Révélation (suite)

« Des animagus ? »

J'étais assis dans un fauteuil moelleux devant la cheminée, lisant un livre que Lily m'avait prêté. Un roman moldu passionnant écrit par un Français il y a plus de cent ans. J'entendis soudain un cri de joie qui émanait de notre dortoir. A tout hasard, je me dis qu'il provenait de Sirius. Je soupirai en secouant la tête. Ils n'auraient pas pu insonoriser le dortoir ? Je vis quelques têtes se tourner dans la direction des escaliers d'où jaillit Sirius, suivi de près par Peter et James. Tous les trois affichaient un sourire triomphal et leurs yeux pétillaient d'une malice qu'ils n'essayaient même pas de cacher. Ils se dirigèrent vers moi en bondissant littéralement et je fronçai imperceptiblement les sourcils, me méfiant de la raison de leur attitude plus que suspecte.
« Hey, Remus ! s'exclama Sirius. Ça va depuis ce midi ?
- Tu veux dire depuis que vous vous êtes isolés dans le dortoir, avec clairement affichée sur votre visage l'intention d'un mauvais coup ? Oui, je vais bien. Que se passe-t-il ? »
Il grimaça à mon intervention, me rendant encore plus soupçonneux à leur égard. Qu'avaient-ils encore bien pu faire ?
« Fais pas cette tête, intervint James. Suis-nous et tu verras... »
Sur ce, ils s'élancèrent de nouveau dans les marches de pierre menant au sommet de la tour où se trouvait notre dortoir. Ils n'attendirent aucune réponse, connaissant trop bien ma curiosité naturelle. D'autant que j'espérais - sans trop y croire - que ce qu'ils voulaient me montrer aurait un rapport avec cette sensation étrange que j'avais en leur présence depuis quelques semaines... Comme si quelque chose avait changé chez eux, que je n'arrivais pas à définir...
Leur état d'excitation ne me disait cependant rien qui vaille mais je les suivis, en maraudeur fini que j'étais. J'espérais - toujours sans trop y croire - arriver à les contenir pour qu'ils ne fassent pas trop de bêtises. Après tout, octobre venait à peine de commencer et ma nomination en tant que préfet me permettrait peut-être de leur faire comprendre qu'il n'était pas dans leur intérêt de faire un coup d'éclat après à peine deux mois de cours.
Lorsque j'entrai dans la pièce en haut des marches, il n'y avait personne en vue. Mû par un pressentiment, je fermai la porte derrière moi et l'insonorisai d'un bref mouvement de baguette, on n'était jamais trop prudent. Le dortoir était trop silencieux si on prenait en compte le fait qu'il était censé y avoir deux voire trois énergumènes notoires dans la pièce. J'entendis un bruissement discret près du lit de James dont les tentures étaient fermées. Je m'en approchai, tous les sens en alerte, en me demandant ce que j'allais y trouver.
Enfin, je contournai le baldaquin et me figeai brutalement. Devant moi se tenaient trois animaux à l'assortiment hétéroclite : un superbe cerf me surplombait, sa robe ambrée luisant à la faible lumière du soleil automnal qui passait par la fenêtre derrière lui, à ses côtés se tenait un énorme chien noir au poil ébouriffé dont l'apparence n'avait rien à envier aux illustrations de Sinistros de nos livres de divination, et enfin, un rat gris complétait le tableau, se tenant sur ses pattes arrière afin de pouvoir mieux me voir. J'écarquillai les yeux lentement, m'appuyant sur la colonne du lit de James afin de ne pas basculer en arrière, mes jambes refusant de me porter plus longtemps. Le pire dans tout cela, c'était leur regard : il était humain.
« Qu'est-ce que... ? Qu'est-ce qui... ? Où sont... ? » balbutiai-je difficilement.
Les trois animaux échangèrent un bref regard. Je ne perdais de vue aucun de leurs mouvements. Ils semblèrent se mettre d'accord et le cerf hocha la tête, aussi étrange que cela puisse paraître venant de l'animal. J'essayai de mettre un nom sur ce que mes sens tentaient de me dire depuis tout à l'heure, le fait que ces animaux étaient mes amis. J'identifiai alors James sous la ramure du cervidé, Sirius en tant que monstre noir plein de poils - qui ferait peur à n'importe qui même en voulant paraître gentil - et Peter comme le petit rat grisonnant à la queue en alambic.
Tout d'un coup, les bêtes disparurent pour laisser place à trois adolescents qui semblaient vaguement amusés et qui me fixaient attentivement, attendant sûrement une réaction de ma part. Je me laissai glisser le long de la colonne du lit, m'asseyant sur le sol de pierre froide. Ils attendirent patiemment, le temps que je me remette de ma surprise, de mon ébahissement total, de mon admiration et de ce maelström d'émotions qui m'avait submergé à leur vue.
« Que... ? Comment... ? parvins-je, difficilement, à articuler au bout d'un certain temps. Je croyais que vous aviez abandonné l'été dernier ? »
Ils semblèrent gênés et James et Sirius jetèrent un bref regard à Peter qui grimaça légèrement.
« Oui, parce que c'était vraiment difficile et encore plus pour moi d'ailleurs, répondit ce dernier. En fait, je voulais continuer mais sans leur aide, je n'aurais rien pu faire alors je les ai poussés à faire des efforts en faisant appel à tous leurs bons sentiments, expliqua-t-il. Crois-moi, ça c'était le plus difficile... »
Il se tut quand il se prit un coup de coude de la part de Sirius et nous éclatâmes de rire devant l'expression gênée de ce dernier et l'amusement de Peter.
« Je n'ai réussi qu'à l'instant, reprit-il, Sirius et James y arrivent depuis environ six mois mais ils m'ont attendu et m'ont aidé avant de te l'annoncer. Par contre, dès que je me suis transformé, nous sommes venus te voir, ne supportant plus d'attendre pour te le dire.
- Un cerf, un rat et un chien ? continuai-je après avoir brièvement acquiescé aux paroles de mon ami. Fantastique !
- N'est-ce pas ? s'écria Sirius. C'est trop bien, hein ? Avoue que je suis le plus beau ! »
Nous lui jetâmes tous un regard narquois qu'il ne sembla pas voir. Je me relevai et frappai dans leurs mains. Nous étions littéralement surexcités, je réfléchissais à toutes les possibilités que cela offrait d'avoir trois animagi pour amis et j'étais persuadé qu'ils faisaient de même. Nous échangeâmes des regards de satisfaction tandis que nous exécutions une espèce de gigue autour du poêle au milieu de notre dortoir, non sans pousser des exclamations de joie et sans crier à tue-tête les nouvelles capacités de mes amis. Je fus heureux d'avoir pensé au sortilège d'insonorisation en entrant.
Nous nous arrêtâmes au bout d'un très long moment, essoufflés mais ressentant un grand sentiment de satisfaction. Nous nous affalâmes sur le lit de Sirius en haletant bruyamment. Le temps de retrouver toute notre respiration. Enfin, James s'assit en tailleur au bout du matelas et reprit un air sérieux qu'il n'arborait que très rarement - et c'est un euphémisme.
« Nous devrions peut-être nous trouver des surnoms s'accordant avec notre forme d'animagus, non ? »
Nous le fixâmes tous avec intérêt, notre curiosité de nouveau éveillée. Je vis mes deux autres amis hocher la tête et je m'empressai de faire de même. James sourit, les yeux pleins de malice.
« Tu es déjà Lunard, à l'unanimité plus une voix, Remus, m'informa Peter avec le même regard que le brun à lunettes.
- Ah ?
- Oui, et comme on y réfléchit depuis longtemps, tu n'as pas le choix, » renchérit Sirius.
Je haussai les sourcils d'un air narquois. Ils semblèrent cependant attendre ma réponse et je pris un malin plaisir à les faire attendre. D'autant que je savais d'expérience qu'ils n'étaient pas patients pour une noise. A part tout à l'heure quand ils attendaient que je réagisse d'une manière ou d'une autre, mais les circonstances étaient alors exceptionnelles.
« D'accord, ça me plaît bien, dis-je enfin sous leur regard soulagé. Et puis, de toute façon, je n'ai pas le choix, ajoutai-je avec un clin d'œil à Sirius qui esquissa un sourire entendu. Prenez vos apparences animales afin que l'on puisse déterminer vos surnoms. Si le mien est en rapport avec la lune, autant que les vôtres soient en rapport avec votre physique. »
Après une exclamation de joie, James se dévoua le premier en quittant d'un bond le lit et en se transformant dans la foulée, si bien qu'il se réceptionna sur le sol dans un bruit assourdissant de sabots. Nous l'observâmes pendant quelques secondes avec attention et il ne bougea pas, gardant une immobilité presque parfaite. Je remarquai particulièrement ses nombreux andouillers.
« Noisette ? » proposa Sirius, n'ayant visiblement pas d'inspiration.
Nous le regardâmes avec des yeux écarquillés, y compris le cerf, ce qui était très étrange, et dans un parfait synchronisme, nous secouâmes la tête de gauche à droite. Il soupira mais ne chercha pas à argumenter, montrant qu'il ne croyait pas lui-même en ce qu'il avait dit plus tôt.
« Ça manque franchement d'originalité, il faut qu'on trouve quelque chose qui nous différencie des autres, mettant en valeur notre côté maraudeur sans pour autant que les autres comprennent automatiquement de quoi il en retourne, » expliquai-je avec un ton professoral.
Il hocha la tête et nous en restâmes là, détaillant toujours l'animal qui commençait à s'impatienter en tapant le sol de ses sabots.
« Pourquoi pas Cornu ? » suggérai-je alors.
Il y eut un moment de silence puis Peter se leva brusquement, ayant visiblement trouvé une idée lumineuse, du moins l'espérais-je.
« Cornedrue ! » s'exclama-t-il.
Un autre silence, le temps que nous assimilions ce qu'il venait de dire. Finalement, James reprit sa forme normale en s'écriant :
« Adopté ! Je serai à partir de maintenant Cornedrue ! »
Il se tourna vers nous avec un grand sourire, puis tout à coup, son expression devint presque machiavélique. D'habitude, il n'était comme cela que lorsque cela concernait les Serpentard mais j'en compris vite la raison.
« A toi, Sirius, » continua-t-il.
Ce dernier se plia bon gré mal gré et descendit prestement du lit où James se rassit à côté de moi, suivi par Peter. Bientôt, nous fîmes face à un énorme chien noir.
« Tu ne trouves pas qu'il ressemble à un Sinistros ? demandai-je à James.
- Si. C'est la première chose que nous lui avons dite lorsqu'il s'est transformé pour la première fois. Il n'était pas content. »
Peter pouffa et le chien nous lança un regard exaspéré alors que nous affichions un sourire moqueur qui lui était clairement destiné. Il jappa avec force, attendant une proposition visiblement. Il s'assit et nous observa, la langue pendante, pleine de bave.
« Beuark, tu es écœurant, Sirius ! s'exclama James. On devrait t'appeler Baveux ! »
En réponse, le chien mit ses deux pattes avant sur ses genoux et tenta de lui lécher le visage. Il se fit immédiatement repousser par notre ami à lunettes tandis que Peter et moi éclations de rire.
« J'ai pas d'idées... souffla Peter un instant plus tard.
- Donne la patte ! » s'écria soudain James.
Nous lui lançâmes tous trois un regard plus qu'exaspéré. Il nous ignora et répéta. Sans pour autant déclencher une quelconque réaction chez notre ami canin.
« Allez, Sirius, je veux juste voir quelque chose ! »
Le chien couina d'un air agacé mais tendit sa patte, visiblement à contrecœur, au plus grand plaisir de James qui s'en empara et qui caressa la fourrure noire et épaisse de son meilleur ami, au risque de se faire mordre. Soudain, il écarquilla les yeux et toucha plus particulièrement les coussinets du chien, qui émit un son étrange à mi-chemin entre le couinement de douleur et le rire.
« Hey, touchez ! nous intima-t-il. C'est tout doux et mou ! »
Nous nous exécutâmes et furent tous surpris par la douceur de cette patte. De toute évidence, nous étions prêts à associer Sirius à tout, sauf à la douceur. En même temps, c'était un peu normal, je n'avais jamais touché de coussinets rugueux.
« C'est normal, James, ce sont les coussinets, dis-je non sans une certaine exaspération.
- Oui, mais comme ça vous comprendrez le surnom auquel je pense ! »
Nous le fixâmes tous, attendant l'explosion de la bombe avec un air blasé qui en aurait surpris plus d'un. Bien que la situation actuelle en elle-même en eût surpris beaucoup, à commencer par les professeurs McGonagall et Dumbledore... Oh, Merlin, en faisant cela, n'étais-je pas en train de trahir la confiance que ce dernier avait placée en moi lorsqu'il m'avait permis d'entrer à Poudlard malgré ma condition plus qu'embêtante ? Je me sentis tout d'un coup horriblement mal. Mais heureusement, James ne nous avait toujours pas dit sa fameuse idée.
« Moldoux ! »
Oh, Merlin tout puissant ! Horrible ! Et mon avis semblait partagé par Sirius qui récupéra sa patte. Je me pris le visage entre les mains, m'interrogeant sérieusement sur ce que je devais faire avec cet étrange débile mental qu'était mon ami Potter actuellement.
« Tu ne trouves pas que cela ressemble un peu trop à ''moldu'' ? fis-je remarquer, en le fixant avec dépit.
- Ah, si... J'avais pas remarqué... souffla-t-il.
- Padoux alors ! contra Peter dans une vaine tentative pour trouver une meilleure idée.
- Non, ça ne le fait pas ! Tu dis le contraire de James, là ! répliquai-je. Pourquoi pas Patmol pendant que tu y es ?! »
Un silence stupéfait : mes amis me regardaient avec des yeux écarquillés.
« Patmol, c'est pas mal, approuva lentement James. Qu'est-ce que tu en dis Sirius ? »
Le chien jappa en se relevant et en remuant la queue. Nous soufflâmes tous en chœur.
« Pourrais-tu être plus clair ? En reprenant ta vraie forme, par exemple ? soupira James.
- Je disais que j'adorais ce surnom, je le garde ! Que vous le vouliez ou non, dit notre ami après s'être métamorphosé de nouveau. Tu es un génie Remus, ou peut-être devrais-je dire, Lunard ? »
Je souris et il éclata de rire à la surprise générale, ne comprenant pas la raison de son hilarité soudaine. Je fronçai les sourcils mais finis par abandonner l'idée de décrypter les agissements de notre ami en me tournant vers Peter qui comprit en un simple regard ce que je lui demandais. Il se transforma en rat et se laissa glisser sur le sol près de Sirius qui se roulait par terre de rire. Il le mordit, ce qui calma instantanément notre ami aux cheveux longs qui se redressa en poussant un cri indigné tout en se tenant le doigt. Cette fois nous eûmes une bonne raison de rire avec James et nous ne nous en privâmes pas.
Passé le premier instant de frustration, Sirius nous rejoignit en affichant une moue boudeuse qui redoubla notre hilarité. Il fixa Peter qui attendait que nous ayons fini de rire. Mon cœur était léger, mes amis avaient réussi un exploit que bon nombre de sorciers plus expérimentés n'avaient pu réaliser et nous étions tranquillement en train de nous amuser dans notre dortoir alors que cet exploit pourrait justement les envoyer en prison sur-le-champ. Ils avaient fait ça pour moi, malgré les difficultés rencontrées, je me sentis encore une fois chanceux d'avoir de tels amis près de moi...
Nous détaillâmes Peter, échangeâmes un regard et nous exclamâmes en même temps, prouvant que nous étions sur la même longueur d'ondes.
« Bienvenue, Queudver ! »

Fin