Deuxième partie
Chapitre 1
Palais de Enki.
Enki était satisfait. Son plan touchait à la perfection. Ses pions posés sur un gigantesque échiquier se mouvaient à sa guise. Dès le début Enki avait pensé que les personnes déportées devaient être heureuses d'être sur cette belle planète. Il ne fallait en aucun cas que des désirs de rébellion viennent gâcher un si beau projet. C'est alors qu'il eut l'idée de modifier légèrement le taux d'oxygène de façon à induire un manque. Et pour corriger ce manque quoi de mieux que d'imposer aux habitants une piqûre d'un composé de sa fabrication , contenant naturellement de l'oxygène mais aussi des composants induisant une perte de la mémoire des évènements antérieurs à la venue sur la planète. Il suffisait lors de l'arrivée des étrangers de les faire passer par un service spécialisé de l'hôpital où on leur fabriquerait de faux souvenirs de destruction de leur planète d'origine par les Goa'ulds. Un jeu d'enfant pour un Dieu comme Enki.
Tout fonctionnait à merveille. Les habitants de la planète travaillaient, avaient des métiers intéressants qui leur procuraient un salaire, une existence heureuse. Mais Enki n'était pas un philanthrope. Cela n'avait qu'un but, la gloire et la puissance pour lui seul.
A quelques kilomètres de la capitale Eridu se trouvait le gisement de naquadah le plus important de toute la planète. Tout y était mécanisé. De puissances machines extrayaient le minerai. De nombreux ouvriers y travaillaient mais dans des conditions saines. Ils portaient tous des masques quand ils étaient en contact avec les poussières nocives. Aucun risque de maladie, les ouvriers étaient bien traité, bien nourris. Tous les soirs ils rentraient chez eux retrouver leur famille dans la capitale ou dans des villages voisins.
Enki possédait la mine la plus fructueuse de toute la galaxie. Grâce aux scientifiques qui travaillaient pour lui dans de nombreux laboratoires, le naquadah était exploité au maximum de ses possibilités. Rien n'était laissé au hasard. Les filons de naquadah n'étaient pas les seuls minerais présents dans le gisement. D'autres étaient exploités, rien n'était perdu, tout contribuait à faire de Enki le Dieu le plus riche et bientôt le plus puissant.
Entourés de quelques gardes pris parmi des plus fidèles sujets, Enki aimait se promener dans sa capitale. Il admirait son œuvre, il aimait les saluts que lui dispensaient les gens dans la rue. Ce n'était pas des prosternations provoquées et sans valeur, mais des sourires et des saluts de reconnaissance. Le peuple l'adorait, d'une façon spontanée et naturelle. Chaque fois que Enki sortait de son palais, la foule s'amassait et l'acclamait.
Enki était fin psychologue, il savait que devenir un tyran n'apportait que la crainte et la révolte, la méthode douce était beaucoup plus efficace. Et puis il était patient, très patient. Mais petit à petit il se construisait une flotte avec des pièces détachées venues de diverses usines de la planète. Il augmentait progressivement le nombre de ses jaffas. Il ricanait en pensant aux terriens qui travaillaient pour lui, en particulier le major Samantha Carter, une scientifique hors pair. La meilleure pour l'instant parmi les terriens qu'il avait enlevés.
Il répondait aux saluts de la foule par de petits gestes de la main. Il adorait ce genre de sortie, son ego s'en trouvait satisfait et il bénissait son intelligence qui allait faire de lui le Goa'uld le plus puissant de la galaxie. Il préparait quelque chose de gigantesque à la barbe des grands maîtres, qui n'en verraient que du feu, lorsqu'il déclencherait la grande offensive.
Chapitre 2
Base de Cheyenne Moutain.
Le général Hammond, fatigué avait enfin pu prendre sa retraite. Le président avait donné son accord à condition que celui-ci restât en disponibilité au cas où.
Hammond empaquetait ses dernières affaires et s'apprêtait à quitter ce bureau où il avait transpiré sang et eau, à s'inquiéter, à prendre des décisions vitales pour le sort de la planète. Une activité qui l'avait ruiné peu à peu. Il avait hâte de tourner la page. Ceux qui auraient pu le retenir , avaient disparu depuis plusieurs mois, morts sans doute.
Personne ne le saura jamais pensa Hammond avec tristesse.
Teal'c avait été intégré à SG3 sous les ordres du colonel Reynolds. Il avait confié à celui-ci son secret espoir de retrouver ses amis. Reynolds était un homme d'honneur, il trouvait qu'on avait enterré un peu vite SG1 sans beaucoup les chercher. Il autorisa Teal'c au cours des différentes missions, à poursuivre ses recherches. Jusqu'à présent elles n'avaient pas abouti.
Une petite fête très simple fut organisée pour le départ à la retraite du vieux général. Il dit quelques mots émouvants et ne put s'empêcher d'évoquer le colonel O'Neill, le major Carter et le professeur Jackson, qui manquaient à tous les anciens de la base. Il fut très applaudi.
Son remplaçant arriva le lendemain.
C'était un homme de haute taille, très maigre, les cheveux en brosse, un regard sévère. Le militaire pur et dur.
-Je vous présente le général Allistair avait dit Hammond, obéissez lui comme vous le faisiez avec moi.
Les deux généraux se serrèrent la main et Hammond prit lentement le chemin des ascenseurs qui le conduisirent à la surface.
Chapitre 3
Planète Eridu
Jack se réveilla en sursaut, trempé de sueur, nauséeux et le cœur battant la chamade. Il se leva doucement pour ne pas déranger Sam qui dormait.
Il alla se plonger la tête dans l'eau froide du lavabo pour essayer de s' éclaircir les idées. Qu'avaient-ils fait ? Comment avaient-ils pu se laisser manipuler à un tel point ? Jack avait honte de lui. Tellement lucide et méfiant d'habitude il s'était fait avoir comme un bleu, n'avait eu aucune méfiance, aucune inquiétude. Il avait tout gobé, et prit pour argent comptant cette histoire de destruction de la Terre par les Goa'ulds.
Il s'assit lourdement sur le canapé, et se passa la main dans ses cheveux humides. De l'autre côté de la porte dormait Sam, l'amour de sa vie. Son cœur se crispa comme en proie à une griffe acérée. La douleur était telle, qu'il dut se lever, et marcher silencieusement dans la pièce. Surtout ne pas la réveiller, qu'il n'ait pas à la prendre dans ses bras. Plus jamais… La douceur de ses lèvres, sa peau si tendre, ses caresses sublimes, plus jamais… et cet enfant. Jack se sentit rempli de colère, d'une rage destructrice contre ce maudit Enki, un Goa'uld bien sûr, mais tellement différent des autres qu'il n'en avait vu que du feu.
Daniel avait fait son enquête, Enki étant le roi de la planète, il avait une biographie officielle, qu'il n'eut aucun mal à trouver. Soi disant natif de cette planète, il avait succédé à son père dix ans plus tôt, on y louait son courage et sa grandeur d'âme pour faire de sa planète un endroit agréable pour son peuple.
Naturellement tout cela n' était qu' un ramassis de mensonges pensa Jack. Il avait endormi la méfiance des habitants en leur faisant croire n'importe quelle histoire susceptible de le servir et d'asservir son peuple.
Pour la première fois de sa vie Jack était désemparé. Il savait où était son devoir, mais comment l'accomplir ? Aurait-il la force de renoncer à Sam ? Et la jeune femme qui avait encore une fois tout oublié grâce à sa récente piqûre ne lui faciliterait pas la tâche, il en était certain.
Il regarda sa montre : 4 heures. La nuit était encore noire sur Eridu. Il décida de courir un peu pour évacuer la tension et cette insupportable souffrance.
Il parcourut très vite les premiers kilomètres, l'air frais fouettait son visage lui faisait un bien fou. Il s'arrêta pour s'asseoir sur un banc et récupérer un peu. Quand il rentra il avait la tête vide et sans même prendre une douche il s'endormit comme une masse sur le canapé du salon.
Ce fut ainsi que le trouva Sam quand elle se leva. Il dormait mais son visage n'était pas reposé, une grande ride lui barrait le front et son sommeil était agité. Elle passa la main sur son front, il était trempé de sueur.
-Jack murmura t-elle.
Il s'éveilla, repoussa sa main brusquement et grogna quelque chose qu'elle ne comprit pas puis s'engouffra dans la salle de bain, laissant Sam, désemparée au milieu du salon.
-Jack ! redit-elle.
Elle était au désespoir !
Jamais il ne s'était levé sans l'embrasser, la prendre dans ses bras, lui murmurer des mots doux au creux de l'oreille. Là il l'avait repoussée !
Le cœur de Sam se serra, elle ne comprenait pas. Sous le coup de ses émotions son enfant bougea et lui donna des coups de pieds. Elle dut s'asseoir pour reprendre son souffle.
Il sortit en peignoir, dont il s'était enveloppé soigneusement et sans un regard pour elle, il s'enferma dans la chambre et reparut quelques instants après, tout habillé.
-Jack redit Sam d'une voix plus ferme, qu'est ce qu'il se passe ?
Il s'arrêta et la regarda et il dit simplement ces mots :
-Je me souviens de tout.
Son regard était terrible. Elle s'approcha de lui mais ne le toucha pas, il semblait sur la défensive et Sam ne voulait pas risquer de se faire rabrouer de nouveau. Elle mit les mains derrière le dos, cela projeta son ventre en avant, inconsciemment elle mettait son enfant en avant comme pour bien lui faire comprendre que quoiqu' il se passât c'était la chose la plus importante qui venait de leur arriver, leur enfant. C'est ainsi que Jack comprit le mouvement de Sam. Cela rentra dans son cœur comme une aiguille, et lui tordit les entrailles. Elle était si belle ainsi, ses longs cheveux dénoués flottant sur ses épaules, les yeux légèrement écarquillés, les lèvres tremblantes comme si elle allait pleurer. Il ne put s'empêcher de la prendre dans ses bras.
-Oh Sam… murmura t-il.
-Que se passe t-il Jack, le supplia t-elle, dis- moi !
Tout en la soutenant ils vinrent s'échouer sur le canapé.
-Tu ne te souviens de rien ?
-Je me rappelle tout ce que nous avons fait et dit avec Daniel et Sarah, mais ce ne sont pas mes souvenirs, tu comprends ce que je veux dire ? Cela ne m'évoque rien de plus.
-Oui, je comprends. Ecoute Sam, ce que je vais te dire va être très difficile à comprendre et à accepter, mais il faut que je le fasse.
Elle hocha la tête, la gorge soudainement serrée. Elle avait le pressentiment que ce qu'allait lui dire Jack allait changer à jamais le cours de leur vie.
-Nous n'appartenons pas à ce monde, nous ne devrions pas être là. Enki nous a enlevés comme tous les terriens et a mis dans nos têtes de faux souvenirs de destruction de la Terre. Il nous a donné une vie agréable juste pour le servir. Tout le travail que nous faisons a trait au naquadah. Et ceux qui ne travaillent pas pour le naquadah jouent un rôle pour l'entretien de la planète, la culture, le commerce, la médecine. Tout ce qui fait qu'un pays peut vivre. Toi tu es directement concerné par les mines de naquadah. Tout ce que tu découvres est utiliser pour augmenter la puissance de Enki, cela lui sert à se constituer une flotte pour asservir la galaxie, et probablement aussi la Terre.
Sam avait pâli, elle pressentait depuis un moment que son travail dont elle ne voyait jamais les résultats devaient servir à une œuvre cachée et secrète.
-Que pouvons nous faire ?
-Il nous faut partir, et revenir sur terre où nous avons une mission. Lutter contre les Goa'ulds et les détruire.
-Mais, tu viens de dire que les goa'ulds ne sont pas venus sur la terre !
-Oui, c'est vrai. En fait c'est nous qui allons à leur rencontre en voyageant par la porte des étoiles. C'est notre boulot Sam.
-Il faut quitter tout ça ?
-Oui.
-Alors partons ! dit-elle. Je te fais entièrement confiance. Du moment que nous restons ensemble, tout ira bien. Et puis notre enfant doit naître sur une terre libre.
Les mots de Sam pénétraient dans le cœur de Jack comme autant de flèches empoisonnées. Elle ne savait pas qu'il leur faudrait se séparer, qu'il leur faudrait taire leur amour, que lui devrait renoncer à son enfant. Comment le lui dire ?
Le regard franc et courageux de sa belle guerrière, le dissuada d'aborder ce sujet. Il devait le garder en son cœur. Il ferait taire Daniel et Sarah. Pour l'instant, il leur fallait toutes leurs forces pour trouver un moyen de s'enfuir.
Le reste viendrait plus tard. Il avait tout son temps pour lui dire qu'ils étaient dans la même chaîne de commandement et qu'il était son supérieur direct. Oui, il avait tout le temps.
Chapitre 4
Jack alla voir Daniel et eut une longue conversation avec lui et Sarah. Puis il revint chercher Sam.
-Tu viens Sam ! Nous partons, maintenant, il ne faut plus attendre.
-Attends , j'emporte quelques affaires.
Jack eut un geste d'impatience, mais il retint les paroles dures qui montaient à sa bouche.
-On ne peut rien emporter.
-Mais la layette que je viens d'acheter ?
Oh maudite piqûre qui faisait de Sam quelqu'un de si différent !
-Viens redit-il en lui tendant la main.
-Où allons-nous ?
-Pour le moment chez Daniel et Sarah. Nous devons réfléchir à un plan.
Sam jeta un long regard sur les lieux de leur bonheur, elle repassa par la chambre à coucher où l'on voyait encore les draps froissés de leur deux corps. Hier soir encore ils avaient fait l' amour tendrement et passionnément. Elle écrasa une larme. Mais Jack s'impatientait, il fallait partir, le plus vite possible. Elle revint dans le séjour, il détourna aussitôt le regard et elle le suivit.
Daniel et Sarah les attendaient.
-Vous avez mangé ? leur demanda Sarah en apportant une cafetière pleine et des toasts. Ils s'assirent tous les quatre autour de la table de la cuisine.
-Je veux bien du café dit Sam.
Jack secoua la tête. Il n'aurait rien pu avaler.
-J'ai beaucoup réfléchi dit Daniel. Il ne semble pas y avoir de porte des étoiles sur cette planète, ou nous en sommes très éloignés.
-Mais comment fait Enki pour venir ? On le voit partout en ce moment.
-On suppose qu'il a des anneaux de transport, c'est la conclusion à laquelle nous sommes parvenus Sarah et moi.
-Des anneaux de transport qui mèneraient où ? demanda Jack.
-Probablement dans un vaisseau.
-Ce serait pas très malin d'aller directement se jeter dans la gueule du loup dit Jack avec une petite moue.
-C'est là que j'ai mon rôle à jouer dit Sarah. Il n'y a pas encore si longtemps j'étais Osiris. Je connais par cœur les vaisseaux Goa'uld, et j'ai dérobé ceci au musée, dit-elle avec une certaine tristesse dans le regard, en posant sur la table un ruban Goa'uld.
-Bien dit Jack, ça peut nous être utile.
Sam n'avait pas eu un regard pour l'objet, elle ne regardait Jack et que lui. Elle ne participait pas à la conversation qui était étrange pour elle. Son cœur était serré, elle avait peur, pas pour elle, mais pour son enfant, leur enfant.
-Et ces anneaux seraient dans le palais d'après vous ? demanda Jack en regardant Daniel et Sarah.
-Cela parait le plus logique.
-Mais on n'a pas le droit d'aller dans le palais, c'est interdit !
-Pas avec ça dit Daniel en sortant quatre billets de sa poche.
-Naturellement dit Jack, la visite mensuelle du palais.
-Tu as dû avoir du mal à obtenir les billets ?
-Non, en fait je suis amie avec la responsable des visites dit Sarah en souriant.
-Bien joué Sarah dit Jack. Nous allons pouvoir nous glisser dans un groupe de visiteurs.
-Je me suis renseignée, dit Sarah, les visites sont très encadrées, mais comme il y une centaine de personnes à chaque fois, je pense que ce ne sera pas très difficile de leur fausser compagnie.
Jack regarda sa montre :
-Il nous reste deux heures avant la visite. Récapitulons.
Se glisser dans le palais, rechercher les anneaux de transfert, aller dans le vaisseau, en espérant qu'il n'y ait pas trop de jaffas, prendre le commandement du vaisseau, et sortir très vite de cette planète.
-Enki ne doit avoir que le minimum de jaffas sur son vaisseau, dit Daniel.
-Qu'est ce qui te fait dire cela ? demanda Jack.
-Sur Eridu c'est la paix, son vaisseau est invisible de la planète. Personne ne regarde les étoiles, il n'y a aucun télescope, il n'a pas besoin d'avoir beaucoup de monde. Je suppose que le gros de ses troupes est ailleurs sur d'autres vaisseaux ou d'autres planètes.
-Vous avez raison Daniel dit Jack.
-Tu m'a vouvoyé dit Daniel, comme l'autre jour ! c'est exprès ?
-Oui, je crois qu'il faut reprendre les bonnes habitudes, dit Jack pensif en jetant un regard vers Sam.
-Entendu, Jack. Je peux toujours vous appeler Jack ? quand même, dit-il sarcastique.
-Ben oui, vous l'avez toujours fait ! dit-il en haussant les épaules.
-Une chose m'intrigue dit Sarah, s'il n'y a pas de porte des étoiles sur la planète, comment fait Enki pour se rendre sur ses autres possessions ?
-Il y a peut être une porte sur le vaisseau ? dit Sam.
Ils se retournèrent d'un seul bloc vers la jeune femme qui était restée sur le canapé.
-C'est possible continua t-elle. Enki ne va pas prendre son vaisseau pour faire des millions de kilomètres à chaque fois qu'il aura à se déplacer. Cela lui prendrait trop de temps.
-Oui bien sûr, comme sur le vaisseau d'Apophis dit Daniel. C'est très logique.
Un long silence tomba sur le petit groupe. Cela ressemblait à une veillée d'armes. La tension était palpable. Jack était inquiet, il savait qu'il ne fallait pas compter sur Sam, et il avait peur qu'il lui arrive quelque chose, à elle ou à l'enfant.
-L'heure tourne dit Jack, il faut partir.
A l'entrée du palais ils durent faire la queue un bon quart d'heure. Une foule endimanchée se pressait pour visiter le palais. Quand ils pénétrèrent dans le vaste hall, Daniel leva des yeux émerveillés vers le plafond peint. Un immense tableau à la gloire de Enki. Le dieu sur sa barque au fond du golfe persique, puis la ville de Eridu, avec ses lacs et ses rivières. D'autres dessins entouraient cet immense tableau. Il aurait voulu s'attarder mais la voix sèche de Jack le rappela à l'ordre.
-Daniel ! ce n'est pas le moment !
Ils suivirent docilement la visite pendant une demi heure puis s'éclipsèrent au détour d'un couloir. Le palais n'était pas gardé, seules quelques personnes étaient chargées de la surveillance, et se tenaient à des points stratégiques.
Jack tenant Sam par la main, suivi de Daniel et Sarah empruntèrent de longs couloirs.
-Faites voir le plan Daniel ! dit Jack.
-C'est par ici dit Sarah, les quartiers privés de Enki, dit-elle en montrant une zone grisée sur le plan donné à l'entrée du palais pour mieux suivre la visite.
-C'est le moment d'en profiter, le roi visite en ce moment les mines de Tarapeh, je l'ai entendu à la radio ce matin, dit Daniel.
Une grande porte en fer fermait le couloir et interdisait d'aller plus loin.
-A toi de jouer, Sam dit Jack en lui tendant de fins outils pointus. Tu es la meilleure dans le crochetage des serrures.
-Je vais essayer dit celle-ci.
En une minute la serrure de la grande porte lâcha prise et ils purent pénétrer dans la partie privée réservée au seul usage du Dieu.
Rien à voir avec la magnificence des salles qu'ils venaient de traverser. Plusieurs pièces s'ouvraient sur une long couloir aux murs unis dégarnis de tableaux ou de décorations. Les salles étaient vastes et sobrement meublées de coffres, et de bahuts de bois brut. Rien dans le décor qui rappela que le palais appartenait à un Goa'uld. Ils parcoururent une dizaine de pièces et arrivèrent au bout du couloir.
De dépit Jack donna un coup de pied dans le mur qui rendit un son creux.
Ils se regardèrent avec espoir.
-Il y a du vide là-dessous, dit Daniel.
Ils tâtèrent minutieusement tout le mur qui n'était pas très grand.
-Regardez dit Sarah. La pierre ici n'est pas tout à fait de la même couleur. Elle est légèrement plus foncée.
Le bruit sourd d'un mécanisme envahit le couloir. Un pan de mur s'ouvrit sur une petite pièce ronde avec en son centre des anneaux de transfert.
-Allons-y dit Jack
.Après leur passage le mur se referma avec un léger chuintement. Ils étaient dans le noir le plus complet et se mirent au milieu de la pièce.
Soudaine une lumière brillante jaillit du sol et ils furent propulsés dans le vaisseau en orbite autour de Eridu.
Jack d'une manchette fit tomber le garde qui ne s'attendait pas à les trouver là. Le vaisseau était silencieux et tournaient lentement dans l'espace.
Sarah avait mis à sa main l'arme de poing et c'est très lentement qu'ils progressaient dans le vaisseau. Il y avait une dizaine de jaffas, Sarah les élimina les uns après les autres. Ils ne se méfiaient pas . Que pouvait-il arriver dans ce vaisseau sur lequel le Dieu ne venait rarement ? L'attention s'était relâchée, et la routine avait endormi les esprits.
Ils fouillèrent le vaisseau de fond en comble. Arrivés au poste de commande, Sarah prit d'emblée la direction des opérations.
-Oh mon dieu entendit-elle !
-Que se passe t-il Daniel ? dit-elle inquiète de l'intonation de sa voix.
-Venez voir dit-il d'une voix blanche à ses amis.
Du poste de commande on voyait la planète qui offrait à la vue son côté abrupt et sauvage. Un monde vide et terrifiant de gouffres et de pics acérés. Au fur et à mesure que le vaisseau parcourait sa révolution, le dôme apparaissait, gigantesque, brillant et transparent. On pouvait voir au travers la ville et ses lacs et ses maisons comme autant de minuscules taches plus sombres. Paysage immobile et comme pétrifié, un monde à part, protégé et asservi. Le dôme sous lequel des centaines de milliers d'hommes et de femmes menaient une vie entièrement consacré à Enki.
Ils en restaient sans voix tellement la beauté du dôme les étreignait.
-C'est magnifique ! ne put s'empêcher de dire Daniel.
-C'est un défi à la science ajouta Sam. Pour construire un tel dôme il a fallu…
Jack la coupa. Il ne trouvait nulle poésie dans ce monde artificiel, et ne voulait en aucun cas savoir comment il avait pu être construit.
-C'est surtout machiavélique dit-il. Pressons-nous ajouta t-il. Il faut se tirer d'ici vite fait !
Sarah mit aussitôt le vaisseau en marche et quelques instants plus tard ils quittèrent à tout jamais le monde artificiel de Eridu.
Pendant que le vaisseau s'éloignait de la planète ils en continuèrent l'exploration.
Ils parcoururent plusieurs salles et débouchèrent dans une autre un peu plus vaste.
-La voilà dit Daniel en montrant la porte qui occupait le centre de la pièce.
Chapitre 5
Base de Cheyenne Mountain.
Le général Allistair était soucieux. Les choses ne se déroulaient pas comme il l'espérait. Le personnel de la base avait très mal pris le départ du général Hammond. Le vieux général était aimé et respecté de tous, et il sentait qu'il ne serait pas facile de lui succéder.
Partout où il passait, il entendait parler de SG1. Leurs exploits, les Goa'ulds qu'ils avaient vaincus, même l'humour du colonel O'Neill. Teal'c ne disait rien mais le regard qu'il posait parfois sur lui, le rendait furieux. Qui était ce jaffa pour se permettre de le juger ?
Tout était nouveau pour lui. Il avait été briefé rapidement avant de prendre son poste, mais rien ne l'avait préparé à diriger une telle base. Pourtant il avait une longue expérience du commandement, ayant fait de nombreuses missions en Irak, en Afrique et sur les différents terrains d'action où se jouait la politique américaine. Il avait pris la direction de la base comme il avait toujours fait, avec sévérité dans la plus stricte application des règlements.
Or il trouvait que la discipline se relâchait dans cette base. Chacun donnait son avis, sur tout et sur rien. Il lui fallait remettre de l'ordre dans tout cela, et rapidement. Il commença par prendre des mesures draconiennes concernant l'accès aux points sensibles comme la salle de contrôle, et la salle d'embarquement. Il y avait trop de personnels allant et venant en tout sens. Il établit une liste du personnel autorisé, cela se réduisait à quelques techniciens et ingénieurs. Les officiers supérieurs non responsables d'une section se virent refuser l'accès. Le premier fut le colonel Reynolds, qui se permit d'en demander les raisons et se fit vertement remettre à sa place.
Entendre sans arrêt parler de SG1 le mettait en fureur. Naturellement il n'en montrait rien. Mais il trouvait que rester dans la nostalgie du passé était nuisible au bon fonctionnement de la base. Il fallait des résultats, l'état major avait très clair, il devait rapporter de nouvelles techniques, battre des Goa'ulds, en un mot rendre la base plus rentable.
Il décida de remplacer SG1 en donnant ce nom à une nouvelle équipe. Il entreprit un vaste remaniement des équipes afin d'augmenter la rentabilité. Warren passa au grade de lieutenant colonel et devint le nouveau chef de SG1. Il lui adjoignit le major Laurence Villers, une jeune archéologue de talent, ainsi que le sergent David Caster un scientifique aux compétences multiples, travaillant depuis longtemps sur la porte des étoiles et titulaire d'un doctorat en astrophysique.
Tea'lc fut mis sur la touche ne partant en mission que ponctuellement quand le besoin s'en faisait sentir. Allistair retira des équipes tous les civils. Pour lui, seul un militaire aguerri était capable sur le terrain, les civils étaient des poids morts, n'ayant aucun sens de la discipline et de l'efficacité. ils furent donc remerciés, d'autres militaires furent engagés dans divers domaines. Médecine, physique, et même à la cafétéria. En trois mois la base était entièrement militarisée. Allistair pouvait se promener avec satisfaction dans les couloirs au pas de charge, des saluts militaires impeccables saluant son passage.
Cependant les résultats n'étaient pas encore au rendez-vous. SG1 avait cependant rapporté un artéfact prometteur de P8H654. Sans doute une arme.
Le briefing avec SG1 était commencé depuis 22 minutes très exactement quand l' alarme retentit. Personne ne bougea autour de la table. Seul le général Allistair descendit les escaliers métalliques quatre à quatre et se dirigea vers la salle de contrôle. Dans la salle une escouade de soldats se tenaient à genoux, arme au poing prêts à tirer sur les visiteurs en cas de danger.
Les chevrons s'enclenchaient, bientôt la flaque bleue s'immobilisa tandis que les alarmes continuèrent leur vacarme infernal.
-Aucune équipe n'est de sortie sergent dit-il, fermez l'iris.
Quelques instants passèrent.
-A t-on un code ? demanda Allistair sèchement.
-C'est le code de Cimmeria dit le sergent de la porte.
-Cimmeria ?
-Une planète amie mon général.
-Maintenez l'iris fermé.
Deux minutes plus tard le vortex se referma.
Le général remonta dans la salle de briefing et mit fin à la réunion. Sans autre explications. Chacun remballa ses dossiers et la salle se vida rapidement.
Allistair n'avait pas encore eu le temps de se plonger dans tous les dossiers et il ne connaissait pas Cimmeria, même pas de nom.
Il ouvrit son ordinateur à la recherche des rapports de missions concernant cette planète. Il y avait eu deux missions. Ce qu'il trouva lui permit de conclure qu'effectivement Cimmeria était une planète amie.
Lorsque le sergent lui avait dit dans la salle que c'était le cas, il avait préféré ne pas en tenir compte. Une erreur était toujours possible ; il avait préféré ne pas ouvrir l'iris.
Cimmeria.
Le passage de la porte avait été difficile pour Sam. Elle avait peur de se jeter dans le vide comme dans ses anciens cauchemars. Jack avait dû la prendre par la main. Elle tremblait et craignait pour le bébé.
Personne ne pouvait la rassurer sur ce point mais Jack lui murmura des mots doux à l'oreille et ils passèrent la porte doucement sans à coup, de sorte qu'elle se sentit plus rassurée.
Sur Cimmeria il n'y avait personne, pas de traces de Gairwyn ni de ses soldats. Le marteau à nouveau fonctionnel se dressait dans le ciel, protecteur de la planète.
Sam était fatiguée, le bébé était lourd et elle se retrouvait vite essoufflée au moindre effort. Elle était rouge et en sueur bien que la température fut clémente.
Jack s'était éloigné, il n'en pouvait plus. Il n'avait encore rien dit à Sam et attendait que ses souvenirs reviennent mais ce ne serait pas avant au moins quinze jours qu'elle ferait à nouveau les premiers cauchemars réminiscences de sa vie passée.
-Vous devriez lui dire avant ! Jack dit Daniel en rejoignant son ami.
-Daniel, ça ne vous regarde pas.
-Elle souffre de votre éloignement et ne comprend pas ! dit-il en regardant la jeune femme assise sur les marches de la porte et se tenant la tête dans ses deux mains.
-Je le sais parfaitement rugit Jack, occupez vous de vos oignons Daniel.
-Comme vous voudrez.
Daniel n'insista pas le regard fulgurant de Jack l'en dissuada. Mais il pensait que Jack avait tort.
La situation de ses amis était terrible. Ils avaient fait leur vie ensemble sur Eridu, attendaient un enfant, et un cruel règlement militaire allait les séparer. C'était trop injuste. Daniel frémit en songeant à ce qu'il éprouverait s'il devait quitter Sarah maintenant.
Daniel rejoignit son épouse. Par égard pour leurs amis ils avaient décidé de ne faire aucun geste de tendresse en public. Mais leur cœur était déchiré, et ils ne savait plus comment faire pour les réconforter. Jack avait fermé son cœur comme d'habitude, et Sam pataugeait dans un marasme fait de délires et de mensonges.
Ils décidèrent de quitter la zone de la porte à la recherche de Gairwyn. Celle-ci se trouvait dans le village à trois kilomètres. Par mesure de sécurité ils y allèrent tous, bien que Sam ait du mal à marcher. Daniel la soutenait la plupart du temps. Sam se retournait de temps à autre pour jeter un regard désespéré à Jack qu'elle sentait s'éloigner de plus en plus. Celui-ci fermait la marche, le visage fermé à quelques pas derrière eux. Sarah était devant en éclaireur. Ils n'avaient pas d'autres armes que l'arme de poing de Sarah.
Gairwyn les accueillit avec chaleur et émotion. Elle prit aussitôt soin de Sam. Puis elle prépara un repas qu'elle partagea avec eux. Ils étaient affamés et n'avaient rien pris depuis leur départ d'Eridu.
Longtemps après Jack aborda le problème qui leur tenait tant à cœur.
-Nous aimerions rentrer chez nous, mais cela fait dix mois que nous sommes partis, et nous n'avons plus de GDO.
Gairwyn rentra dans sa tente et revint quelques minutes plus tard avec un appareil dans les mains.
-C'est ça que vous voulez ?
-Oui, notre code à nous n'est plus valable, mais le votre si dit Daniel. Si Sam était en état elle nous aurait déjà expliqué pourquoi ! dit Daniel.
-Prenez-le dit Gairwyn.
-Il faudra que vous veniez avec nous à la porte, nous n'allons pas l'emporter juste l'utiliser. Vous pourriez peut être en avoir besoin.
Ils se mirent en route dès que Sam fut suffisamment en forme pour marcher. Le sommeil et un bon repas lui avait fait du bien et elle pouvait marcher seule.
Arrivés à la porte ils firent les symboles de la terre et le code de Cimmeria. Puis par prudence ils attendirent. Le vortex se referma.
-Pourquoi n'êtes-vous pas passés ?
-On ne sait pas s'ils ont ouverts l'iris de l'autre côté dit Jack. Nous referons un autre essai dans une heure, ou nous attendrons qu'ils nous contactent.
Deux heures plus tard la porte s'ouvrit un MALP apparut, et commença à enregistrer les images autour de lui.
Une voix inconnue jaillit dans le haut parleur.
-Nous refermons. Ouvrez de votre côté et envoyez à nouveau le code, on vous ouvrira.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Quelques minutes plus tard ils étaient de retour chez eux.
Chapitre 6
Base de Cheyenne Mountain.
Le général Allistair était resté dans la salle de contrôle. Sur la rampe un étrange quatuor, des civils, une femme grande aux longs cheveux et bouclés. Deux hommes très grands et très minces aux cheveux mal coupés et au visage fatigué, une autre femme blonde et enceinte jusqu'aux yeux.
Jack fit un mouvement pour descendre, mais aussitôt il fut mis en joue par les soldats disposés en demi cercle autour de la salle. Jack sentit qu'un rien pouvait déclencher une catastrophe, et il préféra ne pas bouger. Il fit signe à ses compagnons de rester immobile.
-Qui êtes vous ? dit la même voix inconnue qu'ils avaient entendue sur Cimmeria. Une vois dure et autoritaire à laquelle il ne ferait sans doute pas bon de désobéir.
-Que se passe t-il Jack ? murmura Daniel.
Jack lui fit signe de se taire et de ne pas bouger.
-Identifiez-vous redit la voix.
-Colonel Jack O'Neill, dit Jack, voici le major Carter , Daniel Jackson et Sarah Gardner. Et il attendit.
-Baissez les armes ! Montez en salle de briefing immédiatement dit-il aux nouveaux arrivants.
-Où est le général Hammond ? demanda Jack aussitôt.
-Je ne vous ai pas adressé la parole colonel. C'est à vous de répondre à mes questions. D'où venez-vous ?
-C'est une très longue histoire dit Daniel.
-Je vous écoute.
Pendant le long récit de Daniel Sam regardait autour d'elle. Encore un lieu étrange et inconnu pensa t-elle. Au bout de la salle, ce qui semblait être un bureau. Cette longue table rouge et noire ne lui disait rien du tout, et le personnage autoritaire qui parlait non plus. Est-ce là que j'ai ma vraie vie ? pensa t-elle. Ses amis semblaient reconnaître parfaitement les lieux. Elle écouta le ronronnement de la voix de Daniel qui racontait leur histoire. De temps à autre Jack et Sarah complétaient son récit. Lorsque le général Allistair l'appela major Carter, Sam frémit, mais ne répondit pas.
-je vous ai posé une question major ! dit Allistair d'un ton plus ferme.
-Excusez-là mon général dit Jack, mais elle n'a pas retrouvé toute sa mémoire.
-Elle sait quand même qui lui a fait un enfant ! répondit le général d'un ton soupçonneux.
-C'est moi dit Daniel coupant court à toute réponse de Sam ou de Jack.
-Bien dit le général en faisant le tour des visages. Tout le monde à l'infirmerie. Examen complet.
-Merci Daniel souffla Jack. Je vous revaudrais ça !
-Enregistré ! dit Daniel en souriant. Je vous le rappellerai à l'occasion !
Sam était étendue sur un lit. Elle n'avait pas reconnue Janet qui mise au courant ne s'en était pas formalisée. Elle lui fit toute une batterie d'examens pour voir si l'enfant n'avait pas souffert des différentes drogues qu'elle avait reçues.
-Comment vous sentez-vous Sam ?
-Bien mais fatiguée.
-Ce n'est pas étonnant. Mais j'ai une bonne nouvelle, tout va bien pour vous et votre bébé.
Elle sentit la tension se relâcher. Sam se détendit, elle était souriante et en meilleure forme qu'à son arrivée. Janet poursuivit :
-D'ici deux à trois semaines vous aurez retrouvé la mémoire. Tout ira bien. Le bébé sera là d'ici un mois environ. Vous et Daniel vous avez beaucoup de chance.
-Daniel pourquoi me parlez-vous de Daniel ?
-Mais, c'est le lui le père n'est ce pas ? dit Janet interloquée.
-Pas du tout répliqua Sam. Daniel et Sarah se sont mariés sur Eridu.
-Mais alors qui…
-C'est Jack bien sûr ! Nous sommes ensemble depuis plusieurs mois. Je ne vois pas pourquoi Daniel a dit cela.
-Chut ! dit Janet précipitamment.
Mais c'était trop tard, au même moment une infirmière entrait dans la pièce et s'avançait vers elle.
Avait-elle entendu ? Janet ne pouvait pas le savoir, mais la jeune infirmière avait l'air troublé. C'était une des jeunes femmes engagées par le général Allistair, le sergent Mary Cerven. Une jeune femme très compétente, mais un peu bavarde, dont Janet n'était pas sûre. Elle espérait que les propos de Sam n'iraient pas jusqu'aux oreilles du général Allistair.
-Que se passe t-il ? demanda Sam en voyant l'air inquiet de Janet.
-Rien Sam, reposez-vous bien. Je vous garde à l'infirmerie ce soir et demain vous pourrez rejoindre vos quartiers.
-Quand est ce que je retrouverais mes souvenirs ? demanda la jeune femme anxieuse.
Elle sentait qu'on lui cachait beaucoup de choses. Elle n'avait pas revu Jack depuis leur retour et cela l'inquiétait.
-Je pense dans une semaine ou deux. Maintenant que vous n'êtes plus sur Eridu, le contact avec votre environnement familier va vous aider.
-J'ai hâte dit Sam. En ce moment ma vie est suspendue entre deux mondes et je suis très inquiète.
-N'ayez aucune crainte Sam, dit Janet en lui prenant la main. Vous ne risquez plus rien ici. On s'occupe bien de vous et de votre bébé.
A la mention du bébé Sam se mit à sourire, une leur de joie jaillit dans ses yeux.
Janet sentit son cœur se serrer. Visiblement Sam n'était au courant de rien. Elle maudit intérieurement le colonel O'Neill de n'avoir rien dit.
-Je n'ai pas vu Jack où est-il ?
Janet sursauta.
-Il n'est pas venu vous voir ?
-Non.
-Est-il encore à l'infirmerie ?
- Ah oui dit Janet précipitamment sans même chercher à savoir si c'était vrai. Il est encore là.
Nouveau sourire de Sam.
-Alors il va venir dit-elle en fermant les yeux, rassurée.
Dans le bureau du général Allistair Jack était debout et faisait nerveusement les cents pas.
-Colonel ! Calmez-vous dit le général d'une voix dure.
Il n'en fallut pas plus à 'O'Neill pour qu'il explose.
-Me calmer ! Alors que vous nous traduisez en cours martiale ! Pour un délit dont nous ne sommes pas responsables. Nous avons été drogués…
-Gardez vos arguments pour la cour colonel. Air man ! appela t-il , emmenez le colonel en cellule.
-Vous m'arrêtez rugit O'Neill ! Vous n'êtes même pas au courant de ce que SG1 a fait pour sauver la planète un nombre incalculable de fois, en y laissant nos vies et un peu de notre âme à chaque fois, tandis que vous, vous usiez le fond de culotte de vos misérables fesses sur la chaise de votre bureau !
-Colonel ! hurla Allistair perdant toute retenue, n'aggravez pas votre cas par des insultes envers un supérieur !
Les deux hommes s'affrontaient du regard, le visage à quelques centimètres l'un de l'autre. Allistair légèrement plus petit était obligé de lever les yeux devant un O'Neill très raide ne perdant pas un pouce de sa grande taille, et Allistair m'aima pas du tout cela. Le regard de Jack était si méprisant que le général malgré lui subit l'ascendant de cet homme et il recula.
Sans ajouter un mot il fit signe au garde de mettre les menottes à O'Neill.
L'arrestation du colonel fit le tour de la base en quelques minutes. Quand cela revint aux oreilles de Janet elle fit venir immédiatement dans son bureau l'infirmière Marie Cerven.
-Je suis désolée dit Marie les yeux rougis de larmes.
-Vous êtes désolée, dit Janet froidement, j'espère bien que vous êtes désolée, malheureusement cela ne suffira pas.
-Que voulez vous dire ? demanda la jeune femme d'un air effaré.
-Simplement que je vais faire un rapport. Vous savez parfaitement que tout ce qui se dit dans l'infirmerie est strictement confidentiel, et ne doit en aucun cas être répété, et surtout pas aux pipelettes du mess. A qui avez-vous parlé ?
-A Carolina Smith.
Janet leva les yeux au ciel
-La pire commère que cette base n'ait jamais connu. Mais à quoi pensiez-vous ?
La jeune femme replongea dans son mouchoir
Plus bête que méchante pensa Janet en voyant la jeune femme effondrée. Cependant elle décida d'enfoncer le clou.
-Vous connaissez les rapports de missions de SG1 ?
-Non, major dit-elle, je n'ai pas eu l'occasion de les lire.
-Je vous donne l'ordre de vous plonger dedans. Ils sont accessibles depuis n'importe quel poste, vous avez un code d'accès servez-vous en. Naturellement ce sera en dehors de vos heures de travail. Quand vous aurez lu, continua t-elle impitoyable, vous constaterez l'ampleur de votre indiscrétion. Vous avez mis au pilori un homme et une femme sans qui vous auriez très certainement un serpent dans la tête. Vous leur devez tout. Rompez dit-elle en lui faisant signe de quitter le bureau.
Janet se rassit épuisée. Maintenant il fallait recoller les morceaux du moins essayer, faire comprendre à une jeune femme amnésique que non seulement sa liaison avec Jack était finie, qu'elle ne le reverrait sans doute jamais et qu'elle allait passer en cour martiale.
Jack fut conduit au niveau seize. On lui enleva les menottes et il se retrouva seul dans une petite cellule. Un lit avec un mince matelas, une table et une chaise, le tout scellé dans le sol. Dans un angle dissimulés derrière une fine cloison, un WC et un lavabo. Les murs gris et sinistres habituels de toute la base.
Jack ne décolérait pas. S'il avait eu accès à la salle de sport il aurait tapé durant des heures dans un putching ball. Mais là pour exsuder sa rage il n'avait rien. Il compta les pas, six dans un sens et trois dans l'autre. Il commença à aller et venir d'un mur à l'autre. Il marcha pendant longtemps n'ayant aucune notion du temps. Il se mit à courir sur place jusqu'à ce que son front se couvre de sueur. Mais rien ne semblait pouvoir le calmer.
L'angoisse l'étreignait. Avait-il mis aussi Sam en cellule ? ce général de pacotille !
Aurait-il osé s'en prendre à une femme enceinte ?
Il reprit une marche plus lente, six pas aller, six pas retour… six pas….
Les pensées tourbillonnaient dans sa tête. Il ne se rappelait pas très bien ce qu'ils risquaient, de la prison à coup sûr, mais combien ? un an, deux ans ? ou plus ?
Sam en prison, NON ! il ne fallait pas. On lui prendrait son enfant…. Il serait pris par les services sociaux, elle ne le reverrait jamais.
La gorge serrée par l'angoisse, son cerveau paralysé ne trouvait pas de solution. Tous les scénarios possibles et inimaginables se jouaient dans son esprit. Du plus optimiste au pire, de la non culpabilité reconnue, à la peine la plus sévère, et cela se terminait inévitablement par une scène terrible où des hommes en uniforme venaient arracher leur enfant des bras de sa mère.
Après la rage, vint l'accablement. Il avait ralenti le pas, et s'était jeté sur le lit faisant craquer les ressorts.
Un air man vint lui apporter son repas. Il n'avait pas faim et n'y toucha pas.
Le sommeil eut raison de lui au bout de plusieurs heures, mais il se réveilla en sursaut en proie aux pires cauchemars.
La nuit fut très longue pour Jack O'Neill qui vit arriver avec une angoisse grandissante le jour suivant.
Mais celui-ci fut identique au précédent, il ne reçut pas de visites. Aucune nouvelle de Sam.
Deux jours plus tard après le début de son incarcération , il y eut du bruit dans le couloir. Le général Allistair venait voir son prisonnier.
-Alors colonel, on est calmé ? dit-il sarcastique.
Jack ne daigna pas répondre et une lueur dangereuse s'alluma dans son regard. Malgré lui Allistair frissonna et se demanda une fraction de seconde pourquoi il en voulait tant à cet homme qu'il ne connaissait pas.
Il eut la réponse à sa question devant l'attitude nonchalante de Jack. En fait ce qu'il avait détesté d'emblée chez cet homme c'était son manque de discipline. Le fait qu'il eut sauvé la planète bien des fois du désastre n'entrait pas en ligne de compte. Tout ce qui dépassait la ligne devait être détruit. C'était indispensable pour le respect de l'autorité et de la hiérarchie. Or cet homme était un défi permanent à l'autorité, et cela Allistair ne le supportait pas. Il se demandait comment Hammond avait pu avoir tant de patience avec ce colonel rebelle. Le dossier de celui-ci était chargé, il avait frisé la cour martiale bien souvent mais là il était pris. A cette pensée un mince sourire étira les lèvres d'Allistair. « je te tiens mon bonhomme »pensa t-il.
Devant le silence persistant du colonel il reprit la parole.
-Avez-vous réfléchi aux conséquences de vos actes ? Apparemment non, alors sachez que vous et le major Carter, serez traduits en cour martiale. Dès demain.
-On aura un avocat ? demanda Jack calmement.
-Naturellement. Croyez bien colonel que la procédure sera scrupuleusement respectée. Votre avocat s'entretiendra avec vous avant l'interrogatoire.
Sans attendre de réponse et sans un regard pour le prisonnier Allistair sortit de la pièce.
Jack se rassit lourdement sur le lit avec en tête une pensée obsédante comment tirer Carter de ce pétrin dans lequel il l'avait plongée ?
La réponse vint tout naturellement lumineuse et claire. Il avait trouvé le moyen de sauver Carter et leur enfant du désastre. Il s'étonna de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Chapitre 7
Le jour suivant il eut la surprise de voir entrer Daniel dans sa cellule. Il n'en pouvait plus d'incertitude, et sa rage augmentait au fur et à mesure que les heures passaient.
-Daniel ! s'exclama t-il, vous avez eu l'autorisation de venir me voir ?
-En fait non, mais je me suis proposé pour être votre avocat.
-Oh ! fit seulement Jack.
-Vous n'êtes pas obligé vous savez.
-Si, Si j'accepte, ayant vécu la même chose que moi, vous serez parfait Daniel.
-Vous me faites entièrement confiance Jack ?
-Naturellement, pourquoi cette question ?
-Parce que vous m'avez envoyé promener plus d'une fois.
-C'est que vous êtes des fois particulièrement casse pieds dit Jack en riant. Sérieux, je suis content que vous vous occupiez de ça. J'ai l'impression d'être devenu un grand criminel de guerre, et de rien contrôler.
-Ne vous inquiétez pas, je vais plaider la non responsabilité.
Et voyant le froncement de sourcil de Jack.
-Oui, je sais que ça ne vous plait pas trop de penser que vous avez perdu les pédales, mais il n'y a pas d'autres solution.
-Vous me connaissez bien, Daniel, fit Jack avec un mince sourire sans le lâcher des yeux.
Après un silence Daniel reprit :
-Elle va bien.
Daniel sentit le soulagement dans le regard de Jack.
-A-t-elle retrouvé la mémoire ?
-Pas encore.
-C'est aussi bien, finalement. Ces vieux croûtons qui vont nous juger verront de visu la perfidie de ce Goa'uld. Qui la défend ?
-C'est moi, Jack, je crois que je suis le plus à même puisque j'ai vécu la même chose.
-Merci Daniel.
-J'ai confiance.
-N'allez pas trop vite en besogne. Savez-vous qui va nous juger ?
-Oui, justement je voulais aborder ce sujet là avec vous. Vous serez jugés par cinq généraux. J'ai réussi à obtenir la liste. Tout d'abord le général Cartwright qui sera le président du tribunal. Un homme droit, strict mais juste.
-Oui je le connais. Ensuite ?
-Le général Green et le général Culming. Vous les connaissez ?
-Non pas du tout. Vous savez Daniel ma carrière militaire s'est passé loin de l'état major et de tous ces ronds de cuir !
-Je dois vous dire que ce n'est pas très bon pour vous. Ce sont des hommes sévères pour qui la discipline est l'épine dorsale qui tient toute la machine. Tout manquement doit être sévèrement puni.
Soupir de Jack.
-Le quatrième est le général Weaver. Je n'ai pas pu avoir beaucoup renseignements sur lui. Je sais qu'il rentre tout juste d'Irak. Il a fait aussi de nombreuses campagnes en Afrique, c'est là qu'il a décroché ses galons de général. C'est sûrement un bon car il n'a que 47 ans et est général depuis un an déjà. Son avis sur les manquements à la discipline m'est inconnu à ce jour. Mais je vais me renseigner.
-Et le cinquième, je le connais ?
Grand sourire de Daniel.
-Oui, et je l'ai gardé pour la fin, il est de notre côté, c'est le général Hammond.
-Oh ! fit Jack de surprise. Mais méfiez vous Daniel, Hammond est un homme de principe. Je ne sais pas pourquoi il a quitté la base, mais il y a sûrement une bonne raison. Savez-vous pourquoi l'état major l'a choisi ?
-Justement parce qu'il connaît la base. Il sait tout des Goa'ulds et ce n'est pas le cas des quatre autres.
-Autrement dit rien n'est joué, ni dans un sens ni dans l'autre dit Jack.
-En effet.
Daniel s'apprêtait à partir quand la voix sèche de jack le fit se retourner.
-Il y a autre chose Jack ?
-Oui fit celui-ci assez gêné. Il est hors de question que Sam aille en prison.
-Je ne sais pas si je pourrais l'éviter.
-Il le faudra. Avez-vous réfléchi qu'elle est à un mois d'accoucher, son enfant naîtra en prison et on le lui enlèvera ! C'est inacceptable. Je vous préviens Daniel, que si les choses tournent mal pendant le procès, je prendrais les choses en main.
-Mais je suis votre avocat !
-Oui, mais je peux vous récuser à tout moment et assurer moi-même ma défense.
Regard inquiet de Daniel. Le visage de Jack était dur et impénétrable.
-Qu'essayez-vous de me dire Jack ?
-Soyez bon ! petit scarabée ! Evitez la prison à Sam, c'est tout ce que je vous demande.
-Mais, et vous ?
Jack ne répondit pas. Daniel pâlit.
-Vous êtes prêt à vous sacrifier pour elle ? C'est bien ça ?
N'obtenant aucune réponse, Daniel se leva. Avant de refermer la porte il se retourna et croisa le regard déterminé de Jack :
-Ne vous tracassez pas Jack, je vous sauverais tous les deux. Le procès commençant demain, j'ai encore quelques petites choses à préparer.
Salle du niveau 12
Le colonel Jack O'Neill et le major Samantha Carter étaient devant leur juge depuis plusieurs heures déjà.
L'accusation avait été lue : grave manquement à l'article 134 de la loi de non fraternisation. Manquement aggravé par la durée et l'état du major Carter enceinte de huit mois. Le président du tribunal réclamait la radiation de l'armée pour les deux fautifs et trois ans de prison.
L'accusation fit venir le docteur Frazier à la barre.
-Docteur dit le procureur, vous soignez le colonel O'Neill et le major Carter, depuis combien de temps ?
-Cela fait maintenant six ans. Je suis entrée à la base trois mois après le début du programme.
-Vous connaissez donc par cœur leur état de santé.
-Oui
-De qui le major Carter est –elle enceinte ?
-Je ne peux pas vous répondre, c'est secret médical.
-Ici docteur il n'y a pas de secret médical. Vous êtes devant la plus haute instance de l'armée et vous devez répondre à ma question. Je la répète : de qui est enceinte le major Carter ?
-Du colonel O'Neill, murmura Janet avec un regard désolé pour l'accusé.
-Je suppose que vous avez fait tous les tests possibles. Comment avez-vous procédé.
-J'ai fait une amniocentèse au major.
-Vous pouvez expliquer à la cour ?
-Le major n'étant plus très jeune pour être mère pour la première fois c'est une procédure normale dans ce cas. Cela permet d'éliminer certaines malformations, comme une maladie cardiaque par exemple..
-Et en cas de malformations que se passe t-il ?
-On peut parfois opérer in utero.
-Et pour la recherche en paternité comment avez-vous procédé ?
-A partir du liquide amniotique prélevé j'ai retrouvé l'ADN des deux parents.
-Et qu'en avez-vous conclu ?
-Que le colonel O'Neill est le père de cet enfant.
-Je vous remercie docteur, ce sera tout.
Janet retourna s'asseoir à sa place la tête basse. Elle avait crucifié Jack et Sam, mais elle n'avait pas pu faire autrement.
L'accusation n'ayant pas d'autres témoins à présenter, ce fut au tour de Daniel de parler.
Il expliqua rapidement leurs conditions de vie sur la planète. Comment ils avaient été privés de leurs souvenirs dès leur arrivée et infectés avec de faux souvenirs.
Puis il appela Sarah à la barre.
Leur mariage n'était pas reconnu aux USA, ils l'avaient tu dès leur retour, et maintenant ils s'en félicitaient, cela permettait à Sarah de témoigner.
-Sarah Gardner expliquez à la cour comment avez-vous connu le colonel O'Neill et le major Carter.
Sarah parla longuement de sa rencontre avec Daniel au muséum. Comment ils étaient devenus amis. Elle décrivit aussi des relations avec Sam et jack qui habitaient dans le même immeuble que Daniel. Elle insista sur le fait que chacun était seul au départ et qu'ils avaient connaissance petit à petit et qu'ils avaient sympathisé. L'amour était venu tout naturellement entre eux. Il n'y avait aucun interdit puisque tous leur souvenirs avaient été effacés.
Daniel jeta des regards désespérés à Janet, qui lui fit non avec les mains. Il attendait le résultat des analyses de l'ampoule rapportée par Jack et Sam. Comme il y avait dedans des produits spécifiques et inconnus les analyses étaient en cours.
Daniel demanda une suspension de séance, que le président accorda. Il avait droit à une heure. Ensuite Sam et Jack seraient appelés à témoigner. Et le jury se retirerait pour délibérer. Le verdict tomberait le soir même.
Daniel et Janet foncèrent vers le laboratoire de biologie.
-Qu'avez-vous trouvé ? demanda Janet au technicien.
-Pour le moment nous avons de l'oxygène, et un produit ressemblant à du neurohypnol.
-Qu'est ce que c'est ? demanda Daniel.
-Un hypnotique, mais là, il est en faible quantité dans l'ampoule, moins de O,O1 mg, il joue un rôle de calmant. Mais en aucun cas on peut dire qu'il enlève les souvenirs pour les remplacer par d'autres.
-Je crains dit Janet que ce genre de drogue soit indécelable pour nous.
-Qu'allons-nous faire ? dit Daniel extrêmement déçu, toute ma plaidoirie reposait là-dessus.
-Espérons que le jury nous croie sur parole. Le général Hammond est au courant de toutes ces étrangetés que nous trouvons la galaxie. Il a de nombreux exemples comme le jour où vous avez été fait prisonniers et retenus sous la glace. Ils avaient dû utiliser ce genre de drogue que nous recherchons.
-C'est probable dit Daniel, malheureusement nous ne pouvons pas le prouver.
-Daniel il faut y retourner. Appelez moi à témoigner de nouveau, j'essaierai d'expliquer tout cela dit Janet.
Pendant toute la durée des débats, Sam revivait en boucle ce que lui avait dit Daniel la veille. A savoir que tout ce qu'ils avaient vécu sur la planète devait être effacé. Elle avait eu des mots très durs pour le jeune homme, comment nier tout ce qui est arrivé, elle aimait Jack, elle attendait un enfant de lui, c'était pour elle la seule certitude. Daniel n'avait pu que la prendre dans ses bras et elle avait longuement pleuré sur l'épaule de son ami.
La suspension d'audience était finie, il fallait y aller. Daniel s'apprêtait à batailler ferme. Avec Janet il fournit toutes les explications qui étaient en leur possession.
Tout était joué. Maintenant il restait à entendre Sam et Jack.
-Major dit le président avez-vous quelque chose à déclarer.
-Je voulais simplement dire mon général, que je n'ai pas encore retrouvé mes souvenirs, je suis toujours sous l'influence de cette piqûre que j'ai reçu il y a deux jours juste avant notre départ d'Eridu. Je ne peux rien dire d'autre dit-elle en regardant Jack qui avait la tête baissée et avait l'air de trouver un grand intérêt dans la contemplation de ses chaussures.
-je vous remercie major. Colonel O'Neill, si vous souhaitez prendre la parole, c'est maintenant.
Avant d'ouvrir la bouche il regarda vers un Daniel à la mine sombre. « tout est perdu pensa t-il amèrement, il ne me reste plus qu'à sauver Sam ».
-Tout d'abord je voulais rappeler à la cour une chose. De par mes entraînements dans les commandos, j'ai appris à résister à toutes sortes de drogues et de tentatives de contrôle du cerveau. Naturellement les drogues Goa'ulds sont beaucoup puissantes et leur technique parfaitement au point. Mais je peux dire que j'étais moins atteint que les autres.
Daniel se leva pour parler mais le général Cartwright lui fit signe de se taire.
-Continuez colonel.
-Tout le monde ici présent, tous ceux qui ont assisté au test zatarc ou qui ont lu les rapports savent qu'un lien particulier nous unissait le major et moi-même. Mais je jure devant cette cour, nous n'avons jamais enfreint le règlement ici sur terre. Sur Eridu c'était différent, notre amour n'avait pas de frein. Il n'y avait aucune raison de résister, même si par moment j'avais retrouvé une partie de ma lucidité. J'ajoute pour terminer que je suis coupable de n'avoir rien dit au major et d'avoir profité de la situation pour mener une vie de couple, ce qui nous était interdit ici.
Un silence de mort accueillit la déclaration de Jack, Daniel s'était tassé sur sa chaise. Il prévoyait une catastrophe pour Jack. Peut être que cela sauverait Sam, mais ce n'était pas sûr du tout.
-Ramenez les prisonniers en cellule, dit simplement Cartwright.
Sam fut reconduite à l'infirmerie, elle ne se sentait pas bien et le bébé sensible aux émotions s'agitait beaucoup. Janet lui donna un léger sédatif.
Jack dans sa cellule reprit sa marche six pas aller, six pas retour… six pas… Il avait encore le cœur battant à tout rompre. Pour elle, il avait été obligé de se dévoiler, de se mettre à nu. Il espérait que ce ne serait pas inutile.
La délibération dura longtemps, beaucoup trop pour les nerfs de Jack. A 22 heures seulement on le tira de sa cellule. Il se retrouva seul devant ses juges.
-Où est le major Carter ? demanda le président du jury.
-Au même moment Janet arriva dans la pièce et parla à l'oreille du général Cartwright.
Celui-ci parut surpris, il prit la parole.
-Le major Carter ne pourra pas assister à la fin du procès, car elle est en train d'accoucher.
Il fallut à Jack toute sa force pour ne pas bondir. Oh seigneur ! 8 mois c'était beaucoup trop tôt. Il était pris d'une rage folle et c'est à peine s'il entendit que Sam était reconnue non coupable, lavée de toutes les charges qui pesaient sur elle.
-Quant à vous colonel O'Neill, vous êtes reconnu coupable du non respect de la loi 134. la sentence sera connue demain, en attendant vous restez en cellule.
Jack était à la fois heureux et terrifié, comment allait Sam ? et le bébé ?
-La séance est levée, dit le président, reconduisez le prisonnier.
Les cinq généraux sortirent de la salle. Il leur restait à définir la sentence du colonel O'Neill. Jack regarda Hammond d'un air suppliant. Celui-ci n'avait pas le droit de lui parler tant que tout le jugement n'aurait pas été rendu. Il lui fit signe de se taire. En même temps que son geste un peu sec, un sourire adoucit ses traits. Jack se raccrocha comme il put à ce sourire. On lui remit les menottes, et il passa la nuit la plus dure de son existence dans le silence et l'incertitude.
La base était retombée sous le pouvoir du général Allistair qui cruellement interdit toute visite. Il était satisfait, l'insolent colonel allait être puni, et il l'espérait sévèrement. Il n'eut pas une pensée pour le major Carter qui accouchait loin de Jack alors qu'elle aurait tant eu besoin de sa présence.
L'accouchement ne se déroulait pas très bien. En raison des drogues qu'avaient pris Sam, Janet ne put lui faire une péridurale. A chaque contraction son front se couvrait de sueur et elle haletait à petits coups, pour favoriser la dilatation du col. Quelques heures après le déclenchement le travail n'avançait pas. L'enfant beaucoup trop petit fatiguait et la mère aussi. Janet dut se résoudre à faire une césarienne. Une heure plus tard Sam avait donné naissance à une petite fille qui ne pesait que deux kilos neuf cents grammes. Janet l'emmena tout de suite en soins intensifs où elle fut placée dans une couveuse. L'enfant malgré son faible poids paraissait en bonne santé. Janet était optimiste.
Le lendemain un air man apporta son petit déjeuner au colonel O'Neill. Il n'avait pas faim mais se força à manger. Sous le bol il y avait un papier plié, c'était un mot de Janet. « C'est une fille, tout va bien ».
L'appétit subitement revenu Jack dévora ses céréales. Dans une heure il saurait ce qui l'attendait pour les mois à venir. Il ne pouvait pas échapper à la prison, il l'avait accepté. La seule chose qui le faisait souffrir, ne pas revoir Sam et ne pas voir grandir son enfant.
A 9 h très exactement le président de la cour martiale lut la sentence.
-Le colonel O'Neill est condamné à trois mois de prison ferme, de plus il est renvoyé de l'armée, sans solde. La sentence prend effet immédiatement.
Le tribunal se retira aussitôt.
Hammond demanda à parler à Jack.
-Je m'occupe de tout vous aurez des nouvelles le plus souvent possible.
-Merci général. Occupez vous bien d'eux, pendant mon absence.
-Qu'avez-vous l'intention de faire dans trois mois jack ?
-Trouvez un boulot, car je n'aurai pas de pension. Et puis rattraper le temps perdu et vivre avec ma famille.
Epilogue
Jack sortit sur le seuil, ébloui par le chaud soleil de la fin juillet. Il mit sa main en visière et ne vit personne. Poussant un soupir il prit le petit sac posé à ses pieds et quitta le quartier de la prison.
Il n'avait pas fait une dizaine de mètres qu'il la vit. Elle avançait vers lui, un enfant dans les bras, et un sourire rayonnant sur son visage.
Il la prit contre lui et l'embrassa tendrement, et caressa ses cheveux. Puis avisant la petite tête blonde, il déposa un baiser léger sur le petit crâne duveteux.
-C'est fini Jack, dit-elle, nous rentrons chez nous.
Ils rentrèrent à Colorado Springs. Jack trouva une place dans la police de la ville. Sam continuait à travailler à Cheyenne Mountain, mais elle n'allait plus sur le terrain.
La vie sur Eridu continuait, les fourmis de Enki poursuivaient leur petite vie dirigée par le dieu et à son seul profit. Mais la donne avait changé. La terre était au courant et bientôt une expédition serait menée contre Enki, qui ne se méfiant pas perdrait ce qu'il avait mis des siècles à préparer, ainsi que la vie.
Mais cette lutte ne concernait plus du tout Jack et Sam qui avaient beaucoup mieux à faire.
FIN
21
