Chapitre 2
allierte på våre landområder
Des cris et des pleurs. Voilà comment se traduisait le chaos régnant sur le village. Tous les Hooligans restaient cloîtrés dans leur maison de peur d'être contaminés par l'air, bien que la vérité soit encore plus dure à admettre. Les dragons quand à eux se retrouvaient parqués dans deux étables indépendantes pour éviter l'expansion du maux mortel. Les réserves de bois diminuaient cruellement en parallèle au nombre de bateaux disponibles, obligeant certains cadavres à être recouverts temporairement dans la grande salle. Chaque recoin de Beurk empestait la mort, chaque famille était touchée et personne ne savait comment réagir. Du sang, de la peur, des morts, une douleur intense dans la poitrine…
Astrid se redressa en sursaut et toucha son front suintant. Encore un cauchemar mais ce n'était pas une surprise. Depuis 3 ans maintenant elle se réveillait au beau milieu de la nuit après avoir rêvé d'images qu'elle connaissait par cœur. La blonde regarda furtivement à côté d'elle, et poussa un soupir de soulagement quand elle vit qu'Harold ne semblait pas s'être réveillé. Elle sortit délicatement du lit et s'avança à pas de loup dans le couloir. Elle sentit alors un léger souffle provenir de la pièce vitrée et pencha la tête pour observer. Krokmou dormait sur la stèle en bois recroquevillé sur lui même, ce qui arracha un sourire ému à la jeune femme avant de continuer sa route. L'air frais de la nuit qui lui fouettait le visage était si agréable. Cela lui permettait de se changer les idées, se vider la tête quelques instants. Astrid leva la tête vers les étoiles avant de fermer les yeux. Tu me manques maman, pensa-t-elle de tout son cœur. Elle fit le tour de sa nouvelle demeure, pieds nus, afin d'admirer la mer. Leur maison était située en hauteur, proche de celle de Stoïck, et surplombait la falaise qui tombait à pic dans l'océan. De l'extérieur tout paraissait si calme et si paisible. Le froid commença néanmoins à se faire sentir, et la blonde rentra à l'intérieur se recoucher, les pensées pas moins démêlées.
En se réveillant au petit matin, les yeux cernés, Astrid se maudit de ne pas avoir fermé les rideaux la veille. Maudite lumière. Ses cauchemars et sa petite escapade nocturne n'avaient qu'entravé son manque de sommeil déjà existant. Elle se dirigea alors d'un pas traînant vers la commode, avant de remarquer le large paquet rouge posé dessus. Sa fatigue lui embruma le cerveau pendant quelques instants, mais elle se ressaisit rapidement. Il s'agissait de son morgen-gifu, le cadeau que devait lui faire Harold comme tout bon mari, pour la remercier de lui avoir donné sa virginité. Or, Astrid avait complètement oublié ce cadeau, du moins, elle pensait que Harold ne lui en aurait pas offert. Après tout, ils n'avaient rien fait la nuit dernière. Un frisson la parcourut en imaginant quelqu'un découvrir ce terrible secret. A sa connaissance, personne n'avait jamais était dans une telle situation. La nuit de noce était sacrée. Ne pas respecter cette ancienne tradition représentait une incitation à l'acharnement des Dieux sur la famille. La jeune femme retint sa respiration comme par réflexe, et ouvrit la boîte. A l'intérieur de celle-ci se trouvait une robe bleue cousue de petits détails dorés posée sur un tissu en satin. La robe en elle-même était plutôt jolie, dans les tons qu'elle portait habituellement, mais Astrid vit bien que son nouvel époux ne le connaissait plus. Elle détestait les robes et préférait de loin porter une jupe sur un pantalon fin. L'ancien Harold aurait fait attention à ce détail vestimentaire, il l'aurait su. Astrid soupira en se rasseyant sur le lit, la robe sur les genoux. Malgré tout, si Harold lui offert un morgen-gifu, c'est qu'il ne semblait pas enclin à révéler le déroulement de la veille. Une très bonne chose, pensa la blonde. Elle reposa la robe dans sa boite et s'habilla avec ses propres vêtements qui lui convenaient beaucoup mieux.
« Astrid ! »
À peine avait-elle mis le pied dehors que Ingrid lui tomba dessus.
« Alors comment c'était ? Trépigna la brune. Je veux tout savoir ! Enfin non pas tout, mais le principal et, tu as reçu ton cadeau ? Qu'est-ce que c'est ?
- Alors pour la nuit dernière, tout s'est très bien passé et je n'en dirai pas plus, annonça son amie avec un clin d'œil qui se voulait convaincant. Et pour le morgen-gifu, j'ai reçu une robe.
- J'avoue que je suis jalouse. Pour le mien, Varek m'avait offert des livres sur les razolames. C'était gentil de sa part mais je suis déjà incolla… Désolé As' j'aurais pas dû parler de ça, s'excusa précipitamment Ingrid en voyant trop tard son amie au bord des larmes. »
Astrid ferma les yeux pour essayer de se contenir.
« Astrid, tu sais que tu n'es pas obligée de te retenir à chaque fois. Tu as le droit de craquer, surtout avec moi je suis ta meilleure amie. Et même en pleine foule tu n'as pas à être gênée, le village ne te jugera jamais pour ça. »
La blonde renifla une dernière fois avant d'essuyer délicatement le coin de ses yeux. Elle remerciait intérieurement Ingrid pour ses paroles, mais ne voulait aucunement continuer cette conversation.
« Tu vas faire quoi maintenant ? Dit la nouvelle Haddock pour dévier le sujet.
- Justement, je venais te voir. Je suis chargée de te dire qu'il faut que tu ailles au Hall des Jarlars. Apparemment ils veulent répéter quelques petites choses avant l'arrivée des premiers invités ce soir.
- Harold y est ?
- Oui logique, c'est quand même lui qui va devenir chef demain. Tu as peur de ne plus pouvoir le regarder dans les yeux après avoir vu son engin ? Tenta de rigoler Ingrid. »
Astrid sourit nerveusement. Son amie était à des années lumières de la vérité, cela ne lui serait probablement même pas venu à l'esprit. Elle sourit une dernière fois en guise de remerciement, paralysée par l'idée que quelqu'un pourrait découvrir son secret, et prit la direction de la grande salle. La femme de Varek la retint par le bras.
« As' tu es sure que ça va ? Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer avec Harold aujourd'hui.
- Oui je sais, c'est juste le stress pour la cérémonie de demain. »
Sur ces mots, elle s'éloigna d'un pas rapide en direction du chemin terreux. A vrai dire, elle-même ne se reconnaissait plus depuis quelques temps. Cela avait commencé trois ou quatre jours avant le mariage, quand l'anxiété était montée. Tout ce qu'elle avait toujours tenté de mettre de côté lui revenait en pleine face et il n'y avait aucun échappatoire.
En ouvrant les portes du Hall, le regard de la jeune femme fut immédiatement attiré par l'imposant siège qui trônait au fond de la pièce. Contrairement à certains peuples voisins, il n'était pas doré ou paré de pierres précieuses, mais restait suffisamment grand et travaillé pour savoir que c'était le siège de cérémonie des chefs. Ce fut seulement après être sortie de sa contemplation qu'elle vit Krokmou et Harold. Celui-ci était debout, juste à côté de son futur trône.
« Ah te voilà ma p'tite ! S'écria Gueulfor en l'attrapant par les épaules. Ouais donc on voulait voir certaines choses avant l'arrivée de nos voisins, enfin ceux qu'on aime bien. Va voir Stoïck, le chef t'attendait avant de commencer à expliquer à Harold comment ça va se passer. »
Et sans attendre sa réponse, le forgeron la poussa vers son nouvel époux avant de s'en aller d'un pas clopinant.
« Ma belle-fille ! Nous t'attendions ! »
Astrid vint se poster à côté d'Harold qui ne bougea pas d'un pouce et continuait de fixer son père. Il était si impénétrable. Est-ce que lui aussi pensait au déshonneur qui avait eu lieu dans leur chambre hier soir ? L'avait-il déjà dit à quelqu'un ?
« Donc, reprit Stoïck, ce soir nos amis vont arriver pour ton grand jour mon fils. Enfin ton autre grand jour après celui d'hier. Devenir chef ça ne s'improvise pas mais je sais que tu es prêt. Alors comme je le disais les Sang-de-fer et les Styrke vont venir pour l'occasion. Et il faut que tout se passe pour le mieux. La dernière fois que nous nous sommes tous regroupés, il y a trois ans, et bien, les circonstances n'étaient pas des meilleures dirons-nous. C'est pourquoi nous devons montrer notre amitié, mais aussi notre puissance. Il faut qu'ils sachent que nous ne nous sommes pas affaiblis malgré les événements passés.
- Mais c'est le cas, nous nous sommes affaiblis, renchérit subitement Harold.
- Non, nous avons repris les choses en main, nous avons trouvé des solutions, drastiques peut-être mais nécessaires. La force que nous avons perdue, nous l'avons retrouvée. Quoi qu'il en soit, c'est l'image que l'on doit renvoyer. Tu sais fils, mon père me disait toujours de me méfier de mes ennemis mais encore plus de mes amis. Maintenant revenons en au sujet de départ. Les deux clans arriveront ce soir après le dîner par bateaux. Il faudra donc que vous soyez tous les deux présents pour les recevoir avant de les accompagner à leurs huttes. Je voulais surtout revoir avec vous les noms de chacun, je voudrais pas qu'on fasse une gourde là-dessus. Par Thor, nous serions la risée de tous. Donc pour le clan Sang-de-fer, leur chef est Almar Gettisson. Il vient avec sa femme Dita et leur fille Vilde qui a votre âge je crois. Ils ont été les plus réticents de nos voisins à accepter notre amitié avec les dragons, mais sont finalement venus de notre côté bien qu'ils n'aient jamais voulu dresser de dragons. Et nous avons le clan Styrke dirigé par Randolf Sveinsdottir. Ils sont nos plus proches alliés. Il vient avec ses deux enfants, son fils Ulrik et sa fille Gyda. Souvenez-vous simplement de ne pas parler de sa femme, elle…
- Elle est morte à cause de la Forfall, le coupa Harold. Personne ici n'a envie d'en parler donc il n'y aura pas de problème. »
Astrid le regarda à ses côtés, il avait toujours le regard droit devant fixé sur un point imaginaire. Elle savait qu'Harold avait beaucoup changé, mais pourtant elle ne comprenait pas comment il pouvait rester de marbre en évoquant la Forfall.
« Euh oui c'est exact fils. Donc voilà j'espère que vous retiendrez bien tout ça, car à présent c'est de votre devoir à tous les deux, reprit le chef en regardant Astrid dans les yeux. Bon maintenant, on va un peu parler de demain. La cérémonie commencera à seize heures, c'est-à-dire quand l'aiguille de vos cadrans sera sur le quatre.
- Papa c'est moi qui ai inventé les cadrans mécaniques, tout le monde sait comment ils fonctionnent.
- Ça ne m'interdit pas de pouvoir préciser ! Pour en revenir à la cérémonie, elle aura lieu ici même. Quand les portes du Hall s'ouvriront devant vous avec tout le monde à l'intérieur, vous devrez entrer ensemble et marcher lentement vers vos sièges respectifs. Harold j'espère que t'as pas oublié d'apprendre ton texte ! Après celui-ci, Gothi s'occupera de faire la passation, puis direction le banquet. C'est pas très compliqué, nous les vikings on aime pas beaucoup les protocoles, sourit-il, mais c'est la cérémonie la plus importante de notre culture donc il faut que tout se passe bien. Compris vous deux ? »
Les jeunes mariés hochèrent la tête en signe d'approbation et regardèrent Stoïck sortir. Ils restèrent là, quelques instants sans rien dire ni se regarder, avant qu'Harold ne se dirige à son tour vers les portes. Astrid était restée immobile et n'avait même pas parler du morgen-gifu à son mari. Elle se trouvait tout bonnement lâche et inutile, la nouvelle Astrid qu'elle était depuis trois ans n'était qu'une pâle copie de son vrai soi. Avant, jamais elle n'aurait eu honte ou peur de parler à quelqu'un de la sorte. Elle se mordit les lèvres et marcha en silence vers la sortie.
La jeune femme avait voulu faire preuve de bonne foi en préparant un bon déjeuner dans sa nouvelle demeure, espérant qu'Harold rentre pour manger. Elle y voyait une occasion pour aborder le sujet qui la contrariait le plus actuellement, et savoir pourquoi le Haddock avait agit de la sorte. Mais comme elle aurait pu s'en douter, il n'était pas rentré. Peut-être faisait-il tout ce qui était en son pouvoir pour l'éviter ? Tu ne pourras pas faire ça éternellement, pensa-t-elle.
Astrid passa le reste de l'après-midi à vagabonder dans le village comme à son habitude. Toutes les journées étaient interminables et se ressemblaient. Celle-ci un peu moins étant donné l'excitation ardente qui régnait, mais même cela ne l'atteignait pas.
Dorénavant, elle passait beaucoup de temps dans la bibliothèque que Varek avait ouverte avec ses propres livres. Elle y retrouvait souvent Erika et Ingrid et profitaient toutes de ces moments pour refaire le monde. Alors que la blonde rangeait un livre pour rentrer chez elle, Erika vint se poster à ses côtés.
« Comment tu vas aujourd'hui ?
- Mieux, merci.
- Tu sais que tu peux tout me dire.
- Oui je sais mais pourquoi tu me dis ça ? Se défendit Astrid en pensant que sa tutrice avait percé son secret. Tout va bien je n'ai rien d'exceptionnel à dire.
- C'était juste une question ma chérie et pour te rappeler que je suis là pour toi. Je suis vraiment contente que ça aille mieux après ton anxiété d'hier. Tu viens avec moi dîner au Hall des Jarlars ?
- Je te suis, sourit la jeune femme. »
En arrivant dans la grande salle, Astrid vit que tous ses amis étaient déjà présents autour d'une longue table et lui firent signe de la main.
« Vas-y, chuchota Erika à son oreille, on mangera ensemble une autre fois.
- Oui sans faute! »
Elle prit instinctivement Erika dans ses bras, comme pour s'imprégner de la chaleur dont elle avait tant besoin, puis se dirigea vers la bande.
« As' ! S'écria Ingrid. Ça a été dur mais on a réussi à te garder un bout de viande ! Krane avait si faim qu'il était prêt à manger un yack entier.
- Eh ! Riposta l'intéressé. C'est pas de ma faute si tous ces muscles ont besoin d'énergie.
- Tu appelles ça des muscles ? Ricana sa jumelle en pointant le corps de son frère. Rustik va te montrer ce que c'est d'avoir des muscles. N'est-ce pas poussin ?
- Roh Kogne tu sais que j'aime pas quand tu m'appelles comme ça en public ! C'est tr… »
Mais avant que le Jorgenson ne puisse finir sa phrase, le bébé qui dormait paisiblement dans son berceau au bout de la table se réveilla en criant.
« Je crois bien qu'elle a faim Kogne, dit timidement Varek.
- Varek je sais reconnaître quand ma fille a faim, j'ai pas besoin de toi. »
Sur ces paroles, la jumelle se leva et prit sa fille dans les bras avant de s'éloigner de la table.
« Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, commença Astrid en se servant du ragoût, mais la maternité a vraiment transformé Kognedur.
- C'est vrai que depuis qu'on a eu Kirsten, répondit Rustik, elle est plus calme. Mais désolé pour vous les filles, elle reste quand même la meilleure !
- Oh dommage je suis trop triste tu me brises le cœur, plaisanta Ingrid en faisant une mine boudeuse.
- Astrid. »
Tout le monde se tut à l'entente de la voix qui venait de parler. Chacun leva la tête vers Harold qui se tenait debout, près de leur tablée.
« Oui ? Dit l'interpellée en essayant de montrer un maximum d'assurance.
- On doit y aller, ils arrivent. Je t'attends dehors. »
Il sortit comme il était entré, discrètement sans rien demander à personne. La bande fixait désormais Astrid dans un silence pesant. Elle finit par se lever en posant sa fourchette, leur adressa un léger sourire, puis se dirigea vers la sortie. Même de dos, elle pouvait sentir leur regard jusqu'à ce qu'elle passe les portes. Harold était bien là, droit comme un piquet, le visage faiblement éclairé par la lumière de la lune. Il n'adressa pas un regard à sa femme et commença à descendre les marches seul, sans même son fidèle furie nocturne. La blonde bouillonnait intérieurement. Son anxiété avait maintenant fait place à la colère, cette rage si forte qui la rongeait. Elle aurait voulu l'attraper, le secouer jusqu'à ce qu'il parle, qu'il lui explique les événements de la veille. Au lieu de ça, elle continua de le suivre dans l'obscurité jusqu'au port.
Beaucoup de vikings étaient déjà présents avec en leur centre le chef, Stoïck, qui avait revêtu ses habits de fête. Les torches brûlaient dans la nuit et Astrid remarqua enfin les lueurs qui brillaient sur la mer. Les deux clans devaient s'être retrouvés sur l'eau et faisaient à présent route commune vers Beurk. La plupart des Hooligans trépignaient d'impatience à l'idée de recevoir de la visite, d'autant plus pour une chose si importante.
Le premier arriva enfin au niveau du ponton et des hommes sautèrent de celui-ci pour pouvoir l'attacher. Astrid se rapprocha d'Harold pour tenter de faire bonne figure devant les arrivants. Un homme s'avança sur la planche installée entre le ponton et le navire. Il avait de longs cheveux blonds qui rappelèrent quelque peu à Astrid les jumeaux Thorston.
« Almar ! Lança Stoïck en ouvrant ses bras. Ça me fait plaisir de te revoir.
- Moi aussi mon cher Stoïck ! Comment vas-tu depuis le temps ? Et ne serait-ce pas Harold que je vois là ? C'est que tu es devenu un homme maintenant. Et à côté, c'est ta nouvelle épouse si je ne m'abuse non ? Dit-il en se plantant face à la jeune femme.
- Astrid Hofferson, enchantée. »
Le visage d'Almar se tordit en grimace devant une Astrid incrédule. Elle regarda Harold dans l'espoir de trouver la réponse à cette réaction étrange, et fut surprise de voir qu'il la regardait déjà, les sourcils froncés.
« Elle plaisante évidemment, s'enquit Harold sur un ton qui se voulait être de la rigolade. Almar, je te présente Astrid Haddock. »
Les deux derniers mots frappèrent Astrid de plein fouet. Comment avait-elle pu faire une gaffe aussi stupide ? À cet instant, elle aurait eu envie de se terrer dans un trou pour ne plus jamais ressortir. Stoïck leur avait défendu de se tromper sur les noms des invités, et elle avait lamentablement échoué en fautant sur son propre nom.
« Et bien enchanté mademoiselle ou plutôt madame Haddock, dit le chef des Sang-de-fer. »
Au même moment, deux femmes blondes elles aussi sortirent du bateau.
« Astrid, reprit-il je ne crois pas que vous connaissiez ma famille. Voici ma femme Dita et notre fille Vilde. »
Astrid serra le main des deux Gettison tout en les scrutant du regard. Chacune d'elle était très classe, avec une longue robe magnifiquement brodée. Dita semblait être beaucoup plus jeune que son mari mais leur fille devait probablement avoir le même qu'Astrid et ses amis. Sans même lui avoir parlé, elle ressentit néanmoins un drôle de pressentiment concernant Vilde. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle n'aimait pas cette fille qui semblait regarder son peuple de haut. Stoïck attrapa le bras d'Almar après avoir jeté un regard noir à sa belle-fille.
« Mon ami Gueulfor va vous accompagner vers vos huttes afin de pouvoir faire accoster les autres bateaux. Surtout n'hésitez pas s'il y a quoi que ce soit. »
Les Sang-de-fer se dirigèrent vers le forgeron qui secouait les bras, suivis par leur garde rapprochée. Le navire put enfin être détaché du ponton et laissa la place à un second. Celui-ci était plus petit et décoré de lignes vertes. Une fois amarré, un homme brun, sûrement le second chef pensa Astrid, sortit du bateau.
« Stoïck la brute ! »
Les deux hommes se donnèrent de vigoureuses tapes dans le dos. L'amitié qui unissait les deux chefs était clairement visible, on aurait presque cru qu'ils s'étaient quittés la veille.
« Comment vas-tu Randolf, et ton peuple ? Demanda le roux.
- Parfaitement bien et plutôt enjoués pour la cérémonie de demain. Tu sais que nous les Styrke sommes toujours partants pour une petite fête ! »
Randolf se tourna alors vers les jeunes mariés. Astrid voulut se présenter poliment, mais à peine ouvrit-elle la bouche qu'Harold la devança, comme pour la faire taire.
« Bonjour Randolf, je suis ravi de te revoir. Laisse moi te présenter ma nouvelle épouse, Astrid.
- Oui oui je la connais nos chemins s'étaient déjà croisés par le passé. Toutes mes félicitations à vous deux.
- Merci beaucoup, balbutia la viking. »
Au même instant, Astrid vit s'avancer sur le pont un jeune homme brun dont les cheveux bouclés se baladaient au grès de la légère brise. Elle fut surprise par la clarté de ces yeux bleus qui paraissaient translucides. Une petite fille aux yeux beaucoup plus gris le suivait de près.
« Laissez-moi présenter à ceux qui ne les connaissent pas mes enfants, mon fils Ulrik, et ma fille Gyda. »
Ulrik vint serrer la main d'Astrid, puis celle d'Harold, mais la jeune femme remarqua qu'il serrait la main de ce dernier relativement fort. Elle vit alors la dureté de son regard et sa mâchoire qui semblait contractée. Gyda s'approcha d'eux à son tour, mais avec un grand sourire, contrairement à son frère aîné.
« Bonjour madame Haddock, je m'appelle Gyda !
- Bienvenue sur Beurk Gyda, mais tu peux m'appeler par mon prénom tu sais, lui sourit Astrid.
- Bien mon ami, reprit Stoïck, nous allons vous accompagner jusqu'aux huttes des invités où les Sang-de-fer sont déjà installés. »
Le convoi se mit en route et Astrid en profita pour se mettre à l'arrière de la petite troupe. Toute l'agitation qui régnait en ce moment au village lui donnait le tournis et elle aurait grandement préféré partir seule se promener en forêt.
« Astrid, n'est-ce pas ? »
L'interpellée se redressa rapidement à l'entente de son prénom pour voir le Styrke posté à ses côtés.
« Exact, et vous Ulrik c'est ça ?
- C'est ça. Mais je n'ai que vingt-et-un ans pas la peine de se vouvoyer.
- Tu as raison c'est limite ridicule, ironisa Astrid.
- Je ne te le fais pas dire. Alors comme ça c'est toi la femme du futur chef ?
- C'est ce qu'il paraît, dit-elle face au sourire d'Ulrik.
- Tu en as de la chance dis donc.
- Tu n'as pas à te plaindre tu es aussi l'héritier des Styrke.
- Oui, enfin pour l'instant. Mon père menace de me déshériter si je ne trouve pas d'épouse pour assurer la descendance.
- Toi au moins tu as le choix, soupira la blonde.
- Qu'est-ce que tu as dis ? J'ai pas compris.
- Rien, je pense juste que ton père n'est pas sérieux.
- Je sais très bien qu'il ne l'est pas mais il me met beaucoup de pression par rapport à ça. D'ailleurs c'est lui qui m'a envoyé à toi, pour que tu me présentes à des amies. En réalité, je t'en parle simplement parce que je sais qu'il est en train de me surveiller en ce moment, rigola Ulrik, mais ne fait rien et s'il te demande réponds lui simplement que tu ne peux pas, ou que tu ne connais personne s'il-te-plaît ça m'aiderait beaucoup.
- Ne t'inquiètes pas, répondit Astrid avec un clin d'œil. Je comprends parfaitement à quel point ça peut être stressant de voir ses parents diriger son propre avenir.
- Merci tu me sauves !
- Il m'a aussi envoyé parler à la fille du chef des Sang-de-fer. Tu sais comment elle s'appelle ?
- Euh Vilde je crois.
- Cool merci. C'est vrai qu'elle est plutôt mignonne mais j'ai l'impression que si je m'approche elle ne fera qu'une bouchée de moi, rit-il.
- Ulrik ! »
Randolf, Gyda, Stoïck et Harold se tenaient devant la hutte fabriquée pour l'occasion, et regardaient tous les quatre dans leur direction. Le chef des Styrke venait d'appeler son fils pour rentrer, tandis qu'Astrid sentait le regard froid d'Harold sur elle.
« Je dois y aller, même si c'est mon père qui m'envoie à la base, c'était sympa de te parler. On se voit demain ! Lança Ulrik en pressant le pas.
- Oui c'est ça à demain ! »
Astrid rejoignit les Haddock, puis tous saluèrent la famille Sveinsdottir avant de prendre le chemin de chez eux.
Le trajet s'était fait dans un silence pesant lorsque Stoïck les avait quitté, ce qui commençait à être une habitude entre elle et Harold. Même une fois arrivés dans la chambre, le jeune homme ne lui avait toujours rien dit. Astrid attrapa une tunique et partit se réfugier dans la salle de bain pour être un peu seule. L'unique chose qui lui faisait envie en cet instant était de prendre un bain chaud pour pouvoir évacuer toutes les tensions qui la tiraillaient nuit et jour. Après avoir fait chauffer l'eau, elle se laissa tomber dans la baignoire et songea à la journée de demain. La cérémonie de passation représentait une immense fête pour tous les Hooligans, mais Astrid avait simplement envie de disparaître pour ne pas avoir à y assister.
En retournant dans la chambre, elle vit Harold assis face à son établi, un crayon de charbon à la main. Je me demande bien ce qu'il peut être en train d'écrire, songea-t-elle, mais évidemment elle ne dit rien et se contenta de s'asseoir sur le lit avec un livre que Varek lui avait prêté.
« De quoi vous parliez avec Ulrik ? »
Astrid sortit brusquement de sa lecture, et se demanda pendant quelques instants si elle n'avait pas rêvé. Harold était toujours à ses travaux, dos à elle, mais il venait pourtant de lui adresser la parole.
« Rien de spécial on faisait connaissance, répondit-elle en tentant de ne pas s'évanouir de surprise.
- Vous avez pas mal parlé pour des gens qui ne faisaient que connaissance.
- Pourtant c'est ce qui s'est passé. Et pourquoi ça t'intéresse tant ? Demanda-t-elle en sentant la colère monter doucement.
- Je voulais savoir.
- Et bien sache que ce n'est pas parce que je n'ai pas eu le choix de t'épouser que je ne peux pas choisir avec qui je veux avoir une conversation. »
La jeune fille s'attendit à une réaction de sa part, mais il n'en fit rien et resta à son pupitre sans rien dire. Intérieurement, elle bondissait de joie et replongea dans sa lecture. Elle avait enfin réussi à s'imposer et à ne pas perdre tous ses moyens devant lui.
Quand le Haddock se leva au bout d'une dizaine de minutes pour se diriger vers la commode, Astrid posa immédiatement le livre sur sa table basse. Ils devaient absolument parler de la nuit dernière, pour qu'elle sache si oui ou non elle avait des raisons de craindre quelque chose. Lorsqu'il vint à son tour s'asseoir sur le lit après s'être changé, elle rassembla tout le courage qu'elle pouvait puis parla d'une voix calme.
« Écoute Harold, je pense que l'on devrait discuter de ce qu'il s'est passé hier. »
Il ne bougea pas au premier abord mais finit par se retourner quelques instants plus tard pour faire face à la blonde.
« Pourquoi ça ? Répondit-il posément.
- Simplement parce que demain est une journée importante et que je n'ai pas envie de la passer à me faire des nœuds au cerveau comme aujourd'hui. Alors pourquoi est-ce que… pourquoi est-ce que tu m'as arrêtée hier soir ?
- Tu me demandes vraiment pourquoi je t'ai empêché de faire une grosse erreur ?
- Comment ça ? En quoi consommer notre mariage est mal ? Et les traditions, la malédiction, tu y as pensé à ça ? Je préfère que tu me dises si j'ai fait quelque chose de mal plutôt que de rester terrer dans ton silence !
- Ne réagis pas comme ça tu sais que c'est faux. Comme tu l'as dis toi même tout à l'heure tu n'as pas choisi de m'épouser, tout comme moi d'ailleurs. Mais je ne vais pas te forcer ou me forcer à faire ce genre de choses contre notre vraie volonté. C'est bien l'une des seules choses sur laquelle on peut encore décider. Et je ne savais pas que tu accordais tant d'importance à de vieilles traditions, de toute façon la malheur s'est abattu sur nous il y a déjà longtemps, on ne risque plus rien, dit-il en éteignant la dernière bougie et en s'allongeant sous les draps. »
Astrid resta muette et se coucha à son tour. Elle fut choquée car il s'agissait probablement du plus grand nombre de mots qu'Harold lui avait adressés depuis longtemps, mais aussi et surtout à cause des paroles qu'il avait dites. A aucun moment l'idée qu'il ait pu refuser pour ne pas la laisser faire quelque chose dont elle ne voulait pas réellement ne lui avait traversé l'esprit. Astrid songea alors que des bribes de l'ancien Harold restaient encore au fond de l'homme qui dormait à son côté, malgré toutes les années passées.
« Au fait, merci pour ton morgen-gifu, la robe est très belle.
- Tu la mettras demain. »
Trop beau pour être vrai. A peine avait-elle pu apercevoir le garçon qu'elle connaissait jadis qu'Harold redevenait froid, distant et autoritaire. Astrid soupira alors bruyamment de façon à être entendue et se retourna avant de trouver le sommeil.
PROCHAIN CHAPITRE : Dans 2 semaines, soit Vendredi 13 Avril à partir de 18h
Bonjour à tous ! Voici le deuxième chapitre de cette fanfic ! On y apprend qques petits trucs, mais beaucoup de choses restent encore à élucider, donc ne vous brusquez pas si vous ne comprenez pas tout.
N'hésitez pas à me laisser des reviews pour me donner votre avis (quel qu'il soit) ou encore même si vous relevez une petite faute !
A la revoyure,
Unefeerique :)
