Chapitre 2

Une porte qui claque, le bruit mat d'une canne qui résonne sur la moquette de son bureau, Cuddy ne prit même pas la peine de relever la tête de son dossier. Elle savait très bien qui venait de faire, à nouveau, une entrée fracassante dans son bureau.

- J'ai besoin d'un autographe ! , annonça House d'un ton enjoué en lançant un dossier sur son bureau.

- Peut-on savoir quelle opération complétement dénuée d'intérêt vous voulez que j'autorise ?, répliqua Cuddy en cachant son amusement derrière un air faussement exaspéré.

- Allez, un petit gribouilli et je sauve la vie de mon patient !

- House.. il est hors de question que je signe quoi que ce soit avant que vous ne m'ayez dit ce que vous voulez.

- Une biopsie, finit par dire House.

Cuddy arqua un sourcil amusé dans sa direction, jouant avec son stylo. Elle regarda House, se demandant pourquoi il venait toujours l'ennuyer avec ce genre de demande alors qu'il savait parfaitement qu'elle ne signerait pas. Ennuyer... ce n'était pas vraiment le cas d'ailleurs. S'était-elle jamais ennuyée en sa compagnie ? Cuddy dut s'avouer que non, lorsqu'elle croisa le regard bleu océan de son employé qui ne la lâchait pas du regard. Leurs joutes verbales habituelles laissèrent place à un silence qu'aucun deux ne voulait rompre. Et surtout perdre. Une bataille silencieuse venait de débuter. On aurait dit deux gosses jouant à qui le premier détournerait le regard. Si House pouvait parfois être d'une puérilité dépitante, Cuddy se prenait facilement à ce jeu qui n'avait jamais vraiment réussi à l'exaspérer. On ne résiste pas à un House qui a décidé de jouer...

- S'vouuuus plaîîîît, fit le Diagnosticien avec un air d'enfant battu.

- Si vous faîtes cette biopsie, House, je vous colle dix heures de consultations supplémentaires, finit par dire Cuddy en le menaçant de son stylo.

- Bouuuh, c'est que j'en aurais presque des frissons, souffla le Diagnosticien avec un air apeuré.

- Si vous n'avez rien d'autre de complétement inutile à demander, la porte est dans cette direction. Figurez-vous qu'il y en a qui travaillent dans cet hôpital !

- Figurez-vous qu'il y a une vilaine Doyenne qui empêche les gentils médecins de sauver les patients, répliqua House en faisant claquer sa canne sur le sol.

- Je ne me rappelle pas avoir jamais refusé quoi que ce soit à Wilson...

- Alors, ça c'était mesquin...

- Sortez de mon bureau House, dit Cuddy en essayant de se reconcentrer sur son dossier.

House ramassa le dossier qu'il avait emporté avec lui et ressortit de la pièce aussi vite qu'il y était entré. En trois secondes. Cuddy soupira en secouant la tête. Elle aurait dû être énervée, en vouloir à House de venir la déranger pour un bout de papier qu'elle ne signerait pas. La Doyenne avait suivi de loin le patient qu'elle avait confié à House et savait qu'une biopsie était complétement inutile. Et surtout bien trop dangereuse au vu de l'état de santé plus qu'instable du patient.


Il avait beau la traiter d'"administratrice", elle était encore capable de juger du bien fondé d'une opération. Et House jouait avec ça. Pourquoi était-il descendue dans son bureau déjà ? Le Diagnosticien grimaça lorsqu'il se rendit compte qu'il n'avait pas de réponse satisfaisante – de son point de vue – à fournir à son action. Et House savait parfaitement que Cuddy le savait aussi. Mais c'était un de leur rituel. Qu'était une journée au PPTH si le Docteur House ne débarquait pas comme une furie dans le bureau de la directrice ? C'était un peu comme ... comme ... House n'essaya même pas de filer la métaphore. Il se laissa retomber dans son fauteuil, laissant le dossier qu'il avait emporté avec lui jusqu'au rez-de-chaussée sur son bureau. Son regard croisa son tableau blanc et ne s'y arrêta que quelques secondes. Il avait faim et il était à peine 12h. Une bataille avec Cuddy avait l'avantage de lui ouvrir l'appétit ! Fidèle à son habitude et certain que le monde ne s'arrêterait pas de tourner s'il laissait son cas le temps d'aller manger, House attrapa sa canne et prit la direction du bureau de Wilson.

- Wiwi, on va manger, déclara House en ouvrant grand la porte.

- Bonjour House, oui très bien, j'ai passé une agréable soirée et je suis heureux de te voir, répliqua Wilson en relevant la tête.

- Depuis quand tu passes d'agréables soirées ?, demanda House en se penchant vers lui. T'étais où ?

L'oncologue secoua la tête pour écarter la question de son ami. Non, il ne lui répondrait pas. Il savait que House pouvait être chiant quand il voulait savoir quelque chose, mais Wilson n'était pas décidé à lui cracher le morceau aussi facilement. Mais il s'amusait d'avance de la réaction du médecin. Bien qu'il n'eut pas très faim, il décida de suivre le Diagnosticien jusqu'au réfectoire. House l'attendait déjà dans le couloir, sa canne tournoyant entre ses doigts de pianiste.

- Ça te dérangerait de choisir ton propre dessert ?, soupira Wilson en regardant House piocher dans son plateau.

- Les tiens sont meilleurs, assura House en faisant mine de fondre de plaisir.

- T'es pas croyable...

- Bon, alors, t'étais où hier soir ? Raconte !

- Toujours aussi doué pour changer de sujet à ce que je vois.

House fit une grimace amusée à Wilson, plutôt satisfait de lui-même. Il écouta Wilson lui raconter sa "soirée", mais s'ennuya rapidement. Décidément pas intéressante.

- Et c'est tout ?! T'es même pas drôle Jimmy, soupira House en lui piquant un morceau de pain.

- La curiosité est un vilain de défaut House, s'amusa Wilson avant de lui reprendre son pain des mains.

Le Diagnosticien était sur le point de répondre quelque chose quand son regard fut attiré vers l'entrée de la cafétéria. House fronça un peu les sourcils en voyant Cuddy. Que faisait-elle là ? Ce n'était ni l'heure... et puis d'abord elle ne mangeait jamais à la cafet'. Voyant House perdre tout intérêt pour leur conversation, Wilson tourna la tête vers Cuddy et reconnut la femme qui l'accompagnait. Ses yeux noisettes se reposèrent quasi immédiatement sur House, cherchant à lire les sentiments de son ami. Wilson pouvait se vanter de connaître House, peut-être mieux que personne, mais quand House voulait cacher quelque chose, il y arrivait avec une facilité déconcertante. Et là, l'oncologue ne put savoir ce que ressentait House. Le visage du Diagnosticien était fermé mais il ne lâchait pas des yeux les deux femmes.

C'était Cuddy qu'il avait vue en premier. Cuddy et son décolleté vertigineux. Cuddy et ses talons aiguilles, sa jupe noir mais diablement sexy. Et puis il y avait eu elle. Que faisait-elle ici ? Tout d'un coup, ce n'est plus la présence de la Doyenne qui intriguait House, mais la présence de Stacy. Parce que c'était elle évidemment. Qui d'autre ? Peu de personne arrivait à déconcerter autant le Diagnosticien. Jugeant qu'il les avait bien trop regardées, House reprit sa place habituelle, croisant le regard noisette de son ami.

- Qu'est ce qui t'arrive Jimmy ? On dirait que t'as vu un alien ? Je sais que Cuddy fait de l'effet à tout le monde mais quand même !

- House...

- House... ?

- Laisse tomber, finit par dire Wilson, interrompue par la sonnerie de son téléphone.

- L'oncologue se leva, abandonna son plateau à House et s'empara de son téléphone. Il allait décrocher quand il se tourna vers son ami.

- Et ne joue pas au con, lâcha t-il en s'éloignant.


House le regarda à peine partir, son regard océan fixant le plateau de Wilson. Jouer au con ? Comme s'il avait l'habitude de jouer au .. Okay, mauvais exemple. Et depuis quand il réfléchissait à ce genre de chose d'abord ? Qu'est ce qu'il en avait à faire de Stacy ? Elle avait bien le droit de venir au PPTH, discuter avec Cuddy, manger dans la même cafétéria que lui, qu'elle, enfin que tout le monde ! ... House grimaça et laissa son dos retomber sur le dossier du fauteuil. Il laissa sa main droite glisser le long de sa cuisse, massant distraitement sa jambe, soulageant du mieux qu'il pouvait les légers tiraillements qu'il ressentait depuis quelques minutes. Absolument rien à voir avec la présence des deux femmes non loin de lui. Absolument aucun rapport. Envisager une telle possibilité c'était ... être Wilson.. Wilson et tout son blabla psychologique. Et House n'en avait cure. Il avait mal. C'est tout ce qu'il avait besoin de savoir. Mais que devait-il faire maintenant ? Les paroles de l'oncologue lui revinrent en mémoire. Ne pas jouer au con, voilà ce qu'il devait faire. House secoua la tête dépitée. Il n'allait quand même pas suivre les conseils de Wilson.. manquerait plus que ça. De tout manière, il avait un patient à traiter...

House se ramassa du mieux qu'il put, attrapa sa canne et goba une Vicodin. Il s'apprêtait à quitter la cafétéria quand une voix qu'il connaissait que trop bien le retint. Ses lèvres se retroussèrent en un rictus indéchiffrable et le Diagnosticien se retourna dans la direction de cette " voix". Il croisa, forcément, le regard de Stacy qui s'était retournée quand elle l'avait vu quitter son siège.

Cuddy regarda House approcher d'elles de sa démarche boitante. La Doyenne savait que House n'était pas au courant de la venue de Stacy sur Princeton, et donc qu'elle dormait chez elle le temps de son passage. Les choses allaient sûrement se compliquer un peu... Cuddy crut à moitié halluciner quand elle détailla House du regard - qui a dit qu'elle n'avait pas le droit de le faire ... règle numéro 1 ... ah oui ... faut des exceptions à la règle non ?... Cuddy rêvait ou il avait l'air .. gêné ? House gêné ? En voilà une idée. Il devait simplement réfléchir à une de ses fameuses pirouettes pour échapper à cette discussion qui se faisait de plus en plus inévitable.

- Salut Stacy.

- Bonjour Greg, répondit l'avocate en levant les yeux sur House.


TBC ...