Bleach ne m'appartient pas. Je ne fais que tenter de développer ses personnages et proposer ma propre vision de ce monde et de sa magie.
Par ailleurs, je ne me fait aucun argent avec cette fic.
Et voici le deuxième chapitre de Proies. J'espère qu'il vous plaira, même si le style d'écriture est un peu différent de d'habitude.
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Chapitre 2 : Un monde de vide et de mort
Il y a cent ans...
8945 fuyait. 8945 n'avait fait que ça depuis sa naissance. C'était longtemps auparavant. Il n'aurait pas su dire l'âge qu'il avait, ou l'endroit où il était né, et la façon. Il se souvenait d'une douleur à la poitrine, et d'un endroit gris, avec pleins d'instruments. Ces instruments lui avaient fait mal, il s'en souvenait, et il ne voulait plus jamais avoir mal comme ça.
8945 avait eu tellement mal qu'il avait fuit de l'endroit gris pour avoir moins mal. Peut être que c'était à ce moment là qu'il avait eu le trou dans sa poitrine ? Il ne savait pas, parce qu'il n'arrivait pas à se souvenir très longtemps. Mais peut être que c'était là.
Il avait fui, et très vite, il avait eu faim. Alors, il avait rencontré d'autre comme lui, avec un trou et un visage blanc, il ne savait pas comment ça s'appelait. Il mangeait quelque chose par terre. 8945 avait tellement faim qu'il avait attaqué l'autre. Ils s'étaient battus, et il l'avait tué. Et puis, il avait découvert que ce que mangeait celui-qui-lui-ressemblait, c'était un autre qui leur ressemblait.
8945 avait eu mal au cœur à l'idée qu'on pouvait se manger quand on se ressemblait, mais la faim était vraiment forte. Alors il avait mangé celui que mangeait l'autre, mais même comme ça il avait encore trop faim, alors il avait mangé celui qu'il avait tué.
Et chaque fois qu'il avait eu faim, il avait fait pareil, encore. D'ailleurs, les autres-comme-lui faisaient pareil aussi. Il était souvent attaqué, et quand cela arrivait, il se battait et mangeait le perdant. Ou alors, le plus souvent souvent, il perdait et il s'enfuyait très vite, en espérant que l'autre soit moins rapide. Mais plus il mangeait, plus il gagnait.
C'est comme ça qu'il s'était rendu compte que quand il mangeait, il devenait plus fort. Il n'avait pas envie de devenir plus fort. Être plus faible que d'autres, ce n'était pas important. Mais s'il devenait plus fort, peut être que les autres arrêteraient de l'attaquer ? C'était ce qu'il s'était dit, et il avait continué d'attaquer les autres-comme-lui et de les manger.
Et puis il y avait les autres, ceux-pas-comme-lui. Eux aussi l'attaquaient souvent, et il ne les aimait pas. Il ne les voyait jamais manger ceux-comme-lui. C'était comme ça que 8945 avait su qu'ils les poursuivaient non pas pour se nourrir, mais pour jouer. Certains de ceux-comme-lui faisaient pareil, mais ensuite ils mangeaient quand même. Eux non, jamais. Ils laissaient leurs proies là où elles étaient mortes, ou bien ils les brûlaient. Pourquoi ?
Alors, 8945 avait décidé dans sa tête que ceux-comme-lui étaient gentils, et les autres méchants. Et quand il en verrai d'autres, il les attaquerait et il les tuerait, et il mangerait leur corps et tout irait mieux.
Mais quand il avait essayé, ça n'avait pas marché. Les-autres étaient trop nombreux, et ils lui avaient fait mal avec du feu de l'eau et les choses brillantes qui piquaient et faisaient saigner. Il avait eu peur et cru qu'il allait mourir.
Après, ils l'avaient poursuivi longtemps, et il avait eu très mal, et longtemps. Alors, il avait décidé d'arrêter de se battre. Il ne voulait plus avoir mal. Et puis, pourquoi faire ? Si c'était pour devoir continuer à fuir le lendemain ?
Et puis, il s'était passé quelque chose. Il ne savait pas vraiment quoi, il ne pouvait pas expliquer.
Il y avait eu... quelque chose. Un bruit ? Un pas-comme-lui ? Et il s'était énervé. Alors après, il ne se souvenait pas. Puis il se souvenait à nouveau. Le bruit s'était arrêté, ou le pas-comme-lui avait arrêté de lui faire du mal. 8945 se rappelait qu'à ce moment là, il y avait beaucoup de pas-comme-lui et de comme-lui qui criaient, ça sentait mauvais, il avait mal partout, et il y avait la pas-comme lui avec son objet brillant dans le ciel face à lui. Elle lui criait dessus, et il l'avait frappé de sa patte pour la faire taire, et elle était tombée.
Et les gens-comme-elle étaient venus encore plus nombreux lui faire du mal, et il était partit, en galopant, pour ne plus avoir mal.
Et alors qu'il était là à courir entre les autres, il y avait eu une lumière, et il était entré dedans. Et quand il était sortit, le monde était différent. Pas la même odeur, pas la même lumière. Et les endroits où étaient les pas-comme-lui étaient différents aussi. Et ils étaient aussi beaucoup plus nombreux, mais plus faibles que ceux d'avant, et plus facile à manger. Mais les comme-lui étaient aussi plus nombreux.
D'abord 8945 s'était dit « pourquoi ? ». Puis il avait vu un des pas-comme-lui se transformer en comme-lui. Avant il était petit, le visage de la couleur de sa peau et sans trou nulle part, sauf peut être sous sa fourrure bizarre. Et puis il avait crié, longtemps, et le trou était apparu et le visage blanc. 8945 s'était alors dit que peut être il était un comme-eux avant. Mais il n'y réfléchit pas plus, et il oublia que ça l'avait étonné et que c'était étrange. Il fit pareil le jour où il vit les pas-comme-lui qui faisaient mal en tuer d'autres qui se battaient différemment. Ceux là n'attaquaient jamais de près. Ils furent nombreux à mourir ce jour-là, mais 8945 ne resta pas jusqu'au bout. On pouvait le repérer, et ils savait déjà que les autres ne se mangeaient pas entre eux. Pourquoi rester alors ? Ce n'était pas important.
De fait, 8945 pensait très peu à autre chose qu'à manger, dormir, et fuir. Le reste, c'était trop compliqué pour lui. Il oubliait vite, ou se disait que ce n'était pas important. Tout ce qui n'était pas la survie pouvait être oublié. Alors, il laissa de côté les souvenirs de sa naissance, son envie de puissance pour être tranquille, le pas-comme-lui devenu comme-lui, sa colère envers ceux qui ne les mangeait pas, et le visage effrayé de la pas-comme-lui qu'il avait frappé.
Il tuait et mangeait pour devenir fort, se faisait pourchasser par ceux avec les objets pointus, dormait pour reprendre des forces pour chasser, et recommençait.
Mais plus il devenait fort, plus il avait mal près du trou, là où le cœur battait. 8945 avait besoin d'autre chose, sans savoir quoi.
Pour le savoir, il aurait dû prendre le temps de réfléchir, mais ce temps là, il ne l'avait pas. Et il n'avait pas non plus l'intelligence nécessaire. Les comme-lui étaient même incapables de communiquer entre eux. Comment auraient-ils pu développer une pensée raisonnée ?
C'est pourquoi ils continuaient, depuis plus de mille ans, à chasser et à fuir, comme des animaux, comme des proies.
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Ainsi, 8945 fuyait. Ce jour-là, il fuyait ceux aux objets pointus, qui voulaient encore lui faire mal. Il était mécontent de lui-même, même s'il ne savait pas expliquer pourquoi. Il savait qu'il ne devait pas aller là où il y avait trop de gens. Parce qu'alors, rien que parce qu'il arrivait, ils mourraient. La chasse était plus facile, mais il se sentait de plus en plus... seul. Il ne connaissait pas la solitude, mais la ressentait quand même.
Et là, la mort de ces gens avait attirée du monde.
Une boule de feu sortit d'un des objets et lui brûla l'épaule. En réaction, 8945 envoya une décharge de lumière ronde vers ses poursuivants. C'était un pouvoir qu'il avait découvert récemment. Les gens les plus faibles, ça les tuaient. Les plus forts, ça les retardait. Il ne demandait rien de plus là.
Un autre se rapprocha et le coupa. 8945 continua à fuir, mais sa patte lui faisait mal, et il était plus lent, beaucoup plus lent. Un autre coup l'atteignit, et un autre encore. Il tenta de fuir par les airs en marchant dessus comme le faisaient les autres, mais un d'entre-eux réussi à l'immobiliser au sol avec son objet qui s'était transformé.
8945 cria et se débattit. Mais les autres continuaient à lui faire mal, encore, et encore. Ils l'entaillaient, le brûlaient, le forçaient à reculer et à s'acculer au mur. Le moindre geste lui faisait mal, et un instant, il décida que tout ça ne valait pas la peine.
Il s'allongea et les laissa continuer à le frapper, sans réagir. Mourir était plus simple. Puis la douleur fut plus forte que la résignation.
8945 grogna et invoqua encore la boule d'énergie. Il la projeta sur ses adversaires, puis coupa avec ses dents ce qui lui immobilisait la patte. Il s'entailla lui même gravement, mais ne s'en préoccupa pas. Fuir, c'était tout ce qui comptait.
Mais après quelques minutes de tours et détours pour tenter de semer les autres, il compris qu'il était coincé.
C'est alors qu'il fouilla ses souvenirs fragmentaires. Il se rappela de la lumière et du monde pas pareil que maintenant. Peut-être que s'il passait dans une lumière, il pourrait se cacher ailleurs, où ils ne pouvait pas le suivre ? Mais il n'avait plus jamais vu de lumière.
Dans l'esprit animal de 8945 vint alors une idée incroyable. Peut être pouvait-il créer sa lumière ?Tout en courant, il se concentra. Il tenta de se rappeler la lumière, la sensation qu'il avait eu, en vain. Alors il se contenta de se concentrer sur son envie de partir de là, très loin, où il serait tout seul sans ennemis.
C'est alors que devant lui le ciel se mit à se tordre avant de s'ouvrir en deux sur un endroit totalement noir. 8945 n'hésita pas une seconde et franchit sans peur l'ouverture. Il se crut sauvé dès lors.
Mais ce ne fut pas le cas. Il tomba comme une masse dans le vide sombre. Il se concentra alors pour créer un plancher sous lui et y arriva. Il s'arrêta alors soulagé. Peut être pourrait-il reprendre son souffle ici pensa-t-il. Mais au dessus-de lui il entendit des cris. C'était les pas-comme-lui qui avaient sauté à sa suite. Alors il se remit à courir, imaginant une surface sous lui. Et comme il y pensait, un sol blanc se matérialisait et il pouvait continuer à avancer, toujours poursuivi par les autres qui l'avaient imité. Ils étaient moins fatigués et ils commençaient à le rattraper. Mais ils étaient moins nombreux, heureusement, alors il pouvait espérer survivre, non ?
Après un long moment, il vit une nouvelle ouverture, et un peu de lumière. D'un bond, il franchit ce nouveau trou, et atterrit sur du sable blanc. Étonné, il regarda autour de lui. Il faisait nuit, et il y avait quelques arbres rabougris autour. Le vent soufflait doucement. Et l'air... l'air était meilleur que les deux autres endroits. Il respirait mieux déjà, et se sentait un peu reposé. Là, il se sentait « chez lui », une sensation qu'il n'avait jamais eu.
Mais il ne put se poser davantage de questions ni s'étonner. Les autres avaient franchis l'ouverture. 8945 grogna sauvagement. Il avait trouvé un chez-lui, les pas-comme-lui n'allaient pas le lui prendre, ni le tuer. D'une pensée, il fit se refermer l'ouverture, coinçant les autres ici avec lui.
Son grognement se transforma en hurlement, et il sauta sur le plus proche. D'un coup de patte, il lui arracha la tête. Il se retourna vers le second et le mordit sauvagement avant de le propulser au loin. Il restait maintenant trois autres différents-de-lui. Leur énergie à tous quatre monta en flèche, et le combat commença. Les mouvements étaient rapides, précis, faits pour tuer. Mais maintenant, c'était 8945 qui attaquait et les autres qui se défendaient. Un premier tomba, puis un autre. Resta le dernier, qui portait du blanc au dessus du noir. Le combat fut long, très long. Il était fort, mais 8945, lui, ne se fatiguait pas, ou très peu. Ici, il y avait une énergie qui lui donnait plus de force. Enfin, l'objet piquant de l'autre s'envola dans les airs grâce à un habile coup de patte. 8945 atterrit sur l'autre, l'empêchant d'utiliser ses propres lumières qui faisaient tellement mal.
Le pas-comme-lui fit des bruits étranges avec sa bouche. Ce n'étaient pas des grognements, c'était plus doux. 8945 écouta. Il trouvait ça joli. Il colla son museau à la tête de l'autre. Il se demandait en quoi ils étaient aussi différents. C'était triste de se pourchasser toujours.
Il aurait voulu garder l'autre en vie. Mais il savait que l'autre s'empresserait de revenir avec d'autres-comme-lui. Et ça, il ne voulait pas. Et s'il le gardait avec lui, il serait obligé de le tuer quand il aurait faim. Il regarda une dernière fois le visage. Il y avait quelque chose de nouveau dans son regard, mais il ne savait pas quoi. Il décida d'abréger tout ça. Il avait mal à la poitrine et au ventre d'essayer de comprendre. C'était trop dur, tellement difficile de comprendre les choses.
D'un coup de patte, il égorgea sa proie.
Cela fait, il lécha ses blessures et mangea les différents. Pour la première fois, il ne le faisait pas parce qu'il avait faim -enfin, pas que pour ça-. Il le faisait aussi pour autre chose. Pour leur montrer qu'ils avaient été des bons adversaires, qu'il avait aimé le combat. C'était une manière pour lui de dire « vous êtes forts, rendez-moi fort ». Mais il n'avait pas de mots dans son vocabulaire mental restreint pour dire que c'était une sorte d'hommage respectueux.
Il ne savait pas, mais ce jour-là, il avait fait son premier pas vers les pas-comme-lui. Pour la première fois, un de ceux avec un masque apprenait à penser et à ressentir. Mais encore une fois, il n'avait pas les mots pour l'exprimer.
8945 fit après cela ses premiers pas dans le désert infini que surplombait un croissant de lune. Il faisait froid, mais grâce à sa fourrure, il ne grelottait pas. Il marcha longtemps, des heures peut-être, ou des jours. Cela n'avait pas d'importance pour lui. Mais il découvrit rapidement que ce monde sous la lune était vide de vie. 8945 devint... triste. C'était une émotion qu'il ne connaissait pas. Mais ce qu'il savait, c'était qu'il voulait voir des gens, même des pas-comme lui. Même s'ils l'attaquaient.
Alors, 8945 tenta de se rappeler comment il avait fait pour venir dans le monde sous la lune. Et à nouveau, le monde se déchira sur un espace noir qu'il parcourut à toute vitesse. A l'autre bout, il découvrit que l'espace étrange s'ouvrait sur le monde où il était avant.
Mais là, 8945 découvrit quelque chose d'inattendu. Avant, les pas-comme-lui qu'il mangeait tombaient tous en sa présence, mais maintenant, presque tous les comme-lui tombaient aussi. Et même les autres qui cherchaient à lui faire mal.
Depuis qu'il était revenu, il était trop puissant pour que les autres supportent longtemps sa présence. Alors, il s'enfuit à nouveau dans le désert. Il y erra longtemps, très longtemps. Quand il avait faim, il retournait dans l'autre monde, se nourrissait, puis repartait. En le voyant faire, d'autres comme lui se mirent à ouvrir des passages vers le monde vide. Mais même là-bas, il ne pouvait pas les approcher sans les tuer. Les seuls qu'il ne tuait pas en approchant l'attaquaient violemment. Mais lui ne voulait plus se battre, sauf s'il avait faim.
Un jour, 8945 se rendit dans l'autre monde, celui des différents. Là, il vit des pas-comme-lui qui faisaient semblant de se battre. Il comprit qu'ils faisaient semblant, parce qu'il n'y avait pas de sang qui coulait. Puis, ils s'approchèrent les uns des autres et se tinrent tout près, sans se battre. Et là, 8945 se dit qu'il ne voulait plus jamais, jamais être seul. Il voulait quelqu'un à côté de lui.
Il retourna dans le désert, et marcha longuement. Jusqu'à découvrir une source. Il y en avait quelques unes dans le désert, mais très rares. Celle là avait formé un petit étang, et l'eau faisait un doux clapotis contre le sable blanc. 8945 se pencha pour boire, et fut captivé par le bruit. Il suspendit son mouvement et écouta le bruit de l'eau qui gouttait du rocher. Se penchant pour mieux entendre, il découvrit son reflet dans l'eau.
Étonné, il avança la patte et vit l'image se dissoudre pour se reformer lorsque les vaguelettes causées par son mouvement cessèrent. Ce qu'il voyait, comprit-il, c'était lui-même. Il portait un masque comme les autres qui lui ressemblaient. Il aurait voulu ne pas être comme eux, se dit-il tristement, mais comme les autres. Les autres, ils ne se battaient pas tout le temps. Ils étaient... ensemble.
8945 se sentit devenir enragé. Il projeta sa patte dans l'eau pour détruire la source. Il ne voulait plus être lui. Il ne voulait pas du masque, et du trou. Il voulait être un autre. Si seulement il était mort ! Ou s'il n'avait pas de masque !
Il s'assit sur ses pattes arrières, et de ses deux pattes avant, entrepris d'arracher son masque. C'était douloureux, il sentait le sang qui coulait, et la douleur le fit presque perdre connaissance. Mais cela lui importait peu. 8945 voulait mourir, ou ne plus jamais être seul.
« Plus jamais seul » pensa-t-il alors que son grognement de douleur se transformait en hurlement de souffrance tandis qu'il sentait les dernières résistances du masque céder.
8945 s'évanouit.
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Lorsqu'il s'éveilla, il tenta vainement de se relever à plusieurs reprises. Ses muscles semblaient ne pas vouloir lui répondre. Il se sentait moulu, comme si on l'avait projeté violemment contre des rochers. Mais le pire, c'était cette sensation d'avoir été coupé en deux.
8945 rampa jusqu'à la minuscule source. Le sang qui lui coulait du visage l'empêchait de voir à deux pas. Il plongea sa tête dans l'eau avant de la retirer en hurlant. L'eau sur ses blessures à vif l'irritait. S'ébrouant machinalement, il jeta son regard dans l'eau.
C'était étrange... Son masque avait disparu. Il leva l'une de ses pattes pour toucher son nouveau visage, mais ce fut une main qui bougea au lieu d'une patte couverte d'une fourrure gris bleu. Sous sa main, il sentit une peau couverte d'une barbe légère. Par contre, son trou était toujours là, de même qu'un fragment de son masque sur sa gorge.
Maladroitement, 8945 se pencha pour boire. Quand ce fut fais, il se releva avec précautions. Passer de quatre à deux pattes était déstabilisant, pour le moins. Il regarda autour de lui, étonné d'être aussi petit désormais, et découvrit l'autre petit être étendu non loin. Il s'approcha en titubant.
L'être était plus petit que lui, et avait l'air épuisé. Il était également couvert de sang. 8945 repartit vers la source, et ramena de l'eau qu'il tenta de faire boire à l'être. Celui-ci but avidement avant de se serrer contre lui. 8945 le serra également. Sans fourrure, le froid du désert était plus mordant que jamais sur leurs peaux.
Le petit être aux yeux roses le regarda longuement, puis ouvrit la bouche et émit avec difficulté de sons qu'il comprit à son grand étonnement.
-Qu... quoi tu est ?
-8945, répondit-il. Moi.
-Oh, fit le petit être en baissant la tête d'un air songeur, puis en la relevant. Moi aussi.
Elle toucha délicatement le morceau de masque de 8945, puis son propre casque d'os à moitié détruit.
-Moi. Toi. Nous ?, demanda-t-elle.
-Oui, nous, répondit encore 8945 d'une voix rauque.
-Deux ? Un ?, poursuivit le petit être, un air anxieux sur le visage.
8945 hésita. Elle était lui, il était elle. Il savait qu'elle était née parce qu'il avait rompu le masque. Ou était-ce lui qui était né d'elle ? Étaient-ils deux ? Un ?
-Un, soupira-t-il. Un.
Une larme coula de son œil. Il était heureux, il avait enfin quelqu'un à côté de lui que sa présence ne tuait pas. Mais il en voulait plus.
Le petit être lui saisit le bras.
-Ensemble ? Toujours ?
-Oui. Toujours, répondit-il en se levant.
Il aida son autre partie à se lever et l'accompagna à la source pour qu'elle puisse boire tout son saoul. Mais ils se figèrent d'un coup. Au dessus du rocher d'où surgissait l'eau, un autre être se tenait. Il était d'assez petite taille, mais d'une très grande force. Son corps entier était une carapace d'os. Il avait une sorte d'aileron dorsal et une gueule de dents acérées. Si 8945 avait été capable de reconnaître les différentes races animales, il aurait reconnu en lui un requin.
-Tu est... comme nous avant, murmura-t-il en regardant l'être.
La créature inclina sa tête, comme si elle cherchait à comprendre ce qu'il disait. Puis, sans prévenir, elle sauta sur lui et le renifla. Pas un instant elle ne tenta de le manger. Elle se contenta de toucher de son museau le masque qu'il portait en collier, puis disparu en quelques secondes.
-Attends, murmura 8945 en tendant un bras vers la créature déjà bien trop loin. Reste. Te veux pas de mal...
-Vu ?, demanda l'autre part de lui même. Pas morte en nous touchant. Pourquoi ?
-Peut être... Plus faibles ?, songea 8945 à voix haute.
Ce devait être ça, se dit-il. Ils étaient plus faibles car séparés. Du coup, les autres pouvaient les approcher sans mourir. Ils auraient peut être à se battre pour se défendre alors. Mais surtout, songea-t-il le cœur battant, cela signifiait que plus jamais ils ne seraient seuls.
Il continua à réfléchir à tout cela tandis que son autre partie buvait dans le petit bassin qu'avait crée la source puis s'amusait à l'arroser d'eau en poussant des cris de joie.
Il lui sourit, puis l'attira contre lui. Ils se serrèrent très fort.
-Un..., murmura soudainement l'autre alors que 8945 allait s'endormir. Là... Un autre.
8945 ouvrit les yeux. Devant lui se tenait un autre être comme celui de tout à l'heure. Mais celui-là, en plus des plaques d'os qui recouvrait son corps, avait aussi une fourrure bleu sur le dos. Il grognait en les regardant, prêt à attaquer.
Mais 8945 n'avait pas envie de se battre. Il se contenta de montrer sa force, et l'autre s'écrasa sur le sol avant de fuir en jappant.
Il se pelotonna à nouveau contre l'autre et ferma les yeux.
-J'ai faim, déclara le petit être.
Il rouvrit les yeux et soupira. Il était fatigué et voulait dormir. Mais lui aussi avait faim.
-Aller voir... là-bas ?, proposa-t-il. Sous l'autre ciel ?
La petite partie de lui-même approuva de la tête. Elle lui sourit.
-Proies faciles, confirma-t-elle. Et plus chaud. Ici froid.
C'était vrai, songea 8945. Il allait falloir qu'ils trouvent un moyen d'avoir plus chaud s'ils restaient dans le désert sous la lune. Il ne se rendait pas encore compte, mais depuis qu'il avait arraché son masque, les pensées lui venaient plus facilement, et le raisonnement. Même la parole lui était plus facile d'heure en heure. C'est pour cela qu'il se rappela que ceux qui n'avaient pas de masque se couvraient de fausses fourrures qu'ils pouvaient changer à volonté. Peut être pouvait-il en prendre pour lui et elle.
Une fois de plus, il ouvrit un couloir entre le monde vide et l'autre monde, celui de lumière et de chaleur.
Là, ils découvrirent rapidement une proie et ils la coursèrent. Mais, découvrirent-ils, chasser et manger lorsqu'on n'avait plus de griffes et de crocs, c'était quelque chose de bien plus difficile. Ils se contentèrent donc de cette maigre proie, puis partirent à la recherche de quelque chose pour se couvrir.
Ils arrivèrent à une tanière où habitaient ceux qui n'avaient pas de masques. 8945 se dit que c'était long et compliqué de les appeler comme ça. Mais il ne savait pas comment faire autrement. Après tout, c'était ce qu'ils étaient, et rien d'autre. Il y avait les masques, les autres sans armes, et les autres avec les armes qui blessaient.
La tanière n'était pas vide. Il y avait quelqu'un à l'intérieur, sur qui ils se précipitèrent pour le manger. Son énergie était faible, mais suffisante tout de même. Leur faim était enfin comblée. Après cela, ils sortirent de la tanière et cherchèrent autour d'elle quelque chose qui leur conviendrait.
8945 et son autre partie découvrirent des couvertures qui flottaient au vent sur un piquet. Sans un mot, ils les saisirent et s'en enveloppèrent. Mais ce n'était pas facile, se rendirent-ils compte, car pendant qu'ils les tenaient, leurs mains ne pouvaient rien faire d'autre. Avec des gestes malhabiles, 8945 tentait de faire tenir les pans de la couverture ensemble, tandis que son autre partie courrait autour de lui en faisant voler la sienne en criant de joie. Puis, en riant, elle lui arracha la sienne. Vexé, il essaya de la récupérer, mais elle arrivait toujours à rester hors de sa portée.
Soudain, il y eut un déplacement d'air autour d'eux, et ils se figèrent.
Ceux qui étaient différents et les poursuivaient toujours pour leur faire du mal les entouraient. Ils avaient l'air prêts à attaquer, mais ils puaient également la peur. 8945 regarda tout autour d'eux, mais il ne voyait aucun moyen de s'échapper. Il remarqua deux êtres différents des autres. Ils étaient plus forts, il pouvait le sentir tout de suite, chacun presque autant que lui maintenant qu'il s'était séparé d'elle. Et ils étaient couverts de blanc en plus du noir que portaient les autres.
L'un de ces êtres s'approcha de son autre partie.
-Ne crains rien petite, lui dit-il d'une voix très douce, nous allons nous occuper de lui. Viens avec moi, il ne t'arrivera aucun mal.
Son autre partie hurla de peur et lâcha les couvertures en voyant la main de l'autre s'approcher d'elle. D'un bon, elle rejoignit 8945 et s'accrocha à sa jambe.
-Un... Qu'est-ce qu'on fait ?, demanda-t-elle en tremblant.
8945 ne répondit pas. Il ne voyait aucune échappatoire.
-Par tous les dieux..., soupira l'être qui s'était approché de son autre partie. Qu'êtes vous donc ? Vous n'êtes pas des humains. Seriez-vous... des hollows ?
8945 se tut. Il ne savait pas de quoi l'autre parlait. Mais ce qu'il savait, c'était qu'il ne mourrait pas en sa présence. Pouvais-il lui faire comprendre les émotions qu'il ressentait à pouvoir voir, parler et toucher d'autres êtres que lui-même ? Les mots qu'il avait acquis si récemment lui manquaient pour dire ce qu'il ressentait.
Il fit un pas vers l'être en le fixant dans les yeux.
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Alors ce deuxième chapitre vous a-t-il plu ?
L'écriture de la première partie est assez inhabituelle, j'ai tenté de rendre compte à l'écrit de l'esprit perturbé d'un hollow sans âme, conscience, et à l'esprit embrumé.
J'espère y être arrivée !
Félicitations à tous ceux et celles qui ont reconnu Nnoitra dans l'adversaire d'Ukitake. Quelques uns ont pensé que 8945 était Ggio ou Grimmjow, à tord. Il s'agissait, au choix, d'un félin ou d'un canidé, et c'est la seconde solution qui s'avère vrai. Vous aurez bien sûr reconnu qui sont 8945...
Si ce chapitre vous a plu, ou si vous avez des remarques ou des suggestions, n'hésitez pas à laisser une review !
Que vont donc devenir 8945 et sa parède alors qu'ils sont entourés de shinigamis ? Vous le saurez avec le prochain chapitre qui arrivera dans une semaine normalement.
