Chapitre 2 : Le réveil de Lily

Bip… Bip… Bip...

Lorsque Lily Luna Potter s'éveilla ce matin-là, elle sut immédiatement que la journée serait grandiose. Elle éteignit son réveil de deux doigts vengeurs sur le maudit appareil, mais allongée et les yeux grands ouverts, profita du relatif optimisme qui l'avait gagné. Elle se leva, entendant déjà l'escalier grincer sous les pas de ses frères. En pyjama, elle ouvrit la fenêtre puis les volets. Sa vue donnant vers l'est lui donnait à voir un lever de soleil sur la forêt au delà du jardin, une vue que Lily adorait par dessus tout. Elle sourit, évitant de penser qu'elle ne la verrait pas avant un moment.

C'était un des principaux défauts de Lily. Elle était plutôt pessimiste et remarquait davantage les défauts d'une personne longtemps avant de voir ses qualités. Son grand père lui avait dit qu'avec le temps, ce caractère s'affirmerait pour devenir aussi volcanique que celui des femmes Weasley (pas de doute qu'il avait, à ce moment-là, sa femme et sa fille en tête). En attendant que ce soit le cas, Lily patientait, parce que cela, elle n'avait pas de problèmes à le faire. Après tout, elle avait attendu de si longues années pour que ses pouvoirs se déclarent, et elle avait attendu si longtemps avant de pouvoir aller à Poudlard !

Mais maintenant, l'attente était enfin finie. Aujourd'hui, Lily Potter entrait à Poudlard. Elle se retourna pour regarder, près de la porte, son immense malle encombrant le passage. Une semaine plus tôt, toute la famille Potter s'était rendue au Chemin de Traverse pour faire les courses avant l'année scolaire. James, son petit air malin sur le visage, avait réussi à convaincre son père de pré-commander le nouveau Nimbus. Albus, lui, avait simplement regardé ses parents comme si ne pas lui acheter le manuel qu'il convoitait dans la vitrine de la librairie allait lui gâcher la vie, et ils avaient cédé. Il était difficile de croire que ces deux garçons si sournois et manipulateurs aient pu arriver à Gryffondor, mais il n'y avait pas de doute pour la petite Lily que ses deux frères ne manquaient pas de courage.

Lily, elle, était bien plus sage. Elle se contentait de suivre ses parents, sa liste de fournitures à acheter dans sa poche, observant tout, parlant peu, et feignant d'ignorer les quelques journalistes qui s'étaient tapi dans les allées attenantes, prenant des photos et des notes. Le secret de leur célébrité, gardé quelques temps, n'avait pas résisté à l'arrivée d'Albus à Poudlard. Si James avait été content d'ignorer tous ceux qui le regardaient ou murmuraient sur son passage, Al, lui, n'avait pas fermé les yeux. Il avait cherché et, bien sûr, il avait trouvé. Al trouvait toujours.

Il avait alors tout expliqué à son frère et sa sœur. À James, de vive voix, mais Lily avait eu droit à une longue lettre qui l'avait éberluée. Toutes les choses qui n'avaient aucun sens avant se mirent soudain en place. Tout devint clair. Malheureusement, le fait de connaître la vérité fit peser sur les épaules des enfants Potter un drôle de poids, mais chacun avait développé sa stratégie. James, impliqué dans de nombreuses activités extra scolaires, était populaire et rendait le nom Potter célèbre pour d'autres raisons. Al se refermait sur son intelligence comme dans un cocon et peu de choses passaient à travers. Quant à Lily, elle avait été soigneusement protégé par ses parents, qui l'avait envoyé dans une école Moldue jusqu'à ce qu'elle puisse entrer à Poudlard.

Après être passé à la librairie où ils avaient pu acheter les manuels nécessaires à la Première Année de Lily et où Al avait pu dépenser son argent de poche de toute l'année, ils s'étaient enfin dirigé vers la boutique que Lily rêvait de voir depuis qu'elle avait su prononcer le mot « magie ». La boutique d'Ollivander et Fils... Bien que le patron ne soit plus un Ollivander, mais un ancien camarade de classe de son père, le nom de la boutique n'avait pas changé. Le dernier Ollivander était mort depuis des années, mais son apprenti avait repris le flambeau et hérité du magasin.

Des boîtes étaient empilés du sol au plafond, avec juste un passage jusqu'au comptoir. Les garçons étaient partis chercher des glaces, mais ses parents étaient restés avec elle. Ils s'étaient approchés et un homme assez grand et mince les avait accueilli.

-Potter., avait-il salué son père. Tu viens t'acheter une nouvelle baguette ou c'est pour la jeune demoiselle ?

Elle avait rosi. Habituellement, elle était la petite sœur, la dernière fille, la petite Potter, la petite Lily.

-Lily., avait dit son père, je te présente Theodore Nott.

Ce dernier lui avait tendu une main sérieuse qu'elle avait serré et il avait commencé à prendre des mesures de son bras, de son coude à son poignet, de la paume de sa main et autres. Pour un peu, Lily lui aurait demandé de continuer les mesures pour pouvoir tout de suite commander son uniforme, mais sa timidité l'en avait farouchement empêché.

Il lui avait fait essayer un nombre incalculable de baguettes et il semblait prêt à s'arracher les cheveux, lorsqu'enfin, il lui en avait présenté une (bois de chêne, 27 centimètres, rigide) qui, une fois mise dans la main de Lily (à bout de forces et à deux doigts de pleurer) avait daigné faire deux-trois étincelles. Tout le monde avait poussé un soupir de soulagement et Harry s'était empressé de payer avant de pousser sa femme et sa fille vers la sortie pour rejoindre ses fils.

Comparé à ça, trépigner quinze minutes sur un podium dans la boutique de vêtements à attendre que la vendeuse cesse de parler à sa mère (qui, malgré toutes ses tentatives, n'arrivait pas à s'en débarrasser) avait été une partie de plaisir.

Mais maintenant, tout était enfin prêt. Lily était à la fois impatiente et nerveuse.

-Lily !, hurla James. Petit dèj !

Elle sursauta, prit un élastique qui traînait sur la commode et se fit une rapide queue de cheval avant de franchir la porte. Lily adorait venir s'installer à la table de la cuisine, profiter de l'odeur d'oeufs sur le plat et de bacon frit et boire un bon jus d'orange pressé en observant le rituel matinal de sa famille. Et comme, pour elle, rien n'était plus confortable qu'un pyjama, elle descendait généralement manger au saut du lit, ce qui lui permettait en plus de dormir davantage.

Lily entra dans la cuisine. Sa mère, aux fourneaux, l'embrassa sur le sommet de la tête et son père lui adressa un sourire. Ses deux frères étaient déjà assis. Albus, plongé dans un livre, ne releva même pas les yeux, mais James la regarda et commenta :

-Tu sais que t'as plutôt intérêt à pas te pointer comme ça dans la Grande Salle ?

Elle lui tira la langue avant de prendre une chaise. Elle dégusta du bout des lèvres un œuf brouillé et un jus de pamplemousse qui irrita ses papilles avant de réaliser qu'elle ne pourrait rien avaler d'autre. Elle était bien trop angoissée et avait l'estomac trop noué pour pouvoir profiter du petit déjeuner comme d'habitude. Sa mère, qui, entre-temps, s'était installée à côté d'elle, le remarqua.

-Harry., fit-elle, à voix haute, attirant l'attention de ses enfants et de son mari.

-Oui ?, demanda ce dernier, relevant la tête.

-Tu te souviens du jour où tu es entré à Poudlard ?

Les pattes d'oies aux coins des yeux de son père s'accentuèrent tandis qu'il sourit. Il repoussa ses lunettes sur son nez.

-Bien sûr, oui. J'étais maigre, haut comme trois pommes et je ne connaissais rien au Monde Sorcier.

Lily avait les yeux rivés sur lui : il était si rare que ses parents évoquent le passé. Ses frères semblaient eux aussi réaliser. James fixait leur père et elle savait qu'Albus, même s'il avait toujours le nez dans son livre, ne perdait pas une miette de la conversation.

-C'est ce jour-là que j'ai rencontré Ron et Hermione. Et Neville. Et c'est la première fois où je t'ai vu.

Ils échangèrent un regard de tendresse infinie et personne ne put douter de leurs sentiments l'un envers l'autre.

-Et toi ?, demanda t-il, lui renvoyant la question.

Il ne se quittaient pas des yeux et Ginny eut un sourire en coin.

-Évidemment. J'étais si excitée à l'idée de rejoindre mes frères à Poudlard. D'aller à Gryffondor et de rencontrer le grand Harry Potter.

-Et ça a été comme tu le voulais ?, interrogea Lily d'une petite voix.

Le regard de sa mère se perdit vers la fenêtre.

-Ça n'a certes pas manqué d'excitation., murmura t-elle, songeuse.

Son père se racla la gorge.

-Bon, on a encore beaucoup à faire. Lily, va te préparer. Albus, plus de livres dans ta malle, il n'y a plus de place, mais il y a encore une bibliothèque au château. James, quand tu seras prêt, tu aideras ton frère et ta sœur, s'il-te-plaît ? Il faudrait qu'on soit parti dans moins d'une heure.

Leur aîné acquiesça et les enfants quittèrent la cuisine.

-Tu vas bien ?, demanda doucement Harry.

-Oui... Mais les enfants seront à Poudlard et toi au Bureau. La maison va être grande sans vous.

Harry tendit la main, serrant celle de sa femme et ils se regardèrent tristement.

Lily prit rapidement une douche et se vêtit d'un jean bleu sombre et d'un haut blanc. Tirant dessus, elle s'observa dans le miroir. Elle se trouvait petite, pour son âge. En fait, parmi ses frères et ses cousins, elle était la plus jeune. Même Louis et Hugo, qui entraient aussi à Poudlard aujourd'hui, avaient quelques mois de plus qu'elle. En famille, elle avait toujours été la « Petite Lily », la petite dernière et elle souffrait parfois de cette image. Il lui arrivait, quand elle se regardait vraiment, de discerner dans ses yeux marrons piquetés d'or, comme une trace de tristesse et de solitude ce qui était ridicule, puisqu'elle n'était jamais triste et jamais seule.

Elle se redressa et se reprit : ce n'était pas le moment de s'apitoyer sur son sort. Et son sort, d'ailleurs, quel était-il ? Elle faisait partie d'une famille soudée, elle aimait ses frères et ses frères l'aimaient et elle allait vivre sept ans dans un château magique.

Remontée, oubliant un instant son angoisse, elle s'empara de sa brosse sur sa commode et coiffa énergiquement ses cheveux roux. Ils seraient encore plus longs, quand elle reviendrait en décembre, peut-être qu'elle pourra se les faire raccourcir ? Ils lui allaient presque jusqu'à la taille, maintenant. Elle ramena sa chevelure sur sa nuque et la noua en un chignon, évitant ainsi que l'eau ne coule jusque dans son dos.

Elle se scruta à nouveau dans le miroir. Elle n'avait que onze ans, elle n'était pas obsédée par son image, cependant, elle comprenait bien l'importance d'une telle journée. Bientôt arriverait le moment où elle rencontrerait les personnes avec qui elle passerait sept ans. Des camarades de classe, des connaissances, des amis, plus même... Après tout, bien des années auparavant, c'était ce jour-là que son père avait rencontré sa mère, que son oncle Ron avait rencontré sa tante Hermione et tant d'autres encore y avaient rencontré les personnes qu'ils allaient épouser. Bien sûr, Lily n'était pas pressée, mais elle avait toujours eu la faculté de voir plus loin que ce qu'il y avait devant elle. Et quand ce qu'il y avait devant elle était si effrayant, c'était bien pratique de voir un futur où elle se serait libérée de sa panique et de son stress presque chronique.

-Lily !, appela James.

Elle attrapa sa montre et ouvrit de grands yeux. Il était tard, très tard. Elle avait pris plus de temps qu'elle ne l'aurait cru. Elle l'enfila à son poignet, jeta sa brosse à cheveux dans sa malle ouverte qu'elle ferma.

-J'arrive !

Elle entendit les pas rapides de son frère montant l'escalier, rouvrit son bagage, vérifia qu'elle y avait bien mis sa baguette et referma sa malle au moment où James toquait à la porte.

-Oui.

-C'est bon ?, demanda James, d'une voix neutre.

Il semblait impassible, mais Lily savait qu'il ne l'était pas. Il était content de retourner à l'école, mais il était aussi inquiet pour Lily, elle le sentait dans la manière qu'il avait eu de la regarder. Et le fait même de le savoir suffisait à restaurer son courage.

-C'est bon.

Il souleva sa malle et commença à la tirer dans le couloir, appelant son père pour de l'aide. Lily alla tirer les couvertures de son lit, puis ferma les volets de sa fenêtre, se demandant dans quel état d'esprit elle serait lorsqu'elle les rouvrirait finalement. Elle entendait sa famille s'affairer, déjà autour de la voiture et elle réalisa qu'elle ferait mieux de se dépêcher lorsqu'elle entendit gronder le moteur. Évitant de trop réfléchir, elle s'approcha de la porte, embrassa sa chambre d'un dernier coup d'oeil (son bureau, près de la fenêtre, le lit au milieu, le coffre de bois rose, la porte menant à une petite salle de bain qu'elle avait pour elle toute seule, la commode avec le miroir et les quelques photos de famille) et ferma la porte. Ne pouvant presque plus supporter de rester ici, elle attrapa son manteau, courut dans le couloir, dévala les escaliers et claqua la porte d'entrée avant de rejoindre sa famille qui l'attendait dans l'allée.

Les garçons avaient presque déjà tout chargé, il ne manquait plus qu'à placer la chouette de James et le chat d'Albus. Ginny sourit à sa fille et ouvrit les bras. Lily vint s'y réfugier, fermant les yeux jusqu'à ce qu'elle entendit le coffre se fermer. Elle se détacha de sa mère. Albus lui ouvrit une portière et l'invita à monter dans son carrosse d'une grande révérence exagérée. Elle lui répondit d'un sourire malicieux, reconnaissante envers le plus jeune de ses frères pour lui changer les idées de manière aussi extravagante. Son père fut le dernier à grimper dans l'habitacle.

-On a tout ?

-On a tout., confirma Ginny.

-Tous les gamins sont là ?, redemanda t-il, dans une tentative de plaisanterie.

Albus haussa les sourcils, semblant douter de l'intelligence de son père. Harry fit un clin d'oeil à sa fille dans le rétroviseur et la bouche de celle-ci se contracta en un sourire.

Le trajet parut épouvantablement long à Lily, même s'il ne le fut pas vraiment.

La famille Potter vivait à Cheshunt, Hertfordshire, non loin de Londres. Lorsque Ginny était tombée enceinte de James, le jeune couple avait décidé de quitter la vie citadine et de s'installer un peu plus en retrait. Ça ne risquait pas de leur manquer, puisque Londres grouillait de journalistes prêts à tout pour un scoop. Voulant plusieurs enfants, Harry et Ginny avaient décidé que le climat d'une vie tranquille serait plus propice à l'éducation qu'ils voulaient pour leurs bébés à naître. Ils avaient alors investi dans une maison à deux étages et un grenier, avec des volets clairs et un grand jardin, le tout protégé par des sorts complexes, mais qui permettaient à la famille Potter de vivre en toute tranquillité.

James, Albus et Lily avaient grandi loin du chaos des reporters. Sauf quand ils s'aventuraient dans le Monde Sorcier, ils étaient à l'abri du passé de leurs parents. À Poudlard, pourtant, la vie serait différente. Il faudrait s'adapter, comme l'avaient fait ses frères. Elle n'envisageait pourtant pas la même méthode. Elle n'avait pas le charisme qu'avait James, qui lui avait permis de s'attirer la loyauté presque immédiate de ses camarades, ni l'intellect d'Al qui l'isolait de toute la publicité autour d'eux. Lily savait qu'elle devait se trouver une stratégie, mais elle n'avait ni envie de s'impliquer autant dans les activités de Poudlard, ni d'être aussi solitaire.

Mais peut-être que ce n'était pas si pire que ce qu'elle avait imaginé. Les garçons avaient été les premiers Potter à aller à Poudlard depuis presque quinze ans. Avec la popularité de leur père, il était évident qu'ils aient été remarqué. Mais l'étonnement devait être retombé, maintenant, et l'arrivée de la fille Potter ferait certainement moins de bruit que celle du premier fils.

Lily ne desserra pas les dents de tout le trajet, mais tapotait son genou droit de l'index et du majeur jusqu'à ce que James posa sa main sur la sienne, énervé par la tension qui émanait de sa petite sœur. Elle lui fit un sourire d'excuse et reporta son attention de l'autre côté, vers la vitre et Al.

Celui-ci, silencieux comme toujours, remonta ses lunettes sur son nez. Albus était le portrait craché de son père, mais il était si drôle de voir les différences entre eux. Harry, dès qu'il rentrait du travail, enfilait un jean et un pull volontiers rapiécé. Albus, c'était exactement l'inverse. Il était toujours bien habillé, d'une chemise, d'un veston et d'une cravate, quoi qu'il arrive, ses cheveux noirs soigneusement coiffés. Il faisait si grand, si adulte ainsi, que c'en était comique, lorsqu'on n'était pas habitué.

James ressemblait un peu moins à son père. Il était, comme la plupart des gens, un vrai paradoxe. Il était joueur, comme un gamin, alors qu'il avait quatorze ans, mais il était aussi tellement responsable et il veillait sur elle depuis toujours. Si James n'avait cessé, un mois entier de se moquer d'Albus avant qu'il entre à Poudlard, lorsque ça avait été son tour, ses frères n'avaient fait, au contraire, que la rassurer. Il ne fallait pas croire pour autant que James et Albus ne s'entendaient pas. James et Albus étaient presque des jumeaux séparés d'un an. Ils n'avaient parfois pas besoin de se parler pour communiquer, ce qui, de temps à autres, rendait Lily jalouse de leur complicité.

James allait entrer en Quatrième Année et Albus en Troisième. Tous les deux, selon leurs souhaits, étaient allés à Gryffondor et Lily, elle, se demandait où elle irait.

Enfin, ils arrivèrent à la gare et Harry glissa la petite voiture familiale dans une place de parking. James enleva rapidement sa ceinture de sécurité et sauta hors du véhicule.

-Je vais chercher des chariots.

Toute la petite famille descendit et Harry et Ginny se dirigèrent vers le coffre. Albus dégagea les cages de son chat, Skers, et de la chouette de James, baptisée Shrilly en raison de son hululement désagréable, mais qui était, selon les dires de son propriétaire, très affectueuse. Ses parents avaient proposé à Lily de lui acheter un compagnon, mais Lily avait refusé. Ce n'était pas qu'elle n'aimait pas les animaux, mais elle n'était pas sûre, si elle voulait se concentrer sur ses études, avoir le temps nécessaire pour s'occuper d'une petite bête, qu'elle rendrait alors immanquablement malheureuse. Elle se disait qu'en Deuxième Année, elle aurait sans doute davantage de temps et pourrait alors avoir un furet ou autres...

James revint et ils chargèrent les malles avant de se diriger vers la gare. Il y avait énormément de monde, à l'intérieur de la gare et Lily ne put s'empêcher de dévisager certaines familles, se demandant si les enfants allaient eux aussi à Poudlard. Les garçons poussaient les chariots et Ginny et Lily marchaient derrière, la mère un bras autour des épaules de la fille. Ils arrivèrent devant la voie 9 ¾ et le cœur de Lily s'emballa. Voilà qu'arrivait la première épreuve de la journée.

Autour du passage, selon Albus, était installé un Filet de Dissimulation les Moldus n'avaient tout simplement pas envie de le regarder. James fut le premier à passer, comme toujours et Harry le suivit de près, avec les bagages de Lily. Celle-ci hésita, mais elle sentit la main de sa mère la pousser doucement dans le bas du dos.

-Tu viens ?, demanda Al.

Son frère passa et il ne resta plus que Lily et Ginny. Cette dernière la rassura.

-Ne t'en fais pas, il suffit de continuer à marcher.

Elle le savait déjà, bien sûr, elle était venue pour accompagner ses frères, mais maintenant, c'était différent. Lily se décida enfin, abandonna ses pensées de panique sur la douleur de cogner le mur ou sur le passage ne s'ouvrant pas pour elle et prit son élan. Au moment supposé de l'impact, elle bloqua sa respiration et ferma les yeux, mais elle ne heurta rien et rouvrit les paupières en entendant le sifflement aigu d'une locomotive. Elle était passée !

James avait disparu, peut-être à la recherche d'amis, mais son père et Albus lui sourirent et elle sourit en retour, soulagée. Sa mère arriva aussi et ils se dirigèrent ensemble vers le train, en traversant le quai bondé. Il y avait des mères, des frères, des sœurs, des amis, mais Lily cherchait des gens bien précis : son oncle Ron et surtout son cousin Hugo ainsi que la famille de Bill, dont la fille, Dominique entrerait aussi à Poudlard.

Lily, sur la pointe des pieds, chercha à les distinguer dans la foule, tandis que son père donnait les nouvelles recommandations à Albus, notamment (et ça agaçait tante Hermione de l'entendre) de travailler moins. En réalité, même si Albus était en Troisième Année, il avait un niveau bien supérieur à celui-ci. On lui avait offert de monter d'une classe, mais il avait refusé, probablement pour ne pas rater une année à Poudlard. James revint, visiblement ravi de retourner à Poudlard, et Lily avait hâte d'être comme lui, et de ne plus pouvoir se passer du château.

-Harry !, fit une voix proche.

Lily se retourna en entendant Ron et elle sourit à Hugo, qui paraissait encore plus nerveux qu'elle ne l'était. Tout le monde se salua, dans un brouhaha joyeux qui rappelait à Lily les dimanches au Terrier, en compagnie de toute la famille, alors que tout le monde parle en écoutant tout le monde. Elle vit Dominique et sa famille, plus loin, Dominique suivant déjà Louis, montant dans deux wagons plus loin que celui où Lily voyait encore de la place. Tant pis, elle la rejoindrait plus tard.

La majorité des élèves étaient déjà montés et Lily sentait que l'heure des adieux allait bientôt sonner, mais, entourée de sa famille, elle aurait encore voulu rester un peu. Elle regarda Hugo et vit immédiatement qu'elle n'aurait pas d'aide de sa part.

-Au revoir, oncle Ron au revoir, tante Hermione

Son oncle lui donna une petite pichenette sur la joue et sa tante lui accorda un sourire rassurant, qui ne fit que la perturber et elle se tourna vers ses parents. Elle les enlaça et ils l'embrassèrent. Le cœur battant, elle ferma les yeux et s'efforça d'écouter les conseils prodigués par son père.

-Ne te bats pas en duel tant que tu n'auras pas pris à le faire.

Cette phrase était une grande constante de Harry, il l'avait dit à James lorsqu'il était entré à Poudlard, puis à Albus et maintenant à elle. Lily ne tenait de toute manière aucunement à se battre en duel, même après avoir appris à le faire.

-Ne t'attire pas d'ennuis avec les plus grands que toi. Ne laisse personne t'embêter à cause de ton nom de famille.

Elle sourit à son père, rassemblant toutes ses forces.

-Jamais.

-Écoute les professeurs, souviens-toi du trajet entre la Grande Salle et ta Maison, ne va pas dans la Forêt Interdite et tout se passera bien.

-Je sais, Maman., mentit-elle.

-Écris-nous vite.

Elle hocha la tête et regarda Hugo.

-On y va ?

Son cousin passa devant elle et ils montèrent dans le wagon, puis dans le compartiment où se trouvaient leurs bagages et où Albus s'était déjà assis. Le train siffla pour annoncer le départ, et Hugo, son frère et elle firent comme tout le monde et agitèrent la main à leurs familles. Le train démarra et Lily ressentit un nouveau pic de panique. Les familles et le quai défilèrent doucement et bientôt, ses parents ne furent plus qu'un point à l'horizon. Al, Hugo et Lily se rassirent dans leur compartiment. Lily, installée près de la fenêtre, avait son frère en face d'elle et Hugo à côté. Albus, toujours aussi laconique, chercha un livre dans sa malle et commença sa lecture. Lily et son cousin restèrent silencieux, comme sous le choc, terrifiés, mais aussi très enthousiastes. Elle croisa ses mains sur ses jambes et soupira.

-Tu crois que tu seras dans quelle maison ?, demanda Hugo, que la question taraudait.

-Je ne sais pas., murmura Lily, qui, le regard tourné vers la fenêtre, sentait sur elle le regard de son cousin, mais aussi de son frère.

Albus avait une façon de regarder les gens, qui pouvait mettre mal à l'aise. Il les regardait comme s'ils étaient des puzzles qu'il lui fallait à tout prix résoudre, comme s'il ne les comprenait pas vraiment, ce qui était sûrement le cas. Et pourtant, dans son regard, on discernait une acuité sans pareille. Son regard vert émeraude strié de gris était acéré comme un rasoir et pouvait, lorsqu'il le voulait, être plutôt féroce, en tous cas pour la fillette impressionnable que Lily était.

Le paysage défilait plutôt vite en une suite de forêts, de champs et de prairies remplies de vaches. James vint les voir et resta quelques minutes avant de retourner voir ses amis. Il y avait beaucoup de bruits de discussions, des cris, des rires et des pas courants dans les coursives. Mais Lily n'y prêtait pas attention.

Toute son attention était tournée vers la campagne anglaise. Lily aimait par-dessus tous les voyages. Ce n'était pas tant le fait d'être ailleurs qui lui plaisait, mais plus le trajet qui y conduisait. Son père, qui avait grandi en tant que Moldu pendant onze ans, aimait beaucoup rouler en voiture et Lily l'accompagnait souvent où qu'il aille, même quand elle n'avait pas besoin de venir. Elle venait tout de même, s'asseyait aux côtés de son père, bouclait sa ceinture et mettait le nez à la fenêtre. C'étaient ses moments préférés avec son père.

Elle voyait dans le fait de voyager une certaine poésie, quelque chose de grandiose et d'extraordinaire. Al leur avait raconté qu'avant l'invention du train, les élèves allaient à Poudlard en Portoloin, ce qui était plus rapide, mais seulement pour les premiers. En 1810, six ans après l'invention du train, le Poudlard Express était né. L'anecdote avait plu à Lily, puisqu'elle prouvait qu'elle n'était pas la seule à voir les avantages d'un voyage. Bien souvent, le trajet plaisait plus à Lily que la destination. Elle se doutait que ce ne serait pas le cas cette fois-ci, que le trajet ne serait qu'un prélude à la destination.

Elle ne pouvait savoir, cependant, que son voyage la mènerait un jour en plein cœur de Brooklyn, sous le soleil levant de Prospect Park.