Eh oui, me revoilà. En retard. Très en retard même. Mais mes études, en plus d'un certain nombre de problèmes personnels ont fait que je n'ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à ce chapitre, que j'ai fini par écrire quasiment d'une seule traite dès que j'ai eu le temps (à partir de la semaine dernière). Désolée également pour tous ceux qui ont eu une réponse à leurs reviews juste avant la parution de ce chapitre, et non dès la réception de ces reviews. Je promets (d'essayer) d'être plus efficace à partir de maintenant.

Un grand merci également à Khalya qui a eu la gentillesse de bétatiser mon chapitre, de une, et de me botter les fesses pour que je prenne le temps d'écrire ce chapitre, de deux.

Sur ce, je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps alors... ENJOY !!


Remus se réveilla en sursaut en entendant des coups frappés à la porte. Il jeta un coup d'oeil au réveil : deux heures du matin. Il sortit de sa chambre, dévala les escaliers et ouvrit la porte. Son souffle se coupa en reconnaissant le visage épuisé de Lily. Remus s'écarta pour la laisser entrer, et l'emmena dans le salon.

-Lily qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi t'es pas chez James ? Y a eu un problème ?

-Non... Enfin oui, mais non...

-Calme-toi, ma belle, sourit Remus. Je vais te chercher une tasse de thé et tu m'expliques, d'accord ?

La rouquine acquiesça, et se lova plus confortablement dans le canapé pendant que Remus partait vers la cuisine. Il revint quelques secondes plus tard avec une tasse fumante qu'il tendit à Lily.

-Alors je t'écoute. Qu'est-ce qui se passe ?

Lily but quelques gorgées de thé, prit une profonde inspiration et commença à parler.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Remus serra doucement Lily contre lui. La rouquine lui avait tout raconté, dans les moindres détails, sans jamais s'interrompre. Lui caressant doucement les épaules, il murmura :

-Allez viens ma belle. Ne t'inquiète pas pour James, je te jure que je ne te laisse pas repartir d'ici si tu ne le veux pas.

Lily leva vers lui un regard interrogateur que Remus déchiffra sans aucuns problèmes.

-Ce n'est pas parce que James est un de mes meilleurs amis que je vais fermer les yeux devant de telles conneries. Il n'a pas à te faire ça, ni lui, ni personne d'autre. Tu voudras que je lui en parle ?

-Si ça te dérange pas...

-Ca me dérange pas, assura le loup-garou d'un ton rassurant. Allez, viens, t'as besoin de dormir...

Il emmena Lily dans une chambre d'amis. Epuisée, elle dormait une minute après. Remus redescendit dans le salon, prit un parchemin, un encrier et une plume, et écrivit :

James,

Il avait hésité une fraction de seconde à mettre "Cornedrue", avant de réaliser qu'il s'adressait ici au Gryffondor prétentieux et sûr de lui, et non à son meilleur ami.

Lily est chez moi. Je te le dis pour te rassurer, pas pour que tu viennes la chercher.

Remus.

Il ne voulait pas en écrire plus, trop en colère pour vouloir écrire quelque chose de moins sec, trop en colère pour laisser son ami croire qu'il pouvait venir chercher Lily quand il le voulait. Même si, officiellement, elle lui appartenait, officieusement, il n'avait absolument aucun droit sur elle. Remus secoua la tête de droite à gauche. James était fou amoureux de Lily... C'était d'ailleurs pour ça qu'il s'était précipité pour la tirer des griffes de Lucius, il n'aurait pas supporté de savoir ce qu'elle subissait sans rien faire. Alors pourquoi était-il incapable de la rendre un minimum heureuse alors qu'il avait tous les atouts en main ?

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James n'avait pas pu résister. Dès qu'il avait reçu le hibou, il avait transplané chez Remus. Il frappa à la porte, qui s'ouvrit quelques secondes plus tard sur le loup-garou.

-Qu'est-ce que tu veux ? demanda celui-ci d'une voix sèche.

-Te parler. Et parler à Lily.

-Me parler, y a pas de problèmes. Parler à Lily, de une, elle dort, de deux, je ne la réveillerais pas pour tes beaux yeux, et de trois, tu lui parleras uniquement si elle le veut bien, ce dont je doute. Donc, tu voulais me dire quoi, à moi ?

-Te parler de Lily, justement. Savoir pourquoi elle était partie.

-C'est pas si dur à comprendre, mais je sais que je vais t'en demander beaucoup en te conseillant de réfléchir avec ta tête, et non avec ta queue.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Qu'elle est partie parce qu'elle ne supporte plus de te servir de pute à longueur de nuits ! rugit Remus. Tu ne trouves pas que Malefoy en a assez fait ?? Ca servait à quoi de la racheter si c'est pour la violer dès qu'elle t'appartient ?

-Je ne la viole pas ! protesta James.

-Tu appelles ça comment, toi, alors ??

James ne répondit pas tout de suite. Il finit par murmurer :

-Elle a jamais rien dit... Elle a jamais protesté... Je te jure que si une seule fois elle m'avait dit qu'elle voulait pas, jamais je ne l'y aurais forcé !

-C'est un peu tard pour te demander si elle le voulait ou non. Je te laisse, j'ai d'autres trucs à faire.

Remus referma la porte avant que James n'ait pu comprendre ce qui s'était passé.

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James se laissa tomber dans le fauteuil que Sirius lui désignait. Il était à peine 11h30, mais il était déjà épuisé au point d'avoir hâte que la journée se termine. Il plongea la tête dans ses mains, et ré-entendit aussitôt la voix de Remus : "elle ne supporte plus de te servir de pute à longueur de nuits !". Cela faisait trois ans que Lily l'envoyait balader, elle était parfaitement capable de lui faire comprendre par elle-même qu'elle ne voulait pas... Alors pourquoi ne l'avait-elle pas fait ? A moins que son séjour chez Lucius ne l'ait plus traumatisée que ce qu'elle avait laissé voir ? Mais dans ce cas, elle avait tout dissimulé à la perfection.

-Il leur manque vraiment une case, à ces nanas ! pesta James. Elles peuvent pas simplement le dire, quand ça va pas ??

-Question de fierté, frangin... répondit Sirius. Cherche pas à comprendre. Tiens, bois ça, ça te fera du bien.

James prit le verre que Sirius lui tendait et en but une gorgée. Le goût de l'alcool lui brûla agréablement la gorge, lui ramenant les pieds sur terre.

-Allez, détends-toi, Cornedrue, souffla Sirius. On laisse à Remus le temps de se calmer, à Lily le temps de se réveiller, et on retourne les voir ensemble dans l'après-midi, OK ? Lily doit encore être sous le choc de ce qui s'est passé chez Lucius, ça lui a grillé un ou deux neurones, et elle a pas réfléchi à ce qu'elle faisait en se barrant.

Il resta silencieux un moment avant de reprendre :

-Peu importe ce que te diras Remus, tu n'as absolument rien à te reprocher. On ne peut pas te demander de comprendre ce qui passe par la tête d'une fille. Et t'as déjà vu Remus nous faire la tronche très longtemps ? Lily lui a exposé sa version des faits, ça l'a mis en rogne, t'es arrivé à ce moment là, c'est tout. Et la pleine lune est pour ce soir, ça a pas arrangé son humeur. T'inquiète pas frangin, ça va s'arranger.

James acquiesça en lui décrochant un pâle sourire. Sirius avait toujours réussi à trouver les mots pour le rassurer, même dans les pires situations. Et en général, tout se déroulait comme il le prédisait : ils retourneraient voir Remus et tout s'arrangerait. Comme toujours.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Remus dévisagea les deux maraudeurs pendant quelques secondes, puis, sans dire un mot, il s'écarta pour les laisser entrer. Ils le suivirent jusqu'au salon, où James vit Lily, assise sur un pouf, les bras autour des genoux. Lorsque son regard croisa celui de la rouquine, celui-ci s'illumina d'un éclair de terreur avant qu'elle ne baisse la tête, gardant les yeux fixés sur le sol.

-Bon, je técoute, commença Remus. Qu'est-ce que tu as à me dire que tu ne m'aurais pas dit ce matin ?

-Je voulais vous parler à tous les deux. Mettre les choses au clair. On s'est pas compris, c'est évident.

-C'est facile de dire ça maintenant, James, commenta Remus. Lily a passé trois semaines chez toi, tu ne vas pas me faire croire que vous ne pouviez pas vous expliquer à ce moment là ?

-Pourquoi tu dis ça à James, et pas à Lily ? demanda Sirius. Elle pouvait très bien lui dire ce qui n'allait pas, au lieu de lâchement se barrer !

-C'est vrai, confirma James. Lily ?

La jeune fille leva deux grands yeux émeraudes vers lui.

-Pourquoi tu ne m'en a pas simplement parlé ? Pourquoi tu m'as pas dit ce qui n'allait pas ?

-J'avais trop peur que tu me frappes, murmura-t-elle d'une voix quasi-inaudible. Trop peur que tu punisses comme Lucius.

-Je te remercie de la comparaison, fit remarquer James d'un ton froid.

-Elle a ses raisons, intervint Remus. Tu l'exploites, tu la violes... Pourquoi tu ne la punirais pas comme lui ?

-Ca n'a rien à voir ! rugit Sirius. Lily, tu aurais préféré que James te vende à tous ceux qui étaient intéressés ? James aurait pu te maltraiter réellement, s'il l'avait voulu, ce qu'il est loin d'avoir fait ! Il a juste pris ce qui lui revenait de droit !

Lily pâlit violemment, et Remus se mordit les lèvres pour retenir ce qu'il mourrait d'envie de dire. Ce fut James qui rompit le silence :

-Je n'irais pas jusqu'à dire ça, Sirius. Lily, que tu veuilles me croire ou non, à mes yeux tu n'es pas une esclave. Je ne t'ai pas fait ça parce que je considérais que tu ne servais qu'à ça, je l'ai fait parce que je pensais que tu étais d'accord ! Ca fait à peu près trois ans que tu me renvoies chier, et là tu ne me disais rien, comment voulais-tu que je devine que tu n'étais pas d'accord ?

-En te servant du peu de cervelle qui n'a pas encore déménagé entre tes jambes, James ! grogna Remus d'un ton froid.

-Tu n'es pas obligé d'utiliser des expressions détournées, Remus. Si tu me considères comme un violeur tu peux me le dire franchement, tu sais !

-Je n'ai pas dit ça !

-Avoue que tu le penses !

-Je ne te considère pas comme un violeur, James, mais sur ce coup là tu as agi comme tel ! Tu n'avais aucun droit sur elle, tu viens de dire toi-même que tu ne la considérais pas comme une esclave ! Alors elle est quoi pour toi ?

-Une fille comme une autre ! Une fille parfaitement capable de me dire ce qu'elle veut ou ne veut pas faire !

-Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase "elle avait peur" ?? rugit Remus.

-Peur de quoi ? C'est elle qui me fout des râteaux et m'envoie des baffes depuis plus de trois ans, est-ce que j'ai levé la main sur elle, ne serait-ce qu'une seule fois, depuis trois ans ? Non ! Alors pourquoi est-ce que ça changerait maintenant ?

-Tu te répètes, James. Sirius, bordel, essaye de lui expliquer ! T'as vécu suffisamment longtemps avec ton père pour savoir ce que c'est, la peur de quelqu'un qui tabasse régulièrement !

-Ca n'a absolument rien à voir ! rétorqua Sirius. De une, la peur ne fait pas tout, si j'avais eu si peur que ça, jamais je ne me serais enfui l'année dernière ! Et de deux, James vient de le répéter, il ne l'a jamais tabassée ! Jamais ! Pourquoi est-ce qu'elle aurait peur d'un mec qui l'a tirée des griffes de Malefoy ?

-Un mec qui a agi exactement de la même façon que Malefoy !

James se leva d'un bond, tremblant de fureur. Remus s'attendait à le voir hurler. Mais il commença d'une voix très froide :

-Donc, si je comprends bien Remus, selon toi, je la traitais exactement comme Malefoy ? Je la tabassais régulièrement ? Je l'enfermais dans un cachot ? Je la privais de nourriture ? Je lui foutais trois centimètres d'épaisseur de maquillage sur ses plaies au lieu de la soigner ? Je l'obligeais à coucher avec tous ceux qui me payaient suffisamment pour ça ? Selon toi, j'ai fait tout ça, Remus ?

-Ce n'est pas ce que j'ai dit...

-Si, Remus, c'est ce que tu as dit. Tu le pensais peut-être pas, n'empêche que tu l'as dit.

Remus, devenu presque aussi pâle que Lily, se tourna vers Sirius qui acquiesça d'un hochement de tête. James reprit :

-Je n'obligerais pas Lily à repartir avec moi si elle ne le veut pas.

Se tournant vers la jeune rouquine, il continua :

-Mais Remus risque d'être déchaîné cette nuit, puisqu'aucun animagus ne sera là pour l'aider à supporter la pleine lune. Si jamais tu as peur qu'il te fasse mal, n'hésite pas à venir chez moi. Même si tu penses que je vais te battre, mes poings feront toujours moins mal que les griffes et les crocs d'un loup-garou déchaîné.

James et Sirius transplanèrent sans un mot de plus.

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-Je suis désolée, Remus, sanglota Lily. Je te jure que je voulais pas ça !

-Tu n'as pas à être désolée, Lily. James et Sirius ont agi comme de parfaits connards. Je me passerais d'eux, ne t'inquiète pas, j'ai vécu 6 ans de transformation seul avant de les rencontrer, et jusque là j'y ai survécu. T'inquiète pas pour moi. Et ne t'inquiète pas pour toi non plus. Il y a une pièce dans la maison aménagée spécialement pour les nuits de pleine lune, je ne pourrais jamais en sortir. N'hésite pas à partir si tu as peur, mais je t'assure que je n'arriverais pas à ouvrir cette porte. Je ne t'en voudrais pas si tu pars. Mais tu n'as pas à avoir peur de moi.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James s'étala sur son lit, les yeux rivés sur le plafond. Il savait qu'il avait raison. Que Lily était parfaitement capable de lui dire ce qu'elle voulait ou ne voulait pas faire. Que Remus n'avait pas à le traiter de violeur. Qu'il n'avait pas à le comparer à Lucius. Qu'il n'avait jamais maltraité la jeune fille. Mais, malgré tout ça, il n'arrivait pas à chasser cette petite voix qui se répétait au fin fond de sa tête. Personne ne méritait de passer une nuit comme celle qu'allait passer Remus.

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Remus affichait un air calme, pas inquiété le moins du monde. Mais ce n'était qu'une carapace, une façade pour ne pas inquiéter Lily. Ca faisait un peu moins de 6 ans qu'il n'avait pas passé une nuit de pleine lune seul, sans les maraudeurs pour le soutenir. Même Peter ne serait pas là, il était en voyage avec ses parents. Et même s'il avait survécu depuis le jour où il avait été mordu par Greyback jusqu'à son arrivée à Poudlard, le Loup n'était plus habitué à être seul. Et il en souffrirait. Plus que jamais. Il valait mieux pour un Loup ne jamais avoir eu de compagnie, plutôt que de se retrouver seul après avoir été habitué à en avoir. Il leva les yeux vers la fenêtre. Le soleil commençait à se coucher. Heureusement, en été, les nuits étaient plus courtes. De quelques heures, certes. Mais quelques heures qui deviennent précieuses aux yeux d'un loup-garou pour qui cela représentait quelques heures de transformation en moins. Il ferma les yeux. Ca va bien se passer. La sécurité de Lily ne l'inquiétait pas, avant d'arriver à Poudlard, il passait ses transformations dans cette pièce, alors que ses parents étaient dans la maison. Même lorsqu'ils les sentaient à travers la porte, il n'avait jamais réussi à l'ouvrir. Non, ce n'était pas la sécurité de Lily qui l'inquiétait. C'était la sienne.

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Sirius feuilletait les pages de Quidditch Mag sans les lire. Il aurait aimé se plonger à fond dans ce nouvel exemplaire qui venait de paraître, mais quelque chose occupait ses pensées. Remus. Pourquoi le loup-garou revenait-il sans cesse à son esprit ? Il n'avait absolument rien à se reprocher : Remus avait agi en idiot, n'écoutant que la version de Lily, et refusant d'accepter que, de une, la jeune fille l'avait cherché puisqu'elle n'avait jamais rien dit, et de deux, elle n'avait pas son mot à dire, elle appartenait à James, un point c'est tout. Une nuit de pleine lune sans eux ne le tuerait pas, mais lui ferait juste regretter d'avoir été aussi con : il admettrait ses erreurs pour ne plus avoir à passer de pleine lune seul, et tout s'arrangerait. Remus était suffisamment intelligent pour reconnaître lorsqu'il avait tort. C'était d'ailleurs étonnant qu'il ne l'ait pas déjà fait. Mais le lendemain, lorsque Remus se remettrait du choc de la nuit passée en admettant qu'il avait eu tout faux, sur toute la ligne, tout s'arrangerait. Il n'avait pas à s'inquiéter pour lui, Remus survivrait à une nuit sans eux. Il en était persuadé. Mais alors... Pourquoi avait-il ce sentiment de culpabilité ? Pourquoi Remus revenait-il toujours au sommet de ses préoccupations ?

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Lily s'approcha de Remus, appuyé au rebord de la fenêtre, les yeux fixés sur le soleil désormais quasiment couché.

-Ca va Remus ?

-Oui oui, ne t'inquiète pas, ma belle, sourit-il en se retournant. Ne t'inquiète surtout pas pour moi, d'accord ?

Lily acquiesça, sachant qu'elle ne réussirait pas à faire ce qu'il lui demandait. Elle savait que cette nuit serait insupportable pour Remus. Et que c'était de sa faute. Sirius avait raison, elle n'avait pas à se plaindre de ce que James lui avait fait faire. Si elle avait su rester à sa place, jamais Remus ne se serait pris la tête avec les autres maraudeurs, et jamais il n'aurait eu à passer cette nuit seul. Remus souffrirait cette nuit, plus que jamais. Par sa faute.

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James regarda le nuage le plus éclairé de tous dans la nuit noire. La pleine lune émergea derrière ce nuage, éclairant la ville d'un magnifique clair de lune. Loin, très loin, peut-être même dans son imagination, un hurlement déchirant brisa le silence.

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Remus ferma la porte de la salle spécialement aménagée pour ses transformations. Les murs étaient faits d'un matériau incassable, et très lisse, l'empêchant de se blesser contre de quelconques débris s'il se jetait dedans. Par mesure de sécurité, mais aussi par réflexe, il actionna le sortilège d'ouverture : de l'intérieur, la porte ne céderait jamais. De l'extérieur, il suffisait de tourner la poignée pour qu'elle s'ouvre comme si elle n'avait jamais été verrouillée. De plus, un minuscule miroir sans tain placé sur la porte l'empêchait d'être excité par les humains qui passeraient devant, tandis que eux, le lendemain, pourraient s'assurer que Remus avait bien repris forme humaine avant d'ouvrir la porte. Ces protections assuraient que, s'il se blessait trop pour ressortir, n'importe qui pourrait rentrer pour l'aider une fois retransformé en humain.

Un fourmillement traversa son corps. La pleine lune commençait à apparaître. Et ses effets apparaissaient avec elle. Le fourmillement se transforma en une douleur vive, paralysante, l'empêchant de faire le moindre mouvement. Garde les yeux ouverts, continue à regarder autour de toi. Il se forçait à garder le regard fixé sur un point imaginaire pour garder le contact avec la réalité, mais, plus il luttait, plus un deuxième esprit, bien plus fort, bien plus imposant, prenait le contrôle de son corps, reléguant son esprit au fond fin de son corps. Le point qu'il fixait disparut. Il entendit un hurlement sortir de sa bouche, mais ne put rien faire pour l'arrêter. Il avait perdu le contrôle, il était devenu un simple spectateur de son propre corps. Le seul lien qu'il conservait encore avec son corps, c'était la douleur qu'il pouvait ressentir, toutes ses actions étaient entièrement contrôlées par le Loup, sans qu'il ne puisse rien y faire. Et le Loup voulait se défouler, comme chaque nuit. Mais cette nuit, il ne pourrait pas se défouler en jouant avec Patmol et Cornedrue.

Il se précipita contre l'un des murs, qu'il heurta de plein fouet. Le Loup voulait courir, retrouver la forêt interdite, le parc, les montagnes de Poudlard, aucun Loup n'était fait pour rester enfermé dans une pièce de neuf mètres carrés. Et le Loup souffrait de cet enfermement. Il voulait sortir, il devait sortir, il devait évacuer cette rage, cette envie de courir, de mordre, de blesser. Poussant un hurlement déchirant, il mordit violemment les quelques parties de son corps qu'il pouvait atteindre, ne pouvant rien faire d'autre pour évacuer cette soif de mordre, de blesser. De tuer. Remus hurla sous la douleur qui déchira son bras droit, mais aucun son ne sortir de sa bouche. Il n'était qu'un esprit au fin fond d'un corps, un simple spectateur qui ne pouvait que subir en attendant que le Loup lui rende son corps. Il ne voyait plus la pièce, tout était noir autour de lui, il se sentait juste bouger, il entendait juste des hurlements, il ressentait juste la douleur de ses crocs et de ses griffes qui s'enfonçaient dans sa chair. Le Loup se précipita vers la porte et la percuta de plein fouet. Une fois, deux fois. Il fallait que cette porte s'ouvre, il ne pouvait plus rester enfermé. Trois fois, cinq fois. Arrête, putain ça fait mal ! Tu réussiras pas à l'ouvrir, arrête ! Le Loup ne pouvait ni entendre, ni comprendre ce que criait Remus. Il continua à percuter les murs, la porte, se blessant un peu plus à chaque coup. Un autre hurlement déchirant résonna lorsque le Loup comprit qu'il n'arriverait pas à sortir. Il devait sortir, il devait attaquer, il devait mordre. Remus hurla à nouveau lorsqu'une autre morsure lui déchira les flancs, lui donnant l'impression de se briser en deux. Arrête, s'il te plait, jette toi contre les murs si tu veux, mais mords pas, s'il te plait ! Rends-moi mon corps, j'en peux plus, ça fait trop mal ! Le Loup sentit soudain une odeur. Une odeur alléchante, irrésistible. Une odeur de sang. Du coté de la porte. Il se jeta à nouveau contre la porte pour tenter de l'ouvrir. C'était évident, l'odeur venait de la porte, et plus il se jetait dedans, plus elle s'intensifiait. Plus il se jetterait dedans, plus elle deviendrait réelle, jusqu'à ce qu'il ait devant lui la source de cette odeur. Prenant plus d'élan, il enfonça la porte. Qui ne bougea pas. Mais l'odeur était plus insistante qu'avant. Alors il continua. Réfléchis bordel, c'est ton propre sang qu'est sur la porte, pas derrière ! Evidemment, que plus tu te jettes dedans et plus y a du sang dessus ! Il n'arrivait pas à ouvrir la porte, mais cette odeur de sang était désormais omni-présente sur son corps. Mordant violemment ses flancs, il savoura trop rapidement à son goût les quelques goûtes qui coulèrent sur sa langue. Alors il mordit encore, plus profondément, plus intensément. Plus mortellement.

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La pleine lune brillait par le velux ouvert de sa chambre. Il avait renoncé à le fermer, la lumière n'étant pas censée l'empêcher de dormir. Mais le clair de lune flou attirait tout de même son regard, le dissuadant de fermer les yeux. James se retourna dans son lit, et referma les yeux. Remus se retransformerait dans trois heures environ... Depuis maintenant cinq ou six heures qu'il était transformé, il n'était plus à ça près. Et de toute façon ils avaient eu raison. Remus n'avait qu'à assumer les conséquences de ses actes, une fois pour toutes.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Remus ne voyait plus rien, ne sentait plus rien. Même la douleur, il ne la sentait plus. Enfin si, il la sentait encore. Mais elle était tellement brûlante, elle avait tellement atteint des sommets qu'il ne sentait plus le Loup s'acharner à mettre son corps en pièces. Il sentait parfois son corps bouger, et s'arrêter lorsqu'il percutait un mur ou la porte. Il sentait qu'il glissait sur des flaques de sang, qu'il marchait sur quelque chose qui pouvait être des touffes de poils ou des morceaux de chair, il ne savait plus trop. Bon c'est bon, garde mon corps si tu veux, pour ce qu'il en reste je m'en fous. Mais laisse-moi m'évanouir, s'il te plait... J'en peux plus... Remus voulait encore espérer qu'il était possible de s'évanouir, laissant son corps entier au Loup, mais 6 ans de transformation douloureuse lui avaient fait renoncer à cet espoir. Le Loup, lui, commençait à peine à ressentir une douleur qui l'énervait encore plus. Ce n'était pas à lui de souffrir, c'était à ses victimes ! C'était ceux qu'il mordait qui devaient souffrir ! Alors il recommença à mordre, plus intensément, plus violemment, pour infliger toute la souffrance que ses crocs et ses griffes étaient capables de délivrer. Arrêêêêêêêtte !!!!!!!!! La voix de Remus n'eut pas plus d'influence qu'auparavant. Le Loup recommença à mordre, à infliger cette souffrance qu'il ne devait pas ressentir. Il recommença à se jeter contre la porte dans un vain espoir de l'ouvrir pour pouvoir partir à la recherche de nouvelles victimes. Et Remus recommença à hurler.

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Sirius se glissa sous sa couette, bien décidé à dormir jusqu'à midi le lendemain. Il savait que cinq heures du matin n'était pas une heure pour dormir, mais il s'en foutait, il était en vacances. Le rayon de la pleine lune attira son regard. Il se retourna, et ferma les yeux, près à plonger dans les bras de Morphée.

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Le Loup courrait dans tous les sens. Il n'y avait rien qui bougeait, il était seul dans cette prison, et pourtant l'odeur du sang, de la chair arrachée frappait ses narines plus intensément que jamais. Il courrait, percutait les murs, recommençait à courir pour trouver d'où venait cette odeur trop alléchante, trop attirante. Et il comprit qu'il ne trouverait pas cette source, qu'il ne trouverait pas cette victime. Hurlant à la mort, il recommença à enfoncer ses crocs dans toutes les parties de son corps qu'il pouvait atteindre, afin de ressentir au maximum ce goût de chair et de sang dans sa bouche. Continue, s'il te plait... Tue-moi, j'en peux plus, je veux plus souffrir... Tue-moi... Le Loup avait renoncé à courir dans sa prison, trop occupé à se mordre pour récupérer le goût de la chair fraîche. Remus sentit à nouveau sa gueule s'ouvrir, mais quelque chose empêcha le Loup de la refermer sur ses jambes. Le Loup ne bougeait plus. Pas qu'il ne le voulait pas, Remus sentait qu'il se débattait. Mais il ne pouvait plus bouger. Quelque chose l'immobilisait. Remus essaya de refermer sa gueule. Et y parvint. Lentement, très lentement, il reprenait le contrôle de son corps. Le Loup était toujours là, il disparaissait lui aussi au fond de son corps, pendant que lui, Remus, reprenait le contrôle. Ce n'était pas comme ça que les nuits se terminaient, d'habitude, le Loup était censé disparaître subitement, sans prévenir. Alors que se passait-il ? Pourquoi ne pouvait-il plus bouger, pourquoi reprenait-il le contrôle alors que la nuit n'était pas encore finie ?

Il récupérait ses sens. La douleur plus vive que jamais, mais surtout l'odeur du sang et de la chair arrachée. Il récupérait sa vue. Il vit les morceaux de poils, de chair, les flots de sang inondant la salle. Il essaya de bouger, mais était toujours immobilisé. Il regarda autour de lui, cherchant ce qui le retenait. Il était plaqué dans un coin du mur. Et, de chaque coté de lui, un cerf et un grand chien noir le retenaient, l'empêchant de bouger, l'empêchant de se blesser à nouveau. Merci... Merci. Remus s'allongea sur le sol, épuisé, terrassé par la douleur. Le chien s'allongea à coté de lui. C'est fini.

Il ne savait pas combien de temps il était resté allongé à coté de Patmol et Cornedrue, ignorant délibérément le Loup refoulé dans un coin de son esprit. Puis, au bout de ce qui lui sembla être quelques heures, le Loup disparut, et un agréable fourmillement lui indiqua qu'il reprenait sa forme humaine. Il sentit deux bras le serrer, et une voix familière murmurer :

-C'est bon, c'est fini Remus... James est parti chercher des médicomages... Tiens le coup, ça va aller... C'est fini… On est là.

Il n'en entendit pas plus. La douleur disparut, remplacée par un trou noir si agréable.


Suite au prochain numéro, reviews please !! :p