Chapitre 2 !
C'est au milieu des premières lueurs du matin que la fumée singulière de la cigarette s'élevait doucement, dans un mouvement si fragile et sensuel avant de disparaître dans un fin coup de vent. Le petit déjeuné était prêt, il ne restait plus qu'à attendre le réveil de l'équipage pour rejoindre de nouveau la cuisine. Assis sur le pont supérieur, Sanji laissait la légère brise matinale lui caresser le visage, soulever doucement ses cheveux et l'envahir dans une aura fraîche mais non pour le moins agréable. Le silence, l'immensité. Seule la nuit et l'aube pouvaient offrir au cuisinier un tel spectacle, le silence n'était le point fort du raffiot… La porte du dortoir des garçons claqua, laissant dans son encadrement l'épéiste, s'étirant du mieux qu'il le pouvait, un de ses katanas à la main, les autres étant déjà accrochés à sa ceinture. Il lui suffit de lever les yeux pour voir Sanji, perché.
- Oï blondinet.
- Oï tête de thé vert.
L'habituel rituel de deux gamins, commentant sur leur caractère physique le plus frappant. Ca en devenait presque affectif. D'un pas lent, très significatif de la part de Zoro, du genre : « J'ai pas assez dormi, je suis fatigué. », le bretteur se dirigea vers la porte de la cuisine, entrouverte pour commencer son repas… Suivit de près par Luffy qui avait déboulé d'on ne sait où pour se ruer dans sa pièce préférée sur le Going Merry, hurlant déjà des compliments à celui qui avait préparé le magnifique petit déjeuné s'étendant sous ses yeux.
Vint ensuite le réveil des deux jeunes femmes, marchant avec grâce - pas comme les garçons se traînant dans la pièce -, comme en plein milieu d'après-midi, suivies de près par le blond, débitant des paroles servant plus ou moins à quelque chose, les complimentant, les flattant et tout ce qui va avec, les yeux remplis d'étoiles. Même s'il avait de nouveau, et comme tous les matins, accueillit Nami et Robin ainsi, il n'y mettait pas autant de cœur que d'habitude. Ses yeux, normalement constamment rivés sur les deux femmes, allèrent quelques courtes fois se poser sur l'épéiste, grognant sur Luffy, avant de se et de reposer son regard sur les premiers couverts éventuellement partant pour la vaisselle. Oh bon Dieu, ça fait trois fois qu'il refait le coup, et trois fois qu'il manque de se faire remarquer… Mais pourquoi ses yeux s'acharnaient-ils autant sur le bretteur ? La réponse, il la savait. Mais n'osait l'avouer. Il était impossible de penser à répondre un jour à Cette question aussi simplement par Cette phrase si souvent répétée par nombre de gens et devenue maintenant banale, presque dépourvue de sentiments et pourtant si dure à prononcer.
- Hep, y a la vaisselle à faire.
Le bretteur semblait pourtant bien décidé à passer cette porte pour sortir de la petite pièce lorsque ces derniers mots l'en empêchèrent. D'un geste las, il dirigea son regard vers le cuisinier qui lui tournait le dos avant de sortir d'une voix rauque, quelque peu étonné :
- Pardon ?
Ce n'était pas ce genre de Pardon que l'on posait lorsqu'on n'avait pas entendu, ni lorsqu'on voulait dire : « Tu crois vraiment que je vais le faire ? ». Non, ce simple mot était prononcé par quelqu'un qui était en train de regarder un homme venant de lui demander de faire la vaisselle… Alors que ce dernier était en train de s'en occuper. Et ce depuis un moment. Zoro resta un instant immobile avant de finalement sortir, sans chercher plus que ça à comprendre ce qui se passait.
Le blond regardait ses mains immobiles, plongées dans l'eau savonneuse au milieu des assiettes sales, reposant tranquillement dans le fond de l'évier. Il lui aurait fallu trouver une autre excuse que la vaisselle pour garder un peu plus le bretteur à ses côtés.
- Kuso…
Essuyant énergiquement ses mains fraîchement sortie de leur labeur encore inachevé, le cuisinier se maudissait intérieurement avant d'avoir la clope au bec, le calmant légèrement. Il s'était appuyé sur la table de la cuisine, fixant l'évier encore plein de mousse et d'assiettes à laver, se posant diverses questions plus ou moins utiles. Tss, à cause de son comportement, l'autre débile va croire des trucs. La cigarette ne put en aucun cas ralentir le processus. La colère était remontée soudainement, assez pour que Sanji n'attrape au passage un couteau avant d'ouvrir la porte à la volée et le lancer vers Zoro, assis plus ou moins en tailleur, dormant la bouche ouverte, adossé au mât principal. L'épéiste bascula doucement sa tête sur le côté, toujours les yeux fermés, évitant ainsi de justesse la lame qui vint se planter à quelques centimètres de sa tempe dans le bois abîmé du porteur de voile. Ouvrant enfin les yeux, il posa doucement son regard sur le couteau, particulièrement affûté avant de le poser sur le cuisinier, se tenant dans l'encadrement de la porte.
Qu'est-ce qu'il lui prenait, à lui ? Avec une certaine lassitude, le bretteur se leva, arracha la lame coincée dans le bois et, une main empoignant le manche de son katana, se mit à hurler toutes dents dehors, tel un chien enragé :
- T'es pas fou, toi ?
C'est avec un certain air de défi qu'un sourire apparut sur le visage du cuisinier. Et, bien entendu, un nouveau combat entre les deux hommes fit rage sur le navire, quoique plus agressif que d'habitude.
Il n'y eu de vainqueur, juste deux blessés plus ou moins graves.
Chopper acheva rapidement le nœud de tissu sur la nuque de Sanji, avant de lui avouer, comme sur un air de reproche :
- Tu ne dois pas te servir de ton bras pendant au moins deux semaines.
Il quitta la pièce, sans un mot de plus, laissant le blond seul dans la cabine destinée au médecin, silencieux. Les yeux fixés sur le miroir principal de la pièce, il regardait la plaie encore saillante, au niveau de son épaule, totalement verticale et tracée à la perfection. Un linge entourant le bras et rattaché à l'arrière de son cou servait à la maintenir immobile, la moindre secousse faisant souffrir le pauvre cuisinier. Pauvre ? Il fallait avouer qu'il l'avait plutôt bien cherché… C'est donc assis sur le seul lit de la pièce, le regard vide et pourtant fixant un point précis dans le miroir, que Sanji se lamentait sur son sort, n'ayant même pas la force de s'allumer une cigarette. Sur son visage régnait une rancune sans nom envers celui qui avait osé le frapper sur un point faible, les mains d'un cuisinier devant toujours être intactes, jusqu'à tourner à une certaine mélancolie. Il n'avait jamais utilisé de couteau lors d'un combat, ce qui rendait celui-ci plus mémorable que les autres et moins glorieux. Il n'eût fallu qu'une poignée de secondes au bretteur pour le mettre à terre et en finir avec « … ce qui ne sert à rien. ». Il entendait encore sa voix…
« Je n'ai pas de temps à perdre avec ce qui ne sert à rien. »
Sur ce, il s'était éloigné pour se rendre sur le pont supérieur alors que le blond serrait les dents.
« Kuso… »
Ca s'était arrêté là. Sur ce mot, simple et pourtant si explicite. Il avait réussi. Pour lui, c'était la meilleure façon de ne pas avouer un fait qu'il répugnait, repoussait… Un fait qui l'horrifiait. Il resta dans cette petite pièce éclairée le restant de la journée, laissant l'équipage se préparer à manger seul. D'après l'odeur de brûlé, Usopp n'était pas aussi doué en cuisine qu'en mécanique. Il reçut quelques petites visites de Chopper, venant prendre soin de sa blessure, mais personne d'autre ne voulait lui montrer son soutien, cette blessure étant d'après eux « méritée ». Malgré tout, ils étaient tous, de la même manière, réticents envers le bretteur, qui avait exagéré et qui les privait de repas sains - et saufs -… Luffy étant le premier à crier devant la quantité réduite de nourriture dans son assiette.
C'est pourquoi Zoro ne s'était montré présent au déjeuné, ni au dîner, restant sur la vigie, recevant peu de visites, si ce n'est pas du tout, vu son humeur démoniaque et l'aura négative
qu'il dégageait. Sur son visage résidait une blessure plus ou moins profonde selon le point de vue du médecin et du sien, lui entaillant le haut de la joue droite – côté nez – jusqu'à la courbe de la mâchoire – côté oreille -. Le cuisinier n'avait pas voulu lâcher son couteau…
Oui, il avait bel et bien réussi. Sanji avait bel et bien réussi ce qu'il voulait faire : l'épéiste le détestait.
Voilààà, fini ! Le Chapitre 3 ne devrait plus tarder.
… Reviews ?
