Je sais, ça a été rapide, mais ne vous attendez pas à ça à chaque fois ;)
Rangiku ferma la porte de sa nouvelle chambre et se laissa glisser le long du mur. Elle regarda ses mains trembler et les entremêla, tentant vainement de faire cesser les vibrations. Sentant l'impuissance l'envahir, elle ferma les yeux, et revit automatiquement la bête énorme qui était à l'origine de sa plus grande crainte. D'autres images la suivirent : les trois Fraccions, ricanant de son impuissance, Hinamori blessée, les yeux froids du Sôtaicho, Kyoraku-taicho et Ukitake-taicho tombant devant Starrk, les Espada qu'elle avait vus, les uns après les autres, puis les shinigamis. Gin, qui l'avait trahie si profondément avant de lui demander pardon, Aizen, et sa puissance incomparable, Tousen, qui voyait mieux que n'importe qui malgré sa cécité. Hirako-taicho et son masque. Ichigo et son masque. Kuchiki-taicho tentant froidement de mettre fin aux jours de sa propre sœur. C'était trop pour elle, et la crise qui menaçait depuis quelques minutes prit enfin le dessus. Ses tremblements se firent incontrôlables, ses larmes lui dévoraient le visage, ses cris déchiraient le silence. Cela dura plus d'un quart d'heure, avant qu'elle ne se calme enfin. Elle s'étonnait encore de la quantité de larmes qu'elle pouvait produire. Elle tenta de se lever, pour rejoindre sa division temporaire, mais ses genoux refusèrent de lui obéir, reflétant la crainte qu'elle avait de rejoindre Kuchiki-taicho.
L'homme l'avait toujours intimidé, malgré les apparences. Il était froid, hautain, et puissant. Cette timidité s'était transformée en crainte le moment ou il s'était désigné pour ramener Rukia-san du monde réel. Cette crainte avait muté en peur le jour ou elle avait su ce qu'il avait fait subir à Ichigo. Cette peur était devenue terreur le jour ou l'espoir avait disparu de sa vie. C'était peur être irrationnel, étant donné qu'il faisait partie du Gotei 13, mais Kuchiki Byakuya était un des hommes qui l'effrayaient le plus. Sa qualité de Capitaine ne l'empêchait pas forcément de se retourner contre elle un jour, après tout. Gin l'avait bien fait.
Penser à son ami la détruisait. Elle l'aimait, elle l'avait toujours aimé. Il était son meilleur ami, son frère, son confident. L'homme dont elle était tombée amoureuse pour la première fois. Et toutes ses années s'étaient transformées en poussière ce fameux jour ou Aizen avait révélé sa traitrise. Elle avait pointé son zanpakuto à la gorge de Gin, et, malgré le fait qu'il l'ait trahie pour un homme qui avait froidement abattu un de ses subordonnés, cela avait été la chose la plus dure qu'elle ait jamais eu à faire.
Désormais, seuls deux hommes gradés ne l'effrayaient pas du tout. Le premier était Hitsugaya Tôshirô. Son capitaine. L'homme le plus important pour elle. Son ami, son commandant, son protecteur. Il avait fallu plusieurs semaine au capitaine de la 10ème division pour briser cet écran de peur dont elle s'entourait. Qu'elle ait peur de lui l'avait blessé, et elle se rendait bien compte qu'il lui jetait des coups d'œil inquiet dès qu'ils quittaient leurs quartiers. Il craignait une rechute à chaque instant. Et elle aussi, pour tout avouer. Le deuxième homme, étonnamment, n'était pas Ichigo (non, Ichigo était trop… sujet à ses émotions), mais Muguruma Kensei, l'ancien et actuel capitaine de la 9ème division. Peu de gens savaient qu'il l'avait sauvée à plusieurs reprises pendant des batailles. Il était calme et mature, mais, à l'inverse de Kuchiki-taicho, son côté un peu rustique était chaleureux, et rassurant.
Un coup à la porte la fit sursauter et ses tremblements reprirent. Elle se leva, souffla un bon coup et autorisa l'entrée à la personne.
- Matsumoto-fukutaicho, je suis Rikichi, le Capitaine m'a demandé de vous amener à lui.
Rangiku avala sa salive, espérant malgré tout que l'adolescent devant elle ne remarque rien de son état d'anxiété. Personne ne devait savoir. Elle perdrait alors tout ce pour quoi elle s'était battue toute sa vie. Elle lui sourit et le suivit à travers les couloirs de la division, avant d'atterrir sur un terrain d'entraînement, le capitaine immobile au centre, le regard fixé sur elle. Son souffle se fit plus court à mesure que montait la peur en elle. Le regard de l'homme ne reflétait aucune émotion. Elle tenta de se reprendre et mit son masque de gaieté habituelle en place.
- Kuchiki-taichoooo ! appela-t-elle. Vous m'avez appelée taicho ? J'espère que ce n'est pas pour faire de la paperasse, bouda-t-elle.
- Je veux voir ce dont vous êtes capable, fukutaicho.
Il sortit Senbonzakura de son fourreau et Matsumoto tressaillit. Son zanpakuto, aussi magnifique qu'il puisse être, était puissant et efficace. Meurtrier. Il leva sa lame vers elle, attendant qu'elle fasse ce qu'il lui avait demandé. Elle dégaina sa lame et la leva à son tour. Haineko lui paraissait lourde et froide, comme si elle n'était qu'une lame ordinaire et non pas son zanpakuto, une partie de son être. Elle ferma les yeux et inspira profondément avant d'attaquer. Bien évidemment, elle ne fit pas mouche. Le Shunpo du capitaine était considéré comme le plus rapide dans tout le Sereitei depuis que Yoruichi-san était partie, après tout, et ce n'était pas pour rien. Elle se retourna, et leva sa lame pour bloquer l'attaque de Kuchiki-taicho. L'homme avait un visage impassible, comme si elle ne pouvait même pas le fatiguer. Elle fit une feinte et attaqua par le côté. Cette fois ci, sa lame coupa un bout de son haori. Il ne dit rien et la laissa faire pendant plusieurs minutes. Soudain, elle sentit un changement. Il ne faisait plus qu'observer ses attaques, désormais il attaquait, et observait sa défense. Défense qui était loin d'être suffisante. Il la blessa plusieurs fois, au bras, dans le dos, ainsi qu'à la cuisse gauche. A sa troisième blessure, il fronça les sourcils et se recula d'un coup.
- En shikai maintenant, Matsumoto-fukutaicho. Shire, Senbonzakura.
Sans même attendre la réaction de Rangiku, il chargea, envoyant ses pétales d'acier à vive allure vers la jeune femme. Lorsqu'il s'aperçut qu'elle ne réagissait pas, et qu'elle semblait pétrifiée devant l'attaque, il se dépêcha de s'interposer en deux Shunpo, et rengaina sa lame. Il se tourna vers elle, les sourcils à nouveau froncés.
- Matsumoto-fukutaicho. Je croyais vous avoir dit de passer en shikai.
- Je, commença-t-elle en retrouvant temporairement la parole. Je suis désolée, capitaine.
- On recommence, dit-il en se tournant pour s'éloigner.
Une main s'accrocha à sa manche, le surprenant. Personne ne le touchait. Pas même Rukia. Il tourna le regard vers elle, et elle retira ses mains tremblantes dès que ses yeux virent le regard du capitaine. Elle se courba poliment.
- Je… Je ne peux pas… capitaine, murmura-t-elle si bas qu'il cru avoir rêvé.
Lorsqu'elle comprit qu'il ne dirait rien, elle se redressa et croisa les bras pour se protéger du froid qui l'envahit. Elle était sur le point d'annoncer à une personne qui l'effrayait à quel point elle était faible. Les tremblements étaient désormais tellement habituels pour elle qu'elle ne remarqua même pas lorsque les yeux du capitaine se posèrent sur ses mains. Elle posa les yeux au sol, tentant de réprimer ses émotions.
- Je ne peux plus utiliser le shikai… depuis la guerre.
Byakuya cacha son choc derrière un énième levé de sourcil. Il n'avait jamais entendu parler d'une personne ne pouvait plus utiliser son shikai après autant d'années. De plus, un fukutaicho qui ne pouvait même plus utiliser de shikai ? Comment diable Hitsugaya-taicho avait-il pu laisser faire cela, même avec les sentiments qu'il avait pour la jeune femme.
- Le capitaine ne le sait pas, murmura-t-elle, suivant les pensées de l'homme. Personne… personne ne le sait. Je ne peux même plus entendre Haineko.
Penser à son zanpakuto qu'elle n'avait plus entendu depuis des mois fut la goutte que fit déborder le vase. Des larmes dévalèrent ses joues, et elle se laissa tomber au sol, entourant ses genoux de ses bras. Byakuya observa la femme devant lui, un sentiment étrange lui retournant les organes. Cette femme, d'habitude si joyeuse et souriante, pleurait devant un des hommes les moins sentimentaux de Sereitei. Qu'attendait-elle de lui ? Du réconfort ? Elle devrait savoir qu'elle n'en aurait pas. Il avait entendu parler de personnes brisées après des guerres, mais cette femme… cette femme était forte. Elle n'aurait pas du subir de tels contrecoups. « Gin » entendit-il murmuré entre deux sanglots. Etait-il la raison pour laquelle elle avait été à ce point détruite ? Il savait qu'elle et Ichimaru Gin avait été amis d'enfance, mais tout de même… Il s'approcha d'elle et lui attrapa le bras, la forçant à se remettre sur ses pieds. Il garda sa main sur elle pour la maintenir. Il n'avait jamais vu une personne aussi différente de ce qu'elle était avant que Matsumoto Rangiku. Il ne pouvait rien pour son cœur, mais il pouvait peut être l'aider pour son zanpakuto. Il l'attrapa, et, quelques Shunpo plus tard, la lâcha devant les quartiers de la douzième division.
- Allons voir Kurotsuchi-taicho. Il pourra probablement vous aider.
Pour la seconde fois en quelques minutes, Matsumoto le toucha, l'empêchant d'avancer.
- Non… Taicho… s'il vous plait. Je vais m'entraîner ! Je vais faire de mon mieux pour la récupérer, mais s'il vous plait, ne me forcez pas à y aller !
- Pourquoi ? demanda-t-il. Il peut vous aider, malgré sa folie.
- Hi… Hinamori est avec lui maintenant. Si j'y vais… Taicho le saura. Je ne peux plus compter sur lui pour me couvrir…
- Dans ce cas, renoncez à votre poste, et tout sera réglé.
Les larmes coulèrent une nouvelle fois sur ses joues. Lui demander de renoncer à son poste, c'était comme lui demander de retourner dans le Rukongai. Impossible. Elle s'était battu si longtemps pour pouvoir s'en sortir qu'elle s'était juré de ne plus jamais y retourner.
- Je… Je ne peux pas retourner dans le Rukongai.
L'homme la dévisagea, et son regard sans émotion fit frissonner Rangiku de peur. Pourquoi lui avait-elle tout avoué ? Elle aurait pu trouver une parade, quelque chose… Maintenant, elle allait perdre sa place, et sa vie. Elle ferma les yeux, et, lorsqu'elle s'apprêta à retourner vers Hitsugaya-taicho pour tout lui avouer, l'homme devant elle prit enfin la parole.
- Un mois, c'est tout ce que je vous donne. Entrainement tous les jours, aussi bien en escrime qu'en méditation. Si au bout de ce mois vous n'arrivez toujours pas à rentrer en contact avec Haineko, vous démissionnerez, me suis-je bien fait comprendre ?
Rangiku écarquilla les yeux. Il lui donnait une chance. L'homme froid et dur qui se trouvait devant elle lui donnait une chance de se rattraper. Elle sourit – son premier vrai sourire depuis un moment – et hocha la tête. Il acquiesça, scellant le contrat, et disparu. Le sourire de Rangiku tomba alors, réalisant. Un mois ?
