Synopsis :
Ma mère est morte, mon père en est devenu Cracmol et moi, j'ai un mage noir qui veut ma peau. Pourquoi ? Parce que je suis l'Elu bien sûr.
Résumé du chapitre précédent :
Après avoir appris de la bouche de Queudver l'emplacement des Potter, Voldemort se rend chez eux, blesse grièvement James et tue Lily. Cependant, son sort se retourne contre lui lorsqu'il s'attaque au plus jeune des membres de la famille.
Chapitre 2 : Piège à Rat et Langue de Vipère
Quand il avait repris ses esprits, Sirius, fou de rage, était parti à la recherche de Peter. Il n'avait aucun moyen de savoir où se trouvait ce gros balourd, c'est pourquoi il se rendit de nouveau dans la vieille bicoque où il avait laissé Peter, pour sa sécurité.
Sur place il n'avait rien trouvé de suspect, sauf ce sentiment entêtant qu'il n'avait su définir la veille. Maintenant que l'adrénaline était redescendue, Sirius découvrit qu'il s'agissait de magie noire, quelqu'un en avait fait ici, lui qui avait été baigné dedans toute son enfance pouvait le sentir.
Il fouilla les lieux, retournant chaque objet, déplaçant les meubles, éventrant le lit et fouillant les vêtements, mais il ne trouva rien. De rage, il pulvérisa tout ce qui se trouvait à portée de main.
Puis il se mit à réfléchir. Si Peter n'avait rien laissé ici, peut-être avait-il laissé quelque chose chez lui. Ayant retrouvé un semblant de calme, le jeune Black sortit d'un pas rapide de la pièce qu'il venait de dévaster, quitta les lieux, puis transplana.
Il refusait de penser à Lily ou à James. Il refusait d'imaginer le regard accusateur qu'il recevrait sûrement. C'était lui qui avait proposé de prendre le petit Peter comme Gardien, c'était à cause de lui.
Lorsqu'il arriva chez Peter, il eut le cœur qui lui remonta dans la gorge. Ce salopard, il pouvait le voir à travers la fenêtre, se prélassant dans un fauteuil près du feu, un verre à la main. Cette vermine, ce petit cloporte, il était là, comme s'il n'avait pas trahi, comme si la mort de Lily ne comptait pas.
Sirius leva sa baguette, les yeux fous, visant le rat à travers la fenêtre. Ce dernier sembla sentir qu'il se passait quelque chose car il jeta un œil du côté de la fenêtre. Son regard accrocha celui de Sirius. Il sembla se décomposer en un instant.
Patmol ne laissa aucune chance à Peter d'esquiver.
« Avada … »
Mais il n'eut pas le temps de finir sa formule, propulsé sur le côté par quelque chose de très puissant. Le sort vert partit dans les airs, frappant le toit qui explosa dans une gerbe de flammes. Sirius roula sur le sol, le souffle coupé avant de se retrouver face à celui qui venait de le plaquer de tout son poids.
« Remus ? »
Le choc que ressentit le jeune homme n'eut d'égal que le regard bestial que lui renvoya Lupin. La lune avait beau n'être pleine que dans une semaine, quand le descendant des Black regardait son ami loup-garou, il avait bien l'impression de se retrouver face à un monstre mythique. Il n'avait pu que déglutir difficilement avant de se faire plaquer au sol avec violence pour la seconde fois.
« TU L'AS TUE ! »
Dans ce hurlement, ce cri presque inhumain, Sirius put sentir la haine, l'incompréhension, le déni, le reproche de son ami, et il fut incapable de répondre, paralysé par les deux billes brillantes qui le fixaient.
« Pourquoi ? Dis-moi pourquoi Sirius ! »
Le réveil fut difficile, il était si bien dans ces draps blancs et chauds, la tête enfouie dans l'oreiller qui, bien qu'un peu rêche, restait très confortable. Il se tourna sur sa droite, gardant toujours les yeux fermés et chercha de la main sa Lily pour se lover contre elle. Mais il ne la trouva pas.
Elle devait s'être levée pour s'occuper de Harry. Oui, c'était ça, elle s'occupait de Harry et allait revenir vite. Il n'avait qu'à se rendormir, quand il se réveillerait elle serait revenue, et il pourrait la prendre dans ses bras.
James se rendormit, un petit sourire aux lèvres, remontant machinalement les couvertures sur ses épaules : il avait un peu froid sans sa Lily quand même …
« NON ! »
Le hurlement fut déchirant, comme une plainte, comme un refus.
« TU MENS ! TU MENS ! PERSONNE NE PEUT VAINCRE LE MAITRE ! PERSONNE NE PEUT VAINCRE MON MAITRE ! »
Le sort partit comme une balle, claquant l'air. Le mangemort s'écroula, se tortillant sur le sol en hurlant.
« Tu mens … » répéta-t-elle les yeux fous alors qu'elle regardait le corps convulser sur le sol.
Personne dans la salle ne disait mot, mais bon nombre s'entre-regardaient. Si le Seigneur des Ténèbres était vraiment mort, beaucoup d'entre eux finiraient à Azkaban …
« Je … Je ne mens pas ! » Haletait-il, tentant vainement de résister au sortilège. « R…regardez la marque ! Elle a disparu ! »
Dans un mouvement de cape, tous relevèrent leur manche. Un silence terrifié s'installa quand ils virent leur bras nu. Sans Seigneur des Ténèbres pour les protéger, le ministère ne mettrait pas longtemps à retrouver leur trace …
Bellatrix regardait son bras d'un air dégouté, une magie aussi puissante que la marque ne pouvait disparaître tant que son créateur était en vie. Pourtant, elle le sentait, elle savait que son maitre était en vie ! Quelque part, affaibli, mais en vie.
« Croupton ! » reprit-elle, se tournant vers un mangemort qui se tenait en retrait. « Tu viens avec moi, nous allons retrouver mon maitre, prends deux hommes avec toi, nous partons dans cinq minutes … »
Bellatrix jeta alors un regard au corps à ses pieds et arrêta son sort.
« Retourne à ton poste, et reste auprès de l'enfant, je veux en apprendre plus sur lui. »
Le mangemort au sol se mit à quatre pattes, tentant vainement de reprendre son souffle. Après un rapide hochement de tête pour montrer qu'il avait compris, il se releva et transplana.
Quand Alice Londubat était venue le voir, des larmes plein les yeux et la lèvre tremblante, Remus s'était écroulé dans son fauteuil. Seule la mort d'un de ses amis les plus proches pouvaient expliquer la venue de l'auror dans sa modeste demeure.
Elle lui avait expliqué que Voldemort avait attaqué les Potter, avait tué Lily, gravement blessé James puis avait disparu, semblant avoir été vaincu par le plus jeune membre de la famille Potter.
Lily. Celle qu'il avait aimée quand il était plus jeune, avant de s'effacer quand il avait vu toute l'affection que lui portait James, était morte. Il n'avait jamais regretté de se retirer, et avec le temps, il avait appris à considérer Lily comme une amie, comme une sœur, comme une Maraudeuse …
Puis tout fut clair. Voldemort l'avait tuée. Voldemort savait où étaient les Potter. Sirius était un traitre.
Avant de laisser le temps à Alice de finir ses explications, il était déjà sur le perron de sa porte, franchissant les limites anti-transplanage et disparaissant dans un CRAC sonore.
La rage au ventre, il réapparut près de chez Peter, il devait prévenir ce dernier, il devait lui faire comprendre que Sirius avait trahi, que Sirius devait mourir.
L'animal en lui n'avait jamais été aussi présent, et l'espace d'un instant, Remus eut l'impression d'être dans la Cabane Hurlante pendant l'une de ses transformations. Le fugace instant où le loup en lui prend le dessus, où la part humaine se retire pour laisser la place aux instincts monstrueux, bestiaux et destructeurs.
Et il le vit, planqué derrière un bosquet, près de chez Peter.
Comment osait-il ? Comment pouvait-il … ?
Remus sentit le loup hurler.
Il vit Sirius lever sa baguette, le visage déformé par la haine. Le loup prit alors le dessus. Remus fonça, courant plus vite qu'un humain ne pouvait le faire.
Il ne laisserait pas un autre de ses amis mourir aujourd'hui. Pas de la main de quelqu'un d'autre en tout cas.
Peter avait finalement quitté le manoir Malefoy, mais ne voulant pas retourner dans cette baraque croupissante où l'avait déposé le cabot pour sa sûreté, il était retourné chez lui, pensant être en sécurité.
Cependant, une heure à peine être rentré chez lui, quand il avait vu Sirius, il avait tout lu dans ses yeux : la haine, la trahison et la mort. Il avait su qu'il était démasqué. Quand il avait vu le bout de la baguette pointé sur lui se mettre à briller d'une lueur verte, il avait cru sa dernière heure venue, incapable de bouger, paralysé par la peur.
Il avait sursauté en voyant Remus plaqué Sirius avec une violence incroyable. Le sort de mort qui lui était destiné partit s'écraser dans les étages de sa maison dans une explosion étourdissante. Ne cherchant pas plus loin, Peter se transforma en rat, fuyant à travers les débris et, une fois qu'il eut atteint les limites des sorts de protection, transplana.
Remus écoutait Sirius parler à toute vitesse, les sanglots rendant ses propos presque incompréhensibles. Mais il comprenait tout. Il relâcha son étreinte sur la gorge de son ami sans se rappeler l'avoir saisi.
Le loup-garou parla alors, retenant du mieux qu'il put les sanglots qui lui vrillaient la gorge.
« Pourquoi Sirius ? Pourquoi ne m'avoir rien dit ? »
Son intonation laissait plus paraître le reproche qu'il ne l'aurait souhaité. Sirius le sentit aussi et regarda son ami avec une honte sans bornes.
« Nous avons été tellement idiots, j'ai été tellement idiot, j'ai cru que tu étais le traitre, j'ai cru que tu nous avais trahi. »
Remus relâcha Sirius et tomba en arrière. Tous deux se regardèrent, des larmes plein les yeux.
« Vous êtes mes seuls amis, vous avez su accepter ma maladie … »
« Ce n'est pas une maladie. » interrompit machinalement Sirius, arrachant un soupir mi-amusé mi-agacé à son ami.
« Quoiqu'il en soit, jamais je n'aurais pu vous trahir, vous représentez tellement pour moi, vous êtes comme une seconde famille et je … je … »
Remus ne parvint pas à finir, la gorge trop serrée. Il baissa les yeux et ne vit pas Sirius se lever puis l'étreindre. Ils restèrent ainsi quelques minutes, dans les bras l'un de l'autre avant que Patmol ne s'écarte, un peu gêné.
Ce fut Lunard qui interrompit le silence.
« Si tu n'étais pas le Gardien alors c'était … »
« Peter. On a voulu bluffer Voldemort, ça s'est retourné contre nous. J'étais à sa poursuite quand tu m'as rattrapé. »
Remus se releva et fixa son ami d'un regard lourd et sombre.
« Tu sais ce que nous devons faire Patmol ? »
La voix était faible, à peine plus forte qu'un murmure.
« Et dire que nous lui avons tout offert … Qu'est devenu le petit Peter qui a donné le meilleur de lui-même pour nous accompagner les soirs de pleine lune ? »
Nouveau silence. Sirius se leva à son tour, répondant d'une voix lente.
« Je crois qu'il est mort il y a bien longtemps … »
« En tout cas, Peter le mangemort doit mourir. » souffla Remus. « A la mémoire de Lily. »
« Et qu'importent les conséquences. »
D'un même mouvement, les deux amis transplanèrent sans se concerter, devinant tous les deux l'endroit où s'était rendu Peter. Ils ne laissèrent aucune trace derrière eux, aucune trace de la promesse funeste qu'ils s'étaient faites de répandre le sang d'un de leurs amis.
« Il faut que nous trouvions l'espion. » Siffla Bellatrix. « Il a donné des informations au maitre, il doit savoir où est notre Seigneur … »
« Mais on ne sait même pas qui est l'espion ! » S'exclama un des trois mangemorts qui l'accompagnaient.
« Silence ! Je sais tout des actions de mon maitre ! Il me dit tout ! Je suis sa préférée ! »
Le mangemort qui avait parlé se ratatina sur place, ne souhaitant pour rien au monde défier cette femme. Dans le silence lourd qui s'installa, Bellatrix se mit à faire les cent pas, les gestes saccadés et violents. Puis, aussi soudainement qu'elle s'était mise à marcher, elle s'arrêta et les fixa tour à tour.
« Je sais où nous devons aller. »
Peter ne savait plus quoi faire, lorsqu'il avait transplané dans une rue sorcière peu fréquentée, il était tombé par hasard sur la une de La Gazette du Sorcier : « Voldemort vaincu par Harry Potter, le Survivant. ».
Son monde s'était alors écroulé. Son maitre vaincu, il redevenait le petit Peter dont tout le monde se moquait. Pire encore, il devenait un traitre aux yeux de tous.
C'est pourquoi il se sentait si perdu. Il n'avait pas l'habitude de prendre des initiatives, généralement c'était James ou Sirius qui se chargeait d'élaborer les plans, lui se contentait de suivre bien gentiment.
Il finit de lire les articles consacrés à la disparition du Seigneur des Ténèbres mais aucune idée ne germa dans sa petite tête durant ce laps de temps. Par désespoir de cause, il transplana devant chez sa mère. Sa chère mère qui le rabaissait continuellement, le comparant à son père, lui disant à quel point ce dernier était cent fois mieux que lui, lui rappelant sans cesse qu'il n'arrivait pas à la cheville de ses amis …
Au moins, elle pourrait toujours lui servir d'otage en cas de besoin. Oui, c'était ça, il devait fuir et ne jamais revenir …
Lorsqu'il transplana devant chez elle, une série de craquements caractéristiques de transplanage retentit à sa suite. Peter dut se jeter au sol pour éviter les nombreux sorts qui explosèrent au dessus de sa tête.
Harry pleurait dans son berceau magique. Il était tout seul. La porte s'ouvrit alors sur quatre sorciers habillés de noir.
« Professeur McGonagall, il faut bien que vous compreniez une chose, il n'est pas sûr qu'il puisse refaire de la magie un jour. »
Un ange passa, apportant avec lui stupéfaction et horreur.
« Vous êtes en train de me dire que, que James Potter est devenu un Cracmol ? »
La tête que faisait la directrice-adjointe aurait pu être cocasse si la situation n'avait pas été si grave. Le médicomage approuva d'un signe de tête puis ajouta d'un ton mécanique :
« Rien n'est sûr pour le moment, nous devons attendre qu'il se réveille. Peut-être pourra-t-il reprendre une vie normale, nous ne savons pas quel est le sort qu'il a reçu, mais il semblerait qu'il ait attaqué l'essence même de sa magie, la désagrégeant comme le ferait de l'acide au contact de la peau. »
Le professeur s'effondra dans son fauteuil, les yeux exorbités, fixant sans le voir le jeune médicomage.
« Bien sûr, avec du repos et l'abolition de la pratique de la magie pendant un long moment, il pourra sans nul doute retrouver l'usage de ses pouvoirs. En revanche, s'il ne relance ne serait-ce qu'un seul sort, il est inutile d'espérer un mieux. »
Le jeune homme, voyant que son allocution n'atteignait plus son auditrice, lança quelques paroles creuses de condoléances avant de se retirer.
Cependant le professeur le rappela.
« Où puis-je trouver l'enfant ? J'aimerais le voir. »
Le médicomage grimaça légèrement, ne semblant pas enclin à indiquer l'emplacement de la mascotte.
« Mr Scorn, dois-je vous rappeler que si vous avez obtenu ce poste, c'est grâce à mes appréciations dans votre dossier ? »
Le ton cassant du professeur McGonagall ramena le médicomage des années en arrière et l'espace d'un instant il ressembla à un élève pris sur le fait. Il sembla alors beaucoup plus enclin à partager ses informations et offrit même le luxe à la vieille femme de l'amener à la chambre spéciale où résidait l'enfant.
Remerciant sèchement le médicomage qui s'empressa de fuir avant de devoir céder devant son ancien professeur, celle-ci entra, avant de se figer.
« Mais, nom de Merlin, qu'est-ce que vous faîtes ! »
Les quatre sorciers en blouse noire qui se tenaient autour du berceau sursautèrent avant de se retourner. L'un deux, plus vieux et plus sec que les autres s'approcha d'elle à grand pas, semblant furieux de l'irruption.
« Nous allons étudier l'enfant que croyez-vous ? » S'exclama-t-il comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle au monde.
« Pardon ? »
Le professeur McGonagall porta une main à son cœur alors qu'elle reculait d'un pas.
« Mais qu'est-ce que vous croyez ? » Intervint un autre des quatre sorciers. « Ce gamin a survécu à un sortilège de mort et ne s'en sort qu'avec une cicatrice sur le front, vous imaginez les avancées de la science magique que cela implique ? »
« Vous n'avez aucun droit de faire ça ! Cet enfant a survécu au Seigneur des Ténèbres et vous êtes là en train de l'étudier comme du vulgaire bétail ! Ca ne se passera pas comme ça. »
Les sorciers échangèrent un sourire sardonique, assez peu impressionnés par la diatribe de la femme.
« Nous avons l'accord du Ministre. » Se vanta l'un d'eux qui agitait lentement sa baguette entre les yeux du bébé. Ce dernier tentait d'attraper la baguette, babillant tranquillement. La seule femme du groupe ricana méchamment.
N'insistant pas plus, la directrice-adjointe repartit, tellement raide que même l'impartiale justice en eut été jalouse. Elle traversa l'hôpital à une vitesse incroyable, se rendant aussi rapidement que possible à l'une des cheminées de communication.
Attrapant à la volée une poignée de poudre de cheminette elle s'écria « Poudlard, Bureau du directeur ! », aussitôt, les flammes virèrent au vert et avant même que les dernières poussières de poudre verte tombent sur le sol, elle tourbillonnait à une vitesse incroyable.
A peine avaient-ils transplané que Sirius et Remus durent se cacher derrière un muret sous la pluie de sorts qui s'abattit sur eux. Comment auraient-ils pu prévoir qu'ils transplaneraient au même endroit que quatre mangemorts enragés ?
Les deux sorciers tentèrent tant bien que mal d'en désarmer un ou deux mais les quatre mangemorts étaient bien trop forts et organisés. Quand Remus se fit frapper par un Doloris, Sirius n'hésita pas : il agrippa la main de son ami et les fit transplaner tous deux.
Une fois les deux sorciers partis, Bellatrix arracha son capuchon et poussa un cri de hargne victorieuse. Son regard s'attarda alors sur la forme tremblante étalée sur le sol : Pettigrow.
Elle l'agrippa par le col et transplana aussitôt, ne tenant pas à rester dans un endroit aussi découvert.
« Remus est-ce que ça va ? »
Ce dernier était engourdi par le Doloris qu'il venait de recevoir mais il n'en montra rien, prenant sur lui, après tout, ses transformations étaient tout aussi douloureuses.
« Tu l'as vu ? » Demanda-t-il plutôt.
Sirius opina avant de répondre.
« Il a été emmené par les mangemorts à l'heure qu'il est, je ne vois pas ce qu'on peut faire de plus pour le moment … »
« Retournons auprès de James, je veux être là quand il se réveillera. »
Sirius pâlit violemment.
« Tu n'as rien à te reprocher Sirius. » Comprit le loup garou.
Seul le silence lui répondit, mais Lunard pouvait voir dans les yeux de son ami qu'il ne l'avait pas convaincu. Sans échanger un autre mot, ils transplanèrent à nouveau.
Le professeur Dumbledore n'avait pas arrêté de la matinée, il n'était que onze heures et il avait déjà eu deux rendez-vous avec le Ministre, une réunion avec quelques membres de l'Ordre et une visite du Commandant des Aurors. Voldemort à peine disparu que déjà des dizaines de sorciers s'étaient rendus au Ministère prétendant avoir été possédé par le Seigneur des Ténèbres.
Albus poussa un profond soupir en s'étirant paresseusement dans son fauteuil, d'un geste machinal il attrapa un bonbon au citron qu'il suçota avec un plaisir enfantin.
« On ne peut pas dire que le Directeur de Poudlard soit très vigoureux … » retentit une voix cassante attirant le regard du vieil homme vers les hauteurs des murs de son bureau. « De mon temps … »
« De votre temps, » coupa Albus d'une voix calme « et encore à ce jour, vous avez été le directeur le plus détesté de toute l'histoire de Poudlard mon cher Phineas. »
Avant que le dit Phineas n'ait pu répondre, une gerbe de flammes vertes sortit de la cheminée privée du directeur de Poudlard. Se relevant d'un geste rapide, Albus se dirigea à grands pas vers son âtre avant d'accueillir d'un sourire chaleureux sa directrice-adjointe. Sourire qui s'évanouit aussi vite qu'il était apparu quand il remarqua l'expression que celle-ci arborait.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » Pressa-t-il.
« Albus, il faut que vous veniez tout de suite à Sainte Mangouste, les médicomages d'élite, ils sont en train d'étudier le petit Harry ! »
Les yeux du vieil homme s'agrandirent sous le choc, et quand il reprit la voix, le professeur McGonagall ne put éviter le frisson qui la parcourut.
« Ecartez-vous Minerva, j'arrive … »
« Réponds vermine ! Où as-tu emmené le maitre ! Dis-nous tout ! »
Peter pleurnichait sur le sol, la sorcière face à lui le terrifiait. Il la connaissait vaguement, elle avait fait sa scolarité à Poudlard en même temps que lui, bien qu'étant un peu plus âgé. Elle lui avait toujours fait peur …
« Parle ! »
Et il parla. Il expliqua ce qu'il avait dit au Seigneur des Ténèbres, comment il avait convaincu Sirius et James, et donna l'adresse à Bellatrix. Celle-ci ne lui jeta pas même un regard, se concertant avec les autres mangemorts sur le plan à suivre pour se rendre à Godric's Hollow sans se faire repérer par les troupes d'aurors qui devaient pulluler.
Peter tomba à genoux, des larmes de rage lui coulant des yeux. Une vermine, c'est tout ce qu'il était pour eux. Cette sorcière, cette Bellatrix, elle lui faisait l'affront de lui tourner le dos, ne le considérant même pas comme un sorcier capable de lui faire du mal. En pareille situation, elle n'aurait jamais fait ça avec Sirius ou James, ou même avec la Sang de Bourbe de Lily …
Quel était l'intérêt de passer du côté des mangemorts si c'était pour être traiter d'une façon encore pire que lorsqu'il était avec ses amis ? A quoi bon tous ses sacrifices si le résultat n'était pas au bout du chemin ?
Un raté. Il n'était qu'un raté.
Quand les deux amis arrivèrent dans la chambre de James, celui-ci dormait toujours paisiblement, apparemment à des centaines de kilomètres des malheurs qui l'entouraient. Ils s'assirent sans bruit, restant juste auprès du jeune homme.
Qu'allaient-ils lui dire ? Comment réagirait-il ? Tant de questions auxquelles ils n'avaient pas de réponse. Cependant, une souleva plus les interrogations que les autres : où était Harry ?
Ce ne fut que lorsqu'une Minerva McGonagall pincée arriva en tenant aussi délicatement que possible le bébé qu'ils eurent le fin mot de l'histoire.
« Etudier ?! » S'insurgea Sirius. « Etudier ?! Mais pour qui se prennent ces sales petits enc … »
« Mr Black ! » S'exclama le professeur.
Celui-ci se tut mais continua de fulminer sur place. Remus quant à lui s'était levé et avait les poings tellement serrés que les jointures de ses mains en étaient blanches.
« Et ensuite ? » Insista Remus. « Que s'est-il passé ? »
Un sourire sardonique s'étala sur le visage du professeur.
« Eh bien … » répondit-elle lentement. « Albus s'en est mêlé. »
Le vieux directeur ne s'était, pour une fois, pas embarrassé des convenances. Il ne s'était pas présenté, n'avait pas pris la peine de demander d'explications et n'avait pas hésité à tirer sur la jeune femme à bout portant – geste somme toute indigne de la part d'un gentleman. Il avait tout de même eu la délicatesse de molletonner le sol avant qu'elle ne s'écroule.
« Cet enfant est sous ma responsabilité jusqu'à ce que son père puisse assurer son rôle. » Avait-il déclarer d'une voix douce et aimable. « Aussi, je vous serais gré de ne pratiquer aucune médecine inappropriée sur ce bambin. »
« V-vous n'avez pas le droit ! » S'était insurgé le médicomage en chef. « Vous … Je vais prévenir le ministre ! »
« Mais faîtes donc mon cher monsieur, je ne doute pas un seul instant que le ministre est au courant de vos agissements, le devrais-je ? »
Le teint du médicomage devint cireux alors que ses collègues le regardaient, outrés.
« Quoi ? Vous voulez dire que le ministre ne cautionne pas ces expertises ?! »
« Oh je puis vous assurer que le ministre ne permettrait jamais que telle chose arrive, » confirma Dumbledore « en revanche, je ne saurais être aussi formel en ce qui concerne les sbires de Voldemort … »
De cireux, le teint passa au rouge puis au violet, puis au blanc. Les deux autres médicomages encore debout – la jeune femme étant toujours fermement maintenue par un sort au sol – se reculèrent précipitamment à la fois du mangemort infiltré que du directeur qui irradiait de puissance.
Avant que le médico-mangemort n'ait pu dire quoi que ce soit pour sa défense, McGonagall le pétrifia et le laissa s'écraser au sol, sans molletonnage.
Peter Pettigrow n'était pas l'être le plus intelligent, ni le plus beau et encore moins le plus courageux. En revanche, il fallait lui reconnaître un instinct de survie indéniable qui lui avait servi à de nombreuses reprises au cours des dernières heures.
C'est pourquoi il avait vite compris qu'il fallait fuir le plus rapidement et le plus loin possible de la folie de cette Bellatrix. Cependant, avant de s'enfuir, il avait eu le temps d'entendre des mangemorts faire des rapports à Lestrange, les aurors tentaient de suivre les traces du Seigneur des Ténèbres.
Il n'était donc pas mort. Il serait donc bientôt de retour.
S'il voulait vivre, il devait revenir dans les bonnes grâces du maitre. Et quoi de mieux que la mort d'un des instigateurs d'une de ses défaites ?
Peter vérifia que personne ne l'observait, se releva et transplana.
Il devait tuer Harry Potter.
« Comment Dumbledore a-t-il su que le médicomage était un mangemort ? » s'étonna Sirius.
« Je n'en ai strictement aucune idée, » avoua McGonagall « toujours est-il qu'il avait bien le tatouage. »
Remus resserra son emprise sur le bébé qu'il tenait dans ses bras puis son regard se porta sur James, toujours endormi.
« Vous êtes sûre qu'il ne pourra plus refaire de magie ? » s'enquit-il.
« Ce n'est pas ce que m'a dit le médicomage, il a supposé que si Mr Potter ne pratiquait plus de magie pendant quelques temps, ses pouvoirs pourraient revenir. »
Sirius hocha la tête en signe de compréhension.
« J'ai attrapé un auror ! »
Bellatrix se retourna d'un seul mouvement, courant presque pour atteindre le mangemort qu'elle fixa d'un regard affamé.
« Personne ne t'a vu ? » Demanda-t-elle d'une voix suave, s'approchant encore plus du mangemort.
« Personne ! » Affirma-t-il.
« Et qui nous as-tu ramené ? »
On pouvait presque entendre le sourire dans la voix du mangemort.
« Franck Londubat. »
Infiltrer Ste Mangouste fut d'une grande simplicité pour Peter, il eut cependant plus de mal à rester discret par la suite, un rat dans un hôpital n'étant que peu commode.
Il mit un peu plus d'un quart d'heure à se rendre jusqu'à la chambre de James dont il avait découvert l'emplacement en écoutant les infirmières discuter de son état. Lorsqu'il entra sous sa forme animagus dans la chambre, il fut désemparé en voyant que le professeur McGonagall était là aussi : il n'aurait eu aucun mal à désarmer deux adversaires dans le dos, trois, c'était déjà une autre affaire. Le bébé avait été posé dans un petit berceau, en face du lit de James.
Contournant le plus discrètement et silencieusement possible les trois occupants, il se retransforma et enchaina aussi vite que le lui permettait ses capacités trois sorts de désarmement.
La surprise joua en sa faveur, car avant que quiconque n'ait réagit, Peter avait trois baguettes supplémentaires dans les mains.
Sirius n'avait rien vu venir, et avant qu'il n'ait pu dire « Poudlard » il était ligoté et désarmé. Peter avait bien fait les choses, aucun d'eux ne l'avait vu, et même Remus n'avait pas senti sa présence.
« Vous voyez ! » exulta Queudver. « Même à trois vous n'êtes plus capables de me vaincre ! »
« Tu nous as attaqué dans le dos espèce de sale petit bonhomme. » grogna Remus. Son grognement ressemblait d'ailleurs plus à celui d'une bête qu'à celui d'un humain.
Peter ne l'écoutait pas, tout à son délire. Il s'approcha alors de Harry, lentement, la baguette levée.
« NE T'APPROCHE PAS DE LUI ! » Rugit Sirius, se débattant de toutes ses forces. « TU N'ES QU'UN TRAITRE PETER ! TU AS DEJA TUE LILY ! TU VEUX EN PLUS LA VIE DE SON FILS ?! »
Peter se tourna vers lui et le bâillonna d'un mouvement de baguette avant de se retourner vers Harry. Le professeur McGonagall étouffa un cri, détournant les yeux. Il leva sa baguette, la pointa sur la tête du bébé, à l'endroit même où une fine cicatrice en forme d'éclair zébrait le front enfantin et …
« Avada Kedavra ! »
La pièce s'illumina d'une lueur verte.
Albus Dumbledore avait un mauvais pressentiment : quelque chose n'allait pas. Lorsqu'il avait appelé les aurors pour leur remettre le mangemort, il avait intercepté une brève discussion à voix basse, l'un d'eux s'étonnait du départ prématuré d'un des leurs.
Quand l'auror lui avait demandé de quelle façon il avait pu deviner que le médicomage était en réalité un mangemort, il n'avait répondu que d'un petit « la vieillesse a l'avantage de la connaissance sur l'impétuosité de la jeunesse », le type de phrase déstabilisante qu'il adorait lancer quand il était dans ses pensées et qu'il ne souhaitait pas répondre sérieusement.
L'auror haussa les sourcils, avant de secouer la tête, comprenant visiblement qu'il ne parviendrait pas à tirer quoi que ce soit du vieux manitou.
Il ne lui avait pas été difficile de démasquer le mangemort, le Ministre n'aurait jamais appuyé une telle demande sans son aval, et encore moins sans lui en avoir parlé. En revanche, les quelques mangemorts extrémistes qui subsistaient et qui tentaient de comprendre ce qui était arrivé à leur maitre en était tout à fait capables. Il se fustigea d'ailleurs mentalement de ne pas avoir fait plus surveiller Harry.
C'est pourquoi il le confia à Minerva, lui demandant de le garder auprès de son père et les amis de celui-ci et lui assurant qu'il passerait les voir lorsqu'il aurait terminé ce qu'il avait à faire. Une fois sa directrice-adjointe partie, il se rendit à la volière pour envoyer un petit hibou au ministre afin de lui indiquer que des mangemorts avaient tenté d'utiliser son influence.
Cela lui prit plus de temps que prévu étant donné le bazar impressionnant qui y régnait. Tout le monde se réjouissait, se félicitait de la « mort » du Seigneur des Ténèbres et il était difficile d'accéder à un hibou.
Prenant un bonbon au citron, Albus se rendit finalement jusqu'à la chambre de James. Ce n'est qu'en arrivant à la porte de celle-ci, lorsqu'il entendit prononcer le sort mortel et qu'il vit la lueur verte caractéristique filtrer à travers le bas de la porte qu'il comprit d'où lui venait son mauvais pressentiment.
Il dormait si bien … Qui pouvait faire tout ce bruit ? A travers la brume apaisante qui l'entourait il pouvait vaguement sentir l'agitation.
« TU N'ES QU'UN TRAITRE PETER ! »
Peter ? Un traitre ? Ridicule.
« TU AS DEJA TUE LILY ! »
Lily … Morte ? Non … C'était idiot. Il devait rêver, oui c'était un mauvais rêve …
Pourtant …
Pourtant, Lily n'était toujours pas revenue. Son lit était toujours désespérément vide et froid. Ce lit, qui n'était d'ailleurs pas le sien, mais qui lui était vaguement familier, comme cette odeur ambiante qu'il connaissait aussi …
L'odeur d'un hôpital. Que faisait-il à l'hopitâl ?
Tout lui revint alors : Voldemort les avait attaqué. Mais si Voldemort avait pu venir chez eux, c'est que Peter avait donné l'adresse. Peter, son ami, son ami le traitre.
Ses yeux marrons s'ouvrirent alors, l'esprit clair, incisif, il comprit la situation, son fils était en danger. Se redressant aussi vite qu'un cognard siffle l'air, il sentit l'adrénaline se répandre dans ses veines à l'urgence du moment. D'une magie instinctive, sa baguette posée sur la table basse à sa droite vola dans sa main. Bien que ne portant pas ses lunettes, sa vue fut plus perçante qu'à l'accoutumée lorsqu'il pointa son artefact sur le cœur de l'homme, du traitre, de l'assassin.
Son bras ne trembla pas lorsqu'il annonça d'une voix forte, expulsant toute la magie et la volonté dont il disposait :
« Avada Kedavra ! »
Le sort frappa Peter en pleine poitrine. Celui-ci flotta une demi-seconde avant d'aller s'écraser contre le mur. Mort.
James s'effondra, terrassé à la fois physiquement et émotionellement. Quelque chose avait disparu en lui, ne laissant qu'un sentiment de manque.
