Chapitre Deux

Le Château du Prince Sanada était encore plus majestueux que celui où avait vécu et grandi la Princesse Katsumi, symbole que le Royaume Seikai était l'un des plus puissants du continent, sinon le plus puissant. La jeune femme et le Prince venaient de pénétrer dans une immense allée bordée d'une pelouse non moins immense, après avoir passé les remparts du Château. La belle songea que c'était tout un monde qui y vivait, y dormait et y vaquait à ses affaires. Du coin de l'œil, la demoiselle vit des dizaine de gens de haute naissance, tous parés de coûteux vêtements ou de bijoux fastueux, festoyant gaiment. Au soulagement de Katsumi, cette dernière vit d'autres esclaves nus, hommes et femmes, servir les Seigneurs et Dames en leur apportant des pichets de vin ou en courant à travers les tables dressés sous le fouet d'une Dame ou d'un Seigneur.

« Très chère petite Princesse, lui murmura le Prince. Désormais, vous êtes mienne, plus que vous ne l'imaginez. Vous savez ce que j'attends de vous. »

Disant cela, d'un geste un peu sec, il la fit descendre du cheval et l'obligea à se mettre à quatre pattes. Cette posture misérable fit arracher quelques larmes à la jeune femme. Ainsi, elle pénétrerait dans cette demeure à la vue de tous, comme un simple animal, une sorte de curiosité exotique. Cela était pire que dans son imagination. Sa vision précédente lui confirmait alors ce qu'elle avait redouté : pour ces gens qui seraient un jour ses égaux, Katsumi ne représentait pour l'heure qu'un divertissement, un ornement amusant de choix parmi tant d'autres. Dans un sens, elle se sentit réconfortée de ne pas être seule à partager cette infortune mais livrée aux caprices de ces Maîtres, saurait-elle se montrer digne de sa condition infâmante?

Sans lui laisser le temps de vraiment réaliser ce qu'elle avait vu en entrant dans les Jardins, le Prince sortit un battoir incrusté de diamants et lui administra une claque suffisamment sèche sur sa croupe pour lui signifier d'avancer. La Princesse s'exécuta, sans autre forme de choix. Ses yeux ne voyaient rien d'autres que le sol, les tissus richement chamarrés des nobles et des aristocrates et leurs bottes et qui saluaient le retour du Prince Sanada. Ils ne jetaient qu'un rapide coup d'œil vers la nouvelle esclave, regard qu'ils soulignaient d'un mot de félicitation vers son Altesse. Assurément, chaque Prince et Princesse enlevés par un Grand Prince constituaient toujours un trophée de prix, un trésor à éduquer, songea la jeune femme. Malgré tout, elle n'osait imaginer le petit spectacle qu'elle offrait à ces gens plein de morgue et de dédain. Heureusement, la Princesse Katsumi n'eut pas le loisir de réfléchir à tout cela. Elle avançait aussi vite que lui permettait sa position dans le dédalle de corridor avant de déboucher sur une grande salle, la Salle du Trône où le Roi Sasaki et ses deux autres fils, le Prince Tezuka et le Prince Atobe les attendaient. Sanada avait expliqué posément à Katsumi que ses deux frères étaient tout deux promis à de hautes fonctions, même s'ils ne prendraient pas la tête du Royaume. Par conséquent, Katsumi devait se montrer aussi docile et obéissante à eux qu'elle l'était envers lui.

« Je vous ai enlevée, petite Princesse, lui avait-il dit avant d'entrer dans le Château mais ce n'est pas à moi qu'il appartient de décider qui vous devrez servir. Cette décision revient à mon père, le Roi. Croyez-le, il a un bon œil pour remettre un esclave à un Maître qui lui siéra. Je serai bien chagriné, je dois le reconnaître, si je ne puis m'occuper de votre apprentissage mais il est fort possible que je ne sois pas le Maître qu'il vous convinsse. Peut être après, si vous vous êtes montrée suffisamment sage et obéissante, vous me reviendrez comme esclave et servante attitrée mais ça aussi, cela ne dépend pas de moi. »

Ces mots avaient envoûté la belle tout en l'inquiétant. Sanada, avait dû reconnaître la jeune fille, avait quelque chose de délicieusement effrayant. Ses cheveux et ses yeux aussi noirs que le jais semblaient faire émaner de lui un monde un peu ténébreux, empli de mystères et de délices exquis. Son corps et sa prestance dégageaient tant d'élégance et le port altier de sa tête indiquait clairement son rang de naissance. Mais peut être plus que son physique, ses propos avaient plongé Katsumi dans un tourbillon de désespoir et de tourments. Ainsi, plus que jamais, elle ne ressentait un tel dénuement, une telle ivresse de ne plus se sentir s'appartenir.

Le Roi salua chaleureusement son fils qui le lui rendit en lui présentant la Princesse qu'il avait enlevée.

« Père, n'est-elle pas ainsi délicieuse, déclara-t-il fièrement, en la forçant à se dresser sur ses genoux, l'exposant ainsi à la vue du monarque et de ses fils.

-Très belle pièce de jeu, en effet, fils, approuva le souverain, ce qui fit frissonner la Princesse qui percevait toute la force et l'autorité de cet homme dans la fleur de l'âge. Mais sera-t-elle facilement malléable? »

Pour toute réponse, le Prince Sanada lui gifla violemment les seins et le ventre. La Princesse Katsumi savait d'avance que c'était son entrée en la matière, son examen de passage ; elle se mordit les lèvres, baissa les yeux, résista à l'envie de se tordre pour échapper aux claques cinglantes qu'on lui administrait et n'émit qu'un léger soupir. Le Roi sourit froidement.

« Je vois que tu l'as bien préparée pour un avant-goût des pratiques de la Cour, reprit le souverain. Son apprentissage sera plus aisé qu'il n'y apparaissait dans son portrait. Néanmoins, je ne pense pas que tu sois l'instructeur le plus avisé pour son éveil.

-Mais, Père… protesta le Prince, jalousement.

-Billevesées, mon fils. Atobe sera parfait pour cela, dans un premier temps. Et pour que tout le monde puisse profiter de ses charmes, attachez-la sur la table. »

Les yeux liquides, Katsumi vit le visage des deux autres Princes et se sentit encore plus effrayée par celui qui semblait être le Prince Atobe. Un sourire cruel soulignait des traits encore plus nobles que son frère aîné. Il devait jouir en cet instant de pouvoir en faire sa petite esclave docile. Quel monstre, songea la Princesse, à travers ses larmes.

Elle se sentit prestement soulevée et attachée par des sangles de cuir sur la table de bois brut, le ventre sur un reposoir, de telle sorte que tout un chacun pouvait voir l'humidité de son intimité ou tourmenter ses seins à loisir sans qu'elle ne puisse identifier son tourmenteur. Pourtant, elle ne se débattit pas, malgré la honte extrême qu'elle éprouvait en cet instant. Même quand elle vit du coin de l'œil Atobe évaluer la valeur de son nouveau jouet en lui pinçant méchamment le téton, le tirer jusqu'à que la blonde ne puisse plus retenir un léger gémissement de douleur et que les larmes ne lui picotent les yeux. Mais ce fut pis quand elle sentit qu'il enfonçait dans son intimité son pouce, comme pour vérifier si son frère l'avait touchée en ce endroit. Elle baissa les yeux mais ces terres encore sauvages ne purent cacher le plaisir et la souffrance que Katsumi éprouva en cet instant : un liquide s'écoula le long de sa cuisse et elle entendit le rire d'Atobe. Un rire amusé, empreint de cruauté, plus mordant que le plus cuisant des fouets. Visiblement, le Prince appréciait de la mettre ainsi au supplice, de la voir se languir dans l'attente d'un soulagement quelconque. Mais ce qu'elle n'avait pas remarqué, c'était la présence du dernier Prince, Tezuka, qui commençait à lui tourmenter son second sein, à le tordre en tout sens. Katsumi ne put résister et les larmes inondèrent ses joues. Je ne pourrai jamais supporter ça, pensa-t-elle. Oh! Non, s'il vous plaît, arrêtez!

Elle vit le séduisant Prince porter à ses lèvres son doigt, lui intimant le silence, avant de lui murmurer à l'oreille :

« Ma chérie, savourez donc le plaisir que vous nous procurez, à nous exposer vos charmes de la sorte. Pleurer signifie pour nous que vous vous refusez à cela. C'est extrêmement mal venu de votre part. Car… Nous vous adorons déjà. »

Katsumi lui décocha un regard plein de gratitude. Contrairement à Atobe, le Prince Tezuka semblait si prévenant, si doux. Mais avoir Atobe comme Maître était une excitation terrifiante qui la submergeait, qui envahissait chaque pore de sa peau. Soudain, on entendit la voix forte et impétueuse de Roi s'élever et couvrir les rires dans la Grande Salle. Katsumi aurait voulu tourner la tête mais les liens le lui empêchaient de voir toute la scène.

« Prince Yukimura ! S'écria le monarque. Une telle erreur ne mérite que punition!

-Le Prince Yukimura vient de renverser un peu de vin de la coupe de Père, commenta Atobe, feignant l'indignation mais Katsumi perçut dans le timbre de sa voix, l'excitation de voir le malheureux puni en public. Quel entêté, ce Prince.

-Oui, approuva Sanada. Il mérite une bonne correction. Je pense que notre jolie Princesse devrait voir, pour mieux s'imprégner de ce qu'elle ne devra surtout pas devenir désormais.

-J'approuve cette idée, » renchérit Tezuka.

Atobe hocha la tête en signe d'assentiment et saisit le menton de la blonde, la forçant à relever la tête. Ce qu'elle vit la mit en stupéfaction ; un très beau Prince, aux cheveux lavandes et aux courbes presque féminines en dépit de son attribut masculin se dressant fièrement était jeté sur le genou d'un homme que Katsumi identifia comme un Valet. Ce dernier tenait dans un main un battoir de cuir dont le manche était orné de joyaux.

« Il ne va pas le punir devant tout le monde. » s'affola Katsumi.

Mais avant que son esprit ne puisse admettre ce qu'elle voyait, le Valet lui administra une série de fessées qui, instantanément, colorèrent le derrière pâle du jeune homme en un rouge vif. Le Prince Yukimura n'esquissait aucun geste de révolte malgré un visage aussi écarlate que ses fesses.

« Voila qui est suffisant, décida le Roi après un quart d'heure de punition. Pour ne pas montrer l'exemple devant une novice, je vous prie d'aller le reléguer pendant trois jours aux cuisines, qu'il soit bien fouetté par les domestiques. Je ne veux pas le revoir tant qu'il ne sera pas montré dans de meilleures dispositions.

-Bien, votre Majesté. » répondit respectueusement le Valet avant d'entraîner leur fautif à coups de battoir.

La Salle se remplit de nouveaux de rires et frivolité. Katsumi se sentait épuisée, par ce qu'elle avait vu, par sa position douloureuse. Alors que ses yeux menaçaient de se fermer sous l'effet de la fatigue, elle vit un homme, étrangement vêtu et portant un monocle, s'avancer vers le Trône. Il murmura quelques mots à l'oreille du monarque qui esquissa un léger sourire avant d'ordonner à Atobe d'emmener la Princesse Katsumi dans ses appartements pour être préparée convenablement. Le jeune Prince s'inclina et ordonna qu'on détache la petite demoiselle. Avec la même rapidité qu'on l'avait attachée, Katsumi se retrouva ainsi libérée de ses liens et, tout aussi rapidement, se remit à quatre pattes, baisant la botte du Prince, en signe de soumission.

« Bien, vraiment très bien, petite Princesse, » lui souffla le jeune homme avant de lui asséner une claque sèche en lui indiquant la direction de ses appartements.

Après avoir traversé d'autres corridors et monté des escaliers, la belle se retrouva devant une immense porte.

« Ouvrez-moi, » lui ordonna-t-il.

Se mettant à genoux, Katsumi ouvrit grand les portes et laissa passer le Prince avant de le suivre. L'antichambre de ce dernier était élégamment décorée de tapisseries de velours et un feu réconfortant brûlait dans la cheminée. Le Prince s'assit dans un grand fauteuil avant de lui ordonner brièvement de se mettre à genoux, les mains repliés derrière la nuque. Ainsi nue et vulnérable, il pouvait étudier la Princesse, le rose sombre de ses tétons, l'opulente poitrine dont les deux seins ressemblaient à deux belles poires qui donnaient envie de déguster, la toison sombre de son pubis. Mais ce qui retint le plus son regard espiègle était le violet de ses yeux. Jamais aucun esclave ne possédait de tels yeux, aussi pénétrants que ceux de son grand-frère Sanada. Et pourtant qui reflétait la nature sauvage de la belle. Pourtant, elle se montrait d'une telle docilité, chose rare pour les novices. Katsumi ne semblait pas éprouver la peur que beaucoup laissaient deviner quand ils arrivaient comme de pauvres bêtes exotiques dans les murs de ce Château. C'était presque le contraire. Elle était attirée bien malgré elle dans ce monde de tortures raffinées et de cruauté délicieuse et semblait vouloir s'y fondre.

« Ma belle petite esclave, commença-t-il d'une voix feutrée. Je suppose que mon frère vous a déjà expliqué que vous ne devez, le ciel vous en préserve, de ne jamais répondre autrement que par « Oui, mon Prince » ou « Oui, ma Dame », lorsqu'on s'adresse à vous.

-Oui, mon Prince.

-Evidemment, cette règle peut être levée le temps que je vous accorde pour me faire des réponses plus longues.

-Oui, mon Prince.

-Charmant, vraiment exquise Princesse, soupira-t-il. Considérez que, jusqu'à ce que je vous l'ordonne, n'ayez pas peur de me faire des réponses longues.

-Oui, mon Prince.

-Je suis plutôt étonné de voir à quel point, vous êtes docile, pour une jeune novice. Vos parents vous ont-ils parlé des coutumes de ce Royaume?

-Mon Prince… »

Katsumi hésitait. Mais la douceur inhabituelle des yeux d'Atobe l'encouragea.

« Mes parents ne m'ont pas vraiment parlé des coutumes du Royaume, reprit-elle, timidement. Ils m'ont simplement dit d'être obéissante et d'être une joie pour mes Maîtres et Maîtresses.

-Continuez.

-Ils m'ont également dit que, lors des moments où ma servitude me paraîtrait déroutante, était de songer à tout ce que m'apporterait ma vie ici. De m'abandonner un peu plus.

-Hum… C'est bien, c'est vraiment très bien. »

Il se tut, ses yeux plongeant dans les flammes qui dansaient dans la cheminée. L'initiation ne faisait que de commencer.