Les Sœurs de Thern
2 - Retrouvailles
Disclaimers : On pourrait croire que cet univers m'appartient, mais il est la propriété de l'éditeur de jeux vidéos Blizzard.
Avant propos : Cette fiction est un journal de la vie de Kylara de Thern, guerrière que j'incarne sur le serveur « La Croisade Ecarlate » Vous n'avez pas besoin de connaître World of Warcraft. Juste de lire. Tout est expliqué dans ce récit.
D'autres réprouvés s'étaient levés avant moi, et d'autre le feraient sans doute après. Le temps de m'harnacher et de retrouver une démarche un tant soit peu régulière – bien qu'extrêmement voûtée – je pris le temps de lever les yeux et de regarder autour de moi avant de quitter mon cercueil. Là bas, un homme réprouvé, comme tous les humanoïdes communicatifs que j'allais rencontrer, se tenait debout et discutait avec mon veilleur en regardant le registre des derniers éveillés.
Je m'approchai et le saluai avec respect. Je tentai même de m'incliner, et fut rattrapée in extremis par l'homme. Il se présenta comme cherchant de nouveaux compagnons, mais je n'étais pas prête encore pour le rejoindre. Je souris, dévoilant un peu plus de mes dents que les trous de mes joues, et acquiesçai. J'avais de toute façon un parcours initiatique à réaliser et mes sœurs à retrouver avant de penser à ce que j'allais réellement faire pour la Horde. Je me souviendrai cependant de ton nom Wallach, le jour où devenue plus expérimentée, nos chemins se croiseraient à nouveau sur les champs de bataille.
Ma petite épée à la main, mon bouclier sur l'épaule, traînant un peu la patte et tentant sans cesse de me redresser, je quittai enfin le caveau.
Là dehors, m'attendait un autre réprouvé. Il distribuait des ordres de mission à tous les jeunes éveillés, et ne manqua pas de m'attribuer mes premières tâches.
« Jeune guerrière, il y'a autour du glas, des squelettes, morts décharnés, chauves-souris et autres créatures qui pullulent et menacent les morts qui reposent encore au caveau. Participez à leur extermination et prouvez que vous saurez maîtriser votre nouvelle forme. »
Un défi, dès les premiers pas à l'air libre, mais pas forcément frais. Une atmosphère sombre et brumeuse régnait sur le glas, de quoi vous saisir jusqu'aux os. Mais étonnamment, je n'en souffris point, ou du moins n'en eu-je pas conscience. Ce corps rouillé et pesant m'énervait plus que ces considérations finalement triviales. Il me fallait de l'exercice !
Je m'aperçus rapidement que la tâche attribuée était à notre niveau. Les créatures étaient plus dérangeantes qu'agressives et ce fut avec une joie certaine que je m'adonnais à frapper et pourfendre les chauves-souris et autres squelettes mal réveiller. Ils n'étaient pas agressifs, moi si. Du coup je pus à mesure que je retrouvais les sensations de mon corps, choisir l'ennemi qui me semblait le plus vif et fort.
Je chargeai sur un être particulièrement gros dont l'épouse m'avait demandé de prendre la tête, quand ma proie me fut dérobée par un diablotin. De rage, je voulus me précipiter sur le démon. Je n'eu pas le temps de porter mon premier coup que déjà son maître se précipitait sur moi. Son épée dans une main, la magie brûlant l'autre, elle me frappa de toute sa force. Sa haine irradiait et faisait briller sous son masque deux orbites vides et pourtant flamboyantes.
« Arrière ! » m'écriai-je, « je ne suis pas votre ennemi ! Je suis également envoyée prendre la tête de … »
Mais trop tard, la malédiction était lancée, et les premiers tirs du démon me touchèrent. J'appris donc que si je n'étais plus sensible en surface, mon cerveau lui n'encaissait pas forcément bien tous les coups que je prenais. Les flammes du diablotin particulièrement attaquaient ma chaire, et une odeur de viande grillée devait sûrement se répandre autour de moi. Et plus j'avais mal, plus ma rage augmentait et plus je pouvais porter de coups dévastateurs.
Le démon fini par tomber sous mes frappes répétées, mais le vertige terrible que j'éprouvais me fit douter que je puisse continuer à combattre. La démoniste avait reculé à la mort de son serviteur. Un moment de répit, peut-être pourrai-je récupérer assez pour lever à nouveau ma lame. Quand elle se redressa d'un bon, et se mit à me traiter de tous les noms dans une langue que je connaissais bien.
Thernais : Monstre ! Tu as tué mon compagnon ! Vous êtes tous les mêmes à tuer sans vous poser de questions. Meurs Monstre !
A nouveau ses yeux étincelèrent, et tout autour d'elle des flammes l'auréolèrent d'une puissance destructrice. J'aurais du avoir peur. J'aurais du fuir. Mais je ne pouvais voir qu'une chose. Sous ces deux lanières de cuir qui tenaient visage en place, sous ces accès de folie furieuse, se cachait ma sœur assassinée avant même que je ne meure moi-même de maladie. Son coup allait m'emporter à nouveau vers la mort, et cette fois, je n'en reviendrai pas vu la puissance de son attaque. Et pourtant je ne reculai pas. Pas alors qu'elle était enfin là, devant moi !
Aussi, manquant de faire tomber mon bras sous le poids du bouclier et l'assaut de ma sœur, je bloquai son attaque. Sous l'effet du choc, nous fûmes toutes deux projetées en arrière, et mon épée vola auprès du cadavre du diablotin. Elle secoua la tête, avisa ma position et toutes griffes sorties, animée par la force du désespoir elle se jeta à nouveau sur moi. J'avais toujours été la plus résistante de nous tous, et une fois encore je le prouvais, jetant avec force mon bouclier et assommant la furie. L'aura de flammes se dissipa à l'instant où elle perdit connaissance, et je tombai assise, épuisée à coté de l'inconsciente.
Ma grande sœur… Tu étais morte assassinée sur la route de Lordaeron. Et je t'y retrouve, démoniste réprouvée. Qu'as-tu fait toutes ces années où nous t'avons cru perdue ? Te souviens-tu seulement de ce que tu fus avant de te réveiller ?
J'avais du frapper bien fort, et espérai ne pas lui avoir fendu le crane avec mon bouclier. Les flammes qui avaient attaqué ma chaire s'étaient éteintes alors que la pluie tombait sur le Glas. Il persistait une odeur de cochon grillé que je dus à grand regret attribuer à mes cheveux. Ils avaient brûlés sur une telle longueur qu'ils tombaient en poussière sur mon armure de maille. Je dus donc me résoudre à les sacrifier et les tranchai le plus court possible avec mon épée. Au fond, je retrouvais l'apparence militaire dont mon sommeil mortuaire avait tenté de me priver.
L'averse passa, et ma sœur ne se réveillait toujours pas. J'attendis patiemment, car parfois sa cage thoracique se soulevait. Il y'avait donc un cerveau à alimenter en oxygène dans cette caboche pourrissante. J'écartai vite fait les images qui me vinrent à ces pensées. La mienne ne devait pas être plus jolie de l'intérieur. Un semblant de lumière transperça la brume ambiante, à peine de quoi réchauffer mon corps définitivement froid, assez pour perturber le sommeil de l'endormie qui ouvrit les yeux. Elle se redressa lentement, s'appuyant sur un bras, l'autre forçant une jambe à se redresser. Elle devait avoir un problème de fixation de l'un de ses genoux.
Thernais : Comment te sens-tu ? lui demandai-je dans le dialecte de notre région.
Thernais : J'ai encore fait une crise ?
Je hochai la tête. Elle m'expliquerait en son temps, mais peut-être effectivement avait elle été transformée en profondeur par sa non-mortalité.
Thernais : Je suis désolée pour ton démon.
Thernais : Bah c'est ma faute. Je devrais taper la première, je suis plus résistante que lui. Lui il fait mal, mais s'évanouit en deux coups. Disant cela, elle sauta sur pieds et je vis qu'effectivement son genou gauche la tracassait. Cela ne l'empêcha pourtant pas de dessiner vite fait le cercle d'invocation et de rappeler le diablotin à ses cotés.
Thernais : Es-tu éveillée depuis longtemps ? demandai-je tout en me relevant également.
Thernais : Un certain temps. Mais j'ai du mal à mesurer celui-ci entre mes crises de folie.
Thernais : Tu veux parler de tes crises d'idioties ?
Thernais : Aussi…
Silence… Où était donc passée ma grande sœur ? Celle qui veillait sur nous ? Celle qui faisait l'idiote pour adoucir l'éducation de Père ? Celle qui n'en faisait qu'à sa tête et ouvrit la voie dans laquelle je m'engouffrai pour échapper à l'éducation traditionaliste de Thern ? Est-ce que le sommeil mortuaire avait tout emporté avec lui ?
Thernais : Au fait, c'est quoi ton nouveau nom ?
Elle hésita avant de répondre, fronçant les sourcils comme cherchant ce qu'il pouvait être, et ce qu'avait pu être l'ancien. Le démon à ses cotés sentit son trouble et s'agita. Elle finit cependant par répondre.
Thernais : Adley. C'est comme ça que l'on m'appelle à présent.
Thernais : Bien bien. Moi c'est Kylara.
Thernais : Ara… Ara… Elle fit rouler plusieurs fois mon nom sur sa langue, comme retrouvant le goût d'une douceur oubliée.
Thernais : Pas d'Ara à tout bout de champ ou alors tu peux te carrer du Adley là où je pense ! m'énervai-je. Si elle commençait à me donner du Ara, je ne pourrais jamais me faire connaître sous mon nouveau nom. Elle éclata de rire.
Thernais : J'aime bien. Tu reprends la voie des armes ?
Thernais : Je n'en ai jamais connue d'autre, et la finesse des voleurs n'a jamais été pour moi. Je préfère foncer dans le tas. Je souris, et elle éclata à nouveau de rire.
Thernais : T'as pas été ratée par la décomposition. On peut maintenant dire sans mentir que quand tu souris, on voit toutes tes dents !
La garce !
Thernais : Peut-être qu'on voit toutes mes dents, mais au moins, je n'ai pas besoin de cacher derrière un masque ma tronche décomposée.
Thernais : Touché !
Nouveau rire. Qu'il était bon de la retrouver.
Thernais : Bon que faisons nous ? demanda-t-elle soudain, à nouveau grave.
Thernais : Et bien… j'ai la tête de ce cadavre à ramener à l'exécuteur du Glas. Toi aussi manifestement. Et puis… J'ai cru lire sur le livre des Reprouvés que notre cadette était en phase d'éveil.
Thernais : Tu parles de la magicienne ?
Thernais : Oui. Tu l'aimais bien autrefois.
Thernais : Oui, les deux pyromanes de la famille. Nouveau rire. Allons donc la réveiller. Je n'ai pas trop envie de m'attarder ici plus que possible.
Son regard se perdit dans le vague. Nous ne devions pas être loin de l'endroit où elle avait péri dans l'embuscade organisée par Père…
Nous reprîmes donc le chemin du Glas et de l'ossuaire. Après force négociations et menaces de nos divers talents, le scribe nous laissa descendre dans le mausolée. Ils apprendraient à craindre les sœurs de Thern.
En bas nous attendait notre petite sœur. La dernière de la famille, la plus puissante également. Elle était jolie avec son teint blanc, et ses cheveux bleus clairs qui encadraient son visage. On aurait dit une poupée de cire. Je me surpris à m'arrêter sur le pas de la chambre mortuaire pour l'observer dans son sommeil.
Thernais : Rahlalalala, mais réveille toi donc paresseuse, on n'a pas que ça à faire, attendre que la belle au bois d'Elwind se réveille ! La destruction n'attend pas !
Et paf, Adley la giffla. Elle sursauta, et retomba sur sa couche. Le rouge colora sa joue à l'endroit où Adley avait frappé, prouvant que du sang s'était remis à circuler. Elle leva à nouveau la main mais je m'interposai.
Thernais : ça suffit comme ça, tu vas lui arracher le crane avec tes baffes !
Thernais : Elle fait semblant, regarde là se marrer ! Le Diablotin à l'attaque.
orc : Occupes en toi toi même, nullos !
orc : Nan mais tu vas m'obéir ou je te livre à Varimathras fouréau gnome sur un plateau !
orc : Ok ok mais c'est la dernière fois.
Et avant que j'ai pu esquisser un geste, le démon avait décoché un tir de flamme que notre petite sœur évita d'un saut précipité. Le tir alluma tout de même le linceul qu'elle portait, la faisant sauter en tous sens, se débattant et criant qu'on éteigne le feu avant qu'elle ne grille. Ceci fait avec une gracieuse chute dans une flaque d'eau croupie, elle se releva et hurla.
Thernais : C'était bien la peine que je vous attende ! Tout ce temps pour se faire réveiller par un jet de flamme ! Et si j'avais vraiment dormi ? Et si ton diablotin m'avait touché et non pas ma robe ? Et si…
Thernais : Moi aussi je t'aime. Allez vient ! Déclara Adley, la saisissant par la main. Nous avons un nouveau monde à découvrir et l'éternité ne sera pas assez longue pour ça !
Bas-parler : Attendez, elle n'est pas enregistrée. Elle ne peut pas partir ! Cria le scribe, mais Adley avait déjà dévalé la pente vers l'église du glas et les premières missions que la petite devrait accomplir.
Bas-parler : Elle est mage de naissance. Lui répondis-je, traînant un peu derrière mes deux fofolles.
Bas-parler : Ah vous la connaissez ? Très bien, et son nom ?
Bas-parler : Son surnom était Azur quand nous étions enfant.
Bas-parler : Je suis navré mais il existe déjà un réprouvé de ce nom.
Bas-parler : Azureanne ? demandai-je mêlant le surnom à son prénom comme je l'avais fait pour moi.
Bas-parler : Non désolé, il existe déjà un Azurean, Mage.
Grrrr il me cherchait ou quoi ? Et les deux folles qui ne m'attendaient pas…
Bas-parler : Bon alors Azury et on n'en parle plus !! criai-je.
Il feuilleta son livre, passant de temps à autre un regard au dessus de la couverture vers moi qui m'impatientai, et commençai à dessiner de dangereux symboles dans la poussière de la crypte.
Bas-parler : Personne n'est enregistré à ce nom.
Bas-parler : Alors c'est comme ça et on n'en parle plus.
Je ne lui laissai pas le temps de me répondre. Les cris de paniques d'Azury accompagnés des rires démentiels d'Adley peuplaient le calme village du Glas de notre vitalité retrouvée. Il allait falloir que je les prenne en main mes deux sorcières.
Il n'y avait pas à dire. J'étais déjà heureuse de m'être réveillée pour reprendre les armes contre le fléau. Mais de reprendre le combat, en sachant que mes sœurs étaient de nouveau à mes cotés, laissait place à de grande perspectives pour notre avenir de réprouvées. Serait-ce bon pour la Horde ? hum… L'avenir nous le dira !
Notes de l'Auteur : A suivre, Sylvanas Coursevent. Merci pour le petit mot :)
Angharrad – Décembre 2006
