avaient pas eu grand-chose en commun pendant longtemps, et puis il y avait eu la musique, les plans de carrière de Suguru qui rêvait de marcher dans les pas de l'illustre Tôma, et rien de plus. Leurs échanges avaient toujours été très formels.
Lorsqu'il vit la porte de son bureau s'ouvrir sur l'adolescent, Tôma sourit. Suguru avait l'air dans ses petits souliers et cela l'amusa un peu.
« Salut, dit-il. Quel bon vent t'amène ?
— J'aurais besoin de tes services.
— Assieds-toi et raconte-moi tout. »
Le garçon s'installa sur une chaise face au bureau de Tôma :
« J'ai besoin que tu me débarrasses de Mademoiselle Rage.
— Je te demande pardon ?
— Elle cherche Sakuma-san. Retrouve-le. Livre-le à Mademoiselle Rage. Et arrange-toi pour qu'ils retournent aux Etats-Unis. C'est tout ce que je te demande.
— Et pourquoi ferais-je une chose pareille ? Ryuichi est mon meilleur ami, je suis ravi qu'il soit avec nous au Japon. Pourquoi tiens-tu autant à ce qu'il retourne aux Etats-Unis avec Rage ?
— Parce que… Parce qu'hier, j'ai croisé Mademoiselle Rage en quittant les studios, elle m'a tenu des propos très bizarres comme d'habitude, et Nakano-san a dit… qu'elle m'aimait bien…
— Qu'est-ce qu'elle a dit, exactement ?
— Qu'elle voulait m'offrir quelques gâteaux empoisonnés et me flanquer une paire de claques, ou quelque chose de ce genre. Nakano-san prétend que les filles disent souvent le contraire de ce qu'elles pensent quand il s'agit de sentiments. »
Tôma éclata de rire. Décidément, Nakano était loin d'être un imbécile. Il comprenait cependant que Suguru se sente mal à l'aise. Rage était un sacré phénomène. Elle avait un caractère bien trempé, des habitudes bizarres et c'était une otaku de la pire espèce. Qu'elle jette son dévolu sur l'adolescent n'avait rien de surprenant en soi : Ryuichi et Shindô lui ayant échappé, il lui fallait se trouver un nouveau jouet.
« Tôma, s'il te plaît, ce n'est pas drôle. Je ne veux pas avoir cette fille dans les pieds. C'est une tornade humaine et l'avoir sans cesse sur mon dos m'empêcherait de travailler et ficherait ma réputation en l'air. Si je l'écoutais, j'aurais le choix entre mourir empoisonné, carbonisé au lance-flammes ou coupé en petit morceaux et me promener déguisé en Pikachu avec un entonnoir sur la tête et un soutien-gorge à petits canards… Alors fais ça pour moi. Tu as plus de pouvoir que moi et on est de la même famille, après tout… »
Le directeur de N-G ne répondit pas. Il réfléchissait. Il savait que Suguru faisait passer ses ambitions et sa carrière avant tout, comme il l'avait fait lui-même quand il était plus jeune ; et il était sûr et certain que c'était là ce qui lui avait fait commettre certaines erreurs. Il avait certes eu Ryuichi et Noriko à ses côté mais c'étaient des collègues de travail autant que des amis et lorsqu'il avait découvert l'affection à son sens le plus strict, ce lien qui unit les individus sans que le travail ou l'argent ne s'y mêlent, il était devenu horriblement possessif. Comme avec Eiri. Comme avec Mika. Il n'y pensait que rarement mais il regrettait profondément certains actes et certaines décisions qui, au départ, lui avaient semblé bonnes mais qui s'étaient soldées par des catastrophes. Il ne voulait pas que cela arrive à son cousin. Il ne voulait pas qu'il sacrifie sa jeunesse sur ses claviers au point d'en oublier la vraie vie. Rage était certes un personnage assez particulier mais peut-être serait-elle capable de faire en sorte que Suguru sorte la tête de son travail et s'amuse un peu. Il faudrait jouer serré. Des négociations avec un certain nombre de gens seraient indispensables. Pourtant, essayer vaudrait sans doute le coup. Si c'était un échec, il était probable que l'adolescent en veuille à Tôma mais ça ne durerait pas. Il n'avait pas la rancune spécialement tenace et Tôma avait le chic de se faire pardonner tout et n'importe quoi.
Pour ne pas alerter son cousin, il lui sourit et promit de faire le nécessaire, ce qui pouvait s'interpréter n'importe comment. Satisfait, Suguru remercia Tôma, se leva et partit.
oOØOo
Faire ce que demandait Suguru n'avait rien de sorcier : Ryuichi avait appelé Tôma en début de journée pour lui expliquer où il était et pour lui faire comprendre qu'il voulait qu'on le laisse tranquille pendant un certain temps. Le claviériste des Nittle Grasper n'avait pas tout compris mais il semblait que les amours de son meilleur ami avec ce que ce dernier appelait « son nouvel esclave » étaient plus compliquées que prévu et que certains détails devaient être réglés. Il lui suffirait alors de prévenir Bill, le garde du corps de Rage, pour qu'il aille chercher Ryuichi là où il se terrait, qu'il récupère la jeune femme et son robot panda et que tout ce petit monde reparte aux Etats-Unis. L'affaire serait réglée et Suguru serait content.
Sauf que…
Sauf que premièrement, Ryuichi semblait finalement décidé à rester au Japon avec son nouveau jouet. Tôma, qui l'aimait quand même beaucoup, ne voulait pas lui briser le cœur en le renvoyant à New York. Et deuxièmement, plus il y pensait, plus il se disait que rapprocher Rage et son petit cousin ne serait pas une mauvaise idée, même si c'était un peu farfelu en soi. Suguru devait se décoincer un peu. Rage avait besoin de plomb dans la cervelle, au sens figuré bien entendu. Chacun pourrait apporter à l'autre les éléments manquants pour s'épanouir. Réunir ces deux têtes de mules ne serait pas facile, mais Tôma était très fort pour obtenir ce qu'il voulait, quitte à employer des moyens radicaux. Pour cela, il lui faudrait appeler Bill et K et décider d'un plan d'attaque avec eux.
En attendant, il avait un service à rendre à Eiri. Il était rare que son beau-frère préféré lui demande quelque chose et pouvoir l'aider le ravissait littéralement. De plus, ce n'était pas quelque chose de bien difficile et Tôma comprenait parfaitement que l'écrivain ait besoin de cette aide si particulière. S'il avait fini, à regret, par s'habituer au couple qu'Eiri formait avec Shindô, il restait une petite chose à régler… un détail qui ne pouvait rester en l'état.
Après avoir effectué quelques recherches, Tôma décrocha son téléphone et composa le numéro d'une clinique privée new-yorkaise spécialisée dans la chirurgie réparatrice.
« Hello, dit une voix féminine au bout du fil.
— Bonjour Mademoiselle, répondit le directeur de N-G de sa voix la plus charmeuse. Je vous appelle parce qu'un de mes amis a été accueilli il y a quelques jours dans votre établissement pour une opération. Je souhaiterais avoir de ses nouvelles.
— Bien sûr, puis-je avoir son nom ?
— Kitazawa. Yoshiki Kitazawa. »
Eiri faisait le pied de grue près de son téléphone. Il avait longtemps hésité avant de prendre sa décision. Riku ne pouvait pas rester chez lui. Certes, cela ferait de la peine à Shûichi. Il lui en voudrait sans doute beaucoup. Il pleurerait et piquerait des colères parce qu'il aimait visiblement beaucoup ce mioche. Leur couple, qui trouvait si difficilement le chemin de la stabilité, en souffrirait mais l'écrivain était (presque) sûr de son choix. Il n'aimait pas beaucoup les enfants en soi mais celui-là, tout mignon fût-il bien qu'il ait régulièrement envie d'en faire de la soupe, finirait par grandir… et par ressembler à son père.
Eiri avait fait trop d'efforts dans le but d'oublier pour accepter d'assister à ce spectacle. Il avait appris à connaître Yoshiki. Il (ou elle, en l'occurrence) était suffisamment désinvolte pour abandonner cet encombrant neveu au Japon pour vivre sa propre vie aux Etats-Unis sans avoir la responsabilité d'un môme. Il fallait donc le (la ?) forcer à regagner Tokyo sitôt son opération terminée pour qu'il (elle) récupère le gamin, et le plus tôt serait le mieux. Alors il avait fait appel à Tôma. Son beau-frère lui devait bien ça.
Il l'avait chargé de débusquer la clinique où Yoshiki devait subir sa vaginoplastie et commencer dès maintenant les négociations pour que Riku débarrasse le plancher le plus vite possible. Il s'était même aplati devant Tôma (dont il avait difficilement toléré le regard ravi et un rien lubrique à ce moment-là) qui avait cédé quasiment tout de suite. Lui aussi semblait penser que le départ du gamin serait une bonne chose. Eiri le soupçonnait de prendre par avance plaisir à la peine que cela ferait à Shûichi, vu les efforts qu'il avait faits par le passé pour les séparer, mais il n'en avait rien dit. Tôma aurait probablement pris des airs séraphiques avant de nier vouloir faire le moindre mal au jeune chanteur. Il était du genre à ne rien dire et à n'en penser pas moins. Et personne, justement, ne savait jamais ce qu'il pensait.
Eiri alluma une cigarette et jeta un regard à Riku qui jouait sur le canapé avec un nounours que Shûichi lui avait offert. Une impression désagréable s'empara de lui. Le choix le plus logique était-il toujours le bon ?
Il n'eut pas le temps de réfléchir à cette question rhétorique. Le téléphone sonna. Eiri décrocha et sentit sur lui les yeux du petit garçon, comme si ce dernier se doutait que cette conversation le concernait directement. Il décrocha et se rendit dans son bureau en ayant l'impression de fuir ce regard.
« Allô ?
— Bonsoir Eiri.
— Alors ?
— J'ai trouvé la clinique et je les ai appelés. Tout s'est bien passé. Yoshiki Kitazawa est une femme, à présent.
— Ah.
— Je n'ai pas pu lui parler directement, le médecin a dit qu'elle avait besoin de repos et qu'il ne fallait pas la déranger. Je dois les rappeler demain pour avoir éventuellement le numéro de téléphone de sa chambre.
— Ah.
— Par contre, je leur ai dit de lui faire passer un message. Je leur ai dit qu'elle manquait beaucoup à Riku et qu'il était pressé qu'elle revienne le chercher au Japon.
— Tu sais parfaitement que ce n'est pas entièrement vrai…
— Que veux-tu, mon petit Eiri, il faut savoir prendre les gens par les sentiments si on veut en obtenir ce qu'on souhaite… tu veux toujours que le fils de Yuki Kitazawa s'en aille, n'est-ce pas ? »
Eiri déglutit péniblement. Tôma savait vraiment y faire… quitte à prononcer un nom honni.
« Evidemment, répliqua-t-il sèchement.
— Tu devrais avertir Shindô le plus rapidement possible que Riku va s'en aller. Plus tôt il le saura, mieux ce sera pour tout le monde.
— Parle pour toi, Seguchi. Tu es pressé de voir Shûichi souffrir, c'est ça ?
— Bien sûr que non, s'offusqua Tôma d'un ton vexé. C'est juste que…
— Ça va, j'ai compris. Rappelle-moi quand tu auras d'autres nouvelles. Salut. »
Epuisé par cette conversation, Eiri éteignit son téléphone et alla se vautrer sur le canapé à côté de Riku qui jouait toujours avec son ours. Le bambin s'approcha de lui à quatre pattes :
« T'as l'air triste, dit-il.
— T'occupe pas de moi, minuscule macaque. Va jouer avec ton nounours et fous-moi la paix. »
L'enfant fit la moue, puis il grimpa sur les genoux d'Eiri et lui tira sur les joues pour le faire sourire. L'auteur le repoussa brutalement et Riku tomba du canapé sur les fesses. Il ne pleura pas. Il resta simplement assis quelques secondes, l'air un peu groggy, avant de se relever, de se hisser sur le canapé et de recommencer à jouer comme si de rien n'était.
A ce moment-là, la porte d'entrée claqua :
« Yukiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! »
Il ne manquait plus que lui, pensa l'écrivain. Shûichi se jeta sur lui dès qu'il débarqua dans la pièce et le serra jusqu'à l'étouffement. Eiri se laissa faire. Les paroles de Tôma lui revinrent à l'esprit.
Tu devrais avertir Shindô le plus rapidement possible que Riku va s'en aller.
Il en était conscient. Il lui faudrait le dire à Shûichi mais il ne s'en sentait pas le courage… pas maintenant du moins.
Le jeune chanteur relâcha son amant et sortit d'un sac en papier qu'il avait amené avec lui la chose la plus vilaine qu'Eiri ait jamais vue de sa vie : une espèce de plaid en fausse fourrure, d'un bleu canard nauséabond, illustré de petits moutons multicolores qui se couraient après et sautaient des barrières.
« Qu'est-ce que c'est que cette horreur ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
— Mais Yuki, c'est pas une horreur, j'ai acheté ça pour Riku en sortant des studios… Il dort sur le canapé, il ne faut pas qu'il ait froid, le pauvre ! Je lui ai pris aussi le pyjama assorti, regarde ! »
Eiri détourna le regard. L'imprimé à petits moutons était à son avis trop agressif pour ses yeux encore douloureux et par ailleurs, cela ne correspondait aucunement à son idée personnelle de l'esthétique. De toute façon, il n'avait d'une façon générale absolument pas les mêmes goûts que Shûichi.
Non content de regarder ailleurs, il eut rapidement envie de se boucher les oreilles. En effet, son amant montrait à Riku ses nouvelles acquisitions et le bambin semblait ravi. Il poussa des cris de joie et Eiri entendit Shûichi tomber par terre tandis que l'enfant se jetait sur lui pour lui faire un gros câlin de remerciements.
Il commença à éprouver du remords. Des associations d'idées fort déplaisantes se firent dans son esprit. La vue du jeune homme chatouillant le petit garçon qui riait aux larmes aurait ravi n'importe qui mais Eiri ne pouvait s'empêcher d'anticiper la réaction de Shûichi quand il lui apprendrait que Yoshiki viendrait récupérer Riku pour le remmener en Amérique. Il se sentit égoïste et eut l'impression de prendre un gros risque. Si le départ de cet enfant lui faisait perdre Shûichi ? Et après tout, n'y aurait-il pas une chance qu'il s'habitue à la présence de cet enfant ? L'amour qu'éprouvait son compagnon pour lui permettrait peut-être de passer le cap de la ressemblance de Riku avec son père… De toute façon, cette ressemblance ne se verrait pas avant plusieurs années, n'est-ce pas ? Il restait du temps… beaucoup de temps pour achever de cicatriser les vieilles blessures et pour apprendre à envisager l'avenir avec sérénité.
Subitement, Eiri se leva, ramassa son téléphone qui traînait sur la table basse et se rendit dans son bureau. Il chercha dans le répertoire le numéro de son beau-frère :
« Eiri ? Qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème ?
— J'ai changé d'avis. Je garde Riku. Je l'élèverai avec Shûichi. Je ne veux plus qu'il s'en aille.
— Tu es sûr de toi ?
— J'en sais rien, merde ! C'est juste que… je ne veux pas imposer ça à Shûichi. Il aime ce gamin. Peut-être que j'arriverai à m'y faire. Je…
— Eiri, c'est le fils de Yuki Kitazawa !
— Je sais, bordel !
— Ne te fais pas de souci. Tu ne peux pas garder cet enfant. Tôt ou tard, tu le regretteras. S'il part, tu pourras aller le voir en Amérique avec Shindô si tu veux, vous en avez les moyens. C'est aussi bien comme ça, crois-moi. Je te rappelle. »
Tôma raccrocha sans laisser à Eiri le temps de répondre. L'écrivain se massa les tempes. Visiblement, c'était trop tard. Aucune alternative n'était possible. Il retourna dans le salon.
Shûichi, assis sur le canapé, lui lança un regard suspicieux. Riku était dans un coin et il mâchouillait avec constance un coin de son nouveau plaid à petits moutons qu'il avait apparemment adopté comme doudou. Eiri jeta un regard douloureux au petit garçon.
« Yuki, qu'est-ce qui se passe ? À qui tu téléphonais ? »
Le sentiment de remords s'intensifia. L'écrivain s'agenouilla devant son amant et lui prit les mains :
« Je viens de faire une grosse connerie. »
À suivre…
(1) Le personnage de manga auquel il est fait allusion est bien entendu Edward Elric, le héros de Fullmetal Alchemist.
