I'm breaking down – Partie 2

Ce que Bill pouvait bien faire en ce moment. Samedi soir, vingt-deux heures quinze et quelques secondes. Tomas ne pensait qu'à ça. « À quoi il pense ? Il pense à moi ? » La seule question qu'il refusait de se poser était : A-t-il seulement pensé à moi, aujourd'hui ? Parce qu'il savait que la réponse était probablement négative et qu'elle faisait mal. Alors il préférait continuer à se plaire à songer à lui, tout simplement.

- Merde ! Pourquoi tu l'as pas tué ! s'écria Taylor, le ramenant un peu sur terre.

- Quoi ?

Tomas tourna lentement la tête vers lui et le fixa, le regard perdu, la bouche entrouverte. Taylor grogna et lui arracha la manette des mains pour sauver son ami avant que d'autres putains de soldats ne s'acharnent sur lui.

- Tu sais plus jouer, ou quoi ?

- J'étais ailleurs, désolé, lui servit Tomas comme réponse.

- M'ouais, marmonna simplement Taylor.

- J'ai faim, tu me fais des nachos ?

Taylor soupira et mit le jeu en pause. Il se releva en prenant appui sur son lit et sortit de sa chambre. Pendant ce temps, Tomas grimpa sur son lit et s'y allongea pour contempler son plafond, au quasi-désespoir.

- J'en ai marre, souffla-t-il.

- Marre de quoi ? résonna une petite voix.

Il se redressa légèrement pour voir le petit frère de Taylor au bout du lit. Petit… il avait déjà quatorze ans mais pour Tomas, il était jeune. Il le dévisagea et se laissa retomber contre le matelas, lui faisant silencieusement comprendre qu'il ne voulait pas lui répondre.

- Ça va Tom ?

- Dégage Jeydon…

- Bah non, désolé.

Il se rapprocha même de lui et s'agenouilla à côté du lit. Tomas tourna lentement la tête vers lui et le fixa d'un air découragé.

- Pourquoi tu passe ton temps à venir me faire chier, quand je suis là ?

- Qui aime bien châties bien, tu sauras !

- Mais moi je t'aime pas, alors fous-moi la paix ! Va te coucher, j'sais pas, mais vas-t-en, pitié…

- Bien sûr que tu m'aime, soupira-t-il. Alors qu'est-ce qui se passe ? Ta meuf est pas bonne au lit ? Elle a un gros cul ? Elle est pas baisable ?

Tomas arqua un sourcil. Ce petit Jeydon pensait plus au sexe que lui alors qu'il n'en n'avait jamais encore fait. Il n'osait pas s'imaginer ce que ça allait être lorsqu'il aurait enfin passé à l'acte.

- J'ai pas de copine.

- Ah, je comprends. C'est pour ça que t'es un déprimé de la life ?

- Je suis pas déprimé, et je me fous de ne pas avoir de copine. Pourquoi tu vas pas jouer aux légos ?

- Parce que j'ai plus huit ans et que t'emmerder est beaucoup plus enrichissant.

- Dans quel sens emmerder un pauvre mec de dix-sept ans peut être enrichissant, dis-moi ?

- Je sais pas. Je sais pas ce que ça veut dire, c'était juste pour utiliser de jolis mots.

- Venant de toi ils sont pas jolis. Maintenant laisse-moi tranquille. Tu me fais chier.

- Roh…

Jeydon se releva et sortit de la chambre d'un air piteux. Il claqua la porte de sa chambre, faisant sursauter Tomas.

- Ça devrait être prêt dans dix minutes, annonça Taylor en revenant dans sa chambre.

- T'as pas encore tué ton frère ?

- Il songe au suicide, donc je patiente.

- Je vois.

Tomas descendit du lit et reprit sa place sur le tapis à côté de son ami. Taylor lui tendit la manette pour qu'il termine sa mission mais il la refusa et la lui céda.

- Me fait pas le coup du mec qui s'endort avant deux heures du matin, Tom.

- Non ça va, je suis pas fatigué, c'est juste que… vas-y, je jouerai après.

- Si tu le dis…

Il se perdit à nouveau dans ses tristes pensées, s'imaginant dans les bras de Bill pour de bon, fous amoureux. Il s'imaginait découvrir en Bill une personne douce et attentionnée, car il savait très bien qu'il était presque impossible qu'un être puisse être aussi froid et distant que la carapace qu'il se forgeait.

Dix minutes plus tard, Taylor quitta à nouveau la chambre pour aller chercher la collation que Tom lui avait réclamée. Le blond bava devant le plat et s'empressa de se servir généreusement.

- Bon, c'est à mon tour, dit-il en s'emparant de la manette de jeu.

Mais Taylor la lui arracha des mains et la lança sur son lit. Il vint s'assoir avec lui sur le tapis et posa le plat devant eux.

- Faut déguster, lui dit-il.

- Oh…

Le blond hocha la tête et en reprit quelque uns.

- Et discuter.

- Quoi ?

- Il faut qu'on parle, toi et moi, annonça Taylor.

Le cœur du blond flancha légèrement mais il ne le fit pas paraître. Il baissa subtilement la tête et se concentra sur les nachos qu'il tenait entre ses doigts. Il haussa les épaules et fit mine de rien.

- Tu veux parler de quoi ? finit-il par lui demander, voyant que Taylor attendait une réplique pour reprendre la parole.

- De toi en général. T'as pas l'air de bien aller.

- Oh… tu vas pas t'y mettre ? soupira-t-il, agacé.

- Tom… t'es mon meilleur ami, je te connais par cœur et là, t'es pas toi-même.

Il releva lentement la tête vers lui et le fixa, ne sachant que dire. Taylor vit parfaitement dans son regard que ses suppositions le troublaient.

- Tu veux qu'on joue aux devinettes ?

- Mh… tu trouveras jamais, de toute façon…

- N'en sois pas si certain…

Taylor fit mine de réfléchir pendant un instant. Il décida de s'amuser un peu pour le détendre avant d'embarquer dans le vif du sujet. Il savait que ça avait assurément un rapport avec Bill.

- C'est ton chat ?

- Ma chatte va très bien, l'en informa-t-il.

- C'est une chatte ?

- Pourquoi tu crois qu'elle s'appelle Agatha ?

- J'ai toujours crus que tu lui avais donné un nom de merde parce que tu l'aimais pas, avoua Taylor.

- Je l'aime…

Tomas fit la moue en songeant à sa chatte, puis fixa méchamment son meilleur ami, qui s'empressa de s'excuser.

- Donc, c'est pas Agatha.

- Non.

- Est-ce que c'est Van Gogh ?

- Mon chien va bien.

- Ok, on oublie les animaux…

- Bonne idée.

Cette fois, Taylor réfléchit pour vrai. Pas à savoir ce que ça pourrait être, mais à trouver quelque chose qui n'avait pour l'instant aucun rapport avec Bill.

- Tu t'es engueulé avec ta mère, peut-être ?

Taylor savait qu'entre Tomas et sa mère, ce n'était pas toujours très rose et que de nombreuses disputes pouvaient éclater chaque semaine. Mais Tomas secoua la tête.

- Non, pas dernièrement.

- Et j'imagine que tout va bien à l'école ?

- Numéro un.

Tomas crut que Taylor ne trouverait jamais parce qu'il n'avait pas le courage de lui parler de Bill. Il décida de changer de corde, un peu.

- Quelque chose t'inquiète, alors ?

- Quelque chose comme quoi ? le reprit Tomas.

- Mh, je sais pas, soupira-t-il. Disons… une situation, une personne… un truc quoi !

- Peut-être, fit Tomas d'une voix légèrement hésitante.

- Donc c'est quoi ? Quelqu'un ?

- Mh… je sais pas…

Taylor soupira. Il tentait de dériver subtilement la conversation à Bill, mais Tomas ne lui était d'aucune aide. S'il n'avait aucun soupçon, c'était effectivement impossible qu'il puisse deviner quoi que ce soit.

- Tu pourrais m'aider en étant un peu plus clair, tu sais ?

- Mais je sais pas si j'ai envie de t'en parler…

- Désolé mais il le faut, Tom. Tu vas passer combien de temps avec cette tête là, autrement ? De te confier peut juste te faire du bien.

Tomas grignotait ses nachos du bout des dents, avalant désormais avec dédain et réticence. Il commença à se sentir nerveux. Il n'était peut-être tout simplement pas prêt à annoncer à son meilleur ami qu'il était à la fois gay et amoureux du mec avec qui il n'avait régulièrement que de vulgaires relations sexuelles sans importance.

- C'est… c'est quelque chose qui… qui me fait disons… hm, peur, commença-t-il difficilement.

- Peur ? Peur comment ?

- C'est… comment dire… émotionnellement ? se tenta-t-il.

Il leva un regard réticent vers son ami et vit qu'il avait toute son attention. Il se racla la gorge et baissa à nouveau la tête, gêné.

- Continue Tomas, je t'écoute.

- Ben… ce sont en fait euh, des sentiments. Des sentiments qui… qui me font du bien, mais du mal en même temps…

- Des sentiments comment ?

- Quand on aime bien quelqu'un, tu sais…

- De l'amour ? T'es amoureux ?

Tomas dut planter difficilement son regard dans le sien pour lui transmettre sa réponse. Taylor comprit laborieusement qu'il était amoureux de Bill, ou quelque chose dans le genre. Peut-être même que ses sentiments n'avaient aucun rapport avec lui. Il ne savait pas, il ne pouvait pas savoir.

- C'est qui ?

- Je…

- C'est une fille du lycée ?

Il le fixa longuement, puis secoua négativement la tête après une longue minute de silence. Taylor pinça les lèvres et hocha la tête. Il inspira profondément avant de reprendre la parole.

- C'est un mec, alors ? demanda-t-il d'un ton des plus naturels possibles.

Il vit dans les yeux de Tomas que sa question le paniqua et qu'il aurait préféré qu'il ne la lui pose pas, tout simplement.

- T'as pas le droit de… poser cette question, balbutia-t-il, la voix tremblante.

Tomas craquait habituellement très facilement, et Taylor vit que quelques larmes commençaient à remplir ses yeux.

- Je suis désolé, Tom. Mais tu y as répondu tout seul, tu sais…

Le blond baissa la tête et la secoua vigoureusement. Taylor tendit une main vers lui et la posa sur son épaule. Tomas ne la repoussa pas, il la trouvait réconfortante. Elle voulait juste dire « hey, tu sais, moi je m'en fous, je t'aime et je serai toujours là pour toi. »

- Je sais que l'amour fait peur… très souvent, ça fait super mal, c'est vrai. Mais c'est aussi quelque chose de vraiment merveilleux. Faut pas passer à côté et s'angoisser comme ça…

- C'est pas comme si c'était normal…

- De quoi tu parle ?

- Que j'aime un garçon…

- L'amour c'est l'amour, Tomas. Point final. Ça n'a pas de sexe, c'est une âme qui en aime une autre. C'est pas plus compliqué que ça.

Tomas renifla doucement. Une larme roula sur sa joue et il s'empressa de la chasser. Il ne voulait pas pleurer, surtout pas devant son meilleur ami après lui avoir indirectement annoncé son homosexualité. D'après lui, c'était too much.

- Tu aime un mec. Ok, puis après ? tentait de le convaincre son ami. C'est normal Tom, tu viens pas d'une autre planète pour ça.

- Sauf que t'en croise beaucoup toi des mecs qui se font baiser par celui dont ils sont tombés fous amoureux parce qu'ils sont assez naïfs pour espérer qu'un jour, peut-être, possiblement jamais, qu'en leur offrant leurs corps leur amour soit ENFIN partagé ! lui cracha-t-il à la figure, craquant finalement.

Taylor fut tétanisé par ses paroles. Il resta immobile pendant un long moment, assimilant lentement tout ce qu'il venait de lui crier à la figure. Il comprit après quelques minutes que « Tomas baise avec le mec avec qui il vit un amour non-réciproque. »

Il soupira et s'adossa à la base de son lit. Tomas remonta ses genoux contre son torse et les entoura de ses bras pour y poser le menton, le regard perdu sur le mur qui se trouvait face à lui. Il laissa couler ses autres larmes, abandonnant déjà.

- Ça change les choses, souffla Taylor.

Tomas haussa les épaules et laissa échapper un sanglot.

- C'est Bill ? s'assura-t-il.

- Bien sûr que c'est Bill… qui tu voudrais que ce soit d'autre ?

- Je sais pas…

Taylor laissa passer quelques minutes avant de reprendre ses questions pour s'assurer que Tomas était en état de lui répondre. Si jamais ce n'était pas le cas, tant pis. Il allait les lui poser plus tard.

- Ça fait longtemps ?

- De quoi ça ? marmonna le blond, reniflant bruyamment.

- Que tu l'aimes…

- À peu près depuis qu'on a commencé à coucher ensemble, souffla-t-il.

- Mh…

Tomas resta silencieux pendant un instant. Puis il se redressa, s'adossa au lit et tourna la tête vers son ami. Il le fixa pendant un instant, puis eut un petit sourire.

- Ce qui est ironique dans tout ça, commença-t-il, c'est que depuis le début… il arrête pas de me dire « Tom, t'attache pas à moi parce que je n'ai pas l'intention de m'attacher à toi, ça pourrait te faire du mal », lui dit-il en rigolant amèrement.

Taylor baissa les yeux, triste de voir que son ami s'était si facilement fait embarquer dans son piège. Il se dit qu'en tant que meilleur ami, il aurait dût pouvoir le protéger de tout ça depuis le début.

- Mais tout… tout ça, ça fait combien de temps que ça dure ?

- Le début de l'année…

- Je peux savoir comment ça a commencé ou bien…

- Tu veux vraiment tout savoir ? Parce que je vais tout te dire. Pendant qu'on y est, soupira-t-il en baissant la tête.

- Vas-y Tomas. Je t'écoute, prends ton temps.

Tomas hocha la tête et inspira profondément. Il dut plonger dans ses souvenirs pour se rappeler de la toute première fois. Maintenant qu'il y songeait, ces souvenirs étaient douloureux. Parce que d'un simple « non » il aurait put tout éviter.

Flash-back

- Lâche ça, met de l'orange, toi.

- Tu dessine mal, Tomas. Et je déteste le orange.

Tomas soupira et Bill fronça les sourcils. Il se contenta tout de même de faire ce que Tomas lui disait et s'affaira à sa tâche.

C'était la première fois que le blond se retrouvait chez lui. C'était pour un projet de science et ils préparaient leur exposé oral. Ils ne se connaissaient pas beaucoup, mais ils apprenaient à le faire et ce que Tomas voyait jusqu'à maintenant du brun ne lui plaisait pas plus que ça.

- C'aurait été plus beau avec du bleu, renchérit-il.

- Mais ça doit être orange, soupira Tomas.

Bill fronça à nouveau les sourcils et l'étudia pendant une minute, les lèvres pincées. Au bout d'un moment, Tomas leva la tête vers lui et l'interrogea du regard. Bill soupira et secoua la tête.

- Quoi ? fit le blond.

- Je déteste qu'on me dise quoi faire, je suis pas con. T'es toujours aussi contrôlant ? lui demanda le brun en le dévisageant.

- Et toi t'es toujours aussi chiant ?

- Hey oh connard !

Tomas ferma les yeux et inspira profondément. Il pensa que ce n'était absolument pas le temps de se disputer avec ce mec parce qu'ils étaient déjà en retard dans leur projet et qu'il tenait au moins à avoir la note de passage.

- Ok, désolé.

Le brun ne fit que hausser les épaules et se concentra sur sa tâche. Tomas devait être le seul à sentir un genre de tension. Il crut que pour Bill, c'était une habitude de se sentir tendu avec à peu près tout le monde, avec le caractère qu'il semblait avoir.

Quelques minutes de silence passèrent. Bill en avait fini avec le orange et avait décidé de prendre une petite pause. Tomas continua son travail, concentré, pendant que le brun l'observait. Il ne sentait pas son regard se balader sur à peu près chacune des parties de son corps.

La première chose qu'il remarqua fut le mouvement souple de son poignet et le petit doigt qu'il avait tendance à relever. Alors que lui était simplement avachi sur son lit, Tomas était allongé sur le ventre et relevait les jambes de temps à autre pour les balancer. Mais ce qui fut fatal, c'était la langue qu'il passait régulièrement sur ses lèvres pour les humecter.

Bill ne connaissait pas Tomas, mais il croyait avoir détecté quelque chose de superbe chez lui. Il laissa passer un petit instant avant de se lancer. Lorsque Tomas commença à se redresser, Bill se racla la gorge pour prendre la parole. Le blond leva la tête vers lui.

- T'es pédé, Tom ?

- Pardon ?

Tomas arqua un sourcil et le dévisagea, surpris par sa question.

- T'aimes les queues ? répéta-t-il.

La question était troublante, pour Tomas. Lui qui ne s'était jamais vraiment posé de question par rapport à son orientation sexuelle. Tomas ne croyait pas en avoir une, pour l'instant. C'était juste un mec de seize ans qui occupait le plus clair de son temps à jouer aux jeux vidéo le vendredi soir plutôt que d'aller draguer les nanas avec ses copains. Jamais il ne s'attardait à elles, alors encore moins aux garçons. Pourtant, Tomas était un garçon assez mignon. Bill l'avait remarqué, ça.

- Euh… non, finit-il par répondre, perplexe.

- Je suis persuadé que tu es gay, insista Bill. Ça parait de toute façon.

- Quoi ?

Il se redressa doucement et s'auto-examina de la tête aux pieds, inquiet. Bill avait-il remarqué quelque chose sur lui qu'il ne pouvait même pas voir lui-même ?

- Ça se voit, que tu préfère les mecs. J'veux dire… une paire de seins, ça te ferait pas bander, hm ?

- Euh…

Tomas n'était pas habitué à ce genre de conversation. Surtout pas avec un mec qu'il connaissait à peine et avec lequel il était obligé de bosser sur un projet qu'ils allaient, de toute façon, couler.

- Pourquoi tu me demande ça ?

- Parce que.

- Ça te regarde même pas…

- Je suis en manque, Tomas.

Le blond déglutit et ramena lentement ses bras contre son torse, s'éloignant subtilement de lui, un peu troublé par sa déclaration.

- Et physiquement, tu me plais beaucoup, lui avoua-t-il.

- Pourquoi tu me dis tout ça ? balbutia-t-il. Je suis pas gay… puis même si je l'étais je… J'te laisserais pas me toucher ! T'hallucines merde ! se fâcha-t-il.

Bill haussa un sourcil et lui sourit légèrement.

- T'es timide ? lui demanda-t-il.

- Ça n'a aucun rapport avec le fait que je sois timide ou non, répondit-il froidement.

Le fait que Tomas soit plutôt sur la défensive amusait beaucoup le brun. Ce petit jeu lui plaisait bien et attisait son désir, en fait.

- Je parie que c'est parce que t'es puceau, alors.

- Quoi ? Qu'est-ce qui te dit que je suis puceau !

Bill le considéra un instant, puis éclata de rire. Il n'avait pas besoin de connaitre Tomas pour savoir quel genre de gars il était.

- J'imagine que le vendredi soir tu préfère jouer à des jeux genre World of Warcraft plutôt que de sortir avec tes copains et rencontrer des gens. C'est ça ?

- Ça se voit donc tant que ça ? s'inquiéta le blond.

- T'en fais pas, t'es mignon alors t'es pardonné.

La conversation rendait Tomas très mal à l'aise. Subtilement, il commença à ranger ses trucs dans son sac, ayant la ferme intention de quitter cette maison de fous. Le plus vite possible.

- Je suis persuadé que tu meurs d'envie de coucher avec moi, renchérit Bill en lui saisissant le poignet.

Il se rapprocha doucement de lui, l'empêchant de mettre son plan à exécution. Tomas tenta de se libérer de son emprise, de plus en plus sur les nerfs, mais Bill l'attirait lentement à lui.

- T'as peur de quoi ? finit-il par lui demander. On va juste se faire du bien, j'vais pas te faire mal.

Le blond était plus difficile à convaincre qu'il ne l'aurait cru. Cependant, dans sa tête d'adolescent en quête de sa sexualité commençaient à germer plusieurs questions dont il était avide de réponse. Après tout, il avait peut-être juste peur de découvrir qui il était vraiment.

- Est-ce que t'es gay, toi ? balbutia-t-il après un bref instant d'hésitation.

- Je n'ai pas d'orientation sexuelle, car pour moi le sexe n'a pas de sexe. Je veux dire… ou trou reste un trou, non ? Puis je bouffe autant de chattes que de queues, ça te va ?

Un peu choqué par la réponse du brun, Tomas hocha doucement la tête, un air perplexe collé au visage. Jamais il n'avait eut de quelconques rapports sexuels et il ne savait pas réellement s'il voulait se laisser convaincre de consacrer sa première fois à un mec comme Bill. Il ne savait pas s'il était prêt à ça.

- Écoute Bill, je…

- Laisse-toi faire, lui ordonna-t-il en le coupant.

Tomas se tut alors, toujours un peu réticent. De sa main libre Bill poussa leur projet par terre et tira complètement le blond à lui. Il décida rapidement de l'écouter, et de se laisser faire. Il avait cependant un peu peur de ce qu'il pouvait lui faire.

- Mais je suis pas gay, hein…

- C'est ça, souffla Bill en levant les yeux au plafond. Crois-moi Tomas, c'est pas aussi pire que tu le crois.

Bill le poussa contre le matelas, le forçant à s'allonger. Il s'apprêtait ensuite à prendre place au-dessus de lui, mais Tomas le repoussa. Il se redressa et soupira, agacé par son comportement. Tomas se releva légèrement, se mordillant la lèvre.

- Qu'est-ce que t'as ? soupira Bill.

- Je… j'aimerais juste savoir… ce que tu compte faire…

- C'est vraiment, mais vraiment ta première fois ? T'as jamais fais de sexe avec personne ?

- Non…

- Bon.

Il s'assit plus loin sur son lit, laissant la chance au blond de se redresser complètement. Tomas serra ses bras contre son torse et remonta ses jambes contre lui-même.

- J'vais pas t'enculer, si c'est ce qui te fait peur.

- Ah…

Bill rigola et lui sourit. Il lui indiqua de s'allonger à nouveau. Tomas pensa qu'il était fou de faire ce qu'il était sur le point de faire. Il s'exécuta et cette fois, ne repoussa pas Bill lorsqu'il s'installa contre lui.

Il attendit de voir ce qu'allait faire Bill pour se placer. Le brun laissa complètement tomber son corps contre le sien. Une de ses mains se plaqua sur son oreiller, Tomas tourna légèrement la tête pour voir où elle était placée, et l'autre agrippa sa jambe gauche pour la faire glisser sur ses hanches.

Tomas fut légèrement mal à l'aise avec la position mais en seulement quelques secondes, le sentiment passa et il se concentra sur les baisers dont Bill le couvrait. La peau de son cou y passa avant qu'il ne remonte vers sa mâchoire pour, graduellement, atteindre enfin ses lèvres. Tomas ne voulait pas y penser, mais il embrassait pour la première fois lorsque la bouche de Bill se colla contre la sienne et qu'il s'empressa de forcer le passage avec sa langue.

Avec hésitation, il posa une main sur sa joue et réfugia l'autre dans son dos. Il se laissa guider par Bill, ne sachant absolument pas ce qu'il avait à faire. Mais son rôle était plutôt simple : subir les caresses et les baisers de Bill pour obtenir du plaisir.

Le brun s'excita rapidement. Il ne lui en fallait pas beaucoup, avec toutes les pensées peu catholiques qu'il avait depuis le début de l'après-midi. Par contre, son partenaire était légèrement plus coincé et réticent que lui et le plaisir mit donc largement plus de temps à pointer le bout de son nez. Tomas était à peine en érection lorsque Bill commença à frotter son bassin contre le sien.

- Tu vas pas un peu trop vite ? lui fit-il part de ses inquiétudes.

- C'est toi qui l'est pas assez, grogna le brun en écrasant ses lèvres sur les siennes.

Il se redressa pour quelques secondes, le temps de lui parler.

- Lâche toi un peu plus, t'es tout crispé là… pense à des trucs cochons, j'sais pas…

- Mais…

- Tu vas me branler, et j'vais te faire une chose à laquelle t'as sûrement jamais pensé. Imagine-toi tout c'que j'peux te faire…

Tomas le fixa un peu avant de fermer les yeux et de hocher lentement la tête. Il écouta ce que le brun lui avait conseillé, et se laissa aller un peu plus à ses attouchements. Bill prit son premier gémissement pour un feu vert et s'empressa alors de faire voler les vêtements.

Ils se retrouvèrent rapidement peau contre peau et Tomas put se délecter du frottement de son érection contre celle du brun. Le contact était largement plus délicieux que celui de la paume de sa main et de ses doigts. Le bassin de Bill se frottait toujours contre le sien et son souffle se coupa lorsqu'une main taquine se faufila entre eux pour toucher leurs membres.

C'était étrange pour le blond de sentir une autre main que la sienne toucher son sexe, mais il s'y habitua rapidement. Cependant, il ne s'attendait pas à ce que Bill était sur le point de faire et la main qu'il passa sous lui pour se faufiler entre ses fesses le dérangea légèrement. Il grogna contre ses lèvres et bougea légèrement pour la faire dégager, mais elle y resta.

- Qu'est-ce que tu fais ? finit-il par lui demander. Dégage de là…

- Arrête de te plaindre putain. Tu vas aimer ça, tu vas gueuler et en redemander.

Il n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, de serrer la mâchoire ou de crisper les yeux avant qu'un doigt n'entre en lui, le faisant tanguer entre hurler de douleur ou reprendre le souffle qui s'était coupé. Bill attendit quelques secondes, mais pas son accord pour bouger en lui et se risquer à en ajouter un deuxième. Tomas cr…

Fin du flash-back

- Ok putain, ça suffit ! C'est dégueulasse ! s'écria Taylor, coupant le blond dans son récit.

- Désolé…

Tomas soupira et baissa la tête. Il n'aimait pas les paroles de son ami. Tant qu'à lui, il aurait put se les garder. Il se forçait à lui raconter un des moments les plus importants de sa vie et ce qu'il lui disait était quelque chose de vexant, à ses oreilles. Car pour Tomas, ça n'avait rien de si « dégoûtant »…

Taylor remarqua rapidement le froid créé par ses exclamations et baissa lui aussi la tête, gêné. Il se racla la gorge, mais ne dit rien, de peur de sortir à nouveau des paroles blessantes. Il savait que pour son meilleur ami, il n'y avait rien d'écœurant. Mais lui préférait ne pas penser à ce genre de choses.

- Bref, c'est ce qui s'est passé, conclut finalement le blond.

Son ami hocha la tête et se racla à nouveau la gorge. Cette fois, il voulait dire quelque chose. Tomas tourna la tête vers lui et attendit qu'il parle.

- C'est heum… ça fait bizarre de savoir tout ça, souffla-t-il avec un léger sourire aux lèvres, voulant dédramatiser la situation.

- Ouais…

Tomas sourit un peu.

- Mais… vous avez couché ?

- Oui.

- Le même jour ?

- Ah, non ! Non, pas ce jour-là.

Taylor fronça les sourcils et leva les yeux vers lui. Il n'eut pas besoin d'ouvrir à nouveau la bouche pour que Tomas réponde à la question qu'il se posait.

- Quand on a couché c'était… oh mon dieu, c'était…

Il réfléchit un peu. Ses souvenirs étaient légèrement flous, car anciens et très nombreux de ce genre.

- Ah ! bien sûr. À mon anniversaire… c'était ce soir-là, se souvint-il finalement.

- Vraiment ?

- Ouais. Tu te souviens pas ? Je vous avais laissé tomber à la dernière minute parce que j'étais « malade ».

- Mais tu l'étais pas ! comprit rapidement Taylor. T'as fais semblant d'avoir la gerbe pour aller coucher avec Bill ! s'exclama-t-il.

- Pas si fort ! siffla le blond.

Il tendit la main vers son ami et lui poussa l'épaule, voulant le faire taire pour ne pas que sa blette de petit frère se fiche encore le nez dans leurs affaires. Jeydon ne devait vraiment pas savoir ce qui se disait dans cette pièce.

- Désolé, souffla-t-il plus doucement. Mais putain ! tu nous as fais faux bond pour… pour ça !

Tomas haussa les épaules et baissa les yeux. Pour lui, ça avait de l'importance. Plus qu'une petite soirée entre amis. Pour ses dix-sept ans, il valait mieux que ça et Bill s'en était très bien chargé.

- Tu vas t'en remettre ?

- C'est pas la fois où… après ce week-end là, t'es pas venu en cours pendant une semaine ?

Tomas fronça les sourcils et soupira. Il hocha malgré lui la tête, réticent.

- Ben, t'étais vraiment malade ou pas ?

- Non…

- Alors qu'est-ce qui s'est passé ?

- C'est que… arf…

Du revers de la main il lui fit signe de laisser tomber et d'oublier. Mais Taylor était tenace, surtout pour ça. Tout ce qui avait un rapport avec Bill, il tenait à le savoir.

- Non, qu'est-ce que t'avais ? Dis-le moi, ou je te torture.

- Tu vas encore me dire « ta gueule ! c'est dégoûtant… »

- Je suis désolé, Tom. Je ne le ferai plus, c'est promis.

Tomas le fixa pendant quelques secondes avant de céder. Il inspira profondément avant de se lancer.

- C'est pas très agréable, mais c'est ce qui est arrivé.

- Ben vas-y…

- Tu sais, après avoir… C'est… ça m'a fait très mal.

Taylor comprit rapidement de quoi il parlait, mais s'abstint de tout commentaire.

- Marcher les jambes écartées… c'est pas vraiment super, disons. J'avais mal au cul, merde ! Puis je me sentais… tellement con. J'étais juste… pas capable de revoir Bill, après ça.

- Pourquoi ? lui demanda-t-il même si c'était tout de même un peu évident.

Mais Tomas haussa les épaules avant de baisser la tête. Il triturait un pan de son t-shirt, presque nerveux. Il inspira à nouveau.

- Avant de… ben, qu'on couche… Bill m'a dit une chose. C'est la première fois qu'il me l'a dite.

- Et c'était quoi ?

- C'était le fameux « Tomas, tu dois pas t'attacher à moi, après ça. C'est juste de la baise, pour moi. »

- Oh, je vois… et c'était de faire ce genre de trucs qui te faisait sentir con ?

- Non…

Il secoua lentement la tête.

- C'était pas ça.

- Alors…

- Quand on l'a fait, le coupa-t-il, ça faisait un moment qu'on se voyait pour… ben, se faire du bien quoi… mais pendant qu'on le faisait, la première fois, j'ai pensé que… ben j'étais heureux que ce soit lui qui me le fasse, pour la première fois. Je sais pas pour lui, ce qu'il a pensé et ce qu'il ressentait mais moi, c'était… woah…

Taylor sourit en voyant l'expression qu'affichait le visage de son ami. Il voyait bien que rien qu'en parlant de Bill, il était aux anges.

- T'es tombé amoureux à ce moment-là ?

- Probablement… c'était… vulgaire, y'avait rien de romantique, d'amoureux, c'était juste du sexe. Mais j'ai vécu tout ça d'une autre façon que lui.

- Tu lui en as parlé quand t'es revenu en cours ?

- Non, pas vraiment. Il m'a demandé si ça allait, juste comme ça, parce qu'on bossait ensemble en maths, mais sinon…

- Oh, coup dur…

Tomas tenta un petit sourire. Taylor le fixa sérieusement et lui fit comprendre qu'il pouvait se sentir triste, faible, qu'il était là pour le réconforter et tenter de comprendre tout ce qui se passait dans sa vie, pas juste pour écouter tout ça parce que c'était divertissant et que ça lui faisait quelque chose à faire.

- Puis le week-end suivant, il m'a appelé. Ben… il m'a envoyé un texto, en fait. Il me proposait de revenir chez lui. J'y suis allé.

- Et… ? Vous l'avez refait ?

- C'était dans ses plans, tu sais bien. Sauf que j'ai pas été capable. C'est là qu'on en a discuté. Il m'a dit des trucs genre… « je comprends comment tu peux te sentir, bla bla bla » , sauf que ça s'est encore terminé en « fait gaffe, t'attache pas à moi. »

- Excuse-moi de dire ça… est-ce qu'il a un cœur, ce mec ?

Tomas haussa les épaules et évita son regard.

- Mais attend ! Tu lui dis qu'il te fait ressentir des trucs, que tu te sens con, que t'as du mal à tout accepter tous les changements soudains dans ta vie, mais lui, il te lâche encore un « t'attache pas à moi » !

- Mais Tay… il est comme ça… T'sais… je le connais depuis plusieurs mois mais juste comme ça, juste comme… un mec avec qui je couche. Je ne le connais pas personnellement. J'peux pas le juger. Probablement que c'est pas facile pour lui, j'en sais rien…

- M'ouais… personnellement, j'crois que c'est juste un gros connard obsédé sexuel. Faut régler cette histoire très vite, Tomas. Soit tu fais comme il arrête de pas dire, et tu l'oublies – pour ça, tu devrais songer à arrêter de le voir – ou sinon, vous mettez les choses au clair, tu lui dis tout ce que tu ressens depuis le début et tout le mal que ça te fait. Ça peut pas continuer comme ça.

- Je sais mais merde… j'ai peur que… de n'importe quelle façon, je puisse le perdre, soupira-t-il. Parce que ce que j'ai avec lui… ben c'est tout c'que j'ai, c'est tout.

- Je comprends.

Tomas soupira et se laissa tomber sur le dos, découragé. Il ne savait plus quoi penser mais néanmoins, en discuter avec son ami lui avait fait un peu de bien. Il était soulagé de pouvoir être soutenu par au moins une personne.

- T'es amoureux ?

- Je crois l'être. Comment on se sent, quand on est amoureux ? Tu le sais, toi ?

- Ben c'est… putain, ça se décrit pas… c'est toujours penser à la même personne, la voir dans ses rêves, être accro à sa voix, son odeur, elle tout court… avoir le cœur qui bat la chamade quand on la voit, je sais pas… tout ça !

- Je…

- À voir les étoiles que t'as dans les yeux lorsque tu me dis qu'avec lui tout les moments que tu passe son magnifiques… t'es complètement entrain de tomber en amour, mon vieux.

- Je dois déjà l'être, soupira-t-il.

Taylor lui sourit et s'allongea comme lui. Tomas tourna lentement la tête vers lui. Il se mordillait la lèvre, un air angoissé collé au visage.

- Tu peux pas l'oublier, hein ?

- C'est que j'veux pas… et quand on veut pas, on peut pas.

- Alors tu lui dis. Tu lui dis tout. Tu te fais entendre, tu mets les choses au clair avec lui, tu exiges de lui un choix clair, un vrai. S'il veut pas de toi en tant qu'amoureux, t'as pas besoin de lui. Si c'est non, faut que tu l'oublies parce que tu continuera pas à te faire détruire comme ça, c'est pas vrai. J'accepte pas ça.

Tomas pinça les lèvres pendant quelques secondes, il tenta de ne pas craquer. Mais Taylor lui prit la main et la serra très fortement dans la sienne. Il sentit qu'il était avec lui, qu'il était sérieux et qu'il allait l'aider à affronter Bill. Il éclata en sanglots, et Taylor s'empressa de le prendre dans ses bras.

Cette fois-ci, il n'y avait rien de too much. Juste un mec qui réconforte son meilleur ami. Sa peine, elle était vraie. Elle n'avait besoin que d'une consolation, et c'était Taylor. Tomas put laisser couler autant de larmes qu'il le voulait sur l'épaule de son meilleur ami. Leur nuit fut longue, très longue.