Quelques chapitres sont prêts, mais comme je ne sais pas du tout où je vais aller, je vais publier un peu.
On verra où le vent me portera
Enjoy !
Disclaimer : la plupart des persos appartiennent à Stephenie Meyer, mais les autres sont à moi !
Chapitre 1
Le jour venait de se lever, le soleil était si beau ce matin…
Je posais ma lyre, et quittai ma maison.
Ma jolie maison, un petit moulin, perdu au cœur de la forêt, avec un petit ruisseau circulant autour. Cela avait permis d'installer une roue, et donc de produire de l'électricité de façon autonome.
Il y avait un petit sentier conduisant à la porte d'entrée, et derrière, une clairière, sublime clairière. Il aurait même été possible de croire qu'elle provenait du jardin d'Eden tellement elle semblait lumineuse sous les rayons du soleil. Les fleurs y étaient nombreuses et créaient un univers artistiquement coloré. Chaque arbre y avait sa place et ajoutait une touche une touche de parfum lorsque venait le temps où les fleurs devaient éclore. L'atmosphère était alors chargée de milliers de saveurs, suffisamment fortes pour qu'on ait pu sentir toutes les saveurs, mais suffisamment légères pour rendre l'endroit paradisiaque.
Nombreuses étaient les âmes en quête d'inspiration qui s'étaient aventurées ici. Chacune avait ensuite quitté les lieux, une fois son œuvre complétée. Ces âmes allaient et venaient, trouvaient les mots qu'il leur fallait, puis partaient, respectant la beauté de ces lieux.
Qui sait ? Peut-être une autre âme en mal d'amour frappera à ma porte demain. En attendant, au boulot, j'ai des poètes à inspirer !
Et je repartis dans la forêt, saluant les naïades, les dryades et les autres nymphes jusqu'à atterrir dans une petite clairière. Elle était si jolie ! Je m'allongeais sur l'herbe, savourant les sensations du soleil sur ma peau, et les odeurs des fleurs. Nous étions en plein été, les fleurs étaient toutes écloses, et le soleil avait décidé de se montrer aujourd'hui. Chose exceptionnelle pour cet endroit perdu au fin fond de la France, cela n'arrivait pas souvent. Mais le temps pluvieux était propice aux poètes en mal d'amour qui écrivaient tout dans leurs poèmes. Quel meilleur endroit pour une Muse ?
Je me prélassais en pensant à l'ode que j'avais inspirée quelques jours plus tôt :
« Il est parfois permis au détour d'un chemin,
A qui reste rêveur et qui sait regarder,
De trouver une Muse par un heureux dessein,
Qui inspire le poète qui a su la trouver.
Ma muse est sensible d'abord, un peu mélancolique ;
Enivrante surtout, comme une fleur bucolique.
Elle m'apporte des rêves aux saveurs romantiques,
Et le goût du bonheur aux arômes antiques.
Elle adore voyager sur la plage près des eaux,
Elle aime à reposer sa tête sur les flots,
Ou encore contempler la douceur de la lune,
Elle en descend d'ailleurs ! Et c'est là ma fortune.
Déposée une nuit par son tendre Pierrot,
Elle s'est laissée glisser sur un rayon lunaire,
Il a su la poser, et tirant son chapeau,
A signé son sourire d'une marque stellaire.
Aujourd'hui elle voudrait retrouver les étoiles ;
Emmenée par Pégase dans un très long voyage,
De la terre à jamais elle ferait ses bagages,
Sur le cheval céleste elle veut lever les voiles.
Je saurai la mener, la guider par la main,
Ouvrant mes ailes blanches et d'un vol assuré,
Dans l'espace infini des plaines éthérées,
L'emmener dans la Lune pour y dormir enfin. »
[Ma Muse, Mikaël Le Saint]
Ce jeune s'était perdu dans la forêt, et avait atterri près de ma maison. Il s'était assis, et regardait le paysage, puis il avait sorti son crayon, ses feuilles et avait écrit. Une fois son œuvre achevée, il avait ouvert le porte de ma maison, en avait laissé un exemplaire en évidence sur la petite table, puis était reparti. Comme il était venu. Je l'avais observé et inspiré, du haut de l'arbre sur lequel il s'était appuyé, mais il ne s'était pas retourné vers moi.
Avait-il su que je me trouvais là ?
Je savais que je n'aurai jamais la réponse.
Le soleil venait de se dissimuler sous une épaisse couverture de nuages quand j'aperçus une biche qui fuyait. Soudain, je sentis une présence. Etait-ce une âme en quête d'inspiration ? Un randonneur ? Ou simplement une personne se promenant dans les bois ?
Je disparus aussitôt et grimpai sur un des arbres qui bordaient la clairière.
Un jeune homme arriva, il venait de l'endroit que la biche semblait fuir. Il était grand, la peau pâle, très pâle, des cheveux courts, de couleur cuivre, des yeux noirs, un nez droit, fin, un visage fin aussi. Il portait des vêtements simples : une chemise claire et un jean.
Cherchait-il l'inspiration ? Etait-il l'un de ces poètes en mal d'amour cherchant désespérément à exprimer leurs émotions et leur passion ? Etait-ce un de ces peintres qui n'aspirent à représenter que leur passion à travers des toiles incroyablement colorées ? Peut-être était-il un romancier écrivant une longue histoire d'amour, cherchant inlassablement un moyen de réunir ses deux amants ?
Non, il n'était pas un de ceux-là. Je voyais son aura, et c'est la musique que je voyais émaner de lui.
Tiens donc, un musicien.
Dans tous les cas, je ne voyais pas de besoin d'inspiration venir de lui. Il ne désirait pas mes services. Par contre, il regardait l'endroit où je m'étais allongée, je le vis s'en approcher et s'accroupir pas loin. Il se releva et suivis le chemin que j'avais pris pour venir. Je le suivis, et un détail me perturba : il était trop rapide pour un humain.
Mais qu'est-ce donc que ce truc ?
Nous arrivâmes à ma maison. Il parut surpris de voir une maison. Elle était pourtant là depuis plus de 300 ans. C'était même moi qui l'avais construite… Bon, je reconnaissais qu'on m'avait aidée, mais c'était mon idée à l'origine.
Il fit le tour de la maison, observant les alentours, il s'approcha de la porte d'entrée, mais ne l'ouvrit pas. Il semblait chercher quelque chose, ou quelqu'un. Peut-être me cherchait-il ?
Mais il ne pouvait pas me voir.
Pas une seule fois, il ne s'était tourné dans ma direction. Pas une seule fois, il ne m'avait regardée.
Il ne pouvait pas me voir.
Cependant, quelques détails m'interpellèrent.
D'abord, il était trop rapide, ce n'était pas un humain. Ensuite, il était trop pâle, ce n'était plus à la mode pour les hommes de se maquiller autant. Et, cela ne semblait pas être du maquillage. Non, c'était naturel. Combien de mentos mangeait-il par jour ? Et d'ailleurs, les mentos n'avaient jamais décoloré ainsi sur la peau. Puis ses yeux noirs. Il ne portait pas de lentilles.
Toi mon grand, tu vas bientôt devenir le sujet d'une longue enquête.
Il tourna encore une fois autour de la maison, puis décida d'ouvrir la porte. Il rentra à l'intérieur, j'en fis de même. Il était hors de question que je laissasse un inconnu toucher à mes affaires.
L'intérieur de ma maison était simple. On arrivait dans un petit vestibule, avec une petite étagère pour poser ses affaires. La porte devant menait au salon, sur la gauche se trouvaient divers instruments de musiques : un piano, une harpe, ma lyre, une guitare...
Tous les instruments utilisés par les poètes pour déclarer leur flamme... Chacun avait son histoire. Tous m'avaient été offerts au fil des années par mes… admirateurs. Je chérissais ces souvenirs, et les emportais avec moi à chaque fois que je déménageais.
Sur la droite un grand canapé très confortable, derrière, une petite table basse sur laquelle je laissais traîner les poèmes que les poètes laissaient. Et une grande étagère devant le mur sur laquelle je posais tous mes livres. Inutile de préciser qu'elle était pleine. Au plafond, un accès au grenier, très pratique pour y ranger des objets dont je ne me servais plus.
La salle de derrière était divisée en deux, à droite la salle à manger, suffisamment grande pour accueillir quatre personnes, avec un beau feu de cheminée. A gauche une petite cuisine, avec un petit four, et d'autres matériels de cuisson, et un accès à la cave, où j'y stockais des bouteilles de Nectar en tout genre, sans oublier les bouteilles d'Ambroisie, sources de notre immortalité.
Derrière la cuisine se situait ma chambre, petite, coquette, confortable. Il y avait une porte pour rejoindre la clairière dehors. Sur la droite se trouvait ma petite salle de bain, avec le nécessaire pour la douche, mais aussi pour la lessive.
Mon visiteur ne se promena pas dans la maison, il resta simplement dans le salon, s'approchant des instruments de musique. Il regarda le piano et souleva le clapet protégeant les touches et joua quelques notes. Le piano était bien accordé, j'en prenais soin.
D'un coup, il s'assit et joua une mélodie. Je m'installais sur le piano, juste devant lui. Il ne me voyait, ne sentait pas ma présence. Et j'écoutais. Sa mélodie était jolie, il ne la jouait pas comme quelqu'un qui l'improvisait. Non. Il connaissait cet air. Mais, mû par une pulsion étrange, il avait eu envie de la jouer sur le piano. Une fois son air achevé, il se mit à en jouer un autre. Celui-ci étant connu : Clair de Lune, de Debussy. Et il continua à jouer pendant un moment. L'on aurait pu croire qu'il n'arrivait plus à s'arrêter.
Comment cela se faisait-il d'ailleurs ? D'habitude, les humains arrêtaient au bout d'un petit moment. La nature humaine voulait que l'on se lasse d'une certaine activité au bout de quelques dizaines de minutes. Mais celui-ci jouait à présent depuis plus d'une heure. Pourquoi ? Pourquoi ne s'arrêtait-il pas ? Il ne cherchait pas l'inspiration, non. Il jouait, il se contentait de jouer des airs qu'il connaissait. Sans se lasser. En présence d'une Muse, il est dit que les passions se déchaînent, et ont tendance à s'emballer. Toutefois, ça ne durait jamais longtemps avec les humains.
J'en revenais donc à mes suppositions, cet homme n'était pas ce que l'on pouvait appeler un… être humain. Non, juste quelque chose à l'apparence humaine… Shooté aux mentos. Mais peut-être réagissait-il ainsi à cause de moi ? D'accord, ce n'était pas un humain, mais il avait un côté artiste qu'il laissait s'exprimer, et cette part de lui était sensible à l'Inspiration, et la fougue artistique. Je décidai de m'éloigner de lui, histoire de voir comment il réagirait.
Le résultat fut sans appel : il s'arrêta dès que je descendis du piano, en plein milieu de son morceau. Ainsi donc, ce truc était vraiment sensible aux Muses. Plus sensible que ne l'était un humain en tous cas. Quoi qu'il en soit, il se leva, secoua la tête un instant. Puis il sortit de la maison.
Une fois dehors, il fit un dernier tour des lieux et partit par où il était venu.
Je ne le suivis pas et partis dans la direction opposée. Je courais, longtemps, jusqu'à arriver dans une grande ville. Je ne saurais dire quelle était cette ville, mais je m'y trouvais. J'escaladais une maison, puis me mis à sauter de toits en toits, cherchant une personne à inspirer.
Je finis par trouver une jeune auteure. Perchée sur le toit de sa maison, j'entendais son récit. Elle cherchait les mots pour composer un long poème afin que son personnage déclare sa passion à sa compagne, et ainsi mettre un point final à son histoire.
Allons, ferme les yeux, ça va venir.
…
Et voilà !
Elle composait à présent ses rimes à toute allure, je sentais son enthousiasme déborder ! Je devais avouer que j'aimais la fin de son poème :
« Maintenant, désormais, je sais comment t'aimer,
Et enfin, j'ose te demander de m'épouser. »
Son histoire était enfin finie ! Je savais très bien ce qu'elle faisait à présent : elle relisait son poème, puis feuilletait son histoire, fière d'elle.
Quant à moi, je descendis du toit, ayant envie d'aller faire un tour dans un petit café. Les humains pouvaient me voir à présent. Je savais très bien de quoi j'avais l'air pour eux.
Une jeune fille brune, aux cheveux longs, légèrement ondulés. Les yeux marron, un beau marron : rappelant le chocolat. Un visage fin, un nez fin aussi, une petite bouche, avec des lèvres bien roses. Je paraissais habillée d'une jupe marron, avec des nuances de couleurs : du clair en foncé en partant du haut vers le bas, changeant selon les reflets de la lumière, longue comme il faut, de petites ballerines marron foncé, je semblais porter un T-shirt avec un col en V, blanc, avec une petite veste, légère, beige. Je portais toujours mes boucles d'oreilles dorées, en forme de lyre, un bracelet fin à mon poignet gauche, doré, représentant des fleurs de myrte, et un autre sur mon poignet droit, argenté, représentant des fleurs de roses. J'avais aussi un collier, doré, avec une fleur de rose rouge et une fleur de myrte blanche en pendentifs.
J'aimais ces bijoux. Chacun avait son histoire. Tous m'avaient été offerts, tantôt par des amis, tantôt par des hommes… cherchant à attirer ainsi mes faveurs.
Mais, une Muse et un être humain… Non, ce n'était pas envisageable. Je m'étais arrêtée un instant pour réfléchir à cette histoire. Je repris donc ma route.
J'arrivais devant un petit café, au coin d'une rue et entrais à l'intérieur. Je commandai un chocolat chaud et attendis. Une fois celui-ci devant moi, je le buvais doucement, savourant le goût du chocolat, avec un peu de chantilly. Je laissais quelques pièces sur la table et sortis. Je me dirigeai vers les boutiques au bout de la rue et décidai d'y faire un tour. Je m'arrêtai devant une boutique de vêtements et y entrai.
Deux femmes étaient en train de déambuler dans les rayons. Je fus interpellée par leur pâleur, me rappelant l'homme que j'avais vu dans la forêt.
Cependant, il y avait une différence par rapport au rouquin de tout à l'heure. Celles-ci avaient les yeux dorés. J'étais bien placée pour savoir qui avait normalement les yeux dorés, et ces deux filles n'en faisaient pas partie.
La première était petite, les cheveux noirs, courts, hérissés en pointes. Elle portait des vêtements bien accordés, un jean avec un débardeur clair, et une veste en cuir clair. L'autre était blonde, les cheveux longs, descendant jusque dans le bas de son dos. Elle portait des vêtements légèrement plus colorés, révélant ses formes avec style. Elles portaient toutes les deux des sacs provenant de boutiques diverses, beaucoup de sacs. Combien de boutiques avaient-elles écumées ? Prenaient-elles des vêtements pour elles seulement ?
Je restai ébahie quelques secondes devant elles, puis me ressaisis et allais voir les rayons. Je me promenais devant le rayon des écharpes et foulards quand je vis un foulard qui me plût. Je l'enfilai et regardai mon reflet dans le miroir mis à disposition.
- Je le prendrais si j'étais vous, me dit une voix derrière moi.
Je me retournai et vis la jeune fille de tout à l'heure, celle aux cheveux noirs. Elle avait un petit accent, roulant les 'r' et écrasant quelques syllabes.
- Il s'accorde bien avec vos cheveux et votre tenue, ajouta-t-elle.
- Je pensais le prendre en effet, lui répondis-je. Merci du conseil, ajoutai-je avec un sourire.
Elle me sourit en retour et me tendit une veste.
- Ça aussi, ça vous ira bien.
Je restais un instant sans rien dire.
- Ça ne me va pas, et ça ne va pas à Rosalie, mais je suis sûre que vous la porterez mieux que nous, m'expliqua-t-elle.
- Si vous le dites, marmonnai-je.
Pour qui se prenait-elle ? J'estimais être capable de me choisir des vêtements toute seule. Quand on a plus de 6000 ans, on sait choisir ses vêtements !
Je ne pris pas sa veste et me dirigeai vers la sortie.
- Attendez ! me dit-elle.
Elle me suivit et se plaça devant moi, m'obligeant à m'arrêter.
- Pardon, je ne voulais pas vous offenser ou quoi que ce soit, je pensais juste que cette veste serait parfaite sur vous.
- C'est gentil de votre part, mais je ne cherchais pas de veste. J'en aurais prise une lorsque je suis passée devant si c'était le cas.
- C'est vrai, dit-elle.
- Alice ? Qu'est-ce que tu fais ? appela son amie, avec le même accent.
- Je discute.
- Je crois que je vais vous laisser, lui dis-je.
- Non, restez, me dit la fameuse Alice. Venez faire les boutiques avec nous.
- N'avez-vous pas terminé ? lui dis-je en désignant les sacs du menton.
- Non, nous venons à peine de commencer ! s'exclama-t-elle en commençant à sautiller.
Son amie nous rejoignit.
- Alice ! Tu viens ? Les garçons vont nous attendre, dit-elle.
- Eh bien, qu'ils attendent, j'étais en train de proposer à Mademoiselle de venir avec nous.
- Proposition que j'étais d'ailleurs en train de décliner, intervins-je. Je vais prendre ce foulard, puis faire un dernier tour et rentrer chez moi. Je vous souhaite une bonne journée, mesdames.
- Non ! Venez avec nous ! supplia Alice.
- C'est gentil de m'inviter, mais, d'abord, je n'ai pas envie de circuler dans des tonnes de boutiques de vêtements, ensuite, je n'en ai même pas besoin, et pour finir, c'est dans une librairie que je veux aller. Et comme j'ai l'impression que ce projet ne rentre pas dans vos lignes de comptes, je vais m'en tenir aux miennes et vous laisser profiter de votre journée. Au revoir.
Je la contournai, payai mon achat et sortis de la boutique, mon foulard dans un sac. J'allai dans la librairie qui se situait quelques rues plus loin, espérant ainsi me débarrasser de cette folle.
Il était vrai, qu'étant ce que je suis, ce genre d'événement m'arrivait quelques fois. Que voulez-vous ? En présence d'une Muse, les passions se déchainent. Si cette fille était passionnée de shopping, il était normal qu'elle propose aux autres de l'accompagner.
Mais elle me rappelait beaucoup trop l'homme de ce matin, qui n'était pas humain. Et je n'aimais pas être en présence de créatures que je ne connaissais pas.
Je pénétrai enfin dans la librairie, et, chose très surprenante, il y avait, le jeune homme que j'avais vu dans la forêt. Il feuilletait quelques livres. A ses côtés, se tenait un autre homme, blond, les cheveux bouclés. Il tenait un livre en main, un livre d'Histoire à en juger la couverture, et le regardait d'un air intéressé. Celui-là aussi était pâle.
Qu'ont-ils aujourd'hui à tous être blancs comme des cachets d'aspirine ? Ils sont tous shootés au mentos ! Ce n'est pas possible autrement !
Le musicien ne semblait toujours pas en quête d'inspiration, plutôt à la recherche d'un livre avec son ami.
Quant à moi, je me dirigeai vers les livres classiques et attrapai une vielle version de Roméo et Juliette. Je me souviens encore du jour où j'avais inspiré ces mots :
« Oh ! Elle apprend aux flambeaux à illuminer ! Sa beauté est suspendue à la face de la nuit comme un riche joyau à l'oreille d'une Éthiopienne ! Beauté trop précieuse pour la possession, trop exquise pour la terre ! Telle la colombe de neige dans une troupe de corneilles, telle apparaît cette jeune dame au milieu de ses compagnes. Cette danse finie, j'épierai la place où elle se tient, et je donnerai à ma main grossière le bonheur de toucher la sienne. Mon cœur a-t-il aimé jusqu'ici ? Non ; jurez-le, mes yeux ! Car jusqu'à ce soir, je n'avais pas vu la vraie beauté. »
[Acte I, scène V, Roméo, Roméo et Juliette, Shakespeare]
Je sentis tout à coup quelque chose tirer sur ma jupe. Je tournai la tête et aperçut un petit garçon. Il me regardait, tenant une feuille et un crayon, tirant sur ma jupe de l'autre main. Je reposai le livre et m'accroupis devant lui. Il devait avoir dans les 7-8 ans.
- Oui ? Tu cherches quelque chose mon grand ? lui demandai-je.
- J'ai écrit un poème, et je voulais savoir ce que vous en pensiez Madame, dit-il en me tendant sa feuille.
C'était une réaction que je suscitais souvent chez les jeunes, ils voulaient montrer leurs œuvres, avoir l'avis de celle qui les a inspirées. Mais jamais personne n'avait compris que c'était moi, justement la Muse.
- D'accord, voyons voir... Tu veux me le réciter, ou je dois le lire ?
Pour toute réponse, il me mit son papier dans les mains.
« Le Soleil brille dans le ciel bleu,
Un vrai régal pour les yeux,
Je le vois grand et majestueux,
Illuminant ainsi les cieux. »
- C'est très joli, tu l'as fait tout seul ?
- Oui.
- Eh bien, bravo. C'est un très beau poème. Tu peux être fier de toi, conclus-je en lui rendant son papier.
Il partit vers l'arrière-boutique, tout content de lui, un sourire jusqu'aux oreilles. Je retournai pendre le livre de Roméo et Juliette sur l'étagère.
- Roméo et Juliette, on aime les classiques ? me demanda une voix derrière mon épaule.
Je pivotai et reconnus le musicien.
- Quoi de plus beau qu'une déclaration d'amour passionnée destinée à son âme sœur ? demandai-je.
- Certes, me répondit-il.
La porte d'entrée s'ouvrit, une rafale de vent pénétra à l'intérieur, mon interlocuteur se raidit et sortit de la boutique avec son ami, sans me laisser le temps de lui répondre.
Au revoir quand même !
Quelle mouche l'avait piqué ? Avais-je fait quelque chose de mal ? Je cherchais un quelconque geste, ou mot qui aurait pu le pousser à partir, mais je ne trouvais rien. C'était étrange. D'habitude, les gens viennent vers moi, ressentant automatiquement le besoin d'écrire une poésie, ou de peindre une toile, ou encore de composer une musique dynamique. Mais là… Mystère complet.
Je pris le livre de Roméo et Juliette, le payai et sortis de la librairie. Je voulais aller m'allonger dans le parc, et fermer les yeux. Et c'était ce que je fis. J'allai dans le parc, et m'allongeais tranquillement dans l'herbe. Je sentais un besoin d'inspiration pas loin de moi. Je me redressai et vis un jeune homme, assis sous un arbre, un stylo dans la main, des feuilles sur les genoux.
Inspiration... Inspiration... Ferme les yeux, et laisse les mots venir d'eux-mêmes...
Nous y étions, il ouvrit les yeux, et écrivit, puis contempla son œuvre, ravi. Je me rallongeai et fermai les yeux.
Je n'avais pas la moindre notion du temps qui s'était écoulé, mais une voix m'appela :
- Eh oh !
J'ouvris les yeux, et vis la fille du magasin de vêtements.
Oh non ! Pas elle !
- Nos chemins se croisent encore dirait-on, dit-elle.
- En effet. N'aviez-vous pas des boutiques à visiter ?
- Si, mais nous avons terminé, la journée est bien avancée maintenant.
- Eh bien, retournez donc à vos occupations et laissez-moi aux miennes, conclus-je en me réinstallant.
- Mes occupations principales sont le shopping !
- Sans blague ? Je n'avais pas remarqué.
- Les magasins ne sont pas encore fermés, viens avec moi ! me dit-elle.
- Pourquoi le ferais-je ?
- Je ne sais pas, je meurs d'envie de t'habiller, j'ai plein d'idées.
- J'apprécie que l'on se soucie de moi, mais ça ne m'intéresse pas pour le moment.
- Qu'est-ce qui t'intéresse alors ?
- Pourquoi ne retournes-tu pas à ta passion ? Et je ferai de même avec la mienne.
- Je n'ai plus personne à habiller, ils se sont tous plaint de leurs armoires trop pleines. Alors, je me suis dit que je pourrais t'habiller toi.
- Comme je l'ai déjà dit, je n'en ai pas besoin, et encore moins envie, répondis-je. En revanche, j'ai envie de profiter de la sérénité que je ressentais avant d'être dérangée.
- S'il te plaît ! J'ai trop d'idées ! Ce serait un crime de les gâcher !
- En attendant, c'est ma journée qui est gâchée. Je vais rentrer chez moi, déclarai-je en me levant.
Je ramassai mes affaires et la laissai sur place et quittai le parc. Je savais qu'elle me suivait. Je tournai au coin d'une rue et disparus de son champ de vision, juste un instant. Mais c'était largement suffisant pour que je puisse disparaître aux yeux des humains.
Elle tourna au coin de la rue, et s'arrêta, ne me voyant plus. Je grimpai sur un arbre au-dessus d'elle, elle continuait à regarder tout autour d'elle. Elle jeta même un coup d'œil à l'arbre dans lequel j'étais, mais ne me voyait pas. C'était étrange, d'habitude, les humains laissent tomber lorsque je refuse la première fois. Ils sentent inconsciemment qu'il ne faut pas contrarier une Muse. Pourquoi celle-ci s'acharnait-elle ?
J'en oubliais ma supposition, peut-être n'était-elle pas humaine. Cela expliquait son comportement. Je réveillais sa passion par ma présence et l'essence que je dégageais, elle y était sensible, comme n'importe qui d'ailleurs, et elle réagissait. Elle réagissait trop, et ça en devenait contagieux... Il me fallait être prudente avec ceux-là. S'ils réagissaient tous comme cette fille, je risquais d'avoir des problèmes.
Réfléchissons, j'ai rencontré le premier dans la forêt.
…
La forêt !
Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Les nymphes de la forêt en savaient peut-être plus à leur sujet. Je descendis de l'arbre et courus vers la forêt. J'interrogeai quelques dryades et naïades, mais elles me répondaient toutes la même chose : « Ils ne vivent pas dans cette partie de la forêt, je ne sais pas ce qu'ils sont. »
Alors je continuai ma course et retrouvai la clairière de ce matin. J'y rencontrais une dryade, plus renseignée que les autres :
- Ils sont arrivés il y a quelques jours. Ils se sont installés dans une grande maison qu'ils ont fait construire dans les bois, pas très loin de la route, mais suffisamment pour rester discrets.
- Tu sais combien il y en a ?
- Pour le moment, j'en ai vu sept différents. Trois femmes, une grande blonde aux cheveux longs, une petite aux cheveux noirs courts, et la dernière, de taille moyenne avec les cheveux couleur caramel, plutôt longs. Il y avait aussi quatre hommes : deux blonds, plutôt minces, l'un plus grand que l'autre, un rouquin, aussi grand que le plus grand des blonds, plutôt fin lui aussi, et un grand bien baraqué avec les cheveux courts marron-noir.
- Sais-tu ce qu'ils sont en réalité ?
- Malheureusement non, je ne les ai vus que le jour de leur arrivée. Je suis partie le lendemain, j'avais quelqu'un à voir...
- Je comprends, merci des renseignements, lui dis-je.
Elle s'apprêta à partir. Mais je la rappelais :
- Attends ! Une dernière question !
- Oui ? dit-elle en se retournant.
- Est-ce qu'ils sont tous pareils ? Je veux dire, tous pâles, blancs comme des cachets d'aspirine ?
- Il me semble oui. Je ne les ai pas regardés plus que ça, s'excusa-t-elle.
- Ce n'est pas grave, j'en sais déjà plus grâce à toi. Merci encore.
- Je t'en prie, ce fut un plaisir. Tu devrais peut-être aller voir la naïade du ruisseau pas loin de leur maison, elle en saura certainement plus.
- Elle est là aujourd'hui ?
- Non, elle reviendra dans quelques jours je crois.
- D'accord, Merci pour tout. Au revoir.
- Au revoir, reviens me voir quand tu veux.
- Je n'y manquerai pas, assurai-je avec un sourire.
Et elle disparût dans les bois, tandis que je rentrais chez moi. Je pris le livre que j'avais acheté à la librairie, et le lisais dehors, allongée dans la clairière. Quand je l'eus terminé, je réfléchis encore à ces gens, pas humains. Peut-être mes sœurs en avaient-elles déjà rencontrés auparavant. Auquel cas, je pourrais leur demander des renseignements. Oui, je pourrais essayer d'en parler avec elles. Nous devions justement nous retrouver ce soir, ce rassemblement arrivait à point nommé. J'allais donc me préparer pour y assister, puis partis.
Les poèmes et citations ne sont pas toutes de moi. Je précise en général qui est l'auteur juste après.
A la prochaine !
Lot'
