L'air était moite et humide, comme si une couverture glacée les avait recouverts. La brève bataille n'avait fait aucun mort du côté des nains, seulement quelques blessures, mais ils se délaçaient lentement, comme s'ils souffraient, ce qui n'était pas loin de la vérité. Leurs petits héritiers de Durin… leurs malicieux, galopants, braves petits gars. Kíli et Fíli faisaient partie de leur troupe à tel point que leurs vies étaient liées à celles de leurs jeunes maîtres. Aucun d'eux n'avait prononcé un mot depuis la capture, et leur leader, Thorin, était plus calme encore.

Dwalin s'arrêta devant la clairière. La nuit était profonde et Thorin était assis sur un arbre couché, le dos courbé. Se raclant la gorge pour signaler sa présence, Dwalin s'avança vers l'autre nain.

"Thorin" commença-t-il, et sa voix résonnait étonnamment fort dans le vent froid. "Les gars… ils sont prêts à porter le fardeau de la perte des petits. Ils feront pénitence de la manière – "

"Non" dit Thorin. Sa voix était creuse, sépulcrale. "Personne n'est à blâmer".

Sauf moi. Dwalin comprit le reste de sa phrase inexprimée.

"Thorin", soupira-t-il, sentant à la fois exaspération et tristesse et ne sachant comment réprimer ni l'une ni l'autre. "Ce n'est pas de ta faute !".

Il y eut un long moment de silence de la part de Thorin, à tel point que Dwalin pensa qu'il ne l'avait pas entendu. Puis, la tête sombre de Thorin s'inclina encore plus.

"Je suis resté ici Dwalin". Ses larges épaules tremblèrent. "Je suis resté ici à jouer avec des armes pendant que les Orques les emmenaient".

Dwalin bougea sans s'en rendre compte. Il saisit l'épaule de Thorin, ne relâchant pas son emprise alors même que Thorin sursauta comme électrocuté. Son visage hagard reflétait de la fureur et tellement de tourments.

"Ils – ils pourraient mourir et leurs dernières paroles entendues auraient été une réprimande de leur oncle". Sa voix vacillait, dangereusement proche de la folie.

Dwalin le secoua une fois, dur et intransigeant. "Arrêtes ça", ordonna-t-il. Il saisit la tête de Thorin et la rapprocha de lui, plaquant leurs fronts ensembles. "Ne dis pas ça. Nous n'allons pas nous perdre dans le désespoir. Pas maintenant Thorin !".

Il y eut un seul son – quelque chose d'étranglé et d'angoissé – de la part de Thorin.

"Nous n'avons pas les cinq cent pièces d'or. Et aucune aide des Ered Luin ne pourra arriver d'ici trois jours. Nous ne pouvons attendre pour l'échange".

"Oui" acquiesça Dwalin, sa main serrant les cheveux de Thorin. "Alors que faisons-nous ?".

Les yeux de Thorin se fermèrent, cachant son trouble pour un bref instant, et lorsqu'ils s'ouvrirent à nouveau, il y avait de la clarté en eux. "On suit les Orques, on les traque, et on les fait payer." De la dévastation à l'état pur habitait son regard, un regard cependant déterminé, aiguisé par la rage. "Il n'y aura pas de repos, pas de répit tant que nous n'aurons pas récupéré Fíli et Kíli, et taillé en pièces ces Orques".

"Bien". Dwalin expira, ses lèvres se plissant en un sourire sauvage. "Bien. Donne-en l'ordre. Les gars sont prêts et attendent".

Trois jours et trois nuits, leur temps imparti. La vie de Fíli et Kíli, leur enjeu.

Ainsi commença la chasse.

()()()

Il lui sembla que le voyage ne finirait jamais. L'horrible bras épais sur sa poitrine entravait sa respiration et il luttait pour ne pas paniquer, et pour ralentir sa respiration de façon à ne pas s'étrangler. Il n'a pas pleuré, cela aurait fait trop plaisir à l'Orque et il aurait resserré son bras, comme il l'a fait pour Kíli. Il a demandé à Kíli de se calmer, la terreur faisant paraitre sa voix en colère. Et c'est ce que Kíli a fait, reniflant jusqu'à ce qu'il soit totalement silencieux.

Ce qui effraya encore plus Fíli, jusqu'à ce que l'Orque les bouscule particulièrement fort et que son bras bouge. Il aperçut alors son petit frère, les yeux fermés, des larmes sèches encore accrochées à ses cils. Il s'était endormi d'épuisement à force de pleurer. Cela rendit Fíli triste et soulagé dans le même temps. Peut-être serait-ce mieux… si Kíli restait endormi pour les trois jours à venir.

Ils n'auraient pas autant de chance malheureusement.

Les Ouargues s'arrêtèrent à un campement dans un endroit isolé des bois. Le regard de Fíli se promena tout autour de lui, et il put voir que la cachette des Orques n'était rien de plus que des tentes montées hâtivement, en peaux d'animaux – qui sentaient toujours horriblement mauvais – et rameaux pourris. Mais c'était isolé, caché au-dessus par un auvent obscur de branches et de feuilles, et de tous côtés par des bois épais.

Le bras de l'Orque se leva soudainement et Fíli se retrouva jeté au sol. Ill eut à peine le temps d'étouffer un cri, de se hisser et de tendre une main pour stopper la chute de Kíli, qui fut jeté de la même façon. Kíli atterrit directement sur sa poitrine, et les deux garçons retombèrent au sol, Kíli se réveillant avec un gémissement, Fíli étreignant rapidement son frère avant qu'il ne se remette à pleurer.

"Espèces d'asticots", siffla l'Orque, donnant un coup de pied et atteignant les deux jeunes avec. Il se mit à rire lorsqu'ils hurlèrent et se replièrent sur eux-mêmes, l'ainé enroulant son corps autour du plus jeune de façon protective.

Ce devint alors un jeu. Les autres Orques s'étaient rassemblés autour d'eux et poussaient des cris perçants, blessant les jeunes nains en lançant des bâtons et des pierres, tout ce qui pouvait potentiellement ressembler à des armes, jusqu'à ce qu'ils s'ennuient de leur nouveau "sport".

Et durant toute l'épreuve, Fíli serra les dents, faisant en sorte de garder le visage de Kíli niché dans son cou afin qu'il ne voie pas la malveillance sur leurs visages déformés, respirant profondément pour que la douleur soit plus tolérable.

Ils passèrent la nuit de cette façon, les bras et les jambes enveloppées étroitement autour de l'autre - personne ne pouvait dire où commençait l'un des garçons et où terminait l'autre - grelottant contre le froid et se voyait promettre d'être dévorés vivants si l'or n'arrivait pas à temps.

()()()

Ils traquèrent et cherchèrent et fouillèrent les bois, ne se reposant jamais, ne s'arrêtant que pour respirer, se regrouper et affiner leur recherche, puis recommençant à nouveau.

Un jour et une nuit étaient passés, le délai des trois jours se profilant à l'horizon, suspendu au-dessus de leurs têtes comme un glas.

Certains d'entre eux avaient cédé à la frustration, d'autres grinçaient des dents, ratissant le sol avec colère et un effort redoublé. Et ensemble, ils retournèrent les bois, des envies de revanche à l'esprit.

La deuxième nuit, ils les trouvèrent. Les pistes incontestables des bêtes immondes et de leurs cavaliers souillaient la terre et les plantes.

La main de Thorin s'accrocha à Dwalin avec une force renouvelée, et ils échangèrent un regard qui se passait de mots.

On les trouve.

On reprend ce qui nous appartient.

On se venge.

()()()

Un grondement sourd s'éleva à nouveau du ventre de Kíli.

"J'ai faim et soif" dit-il doucement. Aussi silencieusement qu'il pouvait, à compter que Kíli n'était jamais silencieux. Il avait été très courageux cependant, Fíli le savait. Plusieurs fois Kíli fut sur le point de pleurer, mais à chaque fois il refoula cette envie et se mordit les lèvres, et tout ce qui sortait de sa bouche était des sanglots secs.

"Moi aussi". Fíli sourit malgré sa peur. Il étira ses membres engourdis du mieux qu'il put avec Kíli blottit contre lui. Tout son corps lui faisait mal.

"J'ai peur". La voix de Kíli était maintenant un peu plus forte, empreinte de fragilité.

Fíli ferma les yeux pour empêcher ses larmes de couler, puis les ouvrit et sourit à son frère. "Moi aussi".

"Je déteste les Orques, ils puent".

Cette fois-ci, Fíli n'eut pas à se forcer énormément pour sourire. "Je le pense aussi" murmura-t-il, laissant Kíli prendre une de ses tresses pour la frotter contre sa joue. C'était une habitude que Kíli avait depuis le moment où, bébé braillard, il pût s'accrocher aux cheveux de son frère, et qu'il avait gardée depuis.

Les Orques étaient plus qu'une simple puanteur. Fíli regarda autour de lui frissonna de nouveau, même s'il avait observé les Orques pendant deux jours et une nuit désormais. Ils ne ressemblaient à rien que ses pires cauchemars puissent conjurer, n'avaient rien à voir avec la façon les histoires les décrivaient. Ils étaient pires. Des formes bestiales et déformées, criblées de plaies purulentes. Des gueules béantes pleines de dents tranchantes et pointues. Des yeux pleins de haine. Heureusement, depuis la première nuit, les Orques ne s'étaient guère préoccupés d'eux, plus intéressés dans le balayage les bois à la recherche de restes et de carcasses.

"Petit rat". Il y eut un grondement soudain dans leur direction.

Fíli se tendit, et la main de Kíli tira douloureusement sur sa natte. Ils levèrent les yeux sur l'Orque approchant. Une faim primitive habitait son regard noir.

"Toi". L'orque pointa Fíli. "Lève-toi".

Dans un souffle tremblant, Fíli poussa soigneusement Kíli à côté puis derrière lui, et se mit lentement sur les genoux. C'était difficile. Il avait été accroupi dans la même position pendant si longtemps que tout son corps lui faisait mal. Il espéra juste que l'Orque ne ferait que lui jeter des pierres, parce qu'il savait désormais qu'il y avait des choses pires que la mort. Et il y avait Kíli, qu'il protégerait de sa vie.

Sifflant avec impatience, l'Orque l'attrapa par le devant de sa tunique et le tira en position verticale. Les mains de Fíli vinrent instinctivement s'accrocher à la fétide main humide, et l'Orque le secoua tellement fort que ses dents s'entrechoquèrent et qu'une douleur lui traversa le dos à maintes reprises.

"Lâche-le !". Le petit hurlement féroce vint de derrière Fíli, et il sentit son cœur s'arrêter. "Touche pas à mon frère !".

L'image floue de cheveux noirs et d'un bout de la tunique verte de Kíli passa à toute vitesse devant Fíli et s'agrippa à la jambe de l'Orque. Avant que son frère ne puisse lui hurler de se stopper, Kíli enfonça ses petits dents pointues dans la chair de l'Orque. Ce dernier hurla, libéra Fíli et se reporta sur Kíli, saisissant le petit par la tête et le soulevant de terre. Kili donnait des coups de pieds et se débattait, criant plus de fureur que de douleur.

"Non !". Ce fût au tour de Fíli de crier.

Les autres Orques s'étaient rassemblés. Plus que la haine méprisante de la veille, il y avait désormais une soif de sang dans leurs orbes creuses. Ils semblaient attendre, la morbide anticipation du sang versé planant au-dessus d'eux.

L'Orque arqua sa tête avec un rire maléfique. "Un bras ou une jambe ne leur manquerait pas". Ses dents brillaient sous la lune blafarde. Sa langue serpentait, léchant ses dents.

"Vous ne pouvez pas !" cria à nouveau Fíli, son cœur battant la chamade dans sa poitrine. "Vous ne pouvez pas faire ça !". Son cerveau fonctionnait à toute vitesse et il essayait de ne pas laisser la peur se voir sur son visage.

"Et pourquoi pas, petit rat ?"

"Parce que…" La bouche de Fíli s'assécha. Il n'arrivait pas à penser, les yeux fixés sur la forme de son petit frère se débattant et criant, mais il le fallait, il le fallait.

"Parce que les cinq cent pièces d'or sont pour nous deux ! Entiers. Un bout… un bout de moins et vous aurez moins de cinq cent pièces". Fíli vit l'Orque faire une pause, et continua dans un souffle précipité. "Avec un bras en moins, ou une jambe, mon Oncle ne payera pas la totalité".

L'Orque grogna et gronda, mais son bras s'abaissa, posant durement Kíli sur le sol. "Quelques doigts alors !".

"Recule, misérable ver"

Cette voix appartenait à leur chef, Fíli la reconnut parmi les autres par le mal sournois qui s'en échappait. La créature avança, plus grande que les autres, plus forte, son regard dépourvu de faim irréfléchie. Il se pencha, attrapa Kíli par le col de sa tunique comme s'il n'était qu'un jouet, et le jeta sur Fíli sans aucune délicatesse.

Fíli rattrapa son frère avec des bras tremblants et un cœur qui ne voulait stopper le bruit sourd qu'il faisait. Kili était encore en colère et luttait, alors Fíli dût une fois de plus le placer derrière lui et le faire taire.

"On veut l'or. En entier" ricana le chef. Il tendit un énorme bras strié, sa main s'emmêlant douloureusement dans les cheveux de Fíli, lui tirant la tête en arrière et se rapprochant si près de lui que son souffle nauséabond atteignait le blond en pleine figure.

"Un asticot plutôt intelligent. Ton nom ?"

"Fíli" dit-il, ses ongles creusant ses paumes pour ne pas tressaillir.

"Et ton oncle puissant ?"

Il y avait de la malveillance dans la voix de l'Orque. Fíli se redressa, aussi grand qu'il put, rejetant ses épaules blessées en arrière. "Tu connaîtras son nom, quand il te couperas la gorge et donnera ton cadavre à tes chiens".

L'Orque rejeta sa main en arrière avec un sifflement, de la cruauté brillant dans ses yeux sans paupières. "Il y a d'autres façons de souffrir, jeune nain".

Ce fut la dernière chose que Fíli entendit avant qu'un claquement sec ne se fasse sentir sur sa joue.


Voilà, voilà, le deuxième chapitre :)

Merci beaucoup pour les reviews, ça fait plaisir de voir que vous appréciez mon travail de traduction

La dernière partie est plus longue alors je sais pas si je pourrai la sortir dans 3 jours mais je vais faire tout mon possible :)