Chapitre 2 : 9h

Lily apparaît sur le seuil. Avec ses longs cheveux roux qu'elle maintient en queue de cheval et ses adorables yeux verts, elle est magnifique, même lorsqu'elle porte de vieux vêtements.

« Peter ! s'écrie-t-elle. J'étais sûre que c'était toi. »

Je souris, elle s'élance vers moi, déverrouille d'un coup de baguette le portique aussi blanc que la barrière. Elle me serre rapidement dans ses bras puis me prend mon costume des mains.

« Te voilà bien chargé.

_ Je n'allais quand même pas arriver les mains vides. James ne l'aurait pas supporté. »

Elle éclate de rire. En ces temps de guerre, il est bon de voir que les disparitions et les meurtres peuvent parfois céder la place, dans nos esprits, à la joie et aux rires.

Je ressens un peu de honte pour mes rendez-vous secrets avec Severus. Je m'apprête à trahir deux de mes amis et à forcer un troisième à me suivre dans les Ténèbres. Mais je ne peux pas toujours me rallier du côté des perdants, n'est-ce pas ?

« Suis-moi.

_ Les autres sont déjà là ? »

Je suis Lily dans un hall d'entrée. Devant nous, sur la droite, se dresse un grand escalier. Sur les murs recouverts de tapisserie à fleur, sont accrochés toutes sortes de cadres. J'ai rapidement le temps de d'apercevoir une photo d'un bébé aux yeux bleus agitant une minuscule baguette devant lui, puis celle d'un enfant à lunette monté sur un poney gris. Je vois également James, âgé de onze ou douze ans, dans son uniforme d'écolier, Sirius et James, adolescents, assis dans l'herbe, dans un jardin et enfin un couple en tenue de mariés. Sur cette dernière photo, je reconnais les parents de James. Eux, je les ai déjà vu et même plusieurs fois sur le quai de la voie 9 ¾ à Kings Cross.

Lily m'emmène dans une pièce, sur la droite. Il s'agit d'un grand salon richement décoré. Plusieurs fauteuils et canapés de velours rouge encadrent un piano à queue. Est-ce que James en joue ? J'en doute.

Quelques paquets de diverses tailles et de diverses couleurs ont été déposés près de la cheminée.

« Tu peux mettre ton colis ici. »

J'obéis, tente de lire quelques noms sur les cartes mais je n'en ai pas le temps.

« On va mettre ton costume dans la chambre d'amis. Viens avec moi. »

Je la suis à nouveau et nous retournons dans le hall pour, cette fois, emprunter l'escalier.

« Lily, est-ce que les autres sont déjà là ?

_ Mes parents, oui. Sirius ne devrait plus tarder et Remus a déjà prévenu qu'il serait en retard. Je crois qu'il a un rendez-vous pour un nouveau travail ce matin. »

J'acquiesce mais Lily marche devant moi et ne me voit pas.

« Et James ?

_ Il est dans le jardin avec son père. Je ne l'ai jamais vu aussi énervé. On dirait un sombral devant un plat de boulettes de viandes. »

Je peux le comprendre. James est dingue de Lily depuis ses treize ans et aujourd'hui, il va enfin l'épouser. A sa place, qui ne serait pas au comble de l'excitation ?

Je serre la main sur la rampe de l'escalier. J'aurais aimé, moi aussi, avoir quelqu'un à aimer, quelqu'un qui puisse me combler de bonheur. Mais je n'ai encore jamais eu de vraie petite-amie. Une fois ou deux, j'ai vaguement embrassé une fille à Poudlard mais à chaque fois, c'était une tentative pour elles se rapprocher de Sirius. Pourquoi Merlin ne m'a-t-il pas affublé d'un physique ravageur moi aussi ? J'aurais aimé pouvoir me permettre de sortir avec n'importe qui, de faire un choix ou d'envoyer promener une fille sous prétexte qu'elle n'est pas assez jolie à mon goût.

Le palier ouvre sur un couloir chargé de portes. J'en compte au moins six mais je ne suis pas sûr de ne pas en oublier. A côté de la petite maison dans laquelle je vis avec ma mère, je me sens tout petit.

Lily ouvre une porte. Il s'agit d'une chambre occupée par un grand lit, une gigantesque armoire et un tableau représentant un gros dragon rouge ronflant bruyamment. Elle dépose mon costume, toujours dans sa housse, sur le lit, bien à plat pour qu'il ne se froisse pas.

« Tu te souviendras de la chambre ? Deuxième porte sur la droite. »

J'acquiesce. Elle frappe dans ses mains.

« Bien, allons rejoindre James. Je vais te présenter à mes parents aussi. »

Nous redescendons l'escalier. J'ai l'impression que cette journée va passer à cent à l'heure. Rien que d'y penser, je suis déjà fatigué.

Retour dans le hall d'entrée, cette fois, nous traversons une cuisine inondée de soleil. Des odeurs de rôtis, de pain et de pâtisseries m'envahissent. Je salive presque. Une femme est en train de remuer le contenu d'un saladier. Elle a de cheveux roux parsemés de fils argentés qu'elle tient serrés en chignon sur sa nuque et elle porte un tablier maculé de taches sur lequel est écrit « je suis le chef, je fais ce que je veux ».

« Maman, je te présente Peter Pettigrow, l'un des amis de James. »

La femme lève la tête. Elle a les mêmes yeux verts que Lily et le même sourire enchanté. Ses lèvres sont recouvertes d'un rouge brillant et agréable à regarder. De petites rides parsèment le coin de ses lèvres et ses yeux sont entourés de pattes d'oie. Elle dépose son saladier sur le plan de travail et me tend la main. Je la serre.

« Enchantée, Peter. Je suis Maggy, la mère de Lily.

_ Euh… très heureux de… vous rencontrer.

_ Vous étiez à Poudlard vous aussi, non ? »

Lily lève les yeux au ciel.

« Oui, maman, il est de ma promotion. Peter, Peter Pettigrow, tu te rappelles ? »

Maggy Evans acquiesce.

« Lily a beaucoup parlé de vous. »

Je rougis jusqu'aux oreilles. Ça aussi c'est l'un de mes défauts, je rougis facilement. Je n'aime pas beaucoup qu'on fasse trop attention à moi. Je suis un grand timide en fait. C'est curieux, n'est-ce pas, de toujours vouloir être le centre de l'attention générale mais d'avoir peur d'être trop remarqué ?

« Allez, je retourne à cette mousse au chocolat. Lily, tu veux bien allumer le four pour le rôti ? Je ne sais pas où est passée Eleonore. »

Lily allume le four d'un coup de baguette magique, ce qui a l'air de ravir sa mère. Je me rappelle alors que c'est une moldue. La magie, c'est tout nouveau pour elle.

Nous nous remettons en route et passons par une porte vitrée menant à la véranda. Des dizaines et des dizaines de gerbes de fleurs agrémentées de cartes et de parchemins sont entreposées là. L'odeur y est entêtante. Lily m'entraîne vers une autre porte et, cette fois, nous débouchons dans le jardin.

Le soleil tape fort. Il chauffe et illumine l'immense pelouse agrémentée ici et là de parterres de fleurs et d'arbres ou arbustes. Assis à même le sol à l'ombre d'un rosier, je reconnais James discutant avec un homme bien plus âgé. Les cheveux entièrement blancs, une barbe de même couleur lui mangeant les joues, je reconnais Howard, son père. Tous les deux se tournent vers nous en nous voyant arriver.

James se lève d'un bond et, du revers de la main, chasse quelques bruns d'herbe encore accrochés à son pantalon.

« Queudver, je suis content de te voir.

_ Est-ce que tu n'étais pas censé dégnomer le jardin, James ? le réprimande Lily.

_ Eh bien… mon père et moi étions justement en train de le faire et… je crois qu'on a fini. »

A cet instant, un minuscule visage de gnome apparaît de derrière la tige d'un rhododendron. James tente de le chasser d'un coup de pied mais le gnome s'enfuit dans les plantes. Howard se lève à son tour, il se passe une main sur le visage pour éponger un peu la sueur.

« Ravi de vous revoir, Peter.

_ Moi aussi, monsieur Potter.

_ Je vous laisse. Lily, je crois que ton père est encore à la cave ?

_ C'est là que je l'ai vu pour la dernière fois.

_ Je vais aller lui donner un coup de main. Je vous laisse entre vous. »

Il nous adresse un petit signe de la tête et disparaît dans la maison. Je regarde mes chaussures.

« Alors… euh… comment ça va ?

_ Merveilleux, s'exclame James en passant le bras autour des hanches de Lily. C'est le plus beau jour de ma vie, Queudver, tu peux le croire ? »

Je grimace un sourire. Ça oui, je peux le croire. Et d'ailleurs, je t'envie horriblement, James. Là, tout de suite, je donnerais dix ans, voire même quinze ou vingt, de ma vie pour avoir ta place.

Lily dépose un baiser sur la joue pas rasée de James.

« Je vous laisse finir de dégnomer le jardin. Ensuite, il faudra installer les tables. »

James gonfle les joues de dépit. Lily lui envoie une tape sur le bras.

« Tu veux un beau mariage, oui ou non ?

_ Ouais. Si ça ne tenait qu'à moi, on aurait tous mangé des saucisses et des chamallows grillés en chantant des chansons autour d'un feu.

_ Hors de question. Je veux que mes parents se souviennent de ce jour. Et je veux un mariage au moins aussi beau que celui de ma sœur.

_ Aussi beau ? Mais c'était un mariage culcul ! »

James lèves les deux mains, petits doigts en l'air et serre la bouche en cul de poule.

« Monsieur, madame, dit-il d'une voix de fausset, permettez-moi de proposer ce somptueux cocktails à base d'algues du Moyen-Orient. »

Lily lui envoie une nouvelle tape sur l'épaule mais elle rit aux éclats. Il y a quelques années, ces deux-là ne pouvaient pas se parler sans s'insulter ou se chamailler. Maintenant, ils sont… complices.

« Allez, reprend Lily. Il y a du boulot. Mais que fait donc Sirius ? »

A mon avis, il ne s'est pas réveillé à l'heure. Le connaissant, il est sorti hier soir, il est rentré tard, probablement ivre mort et là, il doit être en train de baigner dans son jus à ronfler joyeusement. Lily nous laisse dans le jardin et suit les traces du père de James.

« Alors ? dis-je. Qu'est-ce qu'on fait ? On dégnome le jardin ?

_ Nan. J'aime bien les gnomes, c'est rigolo. Je ne vais quand même pas les priver de ce magnifique habitat que sont les fleurs de ma mère.

_ Elles sont jolies ces plantes. C'est dommage de les laisser abîmer.

_ Peter, tu ne sais pas de quoi tu parles ! Ma mère m'a forcé à planter chacune des graines quand j'étais gamin. J'ai passé des heures et des heures de torture à jardiner pendant mes vacances d'été. Et crois-moi, j'avais horreur de ça ! »

Il prend sa baguette passée dans la ceinture de son pantalon.

« Après, on se demandait pourquoi je n'aimais pas la botanique. »

Il fait une grimace.

« Un traumatisme d'enfant. Viens, on va plutôt installer les tables. »

Il m'emmène vers une petite cabane perdue dans la végétation. Ce jardin est formidable avec toutes ces plantes et tout cet espace. James a dû bien s'y amuser lorsqu'il était enfant. Moi, la maison de ma mère ne contient aucun espace vert. Mon seul terrain de jeu a toujours été ma chambre.

James ouvre en grand les portes de la cabane. Il fait sombre et poussiéreux là-dedans. J'avise les toiles d'araignées qui pendent du plafond. Quatre tables sont empilées dans un coin. Je lui donne un coup de main pour les sortir. Mais une fois qu'elles sont toutes disposées sur la pelouse, je fronce les sourcils. Il n'y a là de quoi accueillir qu'une petite dizaine de personnes.

« Euh… James ? Tu as invité combien de personnes à ton mariage ? »

Il plisse les paupières et se met à compter silencieusement sur ses doigts.

« Une cinquantaine, je crois.

_ Et tu comptes tous les installer autour de ces tables ?

_ Oui.

_ On va être un peu serrés, non ? »

Il regarde les tables d'un œil critique.

« Non. Ça devrait aller. Tu crois que ça ne sera pas suffisant ?

_ Attends, ce sont des tables pour quatre personnes au maximum ! Et encore, il ne faut pas être trop gros ! »

James fait la moue.

« Amplificatum. »

L'une des tables s'étire dans un affreux grincement de bois. En quelques secondes, elle atteint la taille d'une grande table, capable d'accueillir une quinzaine de personnes.

« Ne me dis pas que tu ne connaissais pas ce sort, Flitwick a mis trois semaines à nous le faire apprendre en quatrième année. Allez, on fait pareil avec les autres et on les dispose là-bas, au milieu du jardin. »

Nous passons les quinze minutes suivantes à agrandir et disposer les tables selon le meilleur angle possible. J'étais assez partant pour les disposer de la même façon que les tables de banquet de la grande salle à Poudlard mais James finit par les installer en carré.

« C'est plus sympa comme ça. Et du coup, Lily ne pourra pas dire qu'on en exclue encore quelques-uns. Même si je placerais bien certaines personnes dans le fond du jardin. »

Il affiche un air de conspirateur que je lui connais bien. A l'école, quand il avait ce regard, Severus pouvait aller se cacher.