Le soir même, les nains tenaient un conseil de guerre.
« Ça ne peux pas se passer comme ça » dit Dwalin. « On ne va pas laisser ces sales elfes nous insulter sans réagir ! »
« Il faut faire quelque chose ! » dit Balin. « Nous devons les chasser avant que ça ne devienne invivable ! On ne peut pas vivre avec les elfes ! Ils ne sont pas dignes de confiance ! »
« Oui » dit Bonfur. « Mais comment les faire partir ? »
« Ne vous inquiétez pas ! dit Thorin avec un rire machiavélique. « j'ai un plan… »
« Thorin, je peux savoir ce qu'il se passe ? » demanda Bilbo.
« Il se passe, maître hobbit, que nous faisons ce soir un karaoké. Vous êtes invité, naturellement. »
« Merci, mais pourquoi ne pas inviter les elfes ? Nous pourrions ainsi leur souhaiter la bienvenue. »
« Ces elfes ne sont PAS bienvenus ! Aussi longtemps qu'ils seront la, je ferais tout ce qu'il faut pour les faire partir. »
« Je vois… vous organisez cette soirée uniquement pour embêter les elfes… enfin, Thorin, grandissez ! C'est idiot ! Ils ont autant le droit que vous de vivre ici ! »
« Ne me donnez pas de leçons ! Si vous ne voulez pas venir, restez chez vous, mais ne gâchez pas notre fête ! »
Bilbo réfléchit. Il n'avait rien contre les elfes, mais si il ne venait pas à cette fête, Thorin lui en voudrait… il décida qu'il ferait acte de présence, mais ne chanterait pas de chanson. Ça devrait aller.
Il se présenta donc à la porte des nains vers 19h. Thorin lui ouvrit.
« Ah, Bilbo. On ne vous attendait plus ! Entrez ! Nous allions commencer ! »
En voyant les visages machiavéliques des nains, Bilbo regrettait déjà d'être venu.
À l'étage du dessus, Thranduil, en pyjama, se préparait à boire sa tisane du soir en regardant la télé, quand ses oreilles furent assaillies par un bruit extrêmement désagréable : un nain (encore eux) qui chantait une chanson paillarde d'une voix grinçante, semblable à un crissement d'ongle sur un piano.
Legolas, en pyjama également, sortit de sa chambre.
« Que se passe t il, père ? »
« Il se passe que je vais descendre étrangler une dizaine de nain ce soir ! »
« Père, non ! Si Bard l'apprend, il nous chassera. Attendons un peu, peut être se calmeront ils ? »
« J'attendrais jusqu'à 22h. Si à 22h01 j'entends un bruit, ils vont savoir ce que ça fais d'emmerder deux fois le même elfe ! »
Un étage plus bas, Dwalin, un petit chapeau sur la tête e un micro à la main, criait plus qu'il ne chantait.
« Allez, viens boire un ptit coup à la maison ! Y'a du blanc, du rouge et du saucisson ! »
La chanson n'étant déjà pas bien inspirée, les hurlements de matou en chaleur de Dwalin la rendaient juste infâme. Bilbo se tourna vers Thorin.
« C'est insupportable ! »
« Au contraire ! C'est parfait ! Qui d'autre veut chanter ? »
Bofur leva la main et on lui donna un micro.
« Non… rien de rien… non, je ne regrette rien… »
Bofur était plutôt bon chanteur. Après le massacre de ses oreilles par Dwalin, Bilbo était très heureux d'entendre quelque chose d'agréable. Thorin, beaucoup moins.
« Ça suffit ! » cria t il. « Il nous faut quelque chose qui leur ruine les oreilles pour plusieurs générations ! Qui d'autre veux chanter ? »
Kili et Fili levèrent la main et Thorin leur passa le micro.
« don't wake me up, up, up, up, up, up ! »
La baisse de niveau était flagrante. Bilbo avait du mal à savoir ce qui le mettait le plus mal à l'aise, entre le fait que la chanson n'ai qu'une parole répétée en boucle, ou le fait que les deux chanteurs étaient à fond malgré le bide intégral dans la salle. En effet, tous les autres nains se regardaient comme s'ils venaient de voir un spectacle navrant, et en un sens c'était le cas.
Thorin leur arracha le micro après le 130éme « don't wake me up ».
« Qui veut chanter ? »
Personne ne leva la main. Thorin attendit quelques secondes, puis dit :
« Puisque c'est comme ça, je vais chant… »
« Moi ! Moi ! » Hurla Balin. « Je veux chanter ! Passe moi le micro ! »
Thorin lui donna le micro à contrecoeur, et Balin commença, sans grande conviction, un rap en Kuzdul. Mais son impassibilité et les paroles parlées ressemblaient bien plus, aux yeux de Bilbo, à une oraison funèbre qu'à une chanson. Quant il eut fini, il passa le micro à Bilbo.
« Moi ? » dit le hobbit. « Non, non. Vraiment, je ne sais pas chanter ! »
« Peu importe ! » répondit Balin. « Moi non plus. L'important c'est d'éviter à tout prix que Thorin ne mette la main sur le micro, sinon nous sommes tous perdus ! »
« Hein ? Pourquoi ? »
« Peu importe ! Chantez, vite ! »
Ne sachant pas quoi chanter, Bilbo commença une chanson d'amour hobbit.
« Et nous danserons ensemble dans les près… »
Il s'aperçut que Thorin le regardait d'un air amoureux, mais il se dit qu'il devait avoir mal vu. A la fin de sa chanson, celui-ci reprit le micro, sous les yeux terrifiés de Balin.
« À mon tour ! »
« Vous savez chanter, Thorin ? » demanda Bilbo, pour faire la conversation.
« Et comment ! À Erebor, on m'appelait la sirène sous la montagne ! Écoutez moi ça ! »
Il prit une grande respiration, et Bilbo s'aperçut que les nains se mettaient de la ouate dans les oreilles, ce qui n'avait rien de très rassurant.
« EEEEVRY NAÏTE INE MAÏE DRIME , AÏE SI YOU, AÏE FILE YOU! ! »
Bilbo eut l'impression que ses yeux allaient êtres expulsés de ses orbites. Ce n'était pas seulement fort et suraigu, c'était surtout abominablement faux. Il se boucha les oreilles avec toute la ouate qu'il pu trouver.
Bard entendit un grand bruit, comme le hurlement d'une banshee esseulée dans la nuit. Il regarda par la fenêtre, persuadé que le bruit venait de son immeuble. A peine eut il tourné la tête que les vitres de tout le quartier explosèrent en milles morceaux, et une voix nasillarde et faussa beugla :
« LOV CANE TOUCHE JUSTE OANE TAÏME, ANDE LASTE FAUR, EUH LAÏÏÏFETAÏME ! »
Décidé à sauver son immeuble, il courut vers la source du bruit.
Au premier étage, Bilbo serrait les dents quand il vit que quelqu'un essayait d'ouvrir la porte. Il l'ouvrit et tomba nez à nez avec Thranduil, en pyjama, les yeux injectés de sang.
« Thranduil ? Que… qu'y a-t-il ? »
« Qu'y a-t-il ? QU'Y A-T-IL ? il y a un nain ici qui hurle comme si on allait l'égorger, et je compte bien l'achever ! »
« NIIIRE ! PHAARE ! OUEREEEVEURE YOU HARREEE ! AÏE BILIVE ZAT ZEUH EURTE DOEUZ, GO OOONEE!"
"Je suis désolé, Thranduil, mais je ne peux rien pour vous! Nous sommes tous dans le même bateau ! »
Bilbo referma la porte au nez de l'elfe, au moment où Thorin terminait sa chanson.
« Alors ? »
« Euh… merveilleux, Thorin… très beau ! Mais nous devrions arrêter, des gens pourraient appeler la police. »
À ce moment, les nains entendirent un hurlement qui provenait de l'étage du dessus.
« Libéré, délivré ! Je ne mentirais plus jamais ! »
« C'est encore l'elfe ! » dit Thorin. « Personne ne lui as dit qu'il chantait comme une casserole ? »
À cet instant, le micro de Thranduil et toutes les lumières de l'étage s'éteignirent et bard arriva en tenant un fusible dans la main.
« Bon. Essayons de rester calme. Premièrement, vous allez me dire qui a fais éclater toutes les fenêtres de l'immeuble. Deuxièmement, cette personne va me rembourser ! Et enfin, se taire à jamais ! »
« C'est l'elfe. » dit Thorin d'un air innocent. « Il arrête pas de chanter depuis tout à l'heure. »
« Ah nan mais alors là, c'est la meilleure ! » hurla Thranduil. « Vous nous cassez les oreilles depuis des heures ! C'est vous qui avez éclaté les fenêtres ! »
« JE ME FICHE DE VOS HISTOIRES ! » cria Bard. « Je n'ai pas que ça à faire ! Remboursez moi tout de suite ou vous êtes tous virés ! »
Au final, chacun mis un peu d'argent pour rembourser.
« Père. » dis Legolas. « Laissons ces nains. Ne nous abaissons pas à leur niveau. »
« Au contraire, mon fils. Contre le mal, rien ne marche mieux que le mal. Demain, c'est Halloween, et tu vas m'aider à préparer ma vengeance… héhéhé… »
