Acte II - Entracte
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Il était tard. Mrs Pince vint la déloger de son coin favori, près du vitrail à la licorne qui donnait sur le lac.
- On ferme, dit-elle.
Bérénice et les trois autres élèves encore présents rassemblèrent leurs affaires. Alors qu'elle allait sortir, Andromeda remarqua un livre différent des autres, tombé entre le poêle et la table où elle voyait souvent Ted étudier. Elle sut tout de suite que ce n'était pas un livre du monde sorcier. L'odeur était différente, la reliure était en carton, et ni la présentation de la collection, ni le nom de l'éditeur ne lui disait quelque chose.
- C'est à vous ? dit Mrs Pince.
- A un ami, éluda-t-elle. Je lui rendrai demain.
Bérénice examina le volume avec circonspection. Elle aimait mieux les couvertures en cuir, dit-elle. Ça n'avait absolument aucune importance pour Andromeda : elle avait entre les mains une occasion de reparler à Ted. S'il se souvenait d'elle…
Il ne pouvait pas ignorer son nom, bien sûr : Bellatrix était connue dans toutes les maisons. Mais il était vrai que les deuxième année sont de peu d'intérêt pour les élèves plus âgés…
- Shakespeare, ça te dit quelque chose ? demanda-t-elle à Bérénice au croisement du couloir qui la mènerait jusqu'aux cachots.
- Jamais entendu parler.
- J'ai vaguement l'impression qu'on l'a vu en Histoire de la magie…
- Personne n'écoute l'Histoire de la magie à part toi, Andy, soupira Bérénice. Bonne nuit…
Andromeda n'y pouvait rien : Mrs Black était une véritable encyclopédie. Andromeda connaissait déjà la moitié du programme avant de venir. Tout simplement parce que leur manoir et leur compte de Gringotts regorgeaient d'objets rattachés au passé magique de la Grande-Bretagne.
Elle passa la nuit à lire Macbeth. Le livre sentait la colle et une odeur de papier différente de celles qu'Andromeda connaissait. Elle fut surprise en lisant la première scène des sorcières. Les Moldus semblaient tout à fait connaître le monde magique, et même l'art de la divination… les ingrédients mentionnés dans le chant des sorcières, en revanche, lui semblaient totalement farfelus (les orteils de crapauds et les langues de chien n'avaient à sa connaissance aucune propriété). Mais on était loin d'une littérature barbare et totalement idiote comme on lui avait appris à considérer les arts moldus.
Ted avait annoté le texte. Elle pensa d'abord qu'il voulait utiliser la pièce pour un dossier d'Etude des moldus, mais il lui semblait étrange qu'il ait choisi ce cours, vu son origine… Mystère.
Elle le chercha le lendemain. Elle avait renoncé à lui parler seule à seule : partout où il allait, son groupe d'amis était là.
A l'heure du déjeuner, elle trouva le groupe de Poufsouffle en train d'aider le professeur Flitwick à installer les décorations d'Halloween dans le hall.
Andromeda alla à l'escabeau que Ted tenait pour un camarade et se racla la gorge. Il ne réagit pas tout de suite, trop occupé à rire à la blague d'une amie.
- … Ted ?
Elle était intimidée, à prononcer son prénom pour la première fois. Peut-être était-ce un surnom d'ailleurs, mais elle n'était pas assez proche de lui pour le savoir…
Il tourna la tête. Et sourit.
- Bonjour ! dit-il comme s'ils étaient de vieux amis.
Prise de court, elle planta son exemplaire de Macbeth sous son nez.
Tu sèmes toujours tes affaires ? fit une fille à côté de lui. On a déjà retrouvé tout son équipement de Quidditch sur une armure, expliqua-t-elle à Andromeda.
C'était elle la coupable, fit Ted en riant. Andromeda, c'est ça ?
Elle acquiesça timidement. Inutile de préciser que son regard lui fit autant d'effet qu'un flacon de Pimentine bu cul sec.
Mais heureusement, mes amis les retrouvent toujours pour moi et me les rapportent, sourit-il. La preuve.
Voulait-il dire qu'ils étaient amis ? La notion lui plaisait.
- Bon bah… je veux pas vous déranger plus longtemps… sauf si vous avez besoin d'aide…
- En fait, on cherche des mains supplémentaires pour décorer l'escalier, dit un ami de Ted en passant, une des citrouilles d'Hagrid dans le bras.
Elle le suivit et aida à animer des chauves-souris de papier et à faire léviter des cierges. Les divers sorts de fixation à lancer sur les bougies pour que la cire ne goutte pas sur les capes noires des élèves lui occupèrent l'esprit. C'était à propos, parce qu'elle n'était pas d'humeur très joyeuse.
Halloween était un jour de réjouissance, bien sûr, mais cette date magique importante était utilisée par les bons comme par les mauvais sorciers. L'an passé, trois familles moldues avaient été tuées le 31 octobre. Et il était de notoriété commune que Voldemort réunissait ses adeptes à cette date.
Elle n'arrivait pas à se retirer de l'esprit le fait que le lendemain ne serait sans doute pas très festif, et préféra prononcer des Wingardium Leviosa et des sorts fixatifs à tout-va.
- Salut Andy ! fit Sirius en passant sous le lustre qu'elle décorait, un balai sur l'épaule.
- Chalut Chiriuch, dit-elle, sa baguette entre les dents (elle tentait de retrouver le début de la bobine de scotch).
Ils avaient passé l'été à se soutenir.
Sirius aurait pu aller chez les Potter ou les Pettigrew, les parents l'auraient autorisé, mais il avait choisi de passer plusieurs fois par semaine au manoir Black. Il ne savait que trop bien ce que c'était d'être le vilain petit canard de la famille Black.
Car bien entendu, Bellatrix avait averti sa mère qu'Andromeda fréquentait davantage de Serdaigles que de Serpentards, et qu'elle manquait d'enthousiasme concernant la pureté de la race sorcière. Son amitié avec Bérénice avait été jugée décevante, compte-tenu des idées progressistes de la famille Brown, mais acceptable, compte-tenu du statut de sang de la famille. Rien donc qui n'alertât vraiment Mrs Black. Mais elle se méfiait de l'influence de Sirius.
L'unique raison pour laquelle Mrs Black n'avait pas empêché sa fille de voir son cousin, c'était qu'elle pensait, comme sa sœur, que Sirius se calmerait. Qu'il était jeune. Que sa tolérance à l'égard des Sangs-mêlés était juste une mauvaise passe. Qu'il reviendrait dans le « droit chemin ». Andromeda trouvait cela d'un aveuglement crasse.
Sirius ne rentrerait jamais dans le moule, même sous la force. C'était la personne la plus intègre qu'elle connaissait.
Et elle savait déjà qu'elle finirait par suivre sa voie et non celle de Bellatrix.
Andromeda récupéra sa baguette.
- Tu vas où ?
- Aux cuisines, lui glissa-t-il avec un clin d'œil.
Les Poufsouffles et lui échangèrent un regard complice.
- Quoi ?
- Notre Salle commune est juste à côté des cuisines, expliqua Marisa, une des amies de Ted.
- Et vous y allez ?
Ça ne lui était jamais venu à l'esprit. Les plats apparaissaient et disparaissaient, et ils étaient suffisamment copieux… mais elle supposait que l'information était toujours bonne à retenir en cas de fringale nocturne.
- Souvent, rit Ted. Mais motus et bouche cousue…
Elle ne connaissait pas la formule et l'attribua à ses origines moldues.
- Bon, tout a l'air parfait, dit la petite voix flûtée de Flitwick. Merci pour votre travail, jeunes gens ! 5 points par tête !
Andromeda regarda, ravie, 5 émeraudes monter dans la partie haute du sablier de Serpentard.
- Ce n'est pas vraiment nécessaire, monsieur… je suis arrivée à la fin…
- Et d'autres sont partis au bout de 10 minutes, la rassura Ted. C'est l'intention qui compte.
Sa voix était chaude. Elle était sûre qu'il aurait pu lire le bottin et toujours lui procurer cet étrange sentiment de réconfort.
Les choses se firent d'elles-mêmes.
Ted et ses amis l'invitèrent à se promener dans le parc et elle les suivit. Ted raconta avec un grand sourire sa première rencontre avec Andromeda, et ses amis se tous se firent d'autant plus chaleureux que son air perdu leur donnait envie de prendre soin d'elle. Ils allèrent s'installer sur la pelouse en attendant la reprise des cours.
Andromeda apprit à connaître Tybalt et Marius, les deux Poufsouffles qui accompagnaient Ted la première fois qu'elle l'avait croisé, Clemens et Amaryllis, qui étaient visiblement en couple, et Marisa, une Serdaigle aux longs cheveux châtains. Tous étaient en quatrième année, mais ça ne les dérangeait visiblement pas de traîner avec une plus jeune. En réalité, tout le monde semblait le bienvenu dans cette petite bande.
Oh, vous fêtez Halloween aussi ? dit-elle quand Ted parla du Halloween moldu.
Les autres s'immobilisèrent. Ils tentaient de déterminer quelle valeur elle associait au pronom « vous ». Ted ne s'offusqua pas.
Les Moldus ne disent jamais non à une raison de faire la fête. C'est une fête païenne qu'on fête seulement pour se déguiser, manger des bonbons et se raconter des histoires qui font peur, rien de plus. Par contre, les Moldus fêtent aussi Guy Fawkes le 5 novembre et les sorciers s'en fichent.
Amusant, dit Andromeda. Et vous fêtez aussi Noël ?
En version beaucoup plus commerciale… ou religieuse, selon les familles, rit Ted.
Ils discutèrent jusqu'à ce que la cloche les rappelle à l'ordre. Andromeda fila vers le château. McGonagall détestait qu'ils soient en retard.
Hé Dromeda ! Oh pardon, dit-il, un peu gêné. Je voulais dire « Andromeda »… j'ai le surnom facile. Si tu veux venir t'asseoir avec nous un autre jour, ce sera avec plaisir !
Les quatre autres hochèrent la tête, l'air sincère. Elle leur lança un sourire éclatant.
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Bellatrix l'attendait dans la salle commune, les pieds sur le bras d'un fauteuil et l'air pas du tout contente.
Il y a un problème ?
Je t'ai vu avec ces Poufsouffles. Tu fréquentes de la vermine, Andromeda.
Andromeda devait réfléchir vite. Si Bellatrix prenait en grippe ce petit groupe, elle ne donnait pas cher de leur peau. Et de la sienne.
- Pas du tout, je voulais les interroger sur la chorale… Aucun de vous n'y va, alors j'ai préféré m'adresser directement aux autres membres…
C'était crédible, tous faisaient partis de la chorale animée par Flitwick à l'heure du déjeuner.
- Tu chantes ? Toi ?
Andromeda garda un visage innocent. Elle était presque certaine que Bella ne l'avait jamais entendue chanter sous la douche (auquel cas elle ne l'aurait sans doute pas encouragé…)
Bellatrix resta soupçonneuse.
Ça me détend. Et c'est toi qui as dit que je devais me trouver de nouvelles activités…
Avec de bonnes fréquentations, insista-t-elle.
Tu n'as qu'à venir ?
Peuh.
Narcissa est aussi intéressée, intervint Lucius depuis un autre fauteuil au fond de la pièce. Elle pourra veiller sur elle.
La troisième sœur Black avait fait sa rentrée le mois précédent. Elle était la nouvelle protégée officielle de la clique de Bella. Elle, n'était pas une déception.
Bellatrix enregistra l'information sans changer d'expression.
Bien. Ce n'est pas comme si j'avais du temps à perdre avec ça ce soir.
Et elle tourna les talons. Lucius replia son journal. Andromeda lui lança un petit sourire. Elle était presque certaine qu'il avait menti.
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Sans surprise, la Gazette du lendemain n'apporta pas de bonnes nouvelles. Relativement peu d'élèves étaient abonnés, mais Andromeda vit Lily Evans lire d'un air consterné la description des attaques qui avaient eu lieu près de Norfolk. On estimait que des Détraqueurs et des loups-garou s'étaient mêlés aux sorciers suprémacistes habituels. Au moins 12 morts dans tout le pays, et Andromeda commençait à sérieusement soupçonner le Ministère de maquiller des chiffres encore plus alarmants. Elle supposait qu'il fallait lire la presse moldue, comme Ted, pour comparer. Du reste, elle remarquait que les « troubles » n'émouvait pas les sorciers tant qu'ils ne touchaient pas leur monde.
Elle comprenait qu'il soit plus difficile d'éprouver de la compassion pour des inconnus, mais elle, était choquée bien plus longtemps que les médias magiques, qui annonçaient les attaques dans leur numéro du lundi et n'y revenaient pas les jours suivants. Les enquêtes annoncées ne donnaient jamais lieu à des arrestations, si l'on s'en tenait à ce qui était publié dans la presse.
Bellatrix et sa bande affichaient une mine plutôt réjouie. Andromeda avait carrément honte d'être assise à côté d'elle. Elle emporta quelques tartines dans une serviette et se dirigea vers le lac : il y avait un match de Quidditch une heure plus tard. Gryffondor et Serdaigle ouvraient la saison.
Elle s'assit sur l'arbre noueux des Maraudeurs, et lança des morceaux de tartine au calamar qui montra sa satisfaction en faisant clapoter joyeusement l'eau avec ses tentacules. On aurait dit un bébé frappant l'eau de son bain avec entrain.
Ce début de mois de novembre était étonnamment doux. Rien qui ne laisse paraître le danger au dehors.
Ou au-dedans. Andromeda commençait à se demander sérieusement si les élèves de Serpentard les plus âgés n'avaient pas trouvé un moyen de sortir de l'école. S'ils n'avaient pas participé aux meurtres de la nuit dernière.
- Hey !
- Hey ! Comment ça va ?
Ted la rejoignit. Il était accompagné de Tybalt et Marisa.
Andromeda lança un regard furtif vers le château et leur fit une place à côté d'elle de sorte qu'ils ne soient pas vus ensemble depuis le hall d'entrée.
Ça n'échappa pas à Tybalt et Marisa.
On te fait honte ?
Comment leur expliquer qu'elle voulait les protéger d'une sœur aux idées très arrêtées sur les fréquentations de sa petite sœur ?
- Ma sœur… Elle n'aime pas vraiment les Poufsouffle.
Ted éclata de rire.
- C'est dit de façon si délicate… Les Poufsouffle ou les Nés-moldus ?
Andromeda fit une espèce de sourire grimaçant. Il fit le même genre de tête.
- Bon, d'accord. Disons que mes parents ont un sens très fort de la supériorité des Sangs-purs.
Les trois sourirent.
- C'était ça, ton lourd secret ? Pardon, mais j'associais déjà « Black » à « famille conservatrice » avant que tu n'entres à Poudlard… Sirius avait un peu changé la donne, mais vu comment le traitent ta sœur et ses amis, j'avais vite compris qu'il était le chien galeux de la famille... C'est pas ça qui importe. Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
Elle se rendit compte que c'était une question qu'on lui avait bien trop peu posé dans le cercle familial. A la maison, elle n'avait pas à réfléchir, seulement à obéir, se fondre dans le moule, et hocher la tête quand il fallait, même sans enthousiasme.
- Je trouve ça plutôt bête. C'est passer à côté de gens extraordinaires que de… filtrer ses rencontres. Mais sérieusement, il ne vaut mieux pas que Bellatrix ou ses amis nous voient ensemble. Désolée. C'est pas contre vous. Vraiment.
- On va bien se cacher, dit Tybalt avec des airs conspirateurs.
- D'ailleurs j'ai dû lui dire que je vous avais approché pour la chorale… C'est possible de l'intégrer en cours d'année ?
- Bien sûr ! On manque toujours de chanteurs en plus…
- Mais j'ai pas dit que je savais chanter, hein…
Ted, Tybalt et Marisa échangèrent un regard amusé.
- Ils disent tous ça au début.
- Bon, c'est pas tout ça, mais le match va pas tarder, et j'aimerais avoir des places, dit Marisa.
Elle était plutôt petite en taille, et Andromeda devinait qu'elle ne verrait rien du match à moins d'être tout en haut des gradins.
- Je vous suis… de loin, dit-elle d'un air crispé.
- On comprend, ne t'inquiète pas, dit Ted avant de s'éloigner avec ses amis.
Elle ne doutait pas qu'il comprenne. Elle doutait seulement qu'il sache à quel point les Serpentards pouvaient être dangereux.
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Si Tybalt, Marisa et Ted devinrent rapidement de bons amis, son accueil par le reste du groupe fut plus mitigé. Ted passa un bras fraternel par-dessus son épaule et la présenta à ceux qu'elle ne connaissait pas.
- Andromeda veut rejoindre la chorale !
- Hé, elle a une langue ! sourit Amaryllis.
C'était à l'évidence la grande sœur de la bande. Andromeda connaissait son prénom parce qu'elle était un sacré cancre, et que certaines de ses phrases étaient si bêtes qu'elles étaient re-citées dans les conversations par ses camarades, mais c'était aussi une fille très positive, drôle, à l'écoute. Son but dans la vie semblait être de rendre heureux les gens autour d'elle. Et elle y réussissait plutôt bien.
Le premier mardi où Andromeda se rendit à la répétition de la chorale, elle trouva les autres élèves (presqu'exclusivement des Poufsouffles, alors que Flitwick avait tenté de recruter ailleurs que dans sa maison) assez méfiants. Bien que ce soit difficile dans une activité de groupe, les autres élèves gardaient une distance prudente avec elle.
Comme si elle portait une maladie.
La maladie des gens qui se réjouissent de la mort des autres, ou qui ne peuvent pas comprendre, parce que les évènements comme ceux d'Halloween n'atteindront jamais directement leurs familles. Comme si « anti-Né-moldus » était inscrit sur son acte de naissance à côté de son nom de famille.
Ted fit tout pour la mettre à l'aise : échanger des sourires encourageants, des banalités et des coups d'œil rieurs et bienveillants. A la fin, c'était son accueil à lui qui importait à Andromeda. Elle n'avait pas de temps à perdre avec les gens bourrés de préjugés, quels qu'ils soient.
Flitwick leur demanda de proposer des chansons pour les autres fois.
- Est-ce que la Chanson des Sorcières a été mise en musique ? demanda Andromeda à Ted.
Il la regarda avec des yeux ronds. Il venait seulement de comprendre qu'elle avait lu Macbeth avant de lui rendre.
- Je ne pense pas, mais c'est une idée…
Flitwick sembla enchanté que l'idée vienne de leur nouvelle recrue.
- Mon père est professeur de littérature dans le monde moldu, lui expliqua Ted à la sortie, sans qu'elle n'ait rien demandé. Ça t'intéresse ? La littérature ?
- Je ne pensais pas… mais Macbeth m'a marqué… peut-être parce que ça se passe à une époque sombre en plein milieu de l'Ecosse…
Ils ne dirent rien de plus. Le vent faisait trembler les vitres et ils sentaient comme un étau se refermer comme une main noire sur l'école. Ils n'auraient pas été étonnés que la Forêt interdite se mettent à marcher.
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Il lui prêta les rares livres moldus qu'il avait apportés avec lui. Une saga pleine de magie où les sorciers étaient tous vieux, barbus et munis de cannes en bois, et où les Gobelins ne s'occupaient pas des banques mais tentaient de tuer les héros. Une compagnie hétéroclite qui lui rappelait assez la leur.
- Tu es sûr que tes amis ne m'acceptent pas dans leur cercle par… pitié ?
Ted sembla trouver l'idée ridicule.
- Amaryllis te considère comme puits de science, les garçons te trouvent drôle et beaucoup moins coincée que la plupart des Serpentards qu'on a en cours avec nous… Non, non, ils sont très contents de t'avoir adoptée.
Ah. Elle avait tout de même bien analysé la situation : elle était le petit animal abandonné et pataud auquel ils avaient appris les règles de Poudlard.
- On est tous des paumés de la vie, Dromeda… C'est comme ça qu'on décrit les Poufsouffle depuis des générations… On a échoué dans la maison qui voulait bien de nous et on en tire le maximum. Je ne vois pas en quoi s'est mal.
- Ça ne l'est pas.
Il l'appréciait à l'évidence comme une petite sœur sur qui veiller et à qui apprendre les manières de ce monde-ci. Elle supposait qu'elle ne pouvait pas en espérer davantage de la part d'un garçon de deux ans son ainé.
Alors elle se replongea dans la lecture du livre qu'il lui avait prêté.
De son point de vue de sorcière, toutes ces épées et ces flèches n'étaient que de vulgaires jouets. Rien d'aussi dangereux que des fous munis de baguettes magiques.
Mais ce n'était que son avis.
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Pour Bella, le signe ultime du changement de cap de sa sœur fut le trajet du Poudlard express de la fin de sa deuxième année. Jusqu'ici, Andromeda avait mis un point d'honneur à rester dans un des compartiments Serpentards. Pas par envie, mais parce qu'il aurait été difficile d'expliquer à sa mère qui étaient les Sangs-mêlés et Nés-moldus avec qui elle descendait sur le quai.
Mais le secret d'Andromeda commençait à lui peser. Elle dit qu'elle allait chercher un compartiment avec Bérénice et d'autres Serdaigles. Narcissa jouerait très bien le rôle de la parfaite Serpentard à sa place. Elle n'avait pas menti à Bellatrix : il y avait bien des Serdaigles avec eux ce jour-là, mais pas que. Et certainement pas des Serdaigles sélectionnés sur les critères de Bella.
Quand ils arrivèrent à Londres, Ted resta un peu en arrière pour l'aider à descendre sa valise. Il la serra contre lui et dit :
- Bonne vacances Dromeda !
Elle resta figée un moment, puis rejoignit précipitamment les Serpentards devant elle pour donner l'impression d'avoir passé le trajet avec eux.
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- Andromeda a un petit-amiiiiiii… sussura Bellatrix alors qu'ils passaient tous l'après-midi dans le salon.
La bouche de Narcissa dessina un O parfait. Mrs Black se tourna vivement vers sa fille.
- C'est vrai ?
Andromeda pouvait voir les rouages derrière les yeux de sa mère. Elle pensait déjà mariage et unions entre familles.
- C'est un ami, éluda-t-elle en jetant un regard noir à Bellatrix.
Un Poufsouffle, continua Bella.
Poufsouffle ?
Mr Black fronça les sourcils. Ça ne lui semblait pas une maison avec de la graine d'entrepreneur.
Mais ce ne serait rien si le garçon était un Sang-pur. Or, il voyait à la tête de sa femme qu'elle, avait déjà passé en revue les Poufsouffles de bonne famille et n'en avait trouvé aucun.
Son nom ?
Ils auraient dû savoir. Le nom était essentiel dans leur monde. Le fait qu'Andromeda l'ait gardé secret ne pouvait pas être anodin.
- Tonks.
Je ne connais aucun Tonks, fut la sentence de Mrs Black. Est-ce un Sang-mêlé ?
Non, roucoula Bellatrix qui suivait l'échange, assise nonchalamment dans un fauteuil, l'air de boire du petit-lait. C'est un Moldu…
Né-moldu, corrigea Andromeda.
Le journal tomba d'un bruit sec sur le canapé.
Ma fille fréquente un Moldu ?! hurla Mrs Black.
Le chapelet d'insultes qu'elle déversa sur sa fille, sur ce garçon, et sur tous ceux qu'elles pouvaient tenir responsables de la situation (professeurs, préfets, auteurs de livres de jeunesse, et j'en passe) augurait bien de ceux dont le portrait de sa sœur serait capable quelques décennies plus tard.
Elle attrapa sa fille par les cheveux et l'enferma dans sa chambre. Mrs Black revint dans le salon où un silence de mort s'était abattu.
- Bella ! Tu veux que ta sœur finisse comme Sirius ? Tu devais veiller sur elle !
- Je ne suis pas sa babysitter, dit Bellatrix en regardant ses ongles d'un air ennuyé. Tu sais bien que mes activités extrascolaires prennent de plus en plus de mon temps…
Mrs Black reprit trois inspirations frénétiques. Elle ne pouvait pas s'opposer à ces « activités ». Du reste, sa fille aînée commençait à lui faire peur.
- Occupe-toi de ce Moldu, dit-elle en détachant soigneusement les syllabes.
- Avec plaisir, maman chérie…
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