La suiiite ! Alors en tout premier, je voudrais remercier mes merveilleux reviewers. Vous m'avez fait un accueil dont je n'aurais même pas rêvé. Je veux dire, j'imaginais peut-être deux reviews en tout et pour tout pour ce début un peu éloigné des classiques du fandom, surtout à cause des OCs (c'est un peu pour ça que j'ai mis la supplique de fin de chapitre). Et au lieu de ça… 3
Un grand merci donc, à calyspo (allez lire Pandémonium si vous ne l'avez pas déjà fait, c'est génial), Ana (petit mot pour toi ;) ), Diamly qui m'a arraché un fou rire nerveux (j'aime, moi aussi ^^), et Pyxis Fayr, Kymika, Vilbbes et Nebelsue, et une excellente lecture à toutes et à tous (s'il y a des mâles, présentez-vous ^^).
NB : Vous l'aurez peut-être remarqué : les titres des chapitres sont tous dérivés de titres de westerns spaghettis. Clint Eastwood est super cool avec son harmonica. Je n'ai d'ailleurs jamais regardé d'autres films sur le milieu du truandage que Les tontons flingueurs, les westerns spaghettis sont donc mon inspiration principale, vu que j'ai passé six mois de ma vie, au lycée, à ne regarder que ça (si bien que je les confonds tous un peu et qu'il ne faut pas me demander un titre. C'est peine perdue, d'avance).
Et pour finir, je voudrais remercier ma bêta, Luce Li de son nouveau nom, sans qui vous ne pigeriez peut-être rien à ce que je raconte.
Ana : Alors je ne sais pas si tu as vu le petit message que j'ai laissé sur mon profil à ton intention, mais tes reviews m'ont toutes fait bondir le cœur dans la poitrine. As-tu un compte ? Ce serait sympa pour mieux pouvoir te répondre (« , mon enfaaant » - oups, on oublie le Chaperon Rouge). Imagine comme ma journée est illuminée quand j'apprends que j'ai réussi à dissocier dans l'esprit de quelqu'un le binôme poésie/torture-en-cours-de-français. J'ai moi-même haï la prof qui a failli réussir à me faire détester Baudelaire. Comment peut-on être aussi doué pour effectuer un tel tour de force, hein ? et c'était possible… T.T …Mais…mais…mais… enfin, je ne vais pas te dire ce qui va arriver à Rosselli ! O.o Il faut faire souffrir Mellochou avant ça, sinon ce n'est pas drôle ! Par contre, pour Near, je ne vais pas entretenir de faux espoirs. Tu ne le verras pas. Pas dans cet histoire, mais je lui ai aussi concocté un programme très appétissant pour plus tard. Sinon, pour Sergueï, je suis moi aussi triste que cette chose infâme nommée scénario l'ait condamné à l'échafaud. Moi aussi, je l'aimais bien, mon gros nounours russe. Quant à Cin… tu l'aimes aussi ? (*yeaaaah !*) …je ne puis te révéler son sort… pour l'instant (mouhaha !). Sinon, Mello a trop la classe parce qu'il est lui-même ;p Et puis, je suis juste hyper heureuse que tu aies aimé.
Place… au chapitre !
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IMPITOYABLE
Chapitre 2 : Le con, la pute et le brigand.
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Ted était agent d'accueil au siège de la Medic'ior Corporation, à LA. Tous les matins depuis trente ans, il se rendait à l'aube à son poste, posait son cul sur une chaise, adressait son plus beau sourire à des gens importants, puis allait saluer sa machine à café et les quelques collègues qui s'y réunissaient pour vouer leur culte quotidien. Les bons jours, il arrivait à patienter jusqu'à ce que l'écran mural du hall affiche dix heures. Les mauvais, c'était son premier lieu de villégiature.
Ted détestait son travail et encore plus ses collègues. C'étaient en majorité des femmes, aigries, bavardes, têtues et promptes à la crise de nerf. Il rêvait parfois qu'il retrouvait ses vingt ans et la possibilité de changer de domaine. Il aurait fait du cinéma, serait devenu caméraman. Tous les jours, il aurait croisé de belles jeunes femmes en tenues glamour, et pas ces divorcées obtuses qui ne soupesaient plus leurs couches de cellulite et des patrons et démarcheurs en costume. Il devait le reconnaitre, depuis son propre divorce, Ted était en manque de fraîcheur.
C'est pourquoi son esprit s'égara lorsqu'il vit entrer d'un mouvement de hanches reptilien la paire de jambes vêtue de cuir d'une toute jeune femme, presque une fille. Elle les avait très longues, fines et galbées. Le pantalon qui y collait, s'il n'était pas de cuir, le mimait harmonieusement, car il eut l'impression que les lueurs qui s'y reflétaient lui donnaient un côté hypnotique, quoique trop élégant pour verser dans le SM. Il s'aperçut que ses talons, sur des spartiates qui laissaient voir sa délicieuse peau laiteuse, étaient aussi fins et moitié aussi longs qu'une paire d'aiguilles à tricoter, et il se demanda comment elle faisait pour marcher avec autant de grâce. L'ondoiement de son corps paraissait demi fragile, demi prédateur, avec sa taille coincée dans un blouson qui devait l'empêcher de respirer. Il admira la forme menue mais présente de ses seins, et le col qui enroulait ses épaules, avant de se rendre compte que le tout était noyé par le tressautement impérieux de sa chevelure de feu. Dès cette seconde, il ne vit plus que cela. Les vagues d'un brushing sensuellement aguicheur qui lui firent même oublier les pulpeuses petites lèvres sanguines.
A côté de lui, une collègue renifla avec mépris.
Il se demanda qui était la gamine. Sans doute une fille de grand patron venue rendre visite à son père. Il ne lui donnait pas plus de vingt ans, et la classe arrogante mais pourtant innocente d'une enfant qui avait toujours tout obtenu en se contentant de lever le petit doigt.
-Ces adolescentes, de nos jours… persiffla Martine, la secrétaire médicale assise à sa gauche, toute remplie de son venin. Aucune décence.
Ted la devina en train de secouer la tête, percluse de jalousie mais incapable de l'admettre sous la torture. Il ne prit pas la peine de se tourner. La jeune fille venait de s'arrêter aux portes de l'ascenseur, son déhanché stoppé en une pause fascinante. Elle avait de jolies petites fesses rondes et musclées. Le tissu qui les couvrait lui parut une injure à la Création, et il se demanda si oui ou non, les femmes aimaient vraiment les hommes plus âgés qu'elles.
Elle s'engouffra dans l'ascenseur, entre un homme en chemise rose et un vieillard qui peinait avec sa canne. Les portes de l'ascenseur se refermèrent sur eux comme une mâchoire d'acier pour briser ses rêves.
Intérieurement, il ne put s'empêcher de noter le premier arrêt de la boîte infernale.
-Tu baves, lui fit remarquer une voix moqueuse à sa droite.
Ted baissa les yeux. Son café finissait de se renverser sur la pointe de ses chaussures noires.
En retournant à son triste quotidien, il déplora de ne pas pouvoir voir à travers les murs, pour suivre le chemin de la rouquine. Il se promit cependant, entre deux pauses téléphone et un renvoi de la facturation, de guetter la sortie de la belle.
L'ascenseur s'immobilisa au neuvième étage d'un immeuble qui en comptait douze. Après le quatrième, qui avait vu partir le vieil homme, ce fut au tour de la demoiselle de s'extraire de l'insecte d'acier. Celle-ci s'engouffra dans le couloir désert qu'elle traversa d'une traite, avant de pousser une porte à la peinture défraîchie. Tout, à la Medici'or Corporation, n'avait pas la netteté du hall d'entrée, et sûrement pas les escaliers de secours. La petite rousse sexy y posa la pointe des pieds avec un dégoût précautionneux, peu encline à abîmer ses chaussures par un contact avec un chewing-gum oublié dans les parages. Elle les dévala avec la vitesse du vent.
Puis, trois étages plus bas, elle se résigna à poser ses jolis ongles sur le battant d'une porte. Elle le poussa, déboulant dans un couloir peu arpenté. Elle croisa une femme qui ne la vit même pas.
Ici, point d'open space, mais des portes aux vitres granuleuses et aveugles qui débouchaient sur des bureaux luxueux. Le bois était lisse, le grain couleur chêne et la fibre coupée de telle sorte qu'on en voyait les rainures à l'horizontale. Elles étaient toutes identiques, ou presque.
La jeune fille s'arrêta derrière l'une d'entre elles. Elle enleva une chaussure qu'elle prit à la main, puis elle toqua. Lorsque la porte s'entrebâilla, on entendit des rires de femme. Puis l'ouverture fut assez grande pour laisser passer une carrure.
-Oui ? fit l'homme qui se présenta après avoir intimé le silence d'un mouvement de main en arrière.
Elle lui planta le talon entre les deux yeux.
Il y eut un soubresaut de douleur, puis le corps s'affaissa en arrière comme une poupée de chiffon.
La jeune fille secoua négligemment la chaussure, et des gouttelettes pourpres vinrent éclabousser le bois de la porte. Puis elle claudiqua vers l'issue de secours et referma la porte derrière elle, sans que personne ne vienne la déranger. Satisfaite, l'assassin essuya sa chaussure dans la luxuriance de ses cheveux, puis elle la renfila au pied. Elle remonta sans se presser les trois étages qu'elle avait parcourus à l'aller, appela l'ascenseur, et descendit du neuvième au rez-de-chaussée sans jamais croiser que des regards mornes ou lubriques. Elle passa les portes de verre du hall sans que personne ne l'interpelle.
Etouffé par quelques cloisons, il y eut un hurlement.
Lorsqu'on donna l'alerte et que les policiers lui demandèrent s'il avait aperçu la moindre chose suspecte, Ted se trouva bien dans l'incapacité de répondre.
-Oh si, qu'il a remarqué quelque chose, répondit pour lui la perfide Martine. Mais pas le renvoi qui finira par lui pendre au nez. Il était trop occupé à reluquer les fesses de la première venue, vous comprenez….
Lorsqu'on l'interrogerait plus tard, Ted se trouverait bien dans l'incapacité de relier deux événements aussi disparates que le joli croupion d'une bombe sexuelle juvénile et le meurtre sanglant d'un haut dirigeant de sa firme pharmaceutique. L'un comme l'autre, cependant, lui laissèrent un souvenir vivifiant. Il faut dire qu'il se passait bien peu de choses, dans la vie d'un employé lambda.
x-x-x
-Une lame de rasoir montée sur des escarpins. Très impressionnant. Mais dis-moi, comment aurais-tu fait si elles s'étaient brisées sous ton poids ?
La rouquine adressa à son voisin un regard noir.
-Je ne suis pas grosse, si c'est ce que tu sous-entends.
-Ce que je sous-entends, c'est que c'est l'une des méthodes les moins pratiques dont j'aie jamais entendu parler. Un rasoir, c'est fragile. Comment tu as fait pour parvenir jusque là-haut ? Tu as marché sur le bout des ongles ? Tu dois ne plus avoir de pieds.
-Supériorité féminine, renifla-t-elle.
Les deux compères étaient attablés devant un ordinateur portable. A l'écran, au milieu de la mouvance indistincte des corps, on voyait une arriviste traverser d'un pas impérieux le hall du siège social de Medic'ior. Les images tournaient en boucle, en noir et blanc.
-Regarde-moi comment tu trémousses tes fesses. On dirait une gamine de huit ans devant un clip de Madonna. Tu essayes d'imiter quoi, au juste ? Une pintade devant un silo à grain ? Ou alors c'est une nouvelle méthode de détournement de l'attention, peut-être.
Piquée au vif, la petite rousse pointa un ongle verni sur un coin de l'écran.
-Regarde, il y en a un qui bave, là.
-Sûr que tu n'es pas si mal. Tu te fais du vioque de soixante ans ?
A l'écran, l'homme fit tomber ce qu'il tenait. La fille, elle, finit de se trémousser en une longue série d'enjambées jusqu'à l'ascenseur. L'autre attrapa la souris et recula l'enregistrement à quelques secondes plus tôt.
-Ouhlà. C'est sexy, là. Chauwd.
-Ha.
-…Vise-moi ce déhanché. Tu aurais bien ta place dans un film X.
-Je ne te permets pas.
-Du cuiiiir…
-Sale pervers ! s'exclama la fille en s'emparant de la souris.
-Non merci, je ne suis pas pédophile.
La séquence s'arrêta. Elle enchaîna sur une scène d'ascenseur où la rouquine balançait d'un pied à l'autre. Elle ne cessait de lancer des coups d'œil impatients aux DEL des étages, et rejeta plusieurs fois sa chevelure opulente, ce qui lui valut un ou deux regards intrigués de l'homme en veste et cravate.
-Dis-moi, c'est un concours à qui se fera le plus remarquer ?
La fille se renfrogna.
-A la Wammy's, ils disaient que tu dois profiter des apparences. Les gens ont l'esprit compartimenté, alors s'ils voient une jolie fille, ils ne l'associeront jamais à un crime glauque. Pas côté assassin, du moins. Normalement, ils marchent par association d'idée et la fille se rangera dans la case « image » alors que le meurtre sera un « événement ». Ils ne sauront même pas me relier à la date, alors…
-Je me fiche de ce que baratinaient tes gus. Je ne fais pas du babysitting, Flare.
-Hé !
-Tout ce que je sais, c'est que tu avais le choix entre être invisible et te faire remarquer. Et que tu as choisi la seconde possibilité. Je dois vraiment préciser que c'était la plus mauvaise ?
L'homme recula sur sa chaise et croisa les bras.
-Tu penses comme un vieux, se désola la dénommée Flare. Tu n'as que vingt-neuf ans, Cin.
-Il faudrait savoir ce que tu penses, répondit d'un air narquois son interlocuteur. Un jour, je suis un vieux crouton et le lendemain j'ai toute la vie devant moi. Dis-moi, tu ne serais pas un peu versatile ?
Il rabattit l'écran d'un geste sec, puis il poussa l'ordinateur. La rouquine lissa sa chevelure cuivrée. Face à elle, l'autre l'observait de son regard scrutateur. Il avait des yeux écartés, nettement asiatiques, et un peu en amande avec une noirceur qui rendait malaisé de distinguer l'iris de la pupille. Derrière une paupière enfoncée, les deux perles noires la fixaient d'un ton froid. A peine quelques cils. Par-dessus, de longues mèches de jais soigneusement démêlées soulignaient de leur lissé un visage en triangle qui ne le rendait que plus glacial.
-Bouge ton petit cul malingre de cette chaise, claqua-t-il.
Flare sursauta.
-Bien. Raconte-moi la suite.
Elle s'exécuta, tandis qu'un micro-écran de portable affichait l'angle coupé d'une caméra.
-Et cette fille, là, qui passe ? Si elle t'avait remarquée, tu aurais fait quoi ?
La femme, qui prenait garde à ne pas laisser dégringoler la multitude de dossiers qu'elle portait dans ses bras, sortit du champ de l'écran. C'était celle du couloir au sixième étage, là où allait s'exécuter la phase finale du plan. Le champ couvrait la sortie de l'ascenseur et un morceau de couloir.
-Elle ne l'a pas fait, c'est l'important.
-Franchement, Flare, tu me déçois. C'est du travail d'amateur. Tu crois que je n'ai que ça à faire, moi, d'opérer un petit ménage à chaque fois que tu oublies d'être prudente ? Regarde, il y avait des gens à l'intérieur, appuya-t-il d'un geste ample après qu'une minute se soit écoulée sans que rien ne change et qu'une volée de femme se précipitent soudain vers l'ascenseur avec un air de complète panique. Tu aurais fait quoi, si elles étaient sorties t'ouvrir et pas lui ?
-Ça n'est pas arrivé.
Cin pianota sur la planche à tréteaux qui lui servait de bureau.
-Ça n'est pas arrivé, répéta-t-il avec un air cynique. Tu argumentes de mieux en mieux, dis-moi.
La petite rousse afficha une expression butée.
La porte, dans leur dos, s'ouvrit à la volée et Flare se retourna en sursaut. Cin, en revanche, ne cilla même pas. La tornade blonde et nuit vint de se positionner dans son angle d'attaque, les poings sur les hanches et l'expression furibonde.
-Mello ! s'exclama joyeusement la jolie Flare.
Elle rosit jusqu'aux oreilles.
-Tu n'étais pas au rendez-vous, gronda l'arrivant d'une voix sourde en fusillant du regard le dernier personnage.
-Je suis avec mon élève, rétorqua sèchement Cin. Tu n'as pas attendu ma réponse. Et, jusqu'à preuve du contraire, j'ai autre chose à faire que de colmater les trous de tes plans foireux. En l'occurrence, c'était donc « passe ton tour ».
-Je l'ai passé, et maintenant me voilà.
Mello sembla enfin remarquer la petite rousse.
-Et qu'est-ce qu'elle fout là, elle ?
-Si tu m'avais écouté, tu le saurais. Flare est mon insupportable bonne à rien d'élève. De la même aune que toi. Il n'y a rien à espérer de ceux qui viennent de ton trou, je suppose, conclut-il avec un haussement d'épaules désabusé.
Loin de s'offusquer, la jeune fille dévorait son idole du regard. Mello nota le cuir sur les jambes qu'elle venait de décroiser, ainsi que le blouson matelassé qui avait été déniché dans une friperie quelconque après des heures de recherche, dans l'espoir risible de ressembler au plus proche à ce qu'il portait lui-même. Cela le fit rire intérieurement, mais l'image renforça son ego blessé par des années à voir Near entouré de son fanclub tandis que lui se dressait en solitaire avec ses notes un dixième de points en-dessous du meilleur. Il lui adressa un bref sourire crispé.
-Tu as quitté l'école un peu tôt.
Flare, quatorze-quinze ans et des idées de débauche.
Il se retourna vers Cin.
-Alors on marche ensemble ou tu es dans l'autre camp ?
-A ton avis ?
-Bien. Tu joues toujours les informateurs, j'imagine ? J'ai besoin de tout ce que tu as sur les derniers mouvements de Rosselli.
-Je croyais que vous étiez dans le même camp.
Mello grimaça.
-Il a commencé à faire bande à part.
Cin repoussa sa chaise et se leva. Puis il revint à son ordinateur portable, l'ouvrit et inséra une clé USB avant de parcourir une dizaine de pages. Il fronça les sourcils, tapa quelques mots, et attendit. Au bout de quelques minutes, il leva les yeux de son écran.
-J'ai deux-trois trucs, dit-il en hésitant. Rien de fameux.
-Mais encore ?
-Il a une entrevue avec des passeurs mexicains dans l'Est du Texas. Je crois qu'il veut ouvrir un nouveau marché.
Le blond fronça les sourcils.
-Jamais entendu parler.
-Ça sent l'intox à plein nez, Mello.
-Je m'en fous, insista l'autre, file-moi ce que tu as. Les cartes, le lieu, le second parti. Je veux tout.
Cin soupira. Il tendit une main vers le sol et souleva un carreau de terre cuite parmi la multitude. De la cache, il piocha une clé qu'il inséra à côté de la précédente. Quelques manipulations plus tard, l'écran affichait l'avancée du copié-collé.
-Je t'ai mis la matière brute. Pas de résumé, je ne suis pas maso.
L'autre acquiesça.
-Je marche.
-C'est pas de mon ressort, Mello. Va voir un professionnel. Il y en a un très bon, dans le secteur. Il commence à se faire un nom, mais je crois qu'il ne cherche pas le client. Faut aller le convaincre. Dans le genre, futur meilleur hacker de sa génération. Il serait parfait pour remplacer Sergueï.
-Comment tu sais, pour Sergueï ? réagit brusquement Mello.
- Ça circule, émit-il après une hésitation. Sergueï était un bon. Très prisé. Tu sais qu'il ne laissait jamais de trace, d'habitude. Le gars qui l'a eu était un génie. Enfin… Je crois que cet autre mec dont je te parle te plairait beaucoup. Aussi arrogant que toi.
Cin fit une pause.
-Je crois qu'il se fait appeler Matt.
-Tu me fais penser à une chose, affirma Mello - qui n'avait pas écouté la fin - en plongeant la main dans sa poche. J'ai un petit boulot pour toi.
Il en extirpa une pochette plastique, pliée à de nombreuses reprises, à l'intérieur de laquelle reposait la feuille où le sang de Sergueï avait servi à inscrire le poétique défi. Le « Your turn » était gravé dans sa rétine, mais des fragments brun-rouge s'émiettaient au fond du sachet.
-Je veux que tu me trouves qui a écrit ça. Et que tu me l'élimines.
-Combien ?
-Trois heures de travail.
-Une semaine.
-Deux jours, et je serai doux comme un agneau.
Cin ricana.
-J'ai hâte de voir ça.
Il arracha le paquet des mains de Mello.
-Je mettrai Flare sur l'affaire. Elle a besoin de s'exercer un peu, son niveau est pathétique.
-Dis-lui de bien faire souffrir ce fils de chien.
-Hé, je suis à côté ! se plaignit la rousse. Tu peux t'adresser à moi directement !
Mello lissa son pantalon. Il rajusta le holster qui avait glissé pendant la manœuvre, extirpa un trousseau de clés, y rajouta l'USB de Cin, puis il rabattit le pan de son blouson et remonta la fermeture éclair. Il se dirigea vers la sortie. S'arrêta. Planta ses yeux noirs dans ceux agacés de Flare.
-Fais. Le. Bien. Souffrir.
-Je suppose que tu vas foncer dans les emmerdes, l'interrompit Cin dans sa course. Prends l'avion, cette fois. Crois-moi, ce n'est pas un voyage sous un faux nom qui va griller ta carrière de casse-burnes olympique.
x-x-x
Ne dites jamais à un casse-burnes ce qu'il ne doit pas faire, sauf si vous désirez qu'il s'y jette tête baissée.
Nous étions quelques kilomètres et quelques heures plus tard, dans un endroit qui avait quelques chances d'être au Texas et quelques autres d'être un repère de passeurs de clandestins, et Mello se disait qu'il aurait dû écouter les conseils qu'on lui avait adressés.
Il était un peu tard, vu l'endroit précis où il se trouvait. Quelque part entre le troisième et le quatrième étage d'un bâtiment miteux, entre deux cloisons voisines de peu de centimètres, suspendu au-dessus d'un néant charbonneux par la force des poignets. L'escalade n'avait rien de compliqué, en soit, mais le conduit d'aération dans lequel il s'était engagé était assez étroit pour pousser n'importe qui à la claustrophobie.
Il avait attaché ses cheveux. Malgré cela, il avait récolté une vraie collection de toiles d'araignée.
Un vrai sacrifice de style.
Il espérait que la récompense serait à la hauteur de ses efforts.
La salle où devait se dérouler la petite réunion n'était qu'à deux mètres de canalisations. Il pouvait entendre la voix de Gio. Il se hissa en silence, avec plus d'ardeur, et parvint enfin à la hauteur espérée. Fébrile, il décrocha le Beretta à sa ceinture et approcha son œil de la grille.
Au centre de la salle, une table.
Sur la table, un poste de radio qui débitait entre deux grésillements son enregistrement.
Dans la pièce, personne.
Trois coups énergiques.
-POLICE !
La porte vola en éclats dans un fracassant spectacle de bois brisé, laissant pénétrer par son ouverture une dizaine d'hommes en uniforme bleu nuit dont les armes dégainées balayèrent l'espace de la pièce. Les agents des forces de l'ordre, désorientés, s'interrogèrent du regard.
Mello se laissa glisser en silence dans le conduit.
Il avait comme l'impression qu'il venait de se faire manipuler.
Ah oui. Gio connaissait ses méthodes. Au temps pour lui. Il fila au sol et atterrit sur la chambre de la VMC. Dans le vacarme environnant, il se faufila derrière la plaque qu'il avait descellée et se fraya un passage jusque dans l'arrière-ruelle, un lieu vétuste où se battaient en duel trois gamins et un chien de garde assoupi.
La première balle lui frôla l'épaule. La seconde coupa net une mèche de cheveux blonds. A la troisième, il s'était jeté derrière une poubelle, où il attendit patiemment que les tireurs aient épuisé leurs munitions sur le couvercle de métal.
Les enfants avaient déguerpi lorsqu'il bondit de sa planque. Au loin, il entendit une sirène, avant qu'une nouvelle salve de balles ne le force à presser le pas.
On avait crevé sa moto. Il sauta par-dessus le mur d'une propriété privée avant de disparaître enfin.
Gio ne l'avait pas sous-estimé.
Etait-ce à prendre comme un compliment ?
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-Je veux le nom de ce type, déclara Mello en débarquant brusquement dans la chambre de Cin.
-Houlà, doucement.
Le brun remonta la couette sur son torse, le regard ensommeillé. Mello écarta les rideaux d'un geste sec. Une lumière crue se déversa dans l'ensemble de la pièce. Il était six heures du matin, mais c'était le moindre des soucis du blond, qui piétinait les amas de linge sale et de magazines d'une énergie rageuse. Cin se frotta les yeux, et se redressa avec peine.
-Et si j'avais été avec une fille ? demanda-t-il d'une voix plaintive.
Mello jeta un bref coup d'œil à l'ensemble de la pièce.
-Aucune chance.
II shoota dans une canette vide. Cin se prit la tête entre les mains.
-Qu'est-ce qu'il se passe, Mello ? gémit-il.
-Ce type dont tu m'as parlé. Le hackeur. Bart, ou Marc, je ne sais plus.
-Matt ?
-Oui, c'est ça.
-Eh bien ?
-Je veux son nom.
Cin dévisagea le blond avec l'air de vouloir une bonne corde bien solide, une poutre et une chaise dans laquelle cogner.
-Tu l'as.
-Comment ?
-Il s'appelle Matt. Ou Bart, ou Marc. Sur le net, on l'appelle Third, ou ORfan, et je crois même que c'est le gars qui sévit sous le nom de code NMatics, mais on s'en fout. Ce n'est pas son vrai nom, Mello. Au mieux, un code, comme 2TX lorsqu'il s'est fait connaitre. Tu t'imaginais quoi ? Qu'un cybercriminel de sa trempe allait laisser sa carte de visite ?
-Ne joue pas au plus con avec moi. Comment je peux le trouver ?
-J'ai envie de dormir, Mello.
-Tu en auras l'occasion plus tard. Si c'est vraiment le grand génie que tu m'as dépeint, alors j'ai besoin de lui, et sur-le-champ. Rosselli m'a tendu un piège. Tu as de la chance que j'ai assez de clémence envers toi pour ne pas te buter, parce que tes informations, c'était de la merde. Et encore. Si je ne doute pas de ton allégeance, c'est juste à cause de la gamine.
-Je t'avais prévenu.
-Eh bien maintenant, préviens-moi de ta manière de te racheter.
Cin s'extirpa de son lit. Il se redressa sur ses jambes, encore engourdi, et fit quelques pas vers son ordinateur qui se rechargeait dans un coin, entre deux piles de Marvel. Mello nota la présence d'un joli revolver lustré, au pied d'une commode. La chambre à munitions était sortie.
Dans l'encadrure de la porte, Flare se mit à ricaner.
-Je n'aurais pas cru dire ça un jour, jeta-t-elle d'une voix brusque, mais tu es un parfait crétin.
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Note de fin de chapitre :
Hey, comme on se retrouve ! Les personnages importants sont tous introduits, et, paraît-il que ça commence. Un ou deux petits trucs : sur Cin, son prénom vient d'un jeu de mot sur Cin/Sin (péché en anglais), car ça se prononce pareil, ainsi que sur Cin Der LA (Cinderella) pour nombre de raisons dont l'endroit d'où il vient et le fait qu'il couve la petite orpheline Flare. Les OCs de cette histoire sont ceux que j'avais créés pour les Successeurs, et on peut dire, dans l'espoir que ce machin paraisse un jour, qu'Impitoyable est leur « bal d'introduction ». De même, on peut considérer qu'Impitoyable est en rapport avec Valentina puisque dans le chapitre 1 j'ai déjà évoqué Garrett, que j'avais créé pour cette mini histoire, et que je ferai plus tard mention de la petite fille (bien que ne pas avoir lu Valentina n'impacte en rien sur la compréhension d'Impitoyable).
J'espère que vous avez apprécié et que vous êtes prêts à ne pas arrêter votre lecture ici. Un certain rouquin risque fort de vous passer le bonjour d'ici peu ^^.
Je vous embrasse !
