Emission 2 : Le plus petit cabaret du monde

Un roulement de tambour retentit soudain sur le plateau. Kanon, Jacques Martin du pauvre, prit alors une intonation de voix bonhomme et déclama :

- Voici nos premiers candidats. Ils nous viennent tout droit du Japon, pays réputé pour son sushi, ses geishas et ses mœurs pour le moins étranges. Comme ils sont très timides, je vous demanderai de ne pas les applaudir trop fort. Les voici !

Un couple d'adolescents se présenta sur la scène. Kanon, se jetant sur eux comme la misère sur le monde civilisé, demanda brutalement à la jeune fille :

- Bonjour ma petite. Dis-moi, quel est ton nom ?

- Saori Kido, répondit l'adolescente. Mais, depuis quelques temps, tout le monde m'appelle Athéna et me traîne de pays pourrave en pays pourrave. Je trouve ça très moyen.

- Elle trouve ça très moyen, répéta le frère de Saga, en hochant du menton d'un air entendu. Les enfants sont formidables. Et toi mon petit, comment que tu t'appelles ?

- Ben, Seiya, répliqua l'intéressé. C'est moi le héros de l'histoire. Y a ma tête sur la couverture de chaque manga.

- C'est le « héros » de l'histoire, paraphrasa le présentateur. Décidément, les enfants sont exceptionnels. Où vont-ils chercher tous ça ?

A l'extérieur, les fans Française, aux anges, buvaient littéralement les paroles de leur idole.

- Ah ce Kanon, quel acteur, proclama l'une d'elles. C'est fou comme il arrive à entrer dans la peau de son personnage !

- Il n'y a pas que là qu'il se plaît à entrer, confirma un Saint à leurs côtés, en se massant les reins (Saint dont je laisserai le soin à mes éventuelles lectrices férues de Yaoi de choisir l'identité).

- C'n'est pas bientôt fini cette parlotte inutile, s'écria Eris. Vous croyez que l'on a que ça à faire ? On a un timing à respecter, je vous signale !

Kanon, plus zen qu'un moine shaolin, susurra aux deux adolescents :

- Que cela vous serve de leçon. Voici ce que devient une fleur lorsqu'elle n'est pas convenablement arrosée. En piste !

Lucifer, prenant le relais du Saint d'or intérimaire, questionna le couple « mythique » :

- Alors ? A part être devenu la cible préférée des parodies de tous poils, quel est votre incroyable talent ?

- En fait, commença Seiya, nous voudrions vous interpréter un numéro de cabaret. Saori, ma douce assistante, va se placer à quinze mètres de moi avec une pomme sur la tête. De mon côté, je vais me bander les yeux. Mon défi sera de transpercer la pomme d'une flèche sans blesser, cela va sans dire, ma déesse unique et préférée.

- Un numéro à la Guillaume Tell, gémit Lucifer. C'est divinement original. Je vous en prie, faites-nous rêver.

Seiya, sourd aux quolibets, agrippa dans son dos l'arc et la flèche d'or de l'armure du Sagittaire. Abel, songeur, donna un coup de coude à Poséidon et lui dit :

- Je n'ai jamais compris d'où il faisait apparaître son arc. A plus fortes raisons aujourd'hui, alors qu'il n'a même pas d'armure sur le dos.

- C'est un des nombreux mystères de la vie, répliqua le souverain des mers. Ce serait comme d'expliquer comment la chaîne d'Andromède réussit à s'allonger à l'infini et…

- Bouclez-la, les réprimanda le prince des ténèbres. Je vous préviens, le premier qui l'ouvre encore finira la soirée avec Mitsumasa Kido himself. C'est vraiment ce que vous voulez ?

- Non, non, répondirent en cœur les deux Dieux. On se tait…

Profitant de cet intermède bienvenu, Saori s'était changé dans les coulisses. Elle revint vêtue d'une maillot une pièce très moulant, de bas résilles et d'escarpins à talons. Mais ce qui choqua le plus l'assistance, ce furent le serre-tête orné d'oreilles de lapins qu'elle portait et le petit pompon de fourrure que l'on devinait sur son noble fessier. Dohko, fin psychologue, fit à ce sujet une remarque fort pertinente :

- Il m'est avis que l'auteur est encore traumatisé par les épisodes de Nicky Larson, qu'il a visionné dans sa prime jeunesse…

Abel, découvrant cette affriolante naïade, oublia les injonctions de Lucifer et s'exclama :

- Petite sœur ! Que tu es…glups… belle !

Poséidon, goguenard, murmura à Eris :

- Tu vois, il a des pensées impures pour sa sœur. Ca, c'est un signe qui ne trompe pas, c'est bien un Dieu grec.

- Ah pardon, rétorqua la déesse. L'inceste ne nous ait pas réservé. Nombre de cultures ont clairement établi que…

- Je vous avais prévenu, les coupa Lucifer. Ce soir, vous serez les hôtes de notre bien-aimé, quoique très vicieux, producteur.

Dépité, le seigneur des océans pesta :

- Mouais. Jean-paul Sartre avait raison, l'enfer c'est bel et bien les autres.

Seiya, un peu oublié, paraissait embarrassé. Fouillant en vain dans ses poches, il finit par se tourner vers le public et lui demanda :

- Excusez-moi, quelqu'un dans l'assistance aurait-il une pomme à me prêter ? Mon accessoiriste a omis de m'en fournir une.

- Attends moucheron, intervint la déesse de la discorde. J'ai ce qui te faut sous la main.

Eris, également magicienne à ses heures perdus, fit se matérialiser une pomme d'or dans sa main droite. D'un geste désinvolte, elle la jeta à Seiya, étonné que cette furie se montre aussi coopérative. Mais, lorsqu'il déchiffra l'inscription gravée sur cette même pomme, il comprit le but de la manœuvre.

- A la plus niaise, lut-il à voix haute. Ah ha, très spirituel… Une question, vous êtes tous aussi beaufs sur l'Olympe ou tu es seulement un cas isolé ? Enfin passons. On va dire que ça fera l'affaire… Tatsumi !!

Plus obséquieux que jamais, le serviteur de la famille Kido s'empara de la pomme d'or et conduisit Saori près d'un des piliers de soutien de l'édifice. D'une chaîne standard, il entreprit de la saucissonner, comme l'avait été jadis la si légendaire Andromède. Ce fut la goutte d'eau faisait déborder le vase pour Shun qui, depuis les gradins, observait cet affligeant manége. Tombant en larmes dans les bras de son frère aîné, il bafouilla :

- Ikki… C'est vraiment trop injuste… Cette pintade m'a volé mon rôle récurent !!!

Le saint du Phénix, levant les yeux au ciel, déglutit :

- Pourquoi moi… ?!

Retour à Tatsumi qui, plus perfectionniste que jamais, avait accroché quatre cadenas à la chaîne liant la petite-fille de son inoxydable employeur. Après avoir posé sur sa tête la pomme d'Eris, il vint à Seiya et entreprit de lui couvrir les yeux d'un bandeau de soie. Le Saint de Pégase, un peu mal à l'aise, commenta alors :

- Espèce de vieux pervers. J'espère pour toi que ce que je sens dans mon dos est vraiment ton bâton de kendo.

- Hum, what else ? répondit Tatsumi, en prenant une voix de crooner.

L'affaire finie, le serviteur s'effaça, laissant ainsi la vedette à un Seiya exalté :

- Mesdames et messieurs, le numéro auquel vous allez assister ce soir est réalisé sans le moindre trucage. Toutefois, je ne saurais trop vous conseiller de ne pas le reproduire à la maison, pour d'évidentes raisons. Chers amis, pourriez-vous faire le décompte ?

Zombifié, le public se mit à compter :

- Cinq, quatre, trois, deux, un… zéro !

Aussitôt, un bruit de tension retentit sur le plateau. Seiya avait décoché sa flèche. Ce bruit, malheureusement, fut immédiatement suivi par un cri inhumain qui, grossièrement, ressemblait assez à cela :

- Aaarrrggghhh !!!

- Quoi argh ? s'étonna Seiya, en ôtant son bandeau. Que… ?!

Le spectacle qu'aperçut à cet instant le Saint de Pégase était abominable. Par un curieux hasard, il avait manqué sa cible. Sa flèche, au lieu d'atteindre la pomme d'or, avait atteint la toute fraîche, quoique très appétissante, poitrine de Saori.

- Petite sœur ! Ne t'inquiètes pas, je vais te sauver !

Abel, à la côte avec Jabu et Tatsumi, s'était déjà jeté à son chevet. Chacun d'eux était prêt, si besoin était, à lui administrer un vigoureux massage cardiaque. Seiya, dans un grand moment de solitude, s'interrogea en son fort intérieur :

- Impossible ! Je n'ai jamais manqué la moindre cible ! A moins que…

Furieux, le frère de Seika se tourna vers les trois autres membres du jury. Ceux-ci, sifflotant et regardant ailleurs d'un air distrait, faisaient reluire les angéliques auréoles qui étaient apparus miraculeusement au-dessus de leurs crânes divins.

- C'est vous qui avez détourné mon bras ! hurla Seiya. Misérables monstres, vous allez payer !

- Mon enfant, riposta Lucifer sur un ton câlin. Ce n'est pas bien de rejeter sur autrui les fautes que l'on a commises. Accepte la part de responsabilité qui est la tienne dans ce fiasco. Crois-moi, tu ne peux que ressortir grandi de cette triste expérience.

Voyant que Seiya, toujours aussi tête brûlée, était tout disposé à en découdre, Lucifer fut contraint d'appeler le service d'ordre. Deux molosses, que le Saint reconnut pour être Atlas et Belzébuth, ses anciens adversaires, l'agrippèrent alors. Le traînant sur quelques mètres, Atlas lui avoua :

- Comme on se retrouve ! Mon pote Belzé et moi-même avons un compte à régler avec toi, t'en souviens-tu ?

- Naannn, hurla Seiya à s'en décrocher la mâchoire. Amis fidèles, à l'aide ! Venez à mon secours !

- Quelle mauviette, critiqua Poséidon. Il faut toujours qu'il appelle ses amis à la rescousse ! C'est le héros, bon sang ! Il devrait pouvoir s'en sortir seul !

Eris, observant les ambulanciers, qui évacuaient Saori sur une civière, jacta :

- Si j'avais su, à l'époque, que c'était aussi simple, je ne serais pas donné la peine de réveiller ma team de losers. Bien ! Quelle est la suite du programme ?

- Je pense qu'il est grand temps de marquer une page de publicité, proposa Kanon. On se retrouve très vite avec le ou les prochains candidats !