Note de l'auteur : Ce chapitre se passe juste après le chapitre du tome 5 "Le pire souvenir de Rogue", et il y est fait beaucoup référence, sans qu'il soit détaillé. Je vous conseille, si vous ne l'avez pas bien en tête, de le relire avant ce chapitre.
Sisyphe : Moi aussi, j'ai découvert ce couple grâce aux fanarts. Mélie : Je n'oublie pas Lily, je vais encore beaucoup en parler. Merci à vous, et aussi à Soal, Miceliandre, Nardy et Alexiel.v, pour vos adorables reviews! Ca m'a donné du courage pour continuer.
SEVERUS
Quand les événements se précipitent, je n'arrive jamais à réagir assez vite, comme il faudrait. Pourtant, j'ai l'habitude que James et les autres se jouent de moi. Et cela a toujours fait rire les autres élèves. A n'en pas douter, ils viennent de vivre leur succès le plus éclatant.
Je ne sais pas comment je trouve encore le moyen de me moquer de quoi que ce soit, et plus encore de moi.
Comment faire quand la vie devient trop horrible, quand on sait qu'elle ne peut pas être pire... je veux dire pour continuer à vivre? Dis, Maman, comment tu as fait?
Toute cette scène, burlesque, quand on y pense, à la sortie des BUSE aurait dû me faire haïr James Potter jusqu'à mon dernier souffle. Alors pourquoi est-ce que je n'y arrive pas?
Malgré tout je n'arrive pas à m'enlever de l'esprit que personne n'est intéressant dans ce monde à part lui. J'aimerais pouvoir le haïr ou le chasser de mes pensées. Mais il n'y a que lui en moi.
C'est pour cela que je ne m'installe jamais loin de lui, comme par réflexe. Il me semble qu'un temps c'était pour aller dénoncer ses méfaits à la moindre occasion. Pour qu'il pose les yeux sur moi. Mais maintenant, le voir m'est devenu aussi vital que l'air que je respire. Et c'est le seul but que je poursuis à suivre ainsi chacun de ses pas.
Il ne m'avait pourtant pas parlé depuis l'épisode de la bibliothèque, il ne s'était pas approché de moi. Mais moi, je continuais à me placer régulièrement sur son ombre, geste dérisoire mais qui me fait ressentir quelque chose à chaque fois. Ou alors je faisais se toucher nos ombres, un jeu puéril mais dont j'avais besoin, tant le contact de ses mains me manquait, tant j'avais besoin de le toucher encore, de respirer son odeur.
Il y avait bien les BUSE pour me distraire un peu. Peut-être qu'il fut un temps où je travaillais pour être meilleur que lui, ou pour l'impressionner. Mais là c'était juste au cas où ce soit mes excellents résultats qui l'aient fait me toucher dans la bibliothèque. Juste au cas où.
Et puis le travail m'a toujours reposé. Quand je prépare une potion, je me sens moins tendu, il n'y a pas d'être humain entre moi et mon chaudron. Tout est si simple quand il n'y a personne autour de moi et que je ne me rends pas compte de ce vide.
C'est vraiment dur d'être un sorcier parce qu'avec toute cette puissance entre nos mains, c'est encore plus facile de déverser notre haine sur les autres.
Surtout avec la magie noire. Peut-être que j'y excelle parce qu'elle ne concerne pas ce lieu, cette école. Peut-être est-ce grâce à elle que j'existe à ses yeux. Peut-être y suis-je venu parce que mon lien avec l'ombre m'a toujours paru être une évidence folle. C'est si beau le noir, parce que dans le noir, il n'y a rien, parce que la magie noire est dure à maîtriser, que c'est une réelle souffrance, parce que cela nous coupe irrémédiablement des autres, des êtres humains et de leurs sentiments. Parce que peut-être qu'entièrement noir, mon coeur ne souffrirait plus jamais, qu'il n'existerait plus, qu'il ne battrait plus jamais...
Mais il bat à chaque fois que je te regarde. J'ai essayé de lutter contre ça, j'ai essayé de mettre cette sensation sur le compte de l'angoisse, sur celui de la haine, mais ce n'étaient que des mensonges.
J'aurais peut-être dû être plus rapide, partir un peu plus tôt de ton champ de vision. Quand j'ai entendu ta voix m'interpeller, avec agressivité, j'ai ressenti une lassitude, mais le sentiment qui faisait éclater mon coeur, c'était le bonheur de te voir revenir vers moi, enfin...
Bien sûr j'aurais dû sortir ma baguette plus rapidement. Bien sûr j'aurais dû être à la hauteur...
Et puis il y aeu ce rire horrible de Black.
Le plus terrible, c'était les autres, tous ces gens autour de moi et qui semblaient s'amuser. Alors que ce moment aurait dû n'appartenir qu'à nous. Depuis que je sais que nous pouvons être seuls, je ne supporte plus qu'il y aie des gens. Je voudrais construire un monde où il n'y aurait que toi et moi, un monde rien qu'à nous.
Loin de Black, de Pettigrew, de tous ces chiens qui auraient sûrement mieux à faire.
Et toi qui regardais Evans, comme si elle avait quelque chose à faire dans cette histoire...
Parfois je me dis que tu n'en vaux pas la peine, oui mais ça ne dure jamais que quelques secondes, parce quand je croise tes yeux...
Pourtant leurs moqueries étaient vraiment puériles et bêtes. Et pourtant tout le monde riait, pour des histoires de cheveux gras, des fadaises. Et j'avais cette impression d'être dans un monde de fous, aux règles insensées, avec ces considérations ridicules et ces rires gras et stupides.
Et tous ces Gryffondor qui ricanaient... Ils disent toujours qu'ils sont les meilleurs, les plus courageux. Moi, je ne vois aucun courage là-dedans. Les Serpentard, au moins, ne jouent pas les hypocrites. Ils assument leur cruauté.
Mais je devais bien mériter ces rires après tout. En réalité il y a toujours une bonne raison à mes souffrances. Tous les coups, je les mérite. «Ne t'approche pas de ta mère, ne cherche plus à la protéger!», «N'essaye pas de sortir de la maison, il n'y a rien pour toi dehors!», «Tout ce qui est heureux et beau te fuira toujours mon chéri, je suis désolée de t'avoir fait ainsi. C'est tout ce que nous méritons. Tout ce que nous méritons. La gaîté, c'est une fausse idée, mon tout petit.»
Entre James et moi, d'ailleurs, il n'y a rien de drôle. Il pouvait bien faire semblant de ne pas avoir envie de me toucher. Si nous avions été seuls, les choses ne seraient pas passées ainsi... seuls, loin de tous ces rires, loin de tous ces hurlements de fous dans ma tête.
Loin de Evans, qui m'aurait laissé Potter, pour moi tout seul. Il était en train de me tuer. N'aurait-elle pas pu nous laisser en paix?
Et lui il la regardait, avec un air faussement détendu, comme s'il pouvait me tromper.
Et même elle il n'a pas pu la tromper.
J'ai souhaité un instant qu'elle l'arrête, qu'elle l'empêche de me faire du mal. Mais la seconde suivante j'ai souhaité qu'elle disparaisse à tout jamais parce que définitivement mon salut ne m'intéresse pas.
Quant au sien... Bien sûr j'aurais voulu qu'elle soit dégoûtée à jamais de lui, parce que vraiment tu es dégoûtant James, tu sais? Il n'y a que moi qui aime ça pour de vrai, ce qui est noir, sale, trouble.
Mais Evans sait dire les mots qu'il faut, parce qu'elle est forte, terriblement forte. Bien sûr que c'est une brute, comment m'aurait-il aimé autrement? Bien sûr il ne m'aimera jamais comme Evans imagine l'amour. Mais il ne fallait pas lui demander de me laisser tranquille, parce que cette forme d'amour est la seule possible pour moi, même si elle n'est pas belle.
J'aurais voulu qu'elle nous laisse parce que j'ai renoncé à tout amour-propre, et parce que je méritais et je souhaitais tout ce qui m'arrivait.
J'aurais voulu qu'elle arrête d'essayer de le sauver lui, et de me sauver moi, même si c'était un joli geste, aussi joli que ses cheveux brillants.
Je voulais qu'il porte encore la main sur moi, qu'il ne regrette pas encore notre «nous deux», même si ce n'est qu'un pauvre et triste nous deux.
Je ne veux pas savoir si elle sera réellement son salut, j'ai trop peur que ce soit le cas, et ce pressentiment est déjà suffisamment lourd. Pour l'instant, je veux encore ne voir que lui, lui mon bourreau au milieu de ces figures grotesques et sans vie, parmi ces rires dont il sera bien temps un jour de se venger
Je veux juste qu'ils se fuient encore un peu, juste un petit peu. Je sais qu'il n'y a plus d'espoir. Je sais que ce monde que je crée où James Potter et moi sommes indéfectiblement liés n'est qu'un songe, un désir, mais même si ce n'est que ça, laissez moi encore goûter ce qui entre nous est si vrai, sombre et douloureux, et qu'on ne peut pas effacer, comme le souvenir de chaque coup dans ma chair, plus fort que chacune des gifles sur maman. Et le goût du sang qui se mêle au salé des larmes. Aime-moi comme ça James Potter...
Je ne connaissais pas la liberté, je ne savais pas ce que c'est. Je croyais que Poudlard ce serait la liberté, il y avait des gens qui pourraient... m'aimer peut-être. Mais j'ai toujours été seul et j'ai compris que c'était ça la liberté. Je ne supporte plus cette solitude, cette liberté que j'avais crue salvatrice. Il fallait que je trouve une nouvelle personne pour m'emprisonner. Qui n'emprisonnerait que moi.
Jusqu'à ce qu'il la choisisse et que ma prison s'effondre sur moi, mon refuge si sûr se brisant en éclats. Je savais que cette idée était stupide, que quelqu'un puisse s'intéresser à moi au point de m'enfermer dans son coeur. Je ne le mérite pas et cette prison même est trop belle pour moi.
Mais pour l'instant je me moque bien de la belle Lily, de celle qui ouvre les portes au lieu de les fermer. Ce qui compte c'est juste l'acharnement de James à l'éloigner de nous. Et même si ce n'était que pour la protéger, je veux penser que lui aussi croyait à ce désir entre nous, qui n'est pourtant que mon rêve.
Et la demoiselle qui n'est pas encore prête à te guérir de ta noirceur, pour cette fois, s'est enfuie et il ne restait plus que moi.
Moi, qui t'aime.
Parce que tu sais? Je t'aime.
Je n'entends plus rien à part cette phrase qui emplit ma tête. Je t'aime. Mais est-ce quelqu'un pourrait bien m'expliquer qu'est-ce que je vais devenir dans un monde où je t'aime? Comment vais-je faire pour survivre chaque jour avec cette évidence dans ma tête?
Bien sûr, je pourrais te haïr, mais c'est beaucoup trop facile. Rien ne peut apaiser cette souffrance.
J'étais seul au monde, plus seul que personne ne peut l'être mais c'était si facile de vivre ainsi, par rapport à ce qui m'arrive maintenant. La personne que j'aime le plus au monde s'amuse à me détruire, se plaît à me faire souffrir en ne me donnant pour me contenter que des marques d'attention minables, et qui ne me suffisent plus.
Il n'y a avait que toi qui pouvais ouvrir, à coup de burin, une brèche dans mon coeur. Et cela t'a beaucoup amusé de le faire. J'avais construit de maigres pilotis avec ma solitude absolue. J'avais réussi à me dire que l'amour était le sentiment des faibles, que ne pas avoir d'ami évitait beaucoup de soucis. Je croyais que la vie valait la peine d'être vécue, même seul et détesté. J'avais réussi à construire tout cela, tu te rends compte?...
La loi des séries... certaines personnes sont faites pour n'aimer que dans la souffrance. C'est comme une prédestination. Maman, comment faire? Comment faire quand l'évidence a détruit toutes les illusions que l'on avait construites sur soi? J'ai tout fait pour ne pas devenir comme toi, un faible, pour ne pas me faire écraser comme tu l'as été. Et voilà que je marche dans tes pas. Et une fois que j'ai trouvé quelqu'un qui me fait souffrir alors que les autres m'indiffèrent, quelqu'un qui est supérieur à moi, alors je l'aime de toute mon âme, pour qu'il me fasse encore plus souffrir, pour qu'il me fasse comprendre que je ne mérite pas d'être heureux, en aucune façon.
Je ne me souviens plus vraiment à quel moment un professeur est arrivé à ma rescousse. J'ai bêtement ramassé mes affaires et je me suis enfui. J'aurais voulu partir loin, pour toujours. Mes jambes me faisaient mal comme si je n'avais jamais couru de ma vie auparavant. Il me fallait aller quelque part où personne ne me retrouverait jamais.
Dans la forêt, si je n'allais pas loin, il ne m'arriverait rien. Si je m'y enfonçais profondément... alors peut-être trouverais-je un monstre suffisamment miséricordieux pour me déchirer en morceaux. Un arbre au tronc tellement sombre que l'on peut se fondre dedans.
Mais maman, moi je n'ai pas ta force, ou ta faiblesse. Je ne croyais pas qu'il était possible de souffrir encore plus, autant que cela, avoir si mal que l'on a envie de s'arracher le coeur de la poitrine. Ou arracher son coeur à lui... Prononcer ces mots est si dérisoire. Je suis fatigué de cette hypocrisie. Je voudrais tant qu'il me tue... pour de bon cette fois. La mort lente est bonne pour les héros, les Gryffondor. Moi, je voudrais que tout aille très vite. Je ne veux pas pourrir de l'intérieur, devenir à moitié fou. Pardon maman, je n'aurais pas cette force.
Et pourtant, je ne meurs que d'une envie, c'est de vivre, parce que je donnerais tout pour sentir sa peau contre la mienne. Pourquoi est-ce que je ne le hais pas? Pourquoi est-ce qu'il me rend vivant? Je croyais que c'étaient les sentiments heureux qui faisaient se sentir vivre. Ce que je goûte a la senteur d'une vie par défaut et pourtant à chaque nouvelle respiration, je la sens devenir plus chère. Alors c'est ça vivre? Plus doux que tous les coups dans le visage, plus violent que les chutes.
Je croyais qu'il n'y avait rien de pire que ces coups, que les mains immenses et rugueuses de mon père défonçant nos visages, je croyais que c'était ce qu'il y avait de plus terrible au monde. Mais il y a plus terrible, ce qui fait mal, mais qui est quand même agréable. Je voulais être fort pour ne pas être comme maman, je voulais que mon coeur n'aie aucune faiblesse. Parce que je ne voulais pas avoir envie demourir, jamais.
AHHH! Qu'est-ce qui m'a touché? Ma baguette!
« - Potter!!!??? Mais qu'est-ce que tu fais là, tu m'as fait peur! hum... et puis est-ce que tu imagines que j'ai envie de te voir maintenant? Si tu veux finir ce que tu as commencé tout à l'heure, eh bien je t'attends, tu feras moins l'intéressant sans Black. Nous ne sommes que tous les deux.»
Mon dieu cette pensée... Tu me regardes m'énerver sans même sourire. Ton regard est froid et distant? Je m'arrête de parler et je regarde cet air renfrogné et sombre que tu m'offres. On dirait que tu ne viens pas pour m'attaquer, tu as l'air tourmenté.
« - Si tu viens pour t'excuser parce que Mlle Evans te l'a demandé, ça ne m'intéresse p...
- Oh! La ferme, Severus!»
Severus, il m'a appelé... je...je... je ne rêve pas. Pitié dites-moi que je ne rêve pas. Ses lèvres sont plus douces que... délicieusement acérées. Mais alors, que tu viens de m'humilier...
« Tu crois que tu peux avoir tout ce que tu veux, que le monde entier est à tes pieds?
- Non, mais toi tu l'es.»
Et c'est la vérité... pour que tu restes ainsi avec ta bouche contre la mienne, je détruirais le monde, je le ferais vraiment. Tu es le roi de mon monde, le seul qui y ait une vraie place.
Pourquoi te serrer dans mes bras me paraît-il la chose la plus naturelle du monde?
James... plus jamais je pourrai ne plus t'aimer...
Reste contre moi, serre moi plus fort encore pour m'engloutir. Tes mains sont douces, comme dans un rêve. Et des mots, qui sont les seuls vrais mots qui se soient jamais formés dans ma bouche en sortent, sans que je puisse rien faire:
«- Je t'aime.»
Non! n'arrête pas! Ses mains quittent mes cheveux, sa chaleur s'éloigne et je ne contrôle absolument rien. Il regarde mes yeux, je veux que tout s'arrête à cet instant. Je ne veux pas qu'il parte!
«- Ne répète ça à personne, sinon...»
Il s'éloigne à grandes enjambées, il court, il disparaît loin de moi. Mais je sens l'empreinte de ses lèvres et de ses dents. Je sens ma bouche s'enflammer.
James Potter m'a embrassé, il a frotté frénétiquement ses lèvres sèches contre les miennes, de craie. Il m'a fait goûter l'humidité de sa bouche.
Je... ne sais plus... Alors c'est ça le vrai bonheur celui qui déchire le corps dans des spasmes, qui fait hurler des voix dans ma tête?
Le sol est froid mais le ciel est bleu, si bleu au-dessus de ma tête, si bleu...
Je n'ai plus de force. Il va pourtant falloir que je me relève, il va falloir continuer à vivre de la même façon après ce qui vient de se passer. Au delà de tout ce à quoi j'avais rêvé, il m'a embrassé... avec une telle violence.
C'est ce qu'on m'a offert de plus doux dans toute ma vie.
Mais comment vais-je faire pour me relever un jour?
« - Ah, ah, ah, ah...»
J'entends un rire angoissant. Il me fait peur.
C'est le mien.
On dirait le rire d'un dément.
oOo
JAMES
Me voilà à lui courir après comme un imbécile alors que je ne sais même pas ce que je veux lui dire. Après tout ce qui s'est passé tout à l'heure, pourquoi est-ce que le cherche encore, en secret, sans avoir dit à personne où j'allais?
Je sentais que depuis un moment Severus semblait passer son temps dans mon ombre. Quand je me retournais, il était derrière moi et j'avais parfois l'impression qu'il ne le faisait même pas exprès. Des aimants... Pfff, non c'est ridicule.
Je ne supportais pas qu'il me suive, mais je n'aurais pas supporté s'il ne l'avait pas fait.
Quant à Evans, elle semblait m'ignorer. Malgré tous mes efforts pour l'impressionner, mon seul admirateur restait Peter.
Naïf. Naïf James Potter. Quand je laissais tomber cette distraction, je savais pourtant très bien ce que cela impliquait. Qui signe de sa présence la fin de l'ennui? Je savais bien que ce n'était pas une bonne idée, mais je n'ai pu m'en empêcher. Il est tellement difficile de me contenir quand il s'agit de lui.
Et puis je me rassurais: Sirius, était là, il m'empêcherait de faire... des bêtises.
Rien qu'à le désigner, mon coeur s'est mis à battre, réellement, il s'est embrasé. Puis les battements sont redescendus et il s'est calé dans son rythme lent et sourd, et je n'ai plus pu rien faire. La chasse était ouverte, il était trop tard pour reculer...
Et plus mes pas se rapprochaient de lui, puis ce bruit résonnait fort en moi, ainsi qu'une chaleur indescriptible. Cette chaleur qui me brûlait jusqu'au bout des doigts et qui me grisait absolument.
Tu n'as rien eu le temps de faire, parce que je connais chacun de tes gestes et que je les attends avec une incroyable impatience.
Sirius a ri quand il est tombé par terre. Mais moi cela ne me suffisait pas. D'ailleurs un rire ne pouvait me contenter parce que ce que je ressens quand je vois l'inquiétude dans ses yeux provoquerait bien plus qu'un rire. J'ai l'impression terrifiante que je hurlerais tellement fort de contentement que Poudlard entier en tremblerait... Au-delà, bien au-delà des mesquineries d'adolescents, une rage enfouie au plus profond des temps et qui s'incarne en nous en cet instant.
Que c'était bon, et ça faisait tellement longtemps... Plus que je ne l'aurais cru supportable, tant l'approcher est devenu un besoin plus qu'une envie.
Je ne maîtrisais plus rien et cela m'a fait un peu peur, mais la seconde d'après, je n'avais plus peur de rien.
J'ai souhaité un instant qu'Evans me voie dans cette puissance, pour qu'elle m'admire. Ne mourrait-elle pas d'envie de le voir haleter de rage et d'impuissance ? Qui n'aurait pas voulu voir comme ce spectacle était bouleversant, comme il était excitant ?
Ce qu'il y a de plus fort, c'est cette supériorité, cette force que l'on impose à l'autre. Mais pas sur n'importe qui. Sur le seul qui en vaille la peine, le seul qui mérite cette domination, le seul qui sache me regarder avec un mélange de haine et de soumission dans le regard, le seul qui ne soit pas un misérable insecte qu'il suffit d'écraser. Celui après qui je cours en cet instant en cherchant partout dans Poudlard.
Quand j'y réfléchis, il était évident qu'il ne fallait pas qu'Evans me voie comme ça parce qu'elle est bien trop gentille. Tous ceux qui riaient autour de moi, même Sirius qui ricanait innocemment à mes côtés me paraissaient soudainement trop gentils et je n'étais pas sûr qu'ils comprennent ce qui se passait vraiment.
Il s'agissait de bien plus que d'un jeu cruel d'adolescent. Seul lui le savait, lui qui me regardait avec ses petites flaques noires emplies de colère. Severus, il est le seul... à pouvoir comprendre...
Les premiers mots que j'ai prononcés, déroutants de banalité, trahissaient juste l'angoisse que j'ai eue quand je me suis approché de lui et que j'ai compris que j'aurais voulu que tout le monde autour de moi disparaisse.
Alors que le fidèle Sirius se moquait, provoquant le rire des indésirables massés autour de nous, je ne rêvais que de toucher ses cheveux, je brûlais de saisir sa moiteur, alors que des gouttes de sueur perlaient sur mon propre front.
J'entendais la voix de Sirius mais je ne saisissais plus les mots qu'il prononçait, ni aucun bruit parasite. Par contre je percevais, j'entendais chacun de ses frémissements, le moindre tremblement de ses doigts, de sa voix, les bruits rauques qui sortaient de sa bouche.
Et j'attendais... j'attendais quelque chose d'autre.
Alors qu'il me regardait furieusement en marmonnant des menaces, j'ai senti un trou se creuser dans ma poitrine. Attendre, mais je ne fais que ça attendre, je n'attends que toi à chaque seconde!
Je l'ai privé de sa baguette, de sa parole. Il était à quatre pattes, à quelques mètres à peine de moi. Mais qu'attendait-il, lui, pour se jeter sur moi? Son corps contre le mien, voilà la seule chose que j'attendais à cet instant, peut-être la seule chose après laquelle je cours en ce moment.
C'est là qu'Evans est arrivée, au moment où mes sens l'emportaient sur mes dernières pensées cohérentes, au moment ou je n'avais plus aucun contrôle. Qui sait ce qui se serait passé si elle n'était pas arrivée?
Il a fallu que je me concentre incroyablement fort pour essayer de me calmer. Quand elle est apparue, tout à coup, en criant avec son air si franc, j'ai senti qu'il ne fallait pas qu'elle voie cette noirceur, au risque de fuir à jamais.
Elle s'est adressée à moi, parce qu'elle sentait que c'était moi le pire d'entre tous, moi qui savais ce que Severus sait aussi et que tous les autres prennent pour une plaisanterie.
Mais pas elle. Elle a compris confusément qui j'étais et cela m'a effrayé, terriblement. Pourtant elle n'a pas eu l'air de vouloir fuir. Au contraire, elle s'est mise entre Severus et moi, me faisant face, avec son joli courage de Gryffondor et son sens de la justice.
Pourrait-elle être la fin de mes tourments? Si elle ne s'enfuyait pas devant cette obscurité, si luttant contre sa frayeur, elle m'aidait à la combattre?
Elle m'a demandé ce qu'il était pour moi. Quelle question: il est celui qui éveille toute cette noirceur en moi. Il est toute cette part de moi qui me fait si peur, et qui m'envahit, et qui pourrait l'éloigner, elle, de moi à jamais.
Il m'appelle. Ne me dites pas que vous ne l'entendez pas! Comment ne pourrait-elle pas entendre ce qui vient du fond de son âme et qui m'attire auprès de lui? Je ne peux pas y résister, il m'attire, irrémédiablement...
Je m'étais dit que je devais m'approcher de lui pour faire taire ce chant, mais c'était terriblement hypocrite et je ne pars rien détruire en ce moment, si ce n'est de jolies lumières en lui et en moi. Je voulais que lui et son cri cessent de me harceler. Je me disais que s'il souffrait suffisamment fort, sa voix cesserait de s'élever. Mais plus il a mal et plus il crie fort et j'ai toujours su que si je voulais le faire souffrir, c'est parce que c'est ce qu'il réclame, ce qu'il me crie sans cesse. J'ai toujours su que plus je m'acharnerais sur lui et plus il se rapprocherait de moi. Et c'est ce que je souhaite.
Lily, tu n'entends donc pas que c'est lui qui me supplie de faire ainsi?
J'aurais voulu que tu comprennes que c'est son existence qui est douloureuse. J'aurais voulu que tu me dises que tu comprenais et que tout aller s'arranger.
Ils riaient, ils croyaient que je plaisantais? J'aurais voulu que toi, tu me dises que tu comprenais.
Et tu m'as parlé de tranquillité! Mais lui, est-ce qu'il me laisse tranquille, lui qui est là et qui me suit sans cesse!?!
J'aurais voulu que tu acceptes de sortir avec moi, et cela n'avait rien d'un chantage. Je voulais que tu acceptes de rester auprès de moi, toi mon seul espoir, mon seul rempart contre la folie qui s'empare de moi a son contact. Toi seule pourrais faire cesser ces grondements sauvages en moi, cette violence devenue encore plus forte depuis que je suis vraiment un animagus.
Mais tu n'as pas compris. Je crois que tu ne voulais pas comprendre? Parce que cette obscurité que tu as perçue te fait vraiment peur. Je voulais que tu m'aides. Mais c'est plus simple, moins douloureux de rire en faisant semblant de ne rien comprendre.
Peut-être n'avais-je pas le droit de t'en demander autant?
Quand j'ai senti une douleur sur ma joue et la chaleur du sang qui coulait, j'ai pensé que tout était de sa faute, que c'était lui qui avec sa noirceur, éloignait de moi tout ce qu'il y avait de plus doux, et sans lequel je ne pouvais pas m'imaginer vivre. Je ne songeais qu'à le faire souffrir et encore une fois, elle a arrêté ma main et cette violence, qui en réalité n'appartenait qu'à moi. Encore une fois elle essayait de nous sauver l'un de l'autre.
J'ai alors ressenti une atroce jalousie. Ah oui elle voulait le sauver. Mais je pouvais bien le lui donner. Après tout si elle le touchait, si elle s'occupait de lui, il ne m'intéressait plus. Elle pouvait bien le sauver si ça lui chantait.
Mais si elle voulait que je lui donne mon jouet, je ne lui rendrais qu'inerte, comme une statuette qui n'appartient qu'à moi.
C'est ainsi, il est à moi, c'est mon petit soldat de plomb.
Pitié, comprends-moi Lily, même s'il n'y a rien à comprendre. Tu entends, il est à moi, c'est ma chose. Alors laisse-nous tranquille au lieu de vouloir le sauver. C'est moi que tu dois sauver, ce n'est que moi. Lui, il est noir, si noir, le pauvre, si misérable. Pauvre de nous. Lily arrête ce vain combat et laisse-nous en paix... Ne te mets plus entre nous deux.
Cesse de tout compliquer en faisant naître un stupide espoir.
Tout se brouillait dans ma tête, l'envie d'être avec elle, le besoin d'être avec lui, le désir qu'elle vienne m'arracher à ma violence, l'envie qu'elle nous laisse enfin seuls, tous les deux. Je voulais la protéger, je voulais le garder pour moi... et je ne comprenais plus rien.
Je t'ai menacée, Lily, mais j'ai eu envie de pleurer rien qu'à prononcer ces mots. Je pouvais bien le délivrer de mon maléfice mais, comprends bien, lui il ne me libère jamais du sien. Il m'accompagne chaque seconde, prêt à glacer mes veines.
Bien sûr j'aurais voulu continuer à respirer l'air qui gravite autour de Lily et qui est si pur, mais pour toutes les raisons du monde, il fallait qu'elle s'éloigne de nous.
Severus non plus ne veut pas être sauvé, voyez comme il vocifère, voyez comme il lui en veut, à elle qui est tout ce qu'il ne pourra jamais être.
Il n'avait pas le droit de lui parler ainsi, parce qu'il n'avait pas le droit de vouloir la salir. Il n'y a que lui qui est sale.
Et moi, aussi mauvais que lui. C'est tellement vrai, parce que je me languissais de reprendre le conflit avec Severus alors qu'elle avait tout fait pour me calmer. Moi, je ne songeais qu'à ce désir sombre qui me faisait vibrer. Et tous les mots gentils ou agressifs ne pouvaient m'éloigner de mon objectif.
Et elle est partie.
J'ai essayé de la retenir mais elle ne s'est pas retournée et c'était tout ce que je méritais. Parce que je n'étais pas entièrement sincère à ce moment, parce qu'être sauvé me paraissait alors moins important que de le voir souffrir.
Une partie de moi s'est même réjouie. Après tout elle ne pouvait pas comprendre. Alors qu'elle s'en aille, nous n'avons pas besoin d'elle, pas vrai Severus? Pas besoin d'elle pour se sentir souffrir. Je n'ai besoin que de toi et tant pis si c'est une fuite. Laissons-la partir au diable.
Toi et moi, toi et moi, n'est pas suffisant pour construire un monde? Est-ce qu'on a vraiment besoin d'être heureux, après tout, et de vivre. La rage et la puissance suffisent bien à me combler, puisque le reste me fuit...
J'étais devenu incontrôlable. Lupin, Sirius même n'auraient rien pu faire contre ma rage. Je voulais l'humilier jusqu'à ce qu'il ne puisse plus se relever, jusqu'à ce qu'il implore ma clémence. Et même alors, je ne me serais peut-être pas arrêté.
Quand le directeur de Serpentard est arrivé, j'ai eu droit à une punition mais alors qu'il me parlait de retenue, de points de maison, j'avais envie de rire tant tout cela me paraissait insipide.
Lui s'est enfui, parti ravaler sa honte et sa rage loin de tous ces imbéciles qui ont ri de lui, lui qui les dépasse tous. Mais je ne pouvais pas le laisser s'enfuir comme ça.
Sirius m'a demandé où j'allais. Mais même à lui je ne pouvais dire ce que j'avais en tête à cet instant. Il n'y a avait en réalité personne qui pouvait comprendre, à part Severus.
Où irait un animal blessé qui veut se cacher? Dans un lieu obscur et profond où personne n'aurait le courage de la suivre, à part le seul prédateur qui en vaille la peine. Alors m'attends-tu Severus, dans cette forêt ou seul moi aurais le courage d'aller te chercher? Tu sais que je n'aurais pas peur de te suivre dans la noirceur de nos âmes. Nous sommes liés maintenant.
Ta gracile silhouette, contre un vieil arbre. Sais-tu que celles qui disent que tu n'es pas beau n'ont vraiment rien compris. Une telle fragilité intérieure, c'est comme si tu essayais toujours de te cacher, même dans ton propre corps, mais avec dans les yeux une telle puissance incompréhensible.
Tu tends ta baguette. Non, je ne crois plus que j'ai vraiment envie de me battre. Tu le sais Severus. Il y a beaucoup mieux. J'en meurs d'envie. Une forme de domination encore plus intime, beaucoup plus sournoise aussi. Tu deviendrais mon esclave, tu ne pourrais plus jamais t'échapper, et si c'est pareil pour moi et bien tant pis, plongeons joyeusement au fond de l'enfer, puisque c'est là qu'il y a de la lumière, aussi trouble et sombre soit-elle.
Je n'écoute pas tes petits cris enragés. Ne me parle pas des autres, ne me parle de ce qui n'est pas toi et moi, dans cette seconde, et surtout ne me parle pas d'Evans, c'est trop douloureux!
«- Oh! La ferme Severus!»
Ca suffit ces histoires d'excuses, tous ces mots, ça suffit. Tu vas te taire maintenant.
Je savais que je ne pourrais pas toujours résister. J'ai envie de toi et de ta bouche, je n'en peux plus d'attendre, de me faire croire que je n'en ai pas une folle envie vitale, absolument vitale.
Comme un second souffle, j'aspire un peu de toi et de ta force... j'aspire ta chaleur et ton odeur, je te vole à toi-même.
«- Tu crois que tu peux avoir ce que tu veux, que le monde entier est à tes pie...
- Non, mais toi tu l'es.»
Et tu es le seul pour qui j'ai cette envie, le seul.
La ferme Severus. Tu n'as plus le droit de parler et toute résistance sera vaine. Pour un instant, réalise que nous ne faisons qu'accomplir ce que nos corps entiers hurlent en permanence. Je te désire tellement.
Pourquoi tes yeux indescriptibles me regardent-ils ainsi, avec crainte et incrédulité?
- Je t'aime.
Non! Qu'est-ce que cette dépendance qui naît en moi et qui me fait tant honte. Quels sont ces mots d'amour que je pense tout bas? Qu'est ce que je suis en train de faire, de devenir? Non tu n'entendras jamais ces mots, jamais!
- Ne répète ça à personne, sinon...
Sinon... je ne sais pas. Mais il faut que personne ne sache. Personne ne pourrait comprendre. Ne pas comprendre quoi? Qu'il m'est devenu indispensable, que j'ai envie de le toucher sans cesse. Qui pourrait comprendre? Si quelqu'un en est capable qu'il m'aide à comprendre.
Je voulais le faire souffrir, je voulais qu'il soit à moi, et c'est moi qui deviens fou, moi qui me ronge de désir. Moi, qui ai creusé autant que lui, avec nos ongles sales et douloureux, ce monde noir qui se referme sur nous. Puisqu'il en est ainsi, qu'il nous engloutisseentièrement!
