Chapitre 2 : L'étiquette
Mercredi 1er Septembre. Jour de notre départ à Poudlard. Ma mère, complètement stressée, courrait partout dans la maison, à la recherche de nos affaires – comme si nous n'étions pas foutue de nous en charger seules.
–Athéna, Neptune ! Dépêchez vous, le train part dans deux heures et demi !
–Est–ce que Mère sait que nous sommes à peine à 10minutes de marche de la gare de King Cross ?, me souffla Athéna en tentant de fermer son imposante valise.
–Depuis le temps, elle devrait, répondis–je.
Voyant que ma sœur commençait à s'essouffler et que la valise ne fermait toujours pas, je vins l'aider en m'asseyant dessus. Finalement, un « clap » retentit et Athéna poussa un cri victorieux.
–Merci, Nep' !
Quelques minutes plus tard, après m'avoir aidée à fermer mes propres bagages, nous sortions toutes les deux de sa chambre, valises en main, avant d'essayer de descendre les escaliers sans rien casser. Mère apparut alors dans l'entrée, échevelée et en proie à une angoisse visiblement terrible.
–On y sera jamais, on y sera jamais, on y sera jamais…
–Héra, intervint Père qui sortait du salon, nous avons encore exactement deux heures avant d'avoir le droit de paniquer, tu sais ?
Il nous lança un regard amusé. Chaque année, c'était pareil. Notre mère étant une grande angoissée de la vie, il était toujours très difficile de la convaincre que tout allait bien.
–Oh je sais, excusez moi… mais… je n'ai plus que deux heures pour profiter un peu de mes filles…
Elle nous lança un regard attendri avant de nous attirer à elle pour un câlin. Bon. Je n'avais jamais été spécialement fana des démonstrations d'affections – en fait, j'avais une sainte horreur qu'on me tripote sans m'avoir prévenue et/ou m'avoir demandée l'autorisation. Comme disait Athéna, je n'étais pas « une fille très tactile ». Mais là je devais avouer que Mère allait me manquer également beaucoup – j'adorais ma Mère (et mon Père aussi, malgré ses humeurs, ses avis et ses principes) –, du coup je fis un effort pour accepter gentiment le câlin.
Finalement, elle nous relâcha, puis se tourna vers moi.
–Neptune, il faut que nous parlions. Suis moi.
Après un regard perplexe à ma sœur, je partis à sa suite. Nous entrâmes dans ma chambre. Mère semblait particulièrement sérieuse.
–Alors voilà, me dit elle après s'être assise sur mon lit.
Restée debout, je lui lançais un regard un peu interrogateur.
–Je sais, ma chérie, que tu arrives à un age où l'on passe un… certain cap.
Hé ? !
–Je ne vais pas y aller par quatre chemins, il faut que je te dise, Neptune, que selon l'étiquette, tu te dois de rester vierge jusqu'au mariage. Tu comprends ?
Heiiin ?
–C'est une des règles fondamentales des mariages de Sang Pur. Je sais que ce n'est pas toujours facile de… de résister à la tentation. Mais je te le demande. Ne fais rien.
Ouhla. On en arrivait à parler de sexe ensembles. D'ailleurs, qui lui disait que j'étais encore vierge ? Je n'étais même pas sure qu'Athéna l'était encore…
–Mais… enfin, Mère…
Je rougissais brusquement.
–C'est ainsi. Dans ce type d'union, la jeune fille doit rester vierge jusqu'au voyage de noce.
–Et le mec ?
–Le garçon, Neptune, n'a aucune obligation à ce sujet.
–Put… – mince, alors, mais c'est injuste !
–Rassure moi, chérie, tu es encore vierge ?
–Oui !, m'écriais–je peut être un peu trop brutalement. Oui, bien sur, mais si jamais j'ai… enfin… l'occasion…
« Mauvaise réponse ».
–Chérie, tu te rappelles que tu es fiancée à Damasus, n'est–ce pas ? Il est au courant de ce détail. Et je ne vois pas avec qui d'autre tu aurais « l'occasion », ajouta t'elle avec un air sévère.
Mais je veux pas l'épouser, moi ! Je veux coucher avec qui je veux ! Je veux pas attendre que ce sale type me fasse perdre ma virginité ! De toute manière il est hors de question que je fasse quoique ce soit avec ce mec !
Je pris donc mon meilleur air boudeur, sachant pertinemment que je ne pouvais pas répondre ça à ma mère.
–Allons, chérie, fit ma mère une fois radoucie. C'est juste le temps d'un an. Tu peux bien attendre, non ? Nous allons vous préparer des noces inoubliables.
xXxXx
Fantastique. Non, vraiment.
Des noces inoubliables. Je voyais déjà le tableau, ils allaient nous envoyer super loin, nous demander gentiment de bien vouloir honorer la chambre, histoire de pouvoir avoir le plus tôt possible un joli rejeton cent pour cent Sang Pur qu'on pourra marier avec un de ses cousins dans dix–huit ans. Ca avait un côté malsain, non ? Comment Phèdre avait elle supporté ça ?
Evidemment, il fallait que l'autre abruti ait, lui, le droit de se taper qui il voulait. Lui on s'en foutait, il n'avait pas d'obligations à ce sujet. Mais si moi j'avais pas le droit de coucher avec quelqu'un d'autre que lui, pourquoi, lui, il avait le droit ? Etait–on retombés à l'âge de pierre où les hommes avaient tous les droits alors que les femmes, elles, n'avaient que le droit de se taire ?
Je bouillonnais littéralement.
J'étais sure que lui, ça devait bien l'amuser.
–Allons y, maintenant, ma chérie, fit ma mère en se levant.
Elle me fit un gentil sourire style « T'es une gentille fifille, fais bien ce que je te dis » et sortit de ma chambre.
Je la suivis, grimaçante. J'aurais donné n'importe quoi pour être née de parents Moldus, ou être de Sang Mêlés, comme mes deux meilleurs amis. De sacrés veinards…
–Alors ?, me demanda Athéna.
–Tu ne veux pas savoir.
–Quoi, vous avez parlé de cul, c'est ça ?, fit elle avec un énorme sourire.
Cette gamine est vraiment terrifiante.
–Ne me dis pas que c'était un sermon du style « Tant que tu ne prends pas la potion contraceptive, tu utilises les préservatifs moldus », continua t'elle.
–Non. Pire.
Elle haussa les sourcils.
–C'est possible, pire ?
–Je dois rester vierge jusqu'aux noces.
Ses yeux s'écarquillèrent. Elle me fixa ainsi pendant quatre ou cinq secondes puis soudain, sans prévenir, explosa de rire.
–Nooon ?
–Siiiii, grimaçais–je.
–Mais… mais ! Enfin ? Je veux dire… Phèdre a du faire abstinence aussi ?
–Pas la moindre idée. Mais sûrement. Ca fait partie de l'étiquette.
–Mon Dieu, si Mère savait, ajouta t'elle, toujours secouée d'un fou rire.
Hein ?! Je la dévisageais un instant, tentant de savoir ce que je devais comprendre.
–Si Mère savait quoi, Athéna ?
Elle me jeta un petit regard en coin, que j'aurais pu qualifier de fondamentalement pervers, avant de me souffler à l'oreille :
–Ne me dis pas que tu es encore vierge, Neptune…
–Bien sur que si !, m'exclamais–je.
–Ouuuhla, hey, Neptune, c'est rien, joue pas la pucelle effarouchée, je me renseignais, c'est tout…
Son sourire s'était diaboliquement agrandit.
–Ouais, ouais, grommelais–je.
–Comment ça se fait ? Je veux dire, t'es pas populaire pour tout le monde, mais t'es jolie, t'es intelligente, bon t'es un peu quiche, mais…
–Athéna !, l'interrompis–je, horrifiée.
–Rhôlala, ce que tu es pas drôle… Non mais c'est vrai, quoi. Il y avait au moins deux mecs qui te tournaient autour, l'an dernier…
J'haussais un sourcil. Ah bon ?!
–Mais si… Le type de Serpentard, là…
–Severus ?!
–Mais non… Un des batteurs de l'équipe de Quidditch…
–Oooh, Stan Shon ? Mon Dieu, grimaçais–je en visualisant l'imposant batteur à tête de gorille.
–Bref, tout ça pour dire que tu devrais déjà avoir eu tellement d'occasions…
–Attends que je vérifie un truc, l'interrompis–je, inquiète. Tu es encore vierge, toi aussi, n'est–ce pas ?
–Mais oui, bien sur, je suis encore vierge et je me réserve pour cette beauté ambulante qu'est Regulus Black. Enfin, je suis mauvaise langue, après tout il est réellement très beau garçon, mais…
–ATHENA !
–Bon, bon, d'accord. Oui, je suis vierge. Rassurée ?
–Très, fis–je en hochant la tête, soulagée. Bien. Donc tâches aussi de le rester jusqu'à tes noces, ajoutais–je avec un sourire en coin.
–Bien sur. Je te le promets, rigola t'elle en m'agitant ses deux doigts croisés sous le nez.
Cette gamine est vraiment géniale.
xXxXx
–Allez, les filles, ce coup ci on va vraiment être en retard !, lança Père depuis le trottoir, dehors.
Athéna et moi nous lançâmes à sa suite. Nous portions tous les quatre une, voir deux, valises. Nos deux hiboux s'agitaient comme jamais et Mère paniquaient de nouveau. Mais la gare de King Cross n'étant vraiment pas loin de chez nous, nous y arrivâmes au bout de quelques minutes de courses, qui nous avaient valu des regards surpris des Moldus.
Le plus discrètement possible, Père nous fit passer dans la voix 9¾ où il nous rejoignit ensuite.
–Phèdre devrait être la…, dit il.
Elle avait fait le déplacement pour pouvoir nous dire au revoir.
–LES FILLES !, cria une voix.
–Phèdre !, lança Athéna en réponse avant de courir à sa rencontre, laissant tomber ses valises au sol.
Plus mesurée, je restais sagement sur place, entre mon père et ma mère. Phèdre et Athéna s'avancèrent finalement vers nous, souriantes.
–Maximilien n'est pas venu ?, fit Père, étonné.
–Il devait travailler, expliqua simplement Phèdre.
Elle nous fit la bise à tous et nous marchâmes ensembles, telle une famille unie, vers le train. Je fis en sorte de rester en arrière avec Phèdre.
–Dis, lui soufflais–je.
–Oui ?
–Mère t'avait demandé de rester… vierge à toi aussi ?
A ma grande surprise, elle éclata de rire. C'est pas vrai. Y'en avait pas une pour rattraper l'autre…
–Tu as eu droit au sermon « règle fondamentale, étiquette »…
–Ouiiii, grinçais–je, agacée.
–Oui, moi aussi j'avais du obéir à cette règle.
Elle soupira.
–Mais, Neptune, si tu as la moindre occasion de… le faire avec un garçon qui te plaît vraiment, que tu aimes, envoie cette foutue règle au diable. Tu te souviens de Mary Nordman ?
Mary était sa meilleure amie quand elles étaient à Poudlard. Elles étaient toutes les deux dans la maison de Poufsouffle. C'était aussi une Sang Pur.
–Oui, je me souviens d'elle, répondis–je.
–Eh bien, elle avait perdue sa virginité durant sa 6ème année, avant même qu'on la mette au courant qu'elle devait restait vierge jusqu'au mariage. Je te jure que cette histoire a fait enrager bien du monde… Mais finalement, sa mère a fait en sorte que personne en dehors de leur famille ne le sache. Même son fiancé ne l'a pas su. Alors tu vois, ne te prive pas, acheva t'elle en me faisant un clin d'œil. Et surtout, ajouta t'elle d'un air plus grave, rappelle toi que tu n'es pas obligée que l'épouser. D'accord ?
Je hochais la tête, pas très convaincue. Je ressentais toujours cette étrange résignation, malgré ce que me disaient mes deux sœurs.
–Allez les filles, il est l'heure, lança ma mère en nous poussant dans le train.
Les au revoirs se firent tout aussi respectueusement que tout le reste, il n'y eut pas d'étreintes chaleureuses, pas mêmes de baisers. Et oui, les démonstrations affectives ne devaient jamais avoir lieu en public. C'était bien connu…
Phèdre nous fit un gentil signe de la main, accompagné d'un petit sourire désolé.
Athéna me fit un clin d'œil et partie rejoindre ses amis dans un compartiment. Et moi, je restais la, bêtement à regarder mes parents s'éloigner. Les derniers élèves montèrent et le train démarra. Phèdre, toujours sur le quai, se tourna une dernière fois et fit un grand signe de la main auquel je répondis, souriante. Puis, une fois qu'elle fut hors de mon champ de vision, je me mis à marcher à la recherche de mon compartiment.
Partout autour de moi, les rires des élèves retentissaient. Les retrouvailles allaient bon train, chacun racontait tour à tour ses vacances. Il me fallut quelques minutes pour enfin trouver les deux personnes que je cherchais.
–Bonjour, fis-je, souriante.
Anthony Van der Zee et Severus Snape relevèrent la tête d'un même mouvement. L'un, châtains, les yeux bleus cachés derrière de fines lunettes à montures noires, semblait être plongé dans un roman, alors que l'autre, ses longs cheveux noirs tombant en rideau des deux côtés de ses yeux tout aussi noirs, avait l'air de sortir d'une intense réflexion.
–Salut, fit Anthony, premier à réagir.
–Hn, marmonna tout juste Severus.
Il se leva néanmoins pour attraper ma valise et la ranger au dessus de nos tête.
–Les vacances ont été bonnes ?, demandais-je en m'asseyant en face d'eux.
–Ça peut aller, murmura Anthony, les yeux toujours rivés sur son livre.
–Familiales, répondit juste Severus en se lançant dans une observation détaillée du paysage qui défilait.
Bon, j'avais l'habitude de cette ambiance calme et froide. Elle faisait partie des habitudes qui me plaisaient. J'étais bien, là, aux côtés des deux seuls vrais amis que j'avais jamais eu. Du moins que je considérais comme tels.
Finalement, Anthony leva les yeux sur moi avec un sourire.
–Tu n'as pas changée.
–Toi non plus.
–On a pensé à toi, pendant les vacances, ajouta t'il en échangeant un regard avec Severus.
–Oh ?, fis-je, étonnée.
Il m'était très difficile, à l'époque, de concevoir que je comptais pour eux. Leur comportement n'allait pas vraiment dans ce sens, et j'étais trop réservée pour essayer de leur en parler.
–Tu as eu dix-sept ans, dit simplement Severus, ça se fête.
« Merci de me le rappeler », songeais-je, un peu agacée.
Et il se leva pour sortir quelque chose d'une de ses valises.
Un… cadeau ?
Non…
Anthony remarqua ma mine un peu surprise et me sourit. Il posa une main sur mon genou et souffla :
–Ça nous fait plaisir.
Je hochais la tête. Severus revint vers moi et me tendit un livre.
–Voilà, dit il. C'est pas grand-chose. Mais je pense que ça devrait te plaire.
Leur cadeau n'était pas emballé, et Anthony le maniaque grimaça un peu. Mais pour ma part, je m'en foutais complètement.
J'ouvris le livre pour découvrir sur la première page un jolie page de garde, avec mon nom, ainsi qu'un « Pour toi » signé des deux garçons, en dessous d'une photo nous représentant tous les trois. Anthony avec son éternel sourire ironique, Severus avec l'air renfrogné qu'il affichait chaque fois qu'il apercevait un appareil photo et moi, l'air toujours aussi quiche, souriant de toutes mes dents.
Nous étions assis sur un muret de Pré au Lard, je me souvenais exactement du moment précis où cette photo avait été prise.
C'était en quatrième année. Nous venions à peine d'apprivoiser Severus, à force de persévérance et de mise en confiance, pour le meilleur et pour le pire. Professeur McGonagall avait prit la photo, à ma demande.
J'eus bêtement envie de pleurer en y repensant. Ma quatrième année n'avait pas été la meilleure, mais la naissance de notre amitié avec Severus l'avait pimentée.
–Merci, dis-je simplement en baissant la tête, bénissant le ciel d'avoir les cheveux suffisamment longs pour cacher mes yeux.
–Mmh, fit Severus en se raclant la gorge. C'est un album photo. C'est assez banal comme cadeau, mais on ne savait pas quoi faire et comme c'est notre dernière année ensembles…
Anthony lui donna un coup de coude. Severus n'était pas très subtil. Et il ne savait jamais comment réagir face à une fille. Ça faisait partie de son charme et malgré moi, un sourire se glissa sur mes lèvres alors qu'une larme coulait. Bon Dieu, depuis quand étais-je aussi émotive ?
–Il reste des places à la fin, ajouta Anthony. Tu pourras rajouter des photos au fur et à mesure.
–Merci, répétais-je d'une toute, toute petite voix.
Un lourd silence s'installa dans le compartiment pendant quelques secondes, avant que je me décide à prendre une grande inspiration et à redresser la tête.
Les deux semblèrent bêtement soulagés de constater que finalement j'avais réussis à retenir mes larmes – sauf une, qui tomba sur la page du livre.
–Vous êtes géniaux, fis-je en reprenant mon ton enjoué habituel.
Je me mis à tourner les pages, allant de surprises en surprises, commentant, critiquant, les faisant grogner avec mes commentaires. Tout y était. Il y avait des photos de nous ensembles, de nous séparés, il y avait même une photo de moi et mes sœurs. Puis une de nous et de mes soeurs, ce qui donnait un bon mélange de toutes les maisons de Poudlard, étant donné que Athéna était à Gryffondor. La photo qui me surprit le plus fut une de moi, endormie dans la salle commune des Serdaigles. Autant dire qu'elle était signée de Anthony.
Lorsque je relevais le regard vers lui, il avait détourné les yeux, de nouveau en plein dans son roman.
–Je ne t'aurais pas cru comme ça, Van der Zee, dis–je en souriant.
Il haussa les épaules d'un air indifférent, mais une légère rougeur monta à ses joues.
–Tu es mignonne, quand tu dors, fit–il remarquer.
–Et tellement moins chiante, s'amusa Severus.
–Hey !
Un sourire se glissa sur les lèvres de Anthony.
–Tourne la page, fit il simplement.
J'obéis et m'arrêtais face à la photo qui prenait toute la page de droite.
Wow.
Il s'agissait d'eux deux souriants. Souriants d'une manière séductrice et heureuse qui ne m'étais que pas assez familière. Ils fixaient l'objectif et portaient tout les deux autour du cou, bien mit en valeur, le pendentif que je leur avais offert à chacun au Noël dernier, et que je possédais également. Jamais ils ne l'avaient porté devant moi.
Mes mains se refermèrent sur le livre en se crispant, tandis que je baissais à nouveau la tête.
–On est contents que ça te fasse plaisir, reprit Anthony en souriant.
–On s'est rendu compte qu'on était un peu durs avec toi, expliqua Severus. C'était une façon de… nous excuser d'avoir d'aussi mauvais caractères.
Je hochais la tête.
–Je ne vous avais jamais trouvés aussi beaux, murmurais–je en regardant les visages souriants de la photographie.
Un nouveau silence, très gêné, s'installa.
–Qui a prit la photo ?, demandais–je.
–Le Professeur Benett, répondit Anthony.
Oh. Notre Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Ca ne m'étonnait pas.
–Merci, dis–je juste en tournant la page aussitôt.
La page suivante était vide. L'album se terminait sur cette photo. A moi d'y mettre la suite.
Je n'osais plus regarder de nouveau la dernière photo, de peur de me mettre bêtement à pleurer.
C'est vrai qu'ils n'étaient pas faciles. J'avais souvent eu bien du mal à croire qu'ils m'appréciaient réellement. C'était le genre de gens avec qui on a toujours l'impression d'être de trop, de gêner. J'avais l'impression d'être un boulet à leurs yeux.
–Ca me touche beaucoup, ajoutais–je en levant les yeux vers eux.
Ils hochèrent simplement la tête.
Un silence s'installa tandis que je revenais sur certaines photos qui m'avaient plus interpellée que d'autres.
–Et sinon, dit alors Severus, ton anniversaire, c'était comment ?
Je relevais la tête brusquement, cherchant une once d'ironie dans ses yeux. Il n'y en avait aucune.
–Comment ça ?
–Ben… tu as été gâtée ?
–Pas vraiment, non, répondis-je en grimaçant. Disons que devenir majeure chez les Sangs Purs, ce n'est pas très marrant.
Anthony releva les yeux de son livre.
–J'avais oublié… ce n'est pas les fiançailles, à 17ans ?
Je fis à nouveau une grimace. Mes deux amis avaient beau être de Sangs Mêlés, ils étaient un peu trop au courant selon moi des traditions de Sangs Purs.
–Apparemment si, fit Severus en me regardant avec un sourire amusé. Qui est l'heureux élu ?
–Ou le malheureux, ricana Anthony en échangeant un regard avec Severus.
La blague ne me fit pas vraiment rire. Ils le remarquèrent tout de suite et reprirent leur sérieux.
–Bon, qui est-ce ?, demanda Anthony d'un air plus inquiet.
–Je… euh… enfin… Il ne veut pas trop qu'on en parle et… enfin bon j'aipaledroidevouledire.
Haussement de sourcil des deux compères. Dingue ce qu'ils se ressemblent des fois…
–Répète ça. Mot par mot, fit Severus en se massant les tempes.
–Qui que ce soit je lui souhaite bien du courage, ajouta Anthony remettant ses lunettes droites.
–Oh, ça va, grognais-je. La, croyez moi, c'est moi qui vais en avoir besoin, de courage. Et je vous disais juste que je n'avais pas le droit de vous dire de qui il s'agit. Voilà.
Le fait de les voir s'amuser de la situation et plaindre mon « futur époux » m'agaçait tellement qu'elle ne me donnait même pas envie de leur dire de qui il s'agissait.
–Ouhla, fit Anthony. Ca m'a l'air bien sérieux tout ça. Il est si horrible ?
–Non. Très beau garçon. C'est juste l'intérieur qui va pas. Je n'ai jamais pu le blairer.
Ils échangèrent un regard. Dingue ce qu'ils m'agacent à faire ça sans arrêt…
–Un Sang Pur, beau garçon que tu n'as jamais pu blairer, fit Severus, songeur. Ca ne doit pas être trop difficile à trouver…
–On a même un choix assez restreint, ajouta Anthony : James Potter, Sirius Black… Lupin est Sang Pur ?
–Non, je ne crois pas, fit Severus.
–Et puis Nep' l'aime bien.
–C'est sur que j'aurais préféré lui…
–Bon sinon il y a Quincey McFlaye, mais pareil, il est plutôt sympa…
Severus grogna à ses paroles mais ne dit rien.
–Et je crois qu'il ne reste que Damasus Valantyn. Donc en fait, on a que trois choix plausibles : lui, Sirius Black et James Potter.
–Rayes tout de suite James Potter, dit Severus. Sa famille ne participe pas à ces traditions là.
–Sérieux ?, fis-je.
–Et non. J'aurais préféré, mais bon…, ajouta Severus.
Anthony et moi échangeâmes un regard. Bon, sujet difficile…
–Sirius Black ou Damasus Valantyn…, reprit Anthony.
Ils me lancèrent un regard interrogateur. Je fis semblant de regarder par la fenêtre en sifflotant.
–Reste à trouver lequel des deux.
Severus eut soudain un petit rire :
–Eh bien, en considérant que Black s'est tiré de chez lui, déshonorant toute sa famille, je pense qu'on peut le rayer de la liste aussi…
Anthony lui lança un regard en coin.
–Mais comment sais-tu tout ça ?
–J'observe.
Le silence se fit à cette réponse. Puis les deux se tournèrent vers moi avec un regard surpris.
–Damasus Valantyn ?
Je hochais la tête, le regard à nouveau vers la fenêtre. Je n'ai rien dis, ils ont comprit tout seul…
–Oh merde, fit simplement Severus.
Anthony fronçait les sourcils. Ca y'était, le problème les concernait enfin…
–Qu'en a-t-il dit, lui ?
–Il ne veut pas. Il dit qu'on trouvera une solution. Je ne l'aime pas mais je dois lui reconnaître au moins un certain courage que je n'ai pas.
–C'est-à-dire ?, s'étonna Anthony.
–Je ne sais pas quoi faire pour changer ces fiançailles. Je ne veux pas non plus prendre de risque. Je crois que c'est foutu, en fait…
–Tu vois, ça, Snape, c'est ta faute. A force d'être pessimiste, on le devient aussi, grogna Anthony.
–Hey ! Comment ça ?
–Au moins il faut admettre qu'il n'est pas si con que… attends une seconde, pourquoi ne veut il pas t'épouser au juste ? Tu vaux bien mieux que lui !
Je rougis bêtement à cette phrase. Trop de compliment en peu de temps, là…
–Même si t'es chiante, ajouta Severus.
–Hey ! Il ne veut pas m'épouser sans doute parce que ce n'est pas son choix, point. En fait ce qu'il a dit c'était un truc du style « Aussi belle et intelligente que soit la marchandise, je ne l'épouserais pas. », fis-je d'un ton peut être un peu trop fier.
–Ce qu'il peut dire comme conneries, ce mec, lança Anthony, les yeux écarquillés.
Pas la moindre trace d'humour dans son regard. Comment je dois le prendre ?
–Une marchandise, grommela Severus. Quel con, surtout !
–Merci Severus de prendre mon parti, grognais-je avec un regard en direction de Anthony.
Celui-ci eut un léger rire.
–Je ne remet pas en question ta beauté et ton intelligence – quoique… - mais surtout cette faculté qu'il a de te draguer alors qu'il ne souhaite pas t'épouser.
–Il ne draguait pas !
–Oh non, c'est sur…, s'amusa t'il. N'est-ce pas Sevy ?
–Pas du tout. D'ailleurs, ce n'est pas du tout le genre de Môssieur-je-me-suis-tapé-la-moitié-des-filles-de-l'école.
N'ayant rien à répondre, je préférais garder un silence buté. Le regard victorieux qu'ils échangèrent me fit grommeler d'avantage et j'entrepris de me lancer dans une longue bouderie. Au moins jusqu'à notre arrivée à Poudlard, na.
Devant le silence qui s'allongeait, Anthony reprit son bouquin et Severus retourna à sa contemplation du paysage qui défilait.
Sujet clos. On y reviendra selon le bon vouloir de ces messieurs.
Le trajet promet d'être long…
Arrivée à une demi-heure de Poudlard, je priais ces deux abrutis de me laisser le compartiment afin de m'y changer, ce qu'ils firent en grognant, comme chaque année.
Je venais à peine de nouer ma cravate qu'un bruit à l'extérieur me fit sursauter.
Je sortis donc en trombe du compartiment pour tomber sur Anthony et Severus, baguettes sorties, face à Black et Potter, sous le regard blasé de Lupin et… Valantyn.
–C'est quoi encore, ce bordel ?, fis-je.
La baguette de Potter tourna directement sur moi. Son propriétaire semblait bien se marrer.
Putain, j'ai fais quoi de ma baguette ?
Tel un seul homme, Severus et Anthony se déplacèrent pour se mettre devant moi.
–Que c'est touchant !, s'exclama Potter.
–Pas trop jaloux, Valantyn ?, ajouta Black.
Damasus haussa un sourcil et observa Sirius.
–Tu oublies les règles du jeu, fit il.
Incompréhension générale de tous, y comprit Lily Evans, Peter Pettigrow, Zoïa Saliensky et Erwan Brooks, qui venaient d'arriver.
–James, à quoi tu joues ?, fit Lily, poings sur les hanches.
–Que s'est il passé, cette fois ci ?, demandais-je à nouveau.
–Un petit souci entre Lupin et Snape, répondit Valantyn avec un regard appuyé sur moi. Problème qui n'aurait sans doute pas eu lieu si tout le monde avait rempli son rôle…
Severus me lança un regard surpris.
–Ta gueule, fis-je.
C'était plus fort que moi. Le voir la m'énervait tellement… Il faisait remonter les souvenirs de la conversation que j'avais eue avec Mère, quelques heures plus tôt.
–Ca ne te regarde donc pas. Tu peux partir, dit Anthony calmement.
–C'est marrant, pendant ces sept dernières années, c'est toujours les mêmes avec qui il y a eu des histoires…
–Brooks, ta gueule !, réagirent à peu près tous les élèves présents.
Erwan Brooks était notre préfet en chef, un Poufsouffle.
–J'ai le droit de vous enlever des points si je veux !
La baguette de Black changea de direction et se posa sur lui.
–Ouais. Sauf qu'on est pas encore à Poudlard, donc t'es gentil, laisse nous régler ça. Après, je te jure, on te foutra la paix.
Brooks leva les bras devant lui en signe de paix et se recula derrière Valantyn.
–Bon, reprit Potter après s'être assuré de la tranquillité de Brooks. Il n'y a pas grand-chose à régler la… Nous n'allons pas nous répéter une année entière de plus. Snape, tu fous la paix à Remus. Tu lui fous la paix sinon nous aussi allons commencer à fouiller dans les affaires des Snape et de ses deux compères.
Je vis devant moi les épaules de Severus se raidir. Recevoir des ordres de celui qui l'avait humilié pendant des années ne devait pas lui plaire.
Depuis qu'Anthony et moi étions avec lui, les Gryffondors lui avaient plus ou moins foutu la paix. Au début. Puis une sorte de guerre s'était déclenchée entre nous l'année dernière, quand Severus avait commencé à se poser des questions sur Lupin. Nous avions tenté de l'arrêter, mais impossible. Il avait bien trop de rancune.
Encore plus depuis que Evans ne lui adressait quasiment plus la parole… Avant ils étaient amis. Maintenant, ils s'ignoraient.
La main d'Anthony se posa discrètement dans le bas du dos de Severus, l'apaisant. Anthony avait l'effet d'un paratonnerre sur Severus.
–Très bien, fit juste Anthony.
Potter parut déstabilisé un instant puis se reprit. Il jeta un coup d'œil à Lupin dont le visage semblait fermé puis rengaina sa baguette.
Anthony l'imita aussitôt mais Black et Severus continuèrent à se regarder en chien de faïence.
–Seigneur, on se croirait dans un mauvais western, s'exaspéra Valantyn.
–On ne t'a rien demandé, répliqua Anthony en glissant à nouveau la main entre les omoplates de Severus. On rentre, vieux, ajouta t'il.
Sevy poussa un profond soupir et fit demi-tour, me tendant son bras. Je l'attrapai, un peu surprise, et les suivit tous les deux à l'intérieur de notre compartiment, sans un regard en arrière.
Une fois assis, je ne pus m'empêcher de leur poser la question :
–Alors dites moi exactement ce qu'il s'est passé, cette fois encore ?
–J'ai pété un plomb, fit Severus en baissant la tête et en posant son front sur sa paume. Je n'y peux rien, chaque fois que je vois Lily… avec ces deux cons… Putain…
–Et pourquoi Lupin, alors ?
Le ton d'Anthony s'était fait sec.
Severus soutint son regard quelques secondes, avant de détourner les yeux.
–C'est sûrement la seule arme que j'ai contre eux, fit il avec un léger sourire ironique. Et puis, ça m'intrigue… pas vous ?
Anthony et moi échangeâmes un regard. Severus les haïssait tellement…
Nous hochâmes la tête.
–C'était quoi cette histoire avec Valantyn ?, demanda finalement Anthony en se tournant vers moi.
–Eh bien, en fait, comme Black était présent le soir des mes… fiançailles, Valantyn et moi avons voulu le faire taire, il a accepté. En échange de quoi je devais parler à Severus et lui demander d'arrêter avec Lupin… mais je n'en ai pas eu le temps.
–Donc, en gros, si Sev' fout la paix à Lupin, Black gardera votre secret, c'est bien ça ?
Severus me lança un drôle de regard.
–Son silence dépend de moi ?, grogna t'il.
–Oui, répondis-je. Je suis désolée de te mettre ça sur le dos, Sev', je n'ai pas eu le choix.
Il grimaça.
–Je vois… Bon, très bien. Je vais me tenir à carreau.
Son regard était tourné vers la porte du compartiment.
Ce petit détail, peut être insignifiant, déclencha en moi un drôle de pressentiment.
NA : Souhaitez-vous que je continue, ou pas ?
