Trois ans s'étaient écoulés depuis la perte de sa mère et Kei avait peu à peu sentit ses émotions revenir à la normales.
La première année fut la plus difficile. Amorphe, elle mangeait très peu, dormait très peu, voire pas du tout la nuit, était sensible au moindre bruit, avait peur au moindre bruit dans le noir. Agressive avec tout le monde autour d'elle, voulant qu'on la laisse seule.
Seul son cousin, Bakugo Katsuki arrivait à la faire sortir dehors, la faire manger, l'apaisait suffisamment pour la faire dormir avec lui.
Même si les premiers mois de cohabitation avaient été difficiles, Katsuki avait su trouver son chemin dans son coeur.
Au début, il ne comprenait pas pourquoi sa cousine restait chez eux. Il ne comprenait pas encore tout à fait le concept de "mort", même s'il savait, en quelque sorte que c'était lorsqu'on ne pouvait plus du tout voir une personne. Il ne comprenait même pas ce qu'elle était pour lui.
Non, pour Bakugo Katsuki, c'était une étrangère avec des yeux vides et des manières gênantes qui attiraient l'attention de ses parents au lieu de lui.
Il avait décidé de l'ignorer. Il valait mieux qu'il l'ignore parce que vu comment ses parents étaient au petit soin avec elle, il savait qu'il n'avait pas intérêt à la faire pleurer.
"-Mais elle est là depuis au moins 3 mois ! Quand est-ce qu'elle va partir ?"
En fronçant les sourcils, il se détourna d'elle et alla jouer avec ses amis.
Pendant ce temps, Kei regarda autour d'elle avec un visage sans expression. En soupirant d'ennui, elle alla se poser dans le coin de la pièce, et mit doucement sa tête contre le mur. En fermant les yeux, elle commença à somnoler. En profitant de la lumière et la chaleur qui baignait dans la pièce, elle s'endormit.
Katsuki la regardait de son propre coin où il était avec ses amis.
"-Si elle va mieux, elle partira c'est sûr... donc, je dois juste la rendre moins... plus humaine alors."
En approchant une petite fille, il lui dit en pointant du doigt sa cousine :
"-Hey, va jouer avec elle."
En souriant, la fille hocha la tête et se dirigea vers Kei qui se réveilla par une voix criante à ses côtés :
"-Tu viens jouer ?"
Une fille de son âge la regardait avec un grand sourire. Avec un froncement de sourcil, elle cacha son visage et répondit d'une voix faible :
"-Non. Je ne veux pas jouer.
-Ok." Dit la fille un peu déçue.
Après que la fille soit partie, elle se rendormit.
Kei ne vit pas son cousin avec les sourcils froncés écouter la fille qui venait de lui parler lui dire qu'elle ne voulait pas jouer avec elle.
C'est au moment de sortir pour aller en récréation qu'elle se réveilla.
En se dépêchant pour ne pas être la dernière, elle sortit.
Cependant, alors qu'elle se promenait et se dirigeait vers les balançoires, elle sentait qu'on la poussa par derrière. La brusque poussée était assez violente pour l'envoyer à terre. Ses genoux et ses mains lui firent mal mais sans elle se leva sans rien dire.
En se retournant, la petite fille vit deux garçons la regarder.
"-Tu t'appelles Bakugo Kei non ?
-Vous auriez pu me le demander sans me pousser.
-Si tu ne peux même pas encaisser ça, tu ne peux pas être de la famille de Bakugo Katsuki.
-On n'est pas proches.
-Vous êtes vraiment frère et soeur ? Je t'ai jamais vu avant...Tu lui ressembles même pas. Tu es adoptée ?
-Qu'est-ce que vous voulez ?" Dit-elle en serrant les dents.
Les deux se jetèrent un regard que Kei ne comprenait pas.
"-J'ai entendu les profs parler d'une Bakugo Natasha qui est morte y a quelques mois. Apparemment, elle faisait partie des victimes du tremblement de terre qui ont reçu une commémoration. C'était un membre de ta famille ? Comment elle est morte ? Est-ce qu'elle a reçu un prix ou quelque chose ? Et est-ce que tu as vu des héros ou des policiers ?"
Kei sentit son sang bouillonner.
"-Ne parle pas d'elle. Ne me parle pas. Connard insensible."
Sans attendre la réponse, elle tourna les talons, en colère. Elle sentit une autre poussée dans le dos et en jetant un regard mortel aux deux garçons, elle se releva :
"-On veut juste te poser des questions ! Ne fait pas ta mystérieuse !
-Je vais te..."
Au moment où elle allait finir sa phrase, des flammes noires apparurent tout autour d'elle et commencèrent à s'étaler vers les deux garçons.
Le cri de son professeur et un corps qui lui retint les mains lui firent prendre conscience de ce qu'elle allait faire. En se calmant, ses flammes s'éteignirent et elle se dégagea avec violence de la prise de son professeur et prit un malin plaisir à attendre les deux garçons pleurer. Même si les adultes autour d'elle lui jetaient des regards paniqués et qu'ils lui criaient dessus, elle se dit qu'ils l'avaient bien cherchés mais que sa réaction allait engendrer des conséquences gênantes.
Après un sermon et des félicitations de sa tante, cette dernière avait soigné ses égratignures sanglantes dues aux deux garçons.
Elle ne savait pas si ce qu'elle avait fait était bien ou mal, vu qu'elle avait été grondée et félicitée.
Peu après, plus personne n'osa l'approcher et elle s'en trouva satisfaite.
Sa routine continua et même si quelques enfants parlaient mal d'elle, ils la laissèrent seul.
En s'asseyant sur une des balançoires, elle profita du soleil.
Ses oreilles captèrent l'attention que portaient les personnes de sa classe pour son cousin Katsuki. Ils parlaient tous de son Alter, de combien il était génial et qu'il serait un grand héros plus tard.
Des larmes menacèrent de couler de ses yeux mais elle se retint avec violence et dirigea son visage en direction du ciel pour les empêcher de couler.
Penser aux héros lui fit penser à sa mère.
"-Maman n'aimait pas trop les héros. Elle les considérait comme des personnes qui aidaient les gens mais elle n'aimait pas le terme "héros" car il lui paraissait trop idyllique. Je me souviens qu'elle disait "les héros ne sont pas ceux qui portent une cape ou qui sourient à la caméra. Les vrais héros ne se sentent pas obligés d'être les meilleurs, ils ne se soucient pas de leur image.". Je me souviens qu'elle m'avait raconté l'histoire d'un héros impopulaire mais qui était l'une des meilleures personnes : gentille, compréhensive et désintéressée. Elle disait "les personnes comme ça sont extrêmements rares ces jours-ci, on peut plus les trouver que dans les histoires maintenant."
Même si elle ne voulait pas y penser, la voix de sa mère dans son esprit la rassurait. Elle ne connaissait que très peu le monde des héros et même si sa mère avait raison sur beaucoup de chose, elle espérait que les héros étaient des héros.
Elle n'en voulait pas aux héros de ne pas avoir pu sauver sa mère. Les gens naissent, vivent et meurent, c'est comme ça. Personne n'y peut rien. Si elle devait être en colère, ce serait contre elle-même. Si elle n'avait pas eu son alter, sa mère n'aurait pas eu à chercher des informations sur les voyants, et elle ne serait jamais allée au centre commercial et elle ne se serait jamais blessée et elle ne serait jamais...
"-Morte."
Penser à ce mot brusque et explicite lui donna envie de pleurer encore plus qu'avant.
Les larmes finirent par lui échapper et elle laissa échapper des sanglots. Le plus silencieusement possible, elle laissa sa peine la consumer.
Bakugo Katsuki n'avait été que très rarement impressionné par quelqu'un d'autre que All Might et encore moins par quelqu'un de son âge.
C'était la raison pour laquelle il n'avait pu rester que bouche-bée alors qu'il regardait à contrecœur avec admiration alter de sa prétendue cousine. Les flammes n'avaient dansé que quelques secondes devant ses yeux. Elle avaient été si soudaines et elles avaient disparu tout aussi vite, mais leur couleur si particulière, entièrement différentes de ses petites explosions fit qu'il sentit son cœur battre un peu plus vite face à ce spectacle fascinant.
Peu après, il avait appris la raison pour laquelle elle avait utilisé son alter et, encore une fois à contrecœur, il sentit son respect pour cette cousine se renforcer. Elle ne s'était pas laissée faire malgré son désavantage numérique.
Le fait qu'elle n'ait pas pleuré face au sermon de sa diabolique mère n'avait fait qu'augmenter les sentiments positifs qu'il avait construit pour elle.
Il était également impressionné par le fait qu'elle ait réussi à l'impressionner en seulement quelques heures alors que d'autres qu'ils connaissaient depuis plus longtemps essayaient encore.
"-Elle ferait une excellente seconde quand je serai le n°1."
Avec un pas décidé, il se dirigeait donc vers elle pour lui faire l'honneur de lui proposer d'être son acolyte dans le futur. Il avait impatiemment attendu la récréation sachant qu'elle serait dans une meilleure humeur qu'en classe, surtout qu'elle ne faisait que dormir.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il entendit des sanglots venant de sa forme alors qu'il venait dans son dos.
En se raidissant, ses yeux s'écarquillèrent et il alla se retourner pour partir, mais il se souvint que sa mère lui avait dit que sa soeur, donc sa tante était morte récemment et que sa fille, donc sa cousine était encore sensible et fragile. Sa mère lui avait fait promettre de prendre soin d'elle si elle pleurait et l'avait menacé de lui faire payer s'il ne faisait rien.
(Il s'était déjà fait réprimander quand elle s'était fait embêter par les deux garçons sans qu'il n'ait rien fait.)
Ainsi, en prenant une profonde inspiration, il s'approcha lentement vers la forme tremblante de sa cousine qui pendait toujours sur une des balançoires.
Katsuki vit sa cousine se raidir alors qu'elle prenait en compte la nouvelle présence. En levant les yeux, il vit son visage bouffie et ses yeux rouges.
Sans un sourire, sans un mot, il lui tendit sa barre chocolaté préférée. D'une voix mal à l'aise mais forte, il lui dit sans réfléchir :
"-Je sais pas pourquoi tu pleures, mais c'est pas ça qui va ramener ta mère."
C'était beaucoup trop violent, même lui pensait que c'était trop violent. Ce n'était même pas logique et il se contredisait lui-même, il ne savait pas pourquoi il lui avait dit ça. C'était stupide.
En parvenant à essuyer ses larmes mais toujours avec la respiration sifflante, Kei lui jeta un regard avant de prendre la friandise qui était toujours dans sa main :
"-Merci." dit-elle d'une voix tremblante.
Katsuki hocha la tête avec une bouche en ^.
"-Je ne comprends pas, tu es forte. Tu as un alter super badass, tu as tenu tête à ces deux abrutis, tu n'as même pas pleuré quand ils t'ont fait mal, et quand ma mère t'as grondé, tu n'as fait que hocher la tête. Là, y a personne pour te faire mal, et pourtant tu pleures. C'est quoi ton problème ?"
Kei ne dit rien mais penser au problème lui donna envie de se remettre à pleurer.
En voyant ça, le blond paniqua un peu intérieurement et lui tendit une autre barre.
Kei l'accepta avec un micro sourire, comprenant ce qu'il essayait de faire.
"-Merci.
-C'est quoi ta faiblesse pour que tu pleures comme ça ?"
Évidemment, il savait quel était le problème mais il se disait que si elle faisait sortir tout son sac, elle irait mieux. Comme lui après avoir taquiné Izuku quand il était de mauvaise humeur.
"-M-ma mère. Elle me manque... Je veux la revoir." dit-elle en essuyant les larmes qui tombaient.
Le blond ne dit rien, la laissant pleurer. Il ne savait pas quoi dire. Il ne comprenait pas sa douleur. Il manquait d'informations.
Après quelques minutes pendant lesquelles sa cousine tentait tant bien que mal de se calmer, il avait à plusieurs reprises voulu engager un contact physique dans le but de la réconforter mais il ne savait pas si elle l'accepterait.
Un silence gêné et pesant régna même après qu'elle ait repris un semblant de calme. En lui jetant un coup d'œil, Katsuki commença à se sentir frustré.
"-Ma mère m'a dit un jour que j'avais pas besoin de garder ce qui me rendait triste pour moi.
-En fait si, j'ai besoin de le garder pour moi." dit-elle en reniflant.
"-Pourquoi ?
-Parce que ça va seulement engendrer encore plus de tristesse si j'en parle.
-Et tu trouves plus malin le fait de ne pas engendrer plus de tristesse que d'en guérir ? Tu veux rester triste pour toujours ou quoi ?"
Encore une fois, trop violent... mais la mine perplexe et confuse de sa cousine était un bon début selon lui. Elle ne rejetait pas totalement sa logique.
Quelques secondes s'écoulèrent alors qu'elle ouvrait et fermait la bouche.
"-Maman..."
Elle commença à parler des différents aspects de son ancienne vie avec sa mère qui lui manquaient, de la solitude qu'elle ressentait, du fait qu'elle avait encore l'impression que sa mère n'était pas morte et qu'elle reviendrait la chercher en lui souriant et en l'embrassant en lui disant que tout ça n'était qu'un mauvais rêve, du fait qu'elle se sentait mal de rentrer soudainement dans leur maison et de bien d'autres aspects dont elle avait refusé de parler à qui que ce soit durant ces trois mois.
La blond se dit que sa cousine avait réellement eu besoin de vider son sac à quelqu'un.
"-Je la vois. A chaque fois que j'éteins la lumière, à chaque fois que je me retrouve dans le noir complet, je la vois. Je vois son visage."
En gardant les yeux ouvert, elle mit ses mains sur ses oreilles.
"-Parfois j'ai même l'impression de l'entendre pleurer. De l'entendre gémir. J'ai l'impression qu'un monstre a pris son apparence et va venir me dévorer dans le noir."
Katsuki vit son cadre commencer à trembler légèrement.
Avec une légère hésitation au début, il se leva pour se mettre juste devant elle. En lui prenant les mains et en les serrant, il la regarda droit dans les yeux.
"-Tu n'as aucune raison d'avoir peur d'un monstre dans le noir. Tout ce que tu as à faire, c'est de le brûler avec ton alter. Ce n'est pas ta mère. Ta mère n'aurait jamais essayé de te faire peur, de te faire mal. Si tu le tues, il reprendra son apparence hideuse et tu effaceras la vision de ta mère en monstre pour toujours. Il n'en restera rien qui pourrait te faire du mal. En plus, des monstres comme ça, qui se cachent comme des lâches ne pourront jamais faire le poids contre un Bakugo. Ni contre toi. Ni contre moi. Je le ferai exploser avant qu'il n'arrive à toucher un seul des cheveux d'un membre de cette famille."
Pendant quelques secondes, il ne dit rien d'autre.
Puis, il mit doucement son front contre celui de sa cousine.
"-Soit ma coéquipière. Je serai le n°1 des héros, et tu n'auras rien à craindre avec moi. Avec nos alters, aucun monstre ne pourra nous résister !"
