Helloooo ~ Donc, contrairement à l'intro, ce chapitre est assez long - 5,478 mots exactement, yay 8D toutefois je ne pense pas que les autres seront tout aussi longs, quoique longs tout de même hein. Par ailleurs, j'ai bien peur d'avoir du mal à me tenir à des chapitres postés toutes les semaines, car j'ai encore beaucoup de mal avec l'organisation de ma fac et des devoirs - en plus elle est en travaux et tout du coup c'est la galère totale. J'espère ne pas mettre trop de temps - et c'est d'ailleurs en ça que vos reviews m'aident (par ailleurs, mon intro a remporté un nombre de reviews et d'enthousiasme que me touche énormément, je vous remercie de tout cœur) et m'encouragent pour aller plus vite sisi je vous jure - et que vous saurez patienter un peu, mais pour le moment... je vous souhaite une bonne lecture *cœur*
A très vite, Plume-now
JOUR 1
Sam ouvrit les yeux et fixa le plafond. Il voyait flou.
La première chose qu'il fit fut de chercher son téléphone portable dans l'obscurité et de vérifier l'heure. Il était 11h23. Il avait mal partout.
Sam se releva en grognant et réussit à se mettre debout. Et il resta dans cette position sans bouger, figé, bouche bée, parce qu'il venait finalement d'arriver à comprendre malgré le manque d'électricité apparent. Partout dans les rangées du train gisaient des corps ensanglantés – amochés –, des visages endormis, peut-être même évanouis ou morts. Non, non, certainement pas morts ou ensanglantés, tout de même pas. Il divaguait. Déjà, ils se relevaient lentement et laborieusement, tout comme lui, en se tenant la tête, tentant de comprendre ce qu'il leur était arrivé et ce qu'ils faisaient ici. Il manquait l'homme au manteau noir. Sa vision n'était pas encore terrible mais il devina que les trois autres passagers de son compartiment ne devaient pas si mal se porter que ça.
Quelqu'un ouvrit la porte du wagon derrière lui et entra. Il avait une sale mine et sa chemise blanche était si sale que cela se voyait dans le noir. Il s'approcha de Sam en l'interpellant. Sa tête le cognait encore tellement fort qu'il avait l'impression que rien de tout ceci n'était réel.
– Hey ! cria-t-il. Tu vas bien ?
– Je... ça a l'air d'aller.
– Ton front saigne un peu, continua-t-il. Attends, je vais t'aider. Je m'appelle Kevin. Ne bouge pas.
C'était un adolescent, ils devaient avoir peut-être cinq ou huit ans de différence. Il avait les cheveux noirs ébène qui s'arrêtaient à la nuque et des traits asiatiques. Ses gestes semblaient expérimentés et maîtrisés, ce qui encouragea Sam à se laisser faire. De toute façon il n'était pas tellement en très bon état pour bien prendre conscience de ce qu'il se passait actuellement.
Ledit Kevin saisit un pan de drap vert qui traînait à côté et le déchira, puis en fit un bandeau qu'il serra autour de la tête de Sam. Le contact du tissu humide le rafraîchit immédiatement.
– Comment tu te sens ? Des nausées ?
– Je vais bien, le assura-t-il.
– Tu peux te relever ?
– Je pense.
Ils ouvrirent les portes du métro avec difficultés mais y parvinrent finalement. Celles-ci retombèrent lourdement sur le sol, retentissant en écho dans le tunnel.
Il y avait peu de lumière, mais Sam le vit immédiatement et comprit instantanément : la voie avait été complètement détruite. Des tonnes et des tonnes de roches s'étaient écroulées à l'entrée du tunnel, les renfermant vivants à l'intérieur. Il ressortit son téléphone et son cœur se serra lorsqu'il constata qu'aucun réseau n'était actuellement disponible. Impossible d'appeler les secours ou qui que se soit. Et lui qui pensait arriver en avance chez son frère !
– Hum, je vais aider les autres, l'informa Kevin.
Il y avait déjà trois personnes dehors : l'homme au grand manteau noir de son compartiment qui avait dû sortir d'un autre wagon, une fille aux cheveux noirs ondulés et un garçon maigrelet. Ils s'étaient installés dans un coin, à une distance respectable les uns des autres ce qui démontrait bien qu'ils ne se connaissaient absolument pas. Le garçon reniflait comme s'il était enrhumé. Personne ne pipait mot. Sam percevait un silence de mort malgré le sang qui battait fortement à ses tempes et qui l'oppressait. Il devait commencer à s'occuper, faire quelque chose d'utile.
– Attends Kevin, je viens avec toi.
Le jeune homme hocha de la tête en souriant.
En se servant d'une lampe torche de son sac qui, par chance, n'avait pas été endommagée dans l'accident, Sam et Kevin décidèrent de retourner dans le train et de le vider afin d'aider le plus de monde possible en attendant de trouver une solution.
Ils s'occupèrent chacun d'une rangée différente en remettant le plus de passagers possible sur pieds. Certains avaient écopés de quelques éraflures, d'autres, d'après Kevin, semblaient plus importantes mais par chance, ils étaient peu nombreux dans ce cas. La jeune fille rousse avec qui il était s'appelait Anna, l'homme à la petite barbe Chuck. Tous deux ne semblaient pas faire parti de ceux qui nécessitaient un gros traitement. Celui qui fixait le paysage auparavant, et effectivement de petite taille par rapport à Sam, refusa de leur adresser la parole. A leur entrée dans le wagon, il sortit sans un regard. Sam voulut lui parler mais Kevin le retint en le pressant d'aller voir les autres.
Le wagon suivant comportait également quelques passagers. Ils firent la connaissance de Johanna, une jeune femme blonde, Ash et son étrange coiffure très peu commune et Charlie, dont les cheveux roux étaient plus longs que ceux de Anna. Après inspection, il s'avéra que Ash' n'avait rien, mais Charlie s'était foulée le poignet de la main droite et Jo' ne pouvait plus bouger le bras. Grâce à quelques habiles manipulations de Kevin, elles purent à nouveau mieux bouger, même si ce n'était évidemment que les premiers soins nécessaires...
Avant d'entreprendre d'aller vérifier les autres wagons, d'un commun accord, Sam et Kevin décidèrent de tous les sortir du train. Ce n'était pas un endroit sain et qui sait si le toit n'allait pas s'écrouler d'un moment à l'autre ? Mieux valait-il prévenir toute éventualité.
Très vite ils firent le point. Ceux qui étaient sortis les premiers n'avaient rien. Sam apprit par la suite que l'homme se nommait Crowley, le garçon Garth et la fille Meg.
Les autres compartiments étaient vides, excepté celui du bout. Kevin resta avec les rescapés pour mieux les ausculter, et Sam s'y aventura avec Ash qui s'était proposé volontaire.
Il marchèrent en silence jusqu'au dernier wagon.
– En espérant que la chance soit avec nous, murmura Sam.
A l'instant même où il poussait la porte pour accéder au compartiment, il sut qu'ils n'auraient pas de chance. Un gémissement les accueillit. Sam et Ash se précipitèrent sur l'homme qui avait allongé ses jambes sur deux sièges, appuyé contre la fenêtre. Il devait avoir dans la quarantaine peut-être. Il était en sueur et se tenait la jambe et la côte de la main gauche. Du sang coulait.
– Oh mon dieu, souffla Ash.
– Hey, dit Sam, vous allez bien ? On va vous aider, dites-nous ce qu'il s'est passé.
– Je n'en sais rien, répondit-il d'une voix rauque. Je me suis réveillé comme ça. Je m'étais déjà endormi dès ma première station. J'ai dû m'assommer quelque part puisque mon dernier souvenir est d'avoir constaté que mon téléphone portable n'avait plus de batterie. Foutue chance.
– Comment vous appelez-vous ?
– Balthazar. Et ne me vouvoie pas j'ai l'impression d'être un grand-père, merci bien.
Comment ce type pouvait-il encore avoir la force de plaisanter alors que n'importe qui, à sa place, serait déjà en train de paniquer ?
– On ne peut pas le déplacer comme ça, annonça gravement Ash. Il faut que Kevin vienne.
– Attends, lui dit-il avant de se tourner vers le rescapé. Balthazar, tu te souviens s'il y avait quelqu'un d'autre dans le wagon ?
– Une femme et un gamin. Mais ils sont peut-être descendus à une station avant.
– Ne bougez pas, ordonna Sam. Je fouille le compartiment et je vais chercher Kevin.
Ash' lui donna la lampe de poche et il fouilla entre chaque siège. Il commençait à se détendre en songeant que les deux autres passagers devaient avoir quitté le train avant l'accident lorsqu'il se figea sur place. Sa gorge se bloqua et le cri ne sortit pas. Il rattrapa de justesse la lampe qui lui avait échappée des mains.
Un jeune homme se tenait là, par terre, roulé en boule, vulnérable, la tête enfouie dans ses bras. Il était couvert de sang.
– ASH ! hurla-t-il.
Peut-être n'était-il pas mort. Peut-être qu'il était simplement inconscient. Mais il aurait dû se réveiller, cela faisait déjà quelques heures qu'ils étaient dans cette situation. Non, c'était possible. Peut-être même était-il dans le coma. Peut-être...
– Quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Il n'osait pas le toucher. Et s'il faisait une connerie ? Et si en le retournant il le tuait ? Il entendit les pas de Ash se rapprocher.
– Putain merde.
– On fait quoi ? lâcha Sam le souffle court.
– J'en sais rien. Je sais pas. Je suis pas médecin.
– Et s'il est...
– Vaut mieux vérifier avant d'appeler Kevin, Sam. Il a beau être un remarquable infirmier là tout de suite, c'est toujours un gamin. On peut pas l'obliger à voir ça.
Sam se pencha et inspira profondément. Il prit sa main et son pouls. Puis attendit. Quelques secondes. Minutes.
Rien.
Ils se taisaient. Balthazar semblait s'être calmé. Le wagon était calme, comme si rien de tout cela n'était arrivé. Comme si tout allait bien. Comme si tout était normal.
Son cœur s'emballa lorsqu'il comprit que ses pensées pouvaient s'avérer vraies.
– Je l'ai peut-être mal pris, dit Sam. Il faut voir le cou.
Il sentait le regard désolé de Ash sur lui, mais l'ignorait désespérément. Il devait être en vie. Il le prit dans ses bras avec difficultés et Ash s'éloigna. Sa tête retomba en arrière. Le corps était froid. Comme un cadavre. Sam serra un peu plus sa prise sur lui comme si cela pouvait aider. Il le déposa sur une banquette au fond du wagon.
Il avait les yeux fermés, la bouche entrouverte, de la bave et du sang séchés avaient coulé le long de son menton. Il avait pleins de petits morceaux de verres plantés dans son dos ça là. Sa pâleur était déroutante. Sam posa sa main, tremblante, sur son cou.
Alors il était mort.
La nuque avait été brisée. Sans doute avait-il été tué sur le coup. Il ne saura sans doute jamais ce qui lui était arrivé. Il eut subitement envie de vomir.
Il allait se relever pour reprendre contenance lorsqu'un scintillement attira son attention. Sur son poignet, un bracelet-gourmette avec son nom gravé dessus.
« Samandriel ».
Il se tourna vers Ash.
C'était maintenant qu'il fallait prendre une décision. Annoncer officiellement à tout le monde qu'il y avait un mort, ou bien s'occuper du cadavre et ne rien dire en priant Balthazar de ne pas en parler. Il savait déjà ce qu'il ferait, mais il devait avoir leurs avis. Si les autres l'apprenaient, tous paniqueraient encore plus. Leur moral tomberait dans le négatif voire sous-négatif et cela tournerait à l'Apocalypse.
– Il ne faut pas en parler, dit-il.
Ash et Balthazar approuvèrent de suite. La pression de Sam baissa un peu. Il fallait maintenant faire quelque chose du corps. Il avait le sentiment de paraître insensible, toutes ses réactions lui semblaient robotisées, comme s'il n'était plus animé que par des raisonnements logiques.
– Il n'y a rien pour l'enterrer ici. Il faudrait le brûler.
– Il n'y a pas de bois.
– Suffit de prendre quelques bagages détruites. Quelque chose qui prenne feu facilement. Et un briquet.
– Qui en a un ?
– Moi, dit Balthazar.
– Oui mais la fumée va alerter les autres...
– Non. Le tunnel est assez grand pour que ça passe inaperçu. Il vaudrait mieux le faire devant les éboulements pour donner une chance à la fumée de s'échapper entre les roches. Et... peut-être que ça pourrait alerter les secours.
Ils se regardèrent. Étaient-ils monstrueux à ce point ? … Ils n'avaient pas vraiment d'autre choix certes, mais...
– Il faut le faire maintenant. Si on met trop de temps ils vont vouloir venir et ça ne va pas y couper.
Avec la permission de Balthazar, ils ramassèrent des affaires qu'ils jugèrent inutiles et arrachèrent plusieurs objets susceptibles d'animer un feu.
Plus le temps passait et plus Sam avait l'impression que rien de tout ceci n'était réel. Le cadavre de Samandriel brûla lentement parmi les décombres.
– Qu'il repose en paix.
Les yeux de Balthazar s'humidifièrent.
– Je le voyais tous les jours depuis deux ans, murmura-t-il.
C'est à ce moment-là que Sam réalisa que, totalement absorbés par Samandriel, ils l'avaient complètement oublié, lui et son piteux état. Ils s'empressèrent de l'amener à Kevin.
Lorsque Jo' remarqua qu'il y avait comme une odeur étrange, Ash vit Sam pâlir et expliqua calmement qu'ils avaient trouvé des décombres qui avaient légèrement cramé et qu'ils avaient stoppé prestement avant qu'un feu ne se déclenche. Cette seule réponse sembla lui aller et personne ne posa d'autres questions.
Ils étaient là depuis trois heures maintenant, en comptant le temps de leur état d'inconscience estimée suite à l'accident. Le temps paraissait à la fois passer à une vitesse incroyable et au ralenti. Tout le monde avait été rassemblé mais plusieurs petits groupes distincts s'étaient formés au sein des rescapés. Certains, qui se connaissaient apparemment, se chuchotaient des choses entre eux pour se rassurer et juste se convaincre soi-même que tout allait bien. D'autres restaient simplement dans leur coin, non loin. Ils étaient douze au total... auraient été treize si Samandriel n'avait pas eu... n'était pas... Sam secoua la tête et se releva. Et il devait certainement y avoir d'autres morts derrière le mur de roches, peut-être des survivants qui ont pu être immédiatement sauvés, en ayant la chance de ne pas se retrouver emprisonnés comme eux.
Peut-être.
Ils avaient décidé de se pauser pour quelques minutes afin de vérifier chaque blessures de chaque personnes, mais ça prenait un temps fou et il était hors de question qu'il perde plus de temps.
En revenant dans le train une dernière fois, Sam fouilla son sac qu'il avait laissé par terre. Sur le paquet de bières qu'il avait acheté, trois seulement restaient. Il vida son sac au sol dans un endroit où personne ne risquerait de se blesser avec les bouts de verre et le secoua avant de remettre les trois bières survivantes à l'intérieur.
Après cela, il saisit la lampe de poche et se mit en marche sans perdre une minute en quête d'une autre sortie. L'inquiétude grandissait à chaque pas. Il tourna en suivant les rails et il n'eut besoin que d'avancer encore que de dix pas avant de se retrouver face à la fatalité.
Le tunnel était définitivement bien bouché, aussi bien à l'entrée qu'à la sortie. D'énormes pierres et gravats gisaient là, froides et lourdes, rendant l'atmosphère encore plus étouffante que ce qu'elle n'était déjà. Sam se frappa le front de sa main droite en jurant et ressortit son téléphone portable pour essayer de capter ne serait-ce qu'une once de réseau. Il grimpa sur les roches et alla d'un bout à l'autre de la largeur que le tunnel pouvait lui offrir, sans résultats.
– Merde ! jura-t-il en continuant désespérément à capter.
Une subite douleur le prit au ventre et il se plia en deux, tombant à genoux sur le sol de gravats. Il mit automatiquement la main à la source de ses maux et entrouvrit sa chemise.
Un énorme bleu virant au noir s'étalait sur toute la côte en partant du nombril.
Il écarquilla des yeux horrifiés. Depuis quand avait-il ça ? D'où ça sortait ? Comment s'était-il blessé ainsi ? Il... n'avait pas songé une seule seconde qu'il aurait pu être atteint.
Sam se releva avec difficultés, resta ainsi, immobile, quelques secondes comme pour étouffer la vive douleur passée, puis rejoignit les autres.
Il n'y avait encore rien de positif à leur situation : pas d'issues, une ribambelle de blessés qu'il fallait soigner de toute urgence s'ils ne voulaient pas que leurs états, encore guérissables, ne deviennent trop graves voire mortelles et qu'ils finissent par enchaîner les funérailles. De plus, il y allait bientôt avoir un problème de nourriture et d'eau ; ces gens-là vivaient dans cette ville et ne prenaient avec eux que le strict minimum.
– Alors ? le pressa Kevin qui avait remarqué son retour. Qu'est-ce qu'il en est ?
– Ça... va être un peu difficile, dit-il pour cacher sa déception.
L'euphémisme du siècle.
– Je vois... murmura-t-il en prenant une mine grave.
– Est-ce que tout le monde est là ?
– Presque. Il manque Gabriel.
Sam fronça des sourcils. Gabriel ?
– Il était dans ton compartiment, expliqua le jeune homme. Yeux bruns, cheveux lisses un peu plus cours que toi quand même, taille plutôt petite...
Oh. Lui.
– Une idée d'où est-ce qu'il a bien pu aller ?
– Dans la même direction que toi un peu avant que tu y ailles, mais en passant de l'autre côté du train... tiens regarde il arrive.
En effet une ombre se rapprochait d'eux et l'homme qui apparut fut bien Gabriel. Son visage semblait détendu, ce qui paraissait être une attitude insensée au vu de la situation actuelle. Il n'avait pas cette mine grave que tous arborait depuis le début et qui se marquait un peu plus à chaque seconde passée ici. Il passa non loin d'eux et prit place à côté de Anna. Tous les regards étaient maintenant braqués sur eux. Il déglutit légèrement et s'approcha d'eux en haussant la voix.
– Écoutez-moi tout le monde. Le tunnel est bloqué par les décombres à l'avant et à l'arrière du tunnel. Les portables n'émettent aucun signal et on ne peut contacter personne à l'extérieur.
Les rescapés le fixèrent sans voix. Il avait leur attention, c'était maintenant que toute l'organisation de leur survie, car c'est de cela dont il était question à présent, était en jeu. Il fallait qu'ils s'unissent tous dans leur travail, malgré leurs différences, malgré le fait qu'ils ne soient tous les uns les autres que de parfaits inconnus qui ne s'étaient même pas adressés un regard dans les wagons.
– On doit travailler ensemble là-dessus, alors s'il vous plaît, n'essayez pas de faire quelque chose tout seul dans votre coin ! Nous devons récupérer toutes les rations de nourriture et d'eau que nous pouvons et les partager entre nous en parts égales. Les secours ne vont sans doute pas tarder à arriver ; c'est pourquoi nous nous devons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que tout se passe bien jusque-là !
Un lourd silence s'ensuivit. Aucune objection, même s'il perçut le regard dédaigneux de Crowley et désintéressé de Meg. Sam serra les dents. Ça n'allait pas être simple.
Les tâches furent rapidement attribuées ; Ash' était chargé de vérifier toutes les heures l'accès des portables au réseau, Chuck dressait la liste de tout ce qu'ils avaient et assistait Kevin, Garth et Jo' s'occupaient de la répartition de la nourriture et de l'eau.
Les autres faisaient ce qu'ils voulaient ou pouvaient. Charlie, aidée de Anna, malgré sa main peu valide, entreprit d'améliorer leurs conditions de vie et de préparer une sorte de dortoir contre les parois du tunnel avec un maximum de confort possible, et de quoi avoir chaud la nuit.
Sam aidait un peu à tout dès qu'il le pouvait. Il s'avéra que Gabriel, quant à lui, fut une aide très précieuse pour la nourriture puisqu'il avait en sa possession un sachet de confiseries qu'il conservait dans son sac – même s'il ne parut pas trop heureux de les partager non plus. Sam estima qu'ils pourraient tenir cinq jours en se nourrissant tous correctement un minimum.
S'il n'avait pas eu son téléphone, Sam n'aurait jamais su s'il faisait nuit actuellement à l'extérieur ou non. Ils s'étaient tués à la tâche toute la journée et n'avaient pas arrêté d'essayer de remonter le moral des passagers à chaque fois qu'ils sentaient que l'un d'entre eux faiblissait.
Mais maintenant était venue l'heure du coup de pompe. La majorité des passagers dormait déjà, seul Ash' tentait toujours désespérément de capter du réseau. Il se sentait tellement niais à présent d'avoir pensé qu'ils pourraient toujours, avec chance, retrouver du réseau et prévenir les secours de leur situation avec précision pour qu'ils les sortent de là.
– Ash', va dormir, lui dit-il. Jo' est pas rassurée que tu restes seul à côté des éboulements.
– Sam, je suis parfaitement capable de continuer à faire ça pendant des jours, ça ne serait pas la première fois que j'enchaînerai les nuits blanches. Et je ne risque absolument rien ici.
– Oui, mais pour aujourd'hui je pense qu'il vaudrait mieux que tu te reposes.
Ash' lâcha un grognement, tel un enfant, mais obéit. Il savait qu'il valait mieux économiser leurs forces.
Après avoir trébuché plusieurs fois dans le noir et marché et dégringolé sur Crowley – Sam reconnut très distinctement l'intonation de la voix, très polie et douce au passage – il se coucha à son tour où il put, en retrait par rapport aux autres. De toute façon, dans une vue d'ensemble, ils n'étaient pas vraiment proches entre eux. Il éteignit son portable et tenta de s'installer plus confortablement. Des petits cailloux lui rentraient dans le dos.
Dean se serait moqué en l'appelant « La princesse au petit pois ». Dean... Ils devaient avoir parlé d'eux aux infos maintenant. Il n'osait pas imaginer la réaction de son frère. Et Bobby, avec qui ils avaient fixés un rendez-vous dans l'après-midi ? Et...
Ses pensées s'interrompirent immédiatement lorsqu'il sentit quelque chose en se retournant vers la gauche. C'était dur. Sam tâta, sans doute plus de peur instinctive compte tenu de l'endroit où il se trouvait que par curiosité.
– HEY HO QU'EST-CE QUE TU FOUS ? hurla une voix.
A peine ces paroles avaient-elles été prononcées que Sam sursauta pour faire littéralement un bond en arrière. Il se cogna la tête contre la paroi du tunnel et grogna de douleur. Bordel il était persuadé qu'il n'y avait personne, quel est l'idiot qui s'était installé là ?
– Qui est-ce ? articula-t-il.
La silhouette se redressa. Ayant éteint son portable, il n'avait aucun indice visuel pour l'aider dans ce noir. Une seule chose le rassurait déjà ; ce n'était pas Crowley. Il n'aimait pas ce type.
– Non qui es-tu, toi ! s'écria l'inconnu.
– Sam ! C'est Sam !
– Sam ? Bon Dieu j'aurai dû reconnaître ta voix à force de l'entendre toute la journée où que j'aille.
… Okay, il ne savait pas trop s'il devait prendre ça comme un compliment ou pas.
– Et tu es ?
– Gabriel.
– Oh.
Alors finalement, il pouvait parler... peut-être les avait-il simplement ignoré quelques heures plus tôt car il était sous le choc.
– Oh ? Quoi oh ? Comment ça, oh ?
– Hein ? Ben « oh » comme « oh » quoi.
De quoi parlaient-ils exactement, là ?
– Passionnante discussion, dit Gabriel.
– Toi aussi tu as remarqué ?
Il l'entendit retenir un rire. Sam se sentit obligé de s'expliquer sur ce qui venait de se passer.
– Désolé de t'avoir... enfin... pour ce que tu as... quand je t'ai... de-
– De m'avoir touché de haut en bas, tel un véritable pervers expérimenté ?
– Oui je- hein quoi ? Non non pas du tout je savais pas qu'il y avait quelqu'un là !
– C'est pas grave, je t'en veux pas.
Sam soupira de soulagement.
– Je sais que je suis irrésistible, ce n'est pas de ta faute.
– … Gabriel je t'ai dit, ce n'est pas ce que tu crois.
Bien qu'il n'y voit absolument rien, Sam était persuadé que Gabriel devait sourire à pleines dents à cet instant même. Il le cerna de suite ; il était bien le genre de type à avoir le rire facile et a avoir gardé son âme d'enfant. Sans doute même n'avait-il jamais quitté l'enfance et passé celle-ci à taquiner ses frères et sœurs, s'il en avait. D'ailleurs, quel genre d'homme était-il à l'extérieur en réalité ? Et les autres ?
Ils s'étaient tous – ou presque – connus ici en tant que parfaits inconnus ayant survécus à un éboulement mortel, par conséquent ils ne savaient absolument rien les uns des autres. Il n'y avait que Kevin qu'il connaissait un peu puisqu'il savait qu'il était étudiant et avait quelques bonnes connaissances en médecine. Mais enfin il aurait le temps de poser ce genre de questions demain, s'ils avaient l'occasion.
– Maintenant, si ça ne te dérange pas – et même si ça te dérange en fait – je vais essayer de dormir un peu, annonça-t-il. Bonne nuit, Gabriel.
– Ok. Bonne nuit Sammy.
C'est en se retournant pour la énième fois que son surnom lui percuta l'esprit. Il l'avait bien appelé Sammy... ? Ça ne faisait que cinq minutes qu'ils s'adressaient la parole et il lui avait déjà donné son surnom. Décidément ce type-là n'était pas ordinaire, songea Sam en attrapant un caillou au sol qu'il se mit à faire rouler entre ses doigts.
Une heure passa, peut-être deux. Très lentement. Le caillou qu'avait pris Sam était maintenant chaud, à force de passer de doigts en doigts. Il s'était efforcé de ne penser à rien, comme devaient le faire les autres, mais c'était impossible. Il ne pouvait pas s'arrêter de réfléchir à tout ce qui s'était passé depuis le début. Parfois même ses réflexions s'égaraient à d'autres moments de sa vie.
Seulement c'était l'image du cadavre de Samandriel qui se répétait dans son esprit en boucle à chaque fois. Sa mort avait été atroce, bien que rapide et sans souffrance. Il se massa automatiquement la nuque en se remémorant celle de Samandriel, brisée. Que s'était-il passé dans ce wagon-là pour qu'un adolescent puisse mourir de cette façon ? Il se replia un peu plus sur lui-même comme s'il avait froid.
– Hey, ça va ?
La voix de Gabriel le ramena sur place. Il se tourna vers lui.
– J'ai juste du mal à dormir. Et toi ?
Il distingua un haussement furtif des épaules. Peut-être que sa vue s'habituait un peu finalement.
– Insomniaque de base. J'ai l'habitude.
Silence. Peut-être était-ce l'occasion d'en savoir un peu plus sur lui ? Après tout, ce n'est pas comme s'ils avaient autre chose à faire que discuter. Et puis il dormait à côté l'un de l'autre, autant connaître un minimum la personne d'à côté.
– Ça fait longtemps ?
Gabriel sembla hésiter quelques secondes, puis répondit.
– Depuis toujours.
– Oh.
– Encore ce « oh » ? Ma parole Sammy, tu ne sais pas t'exprimer autrement !
– Disons que c'est parce que je ne sais pas quoi dire ?
– Disons que c'est parce que justement un « oh » ne veut rien dire qu'il vaut mieux alors ne rien dire ! Je ne sais pas s'il est positif, négatif, admiratif, moqueur ou je ne sais quoi. On est censé deviner ?
– Hey, sérieusement ? Je dis encore ce que je veux !
– Et je n'ai jamais dit le contraire.
– D'accord. Très bien. Désolé si ça t'a autant perturbé.
– Je n'ai absolument pas été perturbé !
– Bien sûr que si.
– C'est toi qui a été perturbé par ma question.
– Excuse-moi, je ne crois pas non.
– Excuses acceptées.
– … C'est une blague ? Il est quelle heure ? Même maintenant tu es du genre à sortir ce genre de plaisanteries ?
– Toujours quand je m'ennuie.
– …
Il soupira.
– Je vais essayer de dormir.
– Tu as dit la même chose tout à l'heure et ça fait trois heures que tu ne fais que te tourner et te retourner sans t'arrêter. Même moi ça me dérange.
– J'ai encore foi en mon capricieux sommeil.
– Et ton esprit agité.
– Très drôle. Bonne nuit.
– Je ne te donne pas dix minutes avant que tu abandonnes.
– On parie ?
– Pari tenu.
Sam remonta les vêtements qui lui servaient de couvertures sur lui et s'enfonça un peu plus contre son « oreiller ». Il allait dormir. Il devait dormir. Peut-être même que s'il y arrivait, il se réveillerai vraiment, chez lui. Tout ceci ne serait qu'un rêve. Un cauchemar. Il devait se relaxer. S'endormir. S'endormir. Dormir dormir dormir.
Il commençait enfin à se détendre lorsqu'il sentit quelque chose sur sa tête. On lui touchait les cheveux. On lui tressait les cheveux.
– Gabriel ?! s'écria-t-il.
Des grognements endormis s'élevèrent dans le tunnel à l'encontre de Sam.
– Gabriel, reprit-il, qu'est-ce que tu fous ?
– Je t'avais donné « même pas dix minutes » n'est-ce pas ?
– Oui et alors ?
– Ben... ça allait faire dix minutes. Donc je vérifiais que tu dormais vraiment.
– Dis plutôt que tu voulais me maintenir éveillé !
– Quoiqu'il en soit, j'ai gagné Gigantor.
– Quoi, c'est Gigantor maintenant ?
Gabriel pouffa.
– Personne ne t'a jamais appelé comme ça ?
– Non, et je m'en passais très bien.
– Avec ta taille, c'est étonnant.
– Je ne dirai rien.
– Si tu juges la mienne, détrompe-toi tout de suite : ce n'est pas moi qui suis petit, c'est les gens comme toi qui sont trop grands.
– Intéressante théorie.
– Hm hm.
Sam leva les yeux au plafond – qu'il ne distingua pas. Il sentit Gabriel s'agiter à côté. La question franchit ses lèvres avant même qu'il n'y pense.
– Tu fais quoi dans la vie ?
Gabriel s'arrêta de gesticuler.
– C'est pas un métier fabuleux. Si tu devinais plutôt ?
– Sérieusement ?
– Autant tuer le temps à des questions débiles. Tu verras plus tard je réécrirai tes réponses et on en publiera un livre. Imagine ; « La vie de Sam dans les moindres détails ».
– Très bien – mais tu sais n'y compte pas trop pour le livre t'auras besoin des droits d'auteur. Tiens, justement ; éditeur ? Écrivain ? Ou journaliste ?
– Tout faux.
– Domaine de la presse ?
– Nope.
– L'art ?
– Non plus.
– Dommage. Je t'aurai bien vu en musicien genre instrument à vent – trompette ? – ou magicien ambulant pourquoi pas.
– Je sais pas quoi déduire de ce genre de vision que tu as de moi, Sammy. Dans le doute je vais m'abstenir.
– Je sais ! Marchand de bonbons. Ou de farces et attrapes. Je suis sûr que c'est un truc dans le genre.
– Oui mais non. Remarque, j'aurai adoré les farces et attrapes. Ça m'aurait donné l'occasion d'emmerder quelques personnes.
– Aaah mais donne-moi au moins un indice !
– C'est pas le plus beau métier du monde, et disons que c'est dans le commerce.
– Donc tu es vendeur de quelque chose.
– Bravo Sherlock.
– Laisse-moi deux secondes. J'essaie de visualiser les lieux où je te verrai. C'est le genre d'endroit où moi je pourrai aller ?
– Je suis même quasi-certain que tu y es allé plus d'une fois.
– Je n'ai aucune idée de ce que tu penses de moi donc ça ne m'aide pas tellement.
– A ton avis, qu'est-ce que je pourrais penser de toi ?
– Hum, ayant aligné les mots « experts », « pervers » dans une seule phrase – ce que je répète, Gabriel, je ne suis pas – je dirai cabaret ?
– Hey, pas mal du tout ! Mais ce n'est pas tout à fait ça. Barman.
– Barman ?
– Yep.
– Tu me vois souvent aller dans des bars ?
– Exactement. Derrière cette tête de petit chiot tout innocent je suis sûr qu'il y a un tout autre Sam.
Lorsque Gabriel dût deviner ce que faisait Sam dans la vie, il ne mit que deux minutes avant de trouver qu'il finissait ses études en droit. Ils discutèrent par la suite de tout et de rien, de leurs goûts, leurs plaisirs quotidiens, leurs films, séries et livres préférés, mais jamais rien de très approfondis et personnel.
Sam s'endormit plus détendu qu'il n'aurait pu l'être en pensant à Dean avec une pointe de remords. C'était son anniversaire aujourd'hui.
