Merci à Pnlope, E05, briottet, Anemone33, ladydragonfly, Pol pour vos reviews anonymes. J'espère avoir répondu à tout le monde, ceux qui étaient loggués? J'espère qu'il ne reste pas de fautes.

Leylah, cette fiction est toujours pour toi. J'espère que ce chapitre te plaira autant que le premier.

Note : Concernant le texte en lui-même, enfin, le contenu, en toute honnêteté, j'ai fait des recherches sur la surdité, seulement, tant qu'on n'a pas un proche ou un ami qui a cet handicap, je pense qu'il n'est pas possible de tout savoir.

J'espère que ceux qui lisent et qui connaissent quelque chose ne m'en voudront pas si j'écris certaines choses qui sont fausses. Il est bien évident que vous pouvez me le dire par review, auquel cas, je verrai dans quelle mesure je peux modifier, si la faute est énorme. Sinon, s'il vous plaît, ayez un peu d'indulgence pour la pauvre auteur que je suis (sort ses grands yeux larmoyants)


Lis sur mes lèvres

Partie 1

l'enfance

Chapitre 2

Marjorie Dursley était une femme qui ressemblait beaucoup à son frère. Physiquement du moins. Ils avaient la même carrure et une moustache, bien que moins fournie chez la sœur. Pour un peu, la vieille fille pouvait passer pour un homme malgré ses tailleurs en tweed.

Marge n'était pas mariée. Elle éprouvait un béguin pour son voisin, le Colonel Courtepatt mais ce dernier n'avait jamais montré la moindre inclinaison pour cette éleveuse de bouledogues. Elle vivait donc pour ses chiens et, parfois, quand elle le pouvait, elle quittait sa maison, confiait les pauvres bêtes au vieil homme retraité, sauf son préféré, Molaire. C'était une bestiole avec un sale caractère qui grognait et aboyait sans cesse.

Là, elle avait pris la décision de quitter la campagne pour la banlieue pavillonnaire de Little Whinging afin de rendre une petite visite à son frère, sa belle-sœur et son adorable neveu Dudley qui venait de fêter ses six ans quinze jours auparavant.

Marge adulait Dudley, le gâtait autant que possible avec de l'argent, des chocolats, des jouets... Rien n'était trop cher pour ce garçon si fort, intelligent et beau comme tout. À ses yeux, l'enfant avait hérité indéniablement de son père. De sa mère... pas grand-chose. La femme avait toujours estimé que Pétunia était la parfaite épouse pour son frère. Jolie, fine, bien sous tous rapports, maîtresse de maison hors pair, mais sotte au possible. Ce qui n'était pas plus mal. Une femme intelligente ne réussissait pas à s'intégrer en société. C'était pour cela que Marge s'était éloignée et vivait à la campagne.

D'ordinaire, quand elle partait à Privet Drive, elle prévenait au moins une semaine à l'avance, mais là, Marge avait totalement oublié d'appeler Vernon et ne le fit que le matin de son départ en le priant de venir la chercher à la gare.

Ce qu'elle ignorait, c'était l'inquiétude des Dursley à l'annonce de cette visite. Pétunia n'avait rien pu préparer – et Dieu savait qu'il en fallait du temps pour faire à manger pour sa belle-sœur qui dévorait plus que ses trois ogres personnels – pour la petite semaine qu'elle passerait à la maison, voulant profiter de son Dudley adoré pendant qu'il était en vacances.

Et puis il y avait pire : la présence d'Harry.

Marge n'ignorait pas son existence, en théorie. En pratique, dès qu'ils voulaient aborder le sujet, elle détournait la conversation, ou, lorsqu'elle ne le faisait pas, elle avait déjà bu plusieurs verres d'alcool. Savoir si elle se souvenait donc de l'enfant demeurait un mystère.

Le petit garçon n'avait jamais rencontré la tante de son cousin. Vernon et Pétunia estimaient que c'était mieux comme cela, vu les idées arrêtées de la sœur. Il était hors de question de mettre un handicapé devant Marge qui les abhorrait, les estimant tous impotents.

Pour les Dursley, Harry n'était pas handicapé, il avait juste une différence qui le rendait plus fort. Mais pour l'éleveuse de chiens, il ne serait qu'un bon à rien.

Dès que Marge appelait pour prévenir qu'elle venait durant une durée qui pouvait varier entre deux jours et une semaine, Harry était envoyé chez son parrain et en était toujours très heureux. Si Sirius n'était pas présent, Remus Lupin prenait la relève sans le moindre souci.

Là, en revanche, Pétunia, tout comme Vernon, savait parfaitement que tenter de joindre les deux hommes serait impossible. Ils étaient partis en France quelques jours. Sirius, à cause d'une affaire pour un client – il était devenu en quelques années un avocat influent et doué – et Remus pour des vacances qu'il rêvait de prendre à Paris depuis des années – il avait monté sa propre librairie et les affaires marchaient bien, mais prendre des congés relevait du défi, ce qui faisait qu'il n'en avait pas pris depuis près de cinq ans.

Confier Harry à un voisin était possible, mais aucun n'était en mesure de le comprendre et l'enfant ne comprendrait pas pourquoi on l'évinçait. C'était donc hors de question ! Et confronter Harry et Marge, c'était comme condamner l'enfant à une mort certaine.

- Pet', fit Vernon, nerveux. Appelle Sirius et demande-lui s'ils ne peuvent pas rentrer avant.

- Je...

Sa femme se tut et s'exécuta mais connaissait déjà la réponse du jeune homme. Et en effet, ni Remus ni Sirius ne pouvaient rentrer. D'autant plus que la compagnie aérienne était en grève et qu'ils n'avaient aucun moyen de rentrer autrement. Ils étaient bloqués en France au moins jusqu'au lendemain.

- Tant pis, concéda Vernon. Je vais garder autant que possible Harry avec moi.

L'homme avait beau se répéter que c'était sa sœur et qu'elle ne ferait rien, il la connaissait et la savait parfaitement capable de violences.

Quand ils étaient enfants, il se rappelait parfaitement de cette petite fille toute belle avec sa robe trapèze en tissu vichy bleu et blanc, ses petits souliers vernis blancs et ses cheveux châtains, tenus par des barrettes. Victoria Andrew. C'était la fille de leurs voisins, elle avait le même âge que Vernon. Le garçon qu'il était avait eu un béguin pour elle, parce qu'elle ne s'était jamais moquée de sa taille. Elle l'avait toujours vu comme il était à l'intérieur. Et aussi, parce qu'elle était toute douce.

L'homme avait ce souvenir gravé dans sa mémoire, surtout la couleur de la robe et les souliers, parce qu'il n'oublierait jamais le sang qui avait coulé et taché Victoria.

Sa petite voisine était aveugle et Marge, de sept ans leur aînée, n'avait pas supporté de voir cette fillette si différente d'elle, d'eux, vivre à ses côtés.

Victoria et Vernon n'avaient que six ans à l'époque quand l'incident s'était produit. Les Dursley avaient été invités à dîner chez les Andrew. Les enfants avaient été autorisés à quitter la table pour aller jouer. Personne n'était en mesure de dire ce qu'il s'était passé, sauf peut-être Marge – Vernon ayant oublié certains détails – mais Victoria avait fini en pleurs et en sang. Les poings de l'aînée des filles étaient écorchés.

Les parents Dursley, scandalisés, s'étaient excusés mais avaient pris leurs enfants et étaient partis.

Ce fut la dernière fois que Vernon revit la petite Victoria, ses parents déménagèrent quelques semaines plus tard et plus personne ne parla de cette histoire. Mais l'oncle d'Harry s'en rappelait encore et s'en souviendrait toute sa vie. Cette image de la fillette demeurerait gravée dans son esprit. Parfois, il lui arrivait de se réveiller en sursaut la nuit.

Oui, il savait parfaitement de quoi Marge était capable. Là, elle était plus vieille et plus forte. Elle n'aurait pas à frapper, mais juste à serrer un peu.

Rien que l'idée de son neveu malmené lui fit froid dans le dos et il se jura de le garder près de lui. Restait encore à parler avec Harry pour que celui-ci comprenne qu'il devrait faire attention.

Pas une seule fois, Vernon ne pensa au fait que sa sœur ne ferait peut-être rien. Ce n'était pas possible. Combien de fois l'avait-il entendu dire ce qu'elle aurait fait si d'aventure elle avait eu un enfant avec un problème. Elle l'aurait tué sans la moindre hésitation.

C'était pour cela que Vernon et Pétunia avaient peur et cachaient Harry. Parce que Marge était foncièrement mauvaise et qu'elle faisait peur à son frère. Quand elle était à Privet Drive, ce n'était plus lui ou sa femme qui prenait les décisions, c'était elle. Elle décidait de l'heure à laquelle manger, de l'émission à regarder, du moment où Dudley devait aller au lit, où tout le monde devait se coucher ou encore se lever. La maison fonctionnait à son rythme.

Et puis, Marge avait une sale manie : elle autorisait son chien Molaire à tout faire. C'était une éleveuse de bouledogues, mais l'animal qu'elle traînait partout était affreusement mal éduqué. Combien de fois l'affreuse bête s'était oubliée sur le tapis du salon ? Combien de fois la bestiole avait laissé des traces de pattes pleines de boue sur le carrelage étincelant ou sur le canapé ? Combien de fois il avait montré des crocs quand Dudley osait prendre un gâteau ? Et combien de fois Pétunia avait-elle eu peur que son bébé se retrouve attaqué par le chien ? Les Dursley ne comptaient plus. Mais le pire, c'était qu'ils ne pouvaient rien dire, parce que Marge estimait que son « adorable chéri » n'était pas coupable.

Molaire dormait avec sa maîtresse, ou dans la chambre de Dudley si elle l'ordonnait, ignorant que l'enfant ne fermait pas l'œil de la nuit, de même que ses parents. L'animal lapait dans la coupelle de Marge quand elle buvait de l'alcool, mangeait à table et dans l'assiette de la vieille fille ou parfois dans le plat.

La sœur de Vernon passait peu à Privet Drive, une fois par an, mais c'était largement suffisant. Il fallait plusieurs jours à la famille pour se remettre de sa visite.

- Vernon ? l'appela Pétunia. À quelle heure Marge arrive-t-elle ?

Peut-être l'avait-il dit, la blonde ne savait plus. Elle était nerveuse de cette visite, parce qu'Harry était présent. Elle ne voulait pas et ne pouvait pas le cacher pendant une semaine. D'autant que des photos de lui avec sa famille étaient disposées ça et là à travers la maison. Cadres qu'ils n'avaient jamais retirés même quand Marge venait. La campagnarde n'avait jamais posé de questions, comme si elle ne les avait jamais vues.

- D'ici deux heures, répondit son mari d'une voix éteinte. Je vais prévenir les garçons qu'il ne faut pas aborder la surdité d'Harry.

- Pense aussi à récupérer ses prothèses.

Tout était bon pour cacher la vérité à Marge. Ils se haïssaient de faire une telle chose, mais si cela permettait à Harry de passer la semaine sans problèmes, alors ils le feraient sans hésiter.

Vernon monta lourdement les marches de l'escalier et s'engouffra dans la chambre des garçons. Ces derniers étaient assis par terre et jouaient avec le train que Dudley avait eu pour son anniversaire quinze jours auparavant.

Son fils fut le premier à lever la tête en le voyant entrer et s'installer sur le lit. Dans d'autres circonstances, il aurait fait comme si Vernon n'était pas là, mais son visage grave ne le rassura pas. Il tapota le bras d'Harry toujours plongé dans son jeu.

Quand les deux enfants lui accordèrent toute l'attention nécessaire, le patriarche soupira.

- Tante Marge va venir, commença-t-il avant de repérer les froncements de sourcils d'Harry.

C'était vrai que l'orphelin ne l'avait jamais vue. Il savait parfaitement, même sans que personne ne lui dise, qu'il partait parce qu'elle venait, mais il n'avait jamais compris pourquoi.

Aujourd'hui, il allait se confronter à la sœur de son oncle, parce que Sirius et Remus n'étaient pas là pour le garder.

- Harry, pendant toute cette semaine, tu vas devoir faire attention à ne pas signer.

- Pourquoi ? demanda l'enfant à haute voix avec un petit accent guttural.

Il s'exprimait bien et lisait bien sur les lèvres (1), mais cet accent persistait.

- Ne le fais, pas, c'est tout !

Vernon perdait patience lorsqu'il était nerveux. Là, il était bien plus que cela. Ses nerfs étaient à fleur de peau. Il en voulait à sa sœur de ne pas l'avoir prévenu de sa visite et de faire comme si c'était normal. Comme si Vernon et Pétunia n'avaient rien d'autre à faire qu'à attendre sa venue.

Elle avait simplement argué qu'un de ses chiens avait eu un problème, c'était ce qui lui avait fait oublier d'appeler son frère.

- Tu as compris ? ! siffla l'homme.

- Oui, répondit simplement Harry en voyant sur le visage rougeaud le changement d'attitude de son oncle.

Il ne comprenait pas grand chose mais c'était important, semblait-il, pour son tuteur.

- Bien. Dudley, ça vaut aussi pour toi ! Pas de signes dans cette maison jusqu'à ce que Marge s'en aille. C'est bien compris ? !

Dudley et Harry hochèrent docilement la tête. Ni l'un ni l'autre n'avaient vu l'obèse dans cet état. Pas contre eux du moins.

Avant de sortir de la chambre sans plus d'explications, Vernon récupéra les audioprothèses de son neveu et laissa les deux enfants de six ans abasourdis.

Deux heures trente plus tard, Marge entrait au 4, Privet Drive comme en terrain conquis. Elle jeta sa valise dans un coin, se moquant éperdument du bruit que cela fit et prit ses aises dans le salon, claquant presque des doigts pour avoir un verre d'alcool que Pétunia s'empressa de lui donner tout en faisant attention à Molaire. L'affreuse bestiole était présente elle aussi et grognait.

- Ah, fit Marge en claquant la langue après avoir avalé cul sec le fond de cognac de douze ans d'âge. Ça fait du bien ! Encore, Pétunia. Où est mon Duddy chéri ? brailla-t-elle alors que sa belle-sœur la servait de nouveau. Plus, voyons ! Ça ne peut pas faire de mal ! C'est parfait ! s'exclama-t-elle quand son verre fut plein.

- À l'étage. Il est en train de jouer. Il adore ton train, répondit Vernon en s'installant à son tour dans son fauteuil préféré.

- C'est bien, c'est bien. Et à l'école ? C'est le meilleur de sa classe, comme toi, Vernon ! N'est-ce pas ?

- Sa maîtresse est contente de lui. Il apprend bien.

- Un vrai Dursley ! Il deviendra comme son père ce petit bonhomme. Hein Momo, fit-elle à son chien qui aboya. Tiens, tu as soif, mon Momo. Bois, mon chéri.

Elle tendit son verre au chien qui lapa le liquide ambré. Molaire était un alcoolique, comme sa maîtresse, mais ce n'était guère étonnant. Marge picolait à tour de bras.

Elle exigea un troisième verre. Pétunia s'exécuta une nouvelle fois, se retenant de dire qu'ils n'allaient pas tarder à passer à table. Le cognac, une bonne dose dans le récipient, déborda quelque peu quand un bruit de pas résonna dans l'escalier et que Dudley apparut, suivi par Harry.

La différence entre les deux était flagrante. Harry était assez petit et fin, mais cela n'avait rien de très surprenant, Lily n'était pas grande et James... selon Sirius, il ne l'était pas non plus. Dudley, lui, tenait de son père et avait un fort embonpoint. L'un était brun aux yeux verts, l'autre, blond aux yeux marron. Même leurs caractères étaient dissemblables, malgré la même éducation. Harry était assez calme et obéissant, tandis que Dudley était plus vif, agressif et franchement feignant, mais quand il s'agissait de son cousin, il s'exécutait rapidement.

Le blondinet était d'une protection à toute épreuve pour l'orphelin. Il l'entourait, le surveillait, le couvait sans cesse. Personne n'avait le droit de faire du mal à son Harry. C'était comme cela depuis des années et peut-être que cela ne changerait jamais.

Quand Harry n'était pas présent, Dudley était exigeant, brutal, bruyant, mais étrangement, dès que le petit brun était dans son champ de vision, il était à ses côtés, défiant quiconque de s'approcher. Il faisait penser à une maman poule couvant son petit poussin. L'image était hilarante, mais tellement réaliste.

- Mon Diddy, beugla l'ivrogne en voyant son neveu préféré dans l'encadrement de la porte.

Elle renversa la moitié de son cognac sur le canapé et tendit les bras. Dudley se laissa serrer dans une étreinte d'ours sans broncher et l'instant d'après, il avait un beau billet de banque dans le poing.

- T'as bien grandi, c'est bien ! Grand et fort ! Comme ton père !

Elle lui ébouriffa les cheveux avant de s'arrêter et de regarder vers la porte.

- C'est qui lui ? gronda-t-elle en voyant Harry.

Petit, brun, les cheveux en bataille, il paraissait malade.

- C'est Harry, le fils de ma sœur Lily, répondit Pétunia.

- Harry ? répéta Marge. Je n'en ai jamais entendu parler ! Approche gamin.

Elle ne se rappelait donc pas des quelques conversations qu'ils avaient eues au cours de ses précédentes visites. Mais aucun n'en fut vraiment étonné.

Docilement, l'enfant s'avança vers la femme. Elle ressemblait à Oncle Vernon, mais elle était plus effrayante que lui, et le chien assis à ses côtés qui montrait les crocs n'était pas mieux.

Elle l'attrapa d'une main.

- Trop maigre ! Tu le nourris, Pétunia ? On dirait une pauvre chose malade.

Marge le manipula sans vraiment de douceur pour le regarder sous toutes les coutures. Elle se fichait de savoir s'il pouvait la comprendre, elle ne s'était jamais embarrassée de dire les choses telles qu'elle les pensait.

- Il n'a pas l'air bien vif ni bien intelligent ce pauvre garçon. Il n'est pas très beau non plus.

Vernon et Pétunia froncèrent les sourcils. Se rendait-elle compte de ce qu'elle disait ? Marge les insultait en parlant d'Harry de la sorte.

- Bon, à table, ordonna la femme en se levant avant de repousser durement Harry en arrière.

L'enfant faillit tomber à la renverse et ne dût le salut de son postérieur que grâce à sa tante. Mais s'il ne souffrit pas physiquement, les mots cruels de la sœur de son oncle s'insinuèrent en lui tel un poison.

C'était la première fois que des gens disaient une telle chose de lui et ça faisait mal.

Il planta ses ongles dans ses paumes de mains pour ne pas pleurer, mais c'était dur.

Une fois à table, Harry se concentra sur son assiette et ne parla pas, de même que Dudley qui avait le regard vissé sur la télévision. Seuls les adultes discutaient.

Marge ne parla que de ses chiens, du Colonel Courtepatt, de sa maison et du travail à faire à l'intérieur, de sa femme de ménage qui n'était qu'une bonne à rien, du fait que la vie était dure, que les prix avaient grimpé et enviait son frère qui avait une vie si facile. Elle discuta d'Harry, un peu, mais n'ajouta rien de plus que ce qui avait été dit auparavant, au grand soulagement de son frère et sa belle-sœur. Marge fit aussi beaucoup d'éloges sur Dudley, arguant qu'il était l'enfant qu'elle aurait aimé avoir, un futur tombeur... bref, si elle encensait le blondinet, ce n'était pas le cas de son cousin.

Elle ne parvenait à se l'expliquer, mais cet enfant brun, si chétif et calme, ne lui plaisait pas. Ce n'était pas un Dursley, c'était évident. Elle ne retrouvait pas en lui les caractéristiques des Evans. Pour les avoir vus au mariage de Vernon et Pétunia, Marge se targuait de pouvoir affirmer reconnaître un Evans de la famille de la blonde quand elle en voyait un. Ils étaient tous blonds ou roux, comme l'atroce sœur de Pétunia, Liliane ou Elizabeth (2) que tous appelaient Lily.

Cette gourgandine n'avait cessé de draguer les hommes pendant la cérémonie et la réception. Marge s'en rappelait parfaitement. Elle avait été outrée d'un tel comportement.

- Que fait ta sœur, au fait, Pétunia ?

Un blanc s'installa. La maîtresse de maison cligna des paupières, chose qu'elle faisait à chaque fois qu'elle était interloquée ou lorsqu'elle ne savait que dire.

Sa sœur ? N'était-ce pas évident ?

- Elle est décédée, répondit aimablement Pétunia, bien que blessée par un tel manque de tact.

Même après cinq ans, elle n'arrivait toujours pas à se dire que Lily ne reviendrait plus. Elle avait fait son deuil, bien entendu, mais ne se pardonnerait jamais de n'avoir pas voulu revoir sa cadette, au moins une dernière fois.

- Oui, je sais bien qu'elle est morte ! râla Marge en avalant cul sec le vin dans son verre. Sinon ce gamin ne serait pas là ! Elle est morte comment d'ailleurs ?

Habituée à se montrer aimable en toutes circonstances, Pétunia sourit, comme si ce sujet ne l'affectait pas.

- Elle a été assassinée.

- Je vois, elle s'était acoquinée avec des personnes louches. Elle n'a eu que ce qu'elle méritait en fin de compte. Qui est le père du gamin ? On le sait au moins ?

- Un certain James Potter, intervint Vernon qui avait remarqué le regard noir de son épouse.

Pétunia était hors d'elle et avec raison. Marge était allée trop loin.

- Potter ? Potter, Potter, Potter, marmonna la vieille aigrie en se tapotant le menton de son doigt boudiné. C'est un nom qui me dit quelque chose. Il n'aurait pas un lien de parenté avec Charlus Potter qui était un membre de la Chambre des Lords ?

- Si, en effet, James était son fils. Et Harry, son petit-fils.

- Ah, fit Marge, les yeux brillant de joie malsaine à l'idée d'une Evans dans la déchéance.

Elle en avait toujours voulu à cette famille qui avait tout réussi sans vraiment faire grand chose. Les parents Evans, George et Louise, faisaient partie de la bourgeoisie anglaise grâce à leurs différentes boutiques en Angleterre, pour les robes de mariée, jusqu'à ce qu'ils décèdent peu après le mariage de leur dernière fille. Pétunia avait mis le grappin sur Vernon et la cadette avait l'air de s'acoquiner avec les « grands », couchant pour réussir.

- Eh bien, Pétunia, ta sœur a réussi à trouver un bon profil comme géniteur de son fils. Potter sait qu'il a un enfant ?

- James et Lily étaient mariés, Marge, lui apprit Vernon.

- Oh. Ta sœur a épousé un Lord. J'aurais pu moi aussi devenir une femme importante. J'ai intéressé le prince Charles. Mais il a épousé cette Diana Spencer.

Pour Vernon, il était plus qu'évident que sa sœur affabulait totalement. Elle n'avait jamais rencontré le prince Charles. Mais elle était sous l'emprise de l'alcool, ce qui ne l'aidait pas à rester claire. En effet, elle avait dû boire une bouteille de vin toute seule et avec ses trois bons verres de cognac, son taux d'alcoolémie devait être assez haut. Mais elle tenait remarquablement bien et restait à peu près cohérente. Cela dit, ses divagations étaient un signe qu'elle n'était plus elle-même.

- Donc, le gosse tient du père, commenta Marge en claquant la langue sans cesser de regarder l'enfant qui contemplait maintenant l'écran, son assiette vide.

- Il l'a engrossée sans le savoir et elle l'a obligé à l'épouser. Ça ne m'étonnerait pas du tout.

- Tu en veux encore, Marge ? s'enquit Pétunia en se levant brusquement.

Seul Harry broncha face à ce mouvement mais s'il regarda un instant sa tante, il repartit dans le film qui passait. Un dessin animé passionnant pour eux, mais Marge ne voulait pas voir ça.

- Mets les informations, Vernon ! exigea-t-elle.

Quand tout le monde quitta la table pour s'avachir dans le confortable canapé du salon, Marge lâcha un rot sonore et s'empara de la télécommande. Pétunia fronça le nez mais ne dit rien et s'enferma dans sa cuisine pour tout nettoyer.

- Pétunia, laisse donc ! ordonna-t-elle en criant. Tu le feras plus tard ! Ou laisse le gosse s'en charger, ajouta-t-elle plus bas. Qu'il paie sa pitance.

Il était inconcevable, à ses yeux de voir cet enfant faire comme les honnêtes gens et non travailler comme il aurait dû.

Plus encore que les handicapés, Marge détestait les orphelins. Ils étaient les rebuts de la société, des parasites qu'il fallait entretenir dans des orphelinats jusqu'à ce qu'ils soient majeurs. Et ils ne payaient jamais tout l'argent déboursé pour eux par des citoyens honnêtes de la Couronne d'Angleterre. Ou alors ils venaient encombrer une famille et ne faisaient rien. Comme ce petit monstre qui ne ressemblait à rien.

- Je n'en ai pas pour longtemps, répondit Pétunia sans entendre la fin de la réplique assassine de Marge.

Elle avait l'habitude et un très bon lave-vaisselle. Malgré la montagne qui trônait dans son évier, la maîtresse des lieux et gardienne de sa cuisine, n'allait pas mettre longtemps avant de venir au bout de sa tâche.

Deux minutes plus tard, elle entendit un cri de douleur et des bruits de pas précipités qui venaient jusque dans son sanctuaire. L'instant d'après, Marge apparut, traînant dans son sillage un Harry plus que récalcitrant, les yeux embués de larmes.

- Tu pensais que rester dans le salon alors que tout le monde s'active passerait inaperçu ? Espèce de bon à rien ! cria la femme imposante en poussant l'enfant dans la cuisine.

Le petit garçon, emporté par la force de la tante Marge, se retrouva par terre et se roula en boule, une main sur le bras, le corps secoué de sanglots. Pétunia, elle regarda la scène, plus que surprise. Sa belle-sœur s'emportait assez vite, mais jamais elle ne l'avait vue lever la main sur une personne.

- Marge ?

- Il était devant la télévision, ce gamin dégoûtant, alors que tu trimes ici, toute seule !

La blonde au visage chevalin sentit la rage monter doucement. Là, il n'était plus question de paraître serviable et douce, alors que cette vieille rombière mal polie et vulgaire insultait sa famille. Marge venait de faire l'erreur de trop. Elle avait touché à son neveu et lui avait fait mal à en juger par son bras. Elle allait se rendre compte que se frotter à une Evans en colère n'était pas bon du tout.

Personne n'avait vu Pétunia hors d'elle, sauf Vernon à de très rares occasions – et l'homme refusait de retomber sur ce genre de scènes. Ce n'était pas un spectacle amusant.

Si Sirius avait été présent, il aurait affirmé voir Lily dans ses grands jours quand ils n'étaient encore qu'élèves à Poudlard et que James la poursuivait assidûment. Elle avait clairement fait comprendre au brun en Cinquième Année, et sans le moindre tact, qu'il était hors de question qu'elle sorte avec lui tant qu'il aurait cette tête immense et cet ego surdimensionné, parce que pour l'instant, il lui donnait envie de fuir, avec d'autres termes plus crus, mais le sens était le même. James avait eu du mal à digérer ce fait, mais avait cessé toute poursuite pendant un an. Au début de leur dernière année de lycée, quand il était revenu voir Lily et lui demander calmement, presque en rougissant, si elle voulait sortir avec lui, elle avait dit oui.

- Mettons les choses au point, Marge, commença Pétunia d'un ton doucereux qui n'augurait rien de bon.

Elle eut le plaisir de voir l'obèse frémir, n'ayant aucune idée de l'image qu'elle donnait avec son grand couteau à viande dans une main et son regard noir.

Pétunia venait de se rappeler qui elle était. Ce n'était pas une petite femme au foyer, soumise et effacée. Non, c'était une femme, une Evans, qui savait exactement ce qu'elle voulait et comment l'obtenir !

Il y avait une règle à laquelle personne ne devait déroger. Personne ! Et Marge venait de l'outrepasser.

- J'ai passé trop d'années à satisfaire tes quatre volontés, parce que tu es la sœur de mon mari, commença sa belle-sœur sans hausser le ton. J'ai tout accepté, ton chien que j'ai en horreur, tes décisions dans ma maison, les saletés que cet animal fait, tout ! Mais là, tu viens de franchir une limite. La seule qu'il ne fallait pas dépasser. Tu as touché à un de mes enfants et ça, je ne l'accepterai jamais ! Maintenant, tu vas récupérer ta valise et dégager de cette maison. Il est hors de question que je te revoie sous mon toit !

Marge la regarda, ahurie, de même que Vernon qui venait d'apparaître – sa sœur avait profité de son départ pour s'en prendre à Harry.

- Faut-il que je répète ?

La femme regarda son frère, dans l'espoir qu'il puisse intervenir. Mais Vernon, ayant repris ses esprits, la toisa froidement.

- Ta valise est là où tu l'as laissée, fit-il. Il y a un arrêt de bus à cent mètres d'ici. Le reste, tu te débrouilles.

Il avait parfaitement compris que si son épouse avait agi de la sorte, c'était que sa sœur était allée trop loin. Et en voyant Harry, toujours par terre, il avait cerné le problème dans son ensemble.

- Vernon ! aboya l'éleveuse en reprenant ses esprits, outrée d'un tel comportement à son égard.

Pétunia la toisa, posa son couteau et récupéra Harry qu'elle serra contre elle. L'enfant pleurait toujours et son bras gauche était étrange. Les deux épaules n'avaient pas la même forme, elles n'étaient pas symétriques.

- Vernon ? Il faut aller aux Urgences, fit la tante d'Harry tout en tentant de garder son calme. Je crois qu'il s'est cassé quelque chose. Dudley, mon chéri, dit-elle à son fils, lui aussi présent dans la cuisine – il avait suivi sa tante, terrifié qu'elle malmène son cousin – tu vas me chercher l'écharpe dans ma chambre ? Dans mon placard, la blanche.

L'enfant déguerpit en vitesse pour récupérer l'écharpe en question.

Pétunia, son neveu toujours calé dans ses bras, toisa sa belle-sœur, plantée dans la cuisine. Vernon, lui, ne laissa pas à Marge le temps de reprendre ses esprits, il l'attrapa par le bras et la traîna dans l'entrée. Il récupéra la valise abandonnée et la tendit résolument à la femme qui la prit d'un geste rageur en comprenant parfaitement qu'elle n'était plus la bienvenue sous ce toit et que, quoiqu'elle dise, son frère et son épouse ne l'écouteraient pas.

Quand la porte claqua dans son dos, Dudley réapparut, écharpe en main. Il n'était pas dans ses habitudes de le voir courir, mais quand c'était pour Harry, il pouvait filer à toute allure.

- Tiens Maman, fit-il en tendant le bout de tissu à sa mère qui s'empressa de le nouer autour du torse d'Harry afin de lui immobiliser le bras.

- On y va. Dudley, Papa et moi allons à l'hôpital avec Harry. Tu veux aller jouer avec Malcom ou Piers ?

- Non ! Je viens !

C'était son Ryry, il était hors de question qu'il reste loin de lui !

Dix minutes plus tard, ils déboulaient aux Urgences, Harry dans les bras de sa tante, le sien toujours immobilisé.

Ils durent patienter deux bonnes heures avant qu'un médecin ne daigne se montrer pour s'intéresser à eux. Finalement, après des radios, le verdict tomba. C'était une subluxation de l'épaule. Une fois celle-ci remise par le médecin, Harry allait devoir la garder immobile pendant quelques jours et devoir supporter des séances chez le kinésithérapeute.

Quand Sirius revint en Angleterre, une fois son dossier bouclé trois jours plus tard, il passa chez les Dursley – Pétunia l'avait appelé pour lui raconter – et parut soulagé de voir que son filleul adoré allait bien.

- C'est la dernière fois que Remus et moi partons en même temps, siffla-t-il, mécontent de ne pas avoir été présent pour Harry.

- Il va bien, Sirius, temporisa Pétunia. Ce devait arriver tôt ou tard. Ils se seraient bien rencontrés un jour.

- J'aurais préféré que ça n'arrive jamais !

- Arrête de te lamenter ou de tenter de refaire le monde, Sirius, répliqua Vernon, acide. Ça ne sert à rien ! Ce qui est fait est fait ! Harry va bien ! Personne ne pouvait prévoir que ma sœur irait jusque là, sinon je suis aussi à blâmer parce que je lui ai ouvert ma maison ! Alors tu te remets ou je me charge de le faire ! Marge ne reviendra pas ici ! Elle a touché à un de mes garçons, elle en paie les conséquences !

Devant le regard noir de l'homme, Sirius prit le parti de se taire. Si cette mégère n'était plus admise dans cette maison tant que l'enfant y serait, alors il n'avait plus rien à dire.

- Sirius, fit Pétunia, tu ne peux pas protéger Harry tout le temps. Tu es son parrain et nous, ses tuteurs. Il y a certaines choses que nous ne pouvons pas prévoir, que personne ne peut. Je comprends que tu veuilles qu'Harry aille bien, et c'est normal. Mais tu dois vivre aussi pour toi. Tu as vingt-six ans, trouve-toi une gentille fille que tu voudras épouser et fondez donc une famille. Harry ne t'en voudra pas si tu penses à toi.

- C'est le fils de mon meilleur-ami, de mon frère, Pétunia ! s'emporta Sirius.

Ne voulait-elle pas comprendre que s'il venait à arriver quelque chose de grave à Harry, il n'avait plus rien ?

- C'est le fils de ma sœur !

Elle aussi n'avait plus que cet enfant pour se raccrocher au souvenir de Lily.

- Je prendrai soin d'Harry autant que je le fais de Dudley. Je ne t'évince pas de sa vie, Sirius, ça n'est même pas envisageable. Mais je suis celle qui protégera cet enfant comme s'il était le mien. Comme l'a dit Vernon, ce qui est arrivé, est arrivé, personne ne pouvait le prévoir. Harry va bien, je pense que c'est tout ce qu'il faut se dire. Personne n'a été enlevé, personne n'est mort, Harry a juste eu son épaule endommagée. Il est jeune, ça va guérir.

Sirius hocha la tête. Mais, même malgré cela, il se dit qu'il aurait dû être présent. Le fils de James était aussi un peu son fils. C'était normal qu'il s'inquiète.

La discussion s'arrêta quand Harry entra dans la cuisine et se posa avec difficulté sur la chaise, à cause de son bras. La main de Sirius se perdit dans les mèches brunes en désordre et il sourit.

Pétunia avait raison, l'enfant allait bien et c'était tout ce qui comptait.

0o0

La rentrée à l'internat l'année des onze ans d'Harry ne fut pas des plus simples pour l'enfant. Il connaissait l'école pour y avoir passé tout son primaire mais il avait eu la possibilité de rentrer chez son oncle et sa tante tous les soirs et non seulement le week-end.

Les premiers jours furent assez durs pour l'orphelin. Heureusement pour lui, ses amis Amanda, Steve, Maddox et Colin étaient là, et il partageait sa chambre avec le dernier.

Ils étaient amis depuis leur rencontre en primaire. Les trois autres s'étaient greffés l'année suivante et étaient devenus inséparables, au grand désespoir des professeurs qui voyaient ces petits diables d'un mauvais œil. Les classes étaient uniques, on ne pouvait donc pas les séparer.

À la fin de la semaine, Harry s'était senti mieux. Il avait réussi à s'adapter aux horaires du lever et du coucher, plus tard que s'il était à Privet Drive, au travail scolaire en étude le soir, aux repas en collectivité, bref, à la vie en pensionnat.

Vernon et Pétunia n'avaient cessé de leur en parler à Dudley et lui durant toutes les vacances précédentes. Ils auraient chacun leur vie loin de la maison. Leur fils était à Smeltings, une école où le patriarche avait fait ses études et Harry, à Queenie Quigley.

Après un mois, il fut décidé qu'Harry ne reviendrait plus qu'un week-end sur deux, passant l'autre avec Sirius qui voulait profiter un peu de son filleul, si proche et si loin. Le garçon n'était pas contre, loin de là, et puis son parrain pouvait le faire entrer dans la sphère privée de certains cercles grâce à ses relations.

Courant octobre, Harry entra dans un club, le Weeston Park Polo Club, dirigé par Regulus Black, le frère de Sirius. Les Dursley étaient ravis de cette initiative, car ce sport était réputé et était un bon moyen de rencontrer du monde lors des tournois. Et ce club était sélect car assez prestigieux. La liste d'attente était importante. Si le brun avait réussi à y être inscrit, c'était à cause de son nom – le nom Potter était connu dans l'aristocratie, James et Harry étaient de sang noble – et du fait que son parrain était le frère de l'entraîneur.

Harry ne savait pas monter à cheval mais selon Regulus, qui tenait le club et un centre équestre également depuis qu'il avait quitté l'armée Britannique quelques années auparavant, ce n'était pas important. Ainsi, le garçon avait appris à tenir en selle tout en jouant comme débutant à ce sport qui se pratiquait avec un maillet et une balle.

Combiner équitation et polo ne fut pas facile, mais après un entraînement à raison d'une après-midi tous les quinze jours, le jeune Potter avait fini par s'en tirer.

L'année suivante, il jouait plutôt bien, lui permettant d'intégrer l'équipe officielle et de jouer quelques tournois comme remplaçant.

Sirius affirmait qu'il était aussi bon que son père. À l'aise à cheval et avec un maillet, il paraissait né là-dedans.

Harry était parfaitement au courant que James avait été un joueur de polo. C'était d'ailleurs en son hommage qu'il avait demandé à intégrer un club. Mais il était ravi de savoir qu'il était aussi doué que lui.

Pourtant, les débuts avaient été laborieux, à tel point qu'Harry avait émis plusieurs fois l'idée d'arrêter. Il se sentait responsable de la défaite de son équipe à plusieurs rencontres, jusqu'à ce que Regulus intervienne en lui administrant un coup de pied aux fesses pour lui remettre les idées en place.

Le brun s'était résigné et s'était accroché. Il avait fini par prendre le pli et s'était amélioré. Mais ça n'avait pas été des plus simples. En général, les oreilles et les yeux étaient sollicités. Chez Harry, seuls ses yeux fonctionnaient et cela l'obligeait à se concentrer davantage et à regarder partout.

À quatorze ans, Sirius lui avait offert son cheval. Balios, en référence à la mythologie(3). C'était un magnifique criollo argentin gris de sept ans. Il répondait parfaitement à son maître lors des rencontres et une certaine complicité était née entre eux. Harry passait son temps à le bichonner dès qu'il le pouvait.

Ce sport lui avait permis de faire des rencontres avec des personnalités. Les tournois drainaient les parents des rejetons qui jouaient. Il s'agissait en majorité des aristocrates avec de l'argent. Parfois, certains Lords se déplaçaient uniquement pour faire affaires ou pour le spectacle. Mais à chaque fois, Harry était obligé de les rencontrer ou d'aller leur parler. Sirius l'y poussait. C'était inévitable lorsqu'on s'appelait Potter, qu'on était le fils de James, le filleul de Sirius, que son parrain gravitait dans le cercle privé de l'aristocratie.

Sa rencontre la plus notable et sans doute la pire fut celle de Lucius Malefoy. L'homme était l'un des personnages les plus influents de la société britannique et il était aussi craint qu'il était adulé. C'était un noble avec beaucoup de prestance, de charisme et du charme. Il était beau mais lorsqu'il ouvrait la bouche, il donnait l'impression de rabaisser les gens. Harry avait fait sa connaissance à douze ans et ne l'avait plus revu, à son grand soulagement.

Il se rappelait parfaitement de ce jour où, à la fin de son premier match que son équipe avait lamentablement perdue, Sirius était venu le voir et l'avait emmené voir les invités. Ils étaient passés devant de nombreuses personnes dont Harry ne se souviendrait jamais.

Et puis était venu le tour de Lord Malefoy. Le petit brun s'était senti minuscule devant cet adulte qui l'avait toisé de ses yeux gris. La canne sculptée avec le pommeau en forme de tête de serpent ne l'avait pas rassuré le moins du monde. Mais si Harry avait été terrifié et avait rentré sa tête dans ses épaules, Sirius avait agi le plus naturellement du monde, jusqu'à ce qu'il lui présente son filleul.

Harry était capable de comprendre beaucoup de choses en lisant sur les lèvres, mais il n'était pas entendant et certaines syllabes lui passaient totalement par-dessus la tête. Il lui arrivait donc assez fréquemment de se tromper en répétant. Il fallait alors signer ou écrire. Mais c'était davantage lorsqu'il était fatigué.

Ce jour-là, l'orphelin avait été particulièrement épuisé après son passage. Il ne sentait plus ses jambes et l'adrénaline qui avait parcouru ses veines durant le match était retombée. Il suivait et ne prêtait que peu d'attention à ce qui était dit.

Manque de chance, il était tombé sur Malefoy et avait commis la faute. Sirius lui avait présenté le blond, mais Harry, peu concentré, avait à peine compris le nom articulé. Résultat, Lucius Malefoy était devenu Lucius Afroc. Et quand son parrain avait signé, le brun avait rougi de honte. Ça n'avait rien à voir. Il s'était bien évidemment excusé mais le mal était fait et l'homme l'avait regardé de façon tellement hargneuse qu'Harry avait préféré filer.

Depuis, il avait tendance à ne pas se montrer et à éviter toute rencontre mondaine.

Mais à seize ans, presque dix-sept, esquiver ces rencontres devenait plus difficile et moins excusable. Harry était un Lord et il avait des relations à entretenir, ne serait-ce que pour plus tard.

Depuis ses quinze ans, le jeune homme savait exactement ce qu'il voulait faire : monter sa propre entreprise. Il ne savait pas encore dans quel domaine, mais c'était un rêve. Il avait été décidé qu'il intégrerait une école de business avec Dudley qui voulait ouvrir son propre centre de sport. Ses futures relations seraient donc importantes pour son avenir, il fallait en prendre soin et pour cela, Harry devait les entretenir.

À la fin de son tour – il ne participait que deux fois durant tout le tournoi à cause de son handicap – Sirius l'attira et l'entraîna à sa suite. Le garçon n'eut pas son mot à dire dans cette histoire malgré son envie. Et Regulus ne ferait rien. Il estimait de rien devoir à personne et préférait s'occuper de ses chevaux.

À la grande horreur du petit brun, ils se dirigèrent vers Malefoy qui était accompagné d'une jolie blonde, sa femme sans doute.

Harry avait grandi, le Lord ne lui paraissait pas aussi grand que quelques années auparavant, mais il demeurait impressionnant.

Cependant, le jeune homme qu'était le fils Potter était déterminé à ne pas se laisser marcher sur les pieds par un aristocrate. En vu d'éviter toute autre situation gênante, Sirius l'avait presque éduqué pour qu'il soit apte à se montrer à l'aise partout. Ce ne fut pas facile mais Harry avait pris l'habitude de ne pas se laisser faire. De ne plus se laisser faire.

En réalité, si l'orphelin avait été poussé à répliquer et ne pas montrer sa gêne ou sa timidité, c'était à cause d'une rencontre quand il avait eu onze ans et quand les amis de Smeltings de Dudley étaient venus à Privet Drive. L'un d'eux avait insulté Harry qui n'avait rien dit et s'était contenté de rester là, blessé au possible. Ce garçon n'avait plus remis les pieds chez les Dursley mais le blond avait expliqué à son cousin qu'il devait se battre. Sirius avait renchéri et c'était là que les week-ends chez son parrain un samedi sur deux avaient débuté ainsi que les cours de polo.

Harry avait mis quelques années avant de pratiquer correctement « l'art de la mise en boîte » selon Regulus. Maintenant, il était capable de se montrer poli mais d'être également incisif dans ses propos.

Seulement, en faisant face à Malefoy, sa verve parut partir en vacances.

- Harry ? Tu te souviens de Lucius ?

Un regard gris le toisa, le mettant au défi de répondre. Étrangement, cela réveilla l'adolescent qui se mit une claque mentale. Le Lord blond ne devait pas lui faire peur.

- En effet. Lord Malefoy, je suis ravi de vous revoir, fit Harry en tendant sa main, le regard planté dans celui de son interlocuteur.

Un léger sourire éclaira un instant le visage de l'aristocrate avant de disparaître aussi vite qu'il était apparu.

- Moi de même, Monsieur Potter. Pas de fuite cette fois ?

Là, ce fut au tour d'Harry d'étirer les lèvres. Ce souvenir le gênait. D'accord, il s'était trompé joyeusement, mais il avait douze ou treize ans. Il était jeune et avait le droit à l'erreur, non ?

- Je ne vous ferai pas ce plaisir.

- Harry, l'interrompit Sirius en lui tapotant l'épaule, je te présente Narcissa Malefoy, l'épouse de Lucius et ma cousine, fit-il en désignant la femme tout en signant le prénom. Drago n'est pas venu ? demanda-t-il au couple.

La blonde secoua la tête.

- Il n'aime pas trop le polo, rétorqua-t-elle. Il est donc resté chez Severus pour travailler un peu.

Le visage de Sirius se tordit en une grimace à la mention de l'homme et Narcissa émit un rire. Harry fronça les sourcils. Severus n'était pas une personne qu'il connaissait, au contraire de son parrain qui n'avait pas l'air de l'apprécier. Et puis, qui était Drago ? Leur fils peut-être. Un petit aristocrate imbu de sa personne sans le moindre doute. Bref, un être que le brun n'avait pas envie de connaître.

Les deux hommes devisèrent quelques instants, parlant de certains clients, parfois, mais le jeune orphelin n'y prêta guère attention.

Harry savait que Sirius travaillait comme avocat dans l'entreprise de Malefoy. Le blond possédait une société des plus importantes. Basée à La City de Londres, elle était connue de tous puisqu'elle s'occupait de la construction de bâtiments publics, des routes, des autoroutes, des ponts... et le Lord en était le dirigeant.

Pour le brun, cet homme était donc très influent, mais il n'arrivait pas à comprendre pourquoi Sirius tenait tellement à ce qu'il le rencontre.

Une petite tape sur son épaule le détourna de la charmante fille en jupe droite et chemisier avec foulard autour du cou, qu'il était en train de regarder. Il se concentra sur Sirius qui voulait sans doute lui dire quelque chose. Mais son parrain se contenta de lui montrer Lucius.

- J'ai appris par votre parrain que vous comptiez intégrer la London School of Business and Finance (4) d'ici la fin de votre scolarité ?

- En effet, répondit aimablement Harry qui ne voyait absolument pas où l'homme voulait en venir.

- Que comptez-vous faire après ?

- Montrer ma propre société.

- C'est une bonne chose, affirma Lady Malefoy avec un sourire léger qui illumina son visage pâle parfaitement maquillé. Dans quel domaine ?

- Je l'ignore.

- Vous savez que votre parrain travaille pour moi, reprit Lucius.

Harry hocha la tête. Oui, il était au courant mais ne comprenait toujours pas.

- Si vous avez besoin d'un poste, même stagiaire ou à mi-temps, n'hésitez pas à me contacter.

L'adolescent le fixa, clignant bêtement des yeux. C'était une blague, n'est-ce pas ? Il avait mal entendu. Lucius Malefoy ne lui avait pas proposé de l'embaucher au sein de sa société, si ?

En voyant la petite carte tendue devant lui, il sut que si, c'était vrai.

Par politesse, Harry le remercia tout en récupérant le bout de carton avec simplement écrit le nom de son interlocuteur et son numéro de téléphone fixe dessus.

Il saurait plus tard que c'était non pas par charité ni bonté d'âme, mais parce que Lucius Malefoy, si Harry acceptait, pourrait lui demander de lui être redevable. C'est à dire de lui donner cinq ans de sa vie à travailler dans son entreprise. Beaucoup y voyaient là une excellente expérience, au début. Mais ils déchantaient rapidement en voyant que leur salaire n'était pas aussi élevé qu'il aurait dû être s'ils avaient été dans une autre boîte. Mais le contrat était signé et aucun ne pouvait vraiment se rebeller car Malefoy faisait exercer sur eux une forme de chantage : s'ils n'acceptaient pas, ils se retrouvaient à la rue, sans aucun moyen de retrouver un autre travail.

Pour l'instant, Harry ignorait tout de cela et Sirius, en voyant la carte changer de main, savait qu'il allait devoir mettre au courant son filleul. Lui-même aurait pu se faire avoir, mais il avait postulé dans l'entreprise de son cousin par alliance, celui-ci n'était pas venu le chercher. Son salaire était donc décent et Lucius ne pouvait rien contre lui.

Ils se séparèrent, Harry pas encore tout à fait certain de ce qu'il venait de se passer. Il venait de voir Lucius Malefoy, il n'avait pas fui malgré la pique de l'homme, il était encore en vie et le directeur de Corporoy lui avait fait comprendre qu'il était là en cas de problème.

Le garçon était encore jeune et naïf, mais il était certain que lorsqu'un grand ponte de l'économie britannique venait à tendre la main à un pauvre lycéen qui n'avait pas encore fini ses études, il y avait forcément quelque chose derrière.

Harry ne revit pas Lucius le mois suivant pendant le tournoi, mais seulement Narcissa avec qui il discuta. C'était une femme très intelligente, cultivée, belle et douce. Elle lui parla de son fils Drago qui avait le même âge que lui. En échange, le brun lui raconta un peu sa vie, répondant simplement aux questions qu'on lui posait, sans vraiment entrer dans les détails.

Au cours des semaines qui suivirent, Harry eut la surprise de voir Narcissa comme une maman, celle qu'il n'aurait jamais. La blonde avait quelques gestes tendres avec lui, notamment le serrer contre elle lorsqu'elle le voyait, l'embrasser sur le front ou lui caresser le bras. Et puis elle le poussait à se confier, à lui poser des questions.

Entre autre, grâce à elle, le jeune Potter avait découvert certaines choses sur son parrain et sur ses années d'école. Il avait fait la connaissance, sans les voir, d'autres personnes liées au passé de Sirius et même de son père.

Ainsi, Severus, qui était le parrain du fils de Narcissa, s'appelait en réalité Severus Rogue. Il venait aussi de Poudlard et était chercheur en biologie moléculaire. On lui devait plusieurs découvertes spectaculaires. Harry n'avait pas fait tout de suite le rapprochement, mais avait entendu parler de lui plusieurs fois aux informations, du moins avait-il vu son nom dans les sous-titres.

Il y avait aussi Albus Dumbledore, un vieux grigou fantasque, qui était le directeur de Poudlard. C'était un homme proche de la retraite, bon pied bon œil, qui avait traumatisé par ses tenues aux couleurs vives, des générations d'enfants.

Avec ces discussions, Harry avait l'impression d'être connecté à l'esprit de ses parents. Sirius lui avait parlé de Poudlard, de même que Remus, bien entendu, mais un autre son de cloche était toujours le bienvenu. Il en apprenait un peu plus également sur le château.

Il savait que s'il n'avait pas été sourd, Poudlard lui aurait ouvert ses portes. Sirius en avait même fait la demande, mais elle avait été refusée. Le vieux directeur avait argué qu'Harry serait mieux dans une institution adaptée, que le soumettre aux regards critiques et acerbes des enfants de son âge ne l'aurait pas aidé. Et Dumbledore avait eu raison. Il avait suffi de voir le garçon jouer avec les autres et être souvent perdu parce que les entendants oubliaient de le regarder en parlant.

Harry avait regretté de ne pas pouvoir aller à Poudlard, mais ça n'avait duré qu'un temps, jusqu'à ce qu'il rentre en primaire et qu'il se fasse des amis. Au final, la décision de Dumbledore avait été la bonne et l'enfant avait oublié sa peine.

Aujourd'hui, à seize ans, il était plutôt content de son parcours et savait parfaitement qu'il avait tout le temps avant de côtoyer ses camarades entendants quand il serait à la faculté.


(1) la lecture sur les lèvres est quelque chose de complexe. Parce que seul 30% du message est plus ou moins compris. Le reste, c'est la posture. Ici, dans cette fic, Harry comprend bien. Mais ce n'est pas aussi simple dans la réalité. Du moins, je le pense. Et Harry a, pour avoir entendu des sourds parler, un accent un peu guttural

(2) il s'agit bien évidemment d'une erreur de la part de Marge de croire que Lily n'était qu'un diminutif. Pour elle, Lily n'était pas un prénom.

(3) Balios est le fils de Zéphyr et Podarge

(4) La LSBF a été en réalité créée en 2003. Mais j'ai décidé d'avancer sa date à 1993 Vous ne m'en voudrez pas.

À suivre

Alors? Ça craint du boudin? Je dois me cacher ou je peux continuer?