Merci Mary Chou pour ton commentaire !
Je suis désolée pour le temps que cela m'a pris à poster la suite de cette histoire ! Un nouveau correcteur va s'occuper de m'aider pour cette fiction et pour les autres, merci à Awful de me donner de son temps pour me permettre d'avancer !
Si vous souhaitez des informations supplémentaires sur l'avancement des chapitres (sait-on jamais), on se retrouve sur Twitter ! Le lien sur trouve sur ma fiche de profil =)
Bonne lecture ~
xXx
« Je suis vraiment désolé Kassim. »
Depuis la première heure de cours, Ali-Baba a la nette impression d'être un disque rayé à force de répéter inlassablement la même phrase. Pourtant, il continue de le faire dans un vain espoir d'obtenir le pardon de son ami, mais celui-ci ne semble pas près de le faire.
Un air colérique sur son visage doré par le soleil, Kassim traverse la foule d'étudiant comme s'il nageait dans une piscine. Il évite avec une adresse déroutante la masse présente dans les couloirs de l'université sans faire attention au blondinet qui ne cesse de lui courir après. Cette andouille s'est encore endormie dès la première heure, et c'est encore lui qui a dû s'activer pour ne pas perdre un seul mot du prof.
Il y a des jours où il aimerait vraiment laisser Ali-Baba se démerder tout seul. Hélas, il ne peut pas le faire parce que même si son ami est un parfait crétin, il n'y a que lui qui arrive à supporter toutes les conneries de Kassim, et surtout qui arrive toujours à résoudre la situation. Le jeune homme pousse un soupir tout droit sorti du cœur avant de s'arrêter brusquement pour attendre son imbécile blond qui arrive à sa hauteur, soufflant comme un bœuf. Certains étudiants se mettent à râler face à son arrêt brutal mais passent vite leur chemin sans chercher la petite bête. Après tout, Kassim est un homme suffisamment musclé pour envoyer valdinguer quelqu'un et son mètre quatre-vingt-cinq suffit à dissuader quiconque de lui chercher des noises.
« Qu'est-ce que tu ferais sans moi ?
Pas grand-chose, Kassim ! »
La sincérité est l'une des plus belles choses que possède Ali-Baba, d'après Kassim. Lui, il est plutôt du genre à contourner la vérité, à manipuler les autres face à lui, le blondinet est un véritable rayon de lumière. Il adore le comparer à une ampoule qu'on peut éteindre et rallumer comme on le désire, même s'il évite de trop le faire au risque qu'elle s'éteigne définitivement. Ali-Baba est tellement émotif qu'un simple mot de sa part suffit à faire disparaître sa lumière, alors il préfère le laisser aussi exubérant plutôt que de le briser.
Kassim possède un certain leadership, tout son entourage est d'accord sur ça, mais sa façon de parler trop crûment font que les autres ne comprennent pas forcément ses intentions. Alors, c'est souvent Ali-Baba qui le corrige, qui ajuste la tournure de ses phrases afin qu'il aille toujours dans la bonne direction. Ali-Baba, c'est l'ange gardien de Kassim, même si c'est plus souvent le brun qui le protège de la vie réelle.
Il entortille une mèche de cheveux sombre, encore libre, autour de son doigt afin de bien l'emmêler puis l'enroule autour de son élastique. Ses cheveux sont longs mais avec tellement de nœuds que la seule manière qu'il aurait de tout démêler serait de couper net. Mais cette coiffure un peu unique lui va bien, c'est sa petite signature personnelle alors il la garde. De toute manière, il se fout de ce que pensent les autres et même Ali-Baba lui a explicitement dit que cela lui allait bien. Si Ali-Baba le dit, alors les autres ne doivent pas avoir les yeux en face des trous pour en arriver à le critiquer. Du coup, il n'est pas encore arrivé l'imbécile qui lui fera couper ses dreadlocks.
À parler de cette manière, on pourrait penser que Kassim aime Ali-Baba. Loin de là, c'est juste une amitié tellement profonde qu'il y a des moments où le jeune homme admire son ami et il sait très bien qu'il en est de même pour le blond. En soi, Ali-Baba est un ami qu'il ne peut pas repousser et de toute manière, il ne cherchera jamais à le faire parce que même s'il l'énerve plus d'une fois, le blond est toujours à ses côtés peu importe la situation. Cela, il ne peut que l'en remercier, même s'il le fait rarement.
« Je suis vraiment désolé Kassim.
Ça va, j'ai compris, répond-t-il d'un air bourru »
Et comme toujours, il lui pardonnera sa bêtise. Parce qu'après tout, c'est comme cela qu'il est Ali-Baba, même si, dans le fond, Kassim a l'impression de le perdre depuis le collège. Non, ce n'est pas une simple impression. Ali-Baba se perd dans les jeux vidéo, Kassim a beau essayer de le faire remonter, il n'y arrive pas et cela le rend dingue. Il n'est pas vraiment en colère lorsqu'il doit prendre les cours pour son blondinet, après tout, au collège et au début du lycée, c'était Ali-Baba qui faisait tout pour lui en plus de son propre travail. Non, il est juste en colère parce qu'il n'arrive pas à ramener l'ami qu'il a toujours connu. Parce que l'homme qu'il a sous les yeux et qui continue de s'excuser comme si sa vie en dépendait, ce n'est pas le Ali-Baba qu'il respecte tant, ce n'est qu'une pâle copie de l'original. Et ça, ça le frustre parce qu'il ne sait pas où se trouve vraiment son ami et qu'il a beau chercher dans tous les recoins de la ville, il n'arrive pas à mettre la main dessus.
Alors il s'énerve, prétextant la flemmardise de son ami pour les cours, pour essayer de faire émerger sa vraie personnalité.
« Je prends les cours de cet après-midi. »
Ali-Baba n'a pas encore compris qu'il est pardonné depuis longtemps, alors il essaye encore et encore de racheter sa faute. Kassim ne peut que sourire face à la dévotion dont fait preuve le blondinet, il ne lâchera pas l'affaire tant qu'il n'aura pas réussi à atteindre son but. Ali-Baba peut être très long à la détente mais une fois qu'il a commencé à avancer, il ne recule devant rien et va toujours au bout des choses ce qui n'est pas vraiment le cas de Kassim.
Le brun est très rapide, trop rapide, et ne réfléchit pas forcément aux conséquences que ses actions pourraient causer. C'est pour cela qu'il apprécie d'avoir Ali-Baba derrière lui, parce qu'il ne lui sert pas de bouclier, il le laisse foncer même si le blond n'hésite pas à l'arrêter s'il remarque qu'il va trop loin.
Ils se complètent très bien, du moins ils se complétaient car maintenant Kassim n'arrive plus à rester devant lui. Ali-Baba a pris un peu d'assurance et ses jeux en ligne font partie d'un domaine qu'il ne connaît pas.
« J'ai entendu dire que Magi allait faire une mise à jour. »
Les yeux d'Ali-Baba pétillent de joie à l'évocation de son jeu favori. Kassim n'y joue pas mais ce n'est pas pour autant qu'il ne connaît pas. Après tout, Magi est tellement réputé qu'il en entend parler tous les jours, et pas forcément avec le blondinet. Sa propre sœur semble y être mise à jouer il y a quelques semaines et elle n'arrête plus de le baratiner avec ses quêtes. Le brun est plutôt curieux, il se demande ce qu'il y a de si extraordinaire avec ce MMO.
« J'ai même été invité à Empire pour son lancement. »
Kassim n'est pas étonné. Vu toutes les heures qu'Ali-Baba a passé sur Magi, il se doutait bien que quelque chose comme cela arriverait un jour. Son ami s'éloigne de lui et cela l'effraie, parce qu'il est le seul à le comprendre, le seul à le voir tel qu'il est vraiment, Kassim ne veut pas le perdre.
« Tu m'apprendras à jouer ? »
Il hésite. Sa voix est faible et elle déraille à la fin de sa question, mais cela ne le choque pas plus que ça.
« Avec plaisir ! »
Ali-Baba est heureux, très heureux. Il l'est tellement qu'il serait capable de sauter de joie dans les couloirs et même de hurler au monde entier son bonheur. Kassim est le seul réel ami qu'il ait, alors savoir qu'il s'intéresse à son passe-temps favori lui fait monter une bouffée d'adrénaline.
« Tu peux venir ce week-end avec ton ordi, on va commencer par l'installation. »
Et Ali-Baba se lance dans son discours. Il commence à lui expliquer les premières étapes avant de se mettre à jouer. Kassim est étonné. Pas par le discours d'Ali-Baba en lui-même, mais par le fait qu'il est subjugué par ce que son ami raconte. Il boit les paroles du blondinet comme il le ferait avec son chocolat chaud du matin et étrangement, il ressent un certain bonheur à comprendre un peu plus ce qui rend si heureux Ali-Baba. Il a déjà hâte d'être au week-end.
« Stop ! Je te rappelle qu'on est que lundi et que tu as toute la semaine pour me donner les détails. »
Ali-Baba arrête brusquement son flot de parole et ses joues s'ornent d'un joli rose. Il s'est laissé emporter par ses émotions, par la joie de partager Magi à son ami. Il regarde rapidement autour de lui et se rappelle vaguement qu'il n'est pas chez lui mais bien à l'université. Il a l'impression d'être ailleurs, d'être déjà devant son ordi, alors que son personnage traverse les montagnes en quête d'un quelconque troll. C'est une sensation étrange qui disparaît très vite lorsque Kassim pose une main chaude sur son épaule pour le faire avancer.
« Désolé Kassim, je me suis laissé emporter, lui lance-t-il un peu perturbé.
Ne t'inquiètes pas mon vieux, j'ai l'habitude avec toi. »
Et leur routine d'étudiant reprend le fil du temps. Entre les murs décrépis d'un vieux jaune, le carrelage délavé par les années et les portes dont la peinture craque, ils sont un peu dans un autre monde.
Comme promis, Ali-Baba recopie les cours à la perfection. Kassim est d'ailleurs en train de dormir derrière son ordinateur, profitant d'une pause bien méritée avant de retourner chez lui. Il n'a pas envie car il sait très bien comment tout cela va finir. Ses parents vont encore se disputer pour une broutille, la vaisselle va se fracasser sur le carrelage doré pour s'éparpiller aux quatre coins de la pièce. Sa mère va partir rejoindre son amant tandis que son père rejoindra ses potes de beuverie et lui, il se retrouvera à ramasser les restes de haine de ses parents pendant que sa petite sœur dormira à poings fermés, une musique forte emplissant la pièce de la cadette pour l'isoler de ce triste monde.
Kassim se réveille en sursaut, de la sueur coulant le long de ses tempes. Ali-baba a déjà commencé à ranger leurs affaires pendant qu'il émerge du royaume des songes. Un sourire aux lèvres, le blond lui laisse le temps qu'il lui faut pour sortir complètement de son cauchemar. Il sait très bien de quoi a rêvé son ami.
« On a fini pour aujourd'hui, tu veux passer à la maison avant de rentrer ? »
Kassim approuve d'un vague signe de tête avant de suivre Ali-Baba vers la sortie de l'amphithéâtre. Il est encore somnolent et s'il n'y avait pas le blondinet devant lui, sûr qu'il ne serait pas sorti. Il serait resté encore un peu au chaud afin de ne pas affronter sa triste réalité, afin de fuir la routine qui s'est installée chez lui et qui le détruit tout doucement.
C'est dans ces moment-là qu'il comprend qu'Ali-Baba tente de fuir sa vie à travers les jeux, mais lui, il ne peut pas le faire parce qu'il a sa petite sœur à protéger.
« Je te montrerai un aperçu de Magi ! »
Ali-baba est de nouveau enthousiaste et cela lui fait chaud au cœur. Kassim voit bien que le blond tente de détourner le fil de ses pensées, et muettement, il le remercie chaleureusement de le faire de cette manière, de se rendre compte que sa vie ne va jamais comme il le veut mais qu'il s'accroche désespérément pour garder la tête hors de l'eau. Kassim attend, il attend qu'un jour la roue du destin tourne en sa faveur, qu'il puisse enfin vivre sans se soucier de quoi que ce soit mais il sait aussi qu'un jour, son passé le rattrapera et qu'il n'y aura qu'Ali-Baba pour lui éviter de couler. Il ne peut plus compter sur ses parents pour l'aider et le brun ne veut pas mêler sa petite sœur, encore innocente, dans un monde trop violent.
Ils rentrent tous les deux dans la maison d'Ali-Baba, vaste demeure comparée à celle de Kassim. Cependant, il ne le jalouse pas, car même si son toit est bien plus petit que celui du blond, Kassim a tout de même un peu de chaleur auprès de sa sœur alors qu'ici, il n'y a rien. Ali-Baba a perdu sa mère lorsqu'il était très jeune et son père est bien trop occupé avec son entreprise mondiale pour prendre le temps de voir son fils. Oui, Ali-Baba vit dans le luxe mais il n'y a aucune chaleur humaine et ça, ça attriste suffisamment Kassim pour qu'il ne se soucie pas de cet argent.
À une époque, il avait envié le blondinet. Lorsqu'il était enfant, Ali-Baba vivait comme une personne normale, sa mère travaillait énormément pour compenser les dépenses financières et puis, du jour au lendemain, tout avait changé. Son père l'avait retrouvé et il s'était remis avec sa mère une fois qu'il était sûr que cela ne les mettrait pas de nouveau en danger. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, mais Kassim n'avait pas vu ça du même œil. Ali-Baba avait été transféré dans une école pour personnes de haute fortune et ils ne se voyaient plus. Et pourtant, le blond s'était désespérément accroché à leur amitié et avait même réussi à obtenir l'autorisation de son père de retourner dans la même école que son ami.
Cependant, Kassim avait changé, il était devenu une personne glaciale et se fichait complètement des autres. Il n'hésitait pas à sacrifier ses compatriotes pour réussir et lorsqu'Ali-Baba l'avait retrouvé, ils avaient eu beaucoup de mal à se reconnaître. Puis, le blondinet avait doucement apaisé le cœur de son ami et ce dernier était redevenu ce qu'il était, un garçon un peu fou mais tellement sympathique.
Après un aller-retour dans la cuisine, ils se dirigent vers la chambre du blond qui s'empresse d'allumer son ordinateur.
« Sérieux Ali, serait peut-être temps que tu penses à réaménager ta chambre. »
C'est toujours la même chambre d'adolescent, avec son lit une place, ses étagères, son armoire où est écrit une multitude de citations en tout genre seuls les rideaux opaques sont récents.
« Tu sais, je l'aime bien cette chambre.
Dis surtout que tu passes tellement de temps sur ton PC que ton lit doit te prendre pour un inconnu. »
Les enceintes de l'ordinateur émettent un petit tintement annonçant l'ouverture de la session du propriétaire.
« Je lance le jeu, va chercher une chaise le temps qu'il s'ouvre. »
Kassim obéit docilement et part chercher une autre chaise de bureau dans l'une des pièces adjacentes. Malgré le fait qu'ils se connaissent depuis tous petits, le brun n'avait jamais osé explorer cette maison et même Ali-Baba ne semblait pas le faire, alors il se limitait aux pièces qu'il connaissait. Le brun se glisse aux côtés d'Ali-Baba pendant qu'une interface couleur sable s'affiche à l'écran.
Kassim reste fixer l'écran sans dire un mot tant le graphisme le laisse pantois. Ça n'a rien à voir avec les jeux auxquels il avait pu jouer auparavant et il commence à s'intéresser un peu plus à ce MMO aux couleurs chaudes et enivrantes.
« Bonjour Ali-Baba-Kun, comment vas-tu aujourd'hui ? »
Un gamin d'une dizaine d'années s'affiche sur l'écran d'ordinateur. Il semble sortir tout droit des contes des « Milles et une nuit ».
« Aladin ? demande Kassim en regardant du coin de l'œil Ali-Baba après avoir lu le nom du joueur au-dessus de sa bulle de conversation.
Oui, c'est le nom d'un Magi. C'est un personnage non-jouable qui choisit un conquérant de donjon pour devenir l'un des rois du jeu.
Ça m'a l'air super sophistiqué ton truc.
En fait, c'est plutôt simple, mais t'inquiète pas, toute l'histoire te sera expliquée lors de ta première connexion. »
Ça n'avance pas plus Kassim qui laisse Ali-Baba lui raconter quelques anecdotes sur le jeu afin de faciliter son premier jour.
« Et t'as pas de boss final dans ce jeu ?
Si, mais tant que tous les rois ne seront pas réunis, il n'apparaîtra pas.
Y'a beaucoup de rois ?
Pour le moment, il n'y en a qu'un même s'il n'a pas été explicitement choisi par un Magi. »
De nombreuses questions naissent dans les pensées de Kassim, et malgré les tentatives d'Ali-Baba pour lui expliquer au maximum ce qu'il se passe dans le jeu, le brun n'arrive pas encore à suivre.
« Tu comprendras un peu mieux ce week-end, c'est juste que je dois te fournir trop d'informations d'un coup. »
Et pourtant, le blond s'était contenté de lui expliquer le strict minimum, mais l'air insatisfait de Kassim, celui qu'il prend dès qu'il ne comprend pas quelque chose, reste accroché aux traits du brun. Ali-Baba ne sait plus quoi lui dire ou du moins dans quel sens lui dire, alors il décide de reprendre depuis le début.
« Magi est à la base un simple MMO conçu par Yunan, explique-t-il en articulant.
Yunan ?
Je ne sais pas s'il s'agit de son vrai nom ou si c'est un pseudonyme mais en tout cas, il a conçu l'intégralité de l'histoire du jeu, des personnages et même les cartes. »
Ali-Baba laisse quelques secondes à Kassim avant de reprendre d'une voix forte.
« Tu peux le retrouver dans le jeu en tant que Magi. Il a la possibilité d'avoir accès à la totalité des royaumes ainsi qu'à des pouvoirs incroyables.
Tu m'as dis qu'un Magi c'était un personnage non-joueur ? Alors pourquoi il peut en jouer un ?
Parce qu'il est le créateur originel du jeu. D'après les informations qu'il a accepté de donner, il voulait pouvoir être un personnage qui ferait avancer les joueurs mais que personne ne pourrait manipuler.
Mais c'est un énorme égocentrique ce mec, proteste vivement Kassim.
Je ne sais pas, je ne le connais pas personnellement. »
Ali-Baba n'a encore jamais eu la chance de rencontrer le créateur en personne, ni même dans le jeu d'ailleurs. Yunan est connu pour apparaître et disparaître au moment où il le veut, c'est même lui qui fait apparaître les donjons à conquérir. On peut dire que cet être mystère a toujours une certaine mainmise sur sa création même s'il ne la contrôle plus totalement.
Ali-Baba a toujours été incroyablement curieux à son égard et encore plus lorsqu'il a pu rencontrer Aladin, un Magi sans territoire tout droit sorti d'un monde inaccessible dans le jeu. Et malgré le fait que le gamin soit haut comme dix pommes empilées, il n'en restait pas moins sacrément résistant et très attachant dans sa façon d'être.
« Bref, dans Magi tu peux jouer un humain avide de science, un conquérant de donjon dans le but de devenir roi ou un magicien.
Ça fait pas beaucoup de classes tout ça ! marmonne Kassim en se remémorant les nombreuses possibilités dans les autres jeux en ligne.
C'est déjà pas mal, surtout que les spécialisations sont juste énormes. Il y en a tellement que tu sais jamais quoi prendre lorsqu'il faut faire un choix.
Mais beaucoup de monde doit vouloir être un conquérant de donjon ?
Oui, et c'est justement pour ça qu'Empire a mis une règle spécifique en place. »
Kassim hausse un sourcil interrogateur.
« Lors de sa première connexion, tout le monde peut devenir un conquérant de donjon mais c'est lors du jeu que tu as une nouvelle voie. Soit tu réussis à conquérir le donjon et tu peux garder ton rôle pour continuer sur ta lancée, soit tu meurs trop souvent à l'intérieur du donjon et tu dois choisir entre devenir un scientifique ou un magicien.
Mais c'est injuste ta règle, et tu fais comment si tu veux vraiment être un conquérant ? coupe Kassim.
Mais laisse-moi finir à la fin ! lance Ali-Baba d'une voix furax avant de reprendre plus calmement. Pendant un mois, tu dois rester dans ta nouvelle classe puis le jeu te demande de faire à nouveau un choix. Soit tu restes tel que tu es et tu évolues, soit tu acceptes de devenir un conquérant à nouveau mais tu perds tout ce que tu as acquis.
Ouais, en gros tu reprends tout à zéro.
Tu reprends quasiment tout à zéro mais tu as fini par apprendre à jouer donc il devient souvent plus facile de conquérir un donjon. »
Kassim n'y croit pas trop, à cette stupide règle. Comment pouvait-il réussir à conquérir un donjon en repartant de zéro ? Cela ne voulait-il pas dire qu'il perdrait toutes ses compétences ?
« Et même ton niveau ?
Non, celui-là est juste diminué de moitié ! Ils peuvent pas non plus te faire revenir à la case départ.
Et tes compétences ?
À zéro, vu que les compétences acquises n'ont plus rien à voir avec la classe dans laquelle tu étais. »
Kassim était désormais sûr d'une chose : il n'irait pas conquérir des donjons ! Bizarrement, il veut bien devenir magicien ou même scientifique, voire un peu des deux.
« On peut pas être alchimiste ?
Tu peux t'en approcher mais ne t'attends pas à pouvoir changer de la terre en or. Pour ça, tu devras être un scientifique et faire de nombreuses recherches avant de pouvoir atteindre ce titre.
Je vais devoir passer beaucoup de temps sur le jeu ?
Ça dépend si tu es aidé par quelqu'un ou non ! Si tu restes solitaire, tu avanceras moins vite qu'en groupe mais tu auras une renommée plus grande qu'en équipe.
Et tu peux pas être roi en étant scientifique ? demande Kassim dans l'espoir d'avoir une autre alternative au gain du pouvoir.
Non, mais tu peux aider un roi et être son bras droit. »
C'est décidé, Kassim sera scientifique. Il regarde attentivement le personnage d'Ali-Baba avancer dans une sombre forêt où surgissent de nulle part d'étranges araignées velues. Ces dernières ne semblent pas perturber le blond qui continue d'avancer à travers les différents chemins.
« T'es un vrai poisson dans l'eau lorsque tu joues.
C'est parce que je le connais en entier. Ces araignées ne t'attaquent pas dès que tu es à un niveau au-dessus d'elles.
Tous les monstres sont comme ça ?
Ceux de l'extérieur en grande partie, par contre, ceux du donjon ne te laissent jamais souffler. »
Raison de plus pour Kassim de ne pas devenir un conquérant.
« Il y a aussi une dernière caste que tu peux rejoindre !
Laquelle ? lance rapidement Kassim, soudainement très intéressé.
Tu peux faire partie du lige d'un Roi et obtenir une partie de sa force. »
Le monde Magi semble tourner autour des rois, à n'en pas douter, ils étaient des hommes forts à qui l'on pouvait confier sa vie sans regarder en arrière.
Kassim observe du coin de l'œil Ali-Baba en se disant que son ami n'était pas spécialement fort mais qu'à n'en pas douter, s'il le voulait vraiment, tout un peuple le suivrait. Parce qu'Ali-Baba a la main sur le cœur et qu'il pense avant tout aux autres.
« Et du coup, être lige ça correspond à quoi ?
Être lige c'est une classe un peu particulière parce qu'elle peut réunir toutes les autres en plus de celle du guerrier.
Tu m'avais pas dit qu'elle existait celle-là !
Logique vu qu'un guerrier est comparable à un conquérant de donjon ! »
Encore un conquérant !
« Tu voues une confiance sans bornes à ton Roi et tu le sers du mieux que tu peux, c'est comme ça que tu peux faire partie de son lige, termine Ali-Baba. »
Kassim le regarde jouer, ou plus précisément tuer un dragon bicéphale à l'aide d'une étrange lame noire dont des flammes ardentes faisaient brûler la végétation alentour.
« Et il faut combien de Rois pour que le Boss final apparaisse ? relance Kassim dont l'intérêt ne cesse d'augmenter.
Il en faut quatre, un pour chaque Magi.
Toi, tu es donc un Roi ?
Non, j'ai juste été choisi pour le devenir mais je n'ai pas encore de pays et de population pour le faire, rigole Ali-Baba. Par contre, j'ai déjà une personne dans mon lige, fanfaronne-t-il en ouvrant un écran d'options. »
Kassim examine attentivement les écritures. L'un des onglets porte le nom singulier de « Lige », Ali-Baba ne tarde pas à cliquer dessus et un prénom s'affiche dans la casse correspondante.
« Morgiana ? s'enquit-il auprès du blond. Tu m'avais pas dit que ta femme virtuelle s'appelait comme ça ? demande Kassim après quelques secondes de réflexion.
Exactement, piaille le blondinet. C'est ma femme mais aussi mon bras droit ! Elle a une force phénoménale et je t'assure que tu n'as pas envie de la voir énervée. »
Kassim n'en doute pas. Du peu que lui avait raconté son ami, Ali-Baba avait déjà perdu la vie après s'être pris un coup de la part de la demoiselle. Il note dans un coin de sa tête d'être toujours poli avec elle et de ne jamais tenter de la faire sortir de ses gongs, ou du moins de l'être jusqu'à la connaître suffisamment pour se permettre d'être lui-même.
« Mais qu'est-ce que je raconte, c'est pas comme si j'allais la rencontrer, marmonne-t-il.
Tu racontes quoi là ? demande Ali-Baba après avoir fini de tuer son dragon aux écailles rougeâtres.
Rien du tout ! Retourne jouer ! »
La bêtise d'Ali-Baba est contagieuse, Kassim l'a oublié mais heureusement qu'il s'est repris à temps.
Il soupire tout en se disant qu'il ne doit pas oublier de voir tout ça d'un œil externe ! Son portable vibre dans sa poche et il l'en sort. Un message de sa petite sœur le fait sursauter et se relever brusquement comme s'il était monté sur ressort. Ali-Baba le regarde surpris mais commence déjà à se déconnecter. Il le sait, une seule personne peut faire réagir le brun de cette manière !
« Allons la chercher, lui lance-t-il d'un air détendu. »
Kassim opine de la tête et ramasse prestement ses affaires. Il est déjà devant la porte d'entrée qu'Ali-Baba n'a pas encore terminé d'éteindre son poste.
« Et puis tant pis, on verra après. »
Il se lance à la poursuite de Kassim qui ne l'a pas attendu. Mais au lieu de se diriger vers le lycée de Mariam, sa petite sœur, comme le prévoyait Ali-Baba, ils se dirigent vers un lieu que le blond a rarement visité : le karaoké !
« Kassim ? tente-t-il en voyant l'air sauvage qu'arbore son ami. »
Celui-ci ne répond pas et pénètre le bâtiment comme s'il partait en guerre. En quelques foulées, ils se trouvent devant les toilettes pour femme et Kassim y entre sans aucune hésitation. Ali-Baba le suit de près mais avec beaucoup moins d'assurance. Il ne le montre peut-être pas, mais le blond a beaucoup de respect pour les lieux, surtout lorsqu'il s'agit d'un endroit réservé qu'il n'est pas censé pénétrer.
Kassim s'arrête devant l'une des portes, inspire un grand coup puis frappe sur le battant.
« Mariam, je suis là ! »
La jeune femme ouvre doucement la porte en regardant par l'entrebâillement. Ses larmes ruissèlent le long de ses joues et déchirent le cœur de Kassim qui reste statique devant le battant. Il ne veut pas la forcer à ouvrir et il attendra le temps qu'il faudra pour qu'elle accepte d'en sortir.
Ali-Baba se place juste à côté du brun, et lorsque Mariam le voit enfin, elle n'hésite pas à sortir brusquement des toilettes, la porte claquant contre la cloison. Elle se jette dans les bras du blond en pleurant bruyamment.
Kassim n'est pas étonné de voir sa sœur sauter dans les bras d'Ali-baba mais ses pensées s'embrouillent lorsqu'il voit l'état de la chevelure de sa petite sœur. De nombreuses mèches ne sont plus égales et il voit bien que cette coupe a été un vrai massacre. Mariam n'a plus ses chaussettes montantes et le bas de sa jupe est légèrement brulé, sa chemise est déchirée au niveau des coutures et sa veste comporte d'étranges marques blanches qu'il identifie très vite comme un fluide organique masculin1. Il voit rouge.
Ali-Baba, lui, n'a pas besoin de voir car il sent. Il sent ces odeurs qui ne devraient pas couvrir celle de Mariam, et ça l'énerve parce qu'il ne sait pas ce qu'il s'est passé. Les épaules de la jeune fille se soulèvent au rythme de ses pleurs et ses sanglots se tarissent contre le pull d'Ali-Baba. Le blond lui caresse délicatement le dos et la laisse se calmer contre son torse. Il jette un rapide coup d'œil à Kassim qui quitte la pièce.
« Ne fait pas de connerie », lui hurle Ali-Baba tandis que la porte des toilettes se referme sur le brun.
Mais Ali-Baba sait très bien ce qu'il va se passer. Kassim va débouler comme un taureau en furie dans la pièce du karaoké et attraper la première personne sous sa main avant de le frapper jusqu'à qu'il ne puisse plus bouger. Le blondinet serre un peu plus contre lui Mariam dont les larmes ont cessé de couler et il hésite. Il ne peut pas laisser la jeune femme seule mais il ne peut pas non plus laisser le brun aller démolir la tête du premier venu.
« Mariam, commence-t-il en soulevant le menton de la jeune femme pour qu'elle le regarde. Je suis désolé de te forcer mais il va falloir quitter la pièce avant que ton frère n'éclate les personnes qui t'ont fait ça ! »
Kassim avait toujours cru que sa sœur ne connaissait rien de son sombre passé parce qu'il avait toujours tout fait pour l'en éloigner. Mais Ali-Baba n'était pas dupe, il voyait bien dans le regard de la demoiselle qu'elle en savait beaucoup plus qu'elle ne le montrait. Derrière son visage angélique, elle cachait bien des choses et, parce qu'Ali-Baba la connaissait mieux que n'importe qui, elle pouvait se permettre d'être vraiment elle.
Mariam savait que si Kassim apprenait qu'il n'avait jamais réussi à l'entourlouper quant à sa vraie nature, alors il sombrerait à nouveau. Parce que son frère n'était pas aussi fort que les autres le pensaient, parce qu'il suffisait de souffler sur sa carapace pour qu'elle s'effrite et se brise, dévoilant son cœur bien trop fragile pour le monde dans lequel ils vivaient. Alors Mariam ne disait rien afin de ne pas le détruire et elle avait trouvé en Ali-Baba un autre frère à qui elle pouvait se confier sans barrières.
Ali-Baba enlève son pull beige afin de le remettre à la jeune fille. Une fois enfilé, elle le regarde attentivement et lui attrape le bout de son tee-shirt.
« Arrête-le Ali, comme tu l'as fait auparavant », le supplie-t-elle d'une voix encore gorgée de détresse.
Alors Ali-Baba la prend de nouveau dans ses bras, inspire son odeur si douce de cannelle et de vanille.
« On va l'arrêter tous les deux Mariam ! Il est assez fort pour comprendre qu'il doit arrêter de t'éloigner d'un monde dans lequel tu as déjà sauté à pieds joints, lui murmure-t-il à l'oreille en lui caressant ses cheveux désordonnés. Et après on ira faire un tour chez le coiffeur pour arranger tout ça », termine-t-il en lui souriant sincèrement.
Sourire qu'elle lui rend avec conviction. Mariam est forte et elle ne se laissera pas couler pour un peu de maltraitance physique et émotionnelle et puis, elle n'est pas toute seule pour assumer ce désastre, et ça, c'est le meilleur remède qu'elle puisse avoir.
Main dans la main, ils quittent les toilettes à toute vitesse sous le cri horrifié d'une dame dont le parfum capiteux fait grimacer Ali-Baba.
« Espèce de malotru, comment osez-vous entrer dans les toilettes des femmes », lui hurle-t-elle tandis qu'ils s'éloignent en courant.
Le blond ouvre brutalement la pièce dans laquelle Mariam et ses soi-disant amis étaient, mais il ne retrouve là qu'une bande de lycéens complètement effrayés et paumés et il comprend tout de suite que Kassim est déjà passé par là.
« Dehors », crie Mariam alors qu'il se tourne vers elle.
Ali-Baba voit Kassim traîner de force un des lycéens vers une rue adjacente au bâtiment. Il a encore le temps de protéger ce gamin avant qu'un ouragan de fureur ne s'abatte sur sa gueule d'ange, mais Mariam n'a pas la force de continuer à courir.
« Monte », lui dit-il en s'agenouillant dos à elle.
La jeune femme n'hésite qu'une fraction de seconde avant de se glisser entre les mains d'Ali-Baba qui lui empoigne les cuisses et la hisse sur son dos. Il sent la chaleur de Mariam contre ses omoplates mais il n'a guère le temps d'y penser et recommence sa course en direction de la sortie.
« Six jus de fruits pour la salle 306 », lance-t-il à l'hôtesse d'accueil en même temps qu'il quitte le bâtiment.
Des hurlements étouffés se font entendre lorsqu'ils arrivent au fond de l'impasse. Ali-Baba voit les poings de Kassim détruire l'individu sous ses jambes, il voit les gouttelettes de sang voler pour s'écraser contre le bitume, les mèches brunes de son ami voltigent dans tous les sens. Le blond a l'impression de revenir quatre ans en arrière alors que Kassim participait à ses combats de rue.
Mariam hurle dans ses oreilles, demande à son frère d'arrêter le massacre qui se déroule sous ses yeux. Mais Kassim est comme possédé, il n'écoute rien et ne vit plus que pour tuer l'être étendu sous lui.
Le lycéen étouffe, gesticule pour échapper à la poigne féroce de son prédateur, tente d'hurler pour qu'on l'entende mais les coups continuent de s'abattre sur son visage et bientôt, il commence à sentir ses forces l'abandonner. Alors qu'il croit que sa dernière heure arrive, il ne sent plus rien d'autre que le vent qui se lève.
Ali-Baba a déposé Mariam contre le mur et s'est jeté sur le dos de Kassim afin de l'arrêter. Le brun ne voit pas ça de la même manière et n'hésite pas à balancer le blond contre le mur. Ce dernier s'écrase contre le béton dans un bruit de craquement mais il n'en démord pas et se jette à nouveau sur son ami. Écrasé par Ali-Baba qui a pris son élan en s'aidant du ciment, il sent le bras du blond lui serrer la jugulaire dans l'optique de le calmer, puis son regard croise celui de son ami et celui de sa sœur, et sa fureur disparaît.
Mariam avance à quatre pattes vers lui tandis qu'Ali-Baba desserre son étreinte mortelle. Kassim respire, regarde l'adolescent qu'il vient de détruire puis le ciel, et une unique larme s'échappe de son œil gauche avant d'aller se perdre contre sa chemise désormais tachée de sang frais. Il a mal aux mains, aux coudes, aux bras, aux épaules et au cœur, surtout au cœur. Parce qu'il a replongé, qu'il n'a pas réussi à se contrôler et qu'il a misérablement laissé sa sœur derrière lui alors qu'elle avait besoin de son épaule.
Mariam se hisse jusqu'à lui, jette un coup d'œil au lycéen et remercie Ali-Baba tout sourire.
« Sérieux, va falloir que t'arrêtes de sauter à la gueule de tous les gens que tu peux pas blairer », lui balance Ali-Baba.
Kassim le voit se masser le coude puis s'étirer. Un hématome commence déjà à apparaître sur le bras du blond qui grimace dès qu'il essaye de le plier.
« Et évite de me balancer comme tu l'as fait, je suis pas un sac de patates ! »
Kassim sourit devant les propos du blondinet. Mariam s'est logée à ses côtés et ne dit rien, parce qu'elle n'a pas envie de briser l'ambiance qui s'installe entre ces deux-là et parce qu'au fond, les bras de son frère de sang représentent le meilleur endroit au monde.
« D'ailleurs gamin, la prochaine fois que tu touches à un cheveu de Mariam, je t'assure que je le laisse te démonter la tronche au point qu'il te faudra une chirurgie esthétique pour te remettre ta gueule d'ange en place…si tu survis, menace Ali-Baba. Et autre chose, si tu portes plainte pour coups et blessures, je te laisse deviner ce qui t'attend. »
Ali-Baba aide Kassim à se relever. Le brun ne peut plus utiliser ses mains, couvertes de sang, maintenant que l'adrénaline est descendue et il n'a pas vraiment la force de tenir debout tout seul.
« Dis Ali, tu voudras bien m'écouter, lui demande timidement Mariam tandis qu'Ali-Baba maintient Kassim du mieux qu'il peut.
Autour d'une tasse de chocolat chaud, d'un plateau de chamallows et de ton frère qui dort, propose-t-il. Mais avant va falloir que tu me donnes un coup de main parce qu'il pèse son poids cette enflure ! »
Kassim ne relève même pas et commence à somnoler sur l'épaule du blond qui tente de se redresser avant de s'écrouler sous la masse de muscles que représente le brun.
Ali-Baba a déjà appelé une ambulance alors qu'ils quittaient la ruelle et menti au sujet du blessé. Il a fait simple en prévenant le SAMU, indiquant qu'il avait assisté de loin à une bagarre de rue, que l'un des lycéens semblaient mal en point et que des amis à lui étaient à ses côtés. Les ambulanciers retrouveraient le gosse tout seul mais peu importe, il ne s'était pas identifié et avait pris soin de mettre son téléphone en anonyme pour qu'on ne puisse pas remonter jusqu'à lui.
Tandis que Kassim dort comme un loir dans le canapé en cuir d'Ali-Baba, Mariam et lui trempent leur chamallow dans des tasses de chocolat chaud.
« Tu sais Ali, je t'ai toujours trouvé très courageux. Tu n'as pas le même courage que mon frère, mais tu as quelque chose qui force le respect.
Je vois pas trop en quoi je suis courageux Mimi, je suis même pas fichu de parler à un inconnu.
Mais tu as réussi à t'approcher de mon frère alors que même moi, il m'effrayait.
Il me manque juste des neurones. Quand j'y repense, je me dis que je suis vraiment dingue de m'être autant accroché à un animal aussi sauvage que Kassim, mais dans le fond, je ne regrette pas d'avoir fait autant d'efforts. »
Mariam sourit tout en sirotant sa boisson chaude. À ses yeux, Ali-Baba a toujours été un garçon un peu hors normes, un brin trop naïf aussi mais une personne si attachante qu'on finit toujours par se demander s'il ne fait pas exprès d'agir de cette manière. Une sorte de moyen de détourner l'attention des gens, d'adoucir même le plus dangereux des loups en le caressant dans le sens du poil et surtout, d'apaiser le cœur de la plus grosse brute sur cette planète.
La jeune femme s'est toujours dit qu'Ali-Baba avait une très grande force mais qu'il n'est juste pas fichu de la mettre en avant dans sa vie de tous les jours, qu'il faut le pousser un peu aux fesses, lui faire affronter une réalité bien violente pour qu'émerge cette personnalité qu'elle chérit autant. Mais en même temps, l'innocence et la chaleur que dégage le blond est une part de lui qu'elle ne veut pas voir disparaître. En soit, elle adore Ali-Baba comme un frère, un ami, un confident et le sauveur de sa famille. Parce que s'il n'avait pas été là pour protéger Kassim, s'il avait juste détourné les yeux alors son frère aurait fini en prison, son père aussi, sa mère se serait remariée avec son amant et elle, on l'aurait envoyée en famille d'accueil. Alors même si sa famille n'est pas quelque chose d'idéale, elle les a toujours avec elle et ça, c'est grâce à Ali-Baba qui s'est battu pour faire sortir Kassim de sa connerie de monde noir.
« Mariam, rappelle le blond, tu n'es pas venue ici pour te perdre dans ma moquette.
Elle est toute douce ta moquette, boude la jeune femme. »
Ali-Baba lui sourit mais l'incite à parler d'un seul regard. Elle avait oublié à quel point il dégageait une telle confiance lorsqu'il y avait des moments comme celui-ci. La jeune femme avait envie de délaisser son chocolat, se glisser dans les bras du blond pendant qu'il l'enserrerait contre son torse et de laisser toute sa tristesse s'évacuait sur lui.
Le blondinet pose sa tasse sur la table basse et s'installe de telle manière qu'elle se laisse finalement glisser entre ses jambes avant de s'y lover comme un chaton en manque de chaleur maternelle. Il caresse délicatement son dos à travers la chemise qu'il lui avait passée puis ses cheveux qui avaient été coupés afin d'arranger le massacre qu'ils avaient subi.
« Je devais juste aller au karaoké, chanter, danser et boire du jus d'orange, commença la jeune femme. Et puis, alors que je voulais aller aux toilettes, il m'a suivi et… »
xXx
Petites précisions
1 : Suite aux remarques d'une amie, je tiens à vous préciser que Mariam n'a pas été « violée » ! Je ne suis pas assez sadique pour torturer à ce point les personnages !
