Bon, j'avais écrit une super intro et de superbes remerciements à la fin mais ce p... de site a buggé comme un c.. et j'ai vraiment pas envie de tout réécrire alors je vais me contenter de dire : bonne lecture!

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La cafétéria était bondée en ce vendredi matin, jour officiel de la rentrée des classes au pensionnat Hetako. Le bruissement excité des conversations allait bon train, et il fallait jouer des coudes pour se déplacer à vitesse décente entre les tables surpeuplées. Ce qui ne gênait pas réellement Ludwig.

Âgé de seize ans, l'élève allemand de troisième année avait déjà une taille respectable et une belle carrure d'athlète, l'idéal pour se frayer un chemin dans la foule piaillante des étudiants et dissuader tous les plus audacieux de venir lui chercher des noises. Enfin, "tous" ne comprenait évidemment pas son frère qui lui faisait de grands signes des bras depuis sa table pour qu'il vienne s'asseoir avec lui et les deux casse-bonbon qui lui servaient d'amis. Ludwig, dans un effort théâtrale surjoué, détourna la tête comme s'il n'avait rien vu et chercha une autre place où poser son plateau pour manger en toute tranquillité, quitte à aller s'installer dehors.

C'était sans compter sur la ténacité de l'albinos qui surgit brusquement devant lui et attrapa son bras pour l'emmener et l'asseoir de force à sa table, le tout sous les rires très personnels du trio. C'était la rentrée, les nouveaux venaient d'arriver et on avait bassiné tous les élèves une semaine en avance pour qu'ils se souviennent de faire profil bas ce jour-là, Ludwig n'eut donc pas d'autres choix que celui de supporter l'autorité débile de son grand frère chéri.

- Bah alors, Luddy? T'es devenu aveugle depuis hier? Ou bien tu n'aimes plus la compagnie de ton awesome bruder?

- Ni l'un ni l'autre, Gilbert, soupira l'intéressé en attaquant ses patates sautées (merci au buffet international!). Je n'ai jamais aimé ta compagnie. C'est très différent.

- Kesesesesese, mon Lud' n'est pas du matin! Mais je sais que tu me taquine, p'tit frère!

Comme le petit frère en question ne répondait pas, l'albinos reporta son attention sur ses deux amis qui avalaient leur déjeuner en écoutant pas-très-discrètement la conversation.

- Alors, Nini? Comment ça va avec ta petite amie? Vous avez passé le cap, cet été?

Antonio s'étrangla avec son jus de tomate tandis que Francis souriait avec malice, caché derrière son chocolat chaud.

- Gigi! T'es lourd là! On avait dit qu'on en parlait pas à table!

- C'est le p'tit dèj. Ça compte pas. Alors?

L'espagnol leva les yeux au ciel.

- Rien de nouveau sous le soleil, mi corazon, grommela-t-il en inspectant la table, cinq mètres plus loin, où ladite "petite amie" s'extasiait sur des images NC-16 en compagnie d'une hongroise survoltée.

- Sérieux? T'es encore puceau? Elle est à tes pieds cette fille! Tu lui dis un mot et elle se jette dans ton lit!

- Honhonhon... Moi je sais très bien pourquoi tu prends autant de temps, mon Nini... Honnêtement, c'est pas très courageux de ta part...

- Cici, c'est déjà chiant d'être ton pote parce qu'on peut pas te cacher ce genre de choses alors pas besoin de faire ta pipelette en plus!

- Quoi? Quoi? Raconte vieux! Déjà qu'on l'a quasiment pas vu en deux mois alors qu'on dors au même étage, s'il veut rien dire il est mal barré!

Francis pouffa de rire, Antonio se prit d'admiration pour le trognon de pomme qu'il était en train de ronger et Ludwig effectua un magnifique facepalm pour montrer que, même si ça ne l'enthousiasmait pas, il participait à ce qui se disait.

- Notre petit Nini a peur de blesser sa gentille Bella quand il lui dira qu'il n'est pas sûr de ses sentiments pour elle. Je le comprend d'ailleurs. Entre son amie yaoiste psycho-tarée et son frère de dix-huit ans qui l'encadre déjà pas, il y a de quoi s'inquiéter des représailles...

Gilbert éclata de rire tandis que l'espagnol s'aplatissait sur son siège.

- Dis donc, tu t'améliores, vieux... T'as dût chercher longtemps avant de trouver tout ça... grommela le brun en exterminant les restes de céréale au fond de son bol.

- Mais tu l'aimes ou pas, ta Bella?

- Ben j'en sais rien, c'est ça le problème! Elle est gentille, super mignonne et tout. J'adore quand elle vient me voir, les matins où je dors jusqu'à dix heure pour me dire qu'elle m'a préparé des gaufres avec tout son amour. J'adore quand elle me remonte le moral après une mauvaise note. Et j'ai aussi adoré le week-end aux sources chaudes qu'on a passé ensemble - vous savez? Celles que la directrice vient d'ouvrir dans les montagnes près du campus. - En plus, elle aime les tomates, comme moi, et tout et...

- Mais alors c'est quoi, ton problème, Tonio? Vous êtes le couple parfait, alors pourquoi tu doutes?

- Mais j'en sais rien! C'est pour ça que je me sens mal! Elle est parfaite et moi je fais le difficile et je m'en veux trop pour ça. Je l'adore cette fille mais, quand je la regarde, j'ai pas la moindre envie de me la faire, tu comprends? En plus, je vois bien qu'elle m'aime beaucoup et que, si je lui dis, je vais juste lui briser le cœur...

- Eh ben mon vieux, toi, t'es vraiment mal barré. Surtout que là, t'es le seul encore puceau dans le groupe.

- Je sais, je sais...

- Honhonhon... Tu sais que je pourrais arranger ça rapidement, mon trésor à la tomate?

- Non merci, mi amor perverso.

- Gigi n'a pas craché sur mon aide, pourtant...

- J'avais pas besoin d'aide, c'est juste que je suis bien trop awesome pour toutes ces filles banales d'ici...

- "Banales", heu... C'est pas franchement le mot que je choisirais, perso...

- Et donc, vu qu'il n'y en avait pas une seule qui voulait de toi, tu t'es laissé dépuceler par ton meilleur pote...

- Alors, de eins : c'est pas elles qui voulaient pas de ma awesomeness, c'est moi qui n'en a pas trouvé à ma hauteur. De zwei : c'est moi qui lui ai demandé et j'étais au-dessus, je me suis pas laissé dépuceler comme tu dis. Et de drei : il est très doué Cici, alors tu la boucles, la vierge.

- Merci, mon chou! C'est juste une question d'entrainement, tu verras.

- Mais je croyais qu'il y avait la jolie hongroise qui te plaisait bien, là, Elizaveta. C'est la meilleure amie de Bella et vu comment tu passes ton temps à la coller, je me suis dis que, peut-être...

- Moi? Attiré par ce garçon manqué féministe, violent et accro au yaoi? Tu veux rire j'espère, Nini! Elle est mignonne, d'accord... Mais... Mais...

- Vieux, t'as la mémoire courte. En première année, tu m'as assuré fièrement que, même si elle avait déjà un petit ami, elle était ta cible principale et que ce n'était qu'une question de jours avant qu'elle ne tombe sous ton charme. Trois mois plus tard, tu as déboulé dans ma chambre en pleurant parce qu'elle t'avait rejeté pour la cinquante-sixième fois depuis le début de tes manœuvres d'approche.

- Je peux pas toujours être aussi awesome, faut pas délirer non plus! Et puis c'est bon, là, j'suis passé à autre chose!

- Ça ne change rien au fait que tu n'as toujours pas de petite amie! Pas très glorieux...

- Dis donc, le coureur de jupons de cabaret! Ok, toi t'en as eu à la pelle, des copines, mais jamais plus d'une semaine d'affilée. Et je ne te parles pas de ce mignon petit anglais que t'arrêtes pas de mater pendant les récréations...

Francis se rembrunit immédiatement.

- Arrêtez de me charrier avec ça, les gars... Arthur n'est... Pas comme les autres, c'est tout.

- T'as presque l'air amoureux, quand tu dis ça, mi amigo!

- Mais non, Nini. Qu'est-ce que tu racontes? Francis Bonnefoy, le plus grand bourreau des cœurs de toute l'histoire de l'humanité, amoureux pour de vrai? Kesesese, la bonne blague!

Ce fut au tour du français de s'aplatir sur son siège tandis que ses deux compères riaient à gorge déployée. A la vérité, il craignait vraiment d'être tombé amoureux du joli petit anglais aux gros sourcils. Même la pensée que ce dernier serait capable de le maudire ne le dissuadait pas. Avec son caractère solitaire, un peu hautain, rebelle et surtout -il s'en était rendu compte un peu plus tard- intimement fragile, Arthur l'avait fasciné dès leur première rencontre, trois ans plus tôt, le jour de la rentrée. Se croyant purement hétéro, à l'époque, il n'avait pas prêté attention à cette impression et s'était contenté de draguer toutes les filles qui croisaient son chemin, comme il en avait déjà l'habitude... à treize ans, il fallait le faire quand même!

Ce n'était pas pour autant que Francis avait été totalement indifférent au jeune anglais. Il avait bien cherché à faire ami-ami, en venant s'asseoir avec lui à la cafétéria, en lui demandant ses notes ou en lui proposant de l'accompagner aux différents événements scolaires. Mais il avait beau se montrer agréable, il n'obtenait en récompense que des paroles vexantes et des regards froids. C'était presque comme si Arthur était allergique à sa présence. Ou à toute présence humaine en générale. Il était toujours le dernier à se choisir un coéquipier aux cours d'éducation sportive, refusait catégoriquement de participer aux fêtes et aux bals qui ne manquaient pourtant pas sur le campus, et ne laissait jamais personne le toucher, en dehors de sa famille. Bref, c'était un solitaire et beaucoup d'élèves aimaient lui casser du sucre sur le dos. Loin de rebuter le français, ce caractère le rendait d'autant plus fascinant à ses yeux. Il semblait avoir un secret à révéler. Un passé sombre? Un problème psychologique? Autre chose? Peu importait, il mourrait d'envie de le percer à jour.

Cette envie se transforma rapidement en defi lorsque Francis se découvrit une attirance pour le sexe masculin. Arthur était la seule personne à ce jour qui parvenait à résister à ses multiples techniques de drague. Et vous connaissez le dicton : "on veut toujours ce que l'on ne peut pas avoir". L'anglais était hors de sa portée, et malgré cela il plaisait de plus en plus au bourreau des cœurs qu'était le jeune français. Comme pour se venger, ce dernier multipliait les aventures, un vrai don Juan. Mais rien ne semblait plus pouvoir ébranler le cœur de Francis, excepté les regards froids que lui lançait son anglais favoris. Depuis, il se contentait de l'admirer de loin et de lui lancer des provocations à tout bout de champs, seul moyen qu'il ait trouvé pour se faire remarquer de son mystérieux Arthur...

Tout cela, ses deux meilleurs amis le savaient, bien qu'il ne leur ai jamais avoué clairement. Et ils avaient beau le taquiner à ce sujet, ils n'iraient jamais beaucoup plus loin dans les sentiments de leur ami. C'est pourquoi, une fois la crise de fou rire terminée, Gilbert s'empressa de faire dévier la conversation sur un sujet moins délicat que les états sentimentaux de ses camarades.

- Et toi, mon Luddy? Mon petit bruder va-t-il enfin perdre sa virginité, cette année?

Le "petit bruder" ne répondit pas, occupé à faire semblant de n'avoir rien entendu. Il se dépêchait de finir son petit déjeuner, histoire de fuir au plus vite les prévisions de l'albinos sur sa situation amoureuse. Ce mutisme ne fut pas au goût de ce dernier puisqu'il poursuivit sur sa lancée.

- Aller, tu vas pas me dire qu'il n'y a personne, dans tout le bahut, qui te plaît juste un tout petit peu? En plus il y a tous les nouveaux, là, et il y en a qui sont sacrément mignons!

- Tu sais très bien que ce n'est pas ça, le problème, grommela Ludwig en jetant un regard incertain au "coin des nouveaux" comme on appelait fréquemment les trois tables à gauche de la fontaine à eau.

Tous les premières années y étaient réunis, sous l'œil prévenant et discret des professeurs, postés autour. Le grand blond remarqua, entre autre, des jumeaux bruns-roux qui lui tournaient le dos, une créature au sexe indéterminé bien que portant l'uniforme féminin du pensionnat et un petit garçon qui avait probablement sauté plusieurs classes pour se retrouver là.

- Alors c'est quoi, le problème?, demanda Gilbert pour récupérer l'attention de son frère. Tu vas pas me dire que t'espères encore retrouver cette fille?

- J'ai jamais dis que...

- Arrête, tu veux?, le coupa l'albinos en levant les yeux au ciel. Je sais très bien que tu veux la revoir. Je te l'ai déjà dis : elle habite en Italie. On ne connait ni son nom, ni son adresse, tout ce que tu as d'elle c'est un vague souvenir qui a réchappé de ta crise d'amnésie et une photo que vous avez prise au carnaval de l'école primaire. Elle avait sept ans, la gamine! Elle doit en avoir le double maintenant. Tu as plus de chances de gagner au loto que de la recroiser un jour!

Lorsque Ludwig se leva de table sans un mot pour apporter son plateau au lavage, Gilbert comprit qu'il était allé trop loin. Mais il n'irait pas s'excuser, ça non! Ça aurait voulut dire qu'il avait tord et il était bien trop awesome pour avoir tord!

Mais tout de même, pourquoi son frère était-il si préoccupé par cet unique souvenir d'avant son accident?

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- Alors, on récapitule les objectifs du clubs pour cette année?

Bella hocha la tête, plus concentrée sur la liste que la hongroise et elle venaient de terminer que sur les gaufres au sucre qui refroidissaient dans son assiette. Le brouhaha incessant du réfectoire était une couverture idéale contre tous ceux qui voudraient écouter indiscrètement leur conversation. Bref, la situation était on ne peut plus sérieuse.

- Numéro un : faire en sorte que personne ne fasse tapisserie au bal de février.

- Ok, confirma la belge.

L'année précédente n'avait pas été une catastrophe dans la mesure où la plupart des gens présents avaient eu le cran de danser avec quelqu'un. Mais cette fois, l'objectif inavoué était surtout de favoriser les couples sur le long terme. Le bal de février était la date rêvée pour vérifier l'avancement de leurs différents projets et statuer sur les priorités pour la fin de l'année.

- Numéro deux : trouver quelqu'un pour Ludwig, Alfred, Toris, Berwald et Rachelle.

- Ok, fit à nouveau la jolie blonde.

Cinq personnes à caser. C'était raisonnable sur un an. Les trop nombreuses tentatives de l'année précédente avaient été de véritable fiascos. Il n'y avait qu'à voir comment elles s'étaient plantées en essayant de caser "l'adorable shota tout timide" (alias Raivis) avec un grand de dernière année, certes très gentil mais qui avait moyennement apprécié leurs efforts. Cette fois, il fallait absolument qu'elles prennent le temps d'évaluer la situation avant leurs plans de "mettage en couple"...

- Numéro trois : ouvrir les yeux à Arthur, Yao, Gilbert, Heraclès, Sadiq, Lukas et Emil sur leurs situation amoureuse.

- Ok.

Dire que certaines personnes du pensionnat n'acceptaient pas leurs sentiments aurait été un euphémisme. Les sept personnes citées là n'étaient que les priorités. Parfois, Bella avait l'impression qu'elle et ses amies du club étaient les seules capable de voir qui aimait qui. Les filles s'entraînaient des heures durant pour gagner en tact et essayer de prouver aux élèves qu'ils avaient des sentiments pour quelqu'un, ou la réciproque.

- Numéro quatre : se tenir loin du trio psychopathe.

- Ok, grimaça la belge.

Elles avaient essayé, l'année précédente, de trouver quelqu'un pour les deux sœurs d'Ivan, l'une des plus grandes terreurs de l'école. Ça n'avait pas vraiment marché... Pour faire simple, elles avaient fini par recevoir des menace de mort de la part du géant russe si elles "ne laissaient pas ses deux sœurs innocentes tranquilles". Quand Ivan vous menace, il ne rigole pas, elles n'avaient donc pas insisté.

- Et enfin, numéro cinq : prendre un max de chez max de photos des nouveaux couples!

- Double-ok!, sourit Bella.

Là, elles étaient bien d'accord! L'album photo du club était vraiment beaucoup, beaucoup trop vide à leur goût. Cette année, elles allaient devoir se surpasser pour immortaliser les meilleurs moments entre les amoureux! Ça tombait bien d'ailleurs, une ancienne membre qui avait terminé ses études l'année passée leur avait envoyé du matériel qui leur serait certainement très utile...

- Dis, Bella, est-ce que je peux ajouter un numéro six?

- Hum? Et ce serait quoi? Convaincre Berwald de nous aider dans les shippings?

La belge eut un sourire en y pensant. L'élève suédois, bien qu'effrayant, pourrait vraiment leur être d'une aide précieuse avec ses... capacités. Elles lui avaient même demandé des conseils à plusieurs reprises l'année précédente mais il les avaient envoyées balader en leur disant de se débrouiller. Enfin, c'était ce qu'elles avaient compris de son baraguouinage inarticulé...

- Oh, c'est vrai, il y a ça aussi!, s'exclama la hongroise. Mais c'est pas vraiment ce dont je voulais parler.

- Bon alors quoi?

Elizaveta marqua une pause, légèrement hésitante.

- Ben... Tu sais... Je pensais qu'il faudrait qu'on résolve la situation entre Antonio et toi...

- Oh... Oui, il y a ça aussi, c'est vrai... Mais c'est bon, c'est pas urgent...

- Bella...

- C'est bon, je t'assure, Eliza! Je peux me débrouiller... (elle marqua une pause, comme pour réfléchir) ... Ouais, non, en fait, c'est vrai que j'ai besoin de conseils.

- Tu vois! Bon, alors... On va trouver une solution mais ça dépend de ce que tu veux.

- Ouais, ben je voudrais bien savoir ce que je veux aussi... C'est fou, je l'aime, je le sais mais... Je ne sais pas...

La belle hongroise aux cheveux châtains se gratta le menton d'un air concentré, signe qu'elle réfléchissait sérieusement. Elles se turent quelques instants.

- ... T'as essayé de le chauffer pour voir s'il bandait?

- Parle moins fort! siffla la blonde, un peu paniquée. Bien sûr que j'ai essayé, qu'est-ce que tu crois? On est allés aux sources pendant deux jours pendant les vacances. Tu vois le tableau? Lui, moi, presque nus, des bassins d'eau bien chaude, une vue magnifique, deux trois suggestions bien placée quand j'étais dans ses bras...

- Et alors?

- Rien. Il est resté aussi sensible qu'un mur de brique. Je crois qu'il n'a même pas compris mes allusions. Et non, avant que tu le demandes, je n'ai pas été "trop subtile". Pas du tout même. C'est simple, on aurait dit une vraie pute, je recommencerai jamais, c'est trop embarrassant!

- ... Bon, alors peut-être qu'il est juste dans le placard. Ça m'étonnerait pas.

- E-EH? T'es sérieuse? Lui?

- Je ne veux pas te blesser, Bella, tu me connais. Mais bon, c'est un peu louche quand même. Tu dois avouer que ça expliquerait tout... Tiens, imagine un peu pour voir?

Bella ferma les yeux. Elle s'imagina son espagnol au sang chaud, son corps brûlant comme la braise, ses yeux tendres et aimants, concentrant sa passion sur un autre garçon, un mignon uke un peu chétif mais pas trop, l'embrassant, le cajolant, l'entourant de la chaleur gravée dans son corps par le soleil espagnol... Elle eut un petit pincement au cœur mais ce spectacle mental était... comment dire... captivant. Elle se mordit la lèvre sans rouvrir les yeux. C'était vrai, son petit ami ferait vraiment un bon seme... S'il s'avérait qu'il avait ce genre d'intérêt... Ça restait possible après tout, et ce serait bien son genre de ne pas s'en rendre compte...

- Raaaaaah, c'est tellement compliqué! se lamenta-t-elle, rouvrant les yeux sur sa meilleure amie. T'as trop de chance toi! Comment t'as fait pour t'en trouver un gentil, intelligent, poli, attentionné, doué en musique, avec une famille bardée de fric... En fait, il est parfait! Sérieux, tu l'as trouvé où?

- Secret défense, ma belle, rigola Elizaveta. Et il n'est pas si parfait que ça, tu sais. Mais presque, j'avoue! Et fidèle avec ça, tu verrais comment j'ai surpris Sophie à le coller l'autre jour! Il n'a pas eu la moindre réaction! Sophie, par contre, je l'ai bien engueulée, elle recommencera pas, non mais!

Elles sourirent de concert et la cloche sonna. Les haut-parleurs retentirent de la voix profonde de la directrice, ordonnant à tous les élèves de se rendre à l'amphithéâtre pour la réunion d'information. Elles regardèrent discrètement le coin des nouveaux se vider. Le spectacle allait sûrement être amusant...

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Tino pesta pour la troisième fois depuis qu'il était sortit du réfectoire. Mais oui! Bien sûr qu'il pouvait retrouver le chemin du dortoir pour récupérer des stylos! Bien sûr qu'il pouvait trouver son chemin jusqu'à l'amphithéâtre après ça! Bien sûr... que non!

Bref, le jeune finlandais était perdu. Non seulement il n'avait pas sa trousse, mais en plus il était en retard pour la réunion d'information prévue ce matin. Pas le meilleur moyen de commencer sa scolarité donc. Paniqué et énervé, il courait dans les couloirs dans l'espoir de trouver un retardataire comme lui qui pourrait lui indiquer le chemin. Il tourna à gauche, à droite, prit deux escaliers, revint sur ses pas, tourna à nouveau... et là, ce fut le drame. Un mur de béton avait soudainement eu la fantaisie de se mettre sur sa route. En tout cas, c'est la seule explication plausible qui vint à l'esprit de Tino lorsqu'il fut projeté violemment sur le sol, les deux cahiers qu'il avait prit s'échappant de son sac par la même occasion.

Il se redressa et dut attendre d'avoir retrouver un sens de l'équilibre à peu près correct pour fusiller du regard l'obstacle qui s'était mis sur sa route. Il le regretta immédiatement. Il n'avait pas heurté un mur en béton comme il en avait eu l'impression. Il avait simplement foncé dans un géant blond taillé dans le roc avec un visage capable de te geler les veines sur place. Une pure machine à faire peur, dotée d'un regard furieux, couleur glacier, souligné par de fines lunettes de vue. Bref, il avait heurté la personne qu'il ne fallait pas.

L'homme le fixait et Tino n'était pas du tout à l'aise. Il aurait bien dit quelque chose pour s'excuser mais ces prunelles bleu glacé le pétrifiaient sur place. Après un instant qui lui parut une éternité, le géant s'accroupit pour se mettre à sa hauteur, plongeant encore plus profondément dans les yeux bruns et apeurés du petit finlandais qui ne savait absolument pas quoi faire. Il voulu calmer les battements frénétiques de son cœur qui lui paraissaient bien trop bruyant sur le moment. Surtout, ne pas bouger, ne pas paniquer. C'était comme avec une abeille : tant que tu restes immobile, il n'y a aucune raison pour qu'elle vienne te piquer. En théorie, en tout cas.

Lentement, l'impassibilité du visage de l'inconnu fit place à une expression... de surprise? Ses yeux s'écarquillèrent lentement, ses sourcils s'élevèrent sur son front, c'était tout juste s'il n'ouvrait pas la bouche. Voyant cela, Tino se demanda vaguement s'il avait quelque chose sur le visage pour susciter autant d'attention chez cet homme mais il n'eut pas le temps de poser la question. L'inconnu se leva et lui prit la main pour le remettre sur ses pieds avant de se pencher pour ramasser les deux cahiers éparpillés au sol.

- M-m-merci..., bafouilla Tino les récupérant.

Il s'empressa de les remettre dans son sac, sous l'œil à nouveau impassible du géant blond. Et, s'apercevant qu'il avait retrouvé l'usage de la parole, il ajouta :

- Vraiment désolé de vous avoir bousculé! Je ne regardais pas où j'allais et j'étais pressé et je ne savais pas que vous étiez là. J'aurais dût faire plus attention, surtout que vous êtes pas facile à rater! Enfin, je veux pas dire que... Enfin...

- On est 'n r'tard.

Tino se tut brusquement. Sans mentionner le fait qu'il entendait la voix de cet homme pour la première fois et que, honnêtement, elle était aussi profonde qu'il était effrayant, le géant venait de soulever une vérité qui le fit paniquer immédiatement.

- Zut! C'est vrai! L'amphithéâtre! Je ne sais pas où...

- Vi'ns.

Sans un mot de plus, l'inconnu lui prit la main et l'entraîna dans le couloir. Il marchait vite et semblait savoir où il allait. Tino avait un peu de mal à suivre mais la grosse main de son guide le tirait en avant avec une douceur étonnante pour sa taille. En s'égarant sur ses vêtements, le finlandais s'aperçut qu'il portait l'uniforme scolaire. Alors, en fait, c'était un élève? Mais quel âge avait-il? Bon, il n'allait pas s'arrêter pour lui poser la question... mais tout de même! Il semblait adulte! Un dernière année, peut-être? Oui, sûrement. C'était sûrement ça.

Ils descendirent au premier niveau et sortirent du dortoir. Tino se mordit la lèvre en se souvenant que Luna lui avait bien précisé que l'amphithéâtre était à l'extérieur. Ils marchèrent quelques minutes avant que Tino n'aperçoive des élèves entrer dans un autre bâtiment qui ressemblait vaguement à un gymnase, vu de loin. Ils se dépêchèrent de s'y rendre.

L'amphithéâtre était probablement l'endroit le plus impressionnant du pensionnat. La grande salle, à l'intérieur, était de forme circulaire, divisée en deux moitiés : un côté scène qui se prolongeait jusqu'au milieu de la pièce, renforcé de rideaux et de coulisses cachées à l'arrière, et un côté gradins, lui-même divisé en neuf sections différentes, séparées par des escaliers. Visiblement, les huit premières correspondaient aux huit classes de l'établissement, et la dernière était sans doute réservée aux professeurs.

Tino sentit avec gêne quelques regards se poser sur lui, et plus précisément sur la main que son guide de fortune tenait prisonnière de la sienne. Il voulut lui demander de le lâcher mais fut à nouveau prit de court :

- T'es n'veau?

- Heu... Oui, je suis en première année.

- J' s'is 'n tr'si'me 'nnée. T' t'app'lle Tino, c'est ça?

- Oui, mais comment tu...

- M' c'est Berwald. Et m't'nant t'es m' f'mme. On s' v'it pl's t'rd.

Sur ces mots, il le lâcha et alla s'asseoir dans la troisième section, juste à côté d'un type aux cheveux coiffés en crête qui l'accueillit avec un grand sourire et un coup de poing "amical". Quant à Tino, il resta debout quelques instants, interdit. Ce type qu'il venait de rencontrer l'avait-il bien appelé "sa femme"? Gné? Qu'est-ce que ça voulait dire? L'avait-il prit pour une fille? Non, il portait l'uniforme masculin. Peut-être avait-il mal compris alors? Ça ne serait pas étonnant, vu sa tendance à manger la moitié des syllabes. Mais alors qu'est-ce qu'il avait voulu dire? Il eut beau se creuser la tête, il ne trouva aucune explication à son comportement étrange. Après quelques instants de délibération, il se résolu à aller s'asseoir dans la première section, juste à côté du petit Peter avec qui il partageait son dortoir.

Comme la réunion ne commençait pas encore, Tino se permit d'analyser rapidement les élèves de sa classe. Il remarqua tout d'abord qu'ils étaient peu nombreux. Il n'y avait environs qu'une dizaine d'élèves dans chaque section, celle des dernière année étant la plus peuplée, probablement à cause des redoublants. Il remarqua un frère et une sœur, blonds, assis au premier rang. Le garçon fusillait littéralement du regard tous ceux qui osaient avoir l'air de sembler paraître avoir l'idée d'essayer de venir s'asseoir à côté d'eux. Plus loin, vers le milieu, des jumeaux bruns faisaient l'animation en se disputant. D'après ce que Tino comprenait, l'un d'entre eux avait eu l'audace de venir s'asseoir avec l'autre et se faisait maintenant injurier par son frère. Il finit par repartir, tête basse, pour aller chercher la compagnie d'un petit asiatique qui jouait à l'homme-statue, deux rangs plus bas. Celui-ci parut envisager sérieusement l'option de s'enfuir en hurlant mais se contint et demeura impassible quand l'indésirable commença à babiller à côté de lui. Pour finir, trois filles, une blonde et deux brunes, discutaient avec animation, assises au dernier rang.

Le petit finlandais ne put pousser plus loin ses observations. Luna venait tout juste d'entrer sur la scène. Pour l'occasion, elle avait mit un ensemble strict et sérieux de couleur bleu nuit. Elle tapota son micro, peut-être pour attirer l'attention des nombreux élèves qui discutaient sur les gradins. Cela n'ayant eu aucun effet, elle demanda le silence, une fois, deux fois, trois fois, avant de lâcher un soupir découragé. Elle finit par lancer un regard pitoyable à un élève de troisième année, un gars blond et musclé parmi les seuls à ne pas chahuter. Ce dernier hocha la tête d'un air entendu, se leva, ouvrit la bouche et...

- LA FERME, TOUT LE MONDE! CA FAIT TROIS FOIS QUE LA CO-DIRECTRICE ESSAIE DE PARLER ALORS FERMEZ-LA ET ECOUTEZ, BANDE DE BONS A RIEN!

Il avait hurlé si fort que les murs de l'amphithéâtre s'étaient mis à trembler. La plupart des élèves présents sentirent leurs oreilles siffler et quelques uns hurlèrent de peur. L'annonce avait eu l'effet escompté, plus personne n'osait parler après ça. Luna s'éclaircit la gorge avant de parler.

- Merci de ton intervention Ludwig. Les autres, j'aimerais que vous reteniez la leçon, pour une fois. Tous les ans c'est pareil, ça devient lourd.

Les élèves visés (la plupart en tout cas) se frottèrent la tête d'un air gêné.

- Bref, tout ça pour dire : élèves de toutes les classes, je vous souhaite la bienvenue pour cette nouvelle année au pensionnat Hetako!

Deux ou trois applaudissements retentirent avant de s'éteindre immédiatement. Luna poursuivit, gênée de la tournure qu'avaient pris les événements.

- Heu, oui, alors... Pour ceux qui ont la mémoire courte, je suis Luna Chrones, la co-directrice de cet établissement. Je suis également le professeur de CDP de toutes les classes. Non, baissez vos mains, gardez vos questions pour la fin, s'il vous plaît.

Quatre mains se baissèrent simultanément. Les autres restèrent un peu en l'air avant de retomber. Luna poursuivit.

- Afin de familiariser les nouveaux (elle gratifia la première section d'un grand sourire plein de chaleur), je vais commencer par vous présenter notre établissement et les règles qui le régissent. A la fin de cette réunion, vous pourrez aller déjeuner, en compagnie de vos nouveaux camarades de classe, puis vous passerez deux heures avec vos professeurs, que je vais d'ailleurs vous présenter.

Elle ménagea une petite pause avant d'appeler tous les professeurs, un à un, indiquant leur nom et leur matière tandis qu'ils la rejoignaient sur scène.

Mme. Kirkland était le professeur d'anglais. Elle était le professeur principal des deuxième année ce qui ne semblait pas lui déplaire. D'âge moyen avec peu de rides, elle avait de charmants yeux verts et des cheveux d'un blond-roux chatoyant, retenus en chignon. Son visage était sérieux, légèrement fermé, mais gardait une certaine malice dans ses mimiques.

M. Beilschmidt, deuxième appelé, était professeur de géographie et professeur principal des troisièmes année. Ses cheveux étaient blond platine et tombaient, raides, derrière sa nuque. Il n'y avait pas la moindre expression sur son visage pâle, si ce n'est un certain agacement. Visiblement, cette réunion ne l'enchantait pas. Lorsqu'il arriva sur scène, un petit malin de quatrième année crut drôle de hurler quelque chose en allemand, ce à quoi le professeur ne répondit pas.

Mme. Bonnefoy, professeur de littérature, fut la troisième à être appelée. Elle était le professeur principal des quatrième année et prenait visiblement son rôle à cœur vu qu'elle lança un regard meurtrier au petit drôle qui s'était fait remarquer quelques instants plus tôt. Malgré cela, elle avait des traits extrêmement doux, bien qu'assurés. Ses cheveux blond cendrés battaient dans son dos, retenus en arrière par un serre-tête brun.

Ce fut ensuite le tour de Mme. Hassan, professeur de mathématiques, de faire son entrée. La jeune femme égyptienne était le professeur principal des cinquième année. Elle réagissait aussi peu que M. Beilschmidt et se contenta de scruter la foule d'élèves en soupirant.

M. Bondvik, cinquième appelé, était le professeur d'SVT. Professeur principal des sixième année, il marchait avec précaution, un dossier serré contre sa poitrine, avant de prendre place et de sourire gentiment à l'assemblée. Il avait une peau blanche et des cheveux très pâles et qui paraissaient presque gris dans la lumière des lampes électriques.

Le suivant, M. Carriedo, professeur de physique-chimie, était tout son contraire. Il grimpa fièrement sur la scène, le sourire assuré de celui qui aime être au centre de l'attention fiché sur ses lèvres. C'était le professeur principal des septième année. Ses cheveux bruns, mi-longs en bataille et sa peau bronzée lui donnaient l'air plus jeune qu'il ne l'était vraiment. Il salua les élèves à tour de bras avant de prendre place aux côtés des autres professeurs, blasés de son attitude.

Mme. Karpusi, septième sur la liste, enseignait la philosophie et s'occupait de la classe des dernière année. Elle avait, sur le visage, à la fois la gentillesse de Mme. Bonnefoy et le mystère de Mme. Hassan. Elle fit un petit coucou aux élèves, les scrutant de ses beaux yeux de biche verts. Ses cheveux bruns et bouclés étaient joliment retenus en une queue de cheval basse.

M. Edervari, professeur de sport sans classe assignée, arriva sur scène avec une lueure amusée dans le regard. Tout en lui, depuis ses courts cheveux châtains clair attachés en catogan derrière sa nuque jusqu'à sa posture fière et arrogante défiait quiconque de se mesurer à lui. On sentait tout de suite qu'il en attendrait beaucoup de ses élèves.

Mme. Jones, enfin, était professeur de musique et d'art plastique et n'avait pas non plus été assignée à une classe. La jeune femme au teint sombre et aux longs cheveux noirs semblait sortir tout droit d'une réserve amérindienne. Néanmoins elle s'exprimait dans un anglais parfait.

- Et pour finir, termina Luna. Je vous présente à tous votre nouveau professeur d'Histoire qui remplacera Melle. Tyr à partir d'aujourd'hui et sera le professeur principal des première année. Chers élèves, voici M. Vargas.

Romulus grimpa sur la scène en faisant un petit clin d'œil à ses fils et alla se poster à côté de ses collègues.

Après quelques instants de répit, la co-directrice reprit la parole en souriant plus largement encore.

- Bien, maintenant que les présentations sont faîtes, laissez-moi vous expliquer, chers nouveaux élèves qui venez d'arriver, pourquoi vous êtes ici.

Un murmure amusé parcourut tous les rangs, sauf ceux des nouveaux. Luna attendit que le calme revienne pour poursuivre.

- Il y a beaucoup de choses que vous ignorez au sujet de cet endroit. Mr. Vargas qui vient d'arriver n'en sait d'ailleurs pas plus que vous.

Un "Quoi?" outragé salua sa remarque, suivis de quelques rires.

- Vous ne le savez peut-être pas encore mais nous avons, ici, des critères de sélection très particuliers. Si vous êtes ici, ce n'est ni grâce à l'argent, ni grâce à vos résultats scolaire. Si vous êtes ici, c'est parce que quelque chose en vous diffère des autres jeunes de votre âge. Et vous êtes ici pour que nous puissions découvrir quel est ce talent...


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Alors? Vous êtes toujours là? Ça vous a plut? ^^

J'aimerai remercier toutes celles qui ont lu, followé, favorité et/ou reviewé le chapitre précédent (c'est pas du français mais on s'en fout). Je vous adore toutes! (Ou "tous" si un rarissime lecteur de sexe masculin a osé cliqué sur ma fic)

Ça vous dis de jouer à un jeu? Si vous arrivez à deviner les pouvoirs des personnages (certains en ont un, d'autres en ont deux) avant que la fanfic ne les révèle, je vous offre un OS sur le thème et le couple de votre choix! ;)

Dans le prochain chapitre, vous aurez le reste du discours de "bienvenue" de Luna, un peu de Romulus vu qu'il est très apprécié apparemment, et quelques tentatives de sociabilisation dans la classe des première année!

Et si vous avez lu jusqu'ici, je vous adore plus que tout au monde et je vous dis : à dans deux semaines! Bye~!