Cette histoire a été créée avec la bénédiction d'Harana, qui me cède bien aimablement Maëlus Torve, Leonus Bellicar, ainsi que Targhal, personnages de sa merveilleuse histoire intitulée "Ma Source de Vie". "Ma Source d'Ennuis" se passe avant MSDV, à l'époque des Maraudeurs.

Je remercie Harana pour le prêt de ses personnages, et je vous souhaite à tous une bonne lecture!

RaR:

Bisounours: Merci beaucoup pour ton mot encourageant. J'espère que ce second chapitre te plaira autant! Bonne lecture et à bientôt.

Fiches des personnages:

Meahra de Ventombelune = 17 ans. 1m61. Longs cheveux bruns. Yeux lilas. Meahra est une jeune fille au caractère généralement doux et rêveur qui ne s'est jamais fait aucun ami. De nature discrète, elle est passée maître dans l'art de se faire oublier. Malgré cela, elle possède un fort caractère, une intelligence au-dessus de la moyenne, et un don rare pour s'attirer des ennuis. Elle n'est pas très douée pour les relations sociales, adore et dévore n'importe quels livres, et est le genre de personne qui dit ce qu'elle pense vraiment. En outre, la douce ironie est son arme, au même titre que sa baguette magique.

Maëlus Torve = 17 ans. 1m85. Courts cheveux noirs. Yeux gris. Maëlus est le préfet-en-chef de Serpentard. S'il est respecté en tant que tel, c'est aussi du fait de son caractère. Doté d'un sens de l'humour caustique, d'une grande intelligence et d'un sens du devoir et de la justice plutôt droit pour un Serpentard, il est généralement apprécié de tous. Seuls un certain nombre de Gryffondor ne le portent pas dans leurs coeurs. Torve manie le sarcasme et le mépris comme un virtuose.

Jenny Matheson/Frank Mortimer/William Blake = Ce sont trois Serpentard qui s'en prennent souvent à Meahra. Matheson, la fille du groupe, essaye depuis deux ans d'attirer l'attention de torve pour qui elle à le béguin.

Keresty = Gardien de l'Antichambre du Soleil.

Résumé du chapitre précédent:

Maëlus Torve, préfet-en-chef de Serpentard, et Meahra de Ventombelune, simple Gryffondor, se sont rencontrés, ou plutôt, se sont enfin remarqués après sept années de cours en communs. Intrigués l'un par l'autre, ils décident de travailler ensemble sur un projet de potion. Ils se retrouvèrent par hasard sur le chemin de la bibliothèque un samedi matin, et décidèrent de terminer la route ensemble. Cependant, alors qu'ils allaient atteindre la salle la plus tranquille du château, Meahra touche un étrange et magnifique tableau, et les voilà aspirés à l'intérieur.
- Où sommes-nous?
- Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a quelque chose de chaud et d'arrondis sous ma main.
- Alors c'est à toi, cette main. Ca m rassure dans un sens. D'un autre côté, si tu veux être père un jour, je te conseille de virer ta main de ma poitrine, Torve!


Ma Source d'Ennuis

Chapitre 2: Dans les souterrains

Le jeune homme se sentit rougir et rapatria vivement sa main vers lui en marmonnant un petit "désolé". Le Serpentard en profita pour se relever, et d'après le bruit que fit la longue jupe de la jeune fille à ses côtés, il devina qu'elle en avait fait de même. Torve entendit sa camarade de classe murmurer un "Lumos" à peine audible, puis il dut cligner des yeux quand la lumière perça les ténèbres dans lesquelles ils se trouvaient.

- Apparemment, nous sommes dans une sorte de grotte, déclara Meahra.

- Quel sens de l'observation ! ironisa le Serpentard, encore embarrassé d'avoir eu sa main sur la poitrine de la Gryffondor.

Un soupire bref indiqua au jeune homme que Meahra était un brin exaspérée par son attitude, chose qu'il avait cru impossible vu le caractère rêveur et normalement doux de la jeune fille. Décidant de ne pas trop en rajouter, Torve fouilla ses poches à la recherche de sa baguette magique. Une fois qu'il l'eut trouvée, il l'alluma d'un Lumos et examina lui aussi les alentours.

L'endroit où les deux adolescents se trouvaient ressemblait effectivement à une grotte. Tout n'était que roche, stalactite et stalagmite. Sur leur droite, un grondement sourd leur indiqua qu'une rivière souterraine passait non loin.

- Il y a deux portes devant nous, dit la Gryffondor, pointant les dites portes du doigts.

Torve suivit du regard la direction indiquée, et remarqua qu'il y avait bien deux portes en face d'eux.

- Allons voir, décida-t-il en se mettant en marche.

Meahra lui emboîta le pas, et bientôt les deux jeunes gens s'arrêtèrent devant deux immenses portes. De haute taille, les deux portes étaient identiques, taillées dans le roc de la paroi, formées de deux battants chacune. Seules différences, les inscriptions et les symboles qui les ornaient. Sur la porte de droite, une inscription en lettres d'or disait ceci :

"Si cette porte tu choisis,
La précipitation sera ton ennemie.
De l'Homme fais ton allié,
Du Monstre tu dois te méfier.
Emprunte ce chemin montant de fer et de pierre,
Ton Courage en Epée,
Ta Ruse comme Bouclier
Pour enfin atteindre la Lumière."

Sous ces lettres se trouvait un symbole ressemblant à un H mais dont la barre horizontale partait du haut de la barre de gauche pour finir au milieu du second trait vertical. Examinant la porte de gauche, Meahra et Torve y trouvèrent une inscription rouge sombre disant cela :

"Si le choix de cette porte tu fais,
En danger ta vie tu mets.
Dans les Ténèbres et la Peur tu t'engages,
Il te faudra alors faire preuve de courage.
Sous le signe du Beau la Terreur se cache,
L'Horreur ne crains pas ni ne fâche.
Fardé de laideur le Monstre aidera,
Quand vers la Beauté en joie tu iras.
Dépouille ton cœur de toute peur,
Et auprès des Quatre arriveras à l'heure."

Au-dessous de cette inscription, un symbole formant un X fermé à droite et à gauche était gravé, de la même couleur rouge sombre. Après de longues minutes de réflexion, la jeune fille finit par dire :

- Il va falloir que nous choisissions l'une de ces deux portes pour regagner Poudlard.

- Il n'y pas d'autres sorties, donc c'est le plus judicieux, renchérit Torve. Personnellement, je prendrais la porte de droite, celle avec les lettres d'or. L'autre inscription, ajouta-t-il en montrant les lettres rouges, semble avoir été faite avec du sang et n'est pas franchement optimiste !

- Hum…

Faisant fi de l'expression mitigée de la Gryffondor, le préfet-en-chef avança une main pour ouvrir la porte de droite, quand il vit une main pâle et fine surgir brusquement devant lui et agripper son poignet avec force, l'empêchant d'approcher plus la porte.

- Il t'arrives quoi là, Ventombelune ? demanda sèchement le Serpentard. Si tu veux rester dans cette caverne sombre et humide je t'en félicite, c'est toujours mieux que ton repaire de fauves miteux. Mais moi je me tire d'ici vite fait !

- Silence, imbécile de Serpentard inculte, répliqua Meahra, son visage éclairé de leurs baguettes ne montrant plus aucun signe de rêverie. Tu n'as rien remarqué ?

Etonné d'entendre la jeune fille utiliser un mot tel qu'"imbécile", plus que de la force de la main crispée sur son poignet, Torve secoua la tête négativement. Dans un soupire à fendre l'âme, la Gryffondor marmonna quelque chose dont son camarade ne comprit que "… et c'est préfet-en-chef ça !" avant d'écarter le jeune homme de la porte aux lettres d'or et de reprendre, à voix haute :

- Je trouve que notre choix est trop prédéterminé.

- C'est-à-dire ?

- Ouvre un peu les yeux, Torve ! Sur la porte de droite, l'inscription est en or, alors que celle de gauche est rouge sombre. Comme tu l'as fais judicieusement remarquer, on dirait du sang, tandis que l'or fait plutôt penser au soleil. Premier point. Deuxième point, et tu l'as dit toi-même, l'espèce de poème rouge n'est pas du tout optimiste par rapport à celui de la porte de droite. Et troisième point, tu ne fais pas Etude de Runes ?

Sonné par ce brusque changement de sujet, le jeune homme tarda à répondre et haussa un sourcil interrogateur.

- Qu'est-ce que l'Etude de Runes vient faire là-dedans ?

- J'en déduis que ta réponse est non, éluda la jeune fille. Donc troisième point, le symbole qui se trouve sous chaque poème est une rune. Sur la porte de droite, c'est Hagalaz. Sur la porte de gauche, Dagaz.

- Et le rapport entre ces runes et le choix de la porte ? demanda un Torve agacé, le poignet toujours emprisonné dans la main de la jeune fille.

- Tu seras gentil de retenir, triple idiot, que Hagalaz est la rune du mystère, de la perturbation et de l'appel à l'imagination et l'irrationnel, ayant pour valeurs symboliques la grêle et les perturbations. Je n'ai pas fini ! lança Meahra en resserrant inconsciemment sa prise sur le poignet du Serpentard en voyant celui-ci prêt à l'interrompre encore.

La jeune fille soupira de nouveau en levant les yeux aux ciel, et Torve se tut en se disant qu'il avait vraiment une mauvaise influence sur elle. "Elle a juré deux fois en moins de cinq minutes. Pas mal pour une lionne !". Un sourire un peu ironique et très satisfait fleurit sur les lèvres du jeune homme à cette pensée.

- Arrête de sourire comme un débile, on dirait un véracrasse !

A ces mots, Torve se rembrunit et maudit son influence pour en faire les frais.

- Bref, où en étais-je ? demanda Meahra. Ah oui, les runes. Donc à droite nous avons la grêle et les perturbations avec Hagalaz, alors qu'à gauche, se trouve Dagaz qui est la rune de l'éveil intégral, de la lumière du jour, d'une profonde harmonie et d'un équilibre entre deux tendances. Elle a pour valeurs symboliques le jour et la transformation. Ca va, tu as tout imprimé ?

- Evidemment ! Pour qui me prends-tu ? siffla le Serpentard.

- Tu ne veux pas le savoir, affirma la jeune fille avec un sourire amusé et gentiment moqueur.

- En gros, si on ne prends en compte que la forme et le fond des poèmes, résuma Torve en fusillant la Gryffondor d'un regard noir, un type normalement constitué choisirait la porte de droite où il est clairement fais allusion à la lumière et à un chemin montant, puisque étant tombé, ce type penserait logiquement qu'il faut remonter.

- Mais heureusement pour lui, ce pauvre type normalement constitué est accompagné d'une gentille, douce, courageuse et intelligente Gryffondor ayant pris Etude de Runes comme option, car sinon il aurait pris la porte de droite et se serait sûrement fait tuer puisqu'il n'aurait pas su que Dagaz symbolise le jour et donc la lumière, alors que Hagalaz symbolise la grêle et les perturbations, donc le danger !

- Par Morgane ! Qu'aurait fait ce pauvre type sans son intelligence portable ? ironisa Torve. Au fait, Ventombelune.

- Oui ?

- Tu peux me lâcher maintenant. Je ne prendrais pas la porte de droite.

Meahra fit glisser son regard lilas sur la main qui emprisonnait toujours le poignet du jeune homme, rougit légèrement et la retira vivement, comme si elle s'était brûlée.

- Bien, lança-t-elle, un peu mal à l'aise. Il nous faut maintenant étudier attentivement le poème rouge.

- Il doit receler des indices concernant la suite, supputa Torve en tournant sa baguette vers la porte de gauche pour éclairer les lettres rouges.

- Exactement, sourit la jeune fille en faisant de même.

- Pour les quatre premiers vers, pas besoin de se creuser la cervelle, ricana le Serpentard.
"Si le choix de cette porte tu fais,
En danger ta vie tu mets.
Dans les Ténèbres et la Peur tu t'engages,
Il te faudra alors faire preuve de courage."
C'est très clair et ça annonce d'entrée la couleur. Sans doute pour mieux diriger le choix vers l'autre porte. Par contre, la suite est plus énigmatique.

- Je ne pense pas, intervint Meahra, son index gauche passant et repassant sur sa lèvre inférieure, signe, chez elle, d'une intense réflexion. "Sous le signe du Beau la Terreur se cache"… Il doit y avoir quelque chose de très beau derrière cette porte, mais qui doit renfermer quelque chose ou quelqu'un de très dangereux. Le vers suivant doit être l'inverse. "L'Horreur ne crains pas ni ne fâche". Un monstre doit se trouver plus loin, et d'après ce vers, ce serait un allié.

- Peut-être, mais si tu regardes bien la strophe suivante, Ventombelune, reprit Torve, il est dit que "Fardé de laideur un Monstre aidera Quand vers la Beauté en joie tu iras". Nous devrons aider une créature monstrueuse avant de sortir ?

Le jeune homme paraissait perplexe.

- Je ne pense pas, Torve. J'avoue que ces deux vers me semblent bien obscurs. Mais observe bien la fin du poème. Ca devrait te convaincre que cette porte est la bonne.

- "Dépouille ton cœur de toute peur, Et auprès des Quatre arriveras à l'heure." Le premier vers est limpide, mais le dernier…

- L'allusion aux "Quatre" ne te rappelle rien ? demanda la Gryffondor en souriant.

Les Quatre ? Non, il ne voyait pas. Qu'est-ce qui va par quatre dans le monde sorcier ? Les éléments, Eau, Feu, Terre et Vent. Les Maisons de Poudlard, et… Minute papillon ! C'était ça, forcément !

- Les Fondateurs ! s'exclama brusquement le jeune homme, se demandant pourquoi il n'y avait pas pensé plus tôt.

- Bingo ! Et qui dit Fondateurs, dit…

- Poudlard !

- Tu vois quand tu veux, Torve.

Meahra souriait, et le Serpentard se dit, un peu vexé, qu'il faudrait qu'il creuse les évidences. S'il continuait ainsi, non seulement il finirait pas se faire tuer, mais en plus la Gryffondor aurait le beau rôle. "Pas question qu'une lionne me pique le rôle du héros !" pensa-t-il dans un court moment anti-Gryffi et macho.

- Bon ben quand faut y aller… commença alors Meahra.

- … Faut y aller, continua Torve en poussant la porte de gauche qui s'ouvrit dans un grincement strident.

"A croire que la pierre peut rouiller" sourit intérieurement la Gryffondor. Les deux jeunes gens franchirent le seuil et s'enfoncèrent dans les ténèbres, leurs baguettes éclairant le chemin de pierre devant eux. Ils n'entendirent pas la porte se refermer.

xoxoxo

- Ne sois pas stupide, Ventombelune ! Je ne t'abandonnerai pas !

- Mais si tu ne me lâches pas, tu vas tomber avec moi, crétin !

- Ouais, sûrement ! Mais si je te laisse tomber, je perdrais mon seul allié dans cette galère et l'absence de ton intelligence se ferait cruellement sentir !

- C'est faux ! Tu te débrouilleras très bien sans moi, Torve ! Tu es au moins aussi intelligent que moi, alors lâche mon bras et continue d'avancer !

- Quand on est une demoiselle en détresse, on la ferme et on se laisse sauver ! grogna le Serpentard en mettant sa baguette entre ses dents pour que sa main nouvellement libre aille s'accrocher au bras que l'autre main tenait.

"Par Salazar ! Comment avons-nous fait pour en arriver là ?" se demanda le jeune homme. En essayant de remonter la Gryffondor, il se remémora les évènements qui les avaient conduis à cette situation dramatique.

xoxoxo Flash-Back oxoxox

Le Serpentard et la Gryffondor avaient longtemps marché dans un couloir sombre, avec pour seule source de lumière leurs baguettes. Ils avaient fini par franchir une arche taillée dans le roc et avait emprunté un étroit sentier bordé sur leur gauche d'une paroi et s'ouvrant, à droite, sur un précipice.

Le grondement presque assourdissant qui s'élevait du gouffre leur indiqua que la rivière souterraine coulait sous leurs pieds. Ils pouvaient marcher de front sur le sentier, et par un malheureux hasard, Meahra s'était retrouvée du côté du précipice. C'est alors que tout avait dégénéré.

Un bataillon de chauve-souris, attiré par la lumière des baguettes, avait fondu sur eux. Le temps que le préfet-en-chef repousse les agresseurs, la Gryffondor avait disparu. Dans un instant de panique, Torve avait appelé la jeune fille par son prénom :

- Meahra !

- Ici, avait répondu une voix étouffée par le grondement de la rivière.

Le jeune homme avait baissé les yeux et aperçu une main pâle et écorchée qui s'agrippait au bord du sentier, le reste du corps pendant dangereusement dans le vide. Ni une, ni deux, le Serpentard avait lancé sa main gauche en avant, l'autre tenant sa baguette, et il avait saisi la Gryffondor par le poignet, sans prêter attention à ses genoux qui s'écorchaient profondément sur le sol rocailleux, ni à l'estafilade qu'il se fit à l'avant-bras gauche en attrapant la jeune fille.

- Tiens bon, Meahra ! Je suis là !

Entraîné par le poids de la jeune fille, il avait alors glissé de quelques centimètres vers le gouffre.

- Lâche prise, Torve ! avait crié la Gryffondor, comprenant le danger.

- Ne sois pas stupide, Ventombelune ! Je ne t'abandonnerai pas !

xoxoxo Fin du Flash-Back oxoxox

Toujours essayant de remonter la Gryffondor, Torve maudit le bataillon de chauve-souris sans lequel cette stupide lionne ne serait pas tombée. Tirant des deux mains sur le bras de la jeune fille, le Serpentard se sentit de nouveau glisser vers le précipice. Maudissant mentalement sa malchance, sa baguette entre les dents, Torve cala ses pieds contre deux aspérités du sentier et reprit sa traction.

De son côté, Meahra cherchait comment aider le jeune homme à la remonter. "Analysons la situation" pensa-t-elle calmement. "Je suis suspendue dans le vide, à moitié écartelée par cet obstiné de Serpent, environnée de rochers. Rochers… Rochers ? Rochers ! Mais oui, suis-je bête ! Le sort qu'utilisent les sorciers alpinistes et spéléologues !"

La jeune fille leva son bras droit, celui tenant sa baguette magique, et pointa celle-ci sur ses pieds. Mais au moment où elle allait lancer le sortilège, la Gryffondor entendit Torve maugréer :

- Un –oup de main cherait pas du luxche, Ven-ombelune !

- Ca arrive ! lança-t-elle au Serpentard avant de murmurer la formule. Crochelaroche !

Une lueur vermillon éclaira brièvement la semelle des sandales de la sorcière, et celle-ci prit appui sur la paroi du sentier pour se hisser vers le haut, tandis que Torve la tirait à lui. Meahra, aussitôt remontée, fut entraînée par leur élan conjugué et s'effondra sur le Serpentard. Les deux adolescents restèrent ainsi de longues minutes, cherchant leur souffle et tentant de calmer les battements affolés de leurs cœurs. La Gryffondor dans ses bras, le jeune homme se dit que la prochaine fois, cette dinde finirait réellement au fond d'un ravin, et c'est lui qui l'y aurait poussée ! Maudis soient les Gryffondor et leur foutu courage ! Qu'ils aillent au diable, ces imbéciles de lions et leur satanée générosité ! Toujours à croire que le courage est l'apanage de leur Maison !

Lui était un Serpentard. Certes, il était rusé et ambitieux, mais ce n'était pas un lâche, loin de là ! Ces bons à rien de fauves à la fourrure mitée et leur fichue inconscience ! Il ne les comprenait pas. Par Salazar ! Il ne se comprenait plus non plus ! Comment lui, Maëlus Torve, préfet-en-chef de Serpentard pouvait-il fréquenter une Gryffondor ? Mille ans de préjugés et de haine déchiraient leurs deux Maisons, alors qu'est-ce que cette fille pouvait bien avoir pour qu'il passe outre ce millénaire de haine réciproque ?

Qu'est-ce qui l'intriguait tant chez elle ? Qu'est-ce qui l'intéressait en elle ? Son intelligence ? Son humour ? Son air rêveur ? Il ne savait pas. Mais ce qui était sûr, c'est que pour apprendre à la connaître et devenir son ami, il était prêt à affronter leurs deux Maisons réunies. "Et ce serait bien la première et dernière fois où Gryffondor et Serpentard tomberaient d'accord !" pensa-t-il en imaginant ses amis Serpents et les camarades Lions de la jeune fille essayer de les empêcher de se voir.

Un mouvement de la jeune fille au-dessus de lui tira Torve de ses pensées. Elle s'était redressée et avait glissé au sol, près de lui. Les yeux lilas le scrutaient, semblant chercher quelque chose, puis la voix douce de la Gryffondor demanda :

- Tu n'es pas blessé, Torve ?

- Ce serait plutôt à moi de te demander ça, répliqua le jeune homme en se redressant et en s'adossant au mur derrière lui.

- Ce ne sont que des égratignures, répondit Meahra, les sourcils froncés après avoir vu la légère grimace de douleur qui avait échappée au Serpentard quand il avait bougé ses jambes.

Posant son regard sur lesdites jambes, la jeune fille remarqua qu'au niveau des genoux, le pantalon noir du sorcier était troué, laissant apparaître des écorchures sanguinolentes.

- Tu es blessé aux genoux, Torve, fit-elle remarquer avec reproche.

- Ouais. Une fois que nous serons sortis d'Enferland, le nouveau parc d'attractions sorcier, il faudra sûrement m'amputer des deux jambes, mais je serais adulé par tout Poudlard puisque j'ai sauvé la vie d'une Gryffondor, ironisa le jeune homme, sa manière à lui de faire tomber le stress. Aïeuh ! Mais ça ne va pas ? s'exclama-t-il soudainement.

Les mains plaquées sur le sommet du crâne après que Meahra lui ait asséné un coco digne d'un batteur, Torve la regardait comme si elle était folle.

- Faut te faire soigner, Ventombelune !

- La ferme, crétin ! soupira la jeune fille, ennuyée. Remonte tes jambes de pantalon que je te soigne.

C'était un ordre, et le Serpentard obéit promptement, ne voulant pas se faire frapper de nouveau. "C'est qu'elle cogne dur, la sale bête" pensa-t-il en regardant la sorcière enlever délicatement les gravillons qui s'étaient logés dans ses blessures avant qu'elle ne guérisse ses genoux d'un Curatis murmuré. Puis la jeune fille se tourna face à lui, et d'un geste étonnamment vif, elle attrapa la main gauche du Serpentard et remonta rapidement la manche de son pull vert sapin.

- Haha ! s'exclama-t-elle, triomphante. Vilain petit cachottier, sourit Meahra, narquoise. Tu espérais qu'on t'ampute aussi le bras pour paraître plus héroïque ?

N'attendant pas que Torve réplique, la Gryffondor fit courir la pointe de sa baguette sur l'estafilade sanglante qui se referma rapidement sous l'effet du Curatis. Ensuite, la sorcière soigna ses propres blessures, à savoir sa main gauche écorchée et une longue éraflure qui courait sur son tibia droit.

Une fois soignée, Meahra bondit sur ses pieds et tendit une main amicale au Serpentard. Torve accepta l'aide de sa camarade pour se relever, et il fut agréablement surpris de constater que ses genoux ne le faisaient plus souffrir.

- On est repartis ? demanda malicieusement la Gryffondor.

- Oui.

xoxoxo

Maëlus et Meahra se retrouvaient de nouveau face à deux portes. Ils avaient longtemps marché avant de les atteindre. Dans les ténèbres, ils avaient perdu la notion du temps et ne pouvaient dire combien de minutes, d'heures ils avaient erré. Ils avaient aussi dû éviter un marais aux eaux croupies ("Mais qu'est-ce que ça fait là, ça ?" avait pensé Torve, ébahi), d'autres bataillons de chauve-souris, quelques centaines de serpents et trois Acromentules, ces énormes araignées monstrueuses, pour finir leur escapade forcée devant ces deux portes.

Aussi immenses que les portes aux poèmes, elles étaient, elles aussi, taillées dans la roche de la paroi. Par contre, elles n'avaient qu'un seul battant, et aucune poignée n'était visible. Sur la porte de gauche se trouvait un relief représentant un Ondin de toute beauté tenant un trident ouvragé dans une main. La porte de droite arborait, quant à elle, un relief monstrueux où un énorme loup sans fourrure, bavant de rage et possédant deux ailes noires membraneuses et six yeux, dévorait ce qui semblait être un humain. Un frisson désagréable remonta le long de l'échine de Meahra lorsque leurs baguettes éclairèrent cette scène, mais elle n'en laissa rien paraître.

- Quelle porte devrions-nous prendre ? demanda le Serpentard. Je suis tenté de dire celle à l'Ondin, mais l'expérience précédente m'invite à plus de réflexion.

- Tu apprends vite, Torve, répondit Meahra en réfléchissant. Souviens-toi de la troisième strophe du poème rouge, ajouta-t-elle.

- "Sous le signe du Beau la Terreur se cache, L'Horreur ne crains pas ni ne fâche", cita de mémoire le jeune homme.

- Tu as une mémoire impressionnante, Torve, sourit la Gryffondor.

- Tu peux parler, Ventombelune ! répliqua sur le même ton Torve.

- Aux vues de notre situation actuelle, tu peux m'appeler Meahra. C'est plus court à prononcer que Ventombelune.

- Comme tu veux, soupira le Serpentard. Mais pour en revenir à notre dite situation, la strophe est claire : il faut prendre la porte de droite.

- Je le pense aussi, dit Meahra. Seulement, il n'y a pas de poignée.

- Ton sens de l'observation m'étonnera toujours, Vent… Meahra, ironisa gentiment le jeune homme.

- Et tes sarcasmes me feront toujours doucement rigoler, Torve ! répliqua la jeune fille, un brin agacée. "L'Horreur ne crains pas ni ne fâche", murmura-t-elle, en pleine réflexion.

Le préfet-en-chef jeta un coup d'œil à la sorcière. Le visage éclairé par la lueur de sa baguette, concentrée, ses yeux lilas illuminés de curiosité et brillants de détermination, Meahra paraissait transcendée, tendue vers le but à atteindre, à savoir ouvrir cette porte et regagner Poudlard.

En la voyant ainsi, ses longs cheveux bruns libres cascadant sur ses épaules, vêtue d'un t-shirt à manches longues bleu ciel et d'une longue jupe de coton bleu marine qui tombait sur des sandales de style antique (des spartiates) dont les lanières de cuir remontaient sur ses mollets, Torve la trouva jolie. "Allons, mon vieux !" se morigéna-t-il. "Ce n'est pas le moment de divaguer. Trouve plutôt une solution pour ouvrir cette foutue porte !". Mais un cri de triomphe émis par sa compagne de galère indiqua au Serpentard que la solution venait d'être trouvée. Et effectivement, la porte se souleva dans le plafond après que la Gryffondor se fut inclinée avec déférence devant le monstre gravé, et eut passé deux doigts sur les ailes membraneuses en une caresse légère.

- Après vous, Sieur Torve, sourit la jeune fille en faisant une révérence.

- Tsss… Gamine, murmura le jeune homme après avoir donné un léger coup sur la tête de Meahra en passant devant elle.

Le rire léger de la Gryffondor détendit l'atmosphère lugubre qui les oppressait, et les deux adolescents continuèrent leur route. Cette fois-ci, des torches accrochées aux murs s'allumaient à leur passage, éclairant leur progression d'une lumière bienvenue. Le chemin n'avait pas changé, il était toujours fais de pierres et se trouvait être, à nouveau, un couloir.

Rien ne se passa lors de leur traversée, et le Serpentard et la Gryffondor se permirent de relâcher quelque peu leur vigilance, leurs baguettes à la main, malgré tout. Marchant tranquillement, les deux jeunes gens finirent par arriver dans une sorte d'antichambre circulaire faiblement éclairée, au centre de laquelle trônait un siège de marbre où une statue représentant un jeune homme élégamment vêtu et d'une grande beauté siégeait.

Dès que les sorciers eurent posé le pied dans l'antichambre, les torches s'y trouvant ravivèrent leurs flammes, illuminant la salle de leur couleur rougeoyante. Au même instant, Torve et Meahra virent une énorme statue monstrueuse sur leur droite. Son corps de cheval, sa queue de scorpion, sa gueule de dragon et ses ailes de sombral rendaient la statue horrible et gigantesque.

- Bienvenue dans l'Antichambre du Soleil, jeunes gens.

En entendant cette voix grave et mélodieuse sortir du néant, le Serpentard et la Gryffondor firent face au centre de la pièce, baguettes levées. S'attendant à voir la statue de l'homme sur son trône de marbre, les deux adolescents furent stupéfaits et presque choqués de se trouver face à ladite statue debout, souriante et vivante.

- Qui êtes-vous ? demanda Meahra, méfiante.

- Ou plutôt… Qu'êtes-vous ? renchérit Torve, son visage affichant une moue à mi-chemin entre le dégoût et le mépris.

- Je m'appelle Keresty, et je suis le Gardien de l'Antichambre du Soleil, chargé d'indiquer le bon chemin aux êtres égarés, répondit l'homme au visage et au corps de dieu grec.

L'homme-statue plongea alors son étrange regard minéral dans les yeux lilas de la Gryffondor, et celle-ci baissa lentement sa baguette. Etonné de l'attitude plutôt confiante de la jeune fille, le Serpentard l'imita, néanmoins toujours sur ses gardes.

- Suivez-moi, jeunes gens, reprit Keresty. Je vais vous montrer le chemin.

La voix aux accents chantants résonna étrangement cruelle et menaçante aux oreilles de Torve qui ne daigna pas bouger. De son côté, Meahra se mit en mouvement, car, elle ne savait pourquoi, tout ce qu'elle désirait, c'était suivre cet homme et obéir à sa voix divine. Alors, sous le regard furieux et perplexe du Serpentard, la Gryffondor passa devant l'homme-statue qui lui emboîta le pas.

Il semblait que ces deux-là avaient oublié la présence de Torve, ce qui agaça prodigieusement ce dernier. Et soudainement, une strophe du poème rouge revint au jeune homme : "Fardé de laideur le Monstre aidera, Quand vers la Beauté en joie tu iras". Torve n'avait pas compris le sens de ces vers, mais en voyant les mains de Keresty se munir de longues griffes de bronze, ils eut une illumination.

Brandissant vivement sa baguette, le Serpentard lança un puissant Expelliarmus sur l'homme-statue. Sous l'effet du sortilège, Keresty vola à travers l'Antichambre tandis que Torve envoyait Meahra aux pieds de la chimère statufiée d'un Accio bien dosé. Jetant un œil sur la jeune fille, le Serpentard la vit avec soulagement reprendre ses esprits.

- Maëlus, devant toi !

Mais le cri de Meahra avertit Torve trop tard. Le Serpentard eut le temps de sentir les griffes du Gardien lui labourer l'épaule gauche avant qu'il n'ait la présence d'esprit de se jeter au sol. De son côté, la Gryffondor vit avec effroi le sang du sorcier jaillir de ses blessures, puis, se ressaisissant, elle bombarda Keresty de sorts dès que Torve fut à terre.

Pendant que Meahra attirait l'attention de l'homme-statue sur elle, le préfet-en-chef se releva péniblement et rejoignit la chimère. Chimère dont la sorcière avait abandonné la protection pour combattre avec rage Keresty. Arrivé aux pieds du pendant monstrueux de l'homme-statue, Torve examina rapidement le socle sur lequel se trouvait la chimère. Comme il le pensait, il y trouva une inscription qu'il lut vivement à haute et intelligible voix :

- Chimère de l'Ombre véritable Gardien du Soleil,
Sort de ta léthargie et à la vie de nouveau t'éveil.
Chimère de l'Ombre gardien du Sanctuaire,
Protège les Egarés de tes pierres !

Le poème lut, la statue monstrueuse frémit dans un grondement de tonnerre, puis bondit sur Keresty. D'un second Accio, Torve ramena Meahra vers lui, laissant les deux gardiens s'affronter. Atterrissant sans douceur près du Serpentard, la Gryffondor s'empressa d'ériger un bouclier résistant autour d'eux, les protégeant ainsi des éclats de pierres qui volaient en tout sens. Ceci fait, elle se tourna ensuite vers un Torve pâle et perdant beaucoup de sang.

- Je t'en rachèterai un pour Noël ! lança-t-elle au jeune homme en même temps qu'elle déchirait le pull vert ruiné pour mettre à jour l'horrible blessure.

Le sang n'arrêtait pas de couler, et si elle ne se dépêchait pas, la blessure allait s'infecter et le Serpentard risquait de réellement perdre son bras.

- Ne bouge pas, Maëlus, ordonna-t-elle en pointant sa baguette sur les marques de griffes. Antiseptis !

De l'alcool à 90° coula de la baguette sur la blessure, et Torve étouffa un hurlement en sursautant.

- Ne bouge pas, imbécile ! cria la jeune fille en maintenant Torve au sol d'une main sur le torse, tandis qu'elle lançait un Curatis Maxima sur ses blessures.

Le préfet-en-chef ne put retenir un cri quand ses plaies se refermèrent lentement, et c'est tendu comme un arc qu'il attendit que la douleur passe. Pendant ce temps, Meahra lui parlait pour, qu'au cas où, il ne perde pas conscience.

- Je suis désolée, c'est bientôt fini. Merci de m'avoir sauvé la vie. Je n'arrivais pas à faire autrement que suivre ce que sa voix disait. J'étais comme hypnotisée.

- Ne t'en fais pas pour ça, Meahra, dit Torve en essayant de grimacer un sourire. Je ne suis pas mort, et j'avais bien compris que tu n'étais pas dans ton état normal.

La jeune fille parut soulagée d'entendre ces mots, et c'est avec une certaine satisfaction que le jeune homme ajouta :

- C'est vrai, quoi ! Comment pouvais-tu préférer cet homme à l'Apollon de Serpentard qui t'accompagne ?

A suivre...