La fin de l'après-midi approchait, constata Faith en jetant un coup d'œil à l'horloge branlante qui surplombait le hangar. Les aiguilles se déplacèrent sur dix-sept heures et une sonnerie stridente retentit alors. Faith acheva de fermer le carton sur lequel elle travaillait d'un grand mouvement de la scotcheuse qu'elle reposa alors à sa place, puis elle souleva l'emballage et le déposa sur un chariot qui se trouvait à quelques pas de là. Enfin, elle enleva les larges gants usés qu'elle portait et les jeta avec désinvolte dans un panier prés su chariot comme une dizaine de gars autour d'elle. Alors que la plupart de ses collègues du jour se dirigeait vers la sortie du hangar, Faith embrassa la pièce du regard, à la recherche de quelqu'un. Ses yeux s'arrêtèrent sur un homme de taille moyenne qui portait un gilet orange et qui saluait machinalement chacun des gars qui sortait, alors que lui-même semblait plus concentré sur la feuille qu'il tenait à la main.

Faith se dirigea résolument vers lui et il leva la tête à son approche.

« Hé Faith » fit-il. « Bonne journée? »

« Ça va, ça va » marmonna Faith qui n'était de toutes évidences pas là pour échanger des politesses. « Je voudrais ma journée. »

Il hocha la tête rapidement, s'étant de toutes évidences attendu à ce que la jeune femme allait demander. Il posa les papiers qu'il tenait sur un tabouret prés du chariot sur lequel des dizaines de cartons étaient empilés et lui fit signe de le suivre. Ils traversèrent le hangar jusqu'à un minuscule bureau fermé à clef et Faith le suivit à l'intérieur.

« Tu ne restes pas alors? » demanda l'homme, dont le nom était Billy si on en croyait l'étiquette accrochée à sa veste.

« Je ne sais pas encore » répondit Faith sur un ton évasif. « Je n'avais pas prévu de rester si longtemps déjà. »

« Je sais, »répondit le dénommé Billy en fouillant dans un tiroir. « Tu m'avais prévenu que tu ne bosserais que pour un jour ou deux. Mais tu bosses bien, si tu veux revenir demain, tu es la bienvenue. »

Faith hocha la tête mais ne prit pas la peine de répondre. Billy sortit alors une calculette du tiroir, saisit un stylo, fit quelques rapides calculs qu'il écrivit à la va-vite sur une feuille de papier, puis il ouvrit un autre tiroir du bureau dont elle sortit quelques billets qu'il fourra dans une enveloppe avec la feuille de papier précédente. Enfin il tendit le tout à Faith.

« Merci » fit rapidement Faith en fourrant l'enveloppe dans sa poche.

« Si tu repars et que tu descends un peu plus en Californie, je peux te rancarder avec mon oncle, » fit Billy gentiment. « Il a une usine du même genre du coté de Fresno. Dis que tu viens de ma part, il acceptera aussi de te prendre à la journée. »

Disant cela, il farfouilla une fois de plus dans un tiroir et en sortit une carte qu'il tendit à Faith. La brunette la prit de bonne grâce et remercia une nouvelle fois alors que Billy refermait les tiroirs à clef et s'apprêtait à ressortir du bureau. Une fois à l'extérieur, il tira soigneusement la porte qu'il ferma à double-tours.

« J'espère te revoir demain, » fit-il avec un sourire alors que Faith s'éloignait. « Sinon, bonne chance à toi! »

Faith hocha la tête et le salua une dernière fois, puis elle franchit enfin la porte du hangar. Une fois dehors, elle arracha l'étiquète à son prénom qu'elle portait accrochée à la poitrine, la froissa et la jeta dans une poubelle proche. Enfin, elle prit le chemin du motel. Elle marcha une quinzaine de minutes avant de voir le motel se profiler au bout d'une longue avenue monotone. Comme la veille, Faith s'arrêta devant la réception. Les réceptionnistes étaient encore deux à cette heure, et en l'absence de clients, ils bavardaient tranquillement. Faith hésita une seconde puis se résolut à pousser la porte. Les deux jeunes femmes derrière le comptoir s'interrompirent à son entrée et l'une d'elle se leva comme un diable sort de sa boite.

« Bonjour! » s'écria-t-elle joyeusement. « Marietta à votre service. Que puis-je faire pour vous aider? »

Faith leva légèrement les yeux au ciel et se trouva un instant stupide, ne sachant plus trop pourquoi elle était entrée.

« Hum... » Fit-elle après un moment d'hésitation. « J'occupe la chambre 112 depuis une semaine »

« Oui bien sur! » l'interrompit Marietta sur un ton strident. « Je vous reconnais, bien entendu! »

Faith ne répondit pas au large sourire de la jeune femme et après une nouvelle hésitation, finit par demander sur un ton quelque peu embarrassé:

« Est-ce que j'ai eu des visites ou des appels durant mon absence? »

« Je vérifie immédiatement! » répondit la jeune femme avec le même enthousiasme.

Elle fouilla un peu autour d'elle, consulta un registre, avant de se tourner de nouveau vers Faith.

« Non désolée, rien du tout. Vous attendez quelqu'un ou quelque chose de particulier? Quelque chose que nous puissions noter pour y être particulièrement attentif? » Ajouta-t-elle en saisissant déjà un crayon.

« Non, non » répondit Faith rapidement. « Inutile, c'était juste... au cas où. Merci. »

Et sur ce, elle sortit rapidement de la réception pour rejoindre sa chambre.

Celle-ci était aussi déserte et inchangée que la veille. Les vêtements mouillés par l'averse du soir précédent finissait de sécher sur la chaise ou étendu sur le lit défait, alors qu'une boite de pizza vide traînait encore ouverte sur la table basse.

« Le service laisse à désirer... » Grommela la Tueuse.

Elle revint vers la porte d'entrée qu'elle ouvrit et constata avec lassitude qu'elle avait oublié d'en décrocher le panneau « Ne pas déranger ». Elle ne l'avait même pas remarqué dans sa précipitation à entrer. Elle le retira de la poignée et le jeta machinalement sur le bureau après avoir refermé derrière elle. Elle sortit ensuite son salaire du jour de sa poche, et l'enveloppe donnée par Billy rejoignit le panneau « Ne pas déranger » sur le bureau. Après un moment d'hésitation, elle entreprit ensuite de ranger la pièce : elle déchira la boite de pizza et la jeta dans la corbeille, ramassa les vêtements qu'elle plia sommairement. Alors qu'elle bataillait avec une chemise quelque peu rebelle à ses efforts, il lui apparut qu'elle n'avait pas eu à ranger la moindre chose depuis quelques temps déjà. Elle chassa l'idée aussi vite qu'elle était venue en secouant la tête, et finalement renonça à plier la chemise correctement. Finalement, cette dernière termina en boule au fond du sac.

Quand elle en eut fini avec cette tache, Faith se laissa tomber sur la chaise prés du bureau et elle saisit le calendrier qui y était posé sous tout ce qu'elle avait jeté par dessus. Les trois derniers jours avait été marqués de croix noires et la Tueuse contempla les dates alignées quelques instants, semblant en proie à une instance réflexion. Ses doigts parcourent les jours, puis elle tourna les yeux vers une carte de la région à moitié dépliée sur laquelle un itinéraire avait été tracé au crayon. Elle resta de longues minutes immobile, les doigts de la sa main droite tapotant le rebord de la table, la gauche allant machinalement du calendrier à la carte. Finalement, Faith rejeta le calendrier à sa place originelle et se leva en soufflant.

« Et puis merde, » fit-elle pour personne. « Prenons du bon temps après tout ! »


Faith ignorait si le 'Holding the night' était le seul endroit du coin où l'on pouvait danser – ce qui était probablement le cas de toutes façons – mais c'était en tous cas le seul qu'elle connaissait et le bar lui convenait bien assez. Décidée à profiter de sa récente liberté, la brunette s'agitait avec son habituelle dextérité au milieu de la piste dans une ambiance bien différente de ses précédentes visites, du Madonna remixé semblant être le thème de la nuit. La jeune femme savait attirer les regards sur elle et bien qu'elle se soit largement calmée, ce soir n'échappait pas à la règle. N'ayant pas encore décidée ce qu'elle attendait de cette soirée, Faith ignorait pour l'heure les offres de ses prétendants, ne répondant qu'aux saluts de Jason Jr derrière son bar.

Au démarrage d'une nouvelle chanson, Faith se dirigea vers le comptoir, déclina une nouvelle offre au passage et se laissa tomber sur un tabouret. Le serveur s'empressa de venir dans sa direction.

« Tu veux quoi ? » lui fit-il avec un sourire engageant. « Bière toujours ? »

Elle hocha la tête et quelques secondes plus tard, se trouva avec une chope pleine sous le nez. Lorsqu'elle fit mine de chercher de la monnaie dans sa poche, il leva la main en signe de protestation.

« Non, non, non » fit-il avec autorité. « C'est moi qui offre »

Faith n'insista pas, trop heureuse d'accepter son offre.

« Bonne soirée ? » demanda Jason en s'installant en face d'elle.

Comme la Tueuse hochait de nouveau la tête, et avant qu'elle ne réponde vocalement, il regarda autour d'eux et demanda ?

« Tara n'est pas avec toi ? »

« On dirait bien que non » répondit Faith avec un brin d'ennui, sans prendre la peine de donner de précisions.

Il dut saisir l'intonation de sa voix car il n'insista pas.

« Je croyais que tu n'étais que de passage ? Tu restes encore longtemps ? »

La brunette haussa les épaules.

« J'sais pas » fit-elle sur un ton évasif. « Je pensais partir demain, ou après-demain. Je ne sais pas encore. »

« Tu vas où ? »

Elle haussa de nouveau les épaules sans entrain.

« J'sais pas encore » dit-elle de nouveau. « Je verrais sur le tas je crois. »

Il voulut dire quelque chose, mais devant l'air fermé de son interlocutrice, le jeune homme ne savait comment enchainer. Décidée à retrouver son entrain de début de soirée, Faith changea elle-même de sujet.

« Et toi ? Qu'as-tu fait de ton père ? Je ne le vois pas ce soir. »

Cette fois, ce fut le visage du jeune homme qui se voila à l'évocation de son père.

« Non, il n'est pas là. » confirma-t-il. « Je l'évite en ce moment. »

« Tu as pris une décision ? » s'enquit-elle.

Il grimaça légèrement à cette question.

« J'ai appelé le numéro que vous m'avez donné. J'ai expliqué ce qu'il s'était passé à un homme, comme vous m'aviez dit… »

Il se tut une seconde, sembla réfléchir.

« Je sais que ce qui est arrivé est terrible. Mais ça reste mon père… »

Faith esquissa l'ombre d'un sourire désabusé.

« Ouais, j'comprends ça » fit-elle plus pour elle-même que pour lui, en portant sa chope à ses lèvres.

Il parut hésiter, ignora les signes que lui faisait une fille qui essayait d'attirer son attention pour se faire servir, et se tourna de nouveau vers Faith avant de lâcher dans un souffle:

« Que vont-ils lui faire si...? »

Il fallut une demi-seconde à Faith pour comprendre le sens de la question, puis elle haussa les épaules après une brève hésitation.

« J'en sais rien à vrai dire » répondit-elle sur un ton plus compatissant. « C'est pas vraiment mon rayon. »

A l'expression déçue qui apparut sur le visage de son interlocuteur, elle ajouta:

« Mais ce ne sont pas des assassins. Ce sont les gentils. La plupart du temps. »

Elle se rendit compte que cette dernière partie n'allait surement pas le rassurer, mais c'était trop tard. Elle essaya d'ajouter un sourire rassurant, mais la conversation en resta là.

« Merci pour l'info mais j'dois te laisser, la file s'allonge... »

Et sur ce, il s'éloigna rapidement vers le groupe de clients qui attendaient un verre à quelques pas de la Tueuse. La solitude de la brunette fut de courte durée. A peine Jason s'était-il éloigné que quelqu'un se laissa tomber sur le tabouret vide à la droite de Faith.

« Hé » fit le nouvel arrivant sur un ton enjoué.

La jeune femme tourna la tête et reconnut Luke. Il lui souriait, apparemment ravi de cette rencontre inattendue.

« Je ne m'attendais pas à te revoir ici » confirma-t-il. « Tu avais dit que vous partiez le lendemain » ajouta-t-il, faisant référence à sa dernière rencontre avec la Tueuse.

Faith haussa les épaules.

« J'ai changé de plan » répondit-elle sur un ton laconique en le regardant à peine.

« On ne peut pas dire que ça me dérange » fit-il, son sourire s'élargissant. Puis il regarda autour de lui, comme à la recherche de quelqu'un ou quelque chose et ajouta :

« Tara n'est pas là ce soir ? »

Faith secoua la tête et reporta son verre à ses lèvres.

« Non, elle n'est pas là. Elle est partie. »

« Ah, » commenta-t-il simplement, essayant sans doute d'interpréter le ton quelque peu mystérieux de Faith sur le sujet.

Après une brève hésitation, il décida de tirer le meilleur parti de cette information.

« Je t'ai pour moi tout seul alors ce soir ? » demanda-t-il avec un sourire un brin malicieux.

Sa bonne humeur et son optimisme tirèrent finalement un sourire à la jeune femme. Elle se tourna plus franchement vers lui, considéra son air joyeux et elle se dérida enfin avant de conclure :

« Tu n'as pas idée… »


Il pleuvait encore sur le manoir, constata Vi en s'éveillant : une pluie légère que l'on entendait à peine ruisseler le long des gouttières ou battre contre les vitres. La jeune femme tourna la tête vers le radio-réveil posé sur sa table nuit, à gauche du lit. Les chiffres rouges brillants indiquaient minuit quinze. Vi soupira de lassitude et resta quelques instants à écouter les bruits extérieurs, se demandant ce qui avait pu la réveiller. Un orage peut-être ? Mais elle n'entendit aucun tonnerre gronder au loin et le bruit de la pluie était définitivement trop discret pour être la cause de son réveil au milieu de la nuit, même si elle avait le sommeil bien plus léger depuis ces deux dernières années. Elle se redressa sur les coudes et écouta de nouveau. La pluie, le vent dans les feuilles : malgré son ouïe exceptionnelle, Vi n'entendait rien d'autre. Elle finit par se laisser retomber sur son matelas et se tourna vers le mur, bien décidée à se rendormir. Elle ferma les yeux et remonta la couverture jusqu'à son menton.

Elle se tourna et retourna plusieurs fois dans son lit étroit, mais il n'y avait rien à faire : le sommeil la fuyait. Après prés d'une demi-heure à lutter pour s'endormir de nouveau, Vi abandonna. Elle chercha l'interrupteur de la lampe de chevet à tâtons et alluma avant de s'asseoir dans son lit. Elle jeta un coup d'œil circulaire à la petite pièce pour s'assurer que rien n'avait bougé. La vérification fut rapide : bien qu'elle eut le privilège d'avoir une chambre individuelle, Vi n'avait pour autant pas bénéficié d'autres avantages. La chambre était minuscule et ne contenait guère qu'un lit une place, une table de chevet et une large armoire en bois. Vi avait simplement décoré les murs pour donner un air accueillant à l'endroit, et disposé des photos de sa famille et de ses amis sur un tableau en liège au dessus de son lit. Au milieu d'entre elles, trônait une photo d'elle-même, Rona, Kennedy, Sho-Ann et quelques autres, prise dans les jours suivants la bataille dans la bouche de l'enfer.

La chambre n'avait pas plus de salle d'eau privative que n'importe quelle autre chambre. Vi partageait la salle d'eau directement voisine de sa chambre avec deux autres Tueuses.

La jeune femme finit par se lever et enfila rapidement un bas de survêtement en coton gris, posé le rebord du lit, puis un pull à col roulé noir qu'elle trouva dans son armoire. Une paire de chaussettes et de chaussures de sport plus tard, Vi fouilla dans le tiroir de sa table de chevet à la recherche de sa lampe torche, et ainsi équipée, elle sortit aussi silencieusement que possible dans le couloir. Vi promena le faisceau de la lampe autour d'elle. Il n'y avait pas le moindre bruit ni mouvement. La jeune femme s'engagea dans le couloir en direction de l'escalier, attentive au moindre son. Elle grimpa les marches jusqu'au second étage qui était tout aussi immobile et silencieux. Vi arpenta le long couloir lentement, s'arrêtant occasionnellement derrière une porte pour écouter. Rassurée, elle repartait aussi silencieusement qu'elle était venue pour continuer sa progression. Arrivée au bout du couloir, Vi se trouva face à une porte vitrée qui donnait sur une petite plateforme extérieure qui permettait d'accéder à l'aile principale. Vi considéra la pluie qui ruisselait sur la vitre quelques secondes avant de se décider à pousser la porte avec précaution. Le froid lui mordit le visage et la jeune femme dut se retenir pour ne pas se ruer sur la porte qui menait au bâtiment principal et l'ouvrir avec une bruyante précipitation. Au lieu de cela, Vi se glissa toujours aussi discrètement dans le couloir du second étage des dortoirs. L'étage était silencieux, et au faisceau de sa torche, la Tueuse constata qu'il était également désert. Mais arrivée à quelques pas des marches qui menaient au dernier étage, elle sut que sa ronde ne terminerait pas aussi calmement qu'elle avait commencé: des chuchotements lui parvinrent de l'étage. Vi abandonna alors toute précaution et grimpa les marches quatre à quatre. En haut, trois jeunes filles sursautèrent lorsque la lampe de Vi éclaira leurs visages. Vi s'approcha rapidement, d'abord partagée entre agacement et inquiétude. L'inquiétude l'emporta définitivement quand elle constata que l'une des pensionnaires avait pleuré.

« Shirley? Que se passe-t-il? » demanda-t-elle rapidement, son intonation trahissant son angoisse.

Comme la dénommée Shirley – une blondinette qui ne devait guère avoir plus de quatorze ans – se remettait à sangloter, Vi se tourna vers les deux autres.

« Camille, Natalie, que se passe-t-il? »

Toutes deux étaient sensiblement plus âgées que leur camarade, et elles échangèrent un regard embarrassé avant de répondre.

« C'est Hope... »

A peine le nom prononcé, Vi leva les yeux au ciel avec exaspération.

« Qu'est-ce qu'elle a encore fait? » demanda-t-elle un peu sèchement, toute angoisse envolée de sa voix.

« Je l'ai suppliée Vi, je te promets... » chevrota la jeune Shirley en relevant ses yeux brillants vers la Tueuse rousse. « Mais elle n'a pas voulu m'écouter... »

« Que s'est-il passé? » la coupa Vi avec impatience. « Où est-elle? »

Les trois filles échangèrent un nouveau regard et Shirley se remit à sangloter alors qu'elle ouvrait la bouche pour répondre. Avant que Vi ne repose sa question, la plus grande des trois, Camille, répondit avec un léger accent français.

« Elle est partie. »

« Partie? » s'écrira Vi, soudain très réveillée. « Comment ça partie? Partie où? »

« Elle s'est tirée » intervint la dénommée Natalie. « Elle a fait son sac et elle s'est barrée. Elle est passée par l'escalier de secours et j'crois qu'elle a traversé le parc pour sauter le mur par derrière, là où c'est le moins haut »

« Elle a dit qu'elle allait être virée, qu'elle voulait pas rentrer chez elle, qu'elle préférait se tirer et faire son truc toute seule » reprit Camille.

Vi leva les yeux au ciel, une nouvelle fois, et laissa tomber ses bras ballants le long de son corps.

« C'est pas vrai... » Fit-elle plus pour elle-même que pour les jeunes en face d'elle.

Elle sembla réfléchir une minute alors que les trois filles la regardaient dans l'expectative.

« On fait quoi Vi? » demanda Shirley en séchant ses larmes.

« Allez vous recoucher » intima Vi après un instant. « Je vais m'occuper de ça »

« Nous recoucher? » répéta Natalie.

« Oui, c'est ce que je viens de dire. » répondit Vi sévèrement. « Remettez vous au lit avant de réveiller tout le bataillon. On en reparlera demain. Exécution. »

Les trois filles se regardèrent de nouveau, et finirent par tourner les talons pour obéir, le ton de Vi ne laissant aucune place à la discussion.

« Camille, Nat, prenez Shirley avec vous pour la fin de la nuit, la laissez pas seule. » ajouta la rouquine.

Camille hocha la tête et elle passa son bras autour des épaules de la plus jeune en un geste amical pour l'entrainer à sa suite et celle de sa partenaire de chambrée. Vi attendit que la porte ne se referme derrière les trois filles, et éteignit sa torche. Elle soupira une nouvelle fois, attendit encore les bras ballants puis finit par tourner les talons. Elle re-parcourut le chemin en sens inverse jusqu'à sa chambre au pas de course, et une fois sur place, saisit son téléphone portable laissé sur sa table de chevet. Elle composa rapidement un numéro, attendit trois sonneries avant que son interlocuteur ne décroche.

« C'est Vi, » fit-elle rapidement. « Je crois qu'on a un problème... »


« C'est là » fit Faith sans cérémonie, en glissant la carte magnétique de sa chambre dans la serrure.

Un clic l'avertit de l'ouverture et elle poussa le battant ouvert, entrainant Luke derrière elle en le tirant par la ceinture de son jean. Le jeune homme se laissa faire sans résistance et poussa la porte pour la fermer derrière lui. Faith enclencha la lumière de la table de chevet et Luke embrassa la pièce du regard. La chambre semblait entièrement rangée, le lit impeccablement fait, rien ne trainant nulle part à l'exception de quelques papiers et d'une carte sur le bureau.

« Sympa » commenta-t-il.

Il s'assit sur le lit après avoir retiré son manteau, alors que Faith tirait rapidement le rideau. Puis elle revint vers lui avec un petit sourire en coin. Il voulut se redresser quand elle arriva à sa hauteur, mais Faith l'en empêcha, le repoussant légèrement, puis elle s'assit à califourchon sur ses genoux.

« Alors, où en étions-nous? » murmura-t-elle d'une voix suave en se penchant vers lui.

« Hum... » fit-il avec appréciation comme la jeune femme passait sa langue derrière son oreille.

Faith descendit ensuite le long de son cou et passa sur sa nuque lentement, ce qui eut pour effet de faire se dresser les poils qui se trouvaient là. La brunette glissa ensuite ses mains à sa ceinture et elle dégagea le tee-shirt du jeune homme de son pantalon avant de glisser ses doigts froids sur sa peau. Il tressaillit à la fraicheur du contact et releva une des mains en direction de son taille. Faith ne la laissa pas arriver à destination, poussa sur sa poitrine pour qu'il tombe allongé sur le lit. Luke se laissa faire, l'attitude entreprenante de la Tueuse n'étant de toutes évidences pas pour lui déplaire. Faith se pencha sur lui, remonta son tee-shirt le long de son torse en prenant tout son temps. Ses doigts experts s'attardèrent le long de ses côtes, puis de sa poitrine, suivis de la bouche et de la langue chaude de la brunette. Elle fit passer le vêtement par dessus ses épaules et alors qu'elle allait redescendre en direction de sa clavicule droite, il la retint en posant brusquement sa main sur la nuque de Faith et l'attira un peu vers lui pour l'embrasser à pleine bouche. La Tueuse répondit au baiser, mordillant ses lèvres au passage, et laissa courir ses mains de nouveau jusqu'à sa ceinture qu'elle ouvrit sans ménagement. La réaction de Luke fut immédiate : ses mains descendirent à leur tour de la nuque de Faith jusqu'au bas de son tee-shirt qu'il entreprit de remonter. Faith l'interrompit alors et se chargea de cette tache elle-même. D'un mouvement leste, son haut rejoignit celui de Luke sur le sol. Le jeune homme fit alors sauter ses chaussures de ses pieds alors que la brunette déboutonnait d'abord le jean de son partenaire avant d'enchainer avec le sien. Elle saisit ensuite le haut du pantalon de Luke et le fit glisser le long de ses cuisses. Lorsque le jeune homme se retrouva en slip sur le lit, elle se redressa au-dessus de lui et entreprit de descendre à son tour son jean d'une façon séductrice. Luke fut tenté de venir l'aider mais Faith lui intima de n'en rien faire avec un air malicieux. Le jeune homme obéit et la regarda faire, sentant son désir monter avec chaque seconde que la brunette laissait passer. Lorsqu'elle eut enfin fini sa tache, la Tueuse enjamba de nouveau son partenaire, pressant son intimité contre la sienne, ce qui tira un gémissement rauque au jeune homme. Il la tira de nouveau contre lui, voulut la faire basculer sur le côté mais Faith résista au mouvement, montrant clairement que c'était elle qui menait les débats. Elle l'embrassa de nouveau à pleine bouche alors que ses mains caressaient son torse, descendaient le long de ses côtes, glissaient le long de ses cuisses. Elle fit durer le supplice de longues minutes alors qu'elle sentait Luke de plus en plus excité, et il gémit une nouvelle fois lourdement lorsqu'elle glissa finalement sa main dans son slip avant de lui enlever également. Il posa alors ses mains sur les agrafes du soutien-gorge de Faith pour le lui retirer à son tour, et cette fois elle le laissa faire. Elle se pencha de nouveau sur lui pour l'embrasser alors qu'il caressait sa poitrine, et commença à descendre lentement à son tour sa culotte, lorsque soudain, la sonnerie du téléphone portable de la Tueuse retentit de la pièce.

Cela ne sembla pas déranger Luke qui continua son activité comme s'il n'entendait pas, mais Faith s'interrompit brutalement et se dégagea de lui.

« Je dois répondre » fit-elle rapidement en repoussant Luke qui essayait de capturer ses lèvres de nouveau.

« Vraiment? » demanda-t-il d'un air séducteur. « Maintenant, tu es sure? »

Elle hocha la tête avec hate.

« Vraiment, » répondit-elle en se redressant.

Il soupira légèrement et se laissa retomber à plat sur le matelas alors que Faith embrassait la pièce du regard à la recherche du téléphone. Elle sauta au bas du lit, courut jusqu'au bureau, souleva quelques papiers avec hâte, retourna frénétiquement les poches de son blouson pendu à la chaise avant de se retourner avec un regard éperdu vers le reste de la pièce quand elle ne le trouva pas.

« Tu attends un appel important? » interrogea Luke en la voyant si pressée de décrocher.

Elle ne prit pas la peine de répondre et fonça sur le tas de vêtements éparpillés sur le sol. Elle retourna les poches de son jean après l'avoir désenmélé de celui de Luke, et finalement retrouva le téléphone en train de sonner sous la pile d'habits. Dans sa hate à le saisir, Faith manqua de le faire glisser sous le lit et elle dut s'y réprendre à deux fois avant de presser correctement le bouton « décrocher ».

« Hé, hé, c'est moi » annonça-t-elle rapidement en se redressant et en faisant un pas pour s'éloigner de Luke.

Le jeune homme se pencha en avant pour pouvoir observer le visage de la brunette avec attention, se demandant quel mystérieux appel elle pouvait attendre avec tant d'impatience. Mais lorsque l'appelant parla, il devint vite évident à l'expression de profonde déception qui remplaça celle d''espoir sur le visage de Faith, que quiconque téléphonait n'était pas la personne que la jeune femme espérait.

« Oh, Giles, c'est vous... » maugréa Faith sans essayer de cacher son ennui.

A l'autre bout du fil, l'Observateur ne fit d'abord pas attention au ton de la jeune femme, absorbé par ce qu'il s'apprêtait à dire.

« Ah Faith, » commença-t-il. « Je suis heureux de t'enten... »

Puis il sembla réaliser sur quel ton la Tueuse l'avait accueilli et interrompit le fil de sa pensée.

« Hum... Tu sembles quelque peu déçue. Peut-être espérais-tu quelqu'un d'autre? Ou alors je tombe mal peut-être? » demanda-t-il, quelque peu embarrassé.

« Ça pourrait difficilement être pire » lui accorda Faith sans aucune gêne. « Qu'est-ce qu'il se passe? » coupa-t-elle rapidement pour en venir au fait.

Giles n'eut qu'une brève hésitation et balaya toutes politesses de rigueur pour en venir à la raison de son appel comme Faith le réclamait.

« Je crains avoir besoin de ton aide » commença l'Observateur.

« Mon aide pour quoi? » coupa Faith avec impatience en s'éloignant encore un peu du lit et en remontant sa culotte.

« Hum, nous avons un petit problème dans un centre d'entrainement en Oregon. Tu te souviens de Violet je pense? »

« Evidemment que j'me souviens de Vi... » maugréa Faith. « Une rouquine moins gnangnan qu'elle n'en a l'air qui était à Sunnydale? »

Giles sembla hésiter un instant sur la description. Il finit par s'éclaircir la voix avant de répondre:

« Hum, je suppose que l'on peut dire ça comme ça... » convint-il, avant d'enchainer. « Toujours est-il que Vi dirige un centre d'entrainement pour jeunes Tueuses qui se trouve en Oregon... »

« J'avais suivi jusque là » interrompit Faith de nouveau. « C'est quoi le problème? »

« Si tu cessais de m'interrompre... » commença Giles.

Faith s'apprêtait à réagir de nouveau, mais le Britannique la coupa dans son élan en reprenant:

« Nous avons un problème avec l'une des pensionnaires qui vient de s'échapper et... »

« S'échapper? » ironisa Faith avec un sourire en coin. « Je croyais que les gosses étaient libres de venir ou pas? »

« Elles le sont évidemment » répliqua Giles un peu sèchement. « Mais c'est une situation un peu particulière et je crois qu'elle peut être un danger pour elle-même et les autres... »

« Je vois le genre... » murmura Faith en s'adossant au mur prés d'elle. « Et qu'est-ce que je viens faire là-dedans? Vous voulez que je vienne lui faire la morale? »

« Je voudrais que tu ailles la récupérer » expliqua Giles. « Et que tu la ramènes au centre. Tu es toujours en Oregon? Le mieux serait que tu ailles au centre voir Vi pour qu'elle t'en dise plus. Ca me rendrait vraiment un grand service » ajouta-t-il après un bref silence.

« Limite Californie » fit Faith. « C'est dans quel trou votre truc? »

Giles lui donna quelques indications et Faith retourna vers la table où elle étala la carte qu'elle possédait. Elle chercha quelque chose, traça un itinéraire avec son doigt en fronçant les sourcils.

« C'est une longue route » fit-elle. « Je n'y serais pas avant demain tard dans la journée. »

« Je ne m'attendais pas à autre chose.» répondit Giles. « Fais au mieux. Je vais prévenir Vi de ton arrivée, elle t'expliquera les détails »

« Ouais... » fit Faith. « Ok. »

« Merci beaucoup Faith. Je rappellerais quand tu seras la-bas. Mes salutations à Tara et soyez prudentes sur la route. »

« Ouais... » répéta Faith en faisant la moue.

« Merci encore. A bientôt. »

Et il raccrocha. Faith resta un instant absente, le téléphone toujours en main. Puis elle ramassa son jean à ses pieds et l'enfila rapidement.

« Qu'est-ce que tu fais? » demanda alors la voix de Luke avec surprise.

Faith se retourna et réalisa que pendant une seconde elle avait oublié sa présence.

« Ha, désolée, je t'avais oublié » répondit-elle sur un ton pas le moins du monde désolé.

Elle redescendit son jean et revint vers le lit avec désinvolte.

« Puisque tu es là, autant reprendre où nous en étions » fit-elle.

« Whaoua » remarqua-t-il, un brin vexé. « J'ai vu des nanas plus enthousiastes devant une pile de linge à repasser. Tu déconnes ou quoi? Suis un canon à moitié à poil dans ton pieu. Des filles tueraient pour ça »

Il avait essayé de faire pointer un peu d'humour dans son ton pour ne pas laisser complètement voir son amertume, mais cela n'amusa pas Faith. Elle le repoussa légèrement sur le lit, l'enjamba de nouveau et glissa sa main directement à son entrejambe. Il laissa échapper un gémissement à la fois de désir et de douleur à la brutalité du contact.

« Ecoute mister Oregon ou pour quoi que tu prennes, c'est comme ça et pas autrement. Si ça te plait pas, tu sais où est la porte. » cracha-t-elle en se penchant à son oreille et en accentuant la pression sur son membre.

Il sembla hésiter une seconde et comme Faith allait se relever, il balbutia finalement:

« Ok, on fait comme tu veux, pas de problème »

« Parfait. » répondit Faith sans sourire. « Vite fait, bien fait alors »

Et elle le poussa de nouveau pour l'allonger sous elle.