2- Joy ne dormait pas encore lorsque son portable brisa le silence de la nuit, elle se tenait debout seul devant l'immense baie vitrée.
- « Joy Arden. »
- « que se passe-t-il ? J'exige de comprendre. »
- « n'exige rien et ne demande rien. Un conseil, ne dis à personne où tu te trouvais cette nuit, c'est un avertissement que je te donne. »
- « des menaces. Tu penses m'effrayer de la sorte. »
- « je ne veux ni t'effrayer ni quoi que ce soit, mais reste loin de cette affaire. »
Joy avait rebroussé chemin après avoir escorté Largo jusqu'à sa chambre, le sommeil la fuyait. Elle savait que ses paroles ne changeraient rien et que son père n'écouterait pas ses conseils comme elle même ne les écoutait pas mais malgré cette rupture entre eux elle ne voulait pas avoir à assister à ses funérailles mais que faire ?
- « encore un poids sur mes épaules. »
Largo s'était enfermé dans son appartement et ne l'avait plus quitté, Simon avait rejoint le sien afin de prendre quelques heures de repos, Sullivan trouva refuge dans le travail tout comme Kerenski. Le week-end avait été riche en événement.
La journée de dimanche s'écoula lentement pour tout le monde puis vint le lundi et le premier conseil de la semaine.
Sullivan se dirigea d'un pas ferme vers la salle du conseil et malgré la fermeture des portes il pouvait entendre le brouhaha des conversations. À peine avait il ouvert les portes que tous les conseillers se ruèrent sur lui.
- « Sullivan qu'est ce que tout cela veut dire ? Les investisseurs commençaient à peine à se calmer après la tentative de Montréal, et voilà que ça recommence. Et qui est l'assassin ? Une amie proche du patron. »
- « pas une amie Terry, sa petite amie. »
- « c'est vrai ce que raconte Michel ? »
- « c'est à dire….oui. »
John était gêné, Michel avait bien des travers mais tous au sein du conseil savaient que si celui-ci disait quelque chose il avait les preuves de ce qu'il avançait, donc ils ne pouvaient douter de ce qu'il racontait.
- « et où se trouve Largo à présent ? »
- « au …
Sullivan ne put finir sa phrase les portes du conseil s'ouvrirent avec fracas pour laisser passer un Simon paniqué.
- « où est Largo ? »
Sullivan ne dit rien mais se prit la tête entre les mains, ce garçon allait avoir sa peau à force de prendre des risques inconsidérés, au même moment le portable de Simon sonna.
- « Simon c'est Kerenski descends tout de suite. »
Sans rien ajouter de plus Kerenski coupa la communication ne laissant à Simon aucune autre alternative que celle d'obtempérer, mais avant de quitter la salle du conseil il se tourna vers Sullivan et lui dit de ne pas compter sur Largo aujourd'hui.
Simon rejoignit rapidement son collègue au bunker.
- « quoi, qu'est tu me veux ? Je ne sais pas si tu es au courant mais Largo a disparu, je ne le retrouve nulle part et son portable est éteint. »
Calmement, aux limites de l'indifférence Kerenski montra à Simon ce que les caméras de surveillances avaient enregistré à l'entrée du building.
Troublé, Simon quitta le bunker en direction du hall de la tour afin d'y retrouver Largo.
Entrée de la tour quelques minutes auparavant :
De temps à autres le chauffeur lançait un discret coup d'œil à sa passagère. Il l'avait récupérée au pied du meilleur hôtel de NY et depuis qu'elle était montée elle n'avait pas prononcé un mot. Le plus impressionnant en elle était sans conteste son regard : vide, inexpressif sans vie. Elle n'avait parlé qu'une fois pour indiquer la destination puis plus rien.
Elle lui adressa la parole une seconde fois pour changer de direction lorsque son portable sonna. Sa voix était aussi inexpressive que son visage bien que ses intonations soient plus chaudes.
Elégamment vêtue mais de manière sportive elle portait en bandoulière un petit sac, toute sa tenue était noire.
Bientôt le taxi s'arrêta au pied de la tour W, elle le paya le remercia courtoisement et sortit en fermant doucement la porte.
Alors que le taxi s'éloignait un second taxi s'arrêta aux pieds de la tour. Lorsque la porte s'ouvrit, on vit en descendre une jeune femme complètement ivre et riant à gorge déployée faisant se retourner les personnes allant en direction de la tour. Puis bientôt une seconde personne en descendit aussi ivre que la première.
Retrouvant difficilement un équilibre précaire l'homme colla sa compagne contre le taxi et l'embrassa pleine bouche.
Joy ne prêtait qu'une attention distraite au couple jusqu'au moment où elle entendit le nom de l'homme. Largo. C'est un prénom plutôt rare mais elle vérifia tout de même qu'il s'agissait bien de Winch.
C'était bien lui et la femme qui l'accompagnait n'était pas garde du corps. La professionnelle reprit rapidement le pas sur la femme, elle se dirigea vers le couple toujours adossé au taxi.
- « je pense que tout le monde a profité du spectacle nous pouvons arrêter maintenant. Allez venez Monsieur Winch. »
Joy avait écarté la compagne de Largo pour le soutenir, ce dernier étant aussi ivre que sa compagne.
- « eh ma jolie, minutes, t'attends ton tour c'est mon client.»
Sans lâcher Largo, Joy écarta doucement un pan de sa veste dévoilant son Beretta. La prostituée, refroidie s'écarta de Largo.
- « ça va, te fâche pas je me casse. »
Et elle partit, laissant Largo toujours dans les vapes. Tant bien que mal Joy raffermît sa prise autour de Largo et le porta tant bien que mal vers l'entrée de la tour.
Elle y retrouva Simon qui sortait d'un ascenseur, à eux deux ils portèrent Largo en direction de l'ascenseur qui les conduirait au penthouse.
Largo sortit de sa léthargie un court instant et son regard accrocha celui de Joy.
- « toi, comme les autres tu es une traîtresse, je n'en doute pas un seul instant. Qu'est ce que vous avez toutes à me trahir ? Je t'ai tout donné, mon amour, mon rang, mon argent. Et toi ? Tu m'as vendu, tu as levé une arme contre moi pour de l'argent. Tu n'es qu'une traînée, vous prendre et vous laisser tomber, ne plus jamais m'attacher à aucune d'entre vous. Tu trouveras le moyen de me trahir, je n'en doute pas un seul instant. Un regard vide sans vie, as tu seulement ressenti de la peine en tuant ce pauvre homme la dernière fois ?»
Largo retomba immédiatement dans son mutisme. C'est un pantin désarticulé qu'ils traînèrent vers la chambre du penthouse où il s'endormit.
Silencieusement Joy et Simon quittèrent la chambre et l'appartement. En refermant la porte Simon déclara,
- « ne fais pas attention à ce qu'il disait il est ivre, il n'en pensait pas un mot.»
- « il le pensait Simon, ce n'était pas là les divagations d'un esprit embrumé par l'alcool. Il m'a regardé droit dans les yeux en parlant de Lillers. Il n'a pas tort je ne suis qu'un assassin, mes mains sont rouges de sang. »
- « ne dis pas de bêtise. Je veux bien croire que tu n'es pas une blanche colombe mais cela ne veut pas dire pour autant que tu es un monstre sans cœur. J'ai vu la souffrance qu'engendrait en toi le fait d'abattre cet homme. Quoi qu'en dise Largo je sais que tu as une conscience. »
Simon avait fini par prendre le visage de Joy entre ses mains pour l'obliger à le regarder dans les yeux.
Derrière cette inexpressivité de façade Simon put entrevoir une nouvelle fois la souffrance qu'elle cachait aux autres, de son coté Joy s'étonnait elle-même, le Suisse semblait trouver d'office les mots qui la réconfortaient. En deux semaines, le turbulent jeune homme avait su trouver le chemin de son cœur. Drôle et affectueux il semblait aussi doué pour faire face aux situations délicates en faisant preuve de sang froid.
Les deux jeunes gens se séparèrent, Simon partit en direction du bunker pendant que Joy partait en direction du Bureau de Sullivan pour l'attendre. Il demeurait après tout son patron.
Le bip caractéristique signifiant l'arrivée de quelqu'un raisonna dans le silence du bunker, faisant lever les yeux au maître des lieux. Rassuré sur l'identité de l'arrivant il se replongea dans ses recherches et sa partie d'échec.
Le Suisse pénétra dans l'antre et s'installa à son poste, vingt minutes passèrent et pas un mot ne fut échangé, si ce calme plaisait au Russe il était aussi l'expression de l'égarement du Suisse ainsi que de son abattement, malgré tout il avait espéré que seul l'argent était à l'origine du changement et non son appartenance à la commission, alors malgré ce qui restait suspendu entre les deux hommes Kerenski se fit le confident du Suisse qui une fois qu'il avait commencé ne put s'arrêter, il parla, encore et encore libérant tout ce qui se trouvait enfoui en lui depuis le début de l'aventure groupe W.
Silencieusement, Kerenski écouta et la paix commença à faire son travail entre les deux hommes.
Pendant que Joy attendait le retour de Sullivan, elle se laissa aller à se souvenir de ses débuts sous le règne de Largo, car être le maître du groupe W revenait à être le roi de l'économie or qui veut avoir la main mise sur la terre devait contrôler l'économie.
En se disant ces mots Joy ne peut réprimer un long frisson glacé, ce résumé de ce que représentait le groupe W faisait penser à la Commission, ennemi puissant et insaisissable qui depuis six cent ans fait en sorte de contrôler l'économie, la politique tout ce qui faisait marcher le monde.
GROUPE W DEUX ANS AUPARAVANT, QUELQUES JOURS AVANT LA DISSOLUTION DE LA SECTION ESPIONNAGE DU GROUPE.
Tout le personnel du département espionnage du groupe se trouvait à la tour se jour là. Ils attendaient l'arrivée de Sullivan, même les chefs de commandos se trouvaient là, habituellement ils demeuraient terrés au bunker dans les profondeurs de la tour.
Bientôt Sullivan s'encadra à l'entrée de l'immense salle de briefing, son visage était fermé et son regard glacial, prés de lui se tenaient Joy et Berdych.
Le silence s'abattit sur l'assemblée, l'air lui même semblait s'être figé dans l'attente de l'inévitable volée de bois vert. Sullivan se dirigea vers Riley et d'un geste de la main le gifla et si de ci de là on entendait encore quelques rumeurs le silence se fit alors totale. Ils n'avaient jamais vu Sullivan perdre son self contrôle de la sorte, il semblait capable de se dominer dans toutes les situations.
- « Riley où se trouvaient les hommes que j'avais demandé pour assurer la sécurité pendant le service funèbre. »
- « nous n'avons reçu aucun ordre allant dans ce sens. »
- « comment cela ? J'ai envoyé l'ordre avec Mélanie. »
- « nous n'avons rien reçu, d'ailleurs elle n'est pas venue à l'étage de la journée. »
- « Joy…
Sullivan n'eut pas à finir sa phrase, Joy savait ce qu'elle avait à faire et elle s'empressa de le faire. Après une rapide recherche, il apparut que Mélanie avait quitté la tour tôt dans la matinée quelques heures avant le début de la cérémonie en présence de l'héritier qui dormait au somment de la tour.
- « Elle a quitté la tour avec le message. »
- « Joy, trouvez la et remontez jusqu'à la source. »
Joy quitta la tour et traqua Mélanie pendant des jours. La douce Mélanie s'était révélée être une ancienne du FBI, déclarée morte pendant une mission d'infiltration.
La piste ne mena nulle part puisqu'elle se donna la mort mais avant de mourir elle ne prononça qu'un nom Berdych, jetant la confusion dans l'esprit de Joy un court instant mais reprenant rapidement contenance Joy se rendit au bureau de Berdych en ville où elle trouva une adresse dans le Connecticut.
Durant ce temps, Largo avait fait les frais de l'attentat et présidé son premier conseil dont l'une des premières décisions furent le renvoi de toutes les équipes du département espionnage du groupe.
A son retour Joy l'apprit de la bouche de Sullivan qui malgré l'heure tardive était encore présent au groupe.
- « Joy il a décidé de tous vous renvoyer et de s'entourer de sa propre équipe….
- « ne vous inquiétez pas pour moi, vous avez été plus que généreux pour moi ainsi que Nério. D'ailleurs je resterai à votre disposition pour vous aider en cas de difficulté. »
Sur ces mots Joy quitta Sullivan et partit en direction du bunker, en chemin elle passa par le trente cinquième étages où tous ses hommes l'attendaient.
Avant d'avoir pu placer un mot la porte s'ouvrit pour laisser passer Cardignac et Del Ferril.
- « Joy j'ai à vous parler. »
Sans un mot Joy suivit Cardignac et Del Ferril dans un coin retiré de l'étage.
- « c'est quoi ce délire, tu ne peux pas partir et tout laisser en plan. La sécurité des deux branches a été confiée à tes soins donc tu ne peux pas partir pendant la mise en place. »
- « écoute Michel c'est le conseil qui a entériné cette décision. »
- « cette décision est unilatérale, elle n'a pas été soumise au vote. D'ailleurs ça arrange tout le monde le service espionnage commençait à devenir incontrôlable. »
- « écoutez Mlle Arden, nous avons beaucoup de problème et dernièrement ont eu lieu plusieurs vols et destruction de prototypes, d'ou le changement des plans de sécurité demandés. »
- « je le sais très bien Mlle Del Ferril mais je n'y peux rien moi…
- « tu termineras avec nous. Dés demain je fais établir par les avocats de Winch Air lines les contrats et (sur un signe d'assentiment de la part d'Alicia) Winch Télécoms aussi. »
- « très bien…. Le renvoi concerne une trentaine d'éléments au moins qui sont sous mes ordres. J'envoie une équipe sur chacun des sites les plus sensibles, en attendant. »
- « bien, je ralentis les procédures de renvoi pour ces personnes le temps de préparer les nouveaux contrats. »
Quelques peu rassurés les deux conseillers libérèrent Joy qui répartit ses deux commandos sur les sites les plus vulnérables en attendant de redéployer de nouvelles équipes de sécurités sur les sites des deux filiales, surtout les sites de recherches et développement du groupe en télécommunications et aéronautiques.
L'ascenseur s'arrêta bientôt au niveau du bunker, et ce fut d'un pas ferme que la jeune femme s'engagea dans le dédale de couloir pour parvenir à l'endroit le plus secret et le mieux protégé de la tour.
A peine avait elle composé son code et poussé la porte que deux bras tentaient de la ceinturer, sans même y réfléchir à deux fois, Joy assena un coup de poing dans l'estomac de son assaillant avant de le propulser contre le mur et de finir cet enchaînement par un coup de pied qui s'il avait atteint son but aurait non seulement cassé le nez de l'assaillant mais l'aurait mis out.
- « ne refaites jamais ça si vous tenez à la vie.»
Le bip du sas se fit entendre une nouvelle fois, laissant apparaître Sullivan cette fois-ci.
- « Joy je vous trouve…Largo a disparu et une voiture manque. »
- « il est donc sorti (elle jette un rapide coup d'œil sur les caméras de surveillance sur l'un des moniteurs tandis que Kerenski fait de même sur une autre machine.)
- « mais il n'a pris aucun garde du corps. »
- « comment voulez vous qu'il le fasse, en dissolvant la section espionnage, il a mis beaucoup de monde au chômage. De vigiles, gardes et même des secrétaires. J'espère qu'il n'aura pas de mal à dormir monsieur l'idéaliste. »
- « Joy, sur le papier la section c'est une trentaine de personne. »
Joy ne prit pas la peine de répondre.
- « dites le si je dérange. »
La voix de Kerenski s'éleva glaciale dans l'espace confiné du bunker.
- « justifiez votre boulot en retrouvant la trace de l'héritier. »
La voix de Joy était froide et chargée de colère.
- « fais le toi même. »
Elle ne se le fit pas dire deux fois, Joy activa l'une des balises installées sur tous les véhicules du groupe afin de les suivre en cas de kidnapping ou de recherche.
- « je prends l'hélico, demandez à une voiture de me suivre. »
Ce fut au retour de cette traque que Sullivan fit cette proposition. Assis au bunker, il attendait le retour de Joy cette dernière n'ayant pas pris ses affaires en partant. Sur le second siège Kerenski mettait à niveau la sécurité du groupe, que cela soit au niveau de l'informatique ou de la surveillance et la sécurité. Une heure plus tard la porte s'ouvrit pour laisser passer Joy.
- « bien, Mr Kerenski puis je avoir votre attention ?... Joy je n'ai pas besoin de te parler de ce que nous représentons, toi et moi connaissons ce que représente réellement le groupe W, Monsieur Kerenski je pense que durant les derniers jours vous avez eu le temps d'apprendre ce qu'est la commission, Largo est plein de bonne volonté mais c'est un naïf, il y aura des jours ou il faudra faire taire les bons sentiments et agir alors ma question est la suivante : « Pouvons nous compter sur votre aide en cas de besoin ? » »
- « le terrain n'est plus mon affaire. »
- « nous ne t'en demandons pas tant, le terrain est mon affaire.»
- « c'est proposé si gentiment. »
Sullivan partit suivi de Joy. L'encre sur la lettre de licenciement de Joy et ses hommes n'avait pas séché qu'elle intégrait le groupe Arès en tant que chef de commando. En tant que telle, elle dirigeait une équipe composée d'une trentaine d'agent qui lui étaient dévoués jusqu'à la mort, ils ne répondaient qu'à ses ordres et nul autre.
Une fois installée au sein d'Arès le département de sécurité de Winch Airline et Télécoms entra en contact avec Arès afin de signer un contrat de surveillance pour les sites les plus sensibles.
Méfiant malgré tout, Cardignac fit en sorte que le contrat concernât Joy et le groupe W. Quoi qu'il advinsse Joy serait la seule à avoir les autorisations nécessaires afin d'accéder au groupe et à certaines de ses installations.
Exceptionnellement Sullivan supervisa la rédaction du contrat faisant en sorte qu'Arès ne puisse détourner les termes du contrat en sa faveur.
Si bien qu'à la fin le contrat se présentait de la manière suivante. Joy était liée à Arès par un contrat, elle, en tant qu'entité elle représentait ses hommes aussi et un contrat liait Joy au groupe W, en fait elle demeurait employée du groupe W mais par le biais d'une tierce personne.
En se remémorant sa tumultueuse rencontre avec le Russe et leurs débuts ensembles, Joy ne put réprimer un léger sourire. Ils se court-circuitaient mutuellement si bien qu'à bout de patience, Sullivan rapporta une nouvelle pièce dans le jeu du chat et de la souris : Eric.
Car pendant un temps Joy accompagna de loin l'Héritier et son ami promu garde du corps lors de ses déplacements.
Puis lentement presque à leur insu les rapports entre les deux anciens ennemis commencèrent à changer.
Son enlèvement par Donovan, la réapparition d'Anya, tous ces événements éveillèrent en eux l'écho d'un besoin qui malgré leur acharnement continuait d'exister en eux. Vinrent ensuite les fêtes de Noël, et sous l'influence de l'alcool ou pour ménager l'ego de chacun ils cédèrent à leur attirance mutuelle.
Leur histoire commença donc un soir de Noël et dura un an, mais les obligations de chacun faisaient qu'ils pouvaient se passer des semaines sans possibilité de se voir pourtant l'un comme l'autre y trouvait son compte. Puis Marissa fit son apparition dans la vie de Georgi, le changement était quasiment imperceptible pour les autres mais visible pour Joy. Alors un soir après un succulent dîner elle signala mine de rien le nom de la jeune femme.
Chose étonnante, Kerenski eut l'air quelque peu gêné, mais la rupture se fit doucement sans bruit, Joy partit, quittant l'appartement du Russe et sa vie.
Mais ce qui existait entre eux ne pouvait disparaître aussi facilement et plus d'un an après leur séparation discrètement chacun veillait à la sécurité de l'autre mine de rien.
La porte du bureau de John s'ouvrit pour laisser passer ce dernier, ce dernier semblait éreinté.
- « tout va bien John ? »
- « Michel. »
Et Joy comprit, Michel depuis des années ne vivait plus que pour le groupe, perfectionniste et opportuniste il ne supportait pas l'indolence avec laquelle Largo menait les affaires du groupe.
- « alors que se passe-t-il maintenant ?...John ? »
- « il faut voir avec Largo….
- « pas maintenant, il est indisponible. Je l'ai croisé hier au cimetière il n'a pas fait de difficulté en apprenant mon affiliation au groupe W. »
- « parfait… il reste un problème nous avons déjà un département sécurité qui assure la sécurité du groupe et tout cela, or ce qui concerne ton travail tu dois demeurer parfaitement autonome mais surtout le secret le plus grand secret doit entourer tes travaux… Je dois ménager le chef de la sécurité mais en même temps je ne peux pas me voiler la face, il ne peut pas tout faire, Simon s'occupe de la sécurité de Largo et toute la logistique avec Kerenski en fait, il faudrait centraliser mais…. A part vous trois je ne vois pas à qui faire confiance. »
- « intégrez moi dans l'équipe de garde du corps en attendant… nous verrons pour la suite. »
