- LES BÂTISSEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Andromeda, Steamboat Willie et Xenon.
II : Archives familiales
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
Septembre 2002 : Fiançailles de Harry et Ginny
Période couverte par le chapitre : 10 au 27 octobre 2002
Harry et Ginny prirent enfin des vacances à la mi-octobre. Ils décidèrent de rester la première semaine chez eux pour se reposer et voir leurs amis, avant de partir vers d'autres horizons. La formule de l'année précédente — le Bed & Breakfast près de la mer — leur avait plu et ils réservèrent un séjour dans une maison se dressant sur la côte sud de l'Angleterre pour la seconde partie de leurs congés.
Pour leur premier jour au Square Grimmaurd, ils firent la grasse matinée puis Ginny sortit déjeuner avec d'anciennes camarades de Poudlard. Harry mangea rapidement et alla dans sa chambre. Dans le placard, il prit le coffre qu'il avait récupéré chez Gringotts dans lequel se trouvaient les affaires de sa famille. Il l'avait entreposé sans regarder son contenu : il savait qu'il lui faudrait du temps, non seulement pour examiner tous les objets, mais aussi pour gérer les souvenirs et l'émotion qu'ils susciteraient.
Il avait préféré s'y atteler sans la présence de Ginny. Il avait bien l'intention de lui en parler, mais ressentait le besoin d'être seul face à ce qu'il allait découvrir. C'est également pour cette raison qu'il le faisait dans sa chambre. Du fait de sa cohabitation passée avec Ron et Hermione, cet endroit symbolisait sa vie privée, contrairement au salon qu'il partageait avec ses colocataires.
L'objet était lourd et il dut utiliser sa baguette pour l'amener au centre de la pièce. Il inspira profondément, souleva le couvercle et s'empara de la première chose qu'il découvrit. C'était un paquet de lettres contenues par un ruban bleu. Il dénoua le lien avec précaution et ouvrit la première enveloppe. Cela commençait fort : c'étaient des missives écrites par son père à l'intention de sa mère. Il passa l'heure suivante à les déchiffrer. Elles s'étalaient sur deux ans, depuis les vacances de leur septième année à Poudlard en 1978 à leur mariage en 1979. Conservées à l'abri dans une boîte en carton sur lequel était dessiné un Vif d'or, Harry découvrit les réponses que Lily avait adressées à James.
Harry parcourut ainsi les débuts de leur relation amoureuse, leur correspondance quand Lily vivait seule à Londres après leurs ASPIC et l'élaboration de leur projet de mariage.
Après leurs noces, leurs échanges épistolaires avaient cessé du fait de leur cohabitation, mais les photographies racontaient la suite de leur histoire. Photos de mariage, images de l'un ou de l'autre dans ce qui était sans doute leur premier foyer, clichés de sa mère la taille épaissie par un début de grossesse. Avec l'aide d'un sort d'agrandissement, Harry établit avec émotion que la bague qu'il avait offerte à sa fiancée avait bien été portée par Lily.
Cette chronique s'interrompait brutalement. Il n'y avait plus rien dans son coffre évoquant la vie de ses parents à partir de juin 1980, la date où Sybille Trelawney avait fait sa prédiction. Il supposa que James et Lily avaient mis à la banque tout ce à quoi ils tenaient particulièrement et n'avaient gardé que l'indispensable pour pouvoir déménager rapidement en cas de danger.
Il savait que rien n'avait survécu dans la maison de Godric's Hollow et il se sentit soulagé à la pensée que tout ce qui comptait se trouvait devant lui. Il se souvint du jour où il avait vu le pire souvenir de Rogue dans la Pensine de Dumbledore et qu'il avait douté des sentiments que se portaient ses parents. Les témoignages qu'il découvrait prouvaient à quel point les deux jeunes gens avaient été éperdument épris l'un de l'autre. Il n'y avait cependant pas que de l'amour dans ce courrier. En arrière-plan, Harry percevait la guerre qui faisait rage dans le monde sorcier. Mention de personnes disparues, adjuration à rester prudent et à ne pas prendre plus de risques que nécessaire. Harry sentit aussi à quel point leur union avait été précipitée par le danger qui les entourait et menaçait de les séparer.
Harry continua à piocher dans le tas de lettres en repoussant à plus tard la lecture de celles qui émanaient de personnes qu'il ne connaissait pas. Il finit par tomber sur un paquet qui le fit sourire. Il y avait une bonne centaine de missives adressées à son père par les trois autres Maraudeurs. Il reconnut avec émotion les écritures de Sirius et de Remus. Il songea qu'il lui faudrait un jour transmettre les courriers de son père à Teddy. Quand il tomba sur un message signé de Peter, son premier mouvement fut de le déchirer, puis il se ravisa. Lentement, il le reposa dans le coffre. Peut-être comprendrait-il un jour ce qui avait poussé l'homme à livrer ses meilleurs amis.
Il fut soulagé de ne plus éprouver envers le traître la haine brûlante qu'il avait autrefois ressentie pour lui. Il ne lui avait pas pardonné ainsi qu'il l'avait fait pour le professeur Rogue, mais son ressentiment s'était assourdi, comme si Harry était désormais empli de sentiments plus importants qui ne laissaient pas de place à ceux du passé.
Il saisit ensuite un album dont s'échappèrent des photographies. Il n'eut aucun mal à identifier les deux petites filles figées qui se trouvaient sur la première d'entre elles. Il les avait vues dans la mémoire de son ancien professeur de potion. Il déduisit sans peine que les personnes d'une quarantaine d'années qui posaient avec elles sur un autre cliché étaient ses grands-parents. Cela lui rappela de vieux souvenirs. Même si Dudley tenait la vedette dans l'imagerie familiale de Privet Drive, Pétunia avait également quelques représentations de ses parents sur une petite table dans un coin du salon. Avec le recul, il jugea que sa mère ressemblait beaucoup à son propre père dont elle avait la forme du visage et les yeux. La chevelure auburn venait du côté maternel. Il y avait un autre couple sur des photos manifestement plus anciennes. Ses arrière-grands-parents, sans doute. La facture en noir et blanc lui interdit de déterminer si c'était d'eux qu'il tenait ses yeux verts. La dernière photo représentait une femme habillée de noir. La date au verso lui apprit qu'elle avait été prise en 1952. Son autre arrière-grand-mère ? Harry supposa qu'elle était veuve. Il se demanda le genre de relation que Lily avait eue avec ses grands-parents.
Il reporta ensuite son attention vers un livre à la couverture verte. C'était : un album de timbres. « Donald Evans » indiquait la page de garde. Cette collection appartenait-elle à son grand-père ou à son arrière-grand-père ? Quoi qu'il en soit, les petites vignettes rectangulaires s'étendaient sur plusieurs décennies et de nombreux pays. Il rangea soigneusement l'album en se disant qu'il fallait vraiment qu'il se décide à contacter Dudley et l'inviter à dîner au Square Grimmaurd comme il se l'était promis depuis longtemps.
Il prit ensuite des cahiers qui constituaient les archives de la famille Potter. Il ouvrit le plus récent et déchiffra les dernières annotations. Il trouva la mention : 27 mars 1960 : Naissance de James Charlus Potter. L'enfant et la mère se portent bien. En dessous, il put lire : 25 juillet 1971 : Arrivée de la lettre de Poudlard de James, puis 15 août 1976 : James obtient 9 BUSE. Suivaient : 15 août 1978 : James Potter obtient 5 ASPIC puis 10 mai 1979 : Mariage de James Potter avec Lily Violett Evans.
Les lignes suivantes, de l'écriture de James, étaient plus tragiques : 23 juillet 1979 : Décès de Euphemia Potter par maladie (variole du dragon), 25 juillet 1979 : Décès de Fleamont Potter par maladie (variole du dragon). Enfin, la dernière entrée mentionnait 28 juin 1980 : Vente de La Sablière.
Harry supposa qu'il était question de la maison familiale des Potter. Pourquoi son père l'avait-il vendue ? N'avait-il plus voulu y vivre après le décès de ses parents ? Il relut la date et comprit : après la révélation de la prophétie, ses parents avaient tout liquidé et mis leurs avoirs à la banque.
Harry resta longtemps à lire et relire la page qui résumait la vie de son père. Puis il se leva et se saisit d'une plume sur le bureau. Il reprit le cahier et ajouta d'une main ferme : 31 juillet 1980 : Naissance de Harry James Potter. Il s'interrompit, inspira profondément puis continua : 31 octobre 1981 : Assassinat de James et Lily Potter par Tom Jedusor alias Voldemort.
Il y avait d'autres mentions à consigner, mais Harry jugea que c'était assez pour cette fois là. D'un coup de baguette il fit sécher l'encre puis referma le livre.
Le soir, Ginny indiqua :
— Luna rentre mercredi et repart dimanche. J'aimerais bien qu'on l'invite à dîner dans l'intervalle.
— On demande aussi à Ron et Hermione de venir ? proposa Harry.
— Oui, excellente idée. Si on demandait à Neville de se joindre à nous ?
— Tu veux reconstituer l'équipe de notre descente au ministère ? remarqua Harry en souriant.
— Nous n'avons pas à avoir honte de ce que nous avons fait ce jour-là. On a fait du bon travail…
Elle s'interrompit en rougissant :
— Désolée, Harry.
Harry avait fait la paix avec le fantôme de Sirius et avait accepté les évènements tragiques qui s'étaient déroulés lors de cette épopée. Il était conscient de n'avoir pas été le seul à avoir commis des erreurs. Il savait désormais que la responsabilité de la mort de son parrain ne pesait pas sur ses seules épaules. Il sourit pour tranquilliser Ginny :
— Nous pouvons être fiers de la façon dont nous avons réagi en nous trouvant face à des Mangemorts aguerris. Aucun de nous n'avait ses BUSE, mais on ne s'est pas dégonflé et on a réussi à les empêcher de prendre ce qu'ils étaient venus chercher. Quand on pense, ajouta-t-il sur le ton de la confidence, que deux d'entre nous n'étaient qu'en quatrième année... il y a quand même des élèves drôlement doués, à Poudlard !
— Tu peux répéter ? Je ne suis pas sûre d'avoir bien entendu.
— Je suis en train de te dire que je suis très fier de la façon dont tu t'es battue contre les Mangemorts, obtempéra-t-il. Tu veux que je le dise une troisième fois ?
— Si tu pouvais l'écrire et le signer, je pourrais le faire encadrer et l'accrocher au-dessus de la cheminée du salon, déclara Ginny d'un ton ravi.
Harry fut dispensé de répondre, car le vieux Kreatur vint desservir leurs assiettes vides pour les remplacer par des coupes de salade de fruits. Ginny attaqua son dessert avec entrain.
— Qu'as-tu fait aujourd'hui ? demanda-t-elle en portant un morceau de poire à sa bouche.
— J'ai regardé les papiers que j'ai trouvés dans le coffre de mes parents.
Sa fiancée s'interrompit et reposa sa fourchette.
— Ce n'était pas trop dur ?
Harry mit plusieurs secondes à poser des mots sur ce qu'il ressentait.
— Ça fiche un drôle de coup, mais je pense que j'en ai besoin aussi. C'est formidable de savoir ce que mes parents ont vécu avant ma naissance. J'ai retrouvé plein de lettres… J'ai encore à lire toutes celles de mes grands-parents.
— C'est merveilleux, assura Ginny. J'espère que tu apprendras des secrets inavouables.
— Hein ?
— Mais oui, ces situations embarrassantes ou tragiques qu'on se raconte de génération en génération. Tu sais, comme le Sinistros que mon oncle Billius a vu la veille de sa mort ou bien moi qui devenais muette en ta présence quand j'étais gamine.
— Je n'ai jamais entendu ça à propos de toi, assura Harry.
— Ça commence à ressortir, maintenant que tu as enfin demandé ma main.
— Comment ça, « enfin » ? s'offusqua Harry. J'attendais d'avoir le droit de le faire !
— Je sais, mais je me suis rendu compte dernièrement que ma famille l'ignorait. Ne t'en fais pas, j'ai rétabli la vérité auprès de maman, et maintenant tout le monde sait combien tu as été patient et honorable.
Harry n'avait jamais imaginé que les Weasley puissent lui reprocher d'avoir mis autant de temps à officialiser sa relation avec leur benjamine. Lui non plus n'avait pas jugé bon d'expliquer leur position à Ginny et lui. Il ignorait avoir vécu aussi dangereusement.
Son regard tomba sur la main de la jeune femme, ornée de la bague qu'il lui avait donnée.
— Tes copines l'ont admirée en poussant des petits cris ? demanda-t-il pour changer de sujet.
— Comment tu sais ça ? sourit-elle, laissant supposer qu'il avait deviné juste.
— Alicia vient de se fiancer, lui apprit-il. Toutes les autres se sont penchées sur sa main et ont dit « Oooooooh ! elle est magnifiiiiique ! » d'une voix terriblement aiguë. Owen m'a fait remarquer que les femmes ont un ton spécial pour parler aux bagues et aux bébés.
— Alicia s'est fiancée ? s'écria Ginny. C'est maintenant que tu me le dis ?
— J'avais oublié, admit Harry en haussant les épaules.
— Mais de quoi j'ai l'air, maintenant, dit Ginny d'une voix agacée. Elle doit croire que je la snobe. Il faut que je lui envoie un hibou dès demain matin !
Harry ne répondit pas, sachant que rien de ce qu'il pourrait dire ne le rachèterait. Il la laissa donc terminer son dessert les sourcils froncés, sans doute en train de composer mentalement la missive à expédier. Quand elle eut fini, elle repoussa sa coupe et dit d'un ton plus doux :
— Harry, c'est important pour moi de garder le contact avec mes amis et relations. Je ne veux pas qu'ils croient que je me considère au-dessus d'eux maintenant que je suis fiancée à une célébrité.
— Et que tu es devenue très connue pour tes exploits au Quidditch, rappela-t-il ayant à cœur de la persuader qu'elle avait gagné son pari.
Au lieu de se montrer fière de ce constat, elle eut une petite grimace :
— Ça fait beaucoup pour une même personne, non ? Je ne sais pas si c'était une si bonne idée que ça. J'aurais mieux fait de rester anonyme et…
— Ginny, gémit Harry. C'est trop tard et puis tu adores ce que tu fais.
— C'est vrai, mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas eu tort.
— Tu te poses trop de questions, affirma-t-il. Crois-moi, si j'avais davantage réfléchi, je n'aurais pas fait un quart de ce que j'ai accompli.
Ginny le contempla un moment d'un air pensif avant de remarquer :
— Harry, fais-moi plaisir : évite de révéler ça au grand public. Je suis sûre que les gens préfèrent ne pas le savoir !
Le lendemain était un dimanche, et ils se retrouvèrent chez les Weasley. Alors que Molly servait le café, Bill prit la parole et annonça très fier de lui :
— Fleur et moi avons une très bonne nouvelle. Dans sept mois, Victoire aura un petit frère ou une petite sœur.
Il y eut des exclamations de joie et tout le monde se leva pour féliciter les heureux parents ainsi que la future grande sœur. Alors que Fleur sortait de la solide embrassade de Molly, la voix de Teddy s'éleva :
— Dis, Grand-mère, je pourrais avoir un petit frère, moi aussi ?
Les sourires se figèrent. Andromeda accusa le coup et ouvrit la bouche d'un air désolé. Mais Ginny la prit de vitesse en se penchant vers l'enfant et lui promettant gentiment :
— Quand Harry et moi aurons un bébé, il sera ton petit frère ou ta petite sœur. Je compte sur toi pour lui montrer le bon exemple et le surveiller pour qu'il ne fasse pas de bêtise.
Teddy bomba le torse comme s'il s'imaginait déjà investi de cette responsabilité. Il se tourna vers Harry et précisa d'un ton sans réplique :
— Je préférerais un petit frère pour commencer.
— Je ferai de mon mieux, promit Harry le plus sérieusement possible.
— Je pense qu'un peu de champagne nous fera du bien, conclut Arthur.
Les jours suivants, Harry et Ginny terminèrent d'explorer le coffre des Potter. Ils visionnèrent de nombreuses photographies et croquis, amusés de retrouver les traits de Harry dans les portraits de ses aïeux.
— Quand je vois que cela fait plus de deux cents ans que vous êtes mal coiffés, je me dis que ce n'est pas la peine que je me fatigue à trouver un sort pour discipliner ta tignasse, remarqua Ginny.
— Tu ne l'aimes pas ? s'étonna Harry. J'ai toujours l'air de descendre d'un balai, ça devrait te plaire en tant que joueuse de Quidditch.
— J'ai plutôt l'impression que tu sors de ton lit, objecta Ginny. D'accord, admit-elle, cela évoque des moments bien agréables, mais je ne suis pas enchantée à l'idée que d'autres que moi puissent imaginer t'avoir surpris dans ta chambre à coucher.
À cette idée Harry passa une main dans sa chevelure pour tenter de l'aplatir, mais le rire de Ginny lui indiqua que c'était en pure perte.
Il y avait des livres de comptes qui leur permirent de déterminer la date d'acquisition du service de vermeil que Harry avait vu dans le coffre de la banque : c'était pour le mariage des grands-parents paternels de James.
— Tu as remarqué, dit Harry en pointant la facture collée sur le registre, ils l'ont acheté aux gobelins.
— Ça doit être beau, alors.
— Je n'en sais rien, je n'y connais rien en vaisselle. D'après Bill, il n'est pas mal. On l'utilisera pour notre mariage si tu veux.
— Je verrai, répondit Ginny, et Harry comprit qu'elle avait bien l'intention de contrôler tous les aspects de la cérémonie.
Ils retrouvèrent également trace de l'acquisition de la bague de fiançailles de Ginny : elle avait été offerte par Fleamont à Euphemia. Quand Ginny en découvrit le prix, ses yeux s'écarquillèrent :
— Je ne devrais peut-être pas la porter, s'écria-t-elle.
— À quoi ça servirait de l'avoir si on ne la met pas ? remarqua Harry. Déjà que tu la laisses ici quand tu vas à Holyhead.
— J'ai trop peur de la perdre ou de l'abîmer là-bas.
— Je comprends bien. Mais ça me fait plaisir de la voir à ton doigt quand on est ensemble.
Ginny abandonna le sujet et se saisit du cahier d'archives. Avec Harry, elle lut les chroniques familiales qui commençaient en 1650. Au début, ils peinèrent à déchiffrer la graphie ancienne dont l'encre avait pâli. Ils suivirent les naissances, mariages, décès et les réussites les plus marquantes. Enfin, ils arrivèrent aux mentions concernant James. Ginny lut d'une expression émue les ajouts de Harry et dit d'une voix tremblante :
— Tu n'as pas mis tes BUSE ni tes ASPIC.
Il alla prendre de quoi écrire et indiqua ses résultats scolaires.
— Tu devrais parler de Voldemort aussi, continua-t-elle fermement.
— Je ne suis pas sûr…
— C'est pour tes enfants et petits-enfants, Harry. Avec ce qu'il y a marqué plus haut, ce sera important pour eux de le savoir.
— Mais que veux-tu que je mette ? Le grand Harry Potter tue Voldemort ?
Elle réfléchit un instant puis proposa :
— 2 mai 1998 : Lors de la Bataille de Poudlard, Voldemort est tué dans un combat singulier contre Harry Potter.
Harry hésita un moment puis inscrivit la phrase en s'appliquant. Il inspira ensuite un grand coup et ferma le cahier en précisant :
— La prochaine entrée, ce sera notre mariage.
— J'y compte bien, assura Ginny en le prenant dans ses bras.
Ils restèrent l'un contre l'autre un instant en silence, savourant leur proximité et la tendresse qu'ils échangeaient. Se souvenant la conversation qu'ils avaient eue des mois auparavant après la réunion avec leurs anciens amis de Quidditch, Harry demanda doucement :
— Tu as mis tes souvenirs de Fred dans ma Pensine ?
— Oui, souffla Ginny. Tu veux les voir ?
Harry n'en avait pas très envie, ne se complaisant pas dans cette atmosphère émotive, mais il sentit le besoin de sa fiancée de les partager avec lui.
— Si tu veux, accepta-t-il.
Ils sortirent la bassine de pierre et plongèrent dedans ensemble. Harry laissa Ginny le conduire et il constata qu'elle se déplaçait avec aisance dans les différents souvenirs. Elle avait dû venir plusieurs fois pour acquérir une telle maîtrise. Enfin, il se retrouva au milieu d'un repas au Terrier. Ce devait être les vacances, car tous les enfants Weasley étaient là. Les jumeaux étaient adolescents et Ginny avait une dizaine d'années.
Les jumeaux ! Harry eut un coup au cœur en les voyant discuter avec les autres membres de la famille, l'un commençant une phrase, le second la terminant, se donnant la réplique comme s'ils avaient écrit à l'avance leur dialogue burlesque. Il réalisa combien ils lui manquaient. Non seulement Fred, mais aussi George, celui qui avait définitivement disparu avec son frère.
Il songea combien cette osmose, qui aurait pu les couper de leur entourage, était généreuse et tournée vers autrui. C'étaient eux qui l'avaient spontanément aidé à monter sa malle dans le Poudlard Express, qui lui avaient donné la carte du Maraudeur, qui l'avaient soutenu contre Ombrage en organisant le chahut dans l'école.
Savoir que cette force vive avait définitivement disparu le frappa durement. Il tira Ginny vers l'arrière. Quand ils reprirent pied dans le présent, elle le dévisagea et parut effrayée par son expression :
— Ça va Harry ? Je suis désolée, je ne pensais pas que cela te secouerait à ce point.
Il ne put répondre et l'entraîna vers le lit pour qu'ils s'y asseyent. Elle s'installa sur ses genoux et murmura :
— C'était douloureux pour moi la première fois, mais, maintenant, cela me réconforte de les voir si heureux. Je me dis que la vie de Fred a été écourtée, mais qu'il en a bien profité.
— Et George ? parvint à demander Harry.
— Il va de mieux en mieux, positiva Ginny. Il a son magasin, il a Angelina. Il réapprend à rire.
Harry nota que, malgré son ton enjoué, elle avait les yeux bien trop brillants.
Neville, Luna, Ron et Hermione étaient libres ce vendredi-là et arrivèrent vers sept heures pour le dîner. Ils prirent l'apéritif dans le salon avant de descendre manger à la cuisine. Durant le repas, Luna leur raconta ses voyages. Elle avait été dans maints endroits reculés sur les cinq continents et avait croisé presque tout le bestiaire décrit dans le livre des Animaux fantastiques qu'ils avaient eu en classe. Fascinés, ils lui laissèrent la parole jusqu'au dessert.
— Tu rencontres souvent des Moldus ? s'enquit Hermione quand ils eurent épuisé leurs questions sur le sujet.
— Dans les étendues sauvages quand je vois une maison, je ne me demande pas si elle est sorcière ou non. Je frappe à la porte et je tente d'acheter de la nourriture et de trouver un toit s'il pleut trop fort, répondit Luna.
— Et toi, comment es-tu habillée ? l'interrogea Hermione.
— Bottes, veste et pantalon en peau de dragon, cape en laine de lama. Ça passe sans problème.
Harry essaya d'évaluer ce que devaient en penser les Moldus et renonça. Luna était du genre inimaginable, de toute façon. Alors qu'ils savouraient leur tarte à la mélasse, Ginny proposa :
— On pourrait sortir dans un bar, ce soir.
— Côté moldu, alors, exigea Harry. Histoire d'éviter qu'on nous dévisage tout le long.
— Chez les Moldus ! s'étonna Neville. Quelle drôle d'idée !
— Tu n'y vas jamais ? demanda Harry.
— Non, que voudrais-tu que j'y fasse ?
— Y chercher des plantes, par exemple, imagina Ginny.
— Mes fournisseurs sont tous sorciers. S'ils s'approvisionnent en dehors, je n'en sais rien.
— Eh bien, il est temps de faire ton éducation, décréta Hermione. Pour commencer, on va t'habiller correctement.
Elle métamorphosa la robe du jeune homme en jeans et sweat-shirt. Il se contempla, consterné :
— Comment peut-on marcher avec un pantalon aussi serré ? gémit-il. Vous trouvez ça normal, vous ?
— Mais oui, affirma Ginny. Et ça te fait une silhouette très avantageuse, ajouta-t-elle en lorgnant le bas de son dos.
— Dis donc, tu n'es pas supposée me regarder là, se rebiffa Neville. Fais quelque chose, Harry.
— Qu'en penses-tu, Luna ? interrogea Harry, entrant dans le jeu de son amie.
— Intéressant ! répondit la naturaliste en reluquant à son tour l'endroit en question et hochant la tête d'approbation.
Tandis que Neville la contemplait se demandant ce qu'il devait comprendre, Luna transforma ses vêtements et se retrouva accoutrée d'une manière qui n'était pas sorcière, mais pas réellement moldue non plus. Très Luna, pensa Harry. Et tout ce qu'il y a de seyant, considéra-t-il en détournant les yeux.
Ron et Hermione métamorphosèrent à leur tour leurs habits pendant que Ginny et Harry se changeaient rapidement, puis ils entraînèrent Neville au-dehors. À quelques rues de là, Harry connaissait un pub où la musique tonitruante leur permettrait de parler librement. Si le botaniste examina sa bière moldue avec circonspection, Luna contemplait sa demi-pinte avec gourmandise.
Ron leva son verre.
— On porte un toast ? proposa-t-il.
— Oui, à tout ce que nous pouvons encore accomplir ! lança Hermione.
— À tout ce que vous m'avez aidé à accomplir ! soumit Harry.
— À la beauté du monde, fit Luna
— À nos rêves et à nos passions, dit Ginny quand ce fut son tour.
— À ce qui nous a réunis, compléta Neville.
— À l'amitié, conclut Ron.
Leurs chopes tintèrent.
La conversation roula ensuite sur les expériences partagées :
— Vous vous souvenez du monstre à trois têtes qu'on a rencontré en première année ? demanda Neville. J'en ai rêvé pendant des semaines.
— Ah oui, s'écria Ron. Malefoy avait tendu un piège à Harry en lui donnant rendez-vous après le couvre-feu et avait prévenu Rusard.
— Je vous avais dit que c'était un traquenard, rappela Hermione. Mais vous ne m'avez pas écoutée, comme d'habitude.
— Je pense que peu de gens réalisent le calvaire que tu as vécu, ma pauvre, compatit Ginny. Supporter ces deux olibrius pendant sept ans… Et comment êtes-vous passés de Rusard au monstre ?
— En nous cachant dans un corridor, expliqua Harry. Celui qui était interdit, mais on ne s'en est pas rendus compte immédiatement.
— Moi, quand on est entrés dans la pièce, reprit Neville, je l'ai tout de suite repéré. Je ne pouvais plus bouger... Enfin, si, je tirais sur ta manche, Harry, c'est tout ce que j'arrivais à faire...
— Et moi qui ne me préoccupais que de cet idiot de Rusard ! se souvint Harry. Je me demandais ce que Neville me voulait.
— Et ne parlons pas de ma femme qui a trouvé le temps de remarquer une trappe entre les pattes du chien, alors que ses crocs étaient notre danger le plus immédiat, renchérit Ron. J'ai toujours pensé qu'elle avait un sens des priorités particulier.
— Ce n'est pas courant les chiens à trois têtes ! fit Ginny impressionnée tandis que son frère recevait un coup de coude de sa douce moitié.
— C'est Hagrid qui l'avait élevé, expliqua Harry.
— Ah, rien de surprenant alors ! convint-elle.
— On en trouve dans les montagnes de Mandchourie, précisa Luna.
— Et comment vous en êtes-vous sortis ? reprit Ginny qui s'inquiétait rétrospectivement pour ses amis.
— En courant très vite, il me semble, répondit Harry. Tiens, en parlant de notre première année, je ne t'ai jamais remercié de m'avoir permis de devenir attrapeur de l'équipe, Neville.
— Hein ? Mais je n'ai rien fait pour ça ! s'étonna son camarade.
— Mais si, c'est en voulant empêcher Malefoy de prendre ton rapeltout que je me suis fait remarquer par McGonagall.
— C'est grâce à ma grand-mère, alors, sourit Neville. C'est elle qui me l'a donné.
— Je lui enverrai un mot, plaisanta Harry. T'ai-je déjà dit qu'à chaque fois que j'ai l'occasion de la croiser elle me dit combien elle est fière de toi ?
— C'est gentil de m'en faire part. Généralement, son meilleur compliment est de me rappeler que j'aurais pu être Auror comme mes parents.
— Mais tu as fait plein de choses que n'ont pas fait tes parents, s'insurgea Ginny. Comme être à la tête de la révolte des étudiants de Poudlard et tuer l'animal de Voldemort.
— Je n'ai pas été tout seul à Poudlard, minimisa Neville. C'est même toi qui as eu l'idée de monter un groupe de résistance.
— C'est toi qui l'as continué quand Luna et moi ne sommes pas revenues après les vacances, lui rappela-t-elle.
— Je n'avais pas le choix, dit modestement Neville.
— Il faut que je t'avoue que je n'ai jamais eu l'intention de prendre la tête de votre révolte, révéla Harry en le regardant dans les yeux. Je me concentrais sur Voldemort et je ne me sentais pas de taille à m'occuper du reste.
Neville réfléchit un moment avant de répondre :
— Tu n'étais pas sur place et tu ne pouvais pas réaliser à quel point Poudlard était un lieu stratégique. Il y avait beaucoup de personnes dans cette école qui te connaissaient vraiment et qui ne pouvaient pas croire ce qu'on racontait sur toi. Les Mangemorts savaient que s'ils ne nous mataient pas tout de suite, ils se retrouveraient avec un bon nombre d'insoumis qui ne lâcheraient pas le morceau.
— Justement, Neville, si on avait perdu ce jour-là, ça aurait été irrattrapable.
— Si on avait trop attendu, il n'y aurait plus rien eu à rattraper. C'est pour ça qu'une fois sur place, il était impensable que tu repartes sans donner de directives.
Harry considéra Neville :
— Heureusement que nous avions un tacticien à Poudlard, sourit-il.
— Oh, tu exagères, dit modestement le botaniste. Mais puisqu'on en parle, j'aimerais te poser une question : qu'est-ce que tu as fait exactement pendant toute cette année ? Tu n'es pas obligé de me répondre, ajouta-t-il précipitamment.
Harry se dit que son ami méritait de le savoir. Il se pencha vers lui et expliqua à voix basse :
— Voldemort avait mis des bouts de son âme dans un certain nombre d'objets qu'il m'a fallu trouver et détruire avant de m'attaquer à lui. Tu m'as donné un sérieux coup de main en te chargeant du dernier.
— Le serpent ? s'étonna Neville.
— Oui. Tu as fait un boulot d'Auror ce jour-là en anéantissant une source dangereuse de magie noire. Dommage qu'on ne puisse pas le dire à ta grand-mère, hein ?
Neville sourit :
— Ce serait encore pire si elle le savait. Rien que pour ça, je te promets de ne révéler à personne ce que tu viens de m'apprendre !
Ils continuèrent à parler du bon vieux temps : leur épopée au ministère, leur guerre contre Ombrage, les terribles cours du professeur Rogue. Malgré les sinistres évènements qu'ils avaient traversés, cette évocation leur arracha des fous rires et un étonnement rétrospectif sur les capacités dont ils avaient fait preuve en dépit de leur jeune âge.
Ils se quittèrent, enchantés de leur soirée, bien déterminés à recommencer dans un proche avenir.
ooOoo
J.K. Rowling, Pottermore :
o Les grands-parents de Harry sont Fleamont et Euphemia. Ils sont morts après le mariage de James emportés par la Variole du Dragon.
De vous à moi : Que c'était bon de vous retrouver ! Merci infiniment pour votre chaleureux accueil (le mot est faible).
Merci encore et à samedi prochain.
