Yo !
C'est dur les cours, alors je sais pas quand j'aurai fini la troisième partie mais en attendant, voilà déjà la deuxième, La Place aux Pendus ! J'introduis un nouveau personnage que j'aime beaucoup, j'espère qu'il vous plaira aussi !
Un grand merci à Eclipse et à Rin pour leurs reviews ~ !
Bonne lecture !
Le Chat Botté – Deuxième Partie
La Place aux Pendus
« Et bien soit. Je mangerai pas ça quand même. »
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La pluie bruinant sur la ville produisait en tombant sur le goudron noir une buée sale aux relents de pollution, enfouissant derrière son rideau couleur tristesse le visage des passants. Ses poils se mouillaient au fur et à mesure qu'elle marchait. Elle sentait les gouttes d'eau s'accrocher à eux comme des tiques avant de s'enfoncer dans son pelage jusques à sa peau blanche. Les pieds des gens écrasaient le sol dans un bruit mat et mouillé, propulsant sur elle un peu de l'eau marronnasse des flaques. Ses pattes étaient déjà trempées, alors qu'elle était sortie à peine cinq minutes plus tôt. L'eau remontait, suivant ses poils, juste entre ses coussinets, et elle savait qu'un humain aurait attrapé la mort comme ça. Pourtant, c'est à peine si elle avait froid. Elle était en colère, même, en rage contre son abruti de maître. Parce que c'est ce qu'il était, justement, et elle trouvait qu'il en abusait outrageusement. En la privant de nourriture, par exemple. Ah non, pardon, excusez-la, c'est une mauvaise langue, il laissait pour elle dans le frigidaire et sur la table des fruits et des légumes. Sincèrement ? Vous avez déjà fait manger une courgette à un chat ? La bonne blague. Et ce crachin qui salissait sa ville avec son humidité, pourrissait le bois et faisait remonter à la surface l'intérieur des égouts. Chaque goutte d'eau lui rappelait à quel point elle avait faim. Elle devait remonter jusqu'au centre touristique de la ville. Traverser les rues puantes et étouffantes, éviter les pieds violents des humains qui pullulaient dans la cité le regard triste, perdus dans la monotonie des grandes villes. Elle se souvenait la campagne de chez elle, les rires des femmes qui travaillent dans les rizières pour alimenter les soldats, du temps où elle n'était qu'une enfant. Elle se souvenait les champs de l'Ouest, les moissonneurs et le moulin où elle avait chassé les souris, un temps. Elle se rappelait avoir vu le ciel éclairé par les étoiles et la lune, grandiose, lorsque des villages entiers se rassemblaient pour fêter l'équinoxe. Elle se rappelait la nouvelle lune où on avait voulu la sacrifier en Sabbat, et où ces pseudo-sorcières l'avaient prise pour un grand démon des enfers. Elle se souvenait avoir aimé ces femmes jetées à ses pieds dans un obscénité insoutenable, leur air euphorique de bacchantes, la perdition et l'espoir dans leurs yeux. Elle avait aimé ces yeux qui cherchaient en elle un salut, une aide. Elle se souvenait les avoir prises en pitié. Elle se souvenait être restée près d'une année avec elles, elle se souvenait avoir été adorée et suivie. Ces femmes avaient été ses filles. Elle se souvenait de l'odeur de leur chair brûlant sur le bûcher. Et du sourire du badaud qui regardait le spectacle. Si ce jour-là, il y avait eu de la pluie comme aujourd'hui, peut-être le feu n'aurait-il pas pris si vite, peut-être aurait-elle pu les sauver de ces humains effrayés. Mais la bruine qui propageait la pollution dans la ville aujourd'hui n'aurait su éteindre aucun feu. D'ailleurs aucun feu ne brûlait plus dans les villes, aussi cette question ne se posait-elle jamais. Cependant la chasse aux sorcières n'avait jamais cessé, Yuffie était bien placée pour le savoir. Elle se déroulait encore sous les yeux de tout un chacun, dans la rue et sur les places, sur internet et les téléphones, c'était une violence plus lente, plus insidieuse, moins démonstrative. Mais qu'est-ce que cela pouvait bien changer ? L'Homme continue d'avoir peur de la liberté et de la différence après tous ces siècles, alors que peut-on faire ? Rien. Et les Sabbats sont devenus des orgies, des « teufs ». Juste quelques Enfants Perdus à la Peter Pan, qui trouvent refuge dans un bois, une clairière pour profiter et croire que ce pays imaginaire-là ne disparaître pas quand on grandira, puisqu'on ne peut arrêter le temps. Elle aurait voulu soupirer, mais ce corps ne pouvait que grogner de mécontentement. Elle se planta à côté des jambes nues d'une allemande, sur la terrasse couverte d'un restaurant, et se mit à miauler. Elle n'avait plus fait ça depuis des années, lui semblait-il, mais un chat trempé de pluie est toujours tellement mignon. Pitoyable, plutôt. La femme darda ses yeux verts sur elle, et elle miaula encore, se frottant à ses jambes. Elle se laissa caresser, ronronna même, et un bout de viande lui fut donné. Enfin, enfin de la viande ! Elle ronronna plus encore et on la resservit, puis elle partit faire d'autres tables. Partout on la touchait, et elle devait ronronner. Elle devenait ce que les humains appellent couramment une putain. La chatte tapineuse, en tournée toute la semaine !
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Vincent était assis à la table de la cuisine, une cigarette se consumant lentement dans ses doigts. Devant lui, son ordinateur semblait le narguer. Et son logiciel de traitement de texte qui osait le regarder avec sa grande page blanche, lui aussi, le narguait. Beau nom de syndrome, la page blanche, mais ça n'a rien à voir avec la couleur de la page, même si la trame de fond est rouge ou noire ou jaune, c'est pareil. Il ne pouvait pas écrire. Depuis des années qu'il vivait, il n'avait jamais vraiment eu ce problème. Il y avait eu des pannes d'inspiration, des difficultés à s'y mettre. Mais là, il sentait que c'était différent. Il était préoccupé, inquiet, et ça lui bousillait la tête, ça prenait tout son cerveau. Ça allait finir par l'avaler, un jour. Si Yuffie ne revenait pas, par exemple. Bien sûr que les chats fuguent, surtout quand on ne leur donnait pas à manger. D'autant que ledit chat pouvait ouvrir une porte et taper un code – enfin, c'est pas comme si son appartement avait vraiment un code mais les boutons étaient là quand même – et partir sans dire au revoir. Elle se vengeait de lui, sûrement. De la priver de viande. Mais ça faisait déjà trois jours, et elle aurait pu, quoi ? trouver un nouveau maître, avec une vraie maison avec un canapé confortable qui sent bon le propre, et qu'essaye pas de lui faire bouffer la salade verte qui pousse dans la terre. Ou elle aurait pu se faire écraser par une voiture, tout comme elle aurait juste pu quitter la ville, comment savoir ? Pour savoir, il aurait fallu sortir et Vincent avait envie de tout, sauf de sortir. Mais à présent, il s'ennuyait. L'appartement n'était pas spécialement vide ni triste, c'était toujours le même. Un peu moins bruyant un peu moins sale, un peu plus lui. C'était son environnement idéal pour vivre et écrire en paix. Mais il ne pouvait plus écrire, le voilà le problème. Parce qu'il était inquiet. La boucle est bouclée il ne pouvait rien faire sauf attendre, espérer, boire un peu de ce vin qui ressemble à ses yeux, jusques à la lie. Si, il pouvait sortir. Mais il ne voulait pas, déjà oublié ? Alors il serait patient. Il boirait et fumerait un peu (trop). Il écrirait pas.
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Sur une marche de la placette se tenait un gamin, le regard soufflant sur les gens un espoir doux et chaud comme le corps d'un enfant qui dort. Ce n'était pas la première fois que Yuffie voyait ce petit garçon ici. À dire vrai, il était presque toujours sur la Place aux Pendus. Le petit garçon la regarda, intéressé. Il sortit de sa poche un petit gâteau sec en forme de poisson, et son mouvement ressemblait à un oiseau blessé qui ne saurait bouger qu'une aile, qu'il tend quand même vers le ciel. Il tendit son aile d'humain à la chatte, qui s'approcha doucement, lentement, renifla le biscuit. Ça avait l'air bon. Le gamin le posa sur ses mains en coupe qu'il amena sous le museau de Yuffie. La chatte écarquilla les yeux. Ce petit garçon, là. Ce pauvre gosse qu'avait pas l'air trop dégourdi non plus, ouais lui, il avait fait un truc que personne avait fait avant. C'était peut-être pas intentionnel, mais il venait de la respecter, et de lui permettre de bouffer quelque chose qui n'aurait pas le goût de pluie sale de goudron et de semelles. Alors elle ronronna et se laissa manger dans la main du petit homme. Elle laissa la main un peu sale d'avoir trop traîné dehors se poser sur ses poils, les ongles fourrés de crasse s'enfoncer sous son pelage pour gratter son cou, le dessus de sa tête. Il souriait. Il avait de jolis cheveux fins et roses comme des fils d'araignée et un regard calme frangé de la soie des vers. Sa peau était opalescente et lumineuse comme la nacre d'une huître perlière. La nature entière semblait s'être rassemblée pour créer un être bâtard de Gaïa. Il se dégageait de lui une paix enfantine, et dans la tête de Yuffie vinrent résonner quelques mots, quelques phrases sur les enfants et les adultes, les quelques mots qui disaient pourquoi elle les aimait quoiqu'elle ne supportât ni leurs cris ni leurs pleurs. La raison pour laquelle elle se laissait aller à espérer qu'ils restent tels quels en grandissant. L'adulte est un grand enfant qui croit qu'il sait, et l'enfant est un petit adulte qui sait qu'il croit. Lorsqu'elle regardait ses yeux clairs comme le cristal de roche, leur air vague semblait accéder à une réalité alternative. De ses mains il pourrait écarter les pans du rideau de pluie derrière lequel se cache la ville et d'un souffle il éloignerait les nuages qui recouvrent le soleil. En un clignement d'yeux seulement, il ferait tomber des couleurs sur les murs gris, et avec un rire il ouvrirait les portes de peau qui masquent les pupilles des gens sur la beauté, les diamants par terre qu'il faut regarder pour trouver. Et en un mot il ferait parler ce chat qu'il a aidé, qui l'a aidé ?
« Tu n'es pas un chat normal, toi, n'est-ce pas ? »
Yuffie le regarda, à peine surprise. Les enfants savent voir ça, savent croire en ça.
« Non. »
L'enfant sourit doucement.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu n'as pas de parents ?
—Ma mère m'a chassée de son foyer deux mois après ma naissance.
—C'est triste.
—C'est plutôt normal, chez les chats. J'ai un maître maintenant.
—Il est gentil ? »
Un homme passa devant eux, elle ne répondit pas. Il la regarda, une interrogation légère comme une plume dans le regard.
« Les grandes personnes, dit-elle, elle ne doivent pas m'entendre, tu comprends ?
—Pourquoi ?
—Ils ont peur, ils ne croient pas en la magie des petites choses.
—Tu es un chat magique ?
—Oui. Je m'appelle Yuffie.
—Qu'est-ce que ça veut dire ?
—Rien.
—Ça veut dire « Rien » ou ça veut rien dire ?
—Ça veut rien dire.
—Ça aussi, c'est triste.
—Non, maintenant ça veut dire moi. Tu n'as jamais rencontré de Yuffie avant, n'est-ce pas ? C'est parce que c'est mon prénom, tu comprends ? Ma colère et mon amour, tout comme mes joies et mes peines, tout ça, c'est Yuffie. Ça veut dire les millions de choses qui sont (en) moi.
—C'est beau.
—Et toi ? Est-ce que ton nom te plaît ?
—Moi on m'appelle Espoir. Pourtant parfois, je ne suis pas que Hope.
—Un mot, un nom, quatre lettres. C'est parfois réducteur. Ce qui est quelque chose est fixe, c'est autant un avantage qu'un désavantage. Mais sache que même si tu n'es plus Espoir par moments, tu seras toujours Hope. Parce que maintenant depuis le jour de ta naissance et jusqu'à celui où on t'oubliera, Hope ce sera toi.
—Merci, Yuffie. »
Le nom de la fille sonnait comme une brise de printemps dans laquelle virevoltent des pétales blancs de fleurs pures. Elle sourit intérieurement. C'est vrai, son nom était beau, aussi beau qu'elle pouvait être belle, et son nom à lui prenait mille autre sens nouveaux. En fait non, ce n'était pas beau, pas encore. Mais ils pouvaient faire en sorte de rendre magnifiques ces lettres qu'on avait apposées sur leurs visages.
« Et toi, tu n'as pas de parents ?
—Je vis avec ma sœur, mais elle travaille beaucoup. Sans elle la maison est un peu vide, alors je viens dans la rue.
—Est-ce que tu es sûr que c'est mieux ?
—C'est plein de monde. Je ne suis plus seul, tu vois ?
—Ah.
—Mais même quand c'est bondé à un point tel qu'on peut à peine marcher, c'est vide d'elle. Ton maître est là pendant la journée ?
—Ouaip. Il travaille pas il est au chômedu.
—C'est quoi ?
—C'est quand t'as pas de travail.
—Ça doit être bien ! J'aimerais bien que ma sœur ce soit pareil pour elle.
—Je ne pense pas. Tu sais, quand tu ne travailles pas, tu n'as pas d'argent.
—Alors je ferais un potager avec elle.
—Et pour payer la maison ?
—On fera une cabane dans les bois avec tout ce qu'on pourra trouver.
—C'est une belle idée. Je trouve que ton nom te va bien. »
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Bzzzz. Bz. Bzzz. BzzzzzzZzzzzz … … Bz. … Bzzz.
Vincent suivait des yeux la mouche perdue dans la pièce. Est-ce que, comme lui, elle s'ennuyait à tourner en rond dans cet appartement vide de Yuffie ? Elle se posait une seconde sur le plafond et puis de nouveau son vol perçait désagréablement le silence dans la pièce. Elle tournait entre les murs, voletait jusqu'à la lumière clignotante de la servante de la cuisine – Vincent devrait penser à la changer. Il n'avait pas envie. – puis venait se poser dur la table, cherchant quelque denrée pourries. Mais il n'y avait sur la table qu'un cendrier rempli de mégots et un verre de vin. Et un ordinateur qui affichait une page aussi vide que le cendrier était plein. Parfois, elle venait se noyer dans le verre de vin, restait à patauger mollement dans le liquide rouge alcoolisé puis parvenait enfin à sortir soûle et titubante. Elle était pitoyable. Vraiment, ils se ressemblaient beaucoup. Il se leva et tituba comme la mouche jusqu'à la cuisinière , il ouvrit le frigidaire. C'était déprimant. Il n'y avait que des légumes. Et il détestait ça. Quelle idée, aussi. C'était juste pour le bien de Yuffie, à la base. Et maintenant, il se retrouvait comme un con à mater ses poivrons, dans l'espoir futile qu'ils se transforment en steak. Il avait l'espoir, vraiment. Les chats magiques existaient bien alors pourquoi les poivrons ne pourraient-ils pas se transformer hein ? Pour absolument aucune raison. Et pour absolument aucune raison il restait à fixer ses légumes la porte du frigidaire maintenue ouverte par une de ses mains, molle, tandis que l'autre pendait lourdement au bout de son bras. Il s'ennuyait vraiment. Il avait le teint pâle, enfin, plus pâle encore qu'avant, et des cernes noires creusaient sur son visage un tableau déprimant. Ses cheveux s'emmêlaient sur ses hanches en un bourdia noir et sec, tombant parfois devant son visage. Depuis deux jours, il avait arrêté de les remettre en place, aussi recouvraient-ils ses yeux la majeure partie de la journée. Il ne se lavait pas, non plus. Il se sentait déprimé, et il avait l'air dépressif. Il ressemblait au chômeur de base, triste et blasé. Il sentait mauvais. Ça ne le gênait même plus. Avant, il se rendait compte maintenant, c'était Yuffie qui lui maintenait la tête hors de l'eau, en quelque sorte. Ou alors, elle avait tiré son visage à la surface et, se reposant sur elle, il n'avait pas senti ses jambes s'affaiblir sous l'eau. Et quand elle était partie, le poids de ses jambes l'avait traîné par le fond, et maintenant qu'il était coulé, il peinait à respirer. Il se noyait, comme les marins les SDF et les toxicos. Comme le chômeur qu'il était, tout simplement. Il n'arrivait même plus à écrire. Pourtant, outre la fatigue extrême qui le tiraillait – ne rien faire est une activité des plus épuisantes – son visage n'affichait toujours aucune émotion. Pas de tristesse, pas un seul tic nerveux ni au niveau du sourcil ni au coin de la bouche. Sa carapace était plus ferme et rigide que jamais, c'était sa réaction naturelle à la souffrance.
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« Dis, ton maître, il est seul chez toi ?
—Ouaip.
—Pourquoi tu n'y retournes pas alors ?
—J'ai pas envie. Y a même pas de viande là-bas.
—C'est pour ça ?
—Hm ?
—C'est pour ça que tu rentres pas chez toi ?
—Ouaip.
—Ça fait des année qu'il n'y a pas eu de viande chez moi. Je ne sais pas si tu te rends compte combien c'est cher. »
Cette phrase n'avait pas l'air de venir de lui, pas directement. Depuis plus d'une semaine qu'ils se parlaient, Yuffie commençait à le connaître. On aurait plus dit une phrase qui lui aurait été dite longtemps auparavant et qu'il ne comprenait pas encore vraiment mais qu'il admettait et donc acceptait de répéter puisqu'elle était comprise dans son esprit comme une vérité. Cependant ne saisissant pas l'étendue de la portée de ces paroles, il s'abstenait de les modifier. C'était une réalité qui le dépassait, il avait absolument conscience de ça. Elle baissa le regard. Non, elle ne se rendait pas compte. À vrai dire, elle avait beau parler autant qu'elle voulait, elle n'avait jamais totalement saisi le concept de l'argent chez les humains. Ils avaient un don incroyable pour créer des trucs chiants, inutiles et qui manquent à tout le monde alors qu'à la base ce n'est pas nécessaire parce que ? soyons sincères, ces bouts de papier que les humains chérissent tant, c'était rien. Ça brûlait vite, ça se déchirait plus facilement que le cœur d'une vierge, et tout le monde se plaignait de ne pas en avoir assez. Yuffie avait vaguement compris comment en avoir, à quoi ça servait, mais jamais où et pourquoi ce machin était-il créé. Ça foutait juste encore plus la merde entre les humains, pour changer. Ce serait cool si une fois dans leur existence, les humains se décidaient à faire un truc vraiment bien. Ses sourcils de chat se froncèrent sensiblement et le garçon lui lança un sourire indulgent. Et elle qui se laissait presque se faire engueuler par un humain qui n'avait pas un dixième de son âge, pas un vingtième. Sûrement avait-il vécu moins d'un cinquantième de son expérience à elle, alors d'où pouvait-il lui dire ça ? Ah oui. Il était humain. Ça pouvait expliquer toutes les conneries au monde, ou presque. L'orgueil. La luxure. La démesure. L'avarice. La jalousie. La colère. La paresse. Tout ça était en lui, et ce quoi qu'il fasse. Ce qui ne l'empêchait pas d'être parfaitement appréciable, et là sans doute résidait toute la complexité du genre humain. Ses yeux lui sourirent comme une excuse que jamais elle ne prononcerait à voix haute, et il sembla comprendre.
« Tu as déjà essayé de manger ce qu'il te proposait ?
—Non. C'est dégueu, les fruits et les légumes.
—C'est pas très bon en goût mais c'est bon pour la santé.
—Pour toi, peut-être, tu es omnivore, mais je suis carnivore. Je ne mange des trucs verts que pour me purger, et j'en garde pas un excellent souvenir à chaque fois.
—C'est quoi se purger ?
—C'est quand on se fait vomir si on a mangé quelque chose de mauvais. Et pour se forcer à vomir, rien ne vaut de l'herbe ou des légumes.
—Est-ce que les humains font ça aussi ?
—Non, pas à ma connaissance. Enfin, tu peux le faire si tu cherches à atteindre un état physique et spirituel supérieur, mais c'est pas dans ta nature.
—Et comment on fait ?
—Il faut trouver les chamans du Sud-est, dans la contrée aux mille couleurs. Là-bas, il faut trouver le détroit où les tissus plongés dans l'eau la parent de teintes plus vives les unes que les autres, et demander à une femme assise au bord de l'eau où est la plus haute montagne du monde. Elle te montrera un chemin qu'il faut suivre et qui te conduira jusqu'un vieil homme au somment d'une montagne. Il te donnera ce qu'il appelle de l'Ayahusca, liqueur de lianes et tu devras boire. Plusieurs jours durant, ton esprit sera loin de ton corps qui se purgera entièrement, éliminant l'intégralité des toxines de ton corps. Le seul problème est que si notre corps est trop pollué, il est possible de mourir. Mieux vaut s'assainir un maximum avant de boire les lianes. Le chaman est toujours là pour guider l'esprit dans son voyage mais il ne peut totalement empêcher le corps de dépérir.
—Tu sais beaucoup de choses.
—J'ai beaucoup vécu, beaucoup voyagé. J'ai vu les hommes et la nature, l'harmonie et la guerre.
—Quel âge tu as ?
—Quelque chose comme cinq cent vingt-trois ans. Si je me souvient bien, j'aurais cinq cent vingt-quatre dans un peu plus d'un mois.
—Du coup, ça fait que tu es née quand ?
—Je suis née le quatrième soleil de la lune gelée durant la sept cent quarantième révolution complète du soleil depuis la Grande Révolution.
— Tu m'apprendras des choses ? Moi je n'ai que 9 ans. »
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Il se réveilla en un petit bond. Il était persuadé qu'il était en train de tomber, mais non. Sa tête reposait bien sagement sur la table, avant qu'il ne se redresse subitement. Il avait faim, mais la simple idée de bouger le fatiguait. La mouche qu'il avait observée plus tôt gisait à présent sur la table, morte. Non, il ne l'avait pas tuée, quel intérêt aurait-il bien pu avoir à le faire ? Ça lui aurait seulement coûté un effort qu'il ne voulait pas fournir, pour au final aboutir au même résultat qu'en continuant à paresser. Il ouvrit son ordinateur par réflexe, et il sentait le poids de ses bras tirer sur les muscles de son épaule. C'est lourd, un bras. Ses jambes étaient engourdies, mais quand bien même il aurait essayé, il n'aurait pas pu se lever. Il se planta devant la page toujours blanche, toujours vierge. Il l'aurait violée. Il essaya de se concentrer sur ce qu'il (n') allait (pas) écrire, mais ses pensées s'éloignèrent de tout ça et partirent loin, là où était Yuffie, là où elle avait été, là où elle pourrait être, la où elle serait bientôt, là où il voudrait qu'elle soit – il ne savait pas. Elle était partout. Il posta ses doigts juste au-dessus du clavier à écrire et attendit, comme tous les jours. Ça lui donnait l'impression de faire quelque chose. D'essayer. C'était faux, il restait juste des journées entières l'intérieur des poignets posés sur son ordinateur, les doigts immobiles, suspendus dans une position d'attente, comme s'il allait écrire, comme si. Et son esprit était ailleurs, très loin de ses doigts gourds, et pourtant, en pensant à Yuffie, sans vraiment trop s'en rendre compte, il se mit à écrire.
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Elle était couchée sur le sol, roulée en boule sur les pavé au-dessous d'un pont. Hope lui avait proposé de venir chez lui, bien sûr, tant qu'elle n'avait pas de logement, mais elle avait refusé. On le lui avait dit, même, on le lui avait dit un million de fois qu'entretenir un chat c'est pas facile et ça coûte cher. Comme la viande. En plus, chez l'enfant il avait dit qu'il n'y avait pas de viande donc… Elle devrait rentrer sans doute. S'il arrivait quelque chose à Vincent en son absence, elle risquait d'en mourir… c'était son maître, qu'elle le veuille ou non. Elle devait vivre chez lui, quoi qu'elle en pense. Mais pour revenir et rester là-bas, il fallait qu'il y ait de la viande. Parce que ce machin là, cette pomme. C'était pas mangeable, elle en était certaine. Il fallait qu'elle trouve de ces bouts de papier qui rendent les hommes fous. Et elle ne pouvait pas faire ça sous sa forme féline, un chat ne fait pas la manche, il miaule pour des caresses et de la nourriture à la limite mais enfin ? Personne ne donne de l'argent à un chat, c'est absolument stupide. Et pour se transformer elle avait besoin de vêtements. Se balader nue ne la gênait pas personnellement, mais il y avait quelque chose dans la loi qui interdisait l'outrage à la pudeur ou un truc du genre. Hope avait bien une sœur, non ?
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Elle dansait, sautait. La pluie qui tombait toujours coulait sur sa peau, suivait chacun de ses mouvements, et si elle balançait ses bras, elle envoyait dans l'air l'eau sale qui suivait la ligne de son bras jusqu'au bout des ses doigts fins. De la pointe de son pied tendu, roulant la hanche et jetant sa jambe, elle caressait une flaque et faisait gicler l'eau loin, sur les gens qui la regardaient. Parfois, quand ses jambes étaient fatiguées de supporter son poids, elle sautait et atterrissait sur ses mains, sous les regards émerveillés des enfants, ébahis des adultes, sous le « Ooh » qui secoue la foule et la petite rumeur qu'elle savait créer. Alors elle ramenait ses pieds jusqu'à sa tête, le dos cambré au maximum et souriait avec ses yeux de chat. Elle écartait les jambes en un grand écart certain et comptait les gouttes qui tombaient et rebondissaient sur la plante de ses pieds. C'était presque trop facile. La souplesse, elle l'avait naturellement, et la grâce ça s'acquiert. Les humains étaient scotchés, les yeux comme accrochés à cette danse bacchanale. Ils regardaient son ventre bouger et ses cheveux se coller contre son visage, trempés. De dessous leurs parapluies, ils regardaient l'eau du ciel se déverser sur le corps quasi-nu de la jeune femme qui étaient encore presque une enfant. Elle était aussi trempée qu'une soupe, les vêtements de la sœur de Hope lui collaient à la peau et ses cils étaient lourds de gouttes d'eau, mais dans ses yeux brûlait un feu qui se propageait, réchauffait tout son corps, faisait se tordre ses poignets et rouler ses hanches dans une chaleur insoutenable. Elle pensait à ses femmes qui s'étaient tordues devant elle comme des possédées, elle pensait à leurs corps brûlant, aux flammes cruelles qui léchaient leurs corps et à l'odeur entêtante de l'encens qu'elle avait fait brûler par-dessus leurs cendres. Et sa tête allait exploser, trop pleine de souvenirs qu'elle était, alors elle dansait plus fort et plus vite, elle laissait le vent balayer son corps, pousser ses jambes et faire valser ses cheveux. Elle le suivait, cherchait en lui le rythme effréné qui la conduirait au nirvana. Elle dansait comme une fanatique dans une sorte de transe, la musique qui se jouait dans sa tête était connue d'elle seule, irrégulière comme le désir, elle perdait l'équilibre et le retrouvait aussitôt, s'appuyant sur l'air pour se redresser et sur sa souplesse pour continuer de chuter en rythme. Il y avait entre le monde et elle une mince couche de différences, comme si la pluie les séparait en une vitre sans tain. Ils l'observaient, et elle avait à peine conscience de leur présence. L'odeur de la pluie se mêlait à celle de la terre entre les pavés, effaçant celle des humains et de leurs cigarettes. L'eau qui coulait partout sur son corps se mêlait à la sueur qui perlait sous ses aisselles et dans son dos, comme on masque un secret. Finalement elle tomba au sol, épuisée, une grâce feinte dans le lâcher prise sur ses jambes. Elle sourit aux humains, et fit passer le chapeau qui n'était qu'un bout de tissus ceint d'un lacet. Sur elle, traversant la foule avec une dextérité infinie, elle sentait le regard perçant de Hope qui semblait la jauger. Elle mit la bourse improvisée dans sa poche et se retourna vers son ami, abrité sous un porche de verre crasseux. Elle se laissa tomber mollement sur le sol sec. Toutes les forces dont elle était pourvues semblaient s'échapper par les pores de sa peau.
« Ça fait bizarre…
—Quoi ?
—De te parler sous ma forme humaine. Que tu me voies comme ça.
—C'est du pareil au même, pour moi.
—Ah ? Tu es vraiment quelqu'un.
—Quelqu'un comment ?
—Je sais pas. De bien, sûrement, mais c'est vachement complaisant de dire « t'es quelqu'un de bien », tu trouves pas ? C'est ce que les humains disent quand ça les arrange, quand on ils ont besoin de demander un service.
—Mais quand on est face à quelqu'un de bien, on lui dit quoi du coup ?
—Rien. On lui sourit, on lui fait un câlin. Il y a mille autres façon de dire des choses que parler.
—C'est difficile…
—C'est pas si simple de communiquer, les gens sont compliqués. La société est régie par des millions, quoi ? Des milliards de règles tacites, voire ineffables.
—Tu as l'air jeune…
—Je fais pas mes cinq cent piges, pas vrai ?
—À peine quinze… Ou alors, on dirait que tu n'as pas d'âge, entre neuf et trente ans. »
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Les mille doigts de la pluie frappaient les vitres lourdement, et les siens quittèrent le clavier. Il était à peine conscient de ce qu'il avait écrit. Il devait y avoir des fautes il avait à peine regardé ses doigts. Il pensa à Yuffie qui était encore là, dehors, sous la pluie peut-être. Est-ce qu'un chat magique pouvait attraper un rhume ? Est-ce qu'elle avait froid, ou ses poils la couvraient-ils assez ? Il jeta un œil à sa page. Page noire de mots, pages noires de phrases. L'heure avait avancé de centaines de minutes, et dix mille mots étaient là, tout chauds tout beaux sur son écran. Il se mit à relire. Il n'en avait pas vraiment envie. Il ne savait pas.
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Elle tenait le T-shirt court d'une main tremblante. Il était encore imbibé de pluie – elle avait essayé de le faire sécher pourtant. À contrecœur elle l'enfila, parce qu'elle ne pouvait pas rester nue, hein ? En plus elle avait froid. Il ne pleuvait plus. Non, messieurs dames ! Il neigeait doucement. Arrivés au sol, les flocons auraient pu former un calme voile blanc si seulement les bottes rembourrées des citadins ne les écrasaient pas avec toute la lourdeur de l'habitude. Bah. Elle aurait plus chaud en dansant. Ses pieds étaient rouges de froid, et quand elle les frappait contre le sol, elle avait l'impression de mille aiguilles se plantant dans sa peau, transperçant sa viande jusque le haut de sa jambe. Un homme arriva derrière elle. Elle le regarda. Il était grand, enfin, bien plus grand qu'elle, de longs cheveux noirs tombant sur ses épaules. Comme Vincent, pensa-t-elle. Peu importait. Ses yeux légèrement bridés la fixaient profondément. Il dénoua l'écharpe qui enserrait son cou et la lui tendit. Prudemment, elle s'avança, saisit le tissus et le ramena d'un coup sec à elle. L'ombre d'un sourire sembla passer sur ses lèvres, mais à peine eut-elle cligné des yeux qu'il ne restait plus rien d'autre qu'un visage dur. Ç'avait dû être une imagination. Il hocha la tête élégamment, et elle fit de même, peu sûre. Et il partit. Quand il fut loin, elle étudia l'écharpe, les sourcils froncés. Est-ce qu'il l'avait prise pour une SDF ? Bof, c'était pas vraiment faux.
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Il devait sortir. Il avait faim. Il n'avait plus ni vin ni cigarettes et tous les légumes avaient pourri. Il ouvrit la porte. La referma. Ah, oui. Il était en pyjama. Pour sortir, il fallait s'habiller. Il ne savait pas trop s'il en avait vraiment envie ou pas. Non, en fait, il savait qu'il n'en avait pas envie. Mais il devait, pas vrai ? Pour vivre. Pour pas mourir bêtement de faim alors qu'il n'était même pas dans le besoin d'autre chose que de compagnie, d'un chat de compagnie, d'un chat stupide, d'une stupide Yuffie.
Il ne sortit pas.
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Elle dansait encore, et on la regardait encore. Elle ne pouvait pas s'arrêter, ou elle crèverait de froid. Le vent griffait sa peau et la neige l'humidifiait juste assez pour rendre la torture de son complice plus douloureuse encore. Ses pieds plus que toute autre partie du corps la brûlaient, et quant à ses doigts, elle ne les sentait même plus. Ils étaient des bâtons de glace collés maladroitement à ses mains. Ils pesaient de tout leur poids au bout des poignets, tirant sur la peau durcie par le froid. Et quand elle eut fini son numéro, elle tenait sa bourse de fortune entre ses avant-bras. On lui donna plus que la dernière fois – sans doute était-ce la neige qui criait aux hommes de la prendre en pitié. Elle déposa rapidement son gain et l'écharpe aux côtés du garçon et s'enfuit vers sous un pont, où elle revêtit en un instant son manteau de poils. Elle courut rejoindre Hope qui l'attendait encore, gardant précieusement sur ses genoux les affaire du chat. Il semblait ô combien plus mature qu'elle. Il lui sourit doucement et, alors qu'elle se couchait à côté de lui, il recouvrit son petit corps gelé de l'écharpe de laine. Il ne lui avait pas demandé où elle l'avait eue, ça le titillait. Peut-être l'avait-elle volée ? Était-elle, en secret, retournée chez son maître y quérir de quoi ne pas mourir de froid ? Était-ce un don des chats magiques que de faire apparaître des écharpes ? Était-elle tricotée en poils de chat, d'ailleurs ? Ou l'avait-elle trouvée par terre, comme on adopte un chat abandonné dans un carton ? La lui avait-on donnée ? L'avait-elle achetée avec l'argent de sa danse ? Elle gagnait pas mal, mine de rien. Ses prestations étaient bonnes, assez longues pour arrêter les gens et courtes pour ne pas les lasser. Elle aurait pu vivre comme ça toute sa vie, si seulement elle n'avait pas si froid.
« Dis-moi, Yuffie…
—Hm ?
—Pourquoi tu rentres pas avec ton maître ?
—Je t'ai dit. Y a pas de viande, là-bas.
—Il n'y en a pas non plus dans la rue.
—Je sais bien. C'est pour ça que je fais la manche. Je pourrai acheter ma viande et rentrer.
—Tu n'as pas assez ?
—Je sais pas. Combien ça coûte, de la viande ?
—Cher, on m'a dit.
—Alors sûrement pas. Enfin peu importe. Je rentrerai dans deux jours.
—Pourquoi deux ?
—Comme ça.
—Ça n'a pas de sens.
—Si, justement : ça n'en a pas.
—Est-ce que tous les chats magiques sont comme toi ?
—Je sais pas. J'en ai jamais rencontré, en dehors de ma mère, et ça fait tellement longtemps… C'est fou comme ça passe vite.
—Tu ne t'ennuies pas, à vivre pendant autant de temps ?
—Pas vraiment. Tout change chaque jour, sur cette planète. C'est plutôt fascinant et, les deux derniers siècles, écœurant.
—Pourquoi ?
—Si je te dis la stupidité et l'avarice du genre humain, ça te parle ?
—Trop pour que ça ne me touche pas, mais pas assez pour que je comprenne. »
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Il se demandait combien de temps ce cadavre de mouche allait-il mettre à se décomposer. Est-ce qu'il se décomposerait, même, alors qu'il est sur une table ? Très bonne question. Et le seul moyen de savoir était d'observer, jusqu'à avoir ce qu'il appellerait un « résultat ». Sûrement que oui, en fait, puisque les pommes, elles, ont entamé le processus de décomposition sur cette même table. Ça fonctionnait pareil pour tous les corps, pas vrai ? On sonna à la porte. Il n'avait pas envie d'ouvrir, de toute façon il était à présent certain qu'il n'en avait pas la force. De petits cliquetis métalliques se firent entendre, puis un plus important que les autres et ça cessa. Il entendit sa porte s'ouvrir. Des cambrioleurs ? Dans un appartement aussi minable ? Maintenant, il n'y avait plus rien à voler. La seule chose de valeur, disons, était un chat magique. Qui n'était plus là. Grosse blague. Il sentit un doigt appuyer sur sa joue et releva les yeux. Une silhouette floue se tenait devant lui. Une silhouette avec des cheveux trop colorés pour la survie de ses rétines.
« Tu fous quoi ?
—Je venais voir si t'étais en vie.
—Et ?
—Disons à moitié.
—Hm.
—J'ai apporté à manger. Ta voisine dit que t'as pas ouvert ta porte depuis dix jours !
—T'as apporté à boire ?
—T'aimes le rouge ?
—J'en ai tellement bu que mes yeux en ont pris la couleur.
—On va dire oui. J'ai aussi des pommes… »
Elle avisa des fruits pourris sur la table, et soupira. Bon, les pommes, pas forcément.
« Des gâteaux apéritifs et… du pain.
—Tu es d'un goût douteux.
—J'avais pas grand-chose d'autre dans mes placards. Tu prends quoi ?
—Sers moi du vin.
—Je pense que tu devrais manger avant, non ? T'as pas bouffé depuis quand ?
—Je suis fatigué. Sers moi un verre.
—L'alcool ne résout pas les problèmes.
—Le lait non plus. »
Elle haussa un sourcil face à la répartie pour le moins incongrue et soupira, capitulant. Le vin d'abord. Elle remplit le verre déjà sorti et but une gorgée à la bouteille. C'était la sienne, elle pouvait bien faire ça. Vincent lui jeta un regard ébahi, surpris. On aurait cru qu'il avait vu un fantôme. Un souffle en forme de « Yuffie » sortit d'entre ses lèvres pour flotter dans l'air de la pièce. Elle en était sûre.
« Tu sais, j'ai vu Yuffie hier.
—Comment ça ?
—Sur la Place aux Pendus.
—Qu'est-ce qu'elle faisait, là-bas ?
—La manche.
—Quoi ?
—Bah ouais. Je sais pas ce qui s'est passé mais maintenant elle fait la manche. Enfin, de l'art de rue, techniquement.
—Elle fait quoi ?
—Elle danse. On dirait que le vent et la pluie prennent possession de son corps.
—Elle va bien ?
—Si elle continue à danser dans cette tenue et par ce temps, elle est déjà malade.
—...
—Tu t'en fiches ?
—...
—Soit. Je repasserai demain. Mange. »
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Elle n'avait pas envie de se lever. Tout sauf ça. Son corps était gelé jusqu'à ses griffes et le bout de ses moustaches s'ornerait sous peu de petits glaçons. Elle avait compté. Si elle dansait aujourd'hui, elle rentrerait demain, un sac de viande à la main. Et c'est ce qu'elle ferait, quoi qu'il puisse advenir.
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Elle le tenait, là, dans sa main, son sac plastique avec de la viande dedans. Et pas n'importe laquelle, ah ça non ! Elle l'avait achetée chez le boucher tout exprès pour faire plaisir à son imbécile de maître. Elle le forcera à s'excuser et là seulement il aura sa part. Parce que sérieusement ? Vincent était comme elle, il ne pouvait pas ne pas manger de viande pendant tant de temps. Une pensée effleura son esprit d'un coup. Et si Vinnie avait déjà acheté de la viande ? Elle balaya l'idée. Peu importait, vraiment, elle s'en fichait. Même s'il avait eu de la viande, elle devait au moins lui avoir manqué pendant tout ce temps, hein ? Ça faisait quand même presque un mois qu'ils ne s'étaient pas vu. À elle, Vincent lui avait manqué. Mais si elle ne lui avait pas manqué, hein ? S'il s'était juste dit que c'était plus calme sans elle dans l'appartement. Elle s'arrêta d'un coup dans la rue, au beau milieu du trottoir. Pourquoi ne l'avait-il pas cherchée ? Est-ce qu'il accepterait seulement de lui ouvrir après qu'elle soit partie si longtemps ? De lui parler ? De l'écouter ? Et comme une imbécile elle se mit à pleurer, et commença à rebrousser chemin. Et puis non. Fuir c'est pour les faibles. Et si Vincent ne voulait plus d'elle, elle aurait plus de viande et puis c'était tout. De toute façon, il n'avait pas le droit de l'abandonner, légalement. C'était son maître et tout. Elle était son héritage, les dernières volontés de son père. Est-ce qu'on peut refuser un héritage ? Elle s'était mise à courir, frappant de ses pieds nus le trottoir gelé. Elle en avait marre de réfléchir, c'était vraiment un truc d'humain. Et elle avait absolument pas besoin de ça. Alors elle s'arrêta juste devant l'immeuble dans la rue Mortecerf, pas trop sûre de si elle voulait vraiment monter ou non. Et puis elle décida de s'en fiche, après tout, il était hors de question qu'elle ait marché tout ce chemin pour rien. Alors elle grimpa les marches quatre à quatre, constatant sans mal la différence de température avec l'extérieur. Elle se planta devant la porte, le dos droit. C'était vraiment concret. Derrière cette porte il y avait Vincent, sûrement. Désintéressé alarmé énervé. Derrière cette porte il y avait Vincent. Fatigué épuisé lassé. Derrière cette porte il y avait Vincent. Affamé éreinté inquiété. Derrière cette porte il y avait Vincent, et devant, elle. Affamée éreintée inquiétée et glacée. Il y avait juste du bois entre eux deux. Elle n'avait qu'à frapper. Elle frappa deux coups secs sur la porte, les yeux fermés. Il ne se passa rien. Elle tapa encore contre le bois dur, et ses doigts gelés lui faisaient mal. Un grognement vague se fit entendre. Yuffie sursauta, et, décidée à comprendre, abaissa la poignée. C'était chez elle aussi, après tout. Sur la table de la cuisine, la tête dans les bras, Vincent dormait. Elle referma la porte derrière elle en entrant et rejoignit son maître. Word était ouvert sur un tout nouveau document, qui comprenait déjà trente bonnes pages. Yuffie se mit à lire, intéressée. C'était totalement différent de ce qu'il écrivait d'ordinaire. Avant, les sentiments étaient balancés au loin sur la page pour s'en débarrasser, et jetés pour qu'ils aillent s'écraser sur le coin de la gueule du lecteur. Maintenant, les sentiments toujours balancés semblaient revenir, dans chaque mot, à leur géniteur, avec plus de recul, posément. Ça ressemblait à une thérapie par l'écriture. Et elle la sentait, cette émotion bien désagréable dans chaque pli du récit. Elle la sentait, l'inquiétude. Alors elle décida de poser une main sur son épaule. Il grogna un peu, puis baragouina quelques mots incompréhensibles. Dans ce bazar de sons, Yuffie capta seulement une chose claire et nette. « Vanille ». Elle posa la viande sur la table, prit un pull de Vincent dans l'armoire pour l'enfiler, fit de bonnes griffes sur la table et puis sortit. Elle ne reviendrait pas.
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Sa tête lui lançait. Il avait encore trop bu. Il avait fini la bouteille que Vanille lui avait gentiment apportée d'ailleurs. Est-ce qu'elle était venue de nouveau alors qu'il dormait ? Est-ce qu'elle n'avait pas touché son épaule ? Il lui semblait avoir entendu du bruit, senti une main. Il releva les yeux, jetant sur l'appartement un regard embué. Certains de ses cils étaient collés entre eux, si bien qu'il mit plusieurs minutes avant de pouvoir ouvrir véritablement les yeux. Sur la table gisait un gros sac plastique, l'air rempli et lourd. Il le contempla longtemps avant, par curiosité – un sac était quand même apparu sur la table de sa cuisine pendant son sommeil – de l'ouvrir. C'était une pièce de bœuf, du rôti cru mais déjà préparé aux olives. Il fronça les sourcils. Jamais Vanille n'aurait pu ne serait-ce que pensé à acheter quelque chose pour lui, et encore moins de la viande. Sur le bois de la table s'étendaient de longues marques de griffes. Yuffie, pensa-t-il. Yuffie était venue ici. Il ne comprenait pas vraiment, il ne comprenait vraiment pas. Qu'est-ce qui avait pu la mettre en colère à ce point ? À ce point qu'elle veuille l'abîmer sans le réveiller ? Et pourquoi diable aurait-elle ramené de la viande si ce n'était pas pour la manger, elle ? Cette chatte allait le rendre chèvre, si ce n'était déjà fait. Tout l'appartement était sans dessus-dessous. Quoi qui ait pu la blesser ou bien l'énerver, elle était entrée dans une rage immense. Est-ce que c'était vraiment là sa vengeance pour avoir osé la priver de viande ? Des représailles si importantes pour si peu ? Sûrement pas. Cette fille, cette femme était orgueilleuse comme une reine et impulsive comme une enfant sauvage, mais ce n'était pas dans ses habitudes de faire ça sur un coup de tête, sans raison valable. Une gifle, il aurait compris. Une morsure, une griffure, un poing, n'importe quel coup. Peut-être le méritait-il. Mais ce carnage orchestré dans son dos ne venait pas d'une chose si futile, si superficielle. Parce que Yuffie était tout sauf mauvaise. Si seulement il s'était réveillé plus tôt, si seulement il avait pu lui parler. Et cette bouteille vide à côté de lui. Et ce texte pathétique qu'il avait écrit en pensant à elle. Et ses cheveux emmêlés. Et le cendrier qu'il n'avait toujours pas vidé. Peut-être qu'elle avait vu, senti combien elle lui manquait, qu'il l'aimait beaucoup et qu'elle s'était dit que beaucoup c'était trop. Peut-être juste que voyant le pire de lui, elle l'avait trouvé pitoyable, simplement. Basique humain qu'il était. Peut-être qu'elle le méprisait, le détestait. Mais elle avait dit qu'elle ne le pouvait pas, n'est-ce pas ? Parce qu'il reste son maître malgré tout. Où pouvait-elle bien être ?
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Elle regardait ses pieds nus avancer sur les graviers goudronnés qui composaient le sol. Ils semblaient mus pas une volonté propre, et elle ne se rappelait pas avoir voulu ni vouloir marcher. D'ailleurs elle ne marchait pas, on aurait plutôt dit qu'elle errait. Sa vue se brouilla, et elle comprit que des larmes commençaient à se former dans ses yeux. Pleurer, c'était purement humain, bien trop pour elle. Alors elle rejeta la tête en arrière et ravala ses larmes, plantée dans les rue, fusillant le ciel trop bleu du regard. Elle aurait voulu, aujourd'hui, qu'il pleuve.
« Tu es forte. »
Elle se retourna, pour trouver derrière elle l'homme qui lui avait donné l'écharpe.
« Je ne vous ai pas remercié, l'autre jour.
—Est-ce un maître qui t'a mise dans cet état ?
—Je vous demande pardon ?
—Je suis comme toi. Depuis combien de temps es-tu sur cette terre ? »
Yuffie le scruta, peu sûre. Comme elle, c'est-à-dire ? Triste ? Un chat, lui disait son instinct, mais ça semblait impossible. Alors, entre deux battements de cils, il laissa apparaître ses moustaches. Elle en fut hallucinée. Oui, c'était un chat. Magique, avec ça. Alors elle répondit honnêtement.
« Cinq cent vingt quatre soleils demain.
—Oh, je vous prie de m'excuser, vous faites bien plus jeune. Je n'ai pour ma part que deux cent quarante trois révolutions complètes du soleil de vie ici.
—Vous vous excusez pour quoi au juste ? Et je peux savoir comment vous savez ce que je suis ? Je me transforme jamais s'il y a qui que ce soit à côté.
—Vous ne savez pas reconnaître vos semblables ?
—Bah, j'dois vous avouer que de manière générale, je m'en fiche un peu, voire carrément. Attendez une seconde… il y en a d'autres, ici ? Dans cette ville ?
—Oui, toute une communauté. C'est à ce propos que je vous contacte à présent je voudrais que vous nous rejoigniez.
—Comment ça ?
—Une grande partie des chats magiques du royaume s'est rassemblée ici, tous affranchis. Nous sommes en contact avec d'autres communautés, à d'autres endroits du pays et même dans les contrées éloignées du Sud et de l'Est.
—Ah ? Vous formez un réseau de chats errants ?
—Affranchis. Vous pouvez nous moquer, je sais bien que c'est mal vu par beaucoup de domestiqués, mais sachez qu'il y a des millénaires de cela, nous étions tous libres et puissants. C'est pourquoi il faut à présent nous détacher de nos maîtres, et redevenir un peuple, afin de revendiquer notre statut d'êtres intelligents à l'humanité. Devenir citoyens. Les maîtres humains nous ont tous fait souffrir voie, en découvrant notre forme humaine, abusés.
—Je refuse.
—Puis-je vous demander pourquoi ?
—Nous ne sommes pas des humains. Nous sommes différents d'eux sur de nombreux points. Si pour devenir leurs égaux nous devons sacrifier notre part animale et accepter leur système contre nature, c'est non. Parce que je méprise les humains justement, je me refuse à devenir leur semblable.
—Je comprends. Mais vous êtes forte, expérimentée et belle. Alors réfléchissez. »
Il tourna les talons et partit, laissant de nouveau Yuffie seule. Il ne lui avait même pas dit son nom. Elle soupira un bout de sa fatigue et reprit sa marche. Elle retrouva la lumière familière de la Place aux Pendus un début d'après-midi et s'assit aux côtés de Hope. Il la regarda étrangement.
« Ça ne s'est pas bien passé ?
—Comme tu vois.
—Ton maître…
—Mon maître, j'm'en fous, ok ? »
Hope se tut et posa simplement la main sur le bras de la féline. Par réflexe elle se dégagea. Il passa alors ses doigts sur la nuque de Yuffie, et elle se mit à ronronner. Elle était bien.
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Vanille tapait du pied, les mains fermement appuyées sur ses hanches. Chaque mouvement qu'elle faisait était rapide, voire compulsif. Ce n'étaient que des réflexes. Et envoyer le revers de sa main s'écraser sur le visage de Vincent, c'était un réflexe.
« Tu veux dire qu'elle est venue. Ici. Pour se réconcilier. Et que tu DORMAIS ?
—Je ne vois pas ce que ça pourrait être d'autre.
—Et elle ne t'a même pas réveillé ?
—Vaguement, je croyais que c'était toi donc je me suis rendormi.
—Sympa. »
Elle soupira et se servit un verre du vin qu'elle avait apporté. Du rouge, pour changer. Vincent souffla doucement par le nez et fit de même. Elle le fusilla du regard, et claqua le cul du verre à pied sur la table.
« Mais bon sang est-ce que je suis la seule à m'inquiéter pour elle dans cet appart ? Je te signale qu'elle était sous ta responsabilité, qu'elle s'est barrée et que maintenant elle fait la manche à moitié à poil en plein hiver ! Et toi, quand est-ce que tu bouges ton cul ? Hein, tu peux me le dire ?
—Mais qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
—Que tu ailles la voir, que tu lui parles, que tu t'excuses – et me dis pas que t'as rien fait, tu t'excuses point à la ligne – que tu la ramènes ici au chaud sous les draps – avec ou sans toi, ça me regarde pas – et que tu t'excuses encore.
—Elle refusera de me parler. Tu vois bien combien elle est en colère.
—Elle a fait ça sur un coup de tête. Si elle avait réfléchi, ç'aurait été bien pire, et bien plus cruel. Tu le sais comme moi.
—Mais…
—Ferme-la. J't'emmène la voir. Regarde-la au moins. »
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Elle se préparait à danser. Cette fois, Hope lui avait prêté un tambourin, qu'il disait avoir trouvé chez lui – mais elle le soupçonnait de l'avoir acheté. C'était la première fois qu'elle en jouerait mais elle l'avait vu faire des milliers de fois, un temps. Il fallait juste trouver le rythme. Elle échauffa les muscles qu'elle allait le plus solliciter, ferma les yeux dans un long soupir. Quand elle les rouvrit, il n'y avait plus que elle, son corps, son tambourin dont les grelots suivaient le rythme de la peau de ses hanches. Le vent et le froid et le béton sous ses pieds tendus et ses lèvres gercées de peaux mortes et sèches. Et ses yeux agressés par l'air sans humidité et ses doigts qui maintenaient péniblement le tambourin. Et sa danse.
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Elle releva doucement les yeux vers son public, comme un aveugle réapprend à voir. Ils étaient peu nombreux à être restés jusqu'au bout, aujourd'hui. C'était le froid, sûrement, ou peut-être les passants l'avaient-elle tout simplement trop vue. Elle lança un sourire énorme à Hope, qui lui répondit en frappant des mains joyeusement. C'était un bel enfant. Elle fit passer son regard dans la foule, et sortit son sac à pièces. Elle voyait déjà ceux qui partaient vite pour ne rien avoir à donner. Elle captait du regard ceux qui étaient simplement sur le point de partir, et leur lançait un sourire immense afin de les faire culpabiliser et, avec un peu de chance, ils finissaient par lui donner de l'argent. Elle vit les pieds d'un homme qui allait partir, et releva sa tête vers lui avec grâce. Mais elle ne put pas sourire. Vincent. Vincent était là, figé fixé à la regarder. Il n'avait rien de mieux à faire ? Est-ce qu'il n'avait pas compris son petit message ? Ça lui avait paru clair pourtant. Ooh, mais qui voyait-elle à côté de lui ? Cette chère Vanille aux jolies boucles roses. Quelle joie. Elle retira ses orbes brunes des billes rouges qui la scrutaient, et sourit de nouveau. Elle ne devait pas effrayer le public.
Quand son regard glissa de nouveau vers Vincent, il était parti.
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« Elle ne voulait pas me voir, le seul effet que ça va avoir, c'est qu'elle va me détester, maintenant.
—C'est sûr qu'elle avait pas l'air hyper joyeux. Mais ! Tu dois avouer qu'elle est divine quand elle danse.
—Divine, oui c'est le mot. Mais qu'importe, si elle est loin de moi.
—Trop drôle. Bon, maintenant que tu l'as vue – et que t'as vu sa tenue trop légère – tu vas me faire le plaisir de tout mettre en œuvre pour la récupérer. Capito ?
—Tu sais bien que je ne le ferai pas.
—Oh par la barbe de Tlaloc tu le feras ! Je te laisse mon numéro, il faut que j'aille bosser. Je sais pas si t'es au courant mais t'as un peu foutu la merde en te barrant. À la limite, je m'en fous. Mais fais pas de la merde chez toi aussi. »
Elle posa un bout de papier sur la table et sortit, claquant la porte. Ce bruit était désagréable, pensa Vincent. Et longtemps, Yuffie l'avait supporté tous les jours. Pour lui.
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Elle était en rage. Elle frappait des pieds le sol, furieuse comme Kâli. Elle avança dans les rues mortes au hasard, encore et encore, jusqu'à se retrouver dans une impasse vide, et reprit sa forme de chat, laissant les vêtements tomber au sol. Un autre chat vint à sa rencontre, un pelage roux comme le feu recouvrant son corps. Sa tête était ronde et ses poils semblaient soyeux malgré leur désordre évident. Ses grands yeux bleus la fixaient curieusement, et elle nota juste en-dessous d'eux de légères marques, comme des cicatrices sur lesquelles les poils n'auraient pas repoussé. Il était beau.
« C'est toi ? demanda-t-il d'une voix aux intonations joueuses.
—Quoi c'est moi ?
—Celle dont Tseng nous a parlé.
—J'en sais rien et je m'en branle.
—Eh bah, t'as pas l'air super commode, comme chatte. Moi c'est Reno. T'es décidé à nous rejoindre ? J'parie que si t'es dans cet état, c'est à cause de ton maître.
—Mais vous avez quoi, là, tous, avec mon maître ?
—Avec les domestiqués, c'est toujours à cause du maître. De vrais saligauds les humains, pas vrai ?
—C'est pas la nouveauté du siècle.
—Alors ? Décidée à nous rejoindre ?
—Pourquoi j'ferais ça ?
—J'sais pas. T'as un endroit où crécher ? »
Elle soutint son regard, et quand il tourna avec un mouvement de tête pour elle, lasse, elle le suivit.
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Voilà ! Si vous avez quoi que ce soit à dire, positif ou négatif, n'hésitez pas ! (j'espère quand même positif…) Allez,
Mata nee ^^ !
