PARTIE II

La nuit était fraîche et pourtant Buffy ne sentait pas entrer en elle, telle de petites aiguilles, l'humidité de l'air. Cela faisait plusieurs minutes qu'elle avait quitté Angel à présent. Mais son corps, son esprit étaient encore parasités par les sensations qu'elle avait ressenties. Son sang bouillait littéralement dans ses veines, réchauffant son corps et embrumant son esprit.

Pourquoi ne pouvait-elle pas se retenir? Pourquoi ne pouvait-elle pas, comme Angel, être raisonnable ?

Bien sûr qu'elle avait fait une erreur. Elle n'aurait jamais dû penser qu'ils pourraient faire comme si de rien était. Jamais elle n'aurait dû dire à Angel qu'elle n'avait pas besoin de faire l'amour alors que tout son corps le réclamait.

Elle avait été stupide de penser que cette nuit, cette unique nuit ne se reproduirait pas.

Jamais.

Comment pouvait-elle mentir à se point ? Mentir à ses amis en leurs soutenant que rien n'était plus comme avant et qu'ils avaient tort de s'inquiéter. Mentir à Angel en lui disant qu'elle n'en avait pas envie, pas besoin… Alors que tout en elle criait le contraire.

Et comment pouvait-elle se mentir à elle-même, alors que, tous les jours, elle ne pensait qu'à le retrouver pour se blottir contre lui et partager son sommeil. Alors que, tous les soirs, elle mentait à sa mère et à Giles afin de le retrouver au manoir pour s'entraîner.

S'entraîner… encore un mensonge.

N'importe qui les observant pouvait se rendre compte qu'ils faisaient tout sauf se battre. Ils échangeaient bien quelques coups mais tout n'était que prétexte à se toucher, à sentir la force du désir de l'autre, se frôler… s'embrasser.

Ses baisers étaient si doux… Si tendres au départ, comme s'il hésitait. Comme s'il avait peur que par ce simple contact il puisse se perdre en elle.

Mais sentir son corps d'homme contre elle. Ses mains dans son dos la serrant, l'emprisonnant dans ses bras. Sentir son érection naissante contre elle ne faisait qu'abraser son désir, son envie de lui.

Elle se sentait mal.

Mal dans son corps qui le réclamait sans cesse, elle ne trouvait plus le sommeil … Mal dans son âme se culpabilisant tout les jours un peu plus.

Comment pouvait-elle oublier si facilement Angélus, ce monstre sanguinaire ? Alors qu'il l'avait pourchassée, qu'il avait tenté de tuer ses amis, sa famille, de libérer l'enfer sur terre…

Il avait tué Jenny. Torturé Giles…

Elle l'avait tué et jamais elle ne pourrait recommencer…

Elle avait trop besoin de lui. Comment pourrait-elle vivre sans lui ? Elle avait à peine survécu à son absence, telle un zombi, tentant désespérément de se reconstruire, de passer à autre chose.

Mais il était revenu. La sauvant de l'enfer dans lequel elle vivait. Ils s'étaient pardonnés mutuellement et elle l'avait retrouvé.

Comment pouvait-elle tout gâcher maintenant.

C'était impossible. Elle devait bien avoir en elle la force de se raisonner. Ils étaient des amis, ils devaient rester des amis.

Jamais plus elle ne devrait l'embrasser…

Bon d'accord, elle pouvait l'embrasser mais plus jamais ces mains ne s'insinueront sous sa chemise.

Ah, non plus jamais !

Plus jamais elle ne touchera sa peau…

Plus jamais elle ne caressera son torse si parfaitement doux…

Buffy sentait son cœur s'accélérer à chaque pas un peu plus. Toutes ses pensées bouillonnaient dans son esprit. Des visions s'imposant à ses yeux sans qu'elle puisse les repousser.

En temps normal, elle aurait couru jusqu'à chez elle, jusqu'à sa chambre. Elle se serait réfugiée sous les couvertures et aurait enfouie sa tête dans l'oreiller pour crier de toutes ses forces.

C'est ce qu'elle faisait tous les soirs depuis quelques temps.

Puis, elle se serait retournée écoutant le silence simplement troublé par son souffle. Elle aurait entendu les battements de son cœur s'accélérer et son sang bourdonner dans ses oreilles. Et, comme toutes les nuits, elle aurait enfin accordé à son corps la jouissance dont elle était si dépendante à présent pour trouver le sommeil.

Elle aurait fermé les yeux et ses mains tremblantes se seraient insinuées sous le fin tissu. Elle aurait imaginé les mains d'Angel partout sur elle comme il l'avait fait ce soir… D'abord remontant le long de ses jambes, doucement,… si douces, …réalisant des petits cercles du bout des doigts. Electrisant sa peau.

Puis il aurait caressé l'intérieur de ses cuisses, la base de ses fesses, là où la chair est la plus tendre, la plus douce, la plus sensible… Elle l'aurait désiré en elle comme à chaque fois lorsqu'elle sentait ses doigts la caresser,… son désir violent contre son corps…

Et elle jouirait enfin.

Mais en ouvrant les yeux, elle se retrouverait seule comme toujours dans une chambre à peine éclairée par un filet de lumière bleutée.

C'était pathétique.

Elle était pathétique.

Il fallait que ça cesse.

Suite