J'suis super contente (et soulagée) que ce premier chapitre vous ait plu ! Sans ça, j'aurais hésité à publier la suite, mais ça m'a bien motivé ! Puis elle me plaît bien, cette idée :). J'ai un peu peur qu'il n'y ait pas assez de dialogues, mais je mise aussi sur les pensées, pour que ça ne soit pas trop 'lourd' :)...

Museelo, dans « Ce que veulent les femmes », c'est Mel Gibson. Par contre, il ne joue pas dans « Forrest Gump », là c'est Tom Hanks :). Tiens, j'ai bien envie de revoir Forrest Gump, du coup :)

Réduire les possibilités

Tu ne te sens pas bien ? Demande Ken, assis à ma gauche.

Je m'arrache -difficilement- à ma stupéfaction pour le dévisager. Non, ce n'est certainement pas lui... Il doit se demander pourquoi je le regarde comme ça, mais... J'ai presque envie de rire, d'un coup ! Comme si Ken pouvait... Soyons sérieux, allons ! D'ailleurs, j'ai dû rêver. C'est la seule explication possible. Il faudra vraiment que la prochaine fois, je reste chez moi. J'ai toujours fait ainsi, et maintenant je comprends pourquoi... Oh oui, je comprends pourquoi ! Je capte les pensées de toutes ces paires d'yeux fixées sur moi comme si j'allais tomber. J'essaie de faire abstraction, mais c'est impossible : elles rentrent dans ma tête d'elles-même et je n'arrive pas, non seulement à les arrêter, mais encore à deviner à qui appartient chaque pensée...

'Et voilà ce qui se passe quand on dépasse ses limites... Je lui avais pourtant dit de rentrer'.

Ca, c'est Ken. Je me suis -assez facilement d'ailleurs- familiarisé avec sa 'voix' et je le reconnaîtrais entre mille, maintenant. Mais pour le reste... Il pourrait bien s'agir de Tetsu, de Yukkie ou de n'importe lequel de ces messiers que je connais moins, ça ne ferait aucune différence... Bon sang, j'ai mal au crâne... Impossible de m'empêcher de les entendre... surtout qu'elles me concernent, ces pensées !

'Il est tout pâle... J'espère que ce n'est pas contagieux'

Hé ho mon gars, je t'emmerde hein, qui que tu sois ! J'ai pas la gale, à ce que je sache ! Je les regarde tous, un par un, soigneusement... Non, c'est inutile. J'ignore qui c'était. Pas Ken, déjà. Et c'est plutôt un soulagement, on ne va pas se mentir. Il revient d'ailleurs à la charge en posant sa main sur mon bras pour me faire asseoir :

Hyde ? Ca va pas ?

Si... Si... J'ai eu... Ca va mieux. Excusez-moi pour mon impolitesse ! lançai-je à l'attention de la salle entière. Veuillez poursuivre, s'il vous plaît.

Il n'y a aucun problème... me répond aimablement l'un de nos interlocuteurs. Bien, reprenons.

Docile, je me rasseois, mort de honte de m'être ainsi donné en spectacle... Je crois que j'ai vraiment l'air mourant... Ma tête va imploser, c'est obligé... Vous ne pouvez pas arrêter de penser, tous autant que vous êtes, non ?! Ca me rendrait méchant, à la fin, tout ça... J'attrape un stylo dans ma main et je le serre fort, histoire de passer mes nerfs sur quelque chose, faute de mieux... Ca ne marche pas tellement, d'ailleurs. De l'extérieur, on doit vraiment croire que je m'ennuie ici... Ce qui n'est pas faux en plus, ces réunions là, très peu pour moi... Et voilà que ça recommence... Mais oubliez-moi un peu, vous tous !

'Il va s'écrouler, si ça continue...'

'Bon sang... il devrait rentrer, cet imbécile...'

'Si jamais il tombe vraiment malade... C'est un coup à rester chez lui pendant un bout de temps... et moi je deviendrai quoi, si je ne peux pas le voir tous les jours ?'

Encore ?! Cette fois je m'accroche aux bras du fauteuil pour ne pas me lever. Je les détaille tous à nouveau... C'est inutile, je ne parviens pas à faire le tri. Tout ce que je peux dire, et que j'avais déjà plus ou moins perçu la première fois, c'est que c'est une voix très étrange... Douce... Très douce... Soucieuse. 'On' s'inquiète pour moi. 'On' tient à moi. Et elle est tendre aussi, cette voix là. Ca me fait vraiment bizarre... Mais le doute n'est plus permis, désormais : il y a dans cette salle, quelqu'un à qui je... plais. On va dire ça comme ça. Je le sais parce que j'entends cette pensée de la même façon que j'entends celle qui me sont destinées. C'est à moi qu'on pense. C'est perturbant... D'un autre côté, mieux vaut peut-être ne pas savoir de qui cela provient, non ?... Et en plus, c'est sincère. A moins que la personne ait découvert cette capacité que j'ai et s'amuse avec moi, chose qui me paraît très improbable... C'est sincère. Je n'arriverai pas à y réfléchir maintenant. Entre les symptômes de la crève et mon étonnement, c'est un peu trop pour moi, là.

Lorsque cette fichue réunion se termine, j'ai compté jusqu'à 1000 un paquet de fois, juste pour arrêter d'entendre tous ces gens... Ca a plutôt bien marché, en fait. La prochaine fois, je réciterai des poèmes dans ma tête, ça m'occupera. Quelle vie, je vous jure... Effort ultime pour saluer nos 'invités'... Dont la plupart me regarde vraiment comme si j'allais leur filer la peste, d'ailleurs. Note pour moi-même : il faudra que je demande à Yukki de me faire un résumé de ce qui s'est dit d'important aujourd'hui, parce qu'honnêtement, je n'ai rien retenu. Ma maladie plaidera ma cause.

Pardon d'être lourd, mais tu n'as vraiment pas l'air d'aller bien... me dit Ken alors que nous nous retrouvons enfin seuls tous les quatre. Je voudrai te conduire chez le médecin.

Ca va aller... lui dis-je alors que je me sens effectivement un peu mieux. Je vais rentrer, promis, et je prendrai soin de moi...

'J'aimerai prendre soin de toi aussi...'

Hein ?! Mais c'est pas possible ça ! Qui ici, se croit dans un film à l'eau de rose ? Qui ?... C'est ce que j'aimerai dire, mais... Ca me touche, en vérité. C'est difficile à expliquer avec des mots, mais... Ca me touche beaucoup. Je ressens tellement de chaleur... De bonnes intentions... quelqu'un se sent impuissant et voudrait m'aider, mais... Il a peur de s'approcher, je le sens. Pourquoi ? C'est rassurant, tout compte fait, de ressentir cela... A cet instant, comme tout à l'heure lorsque nous allions tous prendre place dans la plus grande salle, un frisson me prend. Un sentiment de bien-être... qui me concerne. Mais là, ma tête résonne si fort que j'éclate avant de pouvoir me contrôler :

Ah mais bon sang, ça tourne pas rond chez vous ou quoi ? Lançai-je à l'attention de personne.

Hein ? De quoi tu parles ? S'étonne Yukki en m'approchant.

Rien, je...

Tu as de la fièvre, ajoute Ken après avoir posé sa main sur mon front. Tetsu, dis-lui d'aller chez le médecin.

Je... Je... Oui... bafouille mon leader, du coin de la pièce où il s'est retiré.

Bon ok, j'irai.

Je ne peux qu'accepter... Je ne l'avais pas encore remarqué, mais... Tet-chan n'a pas l'air bien, lui non plus. J'espère ne pas lui avoir refilé ma crève... Enfin c'est peu probable, puisqu'il ne m'a pas approché aujourd'hui. Bizarre, d'ailleurs. J'aurais fait quelque chose de mal ? Je ne crois pas, pourtant. Il me suffirait de l'écouter pour le savoir mais... Ce serait trop risqué, et puis je m'y refuse. Déjà que maintenant, j'entends Ken trop facilement... Ce sont mes amis, après tout... Je ne dois pas les écouter. Ca ne se fait pas. Et encore moins avec quelqu'un d'aussi pudique que l'est Tet-chan.

Ah bon sang, c'est pas trop tôt ! S'exclame Ken, toutefois décontenancé que j'accepte. Je saurai comment faire la prochaine fois : si c'est lui qui te le demande, tu le fais.

Mais non, je...

Peu importe. Je vais appeler pour savoir si on peut te recevoir aujourd'hui. Tu ne bouges pas d'ici, ok ? C'est dingue ça, à ton âge il faut encore qu'on te surveille.

'Et il ne veut pas que je vienne le border, aussi ?'

Mais je t'ai rien demandé ! M'exclamai-je, en protestation à ses pensées peu flatteuses.

Mais j'ai rien dit ! S'offusque-t-il aussitôt, surpris.

Euh... Oui...

Ah bon sang, il faut vraiment que je fasse attention, moi ! Ce n'est pas parce que j'entends Ken si distinctement, que je dois perdre le contrôle et lui répondre comme si l'on dialoguait tous les deux... enfin, d'ici à ce qu'il devine la vérité, j'ai le temps de voir venir, remarquez... Tiens, c'est quoi ce bruit ? On dirait mon portable. Ah, effectivement. Yukki l'attrape, comme il était plus proche de lui, et me le tend en m'informant aimablement :

Message !

Et mince, il ne manquait plus que ça au tableau, comme ça ma journée est complète. Il y a des jours comme ça... Que répondre à ce message ? 'Non', déjà, ça c'est sûr... Après, je dois faire attention à la façon dont je vais le tourner. Soyons diplomate, surtout. Après tout, ça fait un moment que l'on ne s'est pas revus, et je pourrai sans aucun mal sortir ce soir... Mais définitivement non, il ne vaut mieux pas. Trop dangereux.

Ca n'a pas l'air d'être une bonne nouvelle... remarque Yukki.

Non, c'est juste Gackt qui m'invite à boire un verre... lui dis-je.

C'est hors de question. J'adore Gackt, j'ai en règle général, plaisir à sortir avec lui... Le souci est qu'il... pense beaucoup à moi, dirons-nous. Et de façon assez... directe. Alors vu mon état aujourd'hui, je ne suis pas sûr de pouvoir maîtriser quoi que ce soit... Et par conséquent, ça me mettrai assez mal à l'aise. Une fois suffit poour la journée. Et je n'ai pas envie d'entendre ce genre de choses... D'autant que j'ai beau être clair, c'est à chaque fois le même refrain. Ce sera donc non pour cette fois, désolé. Mais à cet instant, j'entends autre chose. La même voix que tout à l'heure, et toujours impossible à identifier. Cette fois, elle n'est pas tendre ni douce. Elle est plutôt... amer :

'Il revient à la charge, celui-là ? N'y va pas !'

J'ai pas l'intention d'y aller, dis-je à voix haute, à l'adresse de cette voix.

Tu fais ce que tu veux, tu sais... J'suis pas ta mère, me dit Yukki, étonné.

Oui je sais, je disais juste ça comme ça...

Mais... Une minute ! Il n'y a plus que nous quatre, là ! Et déjà précédemment... Je n'avais pas tilté, mais... Il n'y a que nous quatre ! J'ai beau regarder à droite et à gauche, il n'y a personne de caché sous la table ni rien... juste Ken, isolé à droite pour téléphoner... Yukki en face de moi... Tetsu à l'autre bout... Je respire un grand coup. Ca craint. Ca craint vraiment. Attends... après tout, il m'est déjà arrivé de 'capter' loin. Si jamais l'une des personnes qui étaient avec nous tout à l'heure, se trouvait... sur le parking, par exemple. Peut-être que, détraqué comme je le suis aujourd'hui, je pourrai l'entendre... Je dois vite me rendre à l'évidence : cette hypothèse ne tient pas debout, dans la mesure où la 'voix' répondait à ce qui se disait en ce moment même dans cette pièce. Ken... Yukki... Tetsu... Il y a forcément une autre explication. Forcément.

Ca y est ! Me lançe Ken tout à coup. Et bien mon petit vieux, tu prends ton manteau et on file !

Où ?

A ton avis ? Je t'emmène pas au karaoké, vu ton état ! Médecin, mon vieux !

Je déglutis. Seul... Dans la voiture avec Ken... Mais ce n'est pas lui, c'est vrai. Il ne pense pas à moi comme cela. Un peu soulagé que ce soit lui qui s'y colle, je me détends... et j'essaye d'occulter le fait qu'il n'y a plus que deux personnes en liste, maintenant... Je crois que je ne protesterai pas davantage pour le médecin : j'ai vraiment l'impression que je vais mourir. Je ne sens plus mes jambes ni ma gorge... Ma tête, n'en parlons pas... Oui vraiment, je vais suivre Ken sans faire le difficile. Après tout, il n'y a pas que moi : si je suis malade, je ralentierai tout le monde. Je dois penser à ça aussi.

On y va ? Me demande Ken.

Oui, je suis prêt...

Cette fois ça y est, on décolle. Et franchement, je me demande si je ne vais pas m'évanouir dans la voiture. Pourquoi faut-il toujours que quand je sois malade, je le sois à ce point ? J'en viens à me demander si mon petit don n'y est pas pour quelque chose... Ca doit être épuisant, ce truc là, en fin de compte... Enfin, j'y penserai une fois remis sur pied. Lorsque notre guitariste et moi-même quittons les lieux, je m'aperçois que mon équilibre est précaire... Je vais peut-être vraiment m'évanouir, après tout. Satanée fièvre. Malgré le brouillard qui obscurcit les choses, je capte une ultime pensée, de nouveau affectueuse... Non, aimante.

'Pourvu qu'il prenne soin de lui... et qu'il nous revienne en pleine forme. Le voir comme ça me rend malade aussi.'

Je ne sais pas très bien si c'est bien ou mal... Je ne sais même pas qui c'est... Mais alors que ma gorge et ma tête me font souffrir le marthyr, que la douleur commence à être vraiment dérangeante... Je suis content de ressentir quelque chose d'aussi positif. Ca influe un peu sur mon moral. Alors... merci, qui que ce soit.