Inséparables
Note de l'auteur : Voilà la suite, comme promis ! La véritable histoire commence... Par un flash back -d'où l'italique, que j'utiliserai systématiquement dans le cas d'une analepse, soit dit en passant-.
Aussi ! J'ai omis, au prologue, d'indiquer les musiques utilisées pour l'écrire, et de ce fait, le lire, pour mieux vous plonger dans l'ambiance. Et pour ce chapitre... je les indiquerai plus tard -je suis en plein rush, là, car...-
Note 2 : Car... c'est la Japan Expo ! Si vous vous y rendez ou n'êtes pas encore décidés... Sachez, en tout cas, que j'y serai vendredi, samedi et dimanche, cosplayée en Ed : le vendredi, je serai accompagnée d'une Lust, d'une Winry, d'un autre Ed, d'un Roy et peut-être d'un Greed, et le week-end, d'un Envy (liste non exhaustive pour ces jours. On sait jamais qui on croise ;p). Et bien sûr... Edvy sur demande, et à volonté x3
Bref ! Après toutes ces infos... Bonne lecture ! ;D
Chapitre 1 : Les miettes de mon monde
« Jeune homme, vous souhaitez acheter quelque chose ? »
Edward tourna la tête vers la jeune employée de la boulangerie, qui lui adressa un sourire amical, puis, pris de court, se mit à bégayer :
« Euh... euh... Non... Enfin... Peut-être... Euh... Je regarde ! »
La vendeuse le regarda d'un air un peu étonné, mais se contenta de répondre, en époussetant un peu de farine qui s'était déposée sur son tablier à force de servir, de longues heures durant, le pain tout juste sorti du four :
« N'hésitez pas à m'appeler si quelque chose vous ferait envie, ou même si vous avez la moindre question ! Je suis à votre disposition ! »
Puis, toujours aussi souriante et guillerette, elle revint à l'intérieur de la boutique, de laquelle elle était momentanément sortie pour s'intéresser à cet adolescent à la dégaine peu commune... Et qui, depuis au moins dix bonnes minutes, restait à fixer les succulents gâteaux d'un regard... Inquiet.
En vérité, elle se trompait.
Si elle s'était mise à hauteur du jeune alchimiste, elle aurait vite compris que ce qu'il fixait n'étaient pas les gâteaux aux formes diverses, et aux couleurs harmonieuses, mais bien ce qui, dans son champ de vision, se trouvait au second plan : Envy.
Envy qui faisait ses débuts dans le monde des humains, et avait accepté de tenté une expérience pour le moins inhabituelle : acheter quelque chose dans les règles de l'art, et non pas voler, comme il en avait l'habitude. Et, pour rajouter au défi : le faire seul. Mais bon, Edward, en retrait, gardait un œil sur lui. Combien de fois l'avait-il vu perdre son sang froid à force d'être dévisagé et de ne pas savoir comment formuler sa demande de façon polie et... Et ben normale, en fait, et se jeter à la gorge d'une ou d'un caissier ? Trop, en vérité. Alors il surveillait, comme une chatte qui ne quitterait pas des yeux son petit qui apprenait à chasser.
Bon, là, c'était l'inverse, puisqu'il fallait apprendre au chasseur à être courtois et civilisé, mais quand même.
Heureusement, Envy s'en sortait plutôt bien pour l'instant. Il avait juste un peu de mal, mais se débrouillait. Le petit blond fut ainsi ravi de le voir finalement sortir de cette antre aux miles délices, les bras chargés d'un paquet bien rebondi de viennoiseries plus appétissantes les unes que les autres.
« Alors ? Alors ? » s'enquit-il, faisant comme si... Comme s'il avait, comme promis, détourné le regard.
« Alors tu m'as fixé tout du long, et c'était hyper stressant. Chibi, tu es BLOND, tu es au SOLEIL, tu es habillé en ROUGE... Tu crois être discret ? Sérieusement ? » lança l'androgyne avec une moue tout en tendant sa main droite à son amant. « Tiens, la monnaie. Et OUI, j'ai bien vérifié qu'il y avait le compte », prévint-il, avant de rajouter, plus curieux : « J'ai acheté de drôles de trucs : des pains de chocolat. Ça ressemble à tout sauf à du pain, et c'est fourré... Au cho-co-lat. »
Nul besoin de préciser que si Envy avait jeté son dévolu sur du chocolat, c'était qu'il avait des idées en tête. Car, c'était bien connu... Crevette chocolatée sera (sur)excitée.
« Envy... Ça s'appelle des pains AU chocolat, pas DE chocolat », rectifia Edward en lui en prenant un des mains -après avoir rangé sa monnaie-, amusé.
« Roh, c'est pareil. Ton estomac ne fera pas la différence », lança le plus âgé en levant les yeux au ciel, tandis qu'ils se mettaient en route, vers leur appartement.
« Sur ce point, tu... Marques un point ! » répondit l'alchimiste en dévorant avec appétit sa viennoiserie. Il mourrait de faim. Littéralement. Et puis sérieusement... Rester à faire le guet devant une boulangerie, juste à quatre heures et des brouettes... Sentir pendant de loooongues minutes, les effluves chaudes et sucrées de tout ce dont on rêvait pour un en cas... Ca avait de quoi donner faim à n'importe qui. Et surtout à Edward, qui avait gardé l'habitude de manger pour deux.
« Wu wouvwais wouwer west wawement won », expliqua l'alchimiste d'un air parfaitement sérieux et enjoué.
« …... Mais encore ? » lança, en retour, l'androgyne, plissant les yeux. Ils n'auraient quand même pas osé mettre de la drogue dans ces trucs qu'ils vendaient aux enfants, si ?
« We wiwais... » reprit Edward, qui déglutit, puis articula enfin correctement : « Tu devrais goûter, c'est vachement b-
- Non merci », trancha l'homonculus, en grimaçant légèrement. « Ca ne me dit rien. »
Edward poussa un soupir. Envy rechignait toujours à goûter de la nourriture... Même si, parfois, il finissait par adorer. Orgueil ou dégoût de l'inconnu... Il ne saurait lequel des deux rendait son amant si réticent à l'idée de découvrir de nouvelles saveurs. Tout en bifurquant à l'angle d'une rue, il lui lança :
« T'as même pas goûté. C'est pas empoisonné, tu sais.
- Prouve-le moi.
- J'en mange un, là, ça suffit pas ?
- Non.
- Tu es bête, Vyvy », conclut-il en haussant les épaules... Avant, néanmoins, de lui offrir un bisou... Pour le moins mietté, sur la joue.
« Mais je passe pour cette fois parce que tu as fait un effort, et que tu as REUSSI à acheter quelque chose sans provoquer un scandale. Ce soir, on fête ça ! » s'exclama-t-il... Tout en entamant un troisième pain au chocolat -non, même Envy n'avait pas vu passer le deuxième-.
Toutefois, brusquement, Edward se stoppa, et parut agité. Il attrapa le poignet d'Envy de suite et s'écria :
« Ah ! Attends, attends ! Je marche machinalement depuis tout à l'heure, mais c'est pas par là ! Je me suis encore trompé, là, on se dirige vers l'hôtel où on avait l'habitude de s'arrêter, avec Al... »
Envy sourit. Chibi tête en l'air.
« Rah, ça me gonfle ! A chaque fois je me fais avoir avec cette rue, c'pas possible ! Faudrait traverser, là... J'ai vraiment du mal à me faire à l'emplacement de cet immeuble. Et puis... »
Il détourna la tête. Il ne voulait pas qu'Envy le vit rougir. Même si, alors que l'alchimiste lui tournait presque le dos, l'homonculus le devinait aisément.
« Ça me fait bizarre, aussi, que tu y habites aussi. J'ai pas l'habitude. »
Il se reprit vite, croqua un bon morceau de pain au chocolat, s'approcha du bord du trottoir, remercia la voiture qui s'arrêtait pour le laisser passer, puis traversa la route, Envy sur ses talons.
Ne traverse pas.
Son pain au chocolat encore chaud lui échappe des mains. Tombe sur la route.
Le petit blond se penche.
Recule.
Un bruit strident.
Des roues qui crissent sur le pavé.
Derrière la voiture arrêtée, une autre ne voulait pas attendre.
Elle pense avoir le temps.
Alors elle a doublé. Trop tard.
« ED ! »
Elle a heurté.
Elle a tué.
Et elle a disparu.
Un corps inerte. Des pavés souillés de miettes gorgées de sang.
« Envy... »
« Nii-san ! »
Edward ouvrit brusquement les yeux, le souffle court.
Une chambre.
Sa chambre.
Leur chambre.
Et, face à lui, ou plutôt au-dessus de lui, un Alphonse mort d'inquiétude, les yeux grands ouverts, la bouche étirée en une grimace d'angoisse. Un Alphonse qui le secouait comme un prunier, ses petites mains fermement agrippées à ses épaules, tremblantes.
« Ed ! » s'exclama-t-il en grimpant à moitié sur le lit pour serrer fortement son aîné contre lui avec urgence, comme si, d'une seconde à l'autre, celui-ci allait s'envoler de ces draps défaits et trempés de sueur. « Tu m'as fait peur ! Tu étais tout pâle, tu ne respirais presque plus, tu te tordais, tu... tu... J'ai cru que tu n'allais plus ouvrir les yeux ! » expliqua-t-il, la voix tremblante.
Décidément, son frère était toujours aussi émotif.
Edward se laissa enlacer sans trop broncher, se calmant bien plus rapidement que Alphonse qui, visiblement, avait du mal à s'en remettre. En même temps, ce n'était pas la première fois qu'une telle situation se produisait. Ce n'était pas la première fois que, en voulant le réveiller et en entrant dans cette chambre saturée de souvenirs dont son aîné n'arrivait pas à se décrocher, il trouvait ce dernier, agité, sur son lit, embourbé dans les méandres d'un cauchemar qui ne cessait de le hanter.
« Tu vas bien ? » s'inquiéta le plus jeune en se décrochant un peu de son aîné, l'examinant de la tête aux pieds.
Néanmoins, la réponse lui sauta aux yeux : Edward regardait fixement la droite du lit double sur lequel ils étaient à présent tous deux assis, et ce, sans mot dire. Un lit double qui, pour le petit alchimiste, était à présent bien trop vaste... Et froid, malgré le soleil qui, en ce début de semaine et de matinée, teintait les draps d'une couleur chaude et d'une agréable lumière. Il n'était plus là. Plus là à le regarder, dès qu'il ouvrait les yeux. Plus là.
Apparemment gêné par la clarté du soleil sur les draps immaculés, Edward détourna la tête.
« Mouais. Tu veux bien me lâcher, s'il-te-plaît ? » répondit-il finalement en cherchant à écarter définitivement son petit frère. En voyant sa mine un peu déconfite et son air triste, il crut bon de rajouter : « Je suis trempé, c'pas agréable. »
Sans dire un mot de plus, il s'extirpa des draps encore un peu collants, les retenant légèrement de sa main droite ce faisant, comme s'il ne pouvait réellement s'en défaire, puis, doucement, laissant finalement le tissu glisser le long de ses doigts, et retomber mollement sur le parquet usé devenu chaud sous l'action du soleil.
Une belle journée.
Mais une journée de solitude, à nouveau.
Il regarda d'un air peu convaincu le ciel bleu qui s'étendait à perte de vue de l'autre côté des carreaux abîmés par le temps de l'unique fenêtre de sa chambre, par delà les innombrables toits et cheminées de briques que comptait la ville de Central. Du monde. Plein de monde. Quelqu'un, à ses côtés, juste derrière lui. Son frère. Et pourtant, ce qu'il se sentait seul... Même la rumeur de la foule matinale qui leur parvenait, alors qu'ils se trouvaient tout de même au septième étage, n'était d'aucune utilité pour combler le vide qui lui mordait le regard, la gorge et le cœur.
« Edward, tu sais... » commença Alphonse en se levant à son tour, replaçant le drap sur le lit, maniaque sans même en avoir conscience. « Si tu vas mal, tu peux m'en parler.
- ...
- Je sais que... C'est difficile, pour toi... Enfin j'imagine, plutôt... Mais... C'est pas normal que... Enfin... Ca fait deux mois... » fit-il, pour rajouter, plus bas, n'osant trop insister : « … quand même...
- Et ?
- Et... Ca me fait mal de te voir comme ça... Ca t'empêche de vivre... !
- Si tu savais », lança son aîné d'un ton sarcastique accompagné d'un petit rire amer, avant de rester debout, muet, à fixer le monde extérieur d'un regard douloureux.
Alphonse détourna la tête, se mordant la lèvre inférieure. Ne supportant pas ce silence qui s'installait entre eux, il décida d'ouvrir la fenêtre. Celle-ci grinça un peu, puis, une fois ouverte, laissa entendre plus distinctement les voix étouffées des gens qui, en bas de l'immeuble, se rendaient, pour la plupart, sur leur lieu de travail. En vérité... Il ne savait que faire, surtout lorsque Edward se comportait de la sorte. Par moments, il semblait plus enclin à lui parler, à se confier... D'autres, comme à ce moment... Il lui semblait affreusement distant. Il avait l'impression de parler à un mur. Pire, parfois, il devenait même agressif... Et la limite à ne pas franchir, pour ne pas mêler la rage à la mélancolie était quelque chose que le plus jeune avait encore du mal à discerner chez son aîné. Il fallait y aller avec des gants, pour lui parler de cet accident. De cet accident...
… Qui avait coûté la vie à l'être qu'il aimait.
Ou, plus exactement... Qui aurait dû lui coûter la sienne.
Alphonse comprenait l'attitude de son frère. Il n'avait jamais... Vraiment eu de chance, en vérité. On eut dit que dès qu'un problème survenait, c'était toujours une question d'échange équivalant. Quelque chose de gagné, ou plutôt de gardé, pour quelque chose de perdu. Ce jour-là, très ironiquement, c'était ce qu'il s'était passé, d'après ce qu'il avait daigné... Ou plutôt supporté lui raconter, en rentrant, ce soir-là. Jamais il n'avait vu son frère dans un tel état. Jamais. Pas depuis leur enfance.
Ce jour fut le seul où il réussit à entretenir un dialogue qui lui permît de comprendre un tant soit peu l'état d'esprit d'Edward.
Même s'il n'avait jamais vu d'un très bon œil le fait que son frère fût si proche d'un homme - lorsqu'il aurait dû, selon toute vraisemblance, s'intéresser davantage à Winry-, et encore moins d'Envy... Il devait reconnaître qu'il était reconnaissant envers ce dernier, et qu'il le serait à jamais, d'avoir sacrifié la dernière vie qu'il lui restait pour se jeter sous les roues d'une voiture à la place de son frère.
Quel hasard sordide avait voulu que ce jour-là, l'homonculus n'eût plus qu'une seule vie à perdre... Et qu'un chauffard souhaitât arracher celle de l'alchimiste ?
Ce même hasard qui faisait que, à présent, Edward n'était plus que l'ombre de lui-même. Il s'en voulait, il le devinait. Ca se lisait sur ses traits creusés, sur ses lèvres pincées lorsque lui revenaient les amères souvenirs de cet accident qui le tourmentaient jusque dans un sommeil qui, depuis ce triste jour, n'était plus réparateur.
Délétère, en fait, serait le mot juste.
Chaque jour qui s'écoulait, il voyait son frère se laisser dépérir.
« Il fait beau, aujourd'hui ! » lança le plus jeune, essayant de ramener un peu de bonheur dans cette pièce dégoulinante de nostalgie et de silence.
« Hm », acquiesça vaguement Edward, qui jeta un petit coup d'oeil à la cage qui jouxtait son lit, près de la fenêtre, où deux oiseaux dormaient encore paisiblement, avant de se diriger vers l'armoire, chercher de quoi se vêtir. Sans trop de surprise, il prit ses vêtements préférés, les posa à cheval sur son avant-bras, d'un air toujours mi-morne, mi-épuisé, puis se dirigea vers la porte qui menait dans le couloir, toujours en débardeur et caleçon.
« Tu vas te laver ? » s'enquit son cadet, tout en rajoutant, plus bas, un air de léger reproche sur le visage : « Tu ne manges pas, aujourd'hui ? »
C'était presque une habitude qu'Edward avait prise : il avait perdu l'appétit.
« Peut-être. »
Et il sortit de la chambre d'un pas traînant, sous le regard inquiet d'Alphonse qui n'osa pas le suivre, et se rendit directement dans la salle de bain.
Encore une journée de travail. Mais sérieusement... Qui aurait envie d'aller travailler un lundi ? Ce lundi ? Pas lui, en tout cas. La journée allait être comme sa nuit : horrible.
Edward soupira profondément. Il n'avait pas été très sympa avec Alphonse, il le savait... Mais... Il n'y arrivait pas. Se forcer, franchement... Là, il ne se sentait pas la force de sourire niaisement pour dire :
« T'inquiète, tout va bien ! » s'exclama-t-il d'une voix faussement joyeuse, comme pour s'en persuader lui-même avant de fixer son reflet, dans le miroir de la salle de bain qui, bien qu'inondée de soleil, demeurait glacée. Ce reflet lui offrait un sourire qui aurait presque pu paraître vrai. Mais il ne l'était pas. Encore que... Son reflet paraissait presque plus convaincant que lui.
Il appuya ses mains sur le rebord de l'évier en marbre, la tête baissée, se sentant nauséeux. Il regarda fixement le lavabo, où quelques gouttes perlaient sur le rebord. Des images l'assaillaient. Des souvenirs. Il détestait ça. Ca lui faisait mal, de se rappeler de ces moments, avec lui. A la fois complices et secrets, merveilleux et indicibles. Ils auraient dû être joyeux. Mais ça lui faisait trop mal.
Ca ne pouvait se contenir dans des mots, ça.
Ce qu'il avait vécu. Ce qu'il avait perdu.
Il se décolla finalement de l'évier, et se déshabilla. Il rentra dans la douche avec lenteur, actionna le mitigeur et se plaça sous le pommeau de la douche. Il choisit de mettre à profit le temps qu'il aurait dû utiliser pour manger pour laisser, longuement, l'eau chaude emporter avec elle les éclats douloureux de sa mélancolie. En sortant, il s'essuya vaguement, comme si chaque geste lui coûtait et lui pesait, puis enroula une serviette autour de sa taille amaigrie, et, tout en s'essuyant les cheveux, risqua un coup d'oeil en direction du miroir. Il avait trop tendance à s'y perdre, ces temps-ci, il le savait... Mais il l'appelait inexorablement. Il aimait bien se laisser happer par ce monde, qui, de l'autre côté, lui semblait plus reposant.
Moins pénible.
Il passa sa main gauche sur le verre embué, et l'essuya grossièrement d'un geste rapide. La vapeur s'effaça, pour laisser sur la glace l'image brouillée de son visage triste sur un fond de soleil radieux.
« Tu as bien changé », murmura-t-il en se souriant tristement.
Ses yeux n'avaient plus cette lueur, malgré le soleil trompeur qui s'y reflétait. Sa peau avait perdu son éclat doré, tout comme ses cheveux. Ses lèvres étaient ternes, ses joues pâles à faire peur.
Il n'était plus lui.
« … »
Il releva légèrement la tête, les dents serrées, comme si la pencher un peu en arrière garderait les larmes au fond de ses yeux dépourvus de vie.
Ca ne fonctionna pas.
Le sel se répandit sur ses joues, s'y incrustant aussi profondément que la sensation de ses baisers dont il se souvenait bien.
Trop bien.
Il agrippa alors l'évier avec force et trembla.
De rage.
« Il paiera », cracha-t-il tout bas, ses doigts crispés sur les rebords du meuble, des larmes de fureur roulant sur ses joues et s'écrasant sur le dos de ses mains tremblantes.
« Ed ? » appela soudainement une petite voix de l'autre côté de la porte, alors que de petits coups timides étaient tapés contre celle-ci. Finalement, Alphonse entra, et, souriant, plaisanta :
« Tu parles tout seul ? »
Voyant que son frère détournait brusquement la tête, s'essuyant frénétiquement le visage avec la serviette pelucheuse, il préféra enchaîner :
« Tu es prêt ? Je ne veux pas te presser mais... C'est que... Ca fait une heure que tu es là-dedans, et tu es censé être au travail dans 20 minutes... Tu veux que je les appelle pour leur dire que ça ne va pas ? »
En règle générale, il essayait de pousser son frère à sortir, à voir du monde, à reprendre la vie qu'il semblait avoir laissée derrière lui... Mais aujourd'hui, il lui semblait aller vraiment mal, et... Inquiet de nature, il préférait que son frère se reposât.
« Nan, ça va aller.
- Tu veux que je t'accompagne ? » proposa gentiment le plus jeune en posant une main protectrice sur l'épaule de son frère.
Celui-ci l'écarta de suite, mais, pour ne pas faire de peine à son cadet, expliqua d'une voix faussement joyeuse :
« Nan, si tu viens, je vais avoir droit à une tooonnne de remarques. J'imagine déjà : « Alors Fullmetal ? Pas assez grand pour venir tout seul au travail ? -ils en louperont pas une pour faire des remarques sur ma taille, je te parie tout ce que tu veux- ! »
Alphonse poussa un petit soupir. Edward jouait quand même assez mal la comédie, mais il décida de jouer le jeu et de ne pas insister. Il prévint juste :
« En tout cas, si jamais tu as besoin de quoi que ce soit... Même d'un câlin, je suis là ! »
Toujours aussi serviable et innocent. Alphonse souhaitait, puisque son frère ne l'était pas, être heureux pour eux deux, histoire de communiquer son état d'esprit à ce dernier.
Ca marcherait sûrement. Tout s'arrangerait, il en était persuadé. Après tout... Le temps panse les plus grosses des blessures... Il fallait attendre. Et il fallait surtout qu'Edward cessât de ressasser tout ça. Qu'il se changeât les idées.
« D'accord, d'accord », répliqua celui-ci en se forçant à sourire. « Ah, au fait... Tu pourras nourrir les oiseaux ? J'ai pas le temps, là... Je suis... Déjà... En... retard... » expliqua l'aîné qui avait déjà viré sa serviette pour essayer de s'habiller, un peu plus à chaque mot.
Alors qu'il commençait à se coiffer avec soin, après s'être essuyé vigoureusement les cheveux, Alphonse répondit, avec enthousiasme :
« Ah ? D'accord. J'en prendrai soin... ! »
Le plus jeune savait parfaitement que ces oiseaux étaient, pour une raison qui lui échappait, l'une des rares raisons qui amenaient son frère à se traîner hors du lit et à sourire. Raison de plus de les chouchouter
Alors qu'il se faisait ces réflexions, Edward, lui, avait déjà quitté la salle de bain, et était parti dans l'entrée enfiler chaussures, veste et manteau.
« A tout à l'heure... ! » lança-t-il, avant de partir d'un coup.
Il referma la porte derrière lui, laissant son cadet, seul, dans l'appartement, et descendit les escaliers de l'immeuble.
Décidément, donner le change, même cinq minutes...
C'était un enfer.
« Fullmetal ? »
L'interpellé sursauta, et attrapa précipitamment des feuilles à droite à gauche pour les mélanger. Roy, qui aurait dû être surpris par cette attitude, haussa juste un sourcil, mais ne s'en formalisa pas. Depuis plusieurs semaines, son subordonné avait cette étrange habitude de paniquer comme un rien dès qu'on l'appelait, et de brusquement jongler avec les feuilles. Allez savoir pourquoi.
« Quoi ? » cracha d'un ton peu aimable le petit blond en fixant son supérieur d'un œil méfiant, un peu comme un chat acculé dans un coin par un chien, dont il ne connaîtrait pas les intentions.
« Il est bientôt vingt heures, tu comptes passer la nuit ici ?
- Peut-être bien », rétorqua l'alchimiste. Mais de quoi il se mêlait, lui ? A chaque fois il lui faisait le coup... Il n'avait pas de vie, ou quoi ? Personne d'autre à aller emmerder ? Un café à prendre ? Des dossiers à bâcler ?
« Tu as l'air épuisé, tu ferais mieux de rentrer chez toi, tu sais. Ton frère doit s'inquiéter. »
Le colonel s'approcha de l'alchimiste, et lui dit, d'un ton presque paternel et légèrement inquiet :
« Je sais que tu as tendance à croire le contraire, mais tu es encore un enfant. Tu n'as pas à t'imposer des horaires pareils dans... Ton état. »
Roy ne savait pas réellement ce qu'avait l'alchimiste. Il restait muet comme une carpe... Les seules informations qu'il avait réussi à obtenir, et encore, au compte gouttes, lui parvenaient d'Alphonse. Il savait juste que ça n'allait pas fort.
Plus doucement, il continua :
« A la limite, si ta présence était vraiment nécessaire, on pourrait te demander des heures sup', mais là... On croule pas sous le boulot, et tu as largement fait ta part aujourd'hui, on a même pris de l'avance. Tu ferais mieux de rentrer... »
Puis, d'un ton plus malicieux et léger, comme pour détendre l'atmosphère :
« … La même chose t'attend, demain. »
Une veine palpita sur la tempe d'Edward.
« Si c'est pour faire semblant d'en avoir quelque chose à faire puis pour venir m'enquiquiner, retournez à... »
Ouais, pas « votre travail », puisqu'il ne faisait rien.
« … Rah, lâchez-moi ! » marmonna l'alchimiste en replongeant dans la multitude de feuille sous laquelle croulait son petit bureau.
« Comme tu veux. Je vais aller prendre un café, tu en veux un ?
- Mouais. »
Ca le requinquerait un peu. Et ça lui permettrait d'être tranquille cinq minutes, pour... Poursuivre ce qu'il faisait, réellement. Car non, si Edward s'imposait de tels horaires, s'il restait si longtemps alors qu'auparavant, il était si prompt à partir de bonne heure... Ce n'était pas parce que ces feuilles noires de noms, de chiffres et d'informations sans queue ni tête le passionnaient.
Ainsi, dès que le colonel eut passé la grande porte de bois sombre sur sa droite, et qu'il se retrouva seule dans ce bureau vide et vaste, où peinait à s'imposer, dans l'obscurité de la nuit tombante, la petite lampe posée sur le bord de son bureau... L'alchimiste écarta sans plus attendre tous les dossiers dont il ne se préoccupait que trop peu, les posant grossièrement sur un coin du meuble.
Sous ces feuilles, quelque chose de bien plus important :
« UN ACCIDENT MORTEL, LE CORPS RESTE INTROUVABLE »
« DEUX VICTIMES, LE FUYARD COURT TOUJOURS »
« LA VOITURE FOLLE A ENCORE FRAPPE »
Quelques uns des titres qui éclataient sur les pages des principaux journaux de la ville, cornées et abîmées d'avoir trop été tournées.
Non, il n'arrivait pas à s'enlever de la tête ce moment qui le rendait malade. Cet homme qu'il avait entraperçu, les lèvres étirées en un sourire répugnant, alors qu'il filait à bord de cette voiture, abandonnant là le corps sans vie de son amant.
Ca n'avait pas été un accident.
Il l'avait cru au départ, mais les journaux avaient su lui prouver le contraire. Journaux qu'il épluchait un peu plus tous les jours, à la recherche d'indices, et qui s'entassaient dans sa chambre, sous son lit, et jusque sur son lieu de travail. Il lisait, cherchait, entourait, liait...
Chaque jour qui passait le rapprochait, un peu plus, de ce tueur fou qui lui avait arraché, sous ses yeux, cet être unique. Personne ne le savait, pas même Alphonse, qui s'intéressait bien plus à lui qu'aux nouvelles ou aux faits divers. Non, personne ne le savait...
Pourtant, si l'alchimiste vivait encore, c'était car il ne voulait qu'une chose : se venger du bonheur dont on l'avait dépouillé sans raison. Et pour ça, il devait le retrouver.
Toc toc toc
« …. ! »
Edward sursauta. Indécis et méfiant, il se risqua néanmoins à lancer :
« Entrez... ? »
Et là, dans l'encadrement de la porte, apparut la dernière personne à laquelle il s'attendait : King Bradley. Il plissa les yeux. Il n'aimait pas quand il débarquait, comme ça, sans prévenir. L'atmosphère devenait soudainement pesante, et chaque mot prononcé devait être mesuré avec soin pour ne pas risquer d'alimenter cette tension insupportable. « Marcher sur des chardons ardents ». Rien n'aurait pu mieux décrire ce que c'était d'engager une conversation avec l'homonculus.
« Bonjour... Fullmetal. Tu travailles encore à cette heure là ? » s'enquit le vieil homme avec un sourire qui se voulait bienveillant, à tort.
« Il faut croire. Vous cherchez le colonel ? Il est parti chercher un café », annonça le petit blond tout en dissimulant avec précaution ses recherches clandestines. « Le connaissant, il ne sera pas de retour avant une bonne demie-heure. Vous avez un message à lui transmettre ?
- Pas spécialement. Je voulais juste m'assurer du bon déroulement de votre travail à tous les deux. J'espère que les dossiers avancent », répondit le Führer, avant de rajouter, d'un ton tout de suite moins jovial : « Plus que tes recherches, en tout cas.
- ... ! »
Edward se leva d'un bon comme s'il avait été piqué, et se raidit, les mains plaquées sur le bureau. Il ne put s'empêcher de jeter un œil coupable à celui-ci Rien. Il avait pourtant bien dissimulé les articles. A tous les coups, c'était son œil... Tch.
Ne pas se laisser décontenancer. UN, ça ne le regardait pas, DEUX, il faisait quand même son boulot. Et TROIS... Il ne parlait peut-être pas de ce qu'il pensait.
« De quelles recherches parlez-vous ? » fit-il d'un air qu'il voulut innocent.
« Je vois tout », se contenta de répondre Bradley en tapotant sur son bandeau avec son index.
Démasqué.
« Alors ? Qu'en est-il ? Ca progresse ?
- ... »
Devant le silence éloquent de l'alchimiste, qui détourna la tête les dents serrés, Wrath rajouta :
« Tout cela ne mènera à rien, et ne t'avancera à rien. Le mal est fait, et tu as peu de chances de retrouver cet homme. Tu n'as aucun indice. Tu ferais mieux de te concentrer sur ton travail. Cesse de te bercer de faux espoirs, comme un enfant. Tu n'en es plus un.
- Oh ? Ben faudrait savoir ! » clama l'adolescent d'un ton sarcastique. Au diable la méfiance et les bonnes manières. L'homonculus appuyait là où ça faisait mal, il n'allait pas se laisser faire. « Un coup on me dit que si, un coup que non ! De toute façon, y'a pas de problème : ça n'a pas d'influence sur mon travail, puisque je le fais malgré t- !
- Je n'en suis pas aussi convaincu, vois-tu », le coupa sèchement le Führer, avant de reprendre : « Ca ne te concerne plus. Tu devrais cesser de t'impliquer autant dans cette affaire.
- Et vous de vous mêler des miennes », grinça Edward, à bout.
Soudain, alors que l'alchimiste hésitait furieusement entre balancer la pile de dossiers sur son bureau à son interlocuteur, et lui fracasser la lampe sur la tête -choix peu judicieux en vérité, il en avait quand même conscience-, le colonel Mustang fit son apparition. Surpris de voir le généralissime dans son bureau -et surtout bien confus de ne pas s'y être trouvé lors de sa venue-, il manqua d'en lâcher les deux tasses de café brûlant qu'il tenait. Embêté d'avoir les mains prises, il se précipita sur son bureau pour les y poser, puis s'empressa de faire le salut militaire de convenance, un peu décontenancé.
Tandis que Roy s'enquérait de la raison de la visite de King Bradley, Edward, lui, ne manqua pas l'opportunité qui lui était ainsi donnée : il était bien plus tard que l'heure à laquelle il était censé rester, aussi ramassa-t-il avec précipitation ses journaux. Il les empila ensuite dans sa mallette pèle-mêle, puis ferma violemment celle-ci.
« Je vous laisse en bonne compagnie, colonel », lança le blond avant de se diriger d'un pas ferme et agacé vers la sortie. Alors qu'il sortait précipitamment sous le regard interloqué du colonel, il entendit le généralissime déclarer simplement, lorsqu'il arriva à sa hauteur :
« Tu es ridicule. »
Puis, l'alchimiste claqua la porte derrière lui, dont le bruit assourdissant ne lui parut pas couvrir l'écho de ces mots qui, tranchant, se répercutait dans sa tête.
Ridicule ? C'était bien le dernier de ses soucis.
A suivre...
N'oubliez pas de poster un petit review, pour me dire ce que vous en pensez ! ;p (un grand merci à celles qui en ont posté pour le prologue, ça m'a fait grandement plaisir ToT) Car c'est vous qui lisez, il est important pour les auteurs de savoir quel effet on leurs récits sur vous... Et qui sait ? Peut-être pourrez-vous retrouver vos idées dans le récit ? ;D
White Assassin
