Chapitre 2 : Lumière aveuglante :
Après le déjeuner, Scott proposa :
On va en ville ? Faire un tour ?
À quoi elle répondit, et, il pouvait s'y attendre :
J'aimerais me reposer Scott, si cela ne t'ennuie pas…
Il mit alors les mains dans ses poches et sortit de table avec la même posture qu'un enfant de six ans, à qui on avait refusé un paquet de bonbons. La télépathe se perdit alors dans ses pensées et quand, elle en sortit, ce fut grâce à Logan, qui posait, avec violence, son assiette sur le bord de l'évier. Corvée de vaisselle en vue !
Il la regardait alors attentivement, louchant sur ses cernes et sur ses yeux plissés et lui adressait un léger clin d'œil. Parfois, Jean avait vraiment l'impression que c'était lui le télépathe. Il semblait constamment la sonder de son regard perçant.
Jean traversa alors la salle à manger, désormais vide, repue et épuisée, elle se dirigea vers sa chambre. Son après-midi était libre, elle allait enfin pouvoir dormir !
« Il était temps » pensa-t-elle.
Elle traversa les couloirs, passant près de bureau du professeur, de la chambre de Kitty, Kurt, et longea celles de Logan et de Malicia. Elle soupira en remarquant la porte gelée, de la chambre de sa camarade. Iceberg n'était pas loin ! En s'approchant elle découvrit avec émotion le motif gravé dans la glace. Un soleil dont les extrémités s'allongeaient avec finesse. À son centre, on pouvait y reconnaître un visage. Celui-là, familier n'était autre que celui de Malicia.
Elle le considéra un moment et pensa que Bobby avait un vrai talent. Elle observa les détails de l'œuvre encore quelques minutes, puis fit volte-face et rentra dans sa chambre, de l'autre côté du couloir.
Une fois alitée, elle revoyait encore ce soleil. Comme si sa lumière était inscrite à jamais dans ses yeux. Elle se retournais encore et encore dans son lit sans parvenir à trouver le sommeil. En plus de cela venait d'ajouter un terrible mal de tête, dont elle estimait la provenance, bien qu'étrange. La lumière avait-elle suffit pour déclencher une pareille migraine ? Apparemment oui.
Ou alors, était-ce parce qu'elle avait manqué à ses heures d'inconscience habituelles ? Elle espérait trouver le sommeil très vite malgré la pesante douleur qui lui déchirait la tête. Ses souvenirs ne gâcheraient pas un moment pareil pour refaire surface. « Non ! Concentre-toi Jean, n'y pense pas ! ». Ses pensées s'entremêlaient dans sa tête et elle n'en déchiffrait plus le sens. La lumière restait bien présente malgré elle. Elle sentait que sa mémoire tentait de se frayer un chemin parmi les éclats aveuglants qui lui cillaient le crâne.
« Jean ! » entendit-elle résonner dans sa tête.
Le bruit avait l'air réel. Elle y reconnut la voix de Scott et cela lui donna une idée. Elle tenta de se concentrer sur la première chose lui venant à l'esprit. Et ce fut… le visage de son ami qui apparut devant ses yeux clos. Elle soupira, elle se faisait violence pour ne pas penser à l'attachement qu'elle lui témoignait - plus ou moins secrètement, grâce à Kitty.
Elle décida alors qu'elle n'avait pas le choix et osa pour la première fois, contempler le visage de Scott, même dans la version inexacte de sa conscience. Jamais, elle n'avait vu ses yeux. Cela lui fit penser au jour où elle avait tenté de lui retirer les lunettes sans savoir pourquoi il en portait constamment. Un arbre avait rejoint l'éternité ce jour-là, ainsi que deux ou trois plates-bandes. Elle sourit, et cela lui fit oublier la violente migraine qui sévissait dans son cerveau. L'éclat de la lumière diminuait, se faisait de plus en plus faible, et il osa enfin disparaître. Elle en fut soulagée, elle avait cru qu'elle ne s'en débarrasserait jamais. Elle se sentit alors sombrer lentement dans un sommeil profond et pensa qu'il en était temps. Le visage du Cyclope l'accompagnait tout au long de ses songes, dénués de rêves.
