OS – Détour
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PDV Alice
15 septembre 2006
Ce matin, les déménageurs avaient emporté la plupart de nos affaires, sauf la majorité des meubles. Mon dressing n'avait nécessité qu'une petite heure, car je m'en étais occupée. Les déménageurs n'en auraient sans doute pas cru leurs yeux en voyant la quantité de vêtements et accessoires que je possède.
Nous étions tous allés à la supérette et à l'hôtel de ville, annonçant notre déménagement. Tous sauf Edward. Puis, nous nous étions rendus à l'hôpital où Carlisle devait signer plusieurs formulaires pour finaliser sa démission.
En montant dans nos voitures, nous avions tous le cœur serré, même Rosalie, même si ça n'était pas pour les mêmes raisons. Elle était déçue de devoir recommencer le lycée ailleurs, car à Forks elle était en terminale. Nous étions abattus à cause de la décision qu'avait prise Edward deux jours plus tôt. Il quittait Bella, et de fait, nous la quittions. Pourtant elle faisait partie de notre famille.
À cet instant, il était en train de lui annoncer notre départ, sans elle, et donc leur rupture. J'avais rassuré Edward, elle ne tenterait rien de dangereux après cela. Je n'avais rien vu de tel, mais je l'avais vue souffrir et ça je ne m'étais pas gênée pour le dire à mon frère.
Il était résolu à la quitter, rien n'aurait pu lui faire changer d'avis. Pas même la certitude d'être à jamais encore plus malheureux et solitaire qu'il ne l'avait été avant de la rencontrer.
Il ne partait même pas avec nous, il voulait pourchasser Victoria qui avait juré de se venger de la mort de son compagnon, James. Je n'avais pas vu sa réussite et cela l'angoissait énormément.
20 Juin 2007
C'était l'anniversaire d'Edward et même si nous ne fêtions plus les anniversaires, sauf ceux de Rosalie, nous lui réservions toujours quelques blagues. Emmett était une source inépuisable d'idées tordues. Mais cette année, Edward n'était pas avec nous.
Nous nous étions établis à Rochester, là où Rosalie était née. Elle se pavanait dans les rues, appréciant une nouvelle forme de revanche. Elle avait retrouvé de la famille éloignée, par curiosité, mais se n'en était pas rapprochée.
Elle était prête à faire face à son passé et Emmett la soutenait. Il était ravi d'en savoir plus sur sa femme. Ensemble, ils arpentaient les rues guettant un nouveau souvenir qui surgissait parfois dans la mémoire de Rosalie.
Carlisle avait facilement trouvé un poste de chirurgien dans l'hôpital du comté et comme prévu, nous avions tous repris le chemin du lycée, mais tous en classe de première. Emmett et moi étions jumeaux, ainsi que Jasper et Rosalie. C'était un peu gros comme mensonge, mais nous ne nous sentions pas la force d'être séparés même quelques heures chaque jour.
Edward nous manquait. Sans lui et sans Bella, la vie était morose. Mon entrain et ma bonne humeur légendaire ne suffisaient pas à apaiser les miens, et Esmé, plus que n'importe lequel d'entre nous, souffrait de l'absence de son premier fils. Le lien entre eux semblait indestructible mais il avait suffi d'un incident et tout avait changé à jamais.
Jasper avait tenté de tuer Bella lors de sa soirée d'anniversaire et Edward avait pris toute la mesure des risques encourus par sa belle en nous côtoyant. Jasper s'était excusé autant de fois qu'Edward lui en avait laissé l'occasion, mais ce dernier lui assurait qu'il ne lui en voulait pas, que c'était finalement pour le mieux. Pour la sécurité de Bella, pour son avenir et pour son bonheur.
Mais il n'en était rien. Bella souffrait. Chaque jour je la guettais, même si Edward m'avait ordonné de ne plus rien tenter envers elle à travers mes visions. J'avais craqué au bout de deux mois et ce que j'avais vu m'avait brisé le cœur.
Bella était vide, morte à l'intérieur. Elle était telle un robot, un automate, se forçant à se nourrir et à suivre ses cours, mais ses yeux étaient éteints. J'espérais qu'elle surmonterait cette épreuve mais elle ne semblait pas le vouloir. Elle n'avait plus aucun projet, n'envisageait rien du futur, ne sortait plus avec ses amies. Son père au bout de quatre mois la menaça de la renvoyer à Jacksonville mais elle le convainquit qu'elle allait mieux.
C'est ainsi qu'elle se tourna vers Jacob. Le fils du meilleur ami de son père. Un indien Quileute, un loup. Je l'avais deviné avant même qu'il ne l'apprenne, car dès que Bella se trouvait en sa présence, elle disparaissait littéralement de mes visions. La première fois, je crus même qu'elle était morte, puis je vis Bella dessiner des loups durant ses cours.
Carlisle avait rencontré les loups au début du siècle aussi je lui en avais parlé, et tous nous ne comprenions pas pourquoi la mutation des Indiens semblait avoir débuté après notre départ, alors qu'ils étaient censés muter en présence du danger, des vampires.
Jasper décida de se rendre à Forks pour vérifier qu'aucun autre vampire ne s'y trouvait et il revint chez nous pour confirmer l'absence d'individu de notre espèce.
Pourtant un mois plus tard, Victoria, dont je guettais pourtant les décisions, fit son apparition à Forks et je vis que Bella ne s'en étonna pas. Ce n'était pas la première fois, Bella savait pour les loups et ils la protégeaient.
Neuf mois après notre départ, Jacob avoua à Bella ses sentiments pour elle. Elle ne le voyait que comme un ami, elle aimait encore mon frère même si il l'avait abandonnée. D'ailleurs, elle ne lui en voulait même pas, croyant dur comme fer qu'elle était indigne de lui. Elle chérissait comme un trésor chaque souvenir de lui, elle se pensait très chanceuse d'avoir eu le bonheur d'être avec lui quelques mois.
Sans cesser d'aimer Edward, elle se rendit compte qu'elle éprouvait quelque chose d'autre que de l'amitié pour son ami. Elle était en sécurité avec lui, il la connaissait bien et l'acceptait telle qu'elle était, avec ses cicatrices. Elle n'avait alors pas répondu à Jacob, mais je l'avais vu le faire quelques semaines plus tard. Son père allait l'encourager dans ce sens et elle allait décider de le rendre heureux tout en sachant que jamais elle ne l'aimerait autant qu'Edward.
Rosalie changea d'attitude à l'annonce de cette romance. Elle se mit en colère contre Bella, jugeant comme une trahison sa décision. Bella en avait le droit, nous en étions tous persuadés et Edward aussi. Rosalie avait attendu impatiemment son coup de fils mensuel pour le lui annoncer. Même s'il avait bien réagi par téléphone, je l'avais vu raccrocher et courir des jours entiers pour finalement s'arrêter en pleine montagne et hurler son désespoir.
Il me téléphona deux semaines plus tard.
« Alice, cesse de l'espionner je t'en supplie. Savoir qu'elle va mieux et qu'elle est heureuse est suffisant. Laisse-la. »
« Mais si jamais Victoria… »
« Jacob la protège. »
« Comment as-tu pu la laisser approcher de Forks ? » l'accusai-je.
« Elle m'a semé, elle est très intelligente. Je vais aller au Canada et guetter de loin. Si elle croise ma route, elle n'en réchappera pas. »
« Garde un téléphone, je pourrais te prévenir si elle … »
« Oui, pourquoi pas. Je n'ai plus rien à fuir maintenant. »
« Reviens, Edward. »
« C'est trop m'en demander. J'ai besoin de temps. Je te promets que je reviendrai mais c'est encore trop tôt. »
« D'accord. »
« Promets-moi de ne plus l'espionner. » insista-t-il.
« Tu n'es pas le seul à souffrir. Je l'aime comme une sœur, c'est définitif, plus rien ne pourra changer cela. Les visions d'elle me parviennent sans que je le veuille. »
« Alors garde-les pour toi, s'il te plait. »
« D'accord. »
Un mois plus tard, il nous donna une adresse et un numéro de portable. Il avait trouvé un studio minable à Vancouver. Les Denali l'avaient aussitôt invité mais il avait décliné. Il me confia qu'il avait craint que Tanya ne tentât quelque chose envers lui. Je lui avais confirmé ses craintes, notre cousine était toujours intéressée par lui.
14 septembre 2007
Bella venait d'avoir dix-neuf ans. Son père et elle furent invités à La Push. Je ne vis rien de cette fête mais quand je pus de nouveau la voir, Bella portait une bague avec un minuscule diamant, cadeau de fiançailles de Jacob. Dans la voiture de police, son père fit part de ses doutes à sa fille.
« Je dois t'avouer que j'ai été prise de court, lui répondit-elle. Devant toute la réserve, je n'ai pas voulu l'embarrasser, alors j'ai accepté. Mais sois sûr que ce mariage n'aura pas lieu avant au moins deux ans. »
« Tu vas donc toujours à l'université. »
« Oui. Tu ne m'en veux pas, hein ? »
« Non, je suis content que tu partes en Floride. Ta mère est tellement heureuse. Elle m'a appelé hier et elle s'est excusée de te voler à moi encore une fois. »
« Vraiment ? »
« Oui. Je n'ai pas su quoi répondre. Tu sais, après votre départ, elle est restée de longs mois à ne pas me répondre. J'avais de tes nouvelles et des photos mais quand je voulais lui parler de nous, elle raccrochait. C'est seulement quand tu es revenue il y a presque deux ans qu'elle s'est excusée d'être partie et de m'avoir privé de toi. Elle vivait alors ce que j'avais vécu seize ans plus tôt.»
« Oh papa ! Si tu savais comme je regrette de n'avoir pas passé plus de temps avec toi ! »
Un silence gêné suivit puis Charlie se gara sur la nationale et serra sa fille très fort.
« Tu reviendras me voir, pas seulement Jacob, n'est-ce pas, Bella ? »
« Je te le jure. Quoiqu'il arrive dans ma vie, je saurai revenir vers toi. »
Je n'en avais parlé qu'à Esmé, qui avait été elle aussi très émue. Nous étions aussi soulagées de constater que Bella faisait de nouveau des projets pour son avenir. Elle entrait à la faculté d'Anglais de Jacksonville. Jacob et elle se verraient moins mais elle refusa de céder sur ce point. De plus, Victoria ne risquait pas de s'aventurer sous le soleil de la Floride, pensaient-ils.
Deux semaines plus tard, Bella devait pendre l'avion pour Jacksonville. Elle avait annoncé le matin à Jacob qu'elle ne se marierait qu'après ses études et il avait très mal réagi. Je la vis rentrer chez elle en pleurs et en sang. Une blessure superficielle heureusement. Je ne pus savoir si elle s'était elle-même blessée ou s'il s'agissait de Jacob. Elle dit à son père qu'elle avait trébuché et heurté sa portière ouverte, provoquant une entaille sur son bras droit.
Elle prit ensuite la route vers l'aéroport de Port Angeles seule, et je ne vis plus rien.
20 octobre 2007
À minuit passé, j'eus une vision de Charlie. Je n'en avais jamais eu de lui spontanément. Mais celle-ci me fit froid dans le dos. Il pleurait silencieusement en lisant une lettre. Je reconnus l'écriture de Bella.
Mon cher papa,
Pardonne-moi pour le chagrin que je te cause. Je vais bien, ne t'inquiète surtout pas pour moi. Je viendrai bientôt te voir, mais pour le moment je ne le peux tout simplement pas. J'ai aussi prévenu maman, mais je compte sur toi pour la rassurer. Elle a dû devenir folle pendant un mois, sans nouvelles de ma part, m'attendant des heures à l'aéroport. Je n'ai pas eu le courage de vous le dire, mais j'ai décidé de ne pas aller à l'université, et j'ai rompu avec Jacob. Une autre vie m'attend, plus excitante que celle pour laquelle je me croyais vouée. Aussi, réjouis-toi pour moi, je vis mon plus grand rêve.
Ta fille, Bella
Je réunis aussitôt la famille. Nous n'avions pas de raison de penser que Bella allait mal, mais ce qui nous inquiétait était que je n'arrivais plus à avoir de visions d'elle depuis son départ de Forks.
Carlisle décida qu'il ne valait mieux pas s'enquérir de la situation auprès des Quileute. Si Bella avait rompu avec Jacob, les loups ne seraient pas ravis que nous leur posions des questions à son sujet.
Nous n'avions pas encore décidé de prévenir Edward, il la croyait en sécurité. Comment réagirait-il en apprenant que personne ne savait où elle était, et si elle était réellement en vie.
Le lendemain, Billy Black nous contacta. Nous étions ahuris d'avoir un appel de sa part, mais nous n'eûmes pas vraiment le temps d'y penser. Il nous apprit seulement que Victoria était morte, définitivement.
Carlisle téléphona juste après à Edward, qui soulagé, nous annonça son départ de Vancouver. Il allait se perdre en Europe, nous avait-il dit et ne serait pas joignable. Il avait encore besoin de temps.
Cette nouvelle allégea quelque peu l'ambiance. Nous étions rassurés que les Quileute n'étaient plus aux prises avec un vampire, ils pouvaient reprendre leur existence, et aussi soulagés que Bella ait repris sa vie en main. Nous spéculions souvent sur ce qu'elle faisait. Rosalie, surtout, avait changé d'attitude envers elle. Ne plus la savoir avec un loup avait apaisé sa colère et elle parlait d'elle comme d'une personne qu'elle portait en haute estime. Elle reconnaissait que grâce Bella, notre famille avait vécu ses meilleurs moments, nous avions été au complet et Edward n'avait jamais été aussi heureux et épanoui qu'avec Bella à ses côtés.
Notre espoir était de revoir notre frère et de retrouver au moins la vie que nous avions connue avant Bella.
31 mai 2008
Un coup porté à notre porte nous mit tous en garde. Un vampire était là, nous ne l'avions pas senti venir, et nous avions toutes les raisons de penser qu'il s'agissait d'un nomade curieux, ou pire, d'un Volturi.
Carlisle ouvrit la porte, derrière lui se tenait Esmé et nous la vîmes disparaître et se précipiter lourdement sur notre visiteur. Carlisle éclata de rire et nous pensâmes tous à cet instant qu'il s'agissait d'Edward.
« Entre, Bella ! » pressa Esmé.
Nous nous échangeâmes tous les quatre des regards ahuris. Bella ! Elle nous avait retrouvés ! Mais notre surprise ne s'arrêta pas là, et Jasper fut le premier à comprendre.
« C'est un vampire. Je ne ressens plus cette attirance pour son sang. »
Bella entra timidement. Elle était devenue réellement devenue un vampire, son cœur ne battait plus, son odeur n'était effectivement plus du tout appétissante, juste agréable. Ses yeux étaient d'un rouge très foncé, sa peau encore plus pâle qu'avant, elle était magnifique. Je constatai avec mécontentement que son goût pour les chemises de bûcheron et les jeans informes ne lui était toujours pas passé.
Emmett fut le premier de nous quatre à réagir et fit virevolter notre amie. Rosalie la serra ensuite et Bella en fut toute étonnée. Jasper se contenta d'une tape amicale sur l'épaule et Carlisle lui serra les mains.
« Alice ? » m'appela-t-elle doucement.
Je ne réagissais toujours pas.
« Ah j'y suis, ce sont mes vêtements qui te choquent ! » rit-elle, suivie par toute la famille.
« Oui, c'est un choc ! Mais enfin… tu es là, tu es un… » bégayai-je.
« Depuis huit mois, je suis un vampire oui. »
« Raconte-nous tout, ma chérie. » la pressa Esmé.
Elle prit place sur notre sofa, et jeta des regards timides autour d'elle.
« Il est en Europe. » lui dit Carlisle.
« Oh. » soupira-t-elle.
« Ma chérie, il sera ravi de te revoir. » lui promit Esmé.
« Mais… » bredouilla-t-elle.
« Si nous sommes partis, lui expliqua Carlisle, c'est parce qu'Edward voulait que tu aies une vie sans danger, normale. Il n'a fait cela que par amour. Je sais que cela doit être difficile à entendre, mais c'est la vérité. »
Ses épaules s'affaissèrent, elle était comme soulagée d'un poids immense. Elle aussi l'aimait toujours, c'était évident.
« Il va bien ? » demanda-t-elle.
« Oui, enfin mieux depuis que nous avons appris la mort de Victoria. » lui répondis-je.
Elle se crispa et se leva, passant ses doigts graciles dans ses cheveux soyeux. Elle avait adopté le même tic qu'Edward, en avait-elle conscience ?
« Que s'est-il passé ? Raconte-nous, Bella. » la pressai-je à mon tour.
« Qui vous a prévenus de la mort de Victoria ? »
« Billy a appelé et nous a dit que la meute l'avait tuée, rien d'autre. »
« Évidemment. » siffla-t-elle.
« Alors ? » s'impatienta Emmett.
« S'ils vous ont prévenus c'est sûrement pour vous empêcher de revenir. Mon père a dû dire à Billy qu'il avait de bonnes nouvelles de ma part. Quelle bande de lâches ! »
Nous ne comprenions pas, et devant nos regards interrogatifs, elle continua.
« Le jour de mon départ, j'ai rompu avec Jacob. Il n'acceptait pas que je repousse notre … »
Elle s'interrompit soudain gênée. Je la tirai vers moi et elle s'assit sur l'accoudoir du fauteuil où j'avais pris place.
« Je t'ai surveillée, jusqu'à ce fameux jour. Nous savons que tu étais fiancée à Jacob. Grâce à lui, tu as réussi à surmonter ta tristesse. Nous l'avons tous compris, ne sois pas gênée. »
« C'est ce que j'ai cru, nous dit-elle. Mais en fait, il m'a enfermée davantage. Je ne fréquentais plus que les Quileute, je n'ai jamais revu Angela ou Jess. Il m'a aidée, mais seulement parce qu'il était amoureux de moi. Derrière chaque sourire et chaque parole, il tentait de me séduire alors que je n'avais envie que d'un ami sur qui compter. Le lendemain de nos fiançailles, je l'ai évité, les jours suivants il s'était consacré à chasser Victoria, il ne cessait de me laisser des messages pour se vanter d'être bientôt en mesure de s'en débarrasser. Le jour de mon départ, je suis allée le voir tôt. Je n'avais pas prévu de lui reprocher sa demande devant toute la réserve et devant mon père. Pourtant, en voyant son air triomphant, j'ai un peu pété les plombs. Puis je lui ai dit que ça ne changeait en rien mes plans, que je ne voulais pas me marier avant la fin de mon premier cycle d'études. Il m'a dit des mots terribles, c'est ainsi que j'ai compris les vraies raisons de notre rapprochement, il m'avait manipulée. Je lui ai dit que je rompais nos fiançailles, que je ne voulais plus jamais le revoir, et qu'il n'avait pas intérêt à interférer dans ma vie à nouveau. Il était dans une telle rage qu'il s'est transformé. J'ai voulu partir mais il m'en a empêchée. Il a ensuite repris forme humaine et a tenté de me violer. Nous n'avions pas… je l'ai toujours repoussé, enfin vous voyez. Sans l'arrivée de son père, je ne sais pas ce qu'il se serait passé. En partant, j'ai trébuché et me suis ouverte légèrement le bras. Plus tard, sur la route vers Port Angeles, j'ai eu un accident. Je me suis évanouie et à mon réveil, j'étais en pleine montagne, ligotée à un arbre. Victoria m'a cassée les membres un à un, et j'ai crié si fort que Seth est arrivé. Elle m'avait déjà mordue trois fois pour ensuite lécher mon sang. Elle était devenue totalement frénétique et n'avait pas vu Seth arriver. Il lui a arraché la tête, puis les bras et les jambes. Ensuite il m'a détachée et conduite à la réserve. Sam a vite compris que j'étais en train de devenir un vampire et ils ont décidé, Jacob y compris, de m'abandonner près de Seattle et de faire disparaître ma voiture, pour que l'on croie à une fugue. »
Nous étions tous horrifiés de son récit, abasourdis par l'attitude méprisante de Jacob et compatissants quant aux souffrances qu'elle avait endurées. Etre avec Bella en ce jour, chez nous, resplendissante et vampire, était un vrai miracle.
« Quand je me suis réveillée de la transformation, je me souvenais de tout. J'ai été prise en charge par un autre vampire qui m'avait repérée, Riley. Il connaissait Victoria, avait reconnu son odeur sur moi, il a failli me tuer en comprenant qu'à cause de moi elle était morte. J'ai alors découvert mon don. »
« Quoi ?! Quel don ? » s'exclama enjoué Emmett.
« Oui, j'ai développé une sorte de bouclier. Si je le décide, je suis invisible et intouchable. »
« Ça explique que nous ne t'avons pas sentie venir. » comprit avec soulagement Carlisle, qui avait craint une défaillance générale de nos compétences vampiriques.
« Ça explique sûrement le fait que je n'ai plus eu de visions de toi depuis que Victoria t'a transformée. » réalisai-je.
« Oui, conclut-elle, je suis imperméable à tous les dons si je le souhaite. »
« Trop cool ! » s'exclama Emmett.
« J'ai raconté la vérité à Riley, Victoria lui avait dit n'importe quoi sur vous mais aussi sur les vampires en général. Il pensait que nous ne pouvions pas sortir à la lumière du jour sans mourir sur le champ par exemple. Victoria avait pour projet de créer une armée de nouveaux nés vampires pour vous tuer tous, mais vous êtes partis et elle est restée avec Riley, le temps sans doute de trouver un nouveau plan. Grâce à Riley, j'ai pu maîtriser ma soif, nous nous sommes en fait entraidés car il n'avait que quelques mois de plus que moi. »
« Il est venu avec toi ? » demandai-je, craignant un rapprochement entre elle et ce Riley.
« Non. Je voulais me maîtriser avant de vous chercher, je n'ai jamais bu de sang humain mais Riley oui, et à cause de cela, nous avons préféré faire route séparément au bout de cinq mois. »
« Donc tu nous cherches depuis des mois. Comment as-tu fait ?» questionna mon mari.
« L'un d'entre vous n'est pas aussi discret qu'il le faudrait.» rigola-t-elle tandis que nous nous dévisagions suspicieux.
« Alice laisse trop de commentaires sur les sites de mode, ou devrais-je dire, Mme Withlock M.A. Marie Alice… Je suis tombée par hasard sur un article du New York Times, qui citait une internaute visionnaire, j'ai remonté ta piste, grâce à une amie, un petit génie de l'informatique, une fugueuse que j'ai rencontrée à Seattle. Enfin sauvée de Riley plutôt. On a vécu quelques temps ensemble dans un immeuble désaffecté. C'est grâce à elle que je suis ici. »
« Tu veux dire que tu as vécu avec une humaine, sans jamais craquer ? » s'étonna Jasper.
« C'est exact. Dès que j'active mon bouclier, je peux faire abstraction de l'odeur. C'est un peu gênant mais finalement c'est ma bouée de sauvetage. J'aurais dû être une vraie sauvageonne mais… »
« Tu as su trouver des gens pour t'aider. » lui dit chaleureusement Esmé.
« J'ai voulu dès le début vous retrouver, c'est ce qui m'a motivée à ne me nourrir que d'animaux et à ne pas me perdre dans une vie de nomade. Je voulais aussi revoir Edward. » avoua-t-elle.
« Alors, qu'est ce qu'on attend ! On part à sa recherche, maintenant ! » m'enthousiasmai-je.
« Alice, un tel voyage se prépare. » tempéra Carlisle.
« Il est hors de question d'y aller en courant, traverser l'Atlantique à la nage, très peu pour moi. » exigea Rosalie.
« Nous devons faire faire des papiers à Bella également. » dit Jasper.
« Inutile, j'ai tous mes papiers avec moi. Les loups me les ont laissés. N'oubliez pas que je ne suis pas censée être morte mais seulement en fugue, et je suis majeure. » nous révéla Bella.
« Départ demain, je m'occupe des valises ! Jasper, fais les réservations d'avion ! Esmé et Carlisle, vous venez ? » pépiai-je.
« Nous vous rejoindrons, je ne peux pas quitter mon travail en un claquement de doigt. » dit Carlisle.
« Et moi, je dois m'occuper de prévenir le lycée. » ajouta Esmé.
« Alice, il est peut-être sur la Côte d'Azur, nous ne pouvons décemment pas nous y rendre sans quelques nouveaux maillots de bain ! » s'inquiéta Rosalie.
Je pris Bella et Rose par la main et les menai dans ma chambre. J'étais surexcitée, tout comme Rose. Mais Bella, elle, était anxieuse.
« Merci, Bella, lui déclarai-je. Merci d'être venue. Vampire ou humaine, tu aurais de toute façon sauvé cette famille. »
« C'est vrai. C'est un miracle que tu sois encore en vie, ajouta Rosalie. Même si je suis triste que tu aies été transformée, on ne peut pas remonter le temps en arrière et grâce à toi notre famille sera vraiment complète. Une fois qu'Edward et toi… »
« Attendez, c'est très gentil, je suis très touchée les filles. Mais qui vous dit qu'il voudra encore de moi ? » nous coupa Bella.
« Tu es faite pour lui, il t'appartiendra à jamais. Tu es notre sœur, n'en doute pas. Tu as autant ta place dans cette famille que n'importe lequel d'entre nous. Et si Edward fait des siennes, compte sur nous pour le remettre sur le droit chemin. » lui promit Rosalie.
Bella était émue, et ne sut que dire, aussi Rosalie continua.
« Je te dois des excuses. Je t'ai rejetée à cause du danger que tu nous faisais courir quand nous étions à Forks. Edward était si peu sûr de ne pas te mordre, et… Je suis très protectrice quand il s'agit de ma… de notre famille. J'espère que tu peux le comprendre, mais ça n'excuse pas mon attitude. Je t'enviais, tu étais humaine, tu avais la vie devant toi, tant de possibilités. C'est pour cela que je suis aussi triste que tu aies été transformée, tu ne pourras jamais vieillir et avoir des enfants. Mais comme je te l'ai dit, tu es un vampire aussi il faut aller de l'avant. Ta vie est avec nous, avec Edward. »
Rosalie prit Bella dans ses bras et la berça un peu car Bella sanglotait.
« Merci, Rosalie. » murmura-t-elle après s'être remise de ses émotions.
« Je trouve ça dingue d'avoir été citée dans le New York Times ! » m'exclamai-je, sur un petit nuage.
Bella sortit un Smartphone et ouvrit la page internet du fameux article, sous mes yeux ébahis et reconnaissants. Une vraie amie et une sœur.
13 Septembre 2008
« Bon anniversaire ! » criai-je en entrant en trombe dans la chambre d'hôtel de Bella.
« Ah non ! Je refuse que l'on continue à me fêter mon anniversaire ! » s'insurgea-t-elle les poings sur les hanches.
Depuis quatre mois nous parcourions l'Europe, tentant de localiser Edward. Il changeait sans cesse de destination, ne prenant de décision qu'au dernier moment. Je savais que ce n'était pas pour m'empêcher de le voir mais plutôt parce qu'il errait sans but, et d'après mes visions, il se laissait aller. Il portait le même jean et la même chemise noire depuis son départ de Vancouver. Il se nourrissait rarement, il marchait à allure humaine dès qu'il le pouvait, c'est-à-dire souvent, l'été avait été particulièrement pluvieux.
Nous étions à Budapest depuis une semaine à peine et devions partir pour l'Italie l'après-midi même, je l'avais vu à Rome, deux jours plus tard. Nous aurions pour une fois, une longueur d'avance et j'étais optimiste, ainsi que toute la famille. Carlisle était, quant à lui, inquiet de savoir qu'Edward avait pour projet d'aller en Italie, si proche des Volturi.
« Alice, qu'est ce que je dois porter ? » me demanda nerveusement Bella.
Rosalie entra, une ravissante robe courte, vert émeraude en soie dans une main et dans l'autre des escarpins coordonnés.
« Bon anniversaire ! » clama-t-elle.
Elle était suivie de la famille. Tous embrassèrent Bella, qui était depuis devenue moins timide envers nous, elle nous rendit les embrassades.
« Merci, ça tombe à pic, Rosalie. »
Rose me tira la langue. Effectivement, je n'étais pas sûre de la couleur sur Bella, mais tant que celle-ci aimait la robe, je ne piperais mot. J'avais lutté contre Bella pour lui fournir une garde-robe digne de ce nom. Elle avait rechigné à accepter une carte de crédit noire, la même que nous possédions tous, et à utiliser cet argent. Nous reconnaissions bien là la jeune fille timide de Forks, qui n'aimait pas attirer l'attention. Mais elle avait cédé sous la pression générale.
Elle avait envoyé depuis chaque étape européenne une carte postale à sa mère et à son père, les rassurant ainsi du mieux qu'elle le pouvait. Ses yeux avaient perdus leur éclat rouge foncé et étaient dorénavant comme les nôtres, or ou noir. Elle était aussi gracieuse que nous, mais plus rapide et plus forte. Chaque jour, Emmett et elle faisaient un bras de fer, et notre frère guettait le jour où ses forces s'amenuiseraient.
Nous partîmes de très bonne humeur à l'aéroport et sur le chemin vers Rome, nous bavassions de tous les projets à huit que nous réaliserions sous peu. Nous étions tous convaincus de retrouver Edward le surlendemain. En Italie, nous louâmes trois voitures de sport, pour ma part j'avais choisi une Porsche d'un jaune flamboyant.
Mais une vision nous alarma le lendemain. Edward était arrivé via la Sicile à Rome et avait été kidnappé par les Volturi sur le chemin. Carlisle, qui les connaissait bien, comprit qu'Aro et ses frères convoitaient Edward pour son don et étaient visiblement prêts à tout pour s'en saisir. Edward avait été paralysé par la douleur qu'infligeait Jane, un vampire aux traits enfantins, puis conduit sous escorte à Volterra.
Nous ne mîmes que quelques heures pour atteindre la cité médiévale, perchée sur un rocher, mais nous restâmes cachés, le soleil brillait et nous devions attendre la nuit. Bella était effondrée, Emmett piaillait d'impatience, il espérait un combat, Jasper étudiait plusieurs plans de bataille. Carlisle restait silencieux tandis que Rose, Esmé et moi tentions de rassurer Bella.
Aux premiers signes du crépuscule, nous nous élancions vers Volterra et le château des Volturi. Les gardes nous interceptèrent rapidement, mais ne nous menacèrent pas, ils nous conduisirent directement à Aro.
Nous pénétrâmes à leur suite dans une vaste salle de marbre, à peine éclairée par quelques bougies ça et là. Edward était en pleine discussion avec les rois autoproclamés, tentant de leur échapper sans provoquer leur courroux. Bella devait avoir activé son bouclier, car aucun ne remarqua notre entrée. Ce fut Bella qui attira leur attention.
« Edward. » souffla-t-elle hésitante.
Il se tétanisa puis serra les poings en regardant avec colère Aro.
« Pourquoi l'avoir faite venir ! tempêta-t-il contre les trois Volturi. Elle n'a rien à voir avec moi, ce n'est qu'une humaine quelconque. Ce n'est pas ainsi que vous réussirez à me piéger ici ! »
Bella fut dépitée par les paroles de mon frère et je dus la retenir car elle comptait s'enfuir, persuadée qu'Edward ne l'aimait plus. En étant sous son bouclier, j'avais accès de nouveau à son futur.
« Mon cher ami, tu fais erreur. » ricana Aro, qui lui nous avait vus et se délectait du malentendu.
« Ok. Laissez la partir, je ferai ce que vous… » commença-t-il, pensant que la vie de Bella dépendrait de sa volonté de rester avec les Italiens.
« Non ! » cria Bella.
Il se retourna enfin et nous vit tous enfin. Il était sous le choc.
« Bella, ce n'est pas poli de couper la parole. J'allais enfin rallier Edward à notre cause ! » lui dit Aro en prenant un ton faussement peiné.
« En le manipulant ! » s'insurgea-t-elle.
Edward courut dans notre direction mais, prise au dépourvu, Bella n'avait pas eu le temps d'ôter son bouclier physique. Il fut propulsé à travers la salle et retomba lourdement sur un banc de marbre qui se brisa.
Bella le rejoignit aussitôt et l'aida à se relever.
« Je suis désolée, je ne maîtrise pas bien mon don. Edward, tu vas bien ? »
« Je n'arrive pas y croire… Bella… Ma Bella. »
« Ça fait quatre mois qu'on te court après frérot. » rigola Emmett qui s'était approché.
Les Volturi allaient se retirer, visiblement déçus de la tournure des évènements, mais Carlisle les interpella.
« Vos méthodes pour inviter mon fils sont des plus abjectes ! »
J'avais rarement vu Carlisle se mettre en colère, mais là, ça dépassait tout, nous étions tous furieux ! Caïus le regarda avec dédain avant de répliquer :
« Pour qui te prends-tu ? Tu oublies à qui tu t'adresses ! Nous sommes les rois de notre monde. Nous avons tous les droits ! Tu en as bien profité quand tu vivais ici. »
Tous les vampires assistèrent avec attention à l'échange. Nous autres, les Cullen, sauf Emmett, craignions un affrontement. Les Volturi étaient entourés de nombreux vampires dont plusieurs avec des dons redoutables. Les gardes, eux, semblaient aussi tendus.
« Je sais parfaitement à qui je m'adresse, à ceux qui se doivent de montrer l'exemple et de guider les vampires pour une coexistence discrète avec les humains. Jane a soumis Edward à son don en pleine rue ! Vos gardes l'ont saisi sous les yeux des passants ! Vous avez mis en danger la vie de mon fils mais aussi notre secret. » plaida avec ferveur Carlisle.
Caïus allait répliquer mais d'un geste, Aro le stoppa.
« Il est évident que nous aurions fait autrement si votre fils n'avait pas fui devant chacun de nos émissaires. Nous n'importunerons plus ta famille, mon ami. Et je partage votre joie d'avoir admis un nouveau membre dans votre clan. Bella, la Cantante d'Edward, est finalement devenue l'une des nôtres. Je ne vois plus aucune raison de vous retenir ici. Au revoir mes amis. Messieurs, préparez-vous, Heidi arrive. »
Alors que nous quittions la grande salle, nous croisâmes un groupe de touristes russes, le repas des Volturi. Sur le chemin, je fis défiler dans ma mémoire tous les évènements depuis le retour de Bella parmi nous, dont son récit sur les huit mois où j'étais restée sans visions d'elle. Edward capta tout mon discours intérieur, et eut le droit à mes recommandations.
« Prends grand soin d'elle. Elle ne se sent toujours pas digne de toi, elle t'aime toujours, malgré tes mensonges. Tu vas devoir la reconquérir et gagner sa confiance, car même si elle ne l'a jamais évoqué, elle a énormément souffert par ta faute. »
Edward acquiesça silencieusement et me sourit avec gratitude. Il avait gardé la main de Bella dans la sienne depuis qu'elle l'avait aidé à se redresser, et il ne l'avait plus lâchée. Ils n'avaient échangé que quelques regards et je présageai une échappée des amoureux vers Venise. Aussi, dès que nous fûmes sortis de la cité, je tendis à mon frère les clés d'une des voitures que nous avions louées.
« Agence Mi Italia, niveau 3 de l'aéroport, avant demain midi. Bon voyage à vous deux. » dis-je malicieusement.
Bella me regarda perplexe, Edward ne lui avait encore rien dit, elle craignait toujours que les mots qu'il avait eus plus tôt et lors de leur rupture soient vrais. Mon frère me remercia, nous prit un à un dans ses bras, sans jamais lâcher Bella, puis nous dit :
« Merci à tous. Je vous serai à jamais redevable de m'avoir rendu Bella. Nous reviendrons, c'est promis. »
Puis il lui ouvrit la portière de la Porsche jaune et démarra sur les chapeaux de roues. Tous me regardèrent, exigeant une explication.
« Ils partent pour Venise. Bella en a toujours rêvé, elle va le lui dire quand ils seront à l'aéroport. Je prévois trois mois de pure passion. Puis ils rentreront, Bella ne voulant plus être loin de nous si longtemps. Elle voudra revoir ses parents et leur annoncer en personne ses fiançailles avec Edward. Je dois me mettre au travail dès notre retour, le mariage est prévu pour le mois de février, le 14. »
FIN
