Chapitre 2 : Mots de Serpents
Tom, plongé dans ses pensées, n'écoutait pas vraiment la conversation qui agitait Humphrey Avery, Graham Parkinson et Gladys Gibbon, trois de ses camarades de classe, qu'il flattait du titre d'amis sans le penser une seule seconde. Il se concentrait sur la recherche de la Chambre des Secrets, établissant des plans pour lui permettre de découvrir où elle se trouverait. Le château avait été agrandi au fil des siècles les serres, par exemple, étaient postérieures aux Fondateurs, ainsi que le grand pont ou même la tour de l'horloge, bâtie au 16ème siècle. Il devrait donc se concentrer sur la partie de l'école déjà en place à l'époque de Salazar.
Les cinquième années attendaient, plus ou moins sagement, que le professeur de métamorphose les invite à entrer dans sa salle de classe cependant, lorsque la porte s'ouvrit, Tom fut agacé de voir Minerva McGonagall en sortir, remercier avec politesse Albus Dumbledore « d'avoir accepté », et s'en aller sans faire l'aumône d'un regard aux serpentards et aux serdaigles alignés dans le couloir. Tom la regarda s'éloigner, pensif. Il ne l'avait jamais vue avec des lunettes avant, peut-être ne les portait-elle que pour étudier. Elles donnaient une allure encore plus intellectuelle à la jeune femme. Elle était plus grande que dans ses souvenirs, assez mince mais musclée par la pratique intensive du Quidditch. Minerva n'était pas exactement belle ces traits étaient fins sans être délicats, avec des pommettes saillantes, des lèvres assez fines et de grands yeux verts ses hanches étaient étroites comme celles d'un garçon, loin des formes alléchantes des pin-up que Humphrey avait accrochées dans le dortoir une certaine grâce se dégageait de ses mouvements, en dépit d'un maintien très raide.
De quoi avait-elle remercié Dumbledore ? De tous les professeurs de Poudlard, Dumbledore était celui que Tom détestait le plus. Ou plutôt, le seul que Tom détestait. Parce que Dumbledore n'avait jamais était pris par la façade d'honnêteté et de gentillesse qu'il s'était donnée depuis son entrée à Poudlard, et cela rendait Tom furieux. Il regrettait amèrement de lui en avoir trop montré sur lui même lorsque le professeur lui avait révélé sa condition de sorcier c'était une erreur qu'il ne pourrait probablement jamais rattraper. Et voir Minerva McGonagall si proche de Dumbledore l'agaçait profondément. Il se promit de découvrir le secret qui les liait tout les deux, et savait déjà comment s'y prendre, puisque cet idiot de Slughorn organisait l'une des petites soirées de son club le soir même.
Il se présenta dans la petite pièce non loin de la salle de potions où Slughorn organisait ses réceptions avec l'une des boîtes de chocolat à la liqueur favoris du professeur, et laissa la conversation se dérouler sur de nombreux sujet divers et inintéressants au possible. Par petites touches, il réussit à faire parler Slughorn des différents élèves qui prenaient des cours de rattrapages privés lorsqu'ils étaient en difficulté.
-Je ne pensais vraiment pas que Minerva McGonagall était en difficulté, lâcha Tom en sirotant tranquillement le thé que Slughorn lui avait servit un peu plus tôt.
Le professeur de potion laissa échapper un petit rire.
-Minerva McGonagall, en difficulté ? Le jour où elle sera en difficulté il pleuvra des hipogriffes !
-Pourtant j'ai entendu dire qu'Albus Dumbledore avait accepté de lui donner des cours particuliers.
-Oh, ça ! Oui, bien sûr. Mais ce n'est pas du tout pour pallier à des difficultés, simplement pour pousser la métamorphose un peu plus loin. Elle est remarquablement douée en la matière, et mon petit doigt me dit que, même étant une étudiante du niveau des ASPICs, elle doit trouver le niveau général ennuyeux.
Tom du se contenir pour ne pas déglutir à grand bruit. Les ASPICs de métamorphose, ennuyeux. Bien, très bien. Hier au soir, au creux de son lit, ses priorités allaient à la découverte de la chambre des secrets cependant, le nom de Minerva McGonagall commençait à l'inquiéter. Et à l'attirer, aussi. Tom était attiré par la puissance de façon presque irrésistible, et tous ceux qui parlaient d'elle s'accordaient à dire qu'elle était puissante. Quoiqu'il aurait aimé continuer à interroger Slughorn à son sujet, il préféra orienter la conversation sur le plaisir d'enseigner, préférant éviter de trop dévoiler son intérêt pour la jeune femme.
Le lendemain matin était un samedi, et il se rendit à la bibliothèque avec un panier des viennoiseries qu'il était allé commandé en cuisine aux elfes de maison, afin de remercier mademoiselle Corley de l'aide qu'elle lui avait apportée. Il discuta un peu avec elle, prétendant que ses recherches n'avaient pas porté leurs fruits, avant d'aller fouiller dans la partie architecture de la bibliothèque.
De nombreux architectes et historiens avaient étudié Poudlard depuis sa création Tom décida cependant de ne s'intéresser qu'aux traités les plus anciens, qui comportaient des reproductions des plans originaux, disparus depuis. Chacun des fondateurs avait eu le choix de la création de leur salle commune, et Tom se concentra sur les plans des salles entourant les appartements des Serpentards mais pas un seul mètre carré n'avait pas été exploité. Et au vu du nombre d'historiens qui avaient tenté de mettre la main sur la légendaire chambre... Bien sûr, tout le monde penserait avant tout à chercher du côté de la salle commune des verts et argents.
Il décida de recopier tranquillement l'intégralité des plans, espérant remarquer un décalage, quelques mesures qui ne colleraient pas. Et pourquoi pas, de s'employer à réaliser une maquette du château lui-même. Il lui vint cependant à l'esprit que s'il parvenait à mettre ses plans à exécution et à ouvrir la chambre des secrets, le premier suspect serait le dernier à avoir enquêté sur l'architecture de Poudlard et s'empressa de métamorphoser ses listes et ses plans en banal devoir de potions pour un œil extérieur.
Il sentait cependant que la réponse était ailleurs. Des centaines de sorciers avaient potassé ces livres et ces grimoires sans rien trouver. Probablement parce qu'ils n'étaient pas les descendants de Salazar Serpentard.
Les descendants de Serpentard...
Tom s'immobilisa, comme frappé par la foudre. Il la tenait, son idée géniale. La Chambre serait bientôt à lui.
Le jeune homme rangea les livres avec une lenteur calculée, et se dirigea d'un pas égal vers le parc. Il voulait courir, mais se contenait.
La forêt interdite s'était parée de l'or et de l'écarlate de l'automne, et, au pâle soleil de janvier, donnait une impression de chaleur et de romantisme que le cœur sec de Tom ne pouvait pas comprendre. Il marchait doucement à la lisière des arbres, les yeux rivés sur le sol. Il s'accroupit et jeta un sortilège destiné à attirer les vipères avec une odeur qu'elles trouveraient particulièrement alléchante. Une femelle ne tarda pas à s'approcher, et interrompit sa course ondulante, surprise de voir Tom.
-Salut ma belle, dit celui-ci.
-C'est inhabituel, répondit-elle, en penchant la tête sur le côté. Un humain qui parle ma langue.
-Je suis un garçon très inhabituel, répondit Tom avec un sourire carnassier.
-Qu'est-ce que tu me veux, garçon très inhabituel ?
-Je cherche une chambre, une chambre secrète, quelque part dans le château. Tu pourrais la trouver pour moi ?
-Peut-être. Tu peux m'en dire plus sur cette chambre ?
-Elle est fermée depuis presque mille ans. Elle était habitée par mon ancêtre.
-Salazar. Ma famille m'a beaucoup parlé de lui. Cette chambre dont tu parles, je la connais. Nous la connaissons tous. C'est le nid de notre roi.
-Le Basilic.
-Lui-même.
-Tu pourrais m'y conduire ?
-Non.
-Pourquoi ? siffla Tome en plissant les yeux.
-Parce que tu es bien trop grand pour passer là où je me faufile.
-Tu pourrais trouver l'entrée des humains ?
-Sans doute...
-Déniches-là et viens me trouver.
-Et tu réveilleras mon roi ?
-Je peux t'en faire la promesse...
Tom venait tout juste de pénétrer dans le hall, et était encore tout à son excitation suite à sa discussion avec la petite femelle, lorsqu'il vit un élève de Serdaigle dont il ignorait le nom, dissimulé derrière la statue d'un sorcier en armure, sortir sans bruit sa baguette de sa manche et la pointer sur deux élèves de serpentard de sixième année. Tom était sur le point de dégainer sa propre baguette pour venir en aide aux deux garçons de sa maison, qui tournaient le dos à leur agresseur sans se douter de ce qui était sur le point de se passer, lorsqu'un sortilège frôla le coude de Tom et percuta le Serdaigle de plein fouet, l'immobilisant complètement, alors que les deux serpentards continuaient leur route et disparaissaient dans les corridors du château, complètement oublieux des événements se déroulant dans leur dos. Tom se retourna pour se retrouver face à Minerva McGonagall, qui avançait d'un pas énergique, en claquant des talons. Les lèvres serrées, elle agita derechef sa baguette, libérant le Serdaigle.
-Lancelot, qu'est-ce que tu croyais faire exactement ?
-Minerva, ce sont ses deux abrutis qui ont envoyé Lucila à l'infirmerie avec des brocolis à la place des mains ! Ils ne croyaient tout de même pas s'en tirer à si bon compte !
-Si tu sais qu'ils sont coupables pourquoi tu n'en a pas parlé au professeur Slughorn ?
Lancelot baissa la tête et croisa les bras d'un air buté.
-C'est elle qui leur a jeté un chauve-furie avant qu'ils ne transforment ses mains, n'est-ce pas ?
-Oui mais c'est à cause du match de demain, grommela Lancelot. L'an passé cet andouille de Goyle avait failli la tuer en lui envoyant sa batte dans la tête.
-Je m'en souviens, mais ce n'est pas une raison pour lancer les hostilités avant le coup de sifflet.
-Oooh, Minerva, ne sois pas si pète-sec, toi aussi tu veux nous voir écraser Serpentard demain !
-Aucun doute là-dessus, mais je veux vous voir le faire dans les règles.
-Tu n'a jamais envoyé de sortilèges à un adversaire avant un match ?
-Non, jamais, répondit Minerva avec un sourire amusé. Je n'ai pas besoin de ça pour les intimider.
-Tu vas me dénoncer ? grommela Lancelot.
Minerva haussa les épaules.
-Tu n'as pas eu le temps de faire quoi que ce soit de toute façon.
-Mais lui, il ne va rien dire ? grommela Lancelot en faisant un mouvement du menton vers Tom, qui observait toujours la scène.
McGonagall se tourna vers lui.
-Riddle, est-ce que tu crois vraiment que ça vaut le coup de dénoncer Spring ? lui demanda-t-elle.
Tom fut surpris que, plutôt que de profiter de son statut de préfète-en-chef en lui imposant le silence, elle lui demande son avis. Deux jours plus tôt, il aurait ardemment pris la défense de sa maison, juste pour le plaisir de voir Lancelot et Lucila punis, pour que ce Goyle et son ami se sentent reconnaissants envers sa personne, et enfin pour prouver que même une préfète-en-chef ne pouvait avoir d'emprise sur lui. Mais aujourd'hui, tout était différent, parce qu'il était déterminé à un jour gagner la loyauté de Minerva.
-Non, il n'a rien fait de mal. Et puis, ça fait partie du quidditch ce genre de... gentillesses.
Minerva réprima un sourire, une étincelle dans le regard, puis salua les deux garçons et s'éloigna à pas vifs.
