Beth referma la porte derrière elle, précautionneusement

Beth referma la porte derrière elle, précautionneusement. Il était huit heures et demie. Elle ferma la porte à clef et s'approcha de la table. Elle venait de faire de la réserve à la banque de sang. Elle ne savait pas combien de temps elle allait tenir, mais il fallait qu'elle s'y fasse. Cette épreuve lui semblait moins difficile que d'annoncer à Mick qu'elle avait été victime d'un vampire et transformée pour lui rendre la vie impossible. Beth venait de finir son premier verre de sang frais, pensivement, quand l'énormité du message qu'elle allait devoir lui envoyer la frappa. Et les larmes lui vinrent sans qu'elle cherche à lutter. Mais Mick pouvait l'aider…Beth souffla :

« Mick, j'ai besoin de ton aide. »

Elle décrocha son téléphone, composa le numéro de Mick et raccrocha. C'était trop dur. Beth le reposa et se tourna vers son bureau. Un dossier trônait dessus. Mais Beth l'écarta rapidement ; elle devait mettre un nom sur l'ennemi de Mick et savoir pourquoi il tenait à se venger. Mick pourrait le lui dire, souffla une petite voix. La journaliste en Beth s'était réveillée, résolue : c'était elle qui avait été transformée ; elle devait apprendre à vivre avec et pour le moment, elle avait besoin d'une tâche qui l'empêcherait de réfléchir. A neuf heures, Beth ressortait de chez elle, incapable de rester là où l'ennemi l'avait transformée.

Mick sourit et fit :

« Entendu. Je vous appelle dès que j'ai du nouveau.

-Merci, monsieur St-John. Katie est notre univers. »

Il hocha la tête et répondit :

« Je comprends. »

Ils sortirent du bureau. Mick s'assit en souriant toujours et se tourna vers son écran. Il avait quelques filets à lancer avant de partir sur le terrain. Mais il dut s'avouer que ses pensées étaient ailleurs. « Katie est notre univers » avaient dit ses parents ; c'était entendu, il allait tout faire pour la retrouver. Mais où était son univers à lui ? Il eut un sourire de reddition et décrocha son téléphone. Mémoire 2. Le téléphone sonna chez Beth. Personne. Il raccrocha après avoir laissé un message sur le répondeur et se mit à la recherche de Katie. Il réessaya trois fois dans les deux heures qui suivirent ; Beth ne répondit pas une seule fois. Inquiet, Mick commença à l'être quand il se rendit compte que Beth ne pouvait pas à la fois ne pas être chez elle et au bureau non plus. Un collaborateur de Beth enfonça même le clou.

« Elle devrait être là ; elle devait nous informer sur une enquête parallèle. »

Mick raccrocha, très inquiet, après que ce même collaborateur lui eut offert de lui ouvrir le bureau de Beth, là où, pensait-il, on trouverait plus exactement quelle enquête elle menait.

Beth ouvrit la porte et traversa la salle. Le barman n'eut même pas un regard pour elle ; Beth n'était plus une humaine, mais bel et bien un vampire. Elle ouvrit une autre porte et se retrouva dans l'arrière-salle. Il était là, de dos. La jeune femme s'approcha encore et le vampire se retourna.

« Je me doutais bien que tu me retrouverais ; je t'attendais.

-C'est ici que vous avez mis la main sur moi.

-Oui. Tu n'es pas difficile à reconnaître, Beth.

-D'accord, mais…

-Si tu veux savoir, j'étais à la recherche d'un proche de Mick, suffisamment proche pour qu'il se sente mal. J'avais déjà une solution, quand je suis tombé sur toi. Humaine, magnifique et extrêmement proche de mon ennemi.

-D'accord. Qui êtes-vous ?

-Tu as oublié ? Nous avons parlé avant que tu ne m'autorises à entrer chez toi… »

Beth leva les yeux au ciel et souffla :

« Je savais bien que je ne pourrais pas résister au charme vampire.

-Personne ne le peut. » fit l'autre, conciliant.

Beth sourit et observa :

« Ca a dû être plus dur que vous ne le dites, pourtant.

-Tu es impressionnante. Je ne sais pas comment tu as compris, mais tu m'as fermé la porte de ta chambre. Malheureusement pour toi, je t'avais déjà mordue.

-Il y avait du sang sur la poignée, se rappela la jeune femme.

-Tu as lutté. Tu m'as épuisé, Beth »

La jeune femme eut une étincelle de fierté dans les yeux et lança :

« Ma revanche sur vous.

-Je suis ton seigneur, tu ne peux pas avoir de revanche…Je gagne.

-Je ne serais pas sûre de moi à ce point, si j'étais vous.

-Tu lui en as parlé ? »

Beth retrouva brusquement la mémoire de son nom. Charles Mangus. Elle sourit et fit :

« Et que vous a fait Mick pour mériter cette « horreur »?

-Humain…il a retenu l'attention de la femme qui m'était fiancé.

-Laissez-moi deviner. Coraline.

-Vous la connaissez ? »

Beth ne répondit pas. Mangus sourit et fit :

« Tu es vraiment une proche, Beth. J'ai fait un bon choix. »

Il tendit la main vers elle, pour lui caresser la joue, les yeux troubles du charme vampire, un procédé hypnotique. Beth arrêta sa main à mi-parcours, avec une force insoupçonnable.

« Vous m'avez donné les atouts pour vous faire perdre… »

Mangus pâlit et se retrouva à terre. Brusquement, le portable de Beth sonna. Un pied sur le vampire à terre, elle décrocha.

« Allô ?

-Beth ? »

La voix de Mick.

« Où es-tu ? »

Beth baissa les yeux vers son adversaire à terre et répondit :

« Je règle un petit problème.

-Dans ton enquête ?

-Non, un problème parallèle.

-Tout va bien ? As-tu besoin de moi ? »

Beth ne répondit pas immédiatement, mais après un instant de silence :

« Non, Mick, pas pour le moment. Merci. »

Mangus essaya de se dégager ; Beth prit un pieu à sa ceinture, qu'elle avait préparé dans ce but. A l'autre bout, Mick demanda :

« Beth, tu es sûre que tout va bien ? »

Mangus grogna quand Beth appuya un peu son pied sur son ventre. Elle murmura :

« Ah, ces vampires ! »

Mick demanda :

« Beth, où es-tu ? J'arrive. »

Beth l'entendit raccrocher. Elle fit de même et releva Mangus par le col.

« Tu n'as pas gagné, Mangus. Loin de là…

-Beth, tu es des nôtres. Que veux-tu de plus ? Tu ne peux plus l'aimer comme une humaine…

-Tu n'as pas encore gagné.

-Il va souffrir, et je jubilerai.

-De toutes façons, tu ne jubileras pas. »

Beth enfonça le pieu dans son cœur ; il eut une expression d'extrême surprise. La jeune femme recula d'un pas ; elle n'en revenait pas d'avoir pu faire ça. Cela sous-entendait une force colossale. Beth regarda ses mains et eut un sourire ravi. Il était temps de rentrer. Elle referma la porte derrière elle et appela Mick. Il décrocha immédiatement.

« Où es-tu ?

-Tout va bien, Mick. Vraiment.

-Beth, où es-tu ? »

La jeune femme sourit. Ce qu'elle pouvait aimer sa voix ! Elle répondit :

« Je suis désolée de t'avoir inquiété, Mick. Je suis en route pour rentrer chez moi.

-Et ton enquête ?… Beth, depuis quand enquêtes-tu dans les milieux vampires ?

-Comment sais-tu ça ?

-Pourquoi es-tu allée au Blue Velvet ?

-Mick…L'un de mes suspects dans le meurtre de Karen Landta travaille au Blue Velvet ; il a été engagé comme supplément pour l'équipe de la fête. Et c'est là que j'ai eu une nouvelle piste…mais c'était une fausse route… »

Elle termina sa phrase. Et un piège. Elle ajouta :

« Mick…Non. Il vaut mieux qu'on en parle de vive voix.

-Je viens. »