Note : La deuxième partie est la plus longue des trois, avec plus saletés de la part de Joffrey et, aussi, plus de Sandor. J'espère que ça vous plaira. Bonne lecture !
Milouz : Contente que la première partie t'ait plu. Dans cette partie, Sandor est plus présent, ça devrait te ravir. C'est bizarre, que tu aimes autant, si Sandor est ton personnage préféré. Lui et moi ne sommes vraiment pas copains et cela se voit, il ne correspond pas au personnage des romans/de la série. Merci en tout cas, ta review m'a fait plaisir ! J'espère que la suite te plaira ! :)
II. Découvrir la Bête.
7. résolution
Ils avaient pris l'habitue de se voir tous les week-ends et de passer leur samedi après-midi ensemble. Il venait toujours la chercher – du moins, Sandor le conduisait jusque chez elle. C'était un peu différent cette fois-ci. Joffrey lui avait demandé à ce qu'elle le rejoigne en ville, le soir.
Il lui avait presque raccroché au nez lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi il était de si mauvaise humeur. Sansa lui avait simplement dit qu'ils pouvaient repousser leur rendez-vous si ça l'arrangeait. Il avait rétorqué que si elle n'avait pas envie de le voir, elle n'avait qu'à le dire. Il ne voulait pas perdre son temps avec quelqu'un qui n'en valait pas la peine.
La remarque ne l'avait même pas fait renifler, à peine soupirer. C'était devenu fréquent. Joffrey ne prenait plus ses gants avec elle et la considérait comme il avait toujours considéré le monde autour de lui – inférieur. C'était même pire parfois. Elle essuyait les critiques sans rien dire et se contentait d'acquiescer.
Elle s'était excusée – de quoi au juste, elle ne savait pas exactement, mais elle l'avait fait – et il s'était calmé. Ils se verraient dans la soirée. Ils dîneraient ensemble et iraient voir un film. Sansa était prête à parier que Sandor serait avec eux. Parfois, c'était presque une consolation. Ils partageaient docilement leurs souffrances.
Elle irait néanmoins, comme à chaque fois.
Robb avait accepté de la conduire en ville. Ils y rejoindraient Theon, comme son frère le faisait presque toujours durant son temps libre. Ils boiraient un verre à la terrasse d'un café et feraient sans doute un tour dans l'appartement de Theon. Robb y passerait la soirée – peut-être même la nuit –, mais Sansa espérait ne pas trop s'y attarder. Elle appréciait sincèrement Theon – qu'elle se souvenait avoir toujours connu comme le meilleur ami de son frère. Elle se sentait seulement mal à l'aise chez lui. Elle n'était pas à sa place. Elle était de trop.
Sansa traîna pour siroter son thé glacé tandis que Theon en était déjà à sa deuxième pinte. Elle le voyait s'impatienter sur son siège, pressé de rentrer chez lui. Elle connaissait les soirées chez Theon Greyjoy. Il faisait hurler ses enceintes d'une tripotée de groupes rock et allumait sa console de jeux. Il sortait quelques canettes et des joints, avec Robb pour le reprendre quand celui-ci estimait qu'il en abusait. Parfois, un de leurs amis les rejoignaient, mais généralement ils restaient seuls, à plaisanter sur leur journée, à discuter de leurs projets. C'était leur truc – pas celui de Sansa. Elle serait oubliée, une fois passée la porte de l'appartement de Theon.
« Il faut qu'on t'y amène ? demanda Robb. Ou il vient te chercher ?
- Pour la centième fois, il faut que tu m'amènes.
- Je peux le faire, si ça te fait chier, Robb, proposa Theon. On n'en aura pas pour longtemps et puis tu en profiteras, en attendant, pour cuisiner un truc.
- Avec les deux pintes que tu viens de t'envoyer ? Pas question que je te laisse conduire ma sœur quelque part. Pas question que je te laisse conduire tout court.
- Ce n'est pas comme si je ne le faisais jamais. C'est bon …
- Theon, s'il te plaît. Je t'amènerai, Sansa. Il t'y attendra ?
- Sans doute. Il ne m'a pas encore écrit. »
C'était vrai. Joffrey était resté muet toute la journée. Seule Jeyne lui écrivait – Jeyne avec qui elle avait conversé toute l'après-midi – et Sandor. Il lui avait envoyé un unique texto quelques heures plus tôt. Il s'excusait, qu'il avait fait tout son possible, mais que Joffrey avait insisté pour qu'il soit présent. Ça ne l'avait étonnée outre-mesure. Elle comprenait et n'en voulait plus à Sandor quand il était présent. Elle tolérait plutôt bien sa présence.
Le rendez-vous aurait lieu dans une pizzeria de la ville où Joffrey avait réservé une table. Theon les suivit quand Robb l'amena. Il lui avait laissé la place à l'avant et Robb se mit à ronchonner quand il alluma une cigarette.
« Pas dans la voiture ! réprimanda Robb en fusillant Theon du regard à l'arrière.
- C'est bon, c'est qu'une cigarette. Je fume jamais dans ta voiture.
- Tu pouvais pas attendre qu'on soit dehors ou qu'on aille chez toi ? »
Theon ne répondit pas. Il ne murmura qu'un « faut toujours que tu râles pour tout ». Le père de Joffrey faisait les mêmes réflexions à son épouse.
Quand ils s'arrêtèrent devant la vitrine du restaurant, Robb lui lança un regard inquiet.
« Tu veux qu'on attende qu'il arrive ?
- Ça ira. Il ne devrait pas tarder. Il est souvent en retard, tu le sais bien.
- Tu es sûre ? On peut rester, si tu veux. Eh Robb, on peut même manger ici, si ça te dit.
- Je ne vais certainement pas manger dans le même restaurant que celui où ma sœur a un rendez-vous. Alors, on n'attend pas ? demanda à nouveau son frère en se tournant vers elle.
- Ça ira, vraiment. »
Elle descendit de la voiture et entra dans le restaurant. Elle se présenta et on lui montra une table de quatre où elle s'installa. Elle était seule. On lui proposa de prendre un premier verre en attendant ses amis.
Elle patienta, plus d'un quart d'heure, sans voir personne arriver. Entre-temps, elle avait pu envoyer un message à Joffrey et tenter de l'appeler. Elle voyait les regards des autres clients se tourner vers elle et chuchoter. Elle eut brusquement l'impression d'être jugée. Elle n'avait qu'une envie, se faire toute petite et se cacher.
En dernier recours, elle décida d'écrire un message à Sandor. Quelques secondes plus tard, à peine, il lui répondait un « j'arrive ».
Elle se crispa sur son siège. Sandor arrivait, mais Joffrey serait-il là ?
Elle eut la réponse quelques minutes plus tard lorsqu'elle aperçut la haute silhouette de Sandor traverser la porte d'entrée avec son habituel blouson de cuir et ses sinistres cheveux châtains qui couvraient la moitié de son visage. Joffrey n'était pas avec lui.
Il s'arrêta devant Sansa, sans s'asseoir. Il n'avait pas l'intention de dîner ici. Joffrey ne viendrait pas.
Elle se sentit humiliée avant même de connaître la raison de l'absence de Joffrey qui n'avait même pas trouvé bon de l'avertir et qui avait préféré la faire poireauter de longues minutes sur leur lieu de rendez-vous.
Elle le haït brusquement, plus encore que toutes les fois précédentes. Son humiliation était publique cette fois-ci. Il montrait au monde entier à quel point elle était inutile, même pas digne de lui.
« Désolé de t'avoir fait attendre, s'excuser Sandor, sans vraiment la regarder. Il m'a laissé attendre dans la voiture et a changé de plan à la dernière minute.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle.
- Je te ramène. »
Il avait pris soin de ne pas parler trop fort, pour que leur conversation reste la plus confidentielle possible. Il avait pris soin de ne pas l'humilier plus qu'elle ne l'était déjà.
C'était déjà ça.
Mais la décision de Sansa était déjà toute prise.
« Non, dit-elle.
- Comment ça, non ? Il viendra pas.
- Mais tu es venu, toi. Tu avais prévu de manger avec nous. Joffrey n'est pas là, tant pis pour lui. Tu mangeras avec moi. »
Elle prenait de gros risques en parlant ainsi à Sandor. Il pouvait se braquer et le prendre mal, finir par se moquer d'elle et la traîner de force dehors.
Il se contenta de ricaner.
« Joue pas les princesses, j'ai pas envie de te supplier.
- Je ne joue pas les princesses, mais je ne vois pas pourquoi je changerais mes plans parce que Joffrey a décidé de changer les siens à la dernière minute. J'avais de toute façon prévu de manger avec toi, non ? Qu'est-ce que ça change que Joffrey soit là ? »
C'était stupide de lui dire ça. Ça changeait tout.
Ils se parlaient à peine et Sansa ne l'acceptait que depuis peu – Sandor n'était pas crétin et l'avait très bien compris. Ils n'étaient pas amis, à peine des connaissances.
Il s'assit pourtant, bien qu'en soupirant, et retira son blouson. Il portait une chemise noire sous sa veste.
Un serveur apporta une carte supplémentaire et retira le couvert en trop. Sandor commanda une bière.
Le début du repas se passa en silence, personne n'osant dire un mot. Ils étaient des étrangers l'un pour l'autre et Sandor n'avait jamais été quelqu'un de particulièrement bavard.
Il se lança le premier pourtant :
« T'avais peur de voir la réaction de tes parents, si je te ramenais maintenant ? »
Elle y avait pensé – l'humiliation aurait été double –, mais ce n'était pas ce qui l'avait motivée.
« Je te l'ai dit, je refuse de changer mes projets à cause de Joffrey, répondit-elle.
- Arrête ton char …
- Il ne m'a pas écrit, tu sais ? »
Elle le coupa et planta un regard incisif dans ses yeux.
« Je sais, cracha-t-il finalement, avec dans ses paroles un goût de culpabilité.
- Il ne m'avait jamais humiliée publiquement auparavant. »
Elle repensa à cette fois, dans la boîte de nuit. Ça l'avait blessée, elle avait détesté ce qu'il lui avait fait, mais elle ne l'avait pas haï, lui.
« Du moins, pas comme ça.
- Je lui ai demandé de te prévenir. Il m'a répondu que c'était pas mes affaires et que si ça me chantait j'avais qu'à aller au rendez-vous à sa place.
- Comme quoi, Joffrey et moi sommes parfois sur la même longueur d'ondes. »
Sandor ricana amèrement.
« Quand il s'agit de mauvaises idées, peut-être. »
Ils discutèrent un peu, principalement de Joffrey. Après le repas, Sandor paya l'addition et il sortirent.
Sansa voulait toujours voir son film au cinéma, la séance étant toujours disponible. Sandor protesta.
« Tu veux quand même pas qu'on te voit toute seule avec moi ? lui dit-il.
- Ça m'est égal. J'avais prévu de voir un film, je verrai un film.
- J'ai pas envie d'avoir des problèmes. Y en a bien un ou deux qui vont te croire retenue de force.
- Comme si une petite bagarre t'avait déjà dérangé. »
Ils virent un film. Le dernier titre d'une importante franchise. Sansa ne put dire exactement si Sandor avait apprécié. Il lui confia, quand ils quittèrent la salle, qu'il n'était pas particulièrement intéressé par le cinéma.
Il la raccompagna chez elle à la fin de la soirée.
Pour le remercier, avant de se coucher, elle lui écrit. Sa soirée ne s'était pas si mal déroulée.
8. ignorer le problème
Joffrey s'était fait pardonner son erreur quelques jours plus tard. Il était venu chez elle – sans Sandor cette fois-ci – et ils avaient marché dehors. Il s'était expliqué – il avait un travail vraiment important à rendre pour le lendemain, des révisions à faire en mathématiques qu'il ne devait pas manquer. Après quoi, il lui avait tendu une petite boîte. Joffrey avait noué un petit pendentif en forme de cœur autour de son cou.
Durant les semaines qui suivirent, Sansa en aurait presque oublié qu'un jour Joffrey avait pu l'humilier, l'insulter – la frapper même. Ils s'étaient promenés seuls au parc, étaient partis faire un tour en bateau sur le lac et étaient même restés tard le soir ensemble. Il était redevenu celui qu'elle avait connu au début et c'était comme si rien n'avait jamais changé.
Sansa s'en était réjouie. Peut-être qu'après tout sa relation avec Joffrey n'était pas vouée à l'échec.
Quand il lui avait proposé de l'accompagner avec lui à une fête qu'organisait un de ses amis, elle avait donc accepté sans hésiter. Elle devait rentrer avec Joffrey, chez lui, quand ils quitteraient la soirée. Ce serait la première fois qu'ils dormiraient ensemble.
Ils s'y étaient donc rendus tous les deux – l'oncle de Joffrey les avait amenés – et tout avait bien commencé. Joffrey l'avait présentée à ses nouveaux amis auprès de qui elle semblait avoir fait bonne impression. Elle s'était sentie à l'aise, tout de suite.
Mais la vérité avait vite refait surface. Un peu plus tard étaient apparus les Tyrell – le frère, Loras, et la sœur, Margaery. Sansa était alors devenue presque invisible.
Et comme si les choses n'auraient pu être pires, Joffrey s'était mis à boire. Il parlait fort et se faisait remarquer par des remarques mesquines et sa grossièreté.
Il était revenu vers elle pour la prendre dans ses bras et l'embrasser. Elle n'avait pas apprécié son contact brusque, encore moins lorsqu'il s'était mis à lui faire des reproches sans raison.
Elle allait devoir passer la nuit avec lui, dormir dans le même lit que lui et –
Elle ne préférait tout simplement pas penser à ce qui allait arriver.
Elle n'avait pas réfléchi, elle ne voulait pas réfléchir. Elle s'était contentée d'agir. Elle avait envoyé un message à Sandor en espérant qu'il tiendrait ses promesses – qu'il rappliquerait, comme il disait, à n'importe quel problème.
Il l'avait fait et l'attendait devant la maison.
Annoncer à Joffrey qu'elle devait partir allait être ardu et elle dut prendre son courage à deux mains pour le faire. Il ne réagit pas au début et finalement, quand il comprit, Sansa lut dans son regard qu'elle allait passer un sale quart d'heure.
Il n'attendit pas qu'ils se trouvent à l'écart pour se disputer, il se mit à hurler devant tout le monde.
Mais il prit le soin de ne l'insulter qu'une fois sortis.
Quand il reconnut – malheureusement – la voiture de Sandor, ses jurons redoublèrent.
« Qu'est-ce que tu fous là, sale chien ?! Personne t'as sonné ! Retourne croupir dans ton trou à rat et laisse-nous tranquille. T'as rien à foutre ici ! »
Sandor ne répondit pas au moment où il sortit de la voiture.
Sansa s'éloignait déjà, cherchant à échapper au plus vite à l'emprise de Joffrey pendant que son attention n'était plus reportée sur elle.
Il la retint par le poignet.
« C'est toi qui l'a appelé, c'est ça ? Garce, rien qu'une garce ! J'y mets du mien pour te faire plaisir, je me force à faire semblant de m'intéresser à tes conneries, je fais des putain de trucs dont j'ai strictement rien à branler juste pour te faire plaisir et toi, c'est comme ça que tu me remercies ?! En appelant ce bâtard avec sa sale gueule pour qu'il te raccompagne chez toi ?! Tu mériterais même pas que je te regarde, tu mériterais même pas que je te touche.
- Alors lâche-moi, hurla Sansa, qui perdait son sang-froid. »
Joffrey avait le regard fou et la face écarlate.
Sansa, prise de peur, tenta e reculer, mais son petit-ami la retint par le poignet et lui balança la main dans sa figure. Une fois, puis deux.
À la troisième reprise, Sandor, qui avait enfin monté les marches du perron, se plaça entre eux. Il faisait dos à Joffrey et Sansa pouvait voir qu'il lui intimait de prendre le chemin de la voiture.
Ils partirent sans un dernier regard l'aîné des enfants du maire qui braillait seul sa colère.
Une fois engagé sur la route, Sandor lui désigna la boîte à gant.
« Il y a des mouchoirs dedans. »
Sansa ne prit conscience du sang sur ses lèvres qu'à ce moment. Sa joue palpitait. Elle avait l'impression qu'elle avait doublé de volume pour laisser la place à son cœur qui y battait.
« Ça fera l'affaire en attendant.
- En attendant quoi ? »
Sansa s'était tournée vers lui, les yeux grands ouverts – même si elle n'était pas certaine qu'il puisse la voir.
« En attendant que je te ramène chez toi et que tu puisses correctement nettoyer tout ça.
- Impossible, répondit-elle.
- T'as plutôt intérêt à nettoyer si tu veux pas que ça devienne laid.
- Impossible que tu me ramènes chez moi.
- Il le faut. Tu vas pas passer la nuit dehors.
- Impossible, je te dis.
- Alors où est-ce que je te ramène ? Une copine à toi, un ami, ton frère peut-être ? Il vit pas à moitié chez le petit denier du vieux Greyjoy ?
- Il est déjà tard, je peux pas y aller comme ça, sans prévenir, et mon frère … s'il l'apprend, il va devenir dingue. Il ne faut pas qu'il l'apprenne. Je ne veux pas qu'il l'apprenne. Personne ne doit savoir ce qu'il s'est passé. Personne, personne, tu comprends.
- Personne, j'ai compris. Ça résout pas le problème.
- Est-ce que tu peux m'amener chez toi ? »
Elle n'avait plus peur de Sandor, ni de lui, ni de sa face brûlée. Elle pouvait compter sur lui et sur ses promesses.
Ce n'était pas lui la bête qu'elle devait craindre.
Il accepta, mais elle le sentit, presque à contre cœur, alors elle lui dit qu'il n'aurait qu'à l'amener le plus tôt possible chez une amie le lendemain matin. Ce n'était que pour la nuit – et en comptant qu'il était déjà trois heures passées, ce ne serait pas long.
Ils s'arrêtèrent dans la cour d'un immeuble que Sansa avait imaginé plus triste. Le quartier était propre et beau, presque aussi bien que celui dans lequel elle vivait. Ils prirent les escaliers, direction le quatrième étage et entrèrent dans un appartement. À vu d'œil, il y avait trois pièces. Le salon était de taille raisonnable et bien plus propre et rangé que prévu. Rien ne traînait, la poussière était faite et le sol balayé, mais il y avait néanmoins cette dérangeante odeur de nicotine qui flottait dans tout l'appartement.
Sandor la laissa entrer dans le salon tandis qu'il rangeait son manteau et fermait la porte derrière lui. Un canapé trônait dans la pièce.
Du cuir, assurément.
Tywin Lannister ne lésinait pas sur les récompenses.
Il la conduisit dans la salle de bain. Même ici l'odeur de tabac froid persistait.
Il sortit une trousse de toilettes dans laquelle étaient rangés des produits désinfectants, des bandages et même du fil médical, des aiguilles et des ciseaux.
Il lui proposa de la soigner lui-même. Elle refusa et il la laissa.
Dans le miroir, elle put enfin observer l'oeuvre de Joffrey.
Sa joue était rouge et gonflée. Sa lèvre s'était teintée en violet et saignait toujours.
Elle appliqua soigneusement un coton sur les parties meurtries et dut se passer de pansement en espérant que sa lèvre ne s'ouvrirait pas plus.
Elle retourna dans le salon où Sandor avait ouvert la fenêtre et allumé une cigarette. Il s'était assis au fond du canapé et fixait l'écran de télé qui diffusait un reportage. Il n'y avait pas de son.
Il lui demanda de choisir où elle dormirait – dans son lit ou sur le canapé. Elle choisit le canapé. Il lui donna oreiller et couverture pour passer la nuit.
Il la quitta sans même lui avoir demandé des explications. Elle ne lui avait même pas dit pourquoi elle avait décidé de rentrer.
Ce ne fut que le lendemain qu'il osa poser la question.
9. comprendre
Sansa se réveilla lorsqu'elle entendit une porte claquer. Elle se leva en sursaut et aperçut à l'entrée Sandor qui entrait.
Il lui proposa de manger quelque chose, elle refusa. Il était plus de dix heures, sa joue n'avait que peu dégonflé et une croûte barrait sa lèvre. Elle tenta de masquer ses blessures avec un peu de fond de teint et de rouge à lèvre. Une fois maquillée, elle se vit dans le miroir et une colère immense l'envahit.
Ses cheveux noirs étaient attachés en une coiffure compliquées. Ses yeux étaient rouges de larmes. Une épaisse couche de maquillage recouvrait son visage et lui donnait une expression trop sérieuse, presque sévère. Il lui sembla qu'elle avait pris quelques années en moins d'un an. Elle paraissait terriblement vieille dans ce miroir. Une femme déjà faite, alors qu'elle n'était encore qu'une enfant.
C'était injuste et le plus triste, c'était encore qu'elle s'en voulait d'avoir laissé Joffrey la remodeler à sa guise.
Elle passa de l'eau sur son visage jusqu'à en faire dégouliner son maquillage. Elle se nettoya et laissa réapparaître les marques sur sa peau.
Elle ne devait pas avoir peur du regard des autres, ni de celui de sa famille. Avoir peur c'était tenter de cacher ce qu'avait fait Joffrey. Mentir c'était se mentir à elle-même. Elle ne voulait plus minimiser ses actes.
Elle voulait quitter Joffrey qu'elle détestait. Peu importe ce qu'il pourrait faire, peu importe ses excuses, elle ne se laisserait plus faire.
Quand elle retourna dans le salon, Sandor la détailla du regard.
« T'es pas maquillée ?
- Non.
- C'est toi qui disais que personne devait savoir. T'as pas peur de ce que tes parents vont dire ?
- Non.
- T'as pas peur que tes parents t'interdisent de voir Joffrey ?
- Non. Je vais le quitter. »
Sandor s'était figé sur place et la regardait avec des yeux ronds comme des billes.
« Quoi ? demanda-t-elle. »
Il ne répondit pas, mais se leva et s'avança vers elle.
« Le petit oiseau a enfin réussi à sortir de sa cage. Il est prêt à prendre son envol. Sansa, t'as qu'un mot à dire.
- Non, dit-elle. Ça n'en vaut pas la peine.
- Après tout ce qu'il a fait ? ricana-t-il, amer. J'aurais aucun scrupule à lui casser sa sale petit gueule prétentieuse.
- Ça n'en vaut vraiment pas la peine. »
Il murmura un « comme tu veux » et ils partirent. Il la déposa devant l'appartement de Theon. Sansa espérait y trouver Robb et, au pire des cas, s'il n'était pas là, elle savait que Theon ne trouverait aucun inconvénient à la raccompagner chez elle.
Elle n'avait pas envie de tout de suite retrouver ses parents.
Avant de descendre de la voiture, Sandor la questionna une dernière fois.
« Pourquoi tu m'as appelé hier soir ?
- J'avais peur de me retrouver seule avec Joffrey. Il avait bu, il se faisait insultant … Je savais que tu viendrais me chercher, tu me l'avais promis. Merci, Sandor. »
Elle se tourna vers lui et se pencha, sans réfléchir, vers son horrible face. Elle n'avait plus peur depuis longtemps.
Sous ses lèvres, sa joue parut dure et craquelée, comme une vieille peinture qui se décollerait. Elle ne recula pas. Ce n'était pas très grave.
Elle le quitta juste après et sonna chez Theon. Ce fut Robb qui lui ouvrit.
Il eut la gentillesse d'attendre qu'elle lui parle de sa soirée et de ne pas la brusquer.
10. décisions
Theon sortit de la chambre à demi-nu et s'approcha d'elle pour venir l'embrasser sur le front. Il alla ensuite s'écraser dans le canapé, juste à côté de Robb, en baillant.
Il ne l'avait pas remarqué tout de suite, mais rapidement il comprit que quelque chose clochait. Sansa et Robb étaient silencieux et celui-ci la fixait avec insistance.
Elle avait eu le malheur de lui expliquer ce que Joffrey avait fait et, cette fois-ci, il avait été incapable de garder son calme. Robb et Joffrey avaient déjà un passé commun. Ils s'étaient battus auparavant, avant même que Joffrey et Sansa ne sortent ensemble. Depuis, ils ne s'étaient plus jamais adressés la parole. Ils s'ignoraient quand ils se croisaient et Robb ne tolérait sa présence que parce qu'il sortait avec sa petite sœur.
Mais ce genre de comportement, il ne pouvait l'accepter. C'en était trop.
« Il a fait quoi ? demanda-t-il.
- Tu as bien entendu, Robb. Ne la fais pas répéter. »
Robb se leva et soupira, ses poings serrés le long de son corps. Ses jointures blanchirent et sa mâchoire se crispa. Sansa pouvait presque entendre ses dents grincer. Theon se leva à son tour et lui murmura quelques mots que Sansa ne put entendre.
« Je vais le tuer, lâcha Robb.
- Robb, c'est pas la peine. Ça sert à rien, ça va te retomber dessus, tempéra Theon.
- Tu voudrais qu'on ne fasse rien ? Qu'on laisse couler et qu'on le laisse s'en sortir ?
- J'ai pas dit ça, mais tu peux pas t'en charger toi-même.
- Mais il est intouchable Theon ! Son père est maire de la ville et son grand-père est à la tête de la police. Je suis à peu près sûr que si elle porte plainte, l'affaire va tout de suite être classée.
- Ça pourrait même être pire, fit savoir Sansa. »
Ils se tournèrent vers elle, l'invitant à poursuivre.
« Quelqu'un d'autre pourrait être accusé à la place de Joffrey … Joffrey serait bien capable de l'accuser et de lui faire porter le chapeau.
- Qui ça ?
- Sandor.
- Tu parles de Clegane, là ? Qu'est-ce que Clegane a à faire là dedans ... »
Robb la regarda, confus et incompris, puis lorsqu'il comprit, il écarquilla de grands yeux.
« Clegane et toi … ? Tu veux dire que le Clegane, le dégénéré qui sert de garde-du-corps à Joffrey et toi, vous …
- Il n'est pas dégénéré et non. Mais c'est lui qui m'a ramenée et qui crois-tu que Joffrey pourrait accuser ? Sandor a déjà eu des problèmes avec la justice alors que Joffrey est vu comme un modèle de perfection. C'est … Robb, ce serait tellement injuste. Sandor n'a rien fait. »
Robb souffla et se pinça le nez entre les doigts. Il se tourna et se mit à faire les cents pas. Sansa lança un regard à Theon qui haussa les épaules. Ils ne pourraient rien faire tant que Robb n'aurait pas trouvé la solution au problème.
« On ne peut pas laisser ça comme ça, ce n'est pas juste. Avec ce qu'il t'a fait ...
- Mais peut-être que … si Robert l'apprenait, commença Theon. Ça ne lui plaira sans doute pas de savoir que son fils tape sur la fille de son meilleur ami.
- Robert bat son épouse, rétorqua Sansa. Je ne suis certaine que les violences envers les femmes le préoccupent outre-mesure.
- Peut-être que si on en parlait à papa.
- Jamais.
- Sansa …
- Laisse tomber, Robb. »
Ils n'en reparlèrent plus et Sansa ne recontacta pas Joffrey.
11. digérer les excuses
Elle appréhendait le retour au lycée. Joffrey ne partageait pas de cours avec elle, mais ils pouvaient se croiser dans les couloirs, dans la cour ou à la cafétéria. Elle ne savait pas exactement comment réagir face à son ex-petit-ami – il n'était plus son petit-ami, il ne devait plus être son petit-ami.
Elle insista pour rester avec Robb et son groupe d'amis – qui était surtout composé de Jon, leur demi-frère, Sam, le meilleur ami de Jon, et d'un garçon du nom d'Olyvar –, Jeyne à ses côtés. Elle se sentait plus en sécurité ainsi.
Le moment redouté arriva plus vite que ce qu'elle avait craint. Dans la cour, au milieu de la matinée, elle aperçut Joffrey dont le regard se refroidit et le sourire se fana instantanément lorsqu'il la reconnut, mais il ne fit rien.
« Ça va ? lui demanda Robb qui avait remarqué son air étrange. »
Elle hocha la tête. Elle survivrait.
Elle se crut alors enfin débarrassée de Joffrey.
Elle déchanta lorsqu'il la prit à part au détour d'un couloir. Elle était seule évidemment et elle n'osa pas fuir.
« Je suis désolé de ne pas avoir écrit. Je m'en voulais tellement. »
Sansa se figea. Elle était comme paralysée sur place, ses pieds pris dans le goudron de son inconscience et ses mains enserrées dans l'étau invisible de sa surprise. Elle ne pouvait plus faire un pas. C'était comme si ces simples mots avaient pu couper son corps de son cerveau. Elle était redevenue sans défense, vulnérable et il avait fallu si peu de choses pour que Joffrey parvienne à lui faire perdre tous ses moyens. Quelques belles paroles à peine.
Et quelles paroles. C'était la première fois que Joffrey s'excusait. Il avait baissé la tête et n'osait lever le regard vers elle. Ses lèvres étaient tremblantes, ses mains aussi. Il paraissait sincère.
Mais c'était Joffrey. Il avait pris l'habitude de changer régulièrement d'humeur. Il se faisait mielleux au départ et finissait toujours par se transformer en bête enragée. Ses excuses pouvaient parfaitement n'être qu'un tour de plus dans son abominable jeu de manipulations. Il jouait parfois la comédie pour arriver à ses fins, même si ça ne durait jamais très longtemps. Il préférait attaquer et railler ceux qu'il méprisait – de toute façon, personne n'osait jamais rien lui dire, par peur des représailles.
« Tu es désolé, sincèrement ? finit par dire Sansa. »
C'était le genre de remarques qui ne plaisait pas du tout à Joffrey. C'était condescendant à souhait, presque moqueur. Quiconque avait osé lui parler ainsi pouvait s'attendre à recevoir ses foudres – des insultes le plus souvent, parfois des vengeances plus perfides.
Il ne fit rien. Il hocha la tête et soupira, avant de la regarder droit dans les yeux et de serrer ses mains entre les siennes.
« Sansa, je ne savais quoi te dire après ce qui s'est passé … j'étais tellement honteux, j'avais l'impression d'avoir tout gâcher, de n'être qu'un moins que rien qui ne méritait pas ce qu'il avait. Je n'ai pas trouvé les mots pour te le dire et j'avais terriblement peur de ta réaction … je m'excuse une fois encore pour ce que j'ai fait. Je n'aurais jamais dû m'énerver ainsi … j'ai perdu les pieds et j'ai … j'ai cru que tu allais partir, que tu ne voulais plus me voir. J'ai même cru que tu partais pour être avec Sandor. Je ne suis qu'un minable, ridicule et un jaloux, mais je ne veux pas te perdre, Sansa. Tu es ce qui m'est arrivé de mieux, tu comprends ? »
Il avait parlé tellement vite, avec une voix brisée. Sansa crut même apercevoir des larmes aux coins de ses yeux.
Elle n'en revenait pas. Elle ne savait plus quoi penser.
« Je comprends si tu ne veux pas me pardonner, mais … laisse-moi une chance de me rattraper. »
Elle ne voulait pas le pardonner pour ce qu'il avait fait. Elle avait été tellement salie par son comportement. Elle avait parfois l'impression de n'être plus rien du tout, même pas digne d'une attention ou d'un regard, bonne qu'à recevoir des insultes et des coups.
Ça n'était pas sain. Pourquoi mériterait-il qu'elle le pardonne simplement parce qu'il se sentait coupable ? Sa peur de la perdre ne devait pas devenir une justification à ses actes.
Mais il était sincère, il tenait tout de même à elle, de s'être à ce point écrasé, d'avoir réduit en cendres son gigantesque ego pour venir presque la supplier de le reprendre. C'était insensé venant de Joffrey. Jamais Sansa ne l'avait seulement imaginé capable d'excuses.
« Je ... »
Les mots lui manquèrent.
Joffrey vint à son aide.
« Écoute, si tu n'es pas décidée pour le moment, ce n'est pas grave. Je ne peux pas t'en vouloir. Tout est de ma faute, c'est moi qui aie tout gâché, mais penses-y ? Tu veux bien ? J'aimerais que l'on se voit la semaine prochaine. Un dîner ensemble, que toi et moi, sans Sandor, ça te dirait ? »
Sansa ne sut quoi répondre. Elle ne voulait pas accepter. Elle avait peur que tout cela ne soit qu'un piège et qu'elle se fasse encore prendre dans les filets démoniaques de Joffrey, mais il paraissait si triste et faible face à elle, démuni, mis à nu. Il avait laissé tomber les masques et les faux semblants. Il ouvrait son cœur.
Elle ne pouvait pas lui dire non. Elle ne voulait pas le blesser, ni l'humilier. Elle n'était pas comme lui.
« Je veux y réfléchir, d'accord ? J'ai besoin de temps avant de me décider.
- D'accord, lui répondit Joffrey. D'accord, tout le temps que tu veux, princesse. »
Sansa, surprise, se sentit rougir. Joffrey ne l'avait plus appelée ainsi depuis des mois. C'était le surnom qu'il lui donnait au tout début, quand tout était beau et rose et qu'ils s'aimaient.
« Je veux … je veux juste te poser une question, pour être sûr.
- Très bien.
- Est-ce que toi et Sandor … ? »
Il laissa sa phrase en suspens.
« Non, répondit-elle, étonnée. Non, il ne se passe rien entre Sandor et moi. »
Joffrey lui serra une dernière fois les mains, après quoi il la laissa en plan dans les couloirs du lycée.
12. cicatriser
C'était la seconde fois qu'on lui posait la même question. Se passait-il quelque chose entre Sandor et elle ?
Non, bien sûr que non. Elle connaissait à peine Sandor. Elle avait fini par lui faire confiance, même si elle ne savait pas vraiment comment ça avait pu arriver, mais cela devait-il nécessaire induire qu'il se passait quelque chose entre eux ?
Elle ne l'avait pas vu avec Joffrey. Elle ne l'avait pas vu au lycée de toute la journée. Son absence lui parut étrange, pas que Sandor ne soit pas un abonné de l'école buissonnière, mais les circonstances pouvaient porter à confusion. Avait-elle un rapport avec ce qu'il s'était passé avec Joffrey ?
Elle s'était inquiétée, sur le coup. Et si Joffrey avait décidé de se venger et de faire porter le chapeau à Sandor ?
Elle n'avait pas réfléchi longtemps et lui avait immédiatement envoyé un message.
Il n'avait pas répondu.
Ce fut ainsi qu'elle se retrouva assise dans un bus en direction de l'appartement de Sandor – elle se souvenait de l'adresse.
Elle dut marcher sur quelques mètres avant d'y arriver. Quand elle sonna, on lui ouvrit l'immeuble.
Elle le retrouva dans son salon, un sale bleu sur le joue et l'arcade en sang.
« J'aurais dû te répondre, mais je viens de rentrer, avoua-t-il.
- Que t'est-il arrivé ? demanda-t-elle, sans chercher à masquer l'inquiétude dans sa voix.
- Va me chercher la trousse de secours, s'il te plaît. Je vais t'expliquer. »
Sansa se dirigea dans la salle de bain et emporta désinfectants, cotons et pansements. Elle s'assit à côté de lui et dégagea les cheveux de sa figure pour observer les plaies.
Il eut d'abord un mouvement de recule, mais se détendit rapidement.
« Je vais juste soigner tes blessures. Je l'ai déjà fait. Avec mes petits-frères et ma sœur. Comment est-ce que tu t'es fait ça ? Je suppose que c'est pour ça que tu n'étais pas là.
- J'avais un entraînement aujourd'hui. Il s'est pas bien passé.
- Un entraînement de quoi ?
- Boxe. Je combats parfois. »
Il grinça des dents quand elle toucha son arcade. Sansa se fit la plus douce possible avant de poser rapidement une compresse pour stopper le saignement. La plaie n'était pas profonde, seulement superficielle. Des poings de suture ne seraient pas nécessaires.
« Alors tu es rentré chez toi comme ça ? Sans te faire soigner ?
- Pas la peine. J'ai l'habitude. Par contre, j'ai pas l'habitude qu'on vienne me soigner. Pourquoi t'es là ? »
Sansa rangea les produits avec soin et répondit calmement :
« Tu n'étais pas au lycée et tu n'as pas répondu quand je t'ai écrit.
- Et alors ? C'est déjà arrivé. Me dis pas que ça t'a inquiétée ? »
Sansa le regarda dans les yeux, sans rien de plus et il comprit.
« Joffrey est venu me voir aujourd'hui … il s'est excusé, il était gentil et il m'a aussi dit qu'il était jaloux. Je me suis demandé si … si par hasard il n'avait pas essayé de se débarrasser de toi, en te faisant porter le chapeau ou quelque chose comme ça.
- En me faisant porter le chapeau pour quoi ?
- Pour ce qu'il m'a fait. »
Sandor ricana, comme il avait l'habitude de faire.
« Attends, j'essaye de comprendre. Il est venu te voir, pour s'excuser ? Qu'est-ce qu'il t'a dit au juste ? Qu'il s'en voulait d'avoir agi comme ça ? Qu'il était honteux de ce qu'il avait fait ? Qu'il n'était qu'un minable qui ne te méritait pas ? »
Sansa baissa le regard. Ces propos avaient été dit avec tant de dédain – et tellement de justesse aussi. Sandor les avait déjà entendues de la bouche de Joffrey, ce n'était pas possible autrement.
Elle se sentit ridicule d'avoir cru à ces paroles, ne serait-ce qu'un peu.
Sandor dut voir son malaise car il poursuivit :
« Ne me dis pas que t'as cru à ce qu'il t'avait dit ? »
Sansa lui lança un regard désolé et triste.
Elle vit sa face se décrépir, toute trace de plaisanterie le quitter.
« Sansa, c'est un menteur. Il fait que ça. Il sait faire que ça. Il est encore en train de te manipuler en te racontant des conneries. Même s'il s'est mis à pleurer, il ne pense pas un mot de ce qu'il t'a dit.
- Comment peux-tu en être si sûr ?
- Je l'ai déjà vu faire. »
Elle se leva en vitesse, incapable de tenir en place. Elle étouffa subitement dans cette pièce trop étroite. Ses mains tremblaient et ses lèvres aussi. Son cœur tapait contre sa poitrine. Elle avait du mal à respirer, comme si une main comprimait sa poitrine et ses poumons.
Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Comment avait-elle pu croire ne serait-ce que la moitié de ce que Joffrey lui avait dit ? Elle s'était laissée avoir, une fois de plus, par son visage d'ange, son sourire séducteur et ses douces paroles.
« Oh non, oh non, oh non … je suis tellement bête d'y avoir cru. Pourquoi est-ce que je l'ai cru ? C'est tellement bête, tellement stupide …
- Arrête. C'est pas vrai. C'est comme j'ai dit. T'es peut-être encore amoureuse de lui et peut-être que t'es aussi trop gentille. T'y peux rien, petit oiseau. »
Il se leva, peut-être pour venir à son encontre, mais se ravisa et se rassit.
« Et puis merde, tu fais ce que tu veux après tout. C'est pas à moi de décider à ta place. Mais ce gamin est taré. Il éprouve jamais aucun remord. Il sait que mentir. »
Sansa se retourna vers lui. Il ne la regardait plus. Il avait les sourcils froncés. Il paraissait très en colère, mais Sansa se dit que c'était sans doute plus à cause de Joffrey que d'elle. Il ne se moquait pas d'elle lorsqu'elle se faisait avoir par Joffrey. Il comprenait.
Elle respira profondément et se calme.
Elle alla s'asseoir à côté de Sandor.
« Il prétend qu'il m'a fait tout ça parce qu'il était jaloux, jaloux de toi.
- Toujours plus de conneries. Comme s'il avait des raisons de l'être, rétorqua Sandor en levant les yeux au ciel.
- Peut-être qu'il a des raisons de l'être. »
Il cracha un n'importe quoi, avant que Sansa ne pose sa main sur la sienne – dure et noueuse sous son toucher.
Elle s'approcha jusqu'à sentir les yeux de Sandor la fixer avec étonnement et son souffle nicotinisé sur son visage.
De si près, le côté droit de son visage n'était qu'un amas de chairs meurtries, un mélange désorganisé de rose et de rouge. L'autre côté était sévère.
Il était sur la défensive. Joffrey aurait sans doute dit qu'il était prêt à mordre, mais Sandor n'était pas plus un chien qu'il n'était un animal. Il l'avait sortie des griffes de la bête sans rien demander en retour. Il s'inquiétait seulement pour elle.
Elle se pencha un peu plus et répondit à ses instincts – les mêmes que ceux qui lui avaient commandé d'appeler Sandor quand elle avait craint le pire. Le souffle qui balayait son visage se fit saccadé et s'estompa finalement lorsqu'elle posa les lèvres sur les siennes.
La sensation lui parut étrange au début, puis Sandor lui rendit son baiser, plus profond, plus dur et elle sentit, au creux de son estomac, quelque chose se casser.
