Mon premier mois dans mon premier appartement, seule, s'était plutôt bien passé. Mes voisins restaient invisibles et cela m'arrangeait. J'avais vraiment eu beaucoup de chance de trouver un si parfait habitat!

Je fais coulisser la baie vitrée et avance jusqu'à ma terrasse avec vue imprenable sur Ikebukuro. Une table en fer forgé et une plante en plastique font office de décoration. Je tire une chaise de sous la table et m'installe dessus en croisant une jambe sous mes fesses. Je pose mon menton au creux de ma paume et ferme les yeux, à l'affût du moindre crissement d'Ats. Je n'ai pas à attendre très longtemps: un Stormrider à la chevelure rouge surgit de nulle part et prend appuis sur la rembarre de mon balcon. Surprise, je rouvre les paupières. En équilibre instable, il me fait un clin d'oeil et repart comme il était venu, vite aspirée par les ténèbres de la nuit. Ses cheveux flamboyant me remémore ceux de Fy, tout comme l'oeillade qu'il avait l'habitude de me lancer avant que je ne parte à l'école.

Un souffle de vent plus frais que les précédents me fait éternuer. Je réalise que je suis frigorifiée et qu'il est déjà 9 heures du soir, un coup d'oeil à la montre en plastique bleu attachée à mon poignet l'atteste. Je rentre rapidement au chaud, clos la porte vitrée derrière moi et ferme les volets. Je ne sortirai pas ce soir, je ne me sens pas d'humeur. Dans l'obscurité la plus complète, je me dirige vers mon lit _non sans buter contre bon nombres de mobiliers_ et m'écroule dessus. Je rabats la couette sur moi et m'endors…

Pour me réveiller trois heures plus tard, bien reposée mais incapable de me rendormir. Je soupire. Pourquoi faut-il que j'ai le sommeil léger? Fichus gènes! Avec un grognement contre le froid hivernal de Tokyo, je me lève et prends une rapide douche, enfile un pantalon noir et un pull à capuche beige trop grand pour moi, attrape mes clés, hésite à enfiler mes tas, décide de les prendre quand même au cas où, et claque la porte. Je descend les escaliers quatre à quatre et sors de chez moi, décidée à m'épuiser par une longue marche. Mon immeuble se situant en plein milieu du quartier, mes yeux se retrouvent agressés par les néons multicolores des enseignes. Aucun magasin n'est fermé. Cétait inimaginable pour moi avant mon arrivée au Japon car, venant de France, j'étais habituée à me retrouver jeter des boutiques à 19 heures passées. Pour une fois, je suis contente que les échoppes de tout genre ne soient pas closes, elles vont m'offrir un amusement bienvenu!

J'entre dans une salle de jeux vidéo où des dizaines de rangées accueillent d'innombrables consoles sur lesquelles on s'affronte seul ou entre amis. Le bruit cacophonique régnant en ce lieu est trop brutal pour mes pauvre tympan qui cinq minutes plus tôt ne connaissaient que le silence de ma chambre. Je sors précipitamment, plaquant mes mains sur mes oreilles. Le gérant me foudroie du regard mais je n'en ai cure. Il n'a qu'à baisser la sono, ce vieux schnock! je me retrouve de nouveaux à errer sans but. Je marche tout droit, tournant lorsqu'un immeuble trop grand m'oblige à le contourner. Je suis très vite perdue mais les panneaux indicatif sont judicieusement placés de telle sorte qu'on sait toujours où on va et d'où on vient. J'apprends donc que je me trouve désormais à Shinjuku. L'avenue que j'ai emprunté est déserte. Un cathéter d'où pend de nombreux fils électriques trace des voies royales pour les riders. Je vérifie que personne ne me regarde et enfile mes Ats. C'est une trop belle occasion pour la manquer! La capuche qui jusque là dissimulait mes longs cheveux rouges est arrachée de ma tête par la force du vent lorsque j'effectue mon trick, ryumi no Ryuu. En une poignée de seconde, j'atterris sur un des fils et sans tarder commence à rider dessus. Mes roues envoient quelques étincelles, ce qui me rend extatique. Rider est si cool! Ça donne l'impression d'avoir le monde entier comme terrain de jeu. C'est formidable et je sais que plus jamais je ne pourrais m'en passer. Je me dis que même si je finissais sans jambe, tout comme Takeuchi Sora je me ferais implanter des prothèses équipées d'Ats. Cependant, j'espère ne jamais finir comme lui, à détruire la vie de ses amis pour le pouvoir. Je n'avais croiser la route du défunt mais par les échos que j'avais entendu, je m'étais forgée une bien piètre opinion de ce sinistre personnage, ex-king de la Sleeping Forest désormais détruite.

Je me laisse tomber souplement au sol et débouche devant une immense arène abandonnée. Qu'est-ce que c'est que ça? L'endroit ressemblait au Colisée de Rome que j'avais visiter avec ma classe de quatrième, en France. Curieuse, j'entre. Le vent souffle très fort ici et mes cheveux voltigent dans tous les sens. Une ambiance glauque règne, un sentiment de défaite et de désespoir me donne envie de courir très loin d'ici mais en même temps m'attire à explorer ce lieu. J'opte pour la deuxième option, n'étant pas aisément peureuse pour aussi peu. Dès que je croiserai la route d'un ver de terre, je dirai sans doute le contraire…

Un sifflement d'ats résonnent. Je ne suis peut-être pas si seule qu'il n'y paraît...