- Voilà l'inspecteur semble-t-il, avança l'agent qui escortait le docteur Ogden.

- Oui, le voilà... dit-elle en rompant le contact avec William et se tournant vers l'agent.

Elle avait dit cela sur un ton mi-irrité mi-admiratif qui déstabilisa l'agent, ne sachant pas comment interpréter sa réaction.

Elle croisa ses mains devant elle en attendant l'arrivée des trois représentants de l'ordre. Elle évitait à présent de regarder l'inspecteur.

- Messieurs, nous y sommes ! s'exclama l'agent Catmeal bien heureux d'être arrivés à destination.

Une fois les présentations faites, les agents exposèrent à l'inspecteur toutes leurs constatations et les informations dont ils disposaient.

William et Georges notèrent le tout sur leur carnet et posèrent des questions complémentaires.

- Je crois que nous avons fait le tour du sujet messieurs, affirma William très concentré, d'autres questions Georges ?

- Non monsieur.

-Très bien, dit-il en se tournant vers le corps et donc vers Julia, que nous révèle le corps docteur Ogden ?

- Nous sommes en présence d'un corps très abimé, cet homme était malade, c'est évident, il était atteint d'une sévère déshydratation dûe entre autre à des diarrhées aigues dont je n'ai pas encore pu déterminer la cause, ce que je ferai à la morgue.

William hallucinait, le docteur parlait comme si elle était encore légiste, Julia perçut son trouble et lui expliqua :

- le docteur Grace m'a appelé et m'a demandé de la dépanner et... je... je ne pouvais lui refuser ce service se justifia-t-elle mal à l'aise. Mais je ne savais pas que vous ... enfin...

Voyant qu'elle s'enfonçait dans ses explications et voulant mettre fin à sa gêne il enchaîna :

- Georges m'a parlé de brûlures ?

Julia, reconnaissante pour son intervention, lui souria discrètement et continua, soulagée :

- Oui en effet inspecteur, des brûlures étonnantes surtout sur les bras, comme s'il avait été marqué au fer mais très superficiellement.

- Avez-vous pu relever des marques reconnaissables ?

- Non rien pour le moment, je suis désolée...

Le regard de l'inspecteur se perdit et Julia savait qu'il était en train de se projeter dans son affaire et qu'il fallait le laisser revenir tout seul. Ce qu'il fit une minute plus tard, fixant les yeux sur elle. Elle ne détourna pas le regard et il remarqua que la condensation qui sortait de sa bouche se faisait moins régulière, comme si elle retenait sa respiration.

Julia était assez mal à l'aise qu'il observe ainsi ses lèvres, elle se tourna donc vers les agents et leur demanda de l'aider à déplacer le corps.

Un flocon de neige tomba sur sa joue au moment où elle prit la parole :

- Attention messieurs, le corps est très abimé, vous devez être extrêmement vigilants. Il va falloir amener le corps assez rapidement, le temps semble se dégrader. Etonnament la neige nous avait épargnés mais elle semble vouloir être là pour demain, on en aura pour le réveillon de Noël messieurs !

- Les choses sont bien faites tout de même, plaisanta Georges.

Julia sourit à la remarque de l'agent puis se remit au travail, elle supervisa l'opération et les agents chargèrent le plus délicatement possible la victime sur un brancard pendant que la neige commençait de tomber un peu plus densément.

- Allez-y messieurs, ne m'attendez pas, on se rejoint sur la route où nous attend la calèche dit-elle aux agents chargés de leur lourd fardeau.

Pendant ce temps, William et l'agent Crabtree avaient relevé toutes les traces suspectes avant que la neige ne les efface toutes. Ils suivirent une piste qui les mena vers une petite cabane de chasseur à deux cents mètres de là, tellement bien cachée par les arbres qu'elle n'était pas visible de la carrière.

La neige semblant ne pas vouloir s'arrêter, bien au contraire, Julia décida de les rejoindre pour les avertir de son départ imminent.

- Messieurs ? Les héla-t-elle.

Ils étaient tous les deux en train de fureter dans une petite remise ouverte, accolée à la cabane. Elle se tenait dans l'embrasure et William la remarqua :

- Ah, docteur, pouvez-vous me dire si ces instruments pourraient être la cause des brûlures ?

Julia s'approcha de l'inspecteur qui lui tendait des instruments en fer.

- Hum... non William, bien trop épais pour les marques que nous avons sur le corps.

Il avait l'air contrarié.

- Que se passe-t-il William ?

- Cette neige va compliquer mon travail et je dois me dépêcher, ce que je n'aime pas faire.

- Je comprends William et à propos de neige, je ne veux pas m'attarder non plus, je vais accompagner les agents et vous laisser.

- Oui vous avez raison, au revoir Julia et joyeux Noël, dit-il en souriant poliment.

- Hum, merci William répondit-elle visiblement irritée. Elle continua :

- A vous aussi et... Georges également, un excellent Noël.

William la fixait, elle détourna rapidement le regard en baissant la tête mais il avait eu le temps de voir qu'elle avait les larmes aux yeux. Elle tourna les talons en direction de la clairière. William soupira, il aurait voulu faire quelque chose pour chasser toute tristesse de ses yeux mais il savait qu'il n'avait pas le droit de le faire.

- Le docteur a l'air bien triste monsieur...

- Oui en effet Georges... mais j'ignore pourquoi.

- Vraiment ? Georges se mordit la lèvre, il avait parlé trop rapidement, comme souvent.

William le regarda, un sourcil relevé :

- Je serais curieux de savoir ce que vous pensez Georges ?

L'agent bota en touche en affirmant :

- Le docteur Grace, qui admire beaucoup le docteur Ogden, pense que cela ne va pas bien dans son couple. Pour preuve son mari est parti depuis quelques jours à Buffalo rejoindre sa famille la laissant seule à Toronto.

- Elle passe Noël seule ?

- Non elle le rejoint demain pour le réveillon...

William parut étonné, il continua, méfiant :

- Vous semblez savoir beaucoup de choses Georges... dit-il sur un ton suspicieux.

- Oh monsieur, je ne fais que vous rapporter les paroles du docteur Grace.

- Le docteur Grace et vous feriez mieux de laisser Julia mener sa vie comme elle l'entend...

- Vous avez raison monsieur, désolé.