Star Wars appartient à Lucasfilm, qui est la propriété de Disney, et je ne gagne pas d'argent avec ce que j'écris.
10/01/2017 : Réécriture de quelques détails.
Maintenant je vois bien pourquoi de si sombres flammes
Tu m'éclaboussais dans tes nombreux regards.
Ô yeux, comme si, en un regard
Vous pouviez concentrer tout votre pouvoir.
Pourtant je ne réalisais pas, alors que m'enveloppaient les brumes
Que faisait tournoyer le sort aveugle,
Que ce rayon de lumière s'en retournait déjà
Là-bas, à la source d'où tous les rayons viennent.
Vous désiriez me dire de votre éclat :
« Nous voudrions rester toujours auprès de toi !
Mais cela, le destin nous l'a refusé.
Regarde-nous maintenant, car bientôt nous serons loin !
Les lumières qui ces jours-ci pour toi sont encore des yeux
Dans les nuits futures te seront seulement des étoiles. »
– Bonjour, Votre Altesse !
La princesse Leia leva la tête de son datapad, et adressa un sourire au soldat qui l'avait ainsi interpellée. Toutefois, elle n'eut pas le temps de lui répondre avant qu'il ne repartît, emporté par le flot d'agitation qui régnait autour d'eux.
Le pont du vaisseau de commandement Home One était en effervescence. Des ordres étaient lancés par-dessus le brouhaha des pas qui martelaient le sol et des bribes de conversation et de rapports qui s'élevaient tout autour, alors que tous se préparaient pour un prochain assaut. De temps en temps résonnait un éclat de rire, son incongru mais bienvenu dans ce climat tendu et affairé. La guerre était loin d'être finie, toutefois les victoires qui venaient d'être remportées avaient allégé les cœurs de cette armée dissidente, trop souvent affligés par les cruautés du combat et les duretés de la vie de hors-la-loi.
C'était là, au milieu de cette activité bouillonnante, que Leia s'était installée pour travailler. D'ordinaire, elle aurait sans doute jugé le calme de ses quartiers plus propices à la concentration, mais le mouvement perpétuel autour d'elle, en ce moment, lui offrait un apaisement dont elle n'avait que trop besoin. Le moral au beau fixe et gonflé à bloc de leur troupes était contagieux, et les contempler lui permettait d'imiter le sourire qu'elle voyait sur toutes les lèvres en noyant ses soucis dans l'optimisme qui baignait le vaisseau.
Après avoir un instant observé le tourbillon des uniformes, elle se replongea dans sa lecture. Dans son mouvement, le confortable poncho de laine rugueuse qu'elle portait, un habit trouvé parmi les affaires de Luke, laissa échapper quelques notes de la faible fragrance qu'il renfermait encore, et elle ferma brièvement les yeux, emportée par les souvenirs que ranimait cette odeur.
Je n'arrive pas à y croire.
Vous n'auriez rien pu faire pour l'aider.
Automatiquement, ses doigts filèrent à sa ceinture sous le vêtement et effleurèrent l'arme cylindrique qui y pendait en recherche d'un maigre réconfort. Elle n'avait absolument aucun usage du sabre-laser de Luke, mais ne pouvait imaginer l'entreposer à aucun autre endroit, encore moins s'en débarrasser, et le gardait donc sur elle-même en permanence en souvenir de lui. Elle savait qu'il l'avait construit lui-même, après des jours et des nuits de recherche laborieuse, afin de remplacer l'arme de son père par la sienne propre.
Ce geste avait une signification encore plus forte, maintenant qu'elle savait qui était véritablement son père.
Elle interrompit le fil de ses pensées comme on évite de toucher une récente brûlure, et reporta son attention sur les rapports qu'elle était en train d'étudier.
Enfin, après des années de luttes à faibles moyens, ils se permettaient d'affronter directement les armées impériales. Depuis la mort de l'Empereur, le régime s'effritait en luttes internes tandis que la Rébellion gagnait en puissance, et de plus en plus de systèmes, sentant le vent tourner, rejoignaient la nouvellement rebaptisée Alliance des Planètes Libres, cela même dans les Mondes du Noyau. Jamais n'avaient-ils remporté autant de victoires : la plupart des récits que Leia parcourait relataient d'un ton triomphant la mise en déroute de leurs ennemis.
Et pourtant, cette situation ne lui plaisait guère. Un revirement aussi brusque ne lui paraissait pas naturel : le trépas d'un seul homme, aussi puissant qu'il eût été, ne suffisait pas à le justifier entièrement. Il devait y avoir quelque chose là-derrière, quelque chose que nul d'entre eux ne pouvait voir.
Elle éteignit son datapad et se leva, préoccupée, avant de se diriger vers la baie vitrée du pont, captivée par la vue. Son regard se perdit au-delà du transparacier renforcé parmi les innombrables points de lumière qui brillaient dans l'espace glacé, s'égarant avec facilité dans cette contemplation d'infinité. Devant elle, les nuages de gaz et les poussières d'étoiles de la nébuleuse de Kaliida formaient un spectacle fascinant, par lequel elle se laissa hypnotiser.
Elle se força à ne pas imaginer une autre présence se glisser à côté d'elle et passer sans un mot son bras autour d'elle, à ne pas songer à ces moments passés dans le silence en observant l'espace, l'un contre l'autre, sa tête sur son épaule, leurs souffles s'accordant en offrant un réconfort dont tous deux avaient eu cruellement besoin.
Ce qui l'inquiétait le plus, en réalité, c'était l'origine de ce retournement de fortune, le prisonnier volontaire qui leur fournissait les outils des succès rencontrés par leurs croisades.
Le reste du Haut Commandement avait décidé, d'un accord quasi unanime, de faire confiance à Vador. Cette confiance avait certes été tempérée par des mots tels que mécanismes de vérification et dispositifs de sûreté, mais en réalité, c'était bien cela qu'ils avaient décidé de faire. Une décision que Leia ne parvenait toujours pas à comprendre.
Il fallait avouer que les actions récentes du terrible guerrier étaient profondément déconcertantes. Après la destruction de la seconde Étoile de la Mort à Endor, il avait plongé tous les cœurs dans le désarroi en se présentant au petit village autochtone où les rescapés de l'assaut étaient en train de fêter leur victoire. Elle se souvenait encore parfaitement du silence qui était alors descendu sur la forêt, troublé seulement par le bruit sinistre d'une respiration mécanique, chants et rires étouffés par l'horreur des combattants forcés à reprendre les armes après l'affrontement. Mais le seigneur noir des Sith n'avait pas attaqué. Il s'était simplement avancé au milieu de l'assemblée, et avait annoncé de sa voix froide et puissante la mort de l'Empereur ainsi que sa propre reddition.
Toutefois, bien que l'homme n'eût fait que collaborer depuis lors, bien qu'il eût offert avec une admirable constance des renseignements matériels et tactiques d'une précision irréprochable, elle n'était pas convaincue de sa sincérité. Palpatine lui-même avait démontré sa propension au secret et à la tromperie pendant la décennie où il s'était joué de la République afin d'orchestrer sa chute, et Vador avait été son agent, son second. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que toute cette bonne volonté cachait un dessein plus noir, un plan plus élaboré pour les éliminer promptement. Différents scénarios se jouaient dans sa tête, implacables et cruels.
Certainement une âme aussi odieuse ne pouvait rien avoir d'autre en tête que la trahison.
Avec un soupir, elle s'arracha et à la vue de l'espace et à ses sombres pensées. Les spéculations ne servaient à rien. Il lui fallait trouver des preuves de ce qu'elle avançait, mais elle était jusqu'ici restée bredouille, et ne parvenait plus à réfléchir de manière cohérente. Elle prendrait une douche bien chaude, pas trop longue toutefois en raison du rationnement de l'eau sur le vaisseau, puis elle parcourrait à nouveau tous les formulaires de débriefing avec la tête plus claire. Peut-être qu'alors elle trouverait enfin un signe qui lui indiquerait où creuser pour découvrir ce que Vador avait en tête.
Son datapad en main, elle prit la direction de ses quartiers, son esprit soudain incapable de se concentrer sur rien d'autre que le délassement qu'elle s'était envisagé.
Alors qu'elle dépassait les hangars, la vue d'une silhouette familière qui la saluait, vêtue de la combinaison orange des pilotes, le casque sous le bras, interrompit sa marche.
– Commandant Antilles, fit-elle avec un léger signe de tête envers le pilote, qui le lui retourna. Vous emmenez les Rogues en manœuvres ?
– Oui, il ne faut pas nous reposer sur nos lauriers si nous voulons rester au top, répondit Wedge en lui adressant un sourire malicieux, rapidement disparu. Surtout avec les changements récents dans l'équipe.
Elle acquiesça, brusquement prise d'une irrésistible envie de s'excuser de la présence du pilote et de s'éloigner. Mais il reprit la parole avant qu'elle ait pu mettre son idée à exécution.
– Je n'ai malheureusement pas encore eu l'occasion de vous en faire part, mais toutes mes pensées sont avec vous, madame, dit-il d'un ton hésitant. Luke… était un commandant formidable, et un bon ami.
Leia sentit son cœur rater un battement.
– Merci, Wedge, répondit-elle, en espérant arrêter là la conversation. J'apprécie le sentiment.
– Les soirées entre nous sont moins animées sans lui, reprit Wedge. Personne n'aurait cru, à le voir, qu'il avait l'étoffe d'un meneur… un garçon de ferme fraîchement arrivé de son désert, avec toutes les manies et les habitudes d'un gamin de la bordure extérieure ! Au début, j'avoue qu'on ne le prenait pas trop au sérieux. Mais il a vite appris. Dès que les choses commençaient à déraper, il savait comment remettre la situation en place, toujours avec humour et intelligence. Et il n'hésitait pas à nous demander notre avis quand il n'était pas sûr de quelque chose. On l'aurait suivi n'importe où.
Leia resta silencieuse. Elle n'avait pas besoin qu'on lui rappelle tout cela. Les images qui remontaient à sa mémoire, d'une silhouette vêtue d'orange comme Wedge, insouciante, les cheveux en bataille à cause de son casque, les yeux et le sourire éclatants, étaient trop vives. Elle se mit à souhaiter que le pilote la laisse tranquille.
Enfin, il parut comprendre.
– Excusez-moi. Je vais devoir y aller, les autres m'attendent. N'hésitez pas à venir me trouver si vous avez besoin de quoi que ce soit. Vous avez le soutien de tout l'escadron.
Elle hocha la tête d'un air distrait, suivant du regard le commandant qui s'éloignait. Ses yeux, à travers la porte du hangar, s'attardèrent sur les X-Wings qui se préparaient à sortir, ce qui la saisit d'un coup au cœur inattendu.
A ses oreilles s'élevèrent les échos d'une voix teintée d'un fort accent, pleine de jeunesse et d'exubérance.
Je ne sais pas. J'étais sûr qu'il changerait d'avis.
Tandis qu'elle s'approchait, le regard fixé sur les vaisseaux, toutes ses pensées étaient dirigées vers ce pilote que rien n'avait empli d'une plus grande joie que de voler… Il lui avait un jour raconté ses sensations, la liberté absolue qu'il ressentait dans l'espace, le frisson d'excitation qui le parcourait quand il emmenait son petit chasseur dans des manœuvres tourbillonnantes, avec un abandon qui frôlait parfois l'inconscience. Avait-il su, au plus profond de lui, qu'il n'en aurait pas longtemps l'occasion ? Ce pouvoir inconnu qui était le sien lui avait-il soufflé de profiter de ce qu'il possédait tant qu'il en était encore capable ?
Elle effleura doucement la coque de l'engin, s'attendant presque à le voir surgir de par derrière elle comme si de rien n'était, aussi enjoué que d'ordinaire.
Irritée par l'inutile mélancolie qui refusait de la laisser en paix, elle bannit ces pensées de sa conscience. D'autres sensations, plus troublantes, se mirent à lui agiter l'esprit, des visions d'angoisse et de douleur, qu'elle refoula violemment.
Ces songes qu'elle ne comprenait pas hantaient suffisamment ses nuits, elle n'accepterait pas qu'ils perturbent ses journées.
Le cœur plus lourd qu'elle ne voulait bien se l'avouer, elle se remit en marche. Son pas était rapide et sans destination, soucieuse qu'elle était de s'éloigner de la peine que la rencontre avec Wedge avait ravivée. Elle avait besoin d'une distraction, et envisageait vaguement de trouver son droïde de protocole, dans une solution désespérée pour se changer les idées.
Mais elle n'eut pas besoin de mettre en œuvre ce plan douteux. Un peu plus loin dans le hangar à vaisseaux, une image inattendue la fit sourire, et ses pas ralentirent d'eux-même.
Sur le toit d'un crasseux vaisseau corellien, le capitaine agenouillé avec un hydrocompresseur à la main était bien trop occupé à crier des remontrances et des conseils au Wookiee qui travaillait dans le navire en-dessous de lui pour la remarquer, et elle s'amusa à le contempler secrètement pendant un moment. Elle n'avait pas appris qu'il était rentré ; elle avait été tellement prise dans son travail qu'elle n'avait pas eu le temps de demander de ses nouvelles, et le revoir l'emplissait d'une émotion qu'elle ne savait très bien comment définir. C'était extraordinaire, songea-t-elle en suivant d'un regard captivé chacun de ses mouvements, l'effet qu'un seul homme pouvait avoir sur elle. La simple image de Han Solo évacuant les frustrations que lui causait son précieux Faucon suffisait à l'éloigner de toutes ses sombres pensées, trop nombreuses.
Enfin, le contrebandier leva les yeux, et finit par la remarquer. Il passa la main dans ses cheveux et lui lança un sourire arrogant.
– Salut, Votre Seigneurie. La vue est à votre goût ?
Elle se rapprocha, les bras croisés, une lueur joueuse dans les yeux.
– Je dois m'avouer fort impressionnée de voir ce tas de ferraille encore plus délabré que d'ordinaire, général.
Le capitaine sauta agilement par terre avant de l'enlacer d'un air séducteur.
– Je pense que mon vaisseau te plaît davantage que tu ne veux bien l'avouer, murmura-t-il contre ses lèvres, jouant délibérément avec les sensations qu'il savait éveiller chez elle.
Pour toute réponse, elle l'embrassa, lui coupant ainsi la parole. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient plus eu de moment à deux. Maintenant que Han n'avait plus de prime sur son dos, il était libre de parcourir la galaxie comme il l'entendait, et son expérience dans la contrebande et le transport discret de marchandises délicates ne l'en rendait que plus utile à l'Alliance, qui l'envoyait souvent chercher vivres et munitions pour eux. Il avait été absent les deux semaines qui venaient de passer, en négociations pour un nouvel arrivage de torpilles à protons.
Enfin, ils se séparèrent.
– Comment s'est passé le voyage ? lui demanda-t-elle.
– Très bien. J'ai eu une escarmouche avec des pirates au retour, mais rien de très excitant. J'ai réussi à obtenir la marchandise à un prix correct, et j'ai même gagné du rab.
Leia leva les sourcils.
– « Gagné » du rab ?
– Eh bien, le vendeur n'arrivait pas à se décider sur l'affaire, il m'a laissé traîner pendant deux nuits avant de conclure, fit Han. Un Rodien avait un hyperpropulseur de rechange à perdre, je le lui ai raflé.
Elle lui lança un regard désapprobateur, seulement tempéré par le sourire qui n'avait pas quitté ses lèvres. Incorrigible.
Le visage de Han devint plus sérieux.
– Et toi, comment vas-tu ? lui demanda-t-il.
– Tout va bien. Le moral des troupes est euphorique. C'est un changement bienvenu.
Han fixa ses yeux droit dans les siens, avec cette expression qui lui donnait l'impression qu'elle ne pouvait rien lui cacher.
– C'est super, mais toi, comment te sens-tu ? Quelque chose ne va pas, tu t'es de nouveau pris le chou avec le Haut Commandement ?
Son pouce lui caressait la joue, et elle ne savait si elle devait se sentir irritée de son obstination ou juste profiter de l'instant. Cette capacité de Han à franchir ses boucliers d'un seul regard, qu'il était le seul à posséder, l'énervait toujours au plus haut point, tant lui était désagréable la sensation de vulnérabilité extrême qu'il éveillait. Mais elle se força à ravaler la réplique cinglante qu'elle avait sur le bout de la langue.
– Le Haut Commandement a l'objectif de reprendre Coruscant dans les prochaines semaines, dit-elle d'un ton plus sec qu'elle ne le voulait.
Han écarquilla les yeux.
– Déjà ? C'est une bonne nouvelle, non ?
– C'est tellement tôt. Nous avons à peine essuyé l'une ou l'autre défaite mineure depuis la bataille d'Endor, alors qu'il y a quelques mois encore nous étions sur le point d'être écrasés par l'Empire… Ce n'est pas normal.
Il parut chercher ses mots.
– Eh bien, je ne sais pas. Les Impériaux se tapent très bien dessus sans nous, je peux comprendre que le Haut Commandement se sente audacieux, surtout avec le nombre de leurs nouveaux alliés. J'ai toujours dit que vous étiez une bande de suicidaires, de toute façon.
Il sourit, mais Leia ne répondit pas à sa blague. Un éclair de colère passa dans ses yeux, et elle se détacha de lui.
– De nouveaux alliés... dit-elle d'une voix de glace. Je serais prête à parier qu'au moins l'un d'entre eux ne serait que trop ravi de précipiter notre ruine.
Han ne sut que dire.
– Leia… tenta-t-il d'un ton prudent.
– La majorité de nos triomphes sont à mettre sur le compte des informations données par Vador, Han ! explosa-t-elle en se retournant vers lui. Dark Vador ! Le reste du Haut Commandement fait confiance à un homme dont la mission, à une époque, était de nous éliminer ! Pendant des années, il a traqué, massacré, torturé des centaines de personnes ! Et maintenant, sous le simple prétexte qu'il semble se repentir, on considère tout ce qu'il dit comme fiable sans se poser aucune autre question ? C'est de la folie !
– Leia, je comprends, l'interrompit Han. Je suis d'accord avec toi, tu entends ? Moi non plus, je n'aime pas l'idée de travailler avec cette enflure. Mais jusque maintenant, tout ce qu'il nous a dit nous a bien servi, il faut en profiter tant qu'il ne se lasse pas de son petit jeu. J'ai encore du mal à réaliser qu'il se soit vraiment rendu à la Rébellion, en fait.
– Exactement ! Pourquoi avoir fait cela ? Ce ne peut être qu'une ruse. En vérité tous les autres généraux pensent avoir brisé Vador, ils le croient vaincu, coopératif, et lui-même en possède toutes les apparences. Mais je sais que c'est faux. Cet homme est invincible. Pas même les Jedi n'ont réussi à venir à bout de lui… pas même…
Sa voix se perdit, et elle ferma les yeux avec une profonde inspiration.
– Je suis désolée, je ne voulais pas m'emporter, lui dit-elle une fois qu'elle eut retrouvé son sang-froid. Ne parlons plus de ça.
Sans un mot, Han l'attira dans ses bras, et elle ne se fit pas prier pour s'y blottir, incapable d'exprimer combien sa présence signifiait pour elle, quand elle avait si longtemps cru qu'elle finirait par le perdre. Il lui embrassa tendrement le haut de la tête, et elle ferma les yeux, s'abandonnant à son étreinte.
– Est-ce que les autres savent, maintenant ? murmura-t-il contre ses cheveux. Pour Luke et toi ?
– Je ne peux pas, répondit Leia, et sa voix exprimait une amertume qui le surprit grandement.
– Pourquoi pas ?
– Vador l'a déjà revendiqué.
A ces mots, il s'écarta légèrement d'elle pour la regarder dans les yeux.
– Qu'est-ce que ça change ? Je ne comprends pas, qu'est-ce que Vador vient faire là-dedans ? Luke était ton frère, n'est-ce pas ?
Elle le regarda un instant sans comprendre, puis ouvrit la bouche pour parler, perplexe ; mais à ce moment, une réalisation effroyable descendit sur elle comme une vague d'eau glacée.
Il ne savait pas.
Personne ne lui avait rien dit, et en effet, qui aurait pu le faire, puisqu'elle était la seule à connaître son terrible secret ? Elle baissa les yeux, le cœur soudain plus rapide. C'était fini, pensa-t-elle. C'était trop beau pour durer… bientôt elle serait seule, comme elle l'avait souvent redouté. Car comment Han pourrait-il accepter ce qui elle-même l'emplissait d'horreur, que Vador était son... ?
Comme elle aurait voulu effacer d'un geste la fatale réalité, redevenir la princesse Leia, fille adoptive de Bail et Breha Organa, à l'époque où tout était encore simple ! Et pourtant il n'y avait pas moyen de reculer. Elle ne pouvait que chercher les mots les moins douloureux possible afin d'exprimer ce qu'elle refusait encore à moitié de croire, et se préparer à voir son univers se fracasser devant elle, une fois de plus.
– Vador a avoué être le père de Luke.
Toujours incapable de le regarder, elle se mit à songer à la multitude des plans abordés pour attaquer le Centre Impérial, aux nombres précis de chacune des catégories de vaisseaux dans leur flotte. Elle revit les analyses du paysage de Coruscant, calcula la meilleure proportion d'effectifs terrestres et navals, organisa diverses stratégies. Elle révisa les déclarations d'allégeance des systèmes qui étaient de leur côté, leurs forces qui pouvaient être exploitées afin de gagner la planète. La réaction de Han n'avait pas d'importance à côté d'un assaut aussi primordial que celui qu'ils préparaient.
Elle tenta de s'éloigner, mais il refusa de la lâcher, le visage incrédule.
– Et tout le monde y a cru ? Toi aussi ?
Un profond désespoir descendit sur Leia. Ne me fais pas ça, supplia-t-elle en silence, ne m'oblige pas à le répéter.
– Han… dit-elle, se forçant à croiser son regard. C'est la vérité.
Elle le regarda intensément dans les yeux, essaya de lui faire comprendre, mais il agrippa simplement ses deux bras.
– Et comment le saurais-tu ? dit-il. Il essaie seulement de vous faire marcher !
– Non, pas cette fois. J'en suis certaine. Je t'en prie, Han…
Il la lâcha en se détournant, et elle pouvait sentir la confusion exaspérée qui émanait de lui. Elle se demanda s'il allait maintenant décider qu'il en avait assez, avant de décoller dans le Faucon, Chewie dans son sillage.
– C'est complètement fou, finit-il par dire.
– Complètement, murmura-t-elle en réponse.
Il y eut un long, insupportable moment de silence, durant lequel ils ne firent rien d'autre que se regarder. Puis Han l'enveloppa de nouveau de ses bras, et la tint contre lui comme pour ne jamais la laisser partir.
Étonnée, elle se garda cependant bien de la moindre protestation, et enfouit son visage contre son torse, profitant tant qu'il durait du réconfort qu'il lui offrait.
