Chapitre 2 – Dans les entrailles de Montprofond

« C'est comme regarder dans un miroir qui réfléchirait le monde en négatif, transformant les cheveux blancs en noirs, la peau noire en peau blanche et les yeux clairs en regard sombre. Un miroir suffisamment élaboré pour remplacer un sourire par un froncement de sourcils, une expression amicale par un perpétuel air renfrogné. C'est ainsi que je vois Artémis Entreri, ce guerrier capable d'imiter chacun de mes gestes avec la même précision et la même grâce, ce guerrier que je considère comme mon égal en tout point, à l'exception d'un seul. »

Drizzt Do'Urden

– On dirait le Braeryn, le cloaque de Menzoberranzan, nota Drizzt en regardant la ruelle autour de lui.

Ils étaient dans un espace exigu entre deux hauts bâtiments à l'architecture pour le mois chaotique et précaire. Drizzt plongea son regard dans les yeux rouges en face de lui. Entreri qui avait reçu le don d'infravision d'une prêtresse drow lui adressait un regard perçant à la pupille rouge et dilatée comme lorsqu'il était furieux. Et ces prunelles effrayantes qui le regardaient sombrement lui flanquèrent un frisson qui traversa ses reins et qui fit renaître en lui l'étrange sensation de brûlure qui embrasait ses tripes chaque fois qu'il était en présence de l'assassin.

Ils tournèrent la tête en même temps lorsqu'une créature chétive et puante déboucha de l'angle d'un bâtiment et s'arrêta brusquement devant eux. Artémis avait tiré sa dague mais le rôdeur fut plus rapide ; il empoigna le kobold effrayé par la tunique de toile crasseuse qui lui servait de vêtement et rapprocha son museau reptilien de son visage.

– Pas faire mal à Drema ! jappa le kobold dans un commun approximatif. Drema pas chercher ennui drow !

– Indique-nous le chemin pour aller au port, Drema, exigea Drizzt d'une voix où perçait le dégoût.

Les créatures maléfiques l'avaient toujours répugné.

– Oui, oui ! Drema bon informateur ! Drema informe drows trouver esclaves de la surface. Pas faire mal à Drema ! Drema dire direction aller port ! Vous aller tout droit vers sud, prendre avenue Liche Querelleuse et paf ! Vous devant port !

– Merci Drema, dit Drizzt avec une douceur inquiétante en reposant lentement le kobold à terre.

La vilaine gueule de reptile de la créature se fendit d'un sourire stupide.

– Drema toujours content satisfai…

Ses yeux s'agrandirent et il baissa les yeux sur le cimeterre sanglant que rengainait le rôdeur. Un liquide chaud tacha sa tunique au niveau du cœur et le kobold s'écroula.

Entreri jeta un bref regard surpris à son nouvel associé, c'était généralement son travail d'assassiner les informateurs quand ils n'étaient plus utiles… Il enjamba le cadavre sans rien dire et remonta la ruelle sinueuse en direction du sud.

Le drow et l'humain débouchèrent sur l'avenue de la Liche Querelleuse, plus large et plus animée et ils atteignirent enfin le port plongé dans le noir d'une nuit sans étoiles.

– C'est bien là, remarqua Entreri en levant les yeux vers la voûte de pierre.

Le port était éclairé. Des lanternes brillaient un peu partout sur les quais, des torches étaient fixées sur les pontons de pierre et le reflet de leurs lumières dansait furieusement dans l'eau noire. Port-Crâne était une ville de l'Outreterre Haute. Elle était située sous la cité d'Eauprofonde, bâtie dans les entrailles de Montprofond, le labyrinthe souterrain construit par le magicien fou Halaster Cape Noire. Repaire de tous les brigands, terre d'échange entre les créatures d'Outreterre et les peuples de la surface, ce port marchand était le lieu de prédilection du marché noir, du commerce d'esclaves et de la nécromancie.

Ce n'était pas un endroit où il faisait bon s'attarder mais Drizzt était heureux d'être parvenu à destination. Depuis la Magepeste, la magie était totalement chaotique et il n'avait pas été sûr en entrant dans le cercle de téléportation que le mage halfelin réussirait à les envoyer sains et saufs à Port-Crâne.

Entreri vérifia à sa ceinture que l'étui à parchemin que lui avait donné Dwahvel était toujours à sa place. C'était un objet magique à enchantement planaire ; la halfeline possédait un second étui parfaitement semblable au premier et qui partageait son contenu avec celui qu'elle avait confié à l'humain. A l'instant où un parchemin était rangé dans l'un des deux artefacts, il se trouvait également dans l'autre. Ils pourraient ainsi communiquer rapidement et efficacement avait expliqué Maîtresse Tiggerwillies.

Drizzt sortit discrètement des replis de sa cape les documents que leur employeuse lui avait confiés. Il déplia un parchemin sur lequel le plan du repaire des trois espions était grossièrement inscrit. Plusieurs personnes passèrent à côté d'eux sans même les regarder. A la surface, le drow devait dissimuler sa nature par crainte des réactions des humains, mais ici la ville grouillait de drows ; et s'ils n'en avaient pas moins mauvais réputation, les habitants de Port-Crâne ne s'étonnaient plus de leur présence.

Souple comme une ombre, Artémis glissa dans son dos pour lire le plan par-dessus son épaule. Drizzt se retourna vivement, posa la main sur la garde de Glacemort, son cimeterre, et jeta un regard furieux à l'humain.

Entreri n'avait pas bougé. Il lui sourit ironiquement.

– On s'entre-tuera un autre jour si tu veux bien, fit l'assassin qui n'avait même pas fait mine de sortir sa dague ou son épée. Passons un accord tout de suite : je n'essaye pas de te planter une lame dans le dos si tu en fais autant. Sans t'en rendre compte tu viens de tourner le dos à Port-Crâne. Cette ville entière grouille d'ennemis et de dangers, de guerriers chevronnés qui n'hésiteront pas une seconde à exploiter nos faiblesses. Nous craindre mutuellement en est une.

– Et qu'est ce qui me garantit que tu tiendras cet accord ? Ou que moi je le tiendrai ?

– Rien évidemment. On ne peut jamais avoir aucune garantie de ne pas être trahi un jour.

Artémis et Drizzt avaient toujours eu deux conceptions du monde diamétralement opposées. Et le drow qui avait parfaitement conscience de la nécessité de collaborer avec l'assassin, voulait néanmoins lui faire sentir les limites de son mode de vie.

– Si, dit-il, il est possible d'avoir cette garantie quand on a des amis sincères. Mais toi, même si tu en avais, tu pourrais les trahir pour satisfaire un intérêt personnel. Il t'est donc impossible de faire confiance aux autres parce que tu sais toi-même que tu n'es pas fiable.

– Excellente analyse Do'Urden, approuva narquoisement l'assassin. Puis-je voir ce plan ou préfères-tu qu'on se trouve une taverne pour y discuter de nos points de vue respectifs ?

Drizzt soupira et rangea le plan.

– C'est à l'est en direction des falaises, fit-il d'un ton égal. On nous observe déjà.

– Je sais.

Plusieurs yeux invisibles dardaient sur eux un regard peu amical depuis les fenêtres crasseuses des bâtiments qui les entouraient.

– Je serai un allié de confiance, tout au long de cette mission, Artémis, déclara soudain Drizzt en regardant l'assassin droit dans les yeux. Ne crains pas mes cimeterres, je ne te les destine pas.

Il avait utilisé le prénom de l'humain comme s'ils avaient été des amis de longue date. Et Entreri réalisa que Drizzt était la personne qu'il connaissait depuis le plus longtemps. Il lui semblait connaître son cœur, et bien contre sa propre volonté il se contredisait lui-même parce qu'il éprouvait un réel sentiment de confiance vis-à-vis du drow. La seule fois où ils avaient combattu côte à côte dans les entrailles de Castelmithral, Entreri en avait retiré une sensation de puissance absolue, un frisson incomparable à aucun autre. Drizzt et lui se complétaient parfaitement. Combinés, leurs styles de combat les rendaient invincibles. Et pendant ses longues heures de solitude à Portcalim, depuis qu'il avait mis fin à ses aventures avec Jarlaxle, Artémis s'était surpris à rêver de retrouver ces instants volés où lui et son pire ennemis avaient été alliés.

– Très bien, répondit-il sans laisser paraître aucune joie. Et tu peux avoir confiance en moi, je n'ai aucune raison de souhaiter ta mort, et quand bien même j'en aurais eu une, elle pourrait attendre la fin de notre mission.

C'était une réponse totalement cynique et dénuée de sentiments amicaux. Elle aurait sans doute engendré la méfiance chez la plupart des habitants de la surface. Mais Drizzt était un drow, il avait grandi à Menzoberranzan où seule la poursuite d'un intérêt commun pouvait justifier une alliance entre individus. Cette réponse lui suffit, ses muscles se détendirent imperceptiblement et il hocha la tête.

– Suis-moi, dit-il seulement.

.*.*.*.*.*.

Drizzt s'approcha encore du bord de la corniche jusqu'à apercevoir les faibles lumières qui dansaient sur la paroi rocheuse de la grotte en contrebas. Un léger mouvement dans les ombres un peu plus bas lui apprit que Guenhwyvar était prête. Le drow sourit en songeant à sa fidèle compagne qui avait faillit mettre Entreri en pièces quelques minutes plus tôt lorsqu'il l'avait appelée. Il avait fallu toute la patience du monde aux deux associés pour que la panthère comprenne que son ami collaborait avec l'humain et qu'il n'était pas en danger.

Malgré cela elle n'avait cessé de jeter à l'assassin des regards menaçants et s'était éloignée de Drizzt a contrecœur.

Un rire gras s'éleva de la grotte.

– Elle n'est pas aussi vide que prévu cette caverne, souffla ironiquement l'humain en s'approchant du rôdeur.

Ils étaient dans une crique à l'extérieur de la ville. Un réseau de galeries affleurait à flanc de falaise et créait de nombreuses grottes plus ou moins profondes. L'une d'elle avait été la planque des trois halfelins de Portcalim. A première vue elle avait depuis été investie par d'autres habitants.

– Ils accepteront sans doute de nous dire ce qu'ils savent sur les anciens occupants…, avança Drizzt.

Artémis lui jeta un regard sceptique.

– … lorsqu'ils auront une lame sous la gorge, termina le drow.

Le visage de l'assassin se détendit et un sourire amusé dansa sur ses lèvres. L'instant d'après il s'était laissé glisser le long de la parai rocheuse, coulant comme une ombre à la verticale de la falaise. Drizzt se laissa quelque secondes pour admirer l'habileté hors du commun de son vieil ennemi. Ses muscles roulaient sous la peau de l'assassin et se dessinaient sous ses vêtements de cuir alors qu'il se déplaçait de prise en prise avec une grâce stupéfiante. Entreri n'était pas grand mais il avait un corps harmonieux, mince et musculeux, comme celui de Drizzt.

Le drow sentit monter en lui une excitation piquante, la vibration silencieuse qui annonce un combat. Il inspira profondément et s'emplit de cette sensation, la vie affluait à nouveau en lui ; et la présence stimulante de l'assassin n'était pas étrangère à ce plaisir.

Il agrippa le bord de la corniche et laissa son corps basculer dans le vide. Il descendit à son tour jusqu'à l'entrée de la grotte, ses mains trouvaient seules les prises dans la pierre, ses pieds s'enfonçaient dans les creux de la falaise sans qu'il ait à faire d'effort pour les chercher. Le ressac grondait loin sous lui, puissant et étourdissant. Les rugissements de la mer souterraine se répercutaient dans l'immense caverne d'Outreterre et Drizzt retrouva le plaisir vif de ses premiers pas dans les galeries souterraines, quand il avait à peine vingt ans et qu'il était l'éclaireur des patrouilles de Melee-Magthere.

Il se laissa tomber souplement à côté de l'humain qui avait dégainé son épée et sa dague. De l'endroit où ils se trouvaient ils pouvaient voir l'intérieur étroit d'une petite grotte éclairée par une torche fumante. Autour d'un vieux tonneau rouillé qui faisait office de table, quatre humains faisaient rouler des dès en os tout en buvant un alcool indéterminé dans des bouteilles au verre trouble.

– Passe devant, signa Artémis dans la complexe langue gestuelle drow. Les humains ont naturellement peur des drows.

Drizzt ne s'étonna pas des talents linguistiques de l'assassin. Après tout, il avait voyagé pendant des années avec Jarlaxle, et avait fréquenté des elfes noirs plus longtemps encore. Le rôdeur ne se fit pas prier pour entrer dans la grotte, épées au clair.

La réaction prédite par Entreri ne se fit pas attendre. Les quatre hommes se levèrent comme un seul homme, renversant le vieux tonneau au passage. L'un d'eux jura et ils tirèrent des sabres.

– Qu'est-ce tu fous là ? aboya le plus corpulent. Fous l'camp ou t'iras nourrir les poissons aveugles !

– Je ne pense pas non, répondit Drizzt en s'arrêtant à hauteur de l'unique torche fichée dans la pierre. J'ai d'abord des questions à vous poser.

Il posa la pointe de ses lames sur le sol et s'appuya sur ses cimeterres d'une manière désinvolte.

Le plus massif des brigands jeta un œil à ses compagnons ; il ricana ce qui détendit les autres.

– Eh ben tes questions, t'iras les poser à Umberlie ! s'exclama-t-il en se ruant sur Drizzt.

Le drow réagit à la vitesse de l'éclair. A la mention d'Umberlie, la cruelle déesse des océans, il leva Glacemort et planta la lame enchantée dans le feu de la torche qui s'éteignit instantanément, plongeant la caverne dans les ténèbres absolues. Et lorsque le sabre du pirate s'abattit dans sa direction, il ne rencontra que le vide. Le pirate perdit maladroitement l'équilibre, déstabilisé par la disparition brutale de la lumière et de son adversaire.

Les yeux de Drizzt passèrent immédiatement à l'infravision et le rôdeur envoya un puissant coup de pied dans le visage de l'homme qui grogna et recula de plusieurs pas en tenant son nez ensanglanté.

– Ramène-toi sale drow ! cria un autre brigand terrifié en moulinant au hasard avec son sabre.

Lorsque son ami recula vers lui en essuyant le sang qui coulait sur sa bouche, il le sentit approcher et, le prenant pour leur adversaire, le transperça frénétiquement de sa lame. Ses cris et les bruits de lutte affolèrent les deux autres qui reculèrent autant qu'ils purent jusqu'à la paroi de la caverne.

Artémis passa à hauteur du drow et s'enfonça dans la grotte, silencieux comme une ombre.

– C'est une question simple en vérité, reprit Drizzt d'une voix suffisamment forte pour couvrir l'agitation.

Le pirate se figea, comprenant enfin que son sabre n'était pas planté dans le dos du drow mais dans celui de son ami. Le corps du brigand corpulent tomba au sol avec un bruit sourd.

– Trois halfelins occupaient cette grotte avant vous, continua le rôdeur sans quitter des yeux les mouvements gracieux d'Artémis. Je voudrais savoir s'ils ont croisé votre chemin, et si vous savez ce qui leur est arrivé.

– D'autres vont v'nir ! On n'est pas tous seuls ! Ils ont dû entendre les cris, ils vont te mettre en pièces saleté d'elfe ! s'époumona le brigand en recommençant à mouliner dans la direction de la voix de Drizzt

Derrière lui, Entreri s'approcha d'un autre pirate, suffisamment près pour sentir son souffle alcoolisé. Le contrebandier ne sentit même pas sa présence, il tenta de crier quand la dague vampirique mordit sa chair mais Artémis venait de lui sectionner les cordes vocales et sa bouche s'ouvrit sur un cri silencieux.

L'homme mourut dans les bras d'Entreri qui le posa silencieusement à terre. Les deux autres pirates n'avaient rien remarqué.

– Vos amis n'arriveront pas à temps, mentit Drizzt – ses oreilles sensibles venaient de percevoir un bruit de course derrière lui sur le chemin de pierre qui menait à la grotte. Vous allez mourir si vous ne répondait pas à ma question : où sont les halfelins ?

– Aux Neuf Enfers ! Et je vais t'envoyer les rejoindre ! cria le pirate avec toujours plus de terreur que de menace dans la voix.

Artémis égorgea l'autre pirate caché dans le fond de la grotte avec la même précision chirurgicale.

Un cri résonna derrière Drizzt, près de l'entrée de la caverne. Les renforts des pirates venaient sans doute de tomber sur Guenhwyvar. Le drow soupira. Ils n'apprendraient rien de ces humains bornés. Ce n'était pas comme s'il avait espéré obtenir des informations de ces brigands de toute façon. Les halfelins avaient disparus depuis près de six mois, la piste avait commencé à refroidir. Les pirates s'étaient peut-être même approprié la grotte après la disparition des semi-hommes…

– Je te le laisse, fit Drizzt à l'adresse d'Entreri qui lui rendit un regard appuyé.

Et le drow sortit de la grotte. Dans les ténèbres, le pirate comprit soudain que quelque chose ne tournait pas rond.

– Hé ! Les gars ? Où vous-êtes ? appela-t-il.

Seule une lame lui répondit. Elle se planta droit dans son cœur, déchirant sa fine cuirasse au passage et dégageant un tatouage de forme singulière qui attira l'attention de l'assassin…

.*.*.*.*.*.

A l'extérieur de la grotte le combat battait son plein. Les griffes et les crocs de Guenhwyvar lacéraient sans pitié les brigands qui s'étaient jetés, sabres au poing, au secours de leurs camarades. Deux cimeterres rouges exécutaient une chorégraphie aussi élégante que mortelle à la vitesse d'une tornade.

Le drow qui était dans son élément dans les ténèbres avait l'avantage sur les trois adversaires qu'il combattait en même temps quand une flèche siffla près de son oreille et arracha des poils de sa cape fourrée.

– Fais vite ! cria-t-il à Entreri.

Il dut ensuite bouger encore plus rapidement pour éviter trois autres flèches plus précises que la première – les archers avaient été guidés par le son de sa voix.

L'assassin émergea de la grotte l'air décontracté, le plat de la Griffe de Charon appuyé sur son épaule. Il haussa un sourcil quand une flèche ricocha à ses pieds et se brisa contre un rocher. Il regarda un instant Drizzt bloquer deux sabres tournoyants d'un seul cimeterre avant d'envoyer un coup de botte dans l'aine d'un brigand tout en déviant une attaque basse de son autre cimeterre dont la lame termina sa course dans les entrailles du second brigand. Ses deux épées agissaient de manière indépendante, Drizzt était un parfait ambidextre.

Artémis sourit malgré lui et se coula dans le combat avec une fluidité féline. Il ajusta automatiquement ses mouvements à ceux de Drizzt, comme s'ils avaient partagé une même volonté. Les cinq brigands qui voulurent les acculer au bord d'une étroite corniche se retrouvèrent confrontés à un mur de lames en mouvements. Les cimeterres jumeaux avaient le soutien d'une dague et d'une épée, elles renforçaient leurs parades, accompagnaient leurs attaques, piégeaient les lames des pirates, laissant la voie libre au drow pour frapper. Chacun des deux combattants semblait évoluer dans l'ombre de l'autre, jamais ils ne se heurtaient, jamais ils ne se gênaient, ils avaient une conscience aigüe de leur allié, comme s'ils pressentaient avec exactitude chacun des mouvements de l'autre.

Drizzt fit un bond en arrière et entraîna Artémis avec lui pour esquiver une nouvelle volée de flèches, plus nombreuses et dangereusement précises. Puis il plongea à nouveau en avant, attaqua un contrebandier au flanc gauche, l'homme esquiva… et rencontra la lame d'Artémis qui s'enfonça dans son flanc droit alors que le cimeterre qu'il avait évité s'enfonçait dans la cuisse d'un de ses camarades qui s'était cru à l'abri derrière lui.

Drizzt leva la tête vers la demi-douzaine d'archer qui ajustait leurs prochaines flèches. Jusque là, Guenhwyvar les avait empêchés de tirer trop souvent mais elle était maintenant prise en tenaille entre deux groupes de pirates et les archers étaient libres de les flécher à volonté.

– J'espère qu'il ne te fallait rien d'autre dans cette grotte ! s'exclama Entreri qui venait également de remarquer le danger.

Une demi-seconde avant que six flèches ne leur trouent la poitrine, ils avaient sauté dans le vide et s'enfonçaient dans les eaux tumultueuses en contrebas. L'instant d'après l'énorme panthère s'échappait, bondissant de rocher en rocher, elle disparut derrière une arrête rocheuse inaccessible aux humains.

Les brigands restèrent hébétés, la disparition brutale de leurs ennemis leur permit de réaliser que s'ils avaient cru combattre toute une armée, ils n'avaient en réalité était attaqués que par trois adversaires.

Ils sondèrent longuement l'eau noire en contrebas, tirèrent quelques flèches au hasard près de l'endroit où le drow et l'humain avaient disparus, mais ne trouvant rien, ils abandonnèrent leurs attaquants à Umberlie, la Reine de Profondeurs.

A suivre…

Ecriture achevée le 28/06/2011


Note de l'auteur :

Bel'la dos ! Merci d'avoir lu !

Il y a avait pas mal d'action dans ce chapitre, le suivant sera un peu plus calme et permettra aux personnages de se découvrir sous un jour nouveau… ou plutôt sous une nuit nouvelle ! Merci infiniment à nzamai, Ehkart et Ashrendair d'avoir commenté, vous n'imaginez même pas les bonds de joie que j'ai faits en recevant chacune de vos reviews !

Je vous invite à me contacter quand vous voulez si vous avez des questions sur l'univers ou les personnages, si vous voulez que je vous offre un plan de Port-Crâne ou que je vous raconte l'histoire de Montprofond aujourd'hui ou plus tard, ce sera toujours avec plaisir que je discuterai avec vous des Royaumes Oubliés !

Kyorl dos ulnin wun Faerûn ! A très bientôt à Faerûn !

Eresh

(Réponse pour nzamai : Mille fois merci pour ton commentaire !
Maintenir la cohérence avec l'univers ne devrait pas être une difficulté, mais maintenir celle des personnages est en effet délicat.
Drizzt et Artémis sont merveilleusement complexes, ils ont tous les deux leurs forces et leurs faiblesses et Salvatore les a dotés de personnalités à l'opposé l'une de l'autre, ils se ressemblent incroyablement tout en étant l'inverse l'un de l'autre. Je trouve qu'il est difficile de rester fidèle aux personnages tout en glissant vers une relation de confiance entre eux.
Je vais donc essayer de rendre ça le plus réaliste possible, merci encore d'avoir pris le temps de me donner ton avis ! J'espère que ce chapitre t'a plu !
)